vendredi 30 juin 2017

L'AMBULANCE

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant Ă  senscritique.com

"The Ambulance" de Larry Cohen. 1990. U.S.A. 1h35. Avec Eric Roberts, James Earl Jones, Megan Gallagher, Red Buttons, Janine Turner, Eric Braeden, Richard Bright.

Sortie salles France: 5 Juin 1991. U.S: 29 Mars 1990

FILMOGRAPHIE: Larry Cohen est un réalisateur, producteur et scénariste américain né le 15 Juillet 1941. Il est le créateur de la célèbre série TV, Les Envahisseurs.
1972: Bone, 1973: Black Caesar, Hell Up in Harlem, 1974: Le Monstre est vivant, 1976: Meurtres sous contrôle, 1979: Les Monstres sont toujours vivants, 1982: Epouvante sur New-York, 1985: The Stuff, 1987: La Vengeance des Monstres, Les Enfants de Salem, 1990: l'Ambulance. 1995 Fausse identité (TV Movie) 1996: Original Gangstas. - Comme Producteur: Maniac Cop 1/2/3.
- Comme Scénariste: Cellular, Phone Game, 3 épisodes de Columbo.


Echec public aux States mais joli succès dans l'hexagone (notamment sous l'effigie de sa Vhs), l'Ambulance est une sĂ©rie B trĂ©pidante typiquement reprĂ©sentative de son auteur, l'illustre Larry Cohen. CrĂ©ateur entre autre de la sĂ©rie Les Envahisseurs et de deux chefs-d'oeuvre du fantastique moderne, le Monstre est Vivant et Meurtres sous ContrĂ´le. A partir d'un pitch aussi original que cocasse, l'Ambulance met en exergue une course-poursuite infernale entre un dessinateur de BD dĂ©libĂ©rĂ© Ă  apprĂ©hender une mafia mĂ©dicale exerçant des trafics d'ĂŞtres humains afin de guĂ©rir les diabĂ©tiques. Dans le rĂ´le (Ă  contre-emploi) du mĂ©chant chirurgien, on est surpris de retrouver l'acteur Eric Braeden issue de la sĂ©rie TV Amour, gloire et beautĂ©, se fondant ici dans la peau d'un savant fou moderne avec une dĂ©rision macabre gentiment convaincante. Et ce en dĂ©pit d'un cabotinage assumĂ© que chaque acteur incarne avec aplomb enjouĂ© afin d'accentuer le caractère dĂ©bridĂ© du contexte horrifique aussi bien singulier qu'improbable.


Bien conscient de ses facilitĂ©s qu'il empreinte durant un cheminement narratif Ă  la fois homĂ©rique et pittoresque, Larry Cohen ne prend jamais au sĂ©rieux son argument sardonique et privilĂ©gie l'Ă©nergie de sa mise en scène maĂ®trisant efficacement rebondissements et imprĂ©vus avec une gĂ©nĂ©rositĂ© en roue libre. L'Ambulance alternant sans temps morts investigation policière infructueuse (les flics stĂ©rĂ©otypĂ©s en prennent plein leur grade dans leur posture dĂ©cervelĂ©e !) et survival urbain que notre hĂ©ros (formidablement campĂ© par la verve amicale du fringant Eric Roberts swinguant dans une "cool attitude" !) encourt Ă  perdre haleine, notamment afin de retrouver saine et sauve une jeune inconnue rencontrĂ©e plus tĂ´t dans le centre-ville. Outre les prĂ©sences très attachantes de nos principaux protagonistes s'Ă©vertuant Ă  courser les malfrats en blouse blanche, on est Ă©galement ravi de retrouver une foule de seconds-couteaux bien connus des amateurs de B movies (James Earl Jones, Megan Gallagher, Red Buttons, Richard Bright, Nicholas Chinlund), sans compter quelques camĂ©os inopinĂ©s (Stan Lee en personne et Lou Ferigno !) se prĂŞtant au jeu du pastiche avec bonhomie.


Pur divertissement de samedi soir fertile en frĂ©nĂ©sie visuelle (photo saturĂ©e en sus !) sous l'impulsion excentrique de comĂ©diens s'en donnant Ă  coeur joie dans les outrances gestuelles et verbales si bien qu'on les croiraient sortis d'une bande-dessinĂ©e, l'Ambulance est le prototype par excellence de la sĂ©rie B galvanisante (aussi naĂŻve soit-elle !) dans son concentrĂ© d'humour, d'actions et de cascades aussi bien funs que dĂ©complexĂ©s ! A redĂ©couvrir avec un rĂ©jouissant sourire d'ado ! 

Bruno Dussart
3èx

jeudi 29 juin 2017

OKJA

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de  Bong Joon-ho. 2017. CorĂ©e du Sud/U.S.A. 2h01. Avec Ahn Seo-hyeon, Tilda Swinton, Paul Dano, Jake Gyllenhaal, Byeon Hee-bong, Steven Yeun, Lily Collins

DiffusĂ© sur Netflix en CorĂ©e du Sud, États-Unis et France : 28 juin 2017 

FILMOGRAPHIE: Bong Joon-ho est un réalisateur et scénariste sud-coréen, né le 14 septembre 1969 à Séoul. 2000 : Barking Dog. 2003 : Memories of Murder. 2006 : The Host. 2009 : Mother. 2013 : Snowpiercer, le Transperceneige. 2017 : Okja.


Bouleversant témoignage contre l'exploitation et la barbarie animale sans misérabilisme et encore moins de complaisance (en dépit de certaines séquences difficiles, notamment son éprouvante dernière partie qui arrachera des larmes aux plus sensibles !), Okja a de quoi remuer les consciences auprès des carnivores, complices malgré eux d'une inépuisable souffrance animale instaurée au sein d'abattoirs insalubres souillés par les larmes et le sang des victimes innocentes qui ne demandaient qu'à vivre dans la quiétude. Poème familial pétri de tendresse et d'humanité lorsqu'une jeune coréenne s'éprend d'amour auprès de son animal de compagnie, en l'occurrence un cochon génétiquement modifié, Okja nous relate un périple haletant pour la survie lorsque ce dernier embrigadé de force chez une multinationale est prochainement contraint de finir dans les assiettes du consommateur dupé par une propagande fallacieuse.


