jeudi 24 mars 2016

STAR WARS, EPISODE VII: LE REVEIL DE LA FORCE

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdsreleasedates.com

"Star Wars Episode VII: The Force Awakens" de J. J. Abrams. 2015. U.S.A. 2h18. Avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver, Harrison Ford, Carrie Fisher, Mark Hamill, Peter Mayhew et Joonas Suotamo, Domhnall Gleeson

Sortie salles France: 16 décembre 2015. U.S: 18 Décembre 2015

FILMOGRAPHIE: J.J Abrams est un réalisateur, producteur, compositeur, acteur et scénariste américain pour le cinéma et la télévision, né le 27 Juin 1966 à New-york. Il est en outre le créateur des séries TV, Lost, Alias, Felicity, Fringe, Undercovers, Alcatraz et Obb Jobs.
2006: Mission Impossible 3. 2009: Star Trek. 2011: Super 8. 2013: Star Trek into the darkness. 2015: Star Wars, le réveil de la force.


                                     Comme on dit si bien: l'avatar ne vaudra jamais l'original.

Emaillé de séquences d'action à couper le souffle et de la rencontre franchement poignante du duo séculaire Harrison FordCarrie Fisher, un sympathique divertissement aux intentions sincères évidentes (réconcilier l'ancienne et la nouvelle génération du public) mais dénué d'âme, de fureur et de passion, d'intensité dramatique et de chaleur humaine (ou si peu, à l'instar de son climat austère !), faute d'un scénario scolaire aux enjeux vides d'intérêt (2h07 pour entrevoir l'apparition escomptée de Luke Skywalker !).

P.S: Mention spĂ©ciale pour la rĂ©vĂ©lation Daisy Ridley tout Ă  fait convaincante dans son rĂ´le juvĂ©nile d'insurgĂ©e en initiation hĂ©roĂŻque.


mercredi 23 mars 2016

EDWARD AUX MAINS D'ARGENT. Oscar du Meilleur Maquillage, 1991.

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chuckyg.com

"Edward Scissorhands" de Tim Burton. 1990. U.S.A. 1h45. Avec Johnny Depp, Winona Ryder, Dianne Wiest, Anthony Michael Hall, Alan Arkin, Kathy Baker, Robert Oliveri, Vincent Price.

Sortie salles France: 10 Avril 1991. U.S: 14 Décembre 1990

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie. 1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children.


Après nous avoir surpris avec Beetlejuice et Batman, Tim Burton transcende son talent de conteur baroque Ă  travers Edward aux mains d'argent, merveille d'Ă©motions d'une fulgurance fĂ©erique. L'intrigue retraçant avec beaucoup de fantaisies puis une gravitĂ© exponentielle les vicissitudes d'une crĂ©ature humaine affublĂ©e de cisailles en guise des mains. Autrefois créé par un inventeur de gĂ©nie, ce dernier mourut avant mĂŞme de lui substituer de vĂ©ritables poignes. Après avoir visitĂ©e l'antre de son château, une commerciale en esthĂ©tique dĂ©cide de l'adopter au sein de sa famille depuis son isolement. Rapidement, les voisins du quartier affluent afin de faire connaissance avec l'Ă©trange phĂ©nomène. Abordant avec acuitĂ© les thèmes de l'intolĂ©rance, du prĂ©jugĂ©, du racisme et du fanatisme religieux, Edward aux mains d'argent milite pour le droit Ă  la diffĂ©rence sous l'impulsion d'une impossible romance. Car si Edward fascine irrĂ©mĂ©diablement son entourage par ses talents artistiques de sculpteur en horticulture et en coiffure; la jalousie, la rancoeur et la couardise de seconds rĂ´les vont l'entraĂ®ner vers le lynchage communautaire. 


Variation moderne de Frankenstein pour l'innocence du monstre fĂ©ru de maladresses Ă  diffĂ©rencier les valeurs du bien et du mal en l'absence parentale, et pour sa condition criminelle, Edward aux mains d'argent traduit en seconde partie un goĂ»t pour la romance pure sous le pilier d'un onirisme enchanteur. Les flocons de neiges et les sculptures de glaces ornementales faisant office de symbole d'espoir pour la correspondance des amants maudits. EmaillĂ© d'instants irrĂ©sistibles de cocasserie pour l'acclimatation malhabile d'Edward au sein d'une sociĂ©tĂ© conformiste fondĂ©e sur le paraĂ®tre (les caprices et les idĂ©es prĂ©conçues des voisines ont Ă©galement leur part de responsabilitĂ© pour la dĂ©chĂ©ance colĂ©rique de ce dernier), l'intrigue finit par cĂ©der Ă  une dramaturgie toujours plus inquiĂ©tante lorsque la fille des Boggs finit par lui Ă©prouver des sentiments en dĂ©pit de la jalousie de son compagnon. Winona Ryder endossant avec pudeur du regard en Ă©moi une fille touchĂ©e par la grâce amoureuse dans sa fragile Ă©lĂ©gance. Oscillant la maladresse et le talent pictural dans sa posture excentrique de monstre infantile, Johnny Depp livre sans doute l'un de ses rĂ´les les plus prĂ©gnants tant il parvient par l'appui du mimĂ©tisme et du regard candide Ă  provoquer une intense Ă©motion au fil de son insertion sociale. Ce dernier se confrontant Ă  un concours de circonstances infortunĂ©es depuis son influence manipulable et son handicap tactile.  


Joyaux noir aussi baroque que cruel pour la situation galvaudĂ©e du monstre, conte de noĂ«l d'un onirisme enchanteur pour la romance singulière du couple, Edward aux mains d'Argent cĂ©lèbre les notions de candeur et de puretĂ© avec une Ă©motion toujours plus rigoureuse. Soutenu par l'Ă©lĂ©gie Ă©vocatrice de Danny Elfman, ce manifeste pour le droit Ă  la diffĂ©rence oppose brillamment le blanc et le noir lorsque l'amour se retrouve bafouĂ© par l'intolĂ©rance, l'ignorance et la jalousie. Un chef-d'oeuvre d'une grande fragilitĂ© humaine.  

Dédicace à Audrey Dupuis

mardi 22 mars 2016

L'ANNEE DU DRAGON

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cityonfire.com

"Year of the Dragon" de Michael Cimino. 1985. U.S.A. 2h14. Avec Mickey Rourke, John Lone, Ariane Koizumi, Leonard Termo, Victor Wong, Dennis Dun, Raymond J. Barry
                         
Sortie salles France: 13 novembre 1985. U.S: 16 aoĂ»t 1985

FILMOGRAPHIE: Michael Cimino est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 3 février 1939 à New-York.
1974: Le Canardeur. 1978: Voyage au bout de l'enfer. 1980: La Porte du Paradis. 1985: L'Année du Dragon. 1987: Le Sicilien. 1990: La Maison des Otages. 1996: The Sunchaser. 2007: Chacun son cinéma - segment No Translation Needed.

Grand polar des annĂ©es 80 qui redora le blason de Michael Cimino après le four financier de La Porte du paradis, L'AnnĂ©e du dragon est l’occasion singulière de tailler une carrure antipathique Ă  un hĂ©ros rĂ©actionnaire.

