lundi 20 février 2017

STRYKER

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ohmygore

de Cirio H. Santiago. 1983. Philippines. 1h24. Avec Steve Sandor, Andrea Savio, William Ostrander
Julie Gray, Monique St. Pierre, Mike Lane.

Sortie salles France: 9 Mai 1984. U.S: 9 Février 1983


Surfant sur la vague du western post-nuke initiĂ© par Mad-Max 2, Stryker est une production Z native des philippines. RĂ©alisateur prolifique (jetez un oeil sur son incroyable filmographie au terme de l'article), Cirio H. Santiago pompe allègrement le scĂ©nario de Mad-Max 2 (la quĂŞte de l'essence Ă©tant substituĂ©e par l'eau) avec une paresse impayable. Après la 3è guerre mondiale, divers clans s'affrontent pour la denrĂ©e de l'eau. Surgit de nulle part, le ranger solitaire Stryker vient en aide Ă  un groupe de survivants pacifistes propriĂ©taires d'une source. SĂ©rie Z au rabais comme il en pullulait Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80 depuis la rĂ©fĂ©rence inĂ©galĂ©e de George Miller, Stryker tente avec un minimum d'efficacitĂ© de façonner un film d'action moderne Ă©maillĂ© de traditionnelles poursuites et cascades de pacotille. Avec sa rĂ©alisation scolaire, ses dialogues risibles, ses trognes inexpressives et son hĂ©ros taiseux aseptique dont on Ă©prouve aucune sympathie, Stryker affiche un esprit Bis typiquement transalpin si bien que le philippin Cirio H. Santiago a bien du mal Ă  insuffler une quelconque vigueur aux enjeux humains et hĂ©roĂŻques en dĂ©pit d'un final belliciste. Mais au-delĂ  de ses dĂ©fauts prĂ©citĂ©s et d'un manque Ă©vident de moyens (l'unitĂ© de l'action se dĂ©roulant dans des carrières en plein dĂ©sert), cet Ă©pigone s'avère gentiment bonnard si on sait faire preuve d'indulgence et que l'on soit un inconditionnel du sous-genre. Certains personnages dans leur dĂ©froque excentrique (les nains badins, le "mĂ©chant" tyran aussi impassible et concis que notre hĂ©ros, les amazones guerrières Ă©chappĂ©es de Mad-Max 2 !) et certaines rĂ©parties involontairement drĂ´les valant notamment le dĂ©tour par leur aspect premier degrĂ© aussi grotesque que (futilement) attachant. A voir de prĂ©fĂ©rence entre amis un samedi soir arrosĂ© ! ^^

Eric Binford. 3èx


FILMOGRAPHIE: Cirio H. Santiago est un réalisateur, producteur et scénariste né le 18 Janvier 1936 à Manila, Philippines, décédé le 26 Septembre 2008 à Makati City, Philippines.
2014: Water Wars. 2005 Bloodfist 2050 (TV Movie).  2003 When Eagles Strike.  2000 Aladdin and the Adventure of All Time (Video).  1997 Nagmumurang kamatis (as Cirio Santiago).  1997 Vulcan
1997 Anak ng bulkan. 1994 Stranglehold. 1994 Caged Heat II: Stripped of Freedom. 1994: Ultimatum. 1994 One Man Army.  1993 Live by the Fist .  1993 Kickangels .  1993 Kill Zone .  1993 Firehawk (Video).  1992 Beyond the Call of Duty .  1992 Raiders of the Sun .  1991 Field of Fire
 1991 Dune Warriors .  1989 Silk 2 .  1989 Les damnĂ©s de Lang Mei .  1989 Nam Angels .  1988 The Expendables .  1988 Fast Gun .  1988 The Sisterhood .  1987 Killer Instinct .  1987 Demon of Paradise .  1987 Apocalypse Warriors .  1987 Eye of the Eagle .  1986 Future Hunters .  1986 Silk . 1986 The Destroyers .  1985 Vengeance .  1985 Les guerriers du futur .  1984 Mission finale .  1983 Caged Fury .  1983 Stryker .  1981 Attaque Ă  mains nues .  1980 Ang galing-galing mo, Mrs. Jones
 1980 Gabi ng lagim ngayon .  1979 Modelong tanso .  1978 Hell Hole .  1978 Le samouraĂŻ noir
 1978 Vampire Hookers .  1978 Doble kara .  1976 The Muthers .  1976 3 panthères au combat
 1976 Call Me Direnz! .  1975 Cover Girl Models .  1974 Happy Days Are Here Again .  1974 Carnival Song .  1974 TNT Jackson (as Cirio Santiago) .  1974 Fe, Esperanza, Caridad (segment "Fe") .  1974 El negro .  1973 Savage! .  1973 Impossible Dream .  1973 Fly Me (as Cirio Santiago)
 1971 Once Upon a Time   1969 Panagupa .  1967 Ang limbas at ang lawin .  1967 Alamid .  1967 Bravados .  1967 Marko aintado .  1967 Operation Impossible  . 1966 Tiagong Lundag .  1966 Room 69 .  1966 Wanted: Johnny L .  1966 Kardong Kaliwa .  1966 Pistolero .  1965 Hanapin si Leo Baron
 1965 7 Mukha ni Dr. Ivan .  1965 Darna at ang Babaing Tuod .  1965 Kaaway Bilang Uno .  1964 Scorpio.  1964 Saan Mang Sulok ng Daigdig .  1964 Bakas ng dragon .  1964 Lagalag .  1964 Ging
1963 Magnong Mandurukot .  1963 Los palikeros .  1962 Leon Marahas .  1962 Masikip ang  1962 Walang Susuko .  1961 Mga yapak na walang bakas .  1961 Nagbabagang Lupa .  1961 Konsiyerto ng kamatayan (segment "Lumuluhang Bangkay") .  1960 Sa Ibabaw ng aking Bangkay .  1960 Pagsapit ng Hatinggabi .  1960 Pautang ng Langit .  1960 Sandakot na Alabok .  1959 Hawaiian Boy .  1959 Ultimatum .  1958 Pusang itim .  1958 Laban sa lahat .  1958 Water Lily .  1958 Pepeng Kaliwete
 1957 Pusakal .  1957 Bicol Express . . 1956 Apat na Kasaysayang Ginto (30 Sandali) . 1955 Paltik

vendredi 17 février 2017

DETOUR

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Christopher Smith. 2016. U.S.A. 1h41. Tye Sheridan, Emory Cohen, Stephen Moyer, Bel Powley,
Gbenga Akinnagbe, John Lynch, Jenna Saras.

Sortie salles U.S: 20 Janvier 2017. VOD France: 17/02/2017

FILMOGRAPHIE: Christopher Smith est un réalisateur et scénariste britannique, né le 16 Août 1970 à Bristol. 2004: Creep. 2006: Severance. 2009: Triangle. 2010: Black Death. 2011: Paris I'll Kill You. 2014: Get Santa. 2016: Détour.


"Quand un homme a un meurtre sur la conscience, il doit creuser deux tombes. Une pour la victime et une pour lui".

VOD honteusement banni de nos salles obscures, DĂ©tour est un thriller vitriolĂ© redoutablement efficace sous le pilier d'une narration dĂ©structurĂ©e truffĂ©e de fausses pistes et rebondissements. Quasi irracontable, le pitch se focalise sur la virĂ©e sauvage d'un couple de marginaux embarquant parmi eux un jeune Ă©tudiant indĂ©cis d'assassiner son beau-père, faute d'une adultère et du coma de sa mère gravement accidentĂ©e par ce dernier. Alternant continuellement flash-back et moment prĂ©sent afin de confondre deux intrigues en une, Christopher Smith prend malin plaisir Ă  brouiller les pistes, perdre nos repères et dissoudre nos hypothèses sous pivot d'un road movie fĂ©tide Ă  la fois oppressant et malsain si bien qu'aucun personnage n'en sortira indemne. Soignant le cadre photogĂ©nique de son environnement solaire sur bitume et ses escales dans les bars Ă  effeuilleuse, et empruntant en intermittence le procĂ©dĂ© du Split-screen afin d'amplifier la tension des Ă©vènements imprĂ©visibles, Christopher Smith redouble d'habiletĂ© pour charpenter un rĂ©cit vĂ©nĂ©neux sous l'autoritĂ© d'anti-hĂ©ros en perdition. Le personnage coupable et victimisĂ© (remarquablement endossĂ© par le nouveau talent Tye Sheridan dans un jeu contrariĂ©!) sombrant malgrĂ© lui dans une dĂ©liquescence morale Ă  la suite d'un concours de circonstances aussi accidentelles qu'infortunĂ©es. EmaillĂ© de saillies d'humour noir par le truchement d'un jeu de manipulation et de faux semblant, Detour surprend et captive sans jamais lâcher prise, et ce avec le ressort d'un suspense en roue libre.