Car dĂ©nonçant la cupiditĂ© et la corruption des lobbys et de l'agroalimentaire impliquĂ©s dans la pratique des OGM, Bong Joon-ho traduit son histoire avec pudeur (notamment sa première partie affichant avec poĂ©sie un panorama naturel idyllique) et pincĂ©e d'humour (l'incroyable course-poursuite perpĂ©trĂ©e Ă  travers ces centres commerciaux puis culminant sur l'autoroute !). Car dosant habilement, et avec brio technique bluffant de rĂ©alisme (notamment le design dĂ©taillĂ©e de la crĂ©ature plus vraie que nature !) action inventive inscrite dans la fantaisie (les bravoures Ă©tant transfigurĂ©es avec l'hallucinante fluiditĂ© d'une camĂ©ra formaliste !) puis enchaĂ®nant doucement avec le drame et l'horreur, le rĂ©alisateur tĂ©lescope les genres parmi l'efficacitĂ© d'un cheminement narratif Ă  l'issue indĂ©cise. Certes un chouilla prĂ©visible avouons-le mais pour autant truffĂ© d'inventions (visuelles) et d'adrĂ©naline lorsque des militants de la cause animale s'efforcent de prĂŞter main forte Ă  notre hĂ©roĂŻne exploitĂ©e Ă  des fins mercantiles face Ă  une population ricaine lobotomisĂ©e par la pub. D'une riche intensitĂ© quant Ă  sa douloureuse progression dramatique et le jeu profondĂ©ment humble des protagonistes en quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de bravoures, Okja dĂ©ploie une palette d'Ă©motions lyriques derrière son manifeste pour le droit de vie animale lorsque ceux-ci sont envoyĂ©s dans des camps d'extermination après y avoir Ă©tĂ© maltraitĂ©s en labo expĂ©rimental.


Un cri d'alarme contre la corruption agroalimentaire et la barbarie des abattoirs
Evitant manichĂ©isme et pathos grâce Ă  sa modestie d'illustrer sans fioriture ni effet de manche (en dehors des discours volontairement empathiques de la multinationale mĂ©galo) sa fragile histoire d'amour entre une fillette et un cochon, Okja laisse surtout en mĂ©moire l'effroyable constat d'un intolĂ©rable gĂ©nocide animalier afin d'Ă©veiller notre part de responsabilitĂ© hantĂ©e par le remord. Au rythme d'une partition aussi discrète que gracile y Ă©mane un conte dĂ©senchantĂ© aussi bien dur que dĂ©rangeant mais profondĂ©ment tendre et humaniste dans son message (dĂ©sespĂ©rĂ©) de tolĂ©rance envers la candeur animale.   

Bruno Dussart.

Ci-joint la critique de Gilles Rolland : http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-okja/

mercredi 28 juin 2017

Le Bazaar de l'Epouvante / Needful Things

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ilaose.blogspot.fr

de Fraser Clarke Heston. 1993. U.S.A. 2h01. Avec Ed Harris, Max von Sydow, Bonnie Bedelia, Amanda Plummer, J. T. Walsh, Ray McKinnon.

Sortie salles France: 13 Juillet 1994. U.S: 27 Août 1993

FILMOGRAPHIE: Fraser Clarke Heston est un réalisateur et scénariste américain, né le 12 février 1955 à Los Angeles. 1990 : L'Île au trésor (téléfilm). 1991 : Sherlock Holmes et la croix de sang (téléfilm). 1993 : Le Bazaar de l'épouvante. 1996 : Alaska. 2011 : The Search for Michael Rockefeller (documentaire).


DiscrĂ©ditĂ© dès sa sortie, le Bazaar de l'Ă©pouvante est pourtant une bonne adaptation d'un roman de Stephen King au pitch aussi original qu'inquiĂ©tant. Son ambiance familiale rĂ©gie autour d'une bourgade cĂ´tière et rĂ©sidĂ©e par d'aimables habitants ne manque pas de charme avant que l'ambiance sĂ©cure ne bifurque de ton afin d'adopter une tournure cauchemardesque. Un rĂ©cit latent efficacement menĂ© et narrĂ© avec, en filigrane, une intelligente rĂ©flexion sur l'influence vampirique du Mal lorsqu'un antiquaire dĂ©cide de semer le chaos parmi nous.  Des citadins soudainement vindicatifs car victimes de prĂ©jugĂ©s et de dĂ©fiance Ă  accuser leur prochain faute d'avoir Ă©tĂ© aveuglĂ©s par la cupiditĂ©, la manipulation, le mensonge. EmaillĂ© de sĂ©quences chocs parfois impressionnantes de par son rĂ©alisme acĂ©rĂ© (l'agression Ă  l'arme blanche entre les 2 voisines est Ă©tonnante de brutalitĂ© tranchĂ©e), le Bazaar de l'Epouvante est d'autant plus servi d'un cast indĂ©fectible parmi lesquels Ed Harris, Max von Sydow, Bonnie Bedelia, Amanda Plummer s'affrontant avec une densitĂ© psychologique en perdition morale. Fraser Clarke Heston prenant son temps Ă  dĂ©velopper leur profil pour mieux s'immerger dans leur tourments peu Ă  peu vandales, bipolaires, meurtriers au sein d'une scĂ©nographie cĂ´tière avilie par une mĂ©chancetĂ© couarde. Un excellent divertissement donc dont on parvient Ă  facilement s'impliquer tant son suspense scrupuleusement planifiĂ© parvient Ă  captiver sans faillir jusqu'aux explosions de violence sanglantes et incendiaires (au propre comme au figurĂ©).

*Eric Binford.
16.04.25. 3èx

mardi 27 juin 2017

L'INVASION DES FEMMES ABEILLES

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Invasion of the Bee Girls" de Denis Sanders. 1973. U.S.A. 1h26 (Uncut). Avec Cliff Osmond, Wright King, Ben Hammer, William Smith, Anita Ford, Victoria Vetri.

Sortie salles France: 1er Juin 1973

FILMOGRAPHIE:  Denis Sanders est nĂ© le 21 Janvier 1929 Ă  New York City, dĂ©cĂ©dĂ© le 10 Decembre 1987 Ă  San Diego, California, USA. 1982: Computers Are People, Too! (TV Movie documentary).  1973 Invasion of the Bee Girls. 1971 The American West of John Ford (TV Movie documentary). 1971 Soul to Soul (Documentary). 1970 Elvis Show (Documentary). 1964 Shock Treatment. 1964 One Man's Way. 1962 La guerre est aussi une chasse. 1959 Crime & Punishment.