Souhaitant Ă  tout prix alpaguer un baron de la drogue au sein du quartier de Chinatown, Stanley White nous est dĂ©crit comme un capitaine ingrat, inscrit dans un individualisme forcenĂ©. Un chien fou aux mĂ©thodes expĂ©ditives, qui entraĂ®nera des dommages collatĂ©raux auprès de son entourage, quand bien mĂŞme son rĂ´le d’Ă©poux infidèle le rĂ©duit Ă  l’Ă©tat de goujat incorrigible. C’est d’ailleurs durant ce dĂ©sordre conjugal qu’il extĂ©riorise sa colère sur le terrain, avant de se rĂ©conforter maladroitement dans les bras d’une sĂ©duisante journaliste.

Dans une subtile structure narrative, Ă  la manière d’un opĂ©ra aux accents lyriques, Michael Cimino dĂ©peint la situation chaotique d’une citĂ© urbaine oĂą trafics et exactions de triades sont savamment planifiĂ©s. Au sein de cette pègre intouchable, commanditĂ©e par le magnat Joey Tai, Stanley White s’est jurĂ© de nettoyer les quartiers de cette vermine en provoquant orgueilleusement son ennemi jurĂ©.

Prenant grand soin d’ausculter le profil torturĂ© d’un flic sur la dĂ©rive, Cimino accorde beaucoup de crĂ©dit Ă  nous familiariser avec son quotidien conjugal afin de renforcer l’intensitĂ© des enjeux et de nous alerter sur sa responsabilitĂ© morale face aux consĂ©quences criminelles qu’il engendre.

Par son incapacitĂ© Ă  se remettre en question ("J’aimerais devenir un type sympa, mais je ne sais pas comment faire !" s’exclamera-t-il dans la conclusion), sa prĂ©tention et son arrogance Ă  provoquer la mafia, Ă©mergent une sĂ©rie d’affrontements punitifs dont White et Tai seront les principaux instigateurs.

Dans sa fonction irritable de flic rageur, Mickey Rourke explose une fois de plus l’Ă©cran, endossant la carrure pugnace d’un justicier aux confins de la folie. Sa volontĂ© constante d’Ă©radiquer Ă  tout prix les trafiquants donne lieu Ă  des pugilats sanglants que Cimino orchestre avec virtuositĂ©. Une violence âpre, insufflant par ailleurs une intensitĂ© dramatique rigoureuse, notamment dans le sacrifice des innocents.

Par son rythme haletant, mais aussi ses plages d’accalmie mettant en lumière la caractĂ©risation fĂ©brile et tourmentĂ©e des protagonistes, L'AnnĂ©e du dragon dĂ©ploie sa trajectoire sous le prisme d’une dimension humaine dĂ©sespĂ©rĂ©e.

Chemin de croix d’un jeune loup suicidaire dans sa soif de justice et de vendetta, L'AnnĂ©e du dragon transfigure avec brio imperturbable le portrait peu recommandable d’un reprĂ©sentant de l’ordre sur le fil du rasoir. Par le biais de sa dĂ©chĂ©ance morale, de sa responsabilitĂ© assumĂ©e et de son courage burnĂ©, Michael Cimino y dĂ©nonce l’impossible dĂ©racinement d'une emprise mafieuse implantĂ©e sur un territoire Ă©tranger. D’un rĂ©alisme opaque dans sa facture, aussi Ă©pique que poignant, ce chef-d’Ĺ“uvre du polar sĂ©duit Ă©galement par son Ă©clatante modernitĂ© (Ă  l’instar de l’Ă©nergie rageuse de ses sĂ©quences d’action).

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

lundi 21 mars 2016

Beetlejuice. Oscar du Meilleur Maquillage, 1989.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site legrandaction.com

de Tim Burton. 1988. U.S.A. 1h32. Avec Alec Baldwin, Geena Davis, Michael Keaton, Winona Ryder, Jeffrey Jones, Catherine O'Hara, Glenn Shadix

Sortie salles France: 14 décembre 1988. U.S: 30 Mars 1988

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 25 AoĂ»t 1958 Ă  Burbank en Californie. 1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le DĂ©fi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children. 2019: Dumbo. 2024 : Beetlejuice Beetlejuice. 2026 : Attack of the 50 Foot Woman. 

ComĂ©die horrifique dĂ©bridĂ©e animĂ©e par l'insolence de Michael Keaton dans sa fonction expansive d'exorciste de l'au-delĂ , Beetlejuice emprunte le thème de la hantise avec une invention cartoonesque en roue libre. 

FraĂ®chement dĂ©cĂ©dĂ©, un couple tente vainement d'effrayer les nouveaux occupants de leur ancienne demeure. Grâce au manuel des jeunes dĂ©cĂ©dĂ©s, ils invoquent l'aide d'un exorciste, Beetlejuice ! 

Pour son second long, Tim Burton perdure dans la comĂ©die loufoque en abordant les thèmes du deuil, de la hantise et de l'existence après la mort. Un argument horrifique acadĂ©mique que le cinĂ©aste renouvelle fort brillamment de par son Ă©nergie aussi communicative que crĂ©atrice, son sens visuel flamboyant, sa cadence musicale, la galerie bigarrĂ©e de ses revenants et le ressort de gags macabres sciemment bonnards et pĂ©tulants.

En l'occurrence, si les fantĂ´mes tentent d'effrayer ses occupants pour retrouver l'harmonie de leur tranquillitĂ©, ces derniers finissent par se familiariser Ă  leurs pitreries impromptues tant nos spectres farceurs redoublent d'outrance dans leurs stratĂ©gies exubĂ©rantes. Ainsi, sous la fĂ©rule d'une mĂ©canique du rire bien rodĂ©e, Beetlejuice parvient notamment Ă  y cristalliser un univers macabro-fĂ©erique par l'entremise d'une dimension parallèle invoquĂ©e Ă  l'au-delĂ . Le couple de fantĂ´mes ne cessant de voguer d'un univers Ă  l'autre pour mieux gĂ©rer leur nouvelle condition immortelle et avant d'invoquer l'aide de l'exorciste Beetlejuice. 

Parmi la galerie festive des protagonistes qu'endossent fougueusement le couple de fantĂ´mes, la famille Deetz et leurs invitĂ©s, Tim Burton prend soin d'y esquisser avec beaucoup de tendresse le portrait fragile d'une ado rebelle en quĂŞte identitaire suivie de 2 fantĂ´mes en quĂŞte de repos. C'est d'ailleurs grâce Ă  sa solitude et Ă  son idĂ©ologie morbide qu'elle parvient Ă  dĂ©celer les apparitions fantomatiques pour y entretenir facilement une complicitĂ© amicale afin de s'extraire de sa dĂ©pression. 

Enfin, pour pimenter l'intrigue fertile en situations irrésistiblement grotesques - la séquence musicale du repas reste le moment le plus déjanté, Beetlejuice impose notamment sa personnalité sous l'impulsion survitaminée de Michael Keaton. Il s'en donne à coeur joie à adopter la défroque insalubre d'un trublion d'outre-tombe aussi perfide et impudent que pervers et (génialement) mal élevé.