Cumulant les rĂ©ussites Ă  rythme mĂ©tronomique depuis le dĂ©but de sa carrière, Christopher Smith nous dĂ©livre Ă  nouveau avec DĂ©tour une excellente (pochette) surprise tirant parti de sa vigueur et de son efficacitĂ© grâce Ă  l'audace d'une narration Ă  la fois vrillĂ©e et ramifiĂ©e. Pour parachever sur une note suave, on peut notamment prĂ´ner la contribution musicale de Pablo Clements, James Griffith et Toydrum insufflant par moment un onirisme Ă©lĂ©giaque autour de la destinĂ©e (prĂ©caire) du trio maudit ! 

P.S: Ne stoppez pas le film durant le générique de fin, une ultime surprise vous est réservé !

Bruno Dussart.

jeudi 16 février 2017

BOULEVARD DE LA MORT

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site www.comingsoon.net

"Death Proof" de Quentin Tarantino. 2007. U.S.A. 1h54. Avec Kurt Russell, Zoë Bell, Rosario Dawson, Vanessa Ferlito, Sydney Tamiia, Tracie Thoms, Rose McGowan.

Sortie salles France: 6 Juin 2007. U.S: 6 Avril 2007

FILMOGRAPHIE: Quentin (Jérome)Tarantino est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 27 Mars 1963 à Knoxville dans le Tennessee.
1992: Réservoir Dogs. 1994: Pulp Fiction. 1995: Groom Service (segment: The Man from Hollywood). 1997: Jacky Brown. 2003: Kill Bill 1. 2004: Kill Bill 2. 2007: Boulevard de la Mort. 2009: Inglorious Basterds. 2012: Django Unchained. 2015: Les 8 Salopards.


Echec commercial Ă  sa sortie quand bien mĂŞme la presse fut plutĂ´t partagĂ©e (bien que Wikipedia aurait tendance Ă  me contredire), Boulevard de la Mort fait parti d'un diptyque formĂ© avec le jouissif Planet Terror. Hommages au Grindhouse, ces cinĂ©mas de quartiers spĂ©cialisĂ©s dans les films d'exploitation, Boulevard de la mort est une Ă©loge aux cascadeurs des Seventies cultivant des risques inconsidĂ©rĂ©s lorsqu'ils furent contraints de doubler les acteurs de sĂ©ries B dans des bobines d'action aussi dĂ©complexĂ©es qu'homĂ©riques. Signalant Ă  moult reprises les rĂ©fĂ©rences du genre que symbolisent La Grande Casse, Larry le dingue, Mary la garce, l'EquipĂ©e du Canonbal et Point Limite Zero, Quentin Tarantino dĂ©die son amour Ă  ces productions artisanales avec une sincĂ©ritĂ© qui impose le respect, sachant notamment que l'infographie des productions mainstream est ici Ă©cartĂ©e. Car en dĂ©pit d'une première partie futilement languissante s'appuyant trop sur la redondance de dialogues interminables, Boulevard de la Mort est un trip aussi biscornu que singulier. Empruntant les genres du psycho-killer et du road movie musclĂ©, Tarantino jumelle ses composantes avec une dĂ©tonante alchimie. Avec ses tĂŞtes d'affiche fĂ©minines viriles au caractère bien trempĂ©, le climat d'insolence et de douce folie qui Ă©manent de leur posture rebelle s'avère irrĂ©sistiblement attrayant lorsqu'un cascadeur psychotique sexuellement frustrĂ© dĂ©cide de s'en prendre Ă  elles avec couardise.


Scindé en deux parties distinctes, Boulevard de la mort s'avère en premier lieu parfois terrifiant et réaliste lors des impressionnantes scènes de violences graphiques expurgées de dérision. Je cite prioritairement l'anthologique crash automobile filmé sous divers angles (et selon moult points de vue) afin d'ébranler le spectateur immergé dans l'habitacle du véhicule des victimes tout en observant de l'extérieur l'impact cinglant des bolides se percutant de plein fouet ! Gore et sans concession, le climat subitement malsain de cette première partie déroute le spectateur quand bien même au préalable les échanges de discussion des garçonnes réunies autour d'un bar ne manquaient pas de causticité pour brocarder la gente masculine. Outre l'aspect insolite de l'intrigue (un cascadeur sclérosé prend son pied en coursant sur bitume des donzelles avec son véhicule customisé !) et le charisme proéminent de ses comédiennes pétulantes, la présence insidieuse de Kurt Russel s'en donnant à coeur joie en misogyne pervers exacerbe la facture baroque d'un climat hostile préalablement sous-jacent. Quant à la seconde partie beaucoup plus trépidante et littéralement jouissive, Quentin Tarantino nous sert généreusement une course poursuite aussi effrénée que débridée si bien que les rôles subitement inversés vont insuffler chez le spectateur un sentiment de jouissance réactionnaire lorsque nos héroïnes pugnaces auront décidé de contre-attaquer sans répit leur bourreau. Décomplexées, cocasses et déjantées, ses nouvelles héroïnes avides de vitesse et de rancoeur insufflent un sentiment euphorique de liberté lors des affrontements automobiles que Tarantino coordonne avec une maestria ébouriffante ! A l'instar de cette folle séquence au cours duquel l'une des héroïnes se cramponne désespérément sur le capot de sa voiture coursée à vive allure, la main attachée à une lanière !


Visuellement rutilant (Tarantino est pour la 1ère fois de sa carrière directeur de la photo !), rĂ©fĂ©rentiel comme de coutume et musicalement entraĂ®nant, Boulevard de la mort fait presque office d'ovni dans sa structure hybride et l'aura indicible d'un psycho-killer routier inscrit dans l'excentricitĂ©. En dĂ©pit de ses maladresses et d'un rythme dĂ©faillant (les dialogues nĂ©anmoins inventifs et pittoresques s'avèrent ici moins efficaces et percutants qu'au prĂ©alable durant sa première partie), Boulevard de la mort est un savoureux moment de peloche toujours plus insolent et frĂ©nĂ©tique sous le pivot d'un affrontement de survie Ă  perdre haleine. A redĂ©couvrir d'urgence si j'ose dire si bien qu'au second visionnage le spectacle s'avère beaucoup plus apprivoisable ! 

B-D. 2èx

mercredi 15 février 2017

ALLIES

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Allied" de Robert Zemeckis. 2016. U.S.A. 2h05. Avec Brad Pitt, Marion Cotillard, Simon McBurney, Lizzy Caplan, Jared Harris, Matthew Goode, Anton Lesser, August Diehl

Sortie salles France/U.S: 23 Novembre 2016

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle Express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Mr Scrooge. 2013: Flight. 2015: The Walk. 2016: Alliés.