DrĂ´le de curiositĂ© indĂ©pendante que cette Invasion des femmes abeilles rĂ©alisĂ©e par Denis Sanders, spĂ©cialiste ricain de documentaires et sĂ©ries TV ! InĂ©dit en salles en France si je ne m'abuse et sorti il y a quelques annĂ©es en Dvd chez Bach Films dans une Ă©dition somme toute passable (je vous recommande d'ailleurs de vous reporter vers la version HD 720 P dispo sur le blog CinĂ©-Bis-Art !), l'Invasion des femmes abeilles puise son charme par son irrĂ©pressible Ă©trangetĂ© Ă©manant d'un cadre Ă©rotique teintĂ© d'onirisme (la sĂ©quence raffinĂ©e du coĂŻt entre un sexagĂ©naire et le Dr Harris) lorsqu'il ne s'agit pas de sĂ©quences chocs gentiment impressionnantes (le regard pĂ©nĂ©trant des femmes abeilles aux yeux d'Ă©bène, la mĂ©tamorphose de l'une d'elles durant une expĂ©rimentation supervisĂ©e par Susan Harris !). Car ici point (ou si peu) d'effets-spĂ©ciaux visuels pour nous Ă©pater mais l'aura vĂ©nĂ©neuse d'une ambiance fantasmatique plutĂ´t insolite lorsque des femmes gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es s'entreprennent de sĂ©duire les mâles auprès d'Ă©bats sexuels morbides Les victimes succombant Ă  l'infarctus Ă  la suite d'Ă©puisement sexuel ! On peut d'ailleurs prĂŞter une allusion Ă  Frissons de Cronenberg pour son thème vĂ©nĂ©rien et l'intensitĂ© des Ă©bats charnels appuyĂ©s d'une ambiance malsaine autrement sous-jacente !


Une sĂ©quence fort cocasse interviendra d'ailleurs un peu plus tard lorsque le maire de la ville annoncera Ă  ses habitants d'interdire la copulation avec leur compagne lors d'un couvre-feu, quand bien mĂŞme un des tĂ©moins de la salle protestera de vive voix (et avec fermetĂ© !) d'imposer une dĂ©cision aussi stupide et intolĂ©rante ! Durant ses meurtres Ă  rĂ©pĂ©tition, un inspecteur (campĂ© par l'illustre William Smith - Le Riche et le Pauvre - New-York ne rĂ©ponds plus -) s'efforce d'en Ă©lucider le mystère au moment mĂŞme de s'Ă©prendre d'une jeune assistante. Si l'intrigue minimaliste et nĂ©buleuse s'avère plutĂ´t tirĂ©e par les cheveux, et que la rĂ©alisation tĂ©lĂ©visuelle pĂŞche d'un manque de maĂ®trise, Denis Sanders parvient toutefois Ă  captiver et sĂ©duire grâce Ă  l'aspect singulier de l'entreprise scientifique que dirige un dĂ©filĂ© de jeunes mannequins Ă©trangement sensuelles dans leur posture impassible ! Mention spĂ©ciale au charme indĂ©fectible d'Anitra Ford crevant l'Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions fĂ©lines ! D'autre part, on ne reste pas non plus insensible Ă  la partition entĂŞtante de l'illustre Charles Bernstein particulièrement inspirĂ© par les sonoritĂ©s Soul/Jazzy de Lalo Schifrin hĂ©ritĂ©es de l'Inspecteur Harry. La photo colorĂ©e, contrastĂ©e et soignĂ©e rehaussant en prime l'aspect festif/bigarrĂ©/rĂ©tro d'une intrigue aussi dĂ©jantĂ©e dont quelques sĂ©quences indicibles marquent les esprits !


Jamais ennuyeux et plutôt amusant sous l'impulsion décomplexée d'un pitch aussi bien saugrenu que débridé, l'Invasion des femmes abeilles demeure une fort sympathique curiosité tirant parti de son charme au travers de curieuses séquences baroques (notamment cette rixe musclée entre l'inspecteur Agar et les violeurs de sa compagne) où science-fiction, érotisme et horreur s'entrecroisent de manière aléatoire !

Bruno Matéï
2èx

jeudi 22 juin 2017

FRANKENSTEIN CREA LA FEMME

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

"Frankenstein Created Woman" de Terence Fisher. 1967. 1h28. Angleterre. Avec Peter Cushing, Robert Morris, Susan Denberg, Thorley Walters, Barry Warren, Duncan Lamont.

Sortie salles France: 31 Octobre 1967. Angleterre: 18 Juin 1967

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un réalisateur britannique né le 23 février 1904 à Londres (Maida Vale), et décédé le 18 juin 1980 dans la même ville. 1957 : Frankenstein s'est échappé, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein , 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La Malédiction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les Maîtresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll , 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le Fantôme de l'Opéra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'Île de la terreur , 1966 : Dracula, prince des ténèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein créa la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974 : Frankenstein et le monstre de l'enfer.


Quatrième volet de la saga Frankenstein que Terence Fisher reprend sous ses ailes après le sympathique essai de Freddie Francis, Frankenstein crĂ©a la femme serait l'un des Ă©pisodes les plus rĂ©ussis et controversĂ©s selon l'Ă©diteur Seven 7. Pour ma part, mĂŞme si j'ai plus d'affection et de considĂ©ration pour Frankenstein s'est Ă©chappĂ©, la revanche de Frankenstein, le Retour de Frankenstein et Frankenstein et le monstre de l'enfer; Frankenstein crĂ©a la femme parvient sans peine Ă  me fasciner pour m'immerger dans sa romance empoisonnĂ©e. De par la structure ciselĂ©e de son scĂ©nario original et la caractĂ©risation de personnages infortunĂ©s (les amants) ou dĂ©pravĂ©s, tel ce trio d'aristocrates dĂ©testables auquel l'innocence en paiera le lourd tribut. Car prenant pour thèmes l'amour, la vengeance et la mort du point de vue d'amants d'outre-tombe, Terence Fisher en extirpe un jeu de sĂ©duction mortelle sous l'impulsion d'une NĂ©mĂ©sis Ă©trangement sĂ©duisante et candide. Cette dernière n'Ă©tant que le jouet cĂ©rĂ©bral de son amant prĂ©alablement guillotinĂ© pour un crime qu'il n'a pas commis.


Un peu plus tĂ´t, Terence Fisher aura pris soin de nous familiariser avec l'Ă©treinte amoureuse que se partagent secrètement l'assistant Hans et la serveuse Christina, du fait de son visage dĂ©figurĂ© sur l'hĂ©misphère gauche. Mais trois gentlemans sans vergogne et impudents vont littĂ©ralement faire voler en Ă©clat leur liaison passionnelle avec une cruautĂ© sournoise. Pendant ce temps, le baron et son adjoint Hertz mettent au point une nouvelle expĂ©rience de rĂ©surrection oĂą l'âme pourrait voguer d'un corps Ă  un autre ! Captivant et passionnant, Frankenstein crĂ©a la femme insuffle une belle intensitĂ© dramatique sous couvert d'une vendetta singulière inscrite dans le surnaturel, et ce en suggĂ©rant au possible les sĂ©quences-chocs avec dĂ©rision macabre. Quand bien mĂŞme Terence Fisher privilĂ©gie l'audace d'inverser les codes par le biais d'une crĂ©ature "fĂ©minine" nouvellement fringante car auparavant estropiĂ©e et vitriolĂ©e. NĂ©anmoins complice car aussi inconsciemment avide de rancoeur punitive, cette dernière insuffle une inquiĂ©tante emprise sensuelle Ă  travers sa devise criminelle de châtier non seulement les responsables de la condamnation de son compagnon mais aussi de son propre Spoiler ! suicide ! Fin du Spoil. Le baron et son adjoint adoptant pour le coup une posture de culpabilitĂ© si bien qu'ils vont tenter de rĂ©parer leur tort en tentant d'alpaguer Christina victime de dĂ©doublement de personnalitĂ©. Cette idĂ©e astucieuse de lui draper juste après son dĂ©cès une faste apparence dans un nouveau corps et de lui permettre d'accomplir une vengeance surnaturelle parmi une complicitĂ© spirituelle renforçant la nature insolite du mĂ©lo en berne.