Par le biais d’un pitch sommaire que l’on connaĂ®t par cĹ“ur, Tim Burton en exploite la mĂ©canique avec une redoutable efficacitĂ© sous couvert d’alibi parodique, renouvelant ainsi un fantastique baroque vu nulle part ailleurs. Les pĂ©ripĂ©ties en pagaille, confinĂ©es dans un huis clos domestique, tirent pleinement parti de leur insolence et de l’inventivitĂ© de leurs provocations horrifiques, tandis que la posture dĂ©calĂ©e des comĂ©diens exacerbe l’esprit foncièrement dĂ©complexĂ© de ce divertissement sans prĂ©tention. VĂ©ritable exutoire Ă  la hantise de la mort, illustrĂ© de façon dĂ©licieusement enchanteresse, Beetlejuice cĂ©lèbre l’inĂ©luctable avec un goĂ»t dĂ©sinhibĂ©, presque libĂ©rateur, au point de transformer l’angoisse existentielle la plus rĂ©prĂ©hensible en jubilation cathartique.

Dédicace à Pauline Quinterne

*Bruno
15.09.2024. 4èx. 4K Vostfr

vendredi 18 mars 2016

Mary Reilly

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pinterest.com

de Stephen Frears. 1996. U.S.A. 1h48. Avec Julia Roberts, John Malkovich, George Cole, Michael Gambon, Kathy Staff, Glenn Close, Michael Sheen

Sortie salles France: 17 Avril 1996. U.S: 23 Février 1996

FILMOGRAPHIE: Stephen Frears, est un réalisateur et producteur britannique, né le 20 juin 1941 à Leicester. 1968 : The Burning. 1971 : Gumshoe. 1979 : Bloody Kids. 1984 : The Hit. 1985 : My Beautiful Laundrette. 1987 : Prick Up Your Ears. 1987 : Sammy et Rosie s'envoient en l'air. 1988 : Les Liaisons dangereuses. 1990 : Les Arnaqueurs. 1992 : Héros malgré lui. 1993 : The Snapper. 1996 : Mary Reilly. 1996 : The Van. 1998 : The Hi-Lo Country. 2000 : High Fidelity. 2000 : Liam. 2002 : Dirty Pretty Things. 2005 : Madame Henderson présente. 2006 : The Queen. 2009 : Chéri. 2010 : Tamara Drewe. 2012 : Lady Vegas : Les Mémoires d'une joueuse. 2014 : Philomena. 2015 : The Program. 2016 : Florence Foster Jenkins.

Honteusement oubliĂ©, discrètement reconnu Ă  sa sortie, Mary Reilly aborde le thème Ă©culĂ© de la lutte entre le Bien et le Mal Ă  travers un jeu d’acteurs Ă  son apogĂ©e. Loin de simplement remaker les classiques de Fleming ou Mamoulian, Stephen Frears y appose sa signature en instillant une romance Ă©quivoque entre Jekyll et sa gouvernante. TraumatisĂ©e par les sĂ©vices d’un père alcoolique, Mary tente d’oublier son passĂ© en se dĂ©vouant Ă  la demeure du Dr Jekyll. Lorsque celui-ci annonce l’arrivĂ©e imminente d’un mystĂ©rieux locataire nommĂ© Mr Hyde, elle lui confie peu Ă  peu ses blessures secrètes. Une complicitĂ© se noue, fragile, avant que l’irruption de Hyde ne bouleverse tout dans un souffle de dĂ©pravation.

BaignĂ© dans une lumière blafarde, irrĂ©sistiblement envoĂ»tante, Mary Reilly s’ancre dans un Londres du XIXe siècle reconstituĂ© avec un soin presque hantĂ©. La demeure labyrinthique dissimule de sinistres expĂ©riences, et la mise en scène s’attarde moins sur les effets que sur les âmes, scrutant les tourments des amants maudits. Stephen Frears sonde les mĂ©andres psychologiques de ces deux ĂŞtres fracassĂ©s, tiraillĂ©s entre dĂ©sir, culpabilitĂ© et instinct de perdition.

Ă€ travers ce jeu trouble de soumission mĂŞlĂ©e de confiance, le cinĂ©aste accorde une attention prĂ©cieuse aux Ă©tats d’âme de Mary, fascinĂ©e malgrĂ© elle par le magnĂ©tisme brutal de Hyde. Julia Roberts incarne avec une sobriĂ©tĂ© poignante cette figure timorĂ©e, ambivalente, dĂ©chirĂ©e entre sa pudeur et un fantasme larvĂ©. Son passĂ© martyr ressurgit Ă  la faveur des provocations de Hyde, et la jeune femme se laisse happer dans un ballet implicite de masochisme. Par son traitement audacieux — notamment dans la chimère Ă©rotique du rĂŞve nocturne — Frears rĂ©invente Dr Jekyll and Mr Hyde sous l’impulsion d’un amour tragiquement rĂ©dempteur.

Jekyll et Hyde, tous deux compromis par leurs sentiments, s'affrontent dans un duel intĂ©rieur oĂą pouvoir et soumission, lumière et tĂ©nèbres s’entrelacent. Mis en scène avec Ă©lĂ©gance, le film distille la suggestion, mais n’Ă©vite pas la cruautĂ© graphique : les sĂ©vices subis par Mary, la fillette rouĂ©e de coups, la mort brutale d’un ami… Ces Ă©clats de violence renforcent une tension diffuse, insidieuse, qui contamine l’espace et les corps.

Outre la fragilitĂ© dĂ©sarmĂ©e d’une Julia Roberts sans fard, le film s’abandonne Ă  l’intensitĂ© vĂ©nĂ©neuse d’un John Malkovich sobrement autoritaire au regard fuyant, hypnotique, insidieux. Il incarne, dans un trouble miroir, la part autodestructrice d’un chercheur condamnĂ© Ă  dĂ©membrer son propre ĂŞtre pour dissĂ©quer les racines du Mal.

Jeu de miroir diaphane pour une romance masochiste en quĂŞte de rĂ©demption, Mary Reilly explore avec fièvre les pulsions perverses et la fascination pour le Mal, dans une complicitĂ© trouble que Malkovich et Roberts Ă©lectrisent jusqu’Ă  l’os. Ĺ’uvre cĂ©rĂ©brale, viscĂ©rale, poignante, elle Ă©lève le fantastique avec une dignitĂ© rare. Une perle vĂ©nĂ©neuse Ă  redĂ©couvrir d’urgence.

*Bruno 
16.05.25. Vost

jeudi 17 mars 2016

Mars Attacks !

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineclap.free.fr

de Tim Burton. 1996. U.S.A. 1h45. Avec Jack Nicholson, Glenn Close, Annette Bening, Pierce Brosnan, Danny DeVito, Martin Short, Sarah Jessica Parker, Michael J. Fox, Rod Steiger, Tom Jones, Lukas Haas, Natalie Portman, Jim Brown, Lisa Marie, Sylvia Sidney, Paul Winfield, Pam Grier, Jack Black, Joe Don Baker, O-Lan Jones, Christina Applegate.

Sortie salles France: 26 fĂ©vrier 1997. U.S: 13 dĂ©cembre 1996

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 25 AoĂ»t 1958 Ă  Burbank en Californie. 1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le DĂ©fi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children.


Parodie des films de science-fiction des annĂ©es 50 inspirĂ© d'un jeu de cartes Ă  collectionner de 1962, Mars Attacks se permet par cette occasion un joli pied de nez au patriotisme d'Emmerich lorsque Independance Day sorti en fanfare la mĂŞme annĂ©e. 