Après nous avoir Ă©poustouflĂ© avec le vertigineux The Walk, Robert Zemeckis change de registre pour renouer avec les productions hollywoodiennes d'après-guerre avec AlliĂ©s. Un thriller Ă  suspense oĂą se jumellent avec bonheur guerre, romance et espionnage sous l'impulsion d'un couple glamour que forment spontanĂ©ment Brad Pitt (petit bĂ©mol toutefois pour son jeu contractĂ© de mĂ©contentement trop permanent) et l'immense Marion Cotillard (divine de naturel mais aussi bouleversante dans le rĂ´le Ă©quivoque d'un potentielle espionne allemande). 1941, Casablanca. Après avoir achevĂ© leur dangereuse mission d'Ă©radiquer un ambassadeur allemand au cours d'une soirĂ©e mondaine, un couple d'espions (l'un canadien, l'une française), tombent communĂ©ment amoureux. ExilĂ©s Ă  Londres, ils se marient et donnent naissance Ă  une fille, quand bien mĂŞme l'un des supĂ©rieurs de Max lui annonce que son Ă©pouse serait probablement une espionne Nazi ! 


Entièrement bâti sur l'interrogation morale du hĂ©ros Ă  suspecter l'identitĂ© de son ancienne adjointe, AlliĂ©s insuffle un suspense remarquablement latent sous le pivot d'une paranoĂŻa exponentielle que celui-ci tente de canaliser. Robert Zemeckis s'appuyant sur la passion des sentiments qu'ils se partagent afin d'intensifier les enjeux dramatiques culminant Ă  une Ă©ventuelle exĂ©cution sommaire. Visuellement flamboyant, tant pour le sens consciencieux de sa reconstitution historique que de ces dĂ©cors classieux, AlliĂ©s renoue avec les spectacles d'antan afin de contenter le grand public amateur de romance et de suspense quelque peu hitchcockien. PonctuĂ© de scènes d'action percutantes, Zemeckis assure le spectacle avec vigueur sans jamais cĂ©der Ă  la gratuitĂ© de l'esbroufe si bien que la plupart des Ă©clairs de violence qui irriguent l'intrigue dĂ©pendent d'une mission et des motivations rebelles de Max en investigation illĂ©gale car en quĂŞte de vĂ©ritĂ© afin de disculper sa dulcinĂ©e. Qui plus est, en intensifiant les enjeux humains du couple en crise, Zemeckis se permet de clore son histoire (basĂ©e sur des faits rĂ©els !) sur une note romantique Spoiler ! littĂ©ralement bouleversante si je me rĂ©fère Ă  la notion de sacrifice dĂ©coulant d'un des protagonistes ! Fin du Spoiler.


Sans volontĂ© de rĂ©volutionner le genre ou de parfaire un chef-d'oeuvre, Robert Zemeckis se contente de nous servir avec efficacitĂ©, formalitĂ© et sincĂ©ritĂ© un formidable divertissement avant tout bâti sur la densitĂ© morale du couple ombrageux Brad Pitt/Marion Cotillard impliquĂ© dans la tourmente d'une Ă©ventuelle fĂ©lonie. 

B-D

mardi 14 février 2017

MOONLIGHT

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Barry Jenkins. 2016. U.S.A. 1h50. Avec Mahershala Ali, Janelle Monáe, Naomie Harris, Trevante Rhodes, Ashton Sanders, Alex R. Hibbert, André Holland.

Sortie salles France: 1er Février 2017. U.S: 21 Octobre 2016

FILMOGRAPHIEBarry Jenkins, né le 19 novembre 1979 à Miami (Floride), est un réalisateur et scénariste américain. 2003: My Josephine. 2003: Little Brown Boy. 2008: Medicine for Melancholy
2009: A Young Couple. 2009: Tall Enough. 2011: Chlorophyl. 2016: Moonlight. 2017: Omniboat.
A Contract with God.


Dépourvu des clichés usuels au film de ghetto, un très beau portrait introspectif (et parfois sensitif) d'une quête identitaire infortunée. Chapeau bas pour la triple interprétation impartie au personnage principal et pour le réalisme de sa mise en scène épurée à la fois inventive, autonome et expérimentale.
B-D

Récompenses:
National Society of Film Critics 2016 :
Meilleur Film
Meilleur réalisateur
Meilleure révélation féminine pour Janelle Monáe
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Mahershala Ali
Meilleur Film indépendant
Top 10 des films de l'année
5e cérémonie des Boston Online Film Critics Association Awards 2016 :
Meilleur film
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Mahershala Ali
Meilleure distribution
19e cérémonie des British Independent Film Awards 2016 : Meilleur film indépendant international
26e cérémonie des Gotham Independent Film Awards 2016 :
Meilleur film
Audience Award
Special Jury Award de la meilleure distribution
88e cérémonie des National Board of Review Awards 2016 :
Meilleur réalisateur
Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Naomie Harris
82e cérémonie des New York Film Critics Circle Awards 2016 :
Meilleur réalisateur
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Mahershala Ali
Meilleure photographie
74e cérémonie des Golden Globes 2016 :
Meilleur film dramatique
National Society of Film Critics 2017 :
Meilleur Film
Meilleur réalisateur
Meilleure révélation féminine pour Janelle Monáe
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Mahershala Ali
Meilleur Film indépendant
Top 10 des films de l'année
Alliance of Women Film Journalists 2017 :
Meilleur Film
Meilleur réalisateur
Meilleur scénario adapté
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Mahershala Ali
Meilleure distribution
Meilleure cinématographie pour James Laxton (en)
Meilleure rédaction pour Joi McMillon (en) et Nat Sanders (en)

lundi 13 février 2017

DR JERRY ET MR LOVE

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

"The Nutty Professor" de Jerry Lewis. 1963. U.S.A. 1h45. Avec Jerry Lewis, Stella Stevens, Del Moore, Kathleen Freeman, Howard Morris, Elvia Allman, Buddy Lester.

Sortie salles France: 4 Septembre 1963. U.S: 4 Juin 1963

FILMOGRAPHIE: Joseph Levitch, dit Jerry Lewis, est un humoriste, acteur, producteur et rĂ©alisateur de cinĂ©ma amĂ©ricain, nĂ© le 16 mars 1926 Ă  Newark dans l'État du New Jersey, aux États-Unis.1949 : How to Smuggle a Hernia Across the Border. 1960 : Le Dingue du Palace. 1961 : Le Tombeur de ces dames. 1961 : Le Zinzin d'Hollywood. 1963 : Docteur Jerry et Mister Love. 1964 : Jerry souffre-douleur. 1965 : Les Tontons farceurs. 1966 : Trois sur un sofa. 1967 : Jerry la grande gueule. 1969 : The Bold Ones: The New Doctors (sĂ©rie TV). 1970 : One More Time. 1970 : Ya ya mon gĂ©nĂ©ral ! 1972 : The Day the Clown Cried. 1980 : Au boulot... Jerry ! 1983 : T'es fou Jerry.


Parodie fantastique détournant le mythe de Jekyll et Hyde, Dr Jerry et Mr Love est une comédie débridée que Jerry Lewis, acteur et réalisateur, transcende sur un rythme trépidant. De par sa multitude de gags souvent visuels et d'inspiration cartoonesque et l'abattage impayable de l'acteur vedette dans un double rôle antinomique. Par son physique outrancier volontairement stéréotypé, ses mimiques exubérantes et sa maladresse intarissable, Jerry Lewis se glisse dans la peau du professeur Julius Kelp avec une conviction désarmante de naturel, quand bien même il parvient aussi brillamment à se dédoubler dans le corps de Mr Love avec distinction et égoïsme arrogants. Quant à la croquignolette Stella Stevens, cette dernière lui partage la vedette avec une douce tendresse dans son regard azur pour son empathie partagée auprès du professeur.