Etrange, envoûtant, sensuel et cruel, Frankenstein créa la femme ne manque pas d'aura subtilement vénéneuse pour réactualiser la saga avec l'originalité d'un script assez audacieux (d'où son éventuelle controverse à sa sortie !) et l'inspiration de sa mise en scène estampillée Fisher brossant d'autant mieux sa distribution charismatique.

Dédicace à Eric Draven
Eric Binford.
2èc

mardi 20 juin 2017

L'Avion de l'Apocalypse / Incubo sulla cittĂ  contaminata

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com

d'Umberto Lenzi. 1980. Italie/Mexique/Espagne. 1h28. Avec Hugo Stiglitz, Laura Trotter, Mel Ferrer, Francisco Rabal, Maria Rosaria Omaggio.

Sortie le 11 DĂ©cembre 1980 en Italie, 23 Juin 1982 en France.
Version Française Censurée: 1h19, Version Italienne ou Anglaise: 1h28'10"
Interdit au moins de 18 ans lors de sa sortie en France.

FILMOGRAPHIEUmberto Lenzi est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien, nĂ© le 6 Aout 1931 Ă  Massa Marittima, dans la province de Grosseto en Toscane (Italie). 1962: Le Triomphe de Robin des Bois, 1963: Maciste contre Zorro, Sandokan, le Tigre de BornĂ©o, 1964: Les Pirates de Malaisie, 1966: Kriminal, 1967: Les Chiens Verts du DĂ©sert, 1968: Gringo joue et gagne, 1969: La LĂ©gion des DamnĂ©s, Si douces, si perverses, 1970: Paranoia, 1972: Le Tueur Ă  l'orchidĂ©e, 1972: Au pays de l'Exorcisme, 1973: La Guerre des Gangs, 1974: Spasmo, La Rançon de la Peur, 1975: Bracelets de Sang, 1976: Brigade SpĂ©ciale, OpĂ©ration Casseurs, La Mort en Sursis, 1977: Le Cynique, l'infâme et le violent, 1978: Echec au gang, 1980: La Secte des Cannibales, l'Avion de l'Apocalypse, 1981: Cannibal Ferox, 1983: Iron Master, la guerre du fer, 1988: Nightmare Beach, la Maison du Cauchemar, 1991: DĂ©mons 3, 1996: Sarayevo inferno di fuoco.

 
"Carnage Ă  l’aĂ©roport : festin de morts-vivants".
Après avoir surfĂ© sur le succès controversĂ© de Cannibal Holocaust avec La Secte des Cannibales, l’inĂ©narrable Umberto Lenzi s’empresse, la mĂŞme annĂ©e, d’exploiter le filon du zombie movie initiĂ© par Romero avec Zombie, mais aussi par Fulci avec L’Enfer des Zombies. PrĂ©curseur du film d’infectĂ©s, L’Avion de l’Apocalypse prĂ©figure, avec vingt ans d’avance, le zombie sous amphĂ©tamines, lançant sa traque tous azimuts. Une idĂ©e singulière que Snyder et Boyle exploiteront Ă  leur tour avec L’ArmĂ©e des Morts et 28 Jours Plus Tard !

Le pitch : Ă  l’aĂ©roport, un journaliste attend l’atterrissage d’un vol pour accueillir un professeur notable. Mais un autre appareil, non identifiĂ©, se pose, libĂ©rant une cohorte de monstres humains qui se jettent violemment sur les tĂ©moins mĂ©dusĂ©s. Dans un dĂ©chaĂ®nement de violence barbare, ces derniers sont sauvagement massacrĂ©s et dĂ©vorĂ©s par ces crĂ©atures assoiffĂ©es de sang. L’invasion ne fait que commencer !

Sous couvert de message Ă©colo dĂ©nonçant les dangers du nuclĂ©aire et la folie contagieuse de l’homme avide de progrès technologique, Lenzi tente de se dĂ©marquer de son comparse Fulci, notamment par la caractĂ©risation de ses morts-vivants — ou plutĂ´t de ses infectĂ©s, puisqu’aucun macchabĂ©e rĂ©calcitrant ne se relève vraiment. En l’occurrence, des passagers d’un avion clandestin sombrent dans une folie meurtrière, consĂ©quence probable d’une dĂ©faillance radioactive de la centrale nuclĂ©aire voisine. AssoiffĂ©s de sang pour rĂ©gĂ©nĂ©rer leur chair, ils commettent exactions sordides et sadisme sans limite. Le prologue, Ă©chevelĂ©, Ă©voque dĂ©jĂ  une bande dessinĂ©e pour adultes : massacre dantesque Ă  coups de mitraillettes, agressions Ă  la hache, au couteau, Ă  la serpe. Gros plans sur chairs Ă©clatĂ©es ou striĂ©es, gorges tranchĂ©es, bras sectionnĂ©s, hurlements stridents de victimes livrĂ©es Ă  ces ahuris sanguinaires aux trognes de pizza carbonisĂ©e (ah, c’te blague Carambar !). Quant au cheminement narratif en Ă©tat d’urgence, il alterne opĂ©rations militaires musclĂ©es et Ă©chappĂ©e d’un journaliste frondeur, avec ce mĂŞme souci du spectacle dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© Ă´ combien jouissif !