Le PitchDes martiens venus de Mars tentent d'entrer en contact avec le doyen des Etats-Unis. Alors que l'armĂ©e sur le qui-vive solutionne l'affront, le prĂ©sident opte pour l'accueil pacifiste. A tort, si bien que ces derniers n'ont comme seule ambition de dĂ©truire notre planète afin de la conquĂ©rir. 

ComĂ©die dĂ©bridĂ©e se moquant ouvertement des valeurs amĂ©ricaines avec une dĂ©rision caustique, Mars Attacks conjugue l'action pĂ©taradante et les gags burlesques avec une inventivitĂ© exubĂ©rante. Sous l'impulsion extravertie d'une distribution de stars hĂ©tĂ©rogènes (on y croise mĂŞme le chanteur Tom Jones), l'intrigue linĂ©aire n'est qu'un prĂ©texte pour Burton Ă  singer une invasion extra-terrestre pour mieux se railler de l'idiocratie ricaine.


Que ce soit les Ă©lus politiques, l'armĂ©e rĂ©actionnaire, la contre-culture de la communautĂ© "peace and love" ou encore le fanatisme de la religion, chacune de ses institutions bien pensantes volent en Ă©clat sous les ricanements des E.T. Caricaturant sans modĂ©ration le tempĂ©rament vaniteux des reprĂ©sentants politiques et de l'armĂ©e dans leur fonction martiale, Tim Burton privilĂ©gie Ă©galement la valeur morale de deux personnages candides, introvertis et placides (une grand-mère et son p'tit fils timorĂ© prochainement aptes Ă  sauver le monde de manière alĂ©atoire) souvent rĂ©pudiĂ©s par leur entourage comme des laissĂ©s-pour-compte. Outre cette galerie de personnages fantasques, patriotiques et doux rĂŞveurs, Mars Attacks tire parti de son ressort jouissif grâce aux exactions persifleuses de nos E.T famĂ©liques. AffublĂ© d'un cerveau surdimensionnĂ© que leur petit corps supporte nativement, ces derniers complotent leurs stratĂ©gies d'attaques parmi la motivation sardonique de subterfuges Ă  rĂ©pĂ©tition. Le peuple amĂ©ricain Ă©tant considĂ©rĂ© Ă  leurs yeux comme des ĂŞtres naĂŻfs aussi influençables que manipulables. EmaillĂ© de moments surrĂ©alistes insufflant un climat biscornu (le camouflage d'un martien dans une posture fĂ©minine au dĂ©hanchement dĂ©gingandĂ© !), voir parfois mĂŞme dĂ©rangeant (leurs expĂ©rimentations douteuses pratiquĂ©es sur quelques cobayes humains), Tim Burton cultive de temps Ă  autre une poĂ©sie baroque fortuite pour mieux nous dĂ©tourner !


Satire cinglante du patriotisme amĂ©ricain, pamphlet parodique Ă©voquant le danger du nuclĂ©aire, Mars Attacks ! renouvelle l'invasion extra-terrestre dans un esprit dĂ©lurĂ© de bande-dessinĂ©e au vitriol. Outre la posture irrĂ©sistible de nos martiens gausseurs numĂ©riquement assez convaincants, le film sĂ©duit Ă©galement par sa vigueur musicale. Tant par le thème entĂŞtant orchestrĂ© par Danny Elfman que les bruitages Ă©clectiques de sa bande-son survoltĂ©e ! (notamment l'impact strident des armes lasers). Jouissif au possible dans une dĂ©contraction irrĂ©sistiblement assumĂ©e. 

*Bruno
04.10.24.
4èx. Vostfr

mercredi 16 mars 2016

SLEEPY HOLLOW. Oscar de la Meilleure Direction Artistique, 2000.

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site timburton.wikia.com

de Tim Burton. 1999. U.S.A/Allemagne. 1h45. Avec Johnny Depp, Christina Ricci, Miranda Richardson, Michael Gambon, Christopher Walken, Marc Pickering, Casper Van Dien, Jeffrey Jones, Richard Griffiths, Ian McDiarmid, Michael Gough, Steven Waddington, Christopher Lee, Lisa Marie, Martin Landau, Ray Park.

Sortie salles France: 9 Février 2000. U.S: 19 Novembre 1999

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie.
1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children.


DĂ©libĂ©rĂ© Ă  rendre hommage au cinĂ©ma gothique italien et Ă  la Hammer Films avec une ambition avisĂ©e, Tim Burton emprunte la nouvelle homonyme de Washington Irving afin de parfaire un conte horrifique d'une fulgurance formelle (photo dĂ©saturĂ©e Ă  l'appui). 1799. Un mystĂ©rieux assassin surnommĂ© le cavalier sans tĂŞte s'en prend Ă  de paisibles villageois dans la contrĂ©e de Sleepy Hollow. Issu de New-York, le dĂ©tective Ichabod Crane est enrĂ´lĂ© afin de prouver son talent scientifique pour dĂ©masquer l'identitĂ© du meurtrier. Son enquĂŞte l'amène Ă  frĂ©quenter une galerie de magistrats particulièrement Ă©quivoques au moment mĂŞme oĂą le cavalier sans tĂŞte redouble d'exactions sanglantes. Par le biais d'un scĂ©nario retors opposant le surnaturel Ă  la rationalitĂ© du complot, Tim Burton rend hommage Ă  l'Ă©pouvante sĂ©culaire pour le dĂ©poussiĂ©rer avec une fraĂ®cheur fringante.



De par la vigueur des scènes d'action remarquablement chorĂ©graphiĂ©es (que ce soit les poursuites en fiacre ou Ă  cheval et les pugilats), l'efficacitĂ© des sĂ©quences gores multipliant les dĂ©capitations percutantes et la posture maladroite du dĂ©tective aussi perspicace que pittoresque. Johnny Depp rĂ©ussissant Ă  donner chair Ă  sa fonction pleutre avec un soupçon d'exubĂ©rance subtilement modeste. On est donc loin de ses mimiques outrĂ©es prochainement aperçues dans des mĂ©trages lucratifs (la saga des Pirates des CaraĂŻbes, Dark Shadows, Lone Rangers, Alice au pays des merveilles). Dans celui du mĂ©chant iconique Ă  l'animositĂ© cruelle, Christopher Walken lui prĂŞte la vedette avec un charisme saillant par sa physionomie effrayante (dentition acĂ©rĂ©e et regard azur injectĂ© de haine). On est Ă©galement impressionnĂ© par sa robustesse et son agilitĂ© lorsque ce dernier dĂ©nuĂ© de tĂŞte alpague froidement sa victime (enfant compris !) pour y collectionner ses macabres trophĂ©es. BourrĂ© d'illustres seconds-rĂ´les au charisme burinĂ© (Christopher Lee, Martin Landeau, Michael Gambon, Jeffrey Jones, Richard Griffiths, Ian McDiarmid, Michael Gough), Sleepy Hollow dĂ©clare sa flamme aux classiques de l'Ă©pouvante parmi l'affable complicitĂ© de tous ces vĂ©tĂ©rans. Quant aux gentes dames s'opposant des sentiments de tendresse, de jalousie et de rancoeur, Christina Ricci et Miranda Richardson se disputent la vedette avec une sĂ©duction vĂ©nĂ©neuse.