Timide et introverti, Julius Kelp, professeur de chimie, dĂ©cide d'expĂ©rimenter une formule qui pourrait lui offrir vigueur et beautĂ© physique. Parvenant Ă  accomplir son utopie, il arpente le soir les bars afin de se tailler sa nouvelle notoriĂ©tĂ© puis par la mĂŞme occasion courtiser la jeune Stella Purdy. RĂ©flexion sur l'hypocrisie de l'apparence et ses artifices extravagants, Dr Jerry et Mr Love se base sur l'argument de Robert Stevenson (le dĂ©doublement physique de personnalitĂ©) pour en extraire une comĂ©die couillue Ă©maillĂ©e de situations irrĂ©sistibles. Tant pour les pitreries maladroites d'un professeur extrĂŞmement complexĂ© de son physique lambda que pour l'Ă©gocentrisme de Mr Love cumulant jeux de drague et intimidations avec la gente masculine avec une provocation machiste. Qui plus est, Ă  travers cette fantaisie semĂ©e de trouvailles alĂ©atoires (l'improvisation emphatique du directeur du lycĂ©e interprĂ©tant une pièce de Shakespeare face Ă  l'influence de Mr Love), Jerry Lewis se permet en prime de provoquer l'Ă©motion lors d'un final bouleversant militant pour l'acceptation de soi et la beautĂ© interne.


Tour Ă  tour dĂ©sopilant et dĂ©jantĂ© (la convocation de Julius chez le directeur, ses sĂ©ances de muscu, le sketch de son enfance auprès d'une mère abusive, l'Ă©preuve audible qu'il endure durant un cours après une soirĂ©e d'Ă©briĂ©tĂ©), Dr jerry et Mr Love n'a rien perdu de sa verve, de sa cocasserie et de son Ă©nergie pour provoquer le rire avant de nous attendrir vers une conclusion aussi dramatique que rĂ©demptrice. Un classique Ă©tonnamment moderne et astucieux que Jerry Lewis, acteur, cinĂ©aste et scĂ©nariste, coordonne avec une insoupçonnĂ©e ambition. 

B-D. 4èx

vendredi 10 février 2017

La Putain / Whore

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ken Russel. 1991. U.S.A/Angleterre. 1h24. Avec Theresa Russell, Frank Smith, Gail McMullen, Benjamin Mouton, Bob Prupas, Jack Nance.

Sortie salles France: 17 Juin 1992

FILMOGRAPHIE: Ken Russell est un réalisateur, scénariste, acteur, producteur, monteur et directeur de la photographie britannique né le 3 juillet 1927 à Southampton. 1967 : Un cerveau d'un milliard de dollars, 1969 : Love , 1970 : The Music Lovers, 1971 : Les Diables, 1971 : The Boy Friend, 1972 : Savage Messiah, 1974 : Mahler, 1975 : Tommy, 1975 : Lisztomania, 1977 : Valentino, 1980 : Au-delà du réel, 1984 : Les Jours et les nuits de China Blue,1986 : Gothic, 1988 : Salome's Last Dance , 1988 : Le Repaire du ver blanc ,1989 : The Rainbow ,1991 : La Putain, 2002 : The Fall of the Louse of Usher, 2006 : Trapped Ashes segment "The Girl with Golden Breasts".

PlutĂ´t mal aimĂ© du public comme de la critique - sans doute parce que ses thèmes seront mieux transcendĂ©s dans l’Ă©lectrisant Les Jours et les Nuits de China Blue - La Putain fait figure de vilain petit canard dans la carrière impudente de Ken Russell. SĂ©rie B glauque et sordide, oĂą le pittoresque de certaines situations scabreuses se mĂŞle Ă  des dĂ©rives d’un mauvais goĂ»t pleinement assumĂ©, le film doit pourtant beaucoup de son dynamisme Ă  la prĂ©sence incandescente de son actrice vedette, Teresa Russell.

L’actrice s’y dĂ©voile Ă  nu, dans la peau introspective d’une catin en quĂŞte de rĂ©demption derrière une condition soumise. SpontanĂ©e, dĂ©sinvolte, elle magnĂ©tise l’Ă©cran par son bagout trivial, sa posture outrageusement aguicheuse, sĂ©duisant les mâles dominants sans jamais feindre la dĂ©fĂ©rence attendue envers la Femme. FilmĂ© Ă  la manière d’un faux documentaire - notamment Ă  travers ces monologues rĂ©currents oĂą notre fĂ©ministe s’Ă©panche face camĂ©ra - La Putain Ă©tale sur son Ă©cran insalubre ses Ă©tats d’âme avec une libertĂ© de ton qui force le respect.

Ken Russell s’autorise alors une compilation d’expĂ©riences sexuelles et de confrontations machistes crues, parfois dĂ©viantes, souvent violentes, sur un ton dĂ©calĂ© et dĂ©routant. De cet aspect quasi journalistique, inscrit dans une facture Ă  la fois baroque et dĂ©bridĂ©e, Ă©mane une expĂ©rience presque masochiste, Ă©trangement fascinante, malgrĂ© la vacuitĂ© d’une narration volontairement redondante, tournĂ©e autour de la quotidiennetĂ© sordide d’une prostituĂ©e broyĂ©e par la gent masculine.

En guise d’amuse-gueule, et pour accentuer le caractère saugrenu de l’ensemble, on savourera les camĂ©os inattendus d’Antonio Fargas (Starsky et Hutch) en philanthrope de pacotille, ainsi que celui de la star du X Ginger Lynn lors d’une brève sĂ©quence morbide.

Insolent, hors norme et foncièrement licencieux, La Putain se dĂ©couvre comme une curiositĂ© attachante dans son parti pris personnel et provocateur : ausculter l’introspection d’une catin pleinement lucide de sa condition avilissante. Ă€ rĂ©server, toutefois, Ă  un public averti.

B-D. 3èx

Manchester by the sea


de Kenneth Lonergan. 2016. U.S.A. 2h17. Avec Casey Affleck, Kyle Chandler, Michelle Williams, Lucas Hedges, Gretchen Mol, C.J. Wilson, Ben O’Brien…

Sortie salles France: 14 dĂ©cembre 2016. Ă‰tats-Unis : 18 novembre 2016

FILMOGRAPHIE: Kenneth Lonergan, né le 16 octobre 1962 à New York, est un dramaturge, scénariste et réalisateur américain. 2000 : Tu peux compter sur moi (You can count on me)
2011 : Margaret. 2016 : Manchester by the Sea.


Le Pitch :
Lee Chandler, un homme Ă  tout faire, doit se rendre Ă  Manchester, la ville dans laquelle il a passĂ© la majoritĂ© de son existence, suite au dĂ©cès de son frère. DĂ©signĂ© comme tuteur de son neveu Patrick, un adolescent de 16 ans, il se retrouve confrontĂ© Ă  des responsabilitĂ©s qui font ressurgir les fantĂ´mes d’un passĂ© auquel il a toujours cherchĂ© Ă  Ă©chapper…

LA CRITIQUE DE MANCHESTER BY THE SEA:
ScĂ©nariste du Gangs Of New York de Martin Scorsese et de Mafia Blues, d’Harold Ramis, Kenneth Lonergan a fait ses dĂ©buts derrière la camĂ©ra en 2000 avec Tu peux compter sur moi, un drame avec Laura Linney et Mark Ruffalo, qu’il a Ă©galement Ă©crit. 11 ans plus tard, il livrait son second long-mĂ©trage, Margaret (dont il fut d’ailleurs dĂ©possĂ©dĂ©). Deux films qui ne laissaient pas vraiment deviner que le rĂ©alisateur avait en lui quelque chose d’aussi profond que Manchester By The Sea