Warning ! Spoils en pagaille ! Sinon, passez Ă  la conclusion.
L’aventure foutraque, effrontĂ©e par sa violence crapoteuse et saugrenue pour ses situations excentriques, demeure miraculeusement efficace grâce Ă  son grain de folie vigoureux ! Massacre organisĂ© sur un plateau tĂ©lĂ© puis dans un club de gym (avec, Ă  l’appui, donzelles dĂ©vĂŞtues — dont l’une verra son bout de sein saucissonnĂ© au couteau !), carnage improvisĂ© en bloc opĂ©ratoire (Rodriguez s’en souviendra pour Planet Terror), agressions rĂ©currentes au cĹ“ur de foyers domestiques. Ces sĂ©quences nerveuses, habilement montĂ©es, sont rehaussĂ©es d’audacieuses dĂ©rives gores artisanales (du moins dans la version uncut), Ă  l’instar d’une Ă©nuclĂ©ation en gros plan ou d’un sein perforĂ© au tisonnier — pompage Ă©vident chez Fulci ! Quelques imprĂ©vus Ă©gayent encore cette intrigue triviale mais saturĂ©e d’agressions cannibales : un couple rĂ©fugiĂ© Ă  la campagne, deux jeunes femmes claustrĂ©es dans une cave (sĂ©quence d’angoisse palpable, Ă©cho cauchemardesque au carnage hospitalier). Et que dire de notre journaliste, incarnĂ© avec une mollesse culte par l’inexpressif Hugo Stiglitz (c’est pour ça qu’on l’adore !), tentant avec son Ă©pouse de fuir la ville assiĂ©gĂ©e pour se retrancher… sur le manège d’un luna-park ! IdĂ©e impromptue, cocasse : le couple doit grimper sur un grand huit pour Ă©chapper aux zombies cramponnĂ©s aux wagonnets. Quant Ă  la conclusion dĂ©risoire, nul n’a oubliĂ© sa fameuse supercherie : tout cela n’Ă©tait qu’un affreux cauchemar que notre hĂ©ros fantasmait en plein sommeil… Ă  moins que ce ne fĂ»t une prescience, ou quand le cauchemar devient rĂ©alitĂ©. Ah ah ! Fin des spoils.

 
"Pizzas carbonisées et apocalypse sanglante".
Efficacement haletant, scandĂ© par un splendide score funèbre de Stelvio Cipriani, L’Avion de l’Apocalypse s’affirme comme un fleuron Z solidement ancrĂ© dans l’âge d’or de l’exploitation, oĂą tout Ă©tait permis pour le plus grand bonheur des fans. Un dĂ©lire gĂ©nĂ©reusement ludique, prĂ©servant son charme rĂ©tro : dialogues risibles, cabotinage impassible des acteurs, figuration dĂ©jantĂ©e tout juste recrutĂ©e chez Domino Pizza. Enfin, sa complaisance gore typiquement ritale, le jeu minimaliste mais savoureusement placide d’un Hugo Stiglitz hilarant, Ă©paulĂ© par le vĂ©tĂ©ran Mel Ferrer (en gĂ©nĂ©ral opiniâtre) Ă©lèvent ce classique au rang d’incontournable du bis transalpin.

*Bruno
20.06.17 (5èx)
08.08.11

lundi 19 juin 2017

ON L'APPELLE JEEG ROBOT. Prix du Jury, Gerardmer 2017.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site justaword.eklablog.com

"Lo chiamavano Jeeg Robot" de Gabriele Mainetti. 2015. Italie. 1h57. Avec Claudio Santamaria,
Luca Marinelli, Ilenia Pastorelli, Stefano Ambrogi, Maurizio Tesei, Francesco Formichetti, Daniele Trombetti.

Sortie salles France: 3 Mai 2017. Italie: 25 Février 2016

FILMOGRAPHIE: Gabriele Mainetti est un rĂ©alisateur, acteur, compositeur et producteur de cinĂ©ma italien, nĂ© le 7 novembre 1976 Ă  Rome. 2015 : On l'appelle Jeeg Robot


PrĂ©cĂ©dĂ© d'une rĂ©putation flatteuse dans les festivals oĂą il fut projetĂ© si bien qu'il remporta plusieurs rĂ©compenses (voir en fin d'article !), On l'appelle Jeeg Robot rĂ©invente le film de super-hĂ©ros avec subversion pour un genre si traditionnellement familier. DĂ©tournant les codes avec malice et provocation, Gabriele Mainetti conjugue efficacement action et romance sous l'impulsion de personnages superbement dessinĂ©s, et ce avec une dimension humaine bouleversante si je me rĂ©fère Ă  sa magnifique histoire d'amour que se partage l'anti-hĂ©ros avec une jeune dĂ©ficiente. L'intrigue brossant une galerie d'antagonistes peu recommandables au sein d'une pègre sans vergogne assoiffĂ©e de haine et de vengeance. On peut d'ailleurs relever la nature brutale des règlements de compte ultra violents car s'avĂ©rant d'un rĂ©alisme assez cru pour choquer un public trop jeune. Mais grâce Ă  cette violence plutĂ´t malsaine, le film gagne en rĂ©alisme et intensitĂ©, notamment si je me rĂ©fère au sort des personnages les plus loyaux. Au coeur de leur conflit pour le pouvoir, un marginal solitaire, Enzo Ceccotti, tente tant bien que mal de survivre en perpĂ©trant quelques larcins. Mais sa vie va pour autant basculer sur le trajet d'une course poursuite lorsqu'il plongera dans les eaux d'un canal renfermant des fĂ»ts toxiques. Depuis, il dĂ©tient une force physique surhumaine au moment mĂŞme de se lier d'amitiĂ© auprès de la fragile Alessia !


Quelle bouffĂ©e d'air frais que de savourer un film de super-hĂ©ros aussi hĂ©tĂ©rodoxe au sein d'un genre conventionnel usĂ© jusqu'Ă  la corde ! D'un charisme ordinaire, les malfrats qu'on nous dĂ©crit sans fard (Ă  l'exception du narcissique "le gitan" !) insufflent d'autre part de la vigueur dans leur gueule plus vraie que nature Ă©voluant au sein de la banalitĂ© d'un quotidien urbain livrĂ© en prime au terrorisme. Quant bien mĂŞme notre super-hĂ©ros gĂ©nialement incarnĂ© par le renfrognĂ© Claudio Santamaria ne correspond nullement Ă  l'archĂ©type du genre dans son jeu d'expressions ordinaires, Ă  l'instar de son apparence lambda dĂ©nuĂ©e de combinaison flashy. Ce dernier, solitaire, paumĂ©, introverti, placide et individualiste, rĂ©sidant dans un appartement prĂ©caire avec comme seul refuge le visionnage de films pornos et la consommation de crème dessert. Par le biais de son profil Ă  la fois Ă©vasif et contrariĂ©, On l'appelle Jeeg Robot en extrait une forme d'hymne aux laissĂ©s-pour-compte sous le pilier d'une romance candide qu'il va partager avec une jeune fille autrefois abusĂ©e. Enzo, de prime abord peu enclin Ă  protĂ©ger les autres et sauver l'humanitĂ©, apprenant Ă  cĂ´toyer l'amour, la loyautĂ© et l'hĂ©roĂŻsme d'une noble cause lors d'un Ă©veil de conscience dont la vengeance confirmera son dĂ©sir de modifier sa voie. Ce qui converge Ă  un affrontement au sommet entre lui et le gitan (quel olibrius Ă  l'expression faciale outrancière !) afin de dĂ©jouer un attentat dans un stade de foot. LĂ  encore, si les scènes d'action sont jouissives et spectaculaires, Gabriele Mainetti n'abuse pas pour autant de surenchère pour nous combler afin de prĂ©server aussi une forme de rĂ©alisme chez ses super-hĂ©ros sans panoplie.