Formellement renversant, si bien que Tim Burton transfigure la campagne brumeuse et les habitacles domestiques Ă  l'instar de tableaux picturaux, Sleepy Hollow oscille l'onirisme fĂ©erique (notamment par l'entremise des songes d'Ichabod) et le gothisme macabre sous un ressort narratif bourrĂ© de suspense, rebondissements et faux coupables. Avec un brio technique impressionnant et parmi la complicitĂ© de sa distribution prestigieuse, Sleepy Hollow parvient Ă  susciter mystère et angoisse sous l'impulsion de la superstition locale et d'une sorcellerie perfide. Tour Ă  tour fascinant et ensorcelant, une des plus belles rĂ©ussites de son auteur Ă  ranger aux cĂ´tĂ©s de sa monstrueuse parade, Batman, le dĂ©fi et du cruel conte de fĂ©e, Edward aux mains d'argent.

mardi 15 mars 2016

HARDCORE

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site 2or3thingsiknowaboutfilm.blogspot.com

de Paul Schrader. 1979. U.S.A. 1h47. Avec George C. Scott, Peter Boyle, Season Hubley, Dick Sargent, Leonard Gaines, Dave Nichols, Larry Block, Gary Graham, Ilah Davis

Sortie salles France: 2 Mai 1979 (Interdit aux - de 18 ans). U.S: 9 Février 1979.

FILMOGRAPHIE: Paul Schrader est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 22 Juillet 1946 à Grand Rapids (Michigan).
1978: Blue Collar: 1979: Hardcore. 1980: American Gigolo. 1982: La Féline. 1985: Mishima. 1987: Light of Day. 1988: Patty Hearts. 1990: Etrange Séduction. 1992: Light Sleeper. 1994: Witch Hunt (télé-film). 1997: Touch. 1997: Affliction. 1999: Les Amants Eternels. 2002: Auto Focus. 2005: Dominion. 2007: The Walker. 2008: Adam Resurrected.


Drame psychologique abordant les thèmes de la pornographie underground et du rigorisme parmi le tĂ©moignage du paternel investigateur, Hardcore nous dĂ©voile l'envers du dĂ©cor lorsqu'une jeune adolescente disparaĂ®t afin de devenir esclave sexuelle derrière l'Ă©cran. Après avoir vainement embauchĂ© un dĂ©tective vĂ©reux, Jak Van Dorn dĂ©cide de mener lui mĂŞme son enquĂŞte afin de retrouver sa fille en vie. PlongĂ© dans un monde obscur qu'il n'a jamais cĂ´toyĂ©, son parcours l'amène Ă  frĂ©quenter la clientèle au sein des clubs SM et Sex-shops diffusant parfois des projections privĂ©es de films ultra violents. TournĂ© Ă  la fin des annĂ©es 70, Hardcore aborde le libĂ©ralisme de la pornographie Ă  son expansion. Car c'est durant cette pĂ©riode sulfureuse que les productions X ont droit de diffusion dans les salles spĂ©cialisĂ©es tout comme l'Ă©mergence florissante des Sex-shop. A l'instar d'une enquĂŞte policière, l'intrigue prend son temps Ă  relater le difficile pĂ©riple d'un père, catholique pratiquant plongĂ© malgrĂ© lui dans un univers de dĂ©pravation sexuelle après avoir Ă©tĂ© tĂ©moin des Ă©bats de sa fille lors d'une projection super 8.


Par l'entremise du porno underground, Paul Schrader ose aborder avec sĂ©rieux la lĂ©gende urbaine des fameux Snuff-movies que certains dĂ©saxĂ©s s'Ă©changeraient sous le manteau lors d'une stricte confidentialitĂ©. A cette Ă©poque en vogue de la libre circulation du X, Schrader y dĂ©nonce le laxisme et l'impuissance de la police Ă  dĂ©masquer les auteurs de pĂ©dophilie lorsque des filles mineures sont enrĂ´lĂ©es de force pour tourner dans des productions sans fiche identitaire. Si la mise en scène parfois maladroite manque de subtilitĂ© Ă  exploiter son sujet et d'intensitĂ© dramatique (notamment pour les rapports conflictuels entre le père et sa fille), Hardcore suscite l'intĂ©rĂŞt quant Ă  la dĂ©liquescence irascible du paternel contraint d'observer les pratiques sexuelles les plus perverses. Par le biais de ce personnage puritain qu'endosse brillamment le vĂ©tĂ©ran George C. Scott, son parcours moral tend Ă  dĂ©cliner vers des accès de violence incontrĂ´lĂ©es, notamment en osant molester une jeune prostituĂ©e venue lui prĂŞter main forte pour retrouver les auteurs de l'Ă©ventuel kidnapping. Mieux encore, Schrader met en appui les consĂ©quences dramatiques de sa morale rigoriste sachant Spoil ! que sa fille ne fut finalement jamais enlevĂ©e par un quelconque rĂ©seau. C'est ce que le final nous dĂ©voile brièvement lorsque cette dernière osera avouer Ă  son paternel qu'elle claqua la porte du domicile depuis l'Ă©thique conservatrice de ce dernier. Fin du Spoil. L'Ă©mancipation de la femme et la libertĂ© sexuelle Ă©tant notamment Ă  cette Ă©poque en pleine rĂ©volution.


Hormis quelques scories dĂ©naturant parfois le rĂ©alisme de situations scabreuses, la caricature de certains seconds-rĂ´les (principalement le dĂ©tective privĂ© grossièrement incarnĂ© par Peter Boyle) et son sujet pas totalement abouti, Hardcore ne manque pas de dĂ©ranger pour fustiger l'industrie mafieuse d'un porno autonome et l'influence qu'elle peut engendrer chez sa clientèle dĂ©viante. Portant le film Ă  bout de bras, l'immense George C. Scott parvient en outre Ă  se tailler une carrure Ă©quivoque dans sa posture de voyeur vindicatif avant sa remise en question religieuse pour l'amour filial. 


lundi 14 mars 2016

KRAMPUS

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Michael Dougherty. 2015. U.S.A. 1h38. Avec Adam Scott, Toni Collette, David Koechner, Allison Tolman, Conchata Ferrell, Emjay Anthony.

Sortie salles France: 4 mai 2016. US: 4 décembre 2015

FILMOGRAPHIE: Michael Dougherty est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur et producteur américain, né en Octobre 1974 à Columbus. 1998: Refrigerator Art. 1998: Deadtime Stories. 2008: Trick'r Treat. 2010: Calling all Robots. 2015: Krampus.


DĂ©jĂ  responsable du rĂ©jouissant Trick or Treat, Michael Dougherti confirme tout le bien que l'on pensait de lui avec Krampus. Un conte de noĂ«l gouailleur dans la lignĂ©e de Gremlins et de l'esprit gĂ©nĂ©reux de Joe Dante Ă  honorer le genre. Durant la rĂ©union de famille d'un rĂ©veillon de NoĂ«l, le jeune Max ne supporte plus l'ambiance Ă©lectrique de leurs discordes. Tandis qu'une menace semble se propager Ă  l'extĂ©rieur de la maison, tous les invitĂ©s se prĂ©parent Ă  recevoir son Ă©ventuel intrusion. A travers un cheminement narratif Ă©culĂ© (stratĂ©gies d'attaques et de dĂ©fense contre une menace grandissante), Michael Dougherti parvient Ă  renouveler les codes du film de monstres grâce au charisme de leur morphologie, l'implication spontanĂ©e des comĂ©diens, l'habile gestion de l'expectative et un sous-texte social fustigeant le consumĂ©risme.