CASEY AFFLECK DANS LA TOURMENTE
Alors que son frère, Ben, a semble-t-il toujours recherchĂ© le maximum d’exposition, en s’imposant comme une star dans le sens le plus classique du terme, via ses choix cinĂ©matographiques ou sa propension, peut-ĂŞtre involontaire, Ă  attirer les flashs des photographes, Casey Affleck a Ă©voluĂ© au rythme de films plus confidentiels. Gerry, Lonesome Jim, L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Gone Baby Gone, Les Amants du Texas ou encore Les Brasiers de la Colère Ă©tant de purs drames inscrits dans une tradition noble du septième-art amĂ©ricain , qui ont offert au comĂ©dien de multiples occasions de prouver son talent et sa capacitĂ© Ă  incarner des personnages en souffrance et Ă´ combien torturĂ©s. Avec Manchester By The Sea, Casey Affleck rĂ©cidive mais rĂ©ussit l’exploit de ne pas faire dans la redite facile. Son rĂ´le est au centre de la dynamique du long-mĂ©trage de Lonergan. Il est quasiment de tous les plans et cristallise toute l’attention. Le scĂ©nario, qui s’articule autour du deuil et de la difficultĂ© de continuer Ă  vivre après une tragĂ©die, Ă  contre-courant, toujours, compte sur l’acteur pour donner du corps aux thĂ©matiques, qu’il sublime avec un naturel confondant et une aisance qui force en permanence l’admiration. Avec une Ă©conomie dont il est plutĂ´t familier, Affleck nous gratifie d’une performance incroyable, intense, toute en retenue, face Ă  laquelle il est de bon ton de tomber en admiration. Lee, son personnage, se faisant le rĂ©ceptacle d’une peine insondable mais aussi d’une rĂ©silience inouĂŻe mais jamais propice Ă  des dĂ©bordements qui auraient pu dĂ©boucher sur un certain cabotinage.
DirigĂ© Ă  la perfection, Casey Affleck donne le La aux autres acteurs qui pourtant, ne lui servent pas la soupe. Dans cette tragĂ©die moderne baignĂ©e dans la grisaille d’un hiver amĂ©ricain sur la cĂ´te Est, tout le monde a son rĂ´le Ă  jouer et personne n’est mis au rencard. MĂŞme Michelle Williams, qui contrairement Ă  ce que l’affiche et la promo du film veulent nous faire croire, ne tient pas l’un des premiers rĂ´les, mais parvient Ă  incarner l’une des nombreuses facettes de cette histoire aussi triste que belle car portĂ©e par un souffle discret mais puissant propice Ă  l’introspection. En face d’Affleck, tour Ă  tour, l’excellent Kyle Chandler, le solide C.J. Wilson et le jeune surdouĂ© Lucas Hedges, entretiennent une Ă©motion et une rythmique qui font du film ce qu’il est, Ă  savoir une partition complexe et Ă©vidente Ă  la fois.


MÉLANCOLIE GLACIALE
Authentique mĂ©lodrame amĂ©ricain, Manchester By The Sea Ă©vite habilement tous les pièges inhĂ©rents au genre et vient tutoyer les grands classiques. Très littĂ©raire, dans le sens oĂą ses images semblent parfois tout droit sorties d’un roman du genre de ceux qu’ont pu Ă©crire Jim Harrison et Stephen King (avec Dolores Claiborne par exemple) ou tous ceux qui ont tentĂ© de capturer l’essence des sentiments humains sans avoir recours aux lieux communs. HabitĂ©e par une poĂ©sie pĂ©nĂ©trante, la prose de Kenneth Lonergan sait laisser la place aux silences, qui permettent d’ailleurs Ă  son objectif d’exploiter le paysage, dont les contours ou encore les remous de l’ocĂ©an offrent un Ă©cho Ă  la tragĂ©die qui se joue entre les membres de cette famille dysfonctionnelle. La mĂ©lancolie qui habite le long-mĂ©trage est ainsi d’un pudeur absolue. Elle naĂ®t de cette prĂ©cision incroyable, qui caractĂ©rise Ă  la fois la rĂ©alisation, le scĂ©nario et le jeu des acteurs et participe Ă  cette facultĂ© saisissante qu’a l’histoire de nous immerger pour captiver sans nous prendre en otage d’une Ă©motion pourtant dĂ©vastatrice. Le choix de la musique est en cela important vu qu’il traduit une volontĂ© de rester dans un registre classique, sans s’interdire de vĂ©ritables envolĂ©es lyriques. Le montage est au diapason, vu qu’il construit le background des personnages sans effets superflus, lĂ  encore avec un naturel apprĂ©ciable. La fluiditĂ© est totale et donne Ă  Manchester By The Sea l’occasion de nous proposer des sĂ©quences ahurissantes, Ă  l’image de ce flash-back entrecoupĂ© de retours au prĂ©sent, enveloppĂ© par les nappes de l’Adagio d’Albinoni.


SAISIR L’INSAISISSABLE
Manchester By The Sea n’a rien d’un film facile. Pour ce qu’il raconte tout d’abord, certaines scènes Ă©tant particulièrement difficiles bien qu’au fond, on ne nous montre que l’essentiel sans tomber dans une complaisance un peu crasse, mais aussi pour la façon dont il a de dĂ©rouler son rĂ©cit. En s’attachant Ă  de petits dĂ©tails, sans rien oublier, en laissant la place Ă  des multiples respirations… Et c’est prĂ©cisĂ©ment ainsi qu’il sait au final sonner juste. Tout s’imbrique Ă  la perfection. Y compris quand l’espoir d’un sursaut de vie intervient dans la morne routine de cet homme brisĂ©. Car ici l’espoir est tĂ©nu et son arrivĂ©e subtile. Rien n’est Ă©vident. Ni la noirceur ni la lumière. C’est aussi pour cela que Manchester By The Sea tient du classique instantanĂ© : il sait saisir l’insaisissable sans avoir l’air de le faire. Car il touche Ă  une certaine universalitĂ©…

En Bref…
Drame amĂ©ricain inscrit dans une noble tradition, Manchester By The Sea Ă©meut autant qu’il impressionne par sa justesse et par sa pudeur. Une poĂ©sie folle se dĂ©gage de ces images oĂą la froidure d’un hiver impitoyable fait Ă©cho Ă  la dĂ©tresse d’un homme et des siens confrontĂ©s aux tourments d’une vie impitoyable. Que ce soit au niveau du fond ou de la forme, Kenneth Lonergan a rĂ©ussi. Son troisième long-mĂ©trage confine au sublime.

@ Gilles Rolland. Note: 4,5/5
En savoir plus sur http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-manchester-by-the-sea/#t0BhoXEcq6TukDTl.99

Mon p'tit mot:
A l'instar de l'humanisme sensitif (mais dépouillé) du cinéma de James Gray et Cassavetes, un drame fragile sur le poids insurmontable de la culpabilité et du deuil infantile. Peut-être/sans doute le meilleur rôle de Casey Affleck !
B-D

Récompenses:
2016 : Festival du film de Hollywood : Prix du meilleur scénario pour Manchester by the Sea1
Boston Online Film Critics Association Awards 2016 : Meilleur scénario original pour Manchester by the Sea
National Board of Review Awards 2016 : Meilleur scénario original pour Manchester by the Sea
New York Film Critics Circle Awards 2016 : Meilleur scénario original pour Manchester by the Sea

mercredi 8 février 2017

TU NE TUERAS POINT

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Hacksaw Ridge" de Mel Gibson. 2016. U.S.A. 2h19. Avec Andrew Garfield, Vince Vaughn, Sam Worthington, Teresa Palmer, Hugo Weaving, Luke Bracey, Rachel Griffiths, Nathaniel Buzolic.

Sortie salles France: 9 Novembre 2016. U.S: 4 Novembre 2016

FILMOGRAPHIE: Mel Gibson est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 3 Janvier 1956 à Peekskill (Etats-Unis).
1993: l'Homme sans visage. 1995: Braveheart. 2004: La Passion du Christ. 2006: Apocalypto. 2016: Tu ne tueras point.