Captivant et passionnant grâce Ă  l'habiletĂ© de son ossature narrative tributaire du cheminement des personnages, On l'appelle Jeeg Robot parvient sans esbroufe Ă  rendre plausible l'improbabilitĂ© du "super-hĂ©ros" nanti de supers pouvoirs comme le fut autrefois Superman de Donner si je peux me permettre cette allusion (mĂ©lancolique). Car le film ayant parvenu avec vibrante Ă©motion (et sans naĂŻvetĂ© !) Ă  m'Ă©vader et me bouleverser sous le vernis d'une intensitĂ© dramatique imputĂ©e au caractère pur, authentique d'une love story que je ne suis pas prĂŞt d'oublier. On est d'autant plus surpris de s'attacher Ă  cet anti-hĂ©ros anti système et de constater son Ă©volution, sa chaleur humaine pour le vĂ©nĂ©rer ensuite avec dignitĂ© comme le souligne son plan final aussi rĂ©vĂ©lateur que rĂ©dempteur. Du vrai et beau cinĂ©ma avec un coeur qui bat sous couvert d'hommage touchant au manga (rĂ©tro) des annĂ©es 80 (une frange du public français se remĂ©morera Goldorak avec nostalgie !)

Bruno Dussart.

Récompenses: David di Donatello:
David di Donatello du meilleur réalisateur débutant (Gabriele Mainetti)
David di Donatello du meilleur producteur (Gabriele Mainetti)
David di Donatello du meilleur acteur (Claudio Santamaria)
David di Donatello de la meilleure actrice (Ilenia Pastorelli)
David di Donatello du meilleur acteur dans un second rĂ´le (Luca Marinelli)
David di Donatello de la meilleure actrice dans un second rĂ´le (Antonia Truppo)
David di Donatello du meilleur monteur (Andrea Maguolo)
Bari International Film Festival :
Prix Ettore Scola du meilleur réalisateur débutant
8½ Festa do Cinema Italiano de Lisboa :
Prix de la critique du meilleur film
Prix du public du meilleur film
Festival du film fantastique d'Amsterdam :
Silver Scream Award
Festival du film italien de Villerupt (2016)
Amilcar du jury
Festival International du film fantastique de Gérardmer (2017)
Prix du jury (ex-æquo)

vendredi 16 juin 2017

Love hunters

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Hounds of Love" de Ben Young. 2016. Australie. 1h48. Avec Ashleigh Cummings, Emma Booth, Stephen Curry, Susie Porter, Damian de Montemas, Harrison Gilbertson.

Sortie salles France: 12 Juillet 2017. U.S: 11 Mars 2017. Australie: 1er Juin 2017

FILMOGRAPHIE: Ben Young est un réalisateur, acteur et scénariste australien.
2016: Love Hunters.


Un plaisir avouable que d'avoir assistĂ© Ă  un thriller horrifique si maĂ®trisĂ©, aussi diablement intense qu'implacable, surtout issu d'un cinĂ©aste nĂ©ophyte puisqu'il s'agit de son premier long-mĂ©trage. Sur le papier, Love Hunters avait de quoi laisser dubitatif par son impression de dĂ©jĂ  vu dĂ©jĂ  1000 fois traitĂ©s Ă  l'Ă©cran avec plus ou moins de succès. Une jeune fille tombe dans les mailles du filet d'un couple de serial-killers experts dans l'art de kidnapper les fugueuses indociles pour les sĂ©questrer au sein de leur cocon conjugal. Or, ici, l'australien Ben Young impose sa patte personnelle Ă  travers une rĂ©alisation aussi inspirĂ©e que stylisĂ©e (notamment cette bande-son monocorde, tel un battement de coeur irrĂ©gulier, parvenant Ă  nous hypnotiser par son intensitĂ© auditive), quand bien mĂŞme sa distribution aux tĂŞtes "ordinaires" parvient remarquablement Ă  apporter un cachet d'authenticitĂ©. Aussi bien les rĂ´les majeurs (le couple et leur victime) que les seconds-rĂ´les (la famille de la disparue, la police locale). Outre sa facture visuelle particulièrement soignĂ©e et non exempt d'expĂ©rimentation (ses longs plans filmĂ©s au ralenti pour imprimer la banalitĂ© d'un quotidien Ă©trangement serein), Love Hunters bĂ©nĂ©ficie en prime de rebondissements particulièrement inventifs (la tentative d'Ă©vasion dans la salle de bain - mĂŞme si incohĂ©rente faute des aboiements du chien - puis un peu plus tard celle du viol, les rapports tendus avec un voisin, l'intimidation d'un dealer) afin de surprendre le spectateur trop habituĂ© aux codes Ă©culĂ©s du genre.


Sur ce point, Love Hunters ne ressemble d'ailleurs Ă  rien de connu Ă  peu de choses près si bien que le rĂ©alisateur s'attache Ă  nous brosser scrupuleusement, et au travers d'un climat aussi bien austère que feutrĂ©, le portrait d'un couple de tueurs dans leur stricte intimitĂ©. Entre Ă©treinte amoureuse, jalousie rivale et goĂ»t pervers pour une sexualitĂ© morbide. Car au centre de leur relation passionnelle, leur nouvelle victime va malgrĂ© elle devenir un catalyseur si bien que l'Ă©poux assez sournois et manipulateur auprès de sa muse semble lui Ă©prouver un soupçon de sentiments. C'est au fil de cette dissension conjugale que Love Hunter gagne en tension et dramaturgie sous l'impulsion d'un suspense Ă©moulu que nous endurons sans pouvoir deviner l'Ă©volution de cette guerre des sexes. Un spectateur attentif car totalement impliquĂ© dans l'action, partagĂ© entre contrariĂ©tĂ©, apprĂ©hension, empathie puis terreur pour la destinĂ©e de la victime dont on ne saurait prĂ©sager un heureux dĂ©nouement. Quant Ă  cette terreur psychologique que nous Ă©prouvons pour sa condition de vie misĂ©reuse, entre sĂ©vices sexuels et dĂ©tĂ©rioration corporelle, Ben Young privilĂ©gie toujours le hors-champs (en dehors d'une seule sĂ©quence sanglante particulièrement crue lors de son point d'orgue) afin de ne pas sombrer dans la complaisance que nombre de cinĂ©astes ont tendance Ă  abuser pour choquer le plus facilement. Le jeu expressif et viscĂ©ral de la victime en dĂ©liquescence morale (Meilleure Actrice pour Ashleigh Cummings au Fedeora Award) instaure en prime un sentiment de dĂ©sespoir qui ira crescendo jusqu'Ă  sa dernière partie tendue comme un arc, et Ă  nouveau imprĂ©visible quant Ă  l'intervention de nouveaux personnages et pour l'Ă©ventuelle issue dramatique. A ce titre, sa conclusion plutĂ´t bouleversante insuffle une Ă©motion candide au rythme d'une illustre chanson pop aussi gracile.