Les consĂ©quences horrifiques de cette nuit tumultueuse Ă©manant de l'incivisme des enfants autant que celui des adultes rendus capricieux par leur confort matĂ©riel. Sans jamais ridiculiser la coutume de NoĂ«l puisque pleine de tendresse pour sa noble tradition, le rĂ©alisateur en profite donc pour nous rappeler Ă  quel point notre sociĂ©tĂ© de consommation nous a tous rĂ©duits Ă  des ĂŞtres insolents fĂ©rus d'Ă©goĂŻsme Ă  occulter dignement la naissance de JĂ©sus. La plupart des adultes se comportant ici comme des bambins dĂ©nuĂ©s de tous repères moraux. Jouant Ă©galement sur l'attente quant Ă  l'apparence ostensible de la grande menace, Michael Dougherti cultive la curiositĂ© par une notion latente de suspense jusqu'Ă  ce que des seconds-rĂ´les diablotins ne viennent bouleverser la donne lors d'une 2è partie Ă©chevelĂ©e. Pleins d'inventivitĂ© et d'insolence, les pugilats entre crĂ©atures et victimes laissent libre court Ă  un esprit cartoonesque sous l'impulsion de l'humour noir et d'une ambiance survoltĂ©e offrant un joli pied de nez Ă  la sagesse de NoĂ«l. Le soin apportĂ© aux dĂ©cors oniriques et Ă  sa photo bigarrĂ©e confirmant Ă©galement la volontĂ© du cinĂ©aste d'y soigner son cadre traditionnellement chaleureux.


Sans rĂ©volutionner le genre et sans autre ambition que de distraire intelligemment le spectateur par le biais d'une pĂ©tulante Ă©preuve de survie, Michael Dougherti continue de surprendre et de prouver son amour, sa gĂ©nĂ©rositĂ© et son brio Ă  honorer le genre comme le fit autrefois l'illustre Joe Dante. Efficacement menĂ© et emballĂ© et regorgeant de situations dĂ©bridĂ©es ne laissant aucun bĂ©nĂ©fice aux personnages (Ă  l'instar de la causticitĂ© de l'Ă©pilogue), Krampus constitue une sympathique farce macabre au travers d'une diatribe sur notre matĂ©rialisme infantile.  

vendredi 11 mars 2016

MEURTRES EN 3 DIMENSIONS (le tueur du vendredi 2)

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site users.net1.cc

"Friday the 13th Part 3" de Steve Miner. 1982. U.S.A. 1h35. Avec Dana Kimmell, Paul Kratka, Richard Brooker, Nick Savage, Rachel Howard, David Katims, Larry Zerner, Tracie Savage.

Sortie salles France: 16 février 1983. États-Unis: 13 août 1982

FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un réalisateur américain, né le 18 Juin 1951 à Westport, dans le Connecticut. 1981: Le Tueur de Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce Héros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (télé-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (télé-film). 2006: Scarlett (télé-film). 2007: Day of the Dead.


Troisième opus de la franchise Vendredi 13, retitrĂ© en Dvd et Vhs par Le Tueur du Vendredi 2, Meurtres en 3 dimensions exploita le relief en vogue Ă  l'aube des annĂ©es 80 (les Dents de la mer 3, Amityville 3, Parasite, etc...) afin de mieux rameuter son public ado. DĂ©jĂ  responsable du second volet, Steve Miner (rĂ©alisateur parfois inspirĂ© si je me rĂ©fère Ă  House, Lake Placid et Halloween H20) ne s'embarrasse ici ni de subtilitĂ© ni d'originalitĂ© pour donner suite aux exactions de Jason. A titre de dĂ©tail iconique, c'est d'ailleurs la première fois qu'il s'affuble d'un masque de hockey au visage pour Ă©branler sa victime, Ă©piĂ©e et coursĂ©e avant l'estocade promise. On prend donc les mĂŞmes et on recommence ! Le scĂ©nario d'une rare indigence reprenant les clichĂ©s du premier (et second) opus dans une structure narrative aseptique si on Ă©pargne la teneur sardonique de l'Ă©pilogue confinĂ© Ă  l'orĂ©e d'un lac.


On retrouve donc le cadre idyllique du camp forestier auquel une traditionnelle clique d'étudiants fêtards s'y sont réunis comme le caractérisent le duo de fumeurs de joints, le farceur féru de blagues macabres et le couple d'amoureux, quand bien même un vagabond leur avait préalablement prédit un destin des plus macabres. Pour ajouter un peu de fantaisie à l'aventure horrifique, Steve Miner s'embarrasse également de l'irruption impromptue d'un trio de loubards venus provoquer nos ados avant que Jason ne mette rapidement un terme à leurs bravades. Endigué de suspense et de tension, Meurtres en 3 dimensions ne compte donc que sur l'outrance spectaculaire des meurtres inventifs (2/3 effets chocs valent tout de même le détour !) avant que la dernière survivante ne rehausse le rythme pour affronter vaillamment le tueur lors de l'ultime quart d'heure. Cartoonesque en diable car fertile en poursuites homériques, ce point d'orgue ne manque ni de rythme ni de cocasserie lorsque le duo impromptu renchérit à se courser inlassablement pour l'enjeu de survie. Pour un peu, on se croirait même dans un épisode de Tom et Jerry tant Jason fait preuve d'apathie à daigner alpaguer maladroitement sa partenaire alors que cette dernière se parodie à jouer la victime effarouchée !


Franchise lucrative destinĂ©e Ă  rĂ©pĂ©ter la mĂŞme recette jusqu'Ă  saturation, Meurtres en 3 dimensions ne dĂ©roge pas Ă  la règle mais se revoit aujourd'hui avec un sourire amusĂ© pour les inconditionnels de Jason et du cĂ©lèbre leitmotiv d'Harry Manfredini. Parfois spectaculaire et involontairement drĂ´le, puis haletant lors de sa dernière partie, ce nanar sans prĂ©tention fait encore son p'tit effet ludique Ă  condition de l'Ă©valuer au second degrĂ©. 

jeudi 10 mars 2016

A L'INTERIEUR

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Alexandre Bustillo et Julien Maury. 2007. France. 1h23. Avec Alysson Paradis, Béatrice Dalle, Nathalie Roussel, François-Régis Marchasson, Jean-Baptiste Tabourin, Dominique Frot, Claude Lulé

Sortie salles France: 13 Juin 2007

FILMOGRAPHIE: Alexandre Bustillo, né à Saint-Cloud le 10 août 1975, est un réalisateur et scénariste français. 2007 : À l'intérieur (avec Julien Maury). 2011 : Livide (avec Julien Maury).
2014 : Aux yeux des vivants (avec Julien Maury). 2016 : Leatherface (avec Julien Maury).
Julien Maury est un réalisateur et scénariste français.