Abordant pour la première fois de sa carrière le film de guerre, Mel Gibson rivalise de prouesses techniques pour authentifier l'assaut de la 77è division d'infanterie impliquĂ©e dans la bataille d'Okinawa. Sans toutefois rivaliser avec l'exploit cinĂ©matographique de SpielbergIl faut sauver le soldat Ryan lors de son anthologique dĂ©barquement de Normandie, Tu ne tueras point laisse tout de mĂŞme les mains moites pour la rigueur de son intensitĂ© Ă©pique impartie aux carnages de masse. Les soldats ricains avançant tĂŞte baissĂ©e sur l'ennemi japonais avec la mĂŞme dĂ©mesure primitive que leurs rivaux ! Explosions de corps dĂ©chiquetĂ©s ou criblĂ©s de balles, jambes arrachĂ©es, corps calcinĂ©s par les lances-flammes, cadavres en dĂ©composition dĂ©vorĂ©s par les rats, le théâtre de sang invoquĂ© sous nos yeux fait froid dans le dos pour dĂ©noncer avec un rĂ©alisme rigoureux les horreurs d'une guerre sans règles ni limite. Spectacle de folie furieuse donc Ă  la dramaturgie escarpĂ©e, Mel Gibson parvient toutefois Ă  Ă©luder la complaisance pour ses scènes immersives d'affronts sanglants filmĂ©es camĂ©ra Ă  l'Ă©paule si bien qu'on se laisse admirablement berner par le rĂ©alisme de ces trucages, Ă  2/3 imperfections numĂ©risĂ©es.


Si la première heure prend son temps à caractériser le profil d'un adventiste délibéré à devenir auxiliaire médical plutôt qu'utiliser le fusil pour sacrifier l'ennemi, c'est pour mieux nous préparer à la crédibilité de son héroïsme surréaliste par le biais de cet objecteur de conscience à la foi inébranlable ! Inscrit dans la légende des héros de guerre notoires, Desmond Doss fait office de figure messianique aux yeux de ses camarades décontenancés par sa vaillance surhumaine alors qu'au préalable il était la risée de ces derniers pour sa lâcheté à refuser l'emploi de la violence au front. Car aussi insensé que cela puisse paraître, et c'est bien là l'intérêt atypique de l'intrigue, Desmond Doss n'est pas un personnage de fiction inventé par Mel Gibson mais bel et bien une figure emblématique de la seconde guerre mondiale ayant servi sa nation avec une bravoure aussi digne que suicidaire. Car ayant évacué plus de 75 blessés de son infanterie lors de la guerre du pacifique, Desmond Doss est devenu un exemple aux yeux de l'Amérique par son parcours singulier d'avoir préservé des vies sans jamais se laisser gagner par une riposte physique. Par le biais de ses séquences à suspense empruntant le schéma du survival, Tu ne tueras point distille peu à peu une atmosphère insolite sous l'impulsion d'une idéologie religieuse littéralement rédemptrice. Les acolytes de Desmond éprouvant une telle admiration devant lui qu'ils se laisseront guider par la spiritualité de ses prières avant d'entamer le dernier assaut au combat. Le message du film manifestant également une réflexion sur la confiance, l'estime de soi et le fatum lorsque l'on est investi d'une conviction personnelle incorrigible nous empêchant de nous laisser guider par la peur.


A feu, Ă  sang et Ă  la sagesse
Fait divers d'exception autour d'un personnage christique habitĂ© par un courage singulier de par ses convictions religieuses, Tu ne tueras point illustre avec un rĂ©alisme trouble un hymne Ă  la constance et Ă  l'hĂ©roĂŻsme au sein d'un contexte belliqueux rĂ©gi par la folie humaine. L'ironie caustique Ă©manant de ce personnage pacifiste autrefois raillĂ© et conspuĂ© par ses pairs mais depuis reconnu comme hĂ©ros proverbial grâce Ă  son Ă©thique mystique. Un spectacle grandiose et foudroyant qui aide Ă  rĂ©flĂ©chir sur notre sens existentiel. 

B-D

La critique de Charlène Jean:

Tu ne tueras point est un rĂ©el bijou cinĂ©matographique, un film de guerre comme il en existe que très peu. Avec Ă  sa tĂŞte Desmond T.Doss, un homme qui ne souhaite, utiliser aucunes armes sur le terrain, puisque après tout, mĂŞme s'il reste volontaire pour faire la guerre (mais en tant qu'infirmier) car il est prĂ©fĂ©rable de sauver les gens plutĂ´t que de les tuer. Il faut savoir que c'est une histoire vraie et que la volontĂ© première de Desmond T Doss est de respecter un principe biblique: tu ne tueras point, et surtout de montrer aux gens, que c'est possible.
À l'époque il réveillera la colère de l'armée américaine, car bon il faut le dire la mentalité était la suivante: <>. Alors imaginez, un homme, croyant (car même à l'époque, les convictions religieuses, étaient très peu respectées.>>, qui ne souhaite pas toucher à une arme quelle qu'elle soit et qui assure qu'il est possible de faire la guerre sans armes, et bien celui ci aura le droit à un conseil de discipline, pouvant aller même jusqu'à l'emprisonnement. C'est ce qu'on appel un objecteur de conscience <>. En ayant finalement eu gain de cause avec un acte de loi (en tout cas dans le film c'est démontré ainsi), il pourra finalement assister les soldats sur le terrain, il interviendra donc, comme infirmier et sera un des rares soldat à décrocher la medal of honor lors de la seconde guerre mondiale après avoir sauvé à lui seul et sans violence, un nombre impressionnant de personnes.

Desmond T.Doss est né le 7 février 1919 à Lychburg en Virginie et décèdera le 23 mars 2006 à Piedmont en Alabama, des suites de complications respiratoires. À son retour du champ de batailles, on lui diagnostiquera une tuberculose.
" Hacksaw ridge " est un message d'amour Mel Gibson, croyant de surcroît pour un homme qui a sauvé à l'aide de sa foi et de sa volonté, des gens des DEUX CAMPS différents, car la vie est précieuse, et il n'y a pas d'adversité.
Le film , relate finalement la vie de Desmond, son enfance, son mariage, sa préparation , sa foi, la guerre, la perte. Une interprétation biographique, réussie et émouvante. Il faut dire aussi, que Mel Gibson est un as du cinéma <<la passion du christ, apocalypto, braveheart, l'homme sans visage>> je parle essentiellement de sa carrière en tant que réalisateur, car il me faudrait au moins 100 pages pour parler du reste, acteur, scénariste...
Au niveau du casting d'exception Andrew Garfield dans le rôle de Desmond T doss (deux sœurs pour un roi, THÉ AMAZING SPIDER MAN...) je n'aurais pas imaginé quelqu'un d'autre dans ce rôle, il est exceptionnel, et sacrément émouvant, je l'adore, il est doux, gentil et plein de sagesse, on dirait que tout est naturel, et qu'il ne joue même pas, il est sincère et naturel et j'adore les gens simples.
Vince Vaughn dans le rôle du sergent Howell, il est excellent et donne un côté drôle aux situations douteuses et inquiétantes, il faut dire qu'il est régulièrement associé à des films humoristiques et surtout avec son acolyte Owen Wilson, dans la comédie américaine. Bizarrement une des scènes principales me fait penser au film de guerre full métal Jacket.
Teresa Palmer dans le rôle de Dorothy Schutte "la femme de Desmond" , que l'on voit essentiellement dans la première partie du film, elle est superbe.
Et Hugo Weaving dans le rôle de Tom Doss, le père de Desmond, qui aura un rôle émouvant, dans l'homme qui a peur de perdre ses deux fils, dans une guerre inutile pour lui et créée par l'état, une sorte de manipulation, comme il a pu perdre des amis durant la première guerre mondiale et infecté par les souvenirs de la guerre, qui entraîneront chez lui une addiction à l'alcool et de la violence, qui décousent de son mal être. Cependant dans le film il aura un rôle te!s important, qui permettra à son fils, d'aller jusqu'au bout de son choix, nous pouvons retrouver monsieur Weaving dans Matrix, le seigneur des anneaux...

Anecdotes:
Mel Gibson a toujours travaillé avec son acolyte James Horner (compositeur de musique pour plusieurs films), celui ci décèdera dans un tragique accident, ce sera donc en deuxième choix, John Debney qui sera choisit (bande son de la passion du christ),mais celle ci ne fonctionnera pas, Mel Gibson choisira donc Rupert Gregson Williams, qui devra composer en quelques semaines seulement, la bande son de tu ne tueras point, et c'est une vraie réussite, je l'écoute d'ailleurs en boucle sur mon Deezer ( la bande son est en service, sous le nom américain du film ) mes chansons préférées sont: rescues continues et hacksaw ridge. Un compositeur prometteur.
Le film parle de la guerre d'Okinawa. Nous pouvons donc voir plusieurs armes différentes.
Le film n'a pas remporté énormément d'oscars, suite à un fond de conflits, suite à des propos désobligeants de Mel Gibson, qui le suive malheureusement toujours. Il remporta tout de même :
- l'oscar du meilleur mixage
- l'oscar du meilleur montage
- mel gibson sera tout de même sacré meilleur réalisateur et Andrew Garfield meilleur acteur.