Mother and child. 
Tendu et dĂ©sespĂ©rĂ©, psychologiquement fouillĂ© (et inopinĂ©) quant aux rapports de force que s'improvise le trio conjugal (notamment la caractĂ©risation fĂ©brile de l'Ă©pouse en requĂŞte impossible de maternitĂ©), Love Hunters créé la surprise avec une maĂ®trise, une intelligence et un rĂ©alisme cauchemardesque peu commun si bien que l'horreur des situations perpĂ©tuellement suggĂ©rĂ©e ne nous empĂŞche pas de plonger avec effroi dans une descente aux enfers exiguĂ«. Ajoutez Ă  cela la singularitĂ© d'une ambiance lourde oppressante parfois dĂ©samorcĂ©e de tubes pop mĂ©lancoliques oĂą perce une Ă©motion fragile et vous obtenez une perle du psycho-killer (indĂ©pendant) ! En attendant le nouveau projet de ce rĂ©alisateur si prometteur car pĂ©tri d'ambition, de foi et d'intĂ©gritĂ© dans son amour pour le genre.

Dédicace à Cid Orlandu
Bruno Matéï
24.01.26. 2èx. Video projo vostf

jeudi 15 juin 2017

ALIBI.COM

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Philippe Lacheau. 2017. France. 1h30. Avec Philippe Lacheau, Élodie Fontan, Tarek Boudali, Julien Arruti, Vincent Desagnat, Nathalie Baye, Didier Bourdon, Nawell Madani, Kad Merad, Michèle Laroque, Philippe Duquesne, Jo Prestia, Christian Bujeau, Norman Thavaud, Joey Starr, La Fouine, Medi Sadoun, Alice Dufour, Chantal Ladesou, Frédéric Achard, David Bancel, Valériane de Villeneuve.

Sortie salles France: 15 Février 2017

FILMOGRAPHIEPhilippe Lacheau est un acteur, réalisateur, scénariste et animateur de télévision français. 2014 : Babysitting coréalisé avec Nicolas Benamou. 2015 : Babysitting 2 coréalisé avec Nicolas Benamou. 2017 : Alibi.com.


Après avoir co-rĂ©alisĂ© Babysitting 1 et 2, l'acteur Philippe Lacheau retourne derrière la camĂ©ra pour diriger individuellement Alibi.com. Une comĂ©die dĂ©bridĂ©e menĂ©e Ă  100 Ă  l'heure si bien que le public en liesse l'ovationna avec plus de 3 580 918 entrĂ©es. Opposant d'illustres acteurs issus de l'ancienne Ă©cole (Nathalie Baye, Didier Bourdon, Chantal Ladesou, Michèle Laroque) avec la nouvelle gĂ©nĂ©ration (Philippe Lacheau, Ă‰lodie Fontan, Tarek Boudali, Julien Arruti, Vincent Desagnat ainsi que la nĂ©ophyte Nawell Madani pĂ©trie de fringance et spontanĂ©itĂ© !), sans compter quelques apparitions clins d'oeil parmi lesquelles Jo Prestia, Joey Starr, Philippe Duquesne et La Fouine, Alibi.com transpire la bonne humeur par leur complicitĂ© fougueuse Ă  enchaĂ®ner gags et quiproquos que n'aurait pas reniĂ© l'Ă©quipe ZAZ ! Tant et si bien que Philippe Lacheau, devant et derrière la camĂ©ra, dĂ©poussière le genre populaire, entre frĂ©nĂ©sie visuelle et inventivitĂ© de gags aussi bien folingues que politiquement incorrects.


Partant d'une idée loufoque prometteuse (trois associés créent l'entreprise Alibi.com afin de couvrir les adultères quand bien même l'entrepreneur devra redoubler de stratégies pour protéger un père infidèle au moment de tomber amoureux de sa fille), Alibi.com s'inspire d'une même société commerciale résolument cynique, aussi improbable que cela puisse paraître ! Généreux en diable et constamment drôle ou pittoresque, Alibi.com ne constitue pas pour autant un chef-d'oeuvre du genre. Car tourné sans prétention mais avec beaucoup de peps et de sincérité, Philippe Lacheau compte simplement sur l'efficacité en roue libre d'un pitch extravagant où infidélité, mensonges et trahison s'avèrent les ressorts d'une mécanique de rire semée de mésaventures et dommages collatéraux ! Et ce en insérant dans les pattes des protagonistes une bonne dose de dérision cartoonesque où parfois le (bon) mauvais goût risque de faire grincer quelques dents (notamment les militants de la cause animale !). Si tout n'est évidemment pas de la meilleure saveur, son dépaysement visuel (la scénographie exotique de Cannes et ses environs, ses boites de nuit en plein air), son rythme musical (notamment ces tubes entêtants des années 80) et surtout sa pléthore de gags parfois parodiques (le duel aux lasers façon Star Wars dans la caravane d'un gitan, la course-poursuite automobile en mode Fast and Furious, le clip anachronique d'une chanteuse en herbe jouant sa diva !) transcendent ses menus couacs.


Soignant aussi bien le fond que la forme sur le principe dĂ©jantĂ© des ZAZ, Alibi.com est un festival de drĂ´lerie et de fantaisie sous le pilier d'une aventure haute en couleurs oĂą perce Ă  terme la rĂ©demption d'une tendre romance. Philippe Lacheau se permettant en filigrane de rendre hommage Ă  la pop-culture des annĂ©es 80 en hissant notamment la sĂ©rie B Bloodsport au rang de chef-d'oeuvre bourrin ! Frais et tonique, constamment inventif et souvent grotesque dans le bon sens du terme, Alibi.com demeure un concentrĂ© de folie et de bonne humeur sous couvert d'une rĂ©flexion sur le pardon dans le cas d'une adultère. 

Dédicace à Stephane Passoni
Eric Binford

mercredi 14 juin 2017

TOUT, TOUT DE SUITE

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Richard Berry. 2017. France/Belgique/Luxembourg. 1h54. Avec Richard Berry, Steve Achiepo, Marc Ruchmann, Idit Cebula, Matila Malliarakis, Romane Rauss.