Première incursion derrière la caméra du duo français Bustillo/Maury, A l'intérieur emprunte le schéma du survival horrifique sous le joug du huis-clos. Recluse chez elle, Sarah se remet difficilement de son accident de voiture qui lui valu la perte de son mari. Enceinte et sur le point d'accoucher, elle est persécutée par une mystérieuse inconnue délibérée à lui soutirer son bébé. Prenant pour thèmes le deuil et la maternité, A l'Intérieur aborde la perte de l'être aimé d'un point de vue horrifique jusqu'au-boutiste tant nos compères redoublent de provocation à enchaîner les exactions sanglantes avec une sauvagerie rarement intentée dans le paysage français. Grâce à son efficacité narrative soigneusement planifiée alternant situations de survie et stratégies de défense parmi l'appui de seconds-rôles en proie au danger permanent, ce home invasion ne cesse de surenchérir dans le hardgore avec un parti-pris assumé.


EpaulĂ© d'une photo sĂ©pia aux Ă©clairages translucides et d'une partition monocorde atmosphĂ©rique, Bustillo et Maury fignolent le cadre nocturne d'une demeure domestique confondue en théâtre de sang sous l'impulsion d'une tortionnaire intraitable. Dans sa posture hiĂ©ratique et longiligne, Beatrice Dalle se dĂ©lecte Ă  emprunter la soutane d'une prĂŞtresse habitĂ©e par la perversitĂ©. Cette dernière traquant ses proies avec un flegme inquiĂ©tant avant de se laisser chavirer vers des pulsions sanguinaires autrement primitives. La manière stylisĂ©e dont les cinĂ©astes transfigurent chacune de ses apparitions apporte une touche surrĂ©aliste Ă  sa silhouette mortifère. A l'instar d'une sĂ©quence subtilement angoissante lorsque cette dernière, tapie dans la pĂ©nombre d'une pièce, espionne par derrière sa victime Ă  l'instar d'un spectre invisible. En proie soumise incessamment molestĂ©e et martyrisĂ©e (l'affrontement final innommable repousse les limites de la biensĂ©ance !), Alysson Paradis provoque la surprise Ă  endosser la caricature fragile d'une dĂ©funte en instance de survie oscillant vigilance et bravoure pour contredire les châtiments de son ennemie. Nos deux partenaires fĂ©minines insufflant au fil de leur pugilat une tension dramatique d'une fureur viscĂ©rale. Pour terminer, on peut louer la qualitĂ© des FX artisanaux que Jacques Olivier Molon est parvenu Ă  mettre en exergue avec un rĂ©alisme Ă  couper au rasoir (en dĂ©pit de 2/3 CGI grossiers, Ă  l'instar du rĂŞve de l'hĂ©roĂŻne et des apparitions internes du foetus).


Parmi son ambiance malsaine dĂ©rangeante instaurĂ©e dans le cadre feutrĂ© du huis-clos anxiogène, A l'IntĂ©rieur parvient Ă  distiller angoisse, terreur et tension sous l'impulsion d'une horreur Ă©prouvante parfois insoutenable (la gorge perforĂ©e Ă  l'aide d'une tige Ă  tricot, l'Ă©ventration au ciseau). Pour ce premier essai, Bustillo et Maury se tirent haut la main de la routine pour ĂŞtre parvenus avec sincĂ©ritĂ© et insolence Ă  façonner un survival brut de dĂ©coffrage sous l'autoritĂ© charismatique de deux comĂ©diennes Ă  couteaux tirĂ©s. 
A réserver à un public averti.

mercredi 9 mars 2016

THE LAST HOUSE ON DEAD END STREET

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lostmedia.wikia.com

de Roger Watkins. 1977. U.S.A. 1h18. Avec Roger Watkins, Ken Fisher, Bill Schlageter, Kathy Curtin, Pat Canestro, Steve Sweet, Edward E. Pixley.

Sortie salles U.S: Mai 1977 (Interdit aux - de 18 ans). Inédit en France.

FILMOGRAPHIE: Roger Michael Watkins (pseudos: Richard Mahler/Bernard Travis/Victor Janos) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur, nĂ© le 17 Septembre 1948, dĂ©cĂ©dĂ© le 6 Mars 2007.
1988: Decadence (Video) (as Richard Mahler). 1987: American Babylon (Video) (as Richard Mahler). 1983: Midnight Heat (as Richard Mahler). 1983: Corruption (as Richard Mahler). 1981: A Day in the Life of... The Cosmopolitan Girls (uncredited). 1981: Spittoon. 1980: Her Name Was Lisa (as Richard Mahler). 1980: Shadows of the Mind (as Bernard Travis). 1980: The Pink Ladies (as Richard Mahler). 1977: The Last House on Dead End Street (as Victor Janos).


Avertissement ! Par son climat putride et ses séquences scabreuses, le film est à réserver à un public averti.

PrĂ©cĂ©dĂ© d'une rĂ©putation sulfureuse aux sĂ©ances nocturnes des Grindhouse et des drive-in, The Last house on dead end street surfe sur le thème des Snuff-movies que le duo Michael et Roberta Findley avait dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© un an au prĂ©alable dans leur mĂ©diocre Snuff. A peine sorti de prison, un cinĂ©aste underground se lance dans l'exploitation de films pornos. Avec l'appui d'un producteur sans vergogne, il dĂ©cide de le rĂ©aliser en repoussant les limites de la tolĂ©rance. Dans une ambiance Ă©lectrique, le tournage va virer Ă  l'orgie sanglante lorsque Terry dĂ©cide d'assassiner devant la camĂ©ra ses acteurs ainsi que son producteur afin de proposer au public un spectacle plus vrai que nature. ExpĂ©rience malsaine tout droit sortie d'un esprit dĂ©rangĂ©, The Last house on dead end Street constitue la première oeuvre de Roger Watkins, rĂ©alisateur mais aussi acteur principal de son propre film. Un cinĂ©aste aussi discret qu'obscur comme le souligne ses multiples pseudos qu'il emprunta Ă©galement pour la confection de mĂ©trages X.


Par l'entremise d'un pitch linĂ©aire exploitant Ă  intervalle rĂ©gulier sexe et gore de la manière la plus racoleuse (humiliations et sĂ©vices corporels s'avĂ©rant les maĂ®tres mots !), Roger Watkins traite du mythe du Snuff-movie avec un rĂ©alisme (faussement) documentĂ©. Un parti-pris assumĂ© de prĂ©coniser le choc cĂ©rĂ©bral chez le spectateur participant malgrĂ© lui Ă  une expĂ©rience visuelle et auditive profondĂ©ment dĂ©rangeante (dissonance musicale Ă  l'appui). Par son climat d'hystĂ©rie collective oĂą chaque protagoniste est affublĂ© d'un masque risible, ses Ă©clairages limpides ou autrement ternes, son dĂ©cor d'entrepĂ´t insalubre et ses salles d'expĂ©rimentations, The Last house on dead end Street amorce une dĂ©rive criminelle en roue libre. Bien que son cheminement narratif ne cesse de compiler une succession de sĂ©quences chocs parfois/souvent dĂ©viantes (le cĂ©lèbre supplice de la patte de bouc), le film parvient Ă  susciter une curiositĂ© palpable par son florilège d'images cauchemardesques oĂą la folie dĂ©saxĂ©e semble habiter chacun des comĂ©diens. D'ailleurs, durant ce tournage chaotique, on peut suspecter que ces derniers se soient adonnĂ©s aux drogues hallucinogènes, le rĂ©alisateur Ă©tant lui mĂŞme un fervent consommateur Ă  sa pĂ©riode autodestructrice. Cette ambiance aussi enragĂ©e que dĂ©rangĂ©e reflète bien les Ă©tats d'âme pathologiques de celui-ci soucieux de cristalliser sur pellicule un bad-trip dĂ©moniaque habitĂ© par la perversitĂ©.