À l'heure actuelle il est pour moi le meilleur film de guerres car le message est positif. Je regrette juste un peu la fin, car elle paraît négative, alors que certains passages documentaristes nous prouve le contraire (vous pouvez me demander en privé, je ne veux pas spoiler)
Mention spéciale pour les plans filmés sur le terrain, les cartouches d'armes à feu, sont en gros plan, ce qui donne un effet vraiment sympa.

Le film comporte tout de même certaines scènes choquantes.

mardi 7 février 2017

Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Oscar du meilleur scénario original, Charlie Kaufman et Michel Gondry

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Michel Gondry. 2004. U.S.A. 1h48. Avec Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst, Mark Ruffalo, Elijah Wood, Tom Wilkinson

Sortie salles France: 6 Octobre 2004. U.S: 19 Mars 2004

FILMOGRAPHIEMichel Gondry est un réalisateur français, né le 8 mai 1963 à Versailles (Yvelines). 2001 : Human Nature. 2004 : Eternal Sunshine of the Spotless Mind. 2006 : La Science des rêves. 2006 : Dave Chappelle's Block Party. 2007 : Soyez sympas, rembobinez. 2010 : L'Épine dans le cœur. 2011 : The Green Hornet. 2012 : The We and the I. 2013 : L'Écume des jours. 2014 : Conversation animée avec Noam Chomsky. 2015 : Microbe et Gasoil.


Une part en moi me dit que j'ai connu cette vie sentimentale. Entre bonheur, mort et renaissance. 

Second film américain du français Michel Gondry, Eternal sunshine of the spootless Mind est une bouleversante étude de moeurs sur la complexité de l'amour en rapport à l'intensité cognitive, sur le refoulement des sentiments et l'égoïsme commun qu'un couple en étreinte va endurer dans leurs caractères distincts. Car à travers un procédé scientifique improbable (supprimer nos propres souvenirs auprès d'un amant que l'on a autrefois chéri afin de s'épargner toute souffrance morale), Michel Gondry ausculte avec une imagination débridée les mécanismes de la passion et de l'angoisse de souffrir si on se laisse gagner par le pessimisme, l'incommunicabilité, la routine du quotidien bâtie sur la médiocrité. C'est par le procédé de suppression des souvenirs du cerveau de Joel que le couple finira par prendre conscience de leur rapport orgueilleux rongés par la désillusion de n'avoir su préserver leurs sentiments communs. Joel revivant chaque souvenir avec autant de souffrance que d'exaltation tout en s'exprimant à sa propre conscience afin de s'interroger sur les facteurs de son échec amoureux. Mais finalement délibéré à préserver ses plus beaux souvenirs, ce dernier s'efforce en dernier ressort à prémunir les moments de joie les plus radieux afin de graver en mémoire la personnalité extravagante de sa dulcinée habitée de désir.


L'intolĂ©rance de la diffĂ©rence qu'on se rĂ©signe Ă  ne plus accepter, c'est ce que subissent Joel et ClĂ©mentine dans leur amertume, leur manque de confiance Ă  consolider leur amour commun s'Ă©vaporant un peu plus chaque jour. Et ce en les plaçant notamment face Ă  eux mĂŞmes pour leurs erreurs d'apprĂ©ciation et de jugement, pour leurs rancunes et leur susceptibilitĂ© de s'ĂŞtre laissĂ©s gagner par des conflits d'autoritĂ© puĂ©rils, Joel et ClĂ©mentine faisant face Ă  leur responsabilitĂ© morale lors d'une mise en abyme. Mais l'amour fulgurant est intemporel, une rencontre abordĂ©e au coin d'une rue ne s'explique pas, elle se laisse guider par les vibrations Ă©motionnelles comme nous le dĂ©montrent malicieusement Joel et ClĂ©mentine dans leur posture infantile (notamment en s'inventant de nouveaux souvenirs durant l'Ă©poque de leur enfance). Grâce Ă  leur instinct sentimental, aucun lavage de cerveau, aucune machine Ă  dissoudre les rĂ©miniscences ne pourront consumer les ressorts de la tendresse chez ses deux coeurs si expansifs. La mise en scène de Gondry constamment inventive utilise l'image tel un album souvenirs aussi intenses que scintillants Ă  travers la scĂ©nographie baroque d'un onirisme candide. Quand bien mĂŞme deux ĂŞtres se rencontrèrent aux abords d'une plage pour tenter de se courtiser dans un troublant espace, entre joie et allĂ©gresse, colère et trahison, et ce avant de tenter de s'accorder une ultime chance pour une nouvelle acceptation d'eux mĂŞmes. Incandescents Ă  l'Ă©cran dans leurs expressions mĂ©lancoliques et dĂ©pressives, dans l'exaltation de leurs sentiments et leur fougue de l'Ă©panouissement,  Jim Carrey et Kate Winslet immortalisent ces amants infortunĂ©s avec une puissance Ă©motionnelle d'une fragilitĂ© palpable. Parce qu'ils incarnent Ă©galement le reflet de nous mĂŞmes, Ă  savoir les failles de tout un chacun pĂ©tri de nĂ©vroses et de contradictions Ă  s'affirmer dignement mais Ă  douter des autres, ou pire, Ă  se rejeter la faute dans son refus d'amour propre (la quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e, quasi insurmontable de sonder une paix intĂ©rieure comme le clamera ClĂ©mentine).


Que le sort de l'irréprochable vestale est heureux !
Le monde oubliant, par le monde oublié;
Éclat éternel de l'esprit immaculé !
Chaque prière exaucée, et chaque souhait décliné
De ce maesltrom d'Ă©motions aussi lyriques que candides Ă©mane l'un des plus beaux et singuliers poèmes sur l'amour passion et sa fragilitĂ© qui en dĂ©coule. Leçon d'apprentissage et de tolĂ©rance pour la fiabilitĂ© du couple contrariĂ© par la peur d'Ă©chouer, le manque de confiance, la hantise de la trahison et celle d'y redouter un deuil sentimental.   

A Stéphanie...

B-D. 3èx
07/02/2016
01/02/2010


Récompenses:
2005 : Oscar du meilleur scénario original pour Charlie Kaufman et Michel Gondry
2005 : BAFTA Awards :
Meilleur montage pour Valdís Óskarsdóttir
Meilleur scénario original pour Charlie Kaufman et Michel Gondry

vendredi 3 février 2017

HAINE

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Le credo de la violence" de Dominique Goult. 1980. France. 1h30. Avec Klaus Kinski, Maria Schneider, Patrice Melennec, Evelyne Bouix, Katia Tchenko, Paulette Frantz

Sortie salles France: 9 Janvier 1980 (Interdit aux - de 18 ans)

FILMOGRAPHIE: Dominique Goult est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, acteur français nĂ© en 1947. 1980: Haine. 1978: Lèvres gloutonnes. 1978: Partouzes perverses. 1977: Les queutardes. 1977: Les monteuses.


Sorti discrètement en salles à l'aube des années 80 puis exploité en catimini en Vhs, Haine est l'unique réalisation non pornographique du français Dominique Goult. Curiosité oubliée de tous en dépit d'une poignée de videophiles irréductibles, Haine relate la traque sauvage d'un motard par des chasseurs racistes et décérébrés. La veille, le cadavre de la petite fille du maire fut retrouvée sur le fossé d'un chemin rural, fauchée par un motard. On nous dévoilera d'ailleurs en fin de parcours le véritable visage du fameux coupable sans se surprendre de sa révélation attendue. Avec son rythme languissant digne d'une production Jean Rollin, Haine risque de laisser sur le bitume une bonne partie du public si bien que Dominique Goult peine à insuffler de l'intensité lors d'un cheminement aussi routinier que rébarbatif si on exclu sa dernière demi-heure plus haletante lors des confrontations musclées entre les paysans et l'étranger.


MontĂ© avec les pieds et maladroitement rĂ©alisĂ©, comme le souligne notamment sa structure narrative anarchique tentant de distiller un faux suspense quant Ă  la culpabilitĂ© du meurtrier de la fillette, Haine tire malgrĂ© tout parti de ses dĂ©fauts techniques pour faire naĂ®tre une ambiance insolite assez palpable (si on reste pleinement concentrĂ© sur l'Ă©volution du rĂ©cit). Prenant pour thèmes l'auto-dĂ©fense, le fascisme et le lynchage communautaire, Haine peut prĂŞter une certaine allusion Ă  La Traque de Serge Leroy pour la caricature impartie Ă  ses assassins du Dimanche que rien ne soupçonnait Ă  extĂ©rioriser une violence aussi bestiale qu'aveugle. En prime, au sein de son environnement rural Ă©pargnĂ© d'urbanisation, la rĂ©alisateur adopte le parti-pris auteurisant de façonner un climat glauque futilement captivant quand bien mĂŞme ses Ă©clairs de violence d'un rĂ©alisme assez cru prĂ©cipitent le road movie vers le western rural lors d'une dernière partie rigoureusement dramatique. La victime incessamment coursĂ©e Ă©prouvant elle aussi un sentiment rancunier d'auto-justice qui l'incitera Ă  employer une arme afin de sauver sa peau ! Klaus Kinski se glissant dans la peau du motard Ă  combinaison blanche avec une personnalitĂ© Ă©quivoque, tant pour ses rapports amicaux et sentimentaux partagĂ©s avec deux paysannes que de son comportement un peu trop amiteux (et tactile) auprès de la fillette du pompiste. Fascinant Ă©galement de constater la complicitĂ© communautaire de tout un village (ou presque !) Ă  tolĂ©rer lynchage aussi fourbe en prenant comme alibi la mort accidentelle d'une fillette alors qu'aucun tĂ©moin oculaire n'eut pu constater la prĂ©sence de l'Ă©tranger sur les lieux !


CuriositĂ© franchouillarde dĂ©nonçant maladroitement la haine du fascisme chez des mĂ©tayers rĂ©actionnaires, Haine inspire une drĂ´le d'impression d'amertume et de douce fascination dans sa forme brouillonne de survival compromis au vigilante movie. Un OVNI nĂ©buleux Ă  privilĂ©gier chez les cinĂ©philes les plus indulgents ou aguerris. 

B-M. 2èx

jeudi 2 février 2017

PREMIER CONTACT

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Arrival" de Denis Villeneuve. 2016. 1h56. U.S.A. Avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, Michael Stuhlbarg, Tzi Ma, Mark O'Brien

Sortie salles France: 7 Décembre 2016. U.S: 11 Novembre 2016

FILMOGRAPHIE: Denis Villeneuve est un scénariste et réalisateur québécois, né le 3 octobre 1967 à Trois-Rivières. 1996: Cosmos. 1998: Un 32 Août sur terre. 2000: Maelström. 2009: Polytechnique. 2010: Incendies. 2013: An Enemy. 2013: Prisoners. 2015: Sicario. 2016: Premier Contact. 2017: Blade Runner 2049.

Une oeuvre atypique et magnifique, notamment parmi l'épure de sa mise en scène façonnée à la manière d'un reportage. Un conte existentiel sur l'arme du langage. Un second visionnage s'impose impérativement pour en saisir toutes ses richesses thématiques.

mercredi 1 février 2017

Quelques Minutes après minuit

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

"A Monster Calls" de Juan Antonio Bayona. 2016. Espagne/Angleterre/U.S.A/Canada. 1h48. Avec Lewis MacDougall, Sigourney Weaver, Felicity Jones, Toby Kebbell, Ben Moor, James Melville, Oliver Steer, Dominic Boyle

Sortie salles France: 4 Janvier 2017. U.S: 23 Décembre 2016

FILMOGRAPHIE:  Juan Antonio Bayona est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol, nĂ© en 1975 Ă  Barcelone. 2004: Sonorama (video). 2004: 10 anos con Camela (video). 2005: Lo echamos a suertes (video). 2007: l'Orphelinat. 2012: The Impossible. 2016: Quelques minutes après minuit.


RĂ©vĂ©lĂ© par l'Orphelinat et The Impossible, Juan Antonio Bayona nous assène un nouvel uppercut Ă©motionnel avec Quelques minutes après minuit. Un drame aussi fragile que douloureux sur le deuil maternel qu'un jeune garçon doit s'efforcer d'accepter en dĂ©pit de son immaturitĂ©. Utilisant intelligemment le conte fantastique comme mĂ©taphore sur une initiation au courage et Ă  la vĂ©ritĂ© que l'on garde au fond de soi, Juan Antonio Bayona transfigure par la mĂŞme occasion une vĂ©ritable dĂ©claration d'amour aux monstres comme le souligne le dĂ©clic Ă©motionnel que le hĂ©ros Ă©prouve Ă  la vision de la mort injuste de Kong sur l'empire State Building. PassionnĂ© par l'art et les dessins, Conor fuit la rĂ©alitĂ© pour oublier le cauchemar qu'est entrain d'Ă©prouver sa maman moribonde. Il s'imagine alors que l'arbre de son jardin nanti de vie pourrait Ă©ventuellement sauver cette dernière gravement malade d'un cancer.


Si son climat onirico-baroque peut dérouter de prime abord une partie du public (à l'instar du magnifique Labyrinthe de Pan !), le ton inquiétant et la manière personnelle dont Juan Antonio Bayona structure son intrigue préconise les rapports intimistes et équivoques échangés entre l'arbre et le jeune héros. C'est donc l'histoire d'une longue thérapie que nous conte de manière originale l'auteur du point de vue d'un adolescent torturé en phase d'affirmation car sur le point de se libérer de sa prison mentale. Sans jamais tirer sur la corde sensible quant aux évènements douloureux traités avec une détonante pudeur; Quelques minutes après minuit distille une intensité dramatique davantage rigoureuse à l'approche inévitable du deuil familial. Instaurant au compte goutte un climat dépressif néanmoins jamais démonstratif, nous sommes d'autant plus ébranlés par la violence psychologique du contexte familial si bien que le jeune héros réduit à la solitude et humilié par des camarades de classe semble toujours plus démuni d'accepter une circonstance morbide aussi intolérable. Le jeune Lewis MacDougall endossant brillamment ce rôle juvénile d'ado à la fois timoré et précaire tout en nous extériorisant derrière ses contradictions sa rage et sa révolte afin d'y tolérer le fardeau insurmontable du deuil.


Bouleversant Ă  plus d'un titre sans jamais se laisser attendrir par la sinistrose, Quelques minutes après minuit dĂ©concerte par son aspect austère en abordant un Fantastique noble et adulte sous couvert d'une fĂ©erie horrifique rĂ©demptrice. Epousant un point de vue fructueux quant au pouvoir de l'imaginaire exorcisant nos angoisses, en particulier celui des monstres plus tolĂ©rants et humains que le commun des mortels, Quelques minutes après minuit imprime une leçon de vie auprès de la fragilitĂ© de l'adolescence confrontĂ©e Ă  l'injustice de la mort. Il y Ă©mane une oeuvre prĂ©cieuse Ă  la fois dure et cruelle, magnifique et dĂ©licate de par ses thèmes sobrement autopsiĂ©s si bien que l'on en sort aussi Ă©prouvĂ© qu'hantĂ©. On peut d'ailleurs sans rougir le hisser Ă  la dĂ©nomination du chef-d'oeuvre absolu. 

*Bruno Matéï
14.03.22. 2èx