Que l'on adhère ou rejette en bloc ce dĂ©lire scabreux imparti Ă  l'expĂ©rimentation douteuse, The Last house on dead end street ne laisse pas indiffĂ©rent et entretient la curiositĂ© par son panel de sĂ©quences hystĂ©riques oĂą l'ambiance malsaine indĂ©crottable laisse parfois en mĂ©moire des images d'une perversitĂ© maladive. Probablement l'une des expĂ©riences les plus cintrĂ©es de l'histoire du cinĂ©ma.
A ne pas mettre entre toutes les mains. 


mardi 8 mars 2016

Le Manoir de la Terreur / Le Notti del terrore/Burial Ground

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bubblegeek.eklablog.com

d'Andrea Bianchi. 1981. Italie. 1h25. Avec Karin Well, Gianluigi Chirizi, Simone Mattioli, Antonella Antinori, Roberto Caporali, Claudio Zucchet, Renato Barbieri, Mariangela Giordano, Peter Bark.

Sortie U.S le 15 Octobre 1986. Italie: 9 Juillet 1981

FILMOGRAPHIEAndrea Bianchi est un rĂ©alisateur italien, nĂ© le 31 Mars 1925 Ă  Rome.
1972: Diabolica Malicia. 1972: L'Île au trésor. 1974: Quelli che Contano. 1974: Basta con la guerra... facciamo l'amore. 1975: Nu pour l'assassin. 1976: La Moglie di mio padre. 1977: Cara dolce nipote. 1978: La moglie siciliana. 1979: Malabimba. 1981: Le Manoir de la Terreur. 1983: Altri desideri particolari. 1983: Morbosamente vostra. 1986: Dolce Pelle di Angela. 1987: Maniac Killer. 1987: l'Ange de la Mort. 1988: Incontri in case private. 1988: Racconti di donne. 1989: Massacre. 1989: Io Gilda. 1990: Qualcosa in più. 1990: Gioco di seduzione. 1991: Bambola di carne. 1993: Formula 3 - 1 ragazzi dell'autodromo.

 
"Chair en Décomposition et Terre Cuite : Les Délices Fétides du Manoir de la Terreur"
Joli succès VHS dans les annĂ©es 80 sous l'effigie de Fantastic Video, Le Manoir de la Terreur s’est taillĂ© au fil des dĂ©cennies une rĂ©putation culte auprès des aficionados du nanar transalpin. TournĂ©e en quatre semaines avec des interprètes nĂ©ophytes (exception faite de Mariangela Giordano), cette bisserie typiquement latine s’affranchit du mythe zombie traditionnel grâce au cadre singulier du manoir et Ă  l'apparence risible de ses revenants, maculĂ©s de terre cuite sur la trogne. InspirĂ© de L’Enfer des Zombies, rĂ©alisĂ© un an auparavant, et plus prĂ©cisĂ©ment de la saga des Templiers d’Ossorio, le film d’Andrea Bianchi se revendique ouvertement gore, dans la plus pure tradition putassière du patrimoine italien. Soupçon de polissonnerie en prime, notamment Ă  travers une sĂ©quence scabreuse restĂ©e dans les mĂ©moires (mais j’y reviendrai plus tard...).

Le pitch : SĂ©journant dans un manoir le temps d’un week-end, deux couples, une mère et son fils se retrouvent assiĂ©gĂ©s par une horde de zombies. MalgrĂ© leur inexpĂ©rience (c’est peu dire), ils vont devoir redoubler de vigilance et de bravoure pour repousser un antagoniste exhumĂ© d’une crypte.

Cette intrigue triviale, dĂ©nuĂ©e de surprises, est louablement transcendĂ©e par le rythme Ă©chevelĂ© des agressions carnivores que nos zombies parcheminĂ©s ne cessent de surenchĂ©rir, armĂ©s d’outils de jardinage improvisĂ©s en armes blanches (ils iront jusqu’Ă  s’emparer d’un bĂ©lier pour dĂ©foncer la porte d’entrĂ©e).

Et Ă  ce niveau dĂ©bridĂ©, les pĂ©ripĂ©ties, d’abord instaurĂ©es dans le cadre verdoyant du jardin, dĂ©bordent de gĂ©nĂ©rositĂ©, multipliant les affronts entre zombies et survivants. Très vite, ces derniers se barricadent dans l’enceinte du manoir dès la tombĂ©e de la nuit. Grâce Ă  la vigueur des affrontements rĂ©currents et Ă  la prĂ©sence mortifère des macchabĂ©es emmitouflĂ©s dans des soutanes, Andrea Bianchi parvient Ă  nous immerger dans l’action, portĂ©e par une bande-son tour Ă  tour dissonante et onirique (aux accents lyriques rappelant par moments le Popol Vuh).
Entre meurtres sauvages bricolĂ©s Ă  la main et indĂ©cence lubrique (la relation incestueuse entre le fils et sa gĂ©nitrice, suivie d’un matricide glacial), Le Manoir... s’efforce aussi de magnifier la scĂ©nographie gothique du mausolĂ©e Ă  travers une jolie photographie contrastant avec son gore criard.

Et si la rĂ©alisation, oscillant entre zooms grossiers et montage approximatif, accentue le cĂ´tĂ© fauchĂ© de l’entreprise, le film conserve pourtant sa rĂ©jouissante vitalitĂ© dans l’exubĂ©rance d’un jeu d’acteurs inexpressifs, surjouant la panique comme au théâtre de foire. MalgrĂ© cette galerie de tĂŞtes nĂ©gligeables, Mariangela Giordano s’avère un peu plus convaincante en mère effarouchĂ©e, tandis que l’Ă©trange Peter Bark, acteur de petite taille, parvient Ă  faire oublier son inexpĂ©rience grâce Ă  son regard rĂ©vulsĂ© et son faciès Ă©maciĂ©.
Son apparence blĂŞme, sa morphologie prĂ©maturĂ©e (il a en rĂ©alitĂ© 25 ans au moment du tournage mais joue un garçon de 12 ans) ajoutent encore Ă  l’Ă©trangetĂ© dĂ©rangeante du rejeton dĂ©viant.

 
"FantĂ´mes d’Italie : Quand le Bis S’Empaille dans un MausolĂ©e"
Avec son ambiance gothique ombrageuse, sa partition lancinante, son interprétation bovine, le look décati de ses zombies et ses scènes gores parfois insensées (sein arraché à pleines dents, tête tranchée à la faux, gorge arrachée, sans oublier les traditionnels festins de chair humaine en gros plans !), Le Manoir de la Terreur reste un plaisir innocent et constant.
Tout du moins pour les inconditionnels du cinĂ©-bis de la grande Ă©poque, il demeure aujourd’hui encore plus dynamique et fantasque que bien des zombie movies contemporains, trop sages ou trop lisses. Dans son ambiance dĂ©bridĂ©e, ancrĂ©e dans un contexte de survie gothique, Andrea Bianchi exploite sa sĂ©rie Z avec une verve dingo, immersive et ludique. Le plaisir innocent dans sa plus pure expression.


*Bruno
08.03.16. 4èx
13.07.12. (204 v)