Sortie salles France, Belgique, Luxembourg: 11 Mai 2016

FILMOGRAPHIE: Richard Élie Benguigui1, dit Richard Berry, est un acteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste de cinĂ©ma français, nĂ© le 31 juillet 1950 Ă  Paris. 2000 : L'Art (dĂ©licat) de la sĂ©duction
2003 : Moi CĂ©sar, 10 ans ½, 1m39. 2005 : La BoĂ®te noire. 2010 : L'Immortel. 2015 : Nos femmes. 2016 : Tout, tout de suite.


Retraçant l'interminable sĂ©questration d'Ilan Halimi, un juif humiliĂ© et torturĂ© Ă  mort par Youssouf Fofana et sa bande surnommĂ©s le "Gang des barbares", Tout, tout de suite nous immerge de plein fouet dans une descente aux enfers jusqu'au-boutiste que l'acteur Richard Berry retranscrit avec souci documentĂ©. Ce dernier relatant les faits aussi bien du point de vue de la victime et des tortionnaires que de la police et de la famille s'efforçant mutuellement de retarder la demande de rançon (faute d'une somme astronomique et du refus des forces de l'ordre Ă  cĂ©der au chantage) en alternant en parallèle les interrogatoires de chaque coupable après le drame. VĂ©ritable Ă©lectro-choc Ă©motionnel Ă©ludĂ© de toute complaisance (Berry suggĂ©rant les sĂ©quences de tortures en privilĂ©giant les hurlements de la victime rĂ©duite Ă  l'Ă©tat animal au sein de taudis insalubres), Tout, tout de suite est une Ă©preuve cinĂ©matographique insupportable si bien qu'Ă  mon sens peu de cinĂ©astes dans l'hexagone (Gaspard NoĂ© et Pascal Laugier faisant l'exception) ont su parvenir Ă  distiller un malaise aussi viscĂ©ral sans lâcher prise la gorge du spectateur aussi gĂŞnĂ© que lourdement Ă©prouvĂ© par cette Ă©preuve inhumaine.


Et ce en dépit de quelques seconds-rôles imputés au corps policier dictant leur réplique dans une élocution un peu trop théâtrale il me semble. Pour autant, la manière scrupuleuse dont Berry retranscrit le calvaire de Ilan Halimi tombé dans les mailles du traquenard parmi la complicité d'une vingtaine de banlieusards est rehaussé du jeu naturel de jeunes acteurs inconnus parvenant sans outrance à se fondre dans la peau de marginaux dénués de raisonnement, d'éthique et d'empathie (à l'exception d'un geôlier) quant à la condition recluse de leur victime quotidiennement molestée afin de monnayer ses parents d'un magot. D'une intensité dramatique permanente, tant auprès de la victime affligée de douleur et désespoir durant un laps de temps disproportionné (quasi 1 mois de détention dans des conditions sordides d'hygiène et de malnutrition !) que des parents totalement impuissants face à une situation d'extrême urgence, Tout, tout de suite interpelle et scandalise quant aux postures sournoises d'une racaille adepte de l'argent facile afin de survivre dans leur ghetto.


Cri d'alarme contre une violence urbaine en chute libre oĂą la nationalitĂ© juive en paye ici le lourd tribus, Tout, tout de suite manifeste un bouleversant tĂ©moignage (jusqu'au larmes de dĂ©livrance du fait de la trop forte pression psychologique exercĂ©e par ce chemin de croix !) Ă  sa victime sacrifiĂ©e au nom d'une haine antisĂ©mite. Richard Berry brossant notamment sans concession le portrait pathĂ©tique d'une machine Ă  tuer au pouvoir d'influence dĂ©lĂ©tère si bien que les laissĂ©s pour compte les plus permĂ©ables oseront se compromettre aux stratĂ©gies financières de nombreux rapts (ils n'en n'Ă©taient pas Ă  leur premier coup d'essai). Hypnotique, profondĂ©ment malsain, glaçant et traumatisant par sa cruautĂ© aussi bien morale que physique (pourtant non graphique !), la dĂ©prime est de mise dans ce triste constat sociĂ©tal imputĂ© Ă  une jeunesse impudente Ă  la fois fantasque et capricieuse (notamment ces deux gamines dĂ©cervelĂ©es considĂ©rĂ©es comme des tapins par leur propre leader)
Pour public averti

Bruno Matéï
Remerciement Ă  Christophe Cosyns

mardi 13 juin 2017

A CURE FOR LIFE

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nerdist.com

"A Cure for Wellness" de Gore Verbinski. 2017. U.S.A/Allemagne. 2h27. Avec Dane DeHaan, Jason Isaacs, Mia Goth, Celia Imrie, Harry Groener, Adrian Schiller.

Sortie salles France: 15 Février 2017. U.S: 17 Février 2017

FILMOGRAPHIEGregor « Gore » Verbinski est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain nĂ© le 16 mars 1964. 1997 : La Souris. 2001 : Le Mexicain. 2002 : Le Cercle : The Ring. 2003 : Pirates des CaraĂŻbes: La MalĂ©diction du Black Pearl. 2005 : The Weather Man. 2006 : Pirates des CaraĂŻbes: Le Secret du Coffre maudit. 2007 : Pirates des CaraĂŻbes: Jusqu'au bout du Monde. 2011 : Rango. 2013 : Lone Ranger, naissance d'un hĂ©ros. 2017 : A Cure for Life.


Psycho thriller (aquatique) sous couvert de satire caustique sur la compétition financière, A cure for Life joue la carte du suspense horrifique sous le pilier d'un scénario complètement mad ! Et ce en dépit d'une dernière partie emprunt de facilités dans ses rebondissements anticipés et l'absence de perspicacité du héros à démêler le vrai du faux. Pour autant, l'intrigue machiavélique et ses thèmes impartis à l'éternelle jeunesse préservent son pouvoir de fascination dans sa faculté à susciter l'inquiétude sans esbroufe, et ce en dépit de séquences-chocs viscérales à la limite du supportable ! (la chirurgie dentaire ou encore le lavage d'estomac que le patient endure à déglutir de visqueuses anguilles). Ayant pour mission de rapatrier son patron parti en cure dans un sanatorium germanique, Lockhart se retrouve pris au piège au sein de cet établissement renfermant un obscur passé quant à la relation incestueuse des anciens propriétaires des lieux. Un éminent baron avide de pureté et sa soeur condamnée au bûcher par les villageois. D'une durée conséquente de 2h27, A cure for Life nous immerge dans un cauchemar anxiogène résolument captivant en sus d'instaurer une fulgurance visuelle d'un onirisme baroque. Tant auprès d'un panorama montagneux à donner le vertige que des pièces de la clinique constituées de piscine, d'un réfectoire, de couloirs limpides et passages souterrains secrets. Pour un peu, on se croirait à la croisée de Suspiria et du Fantôme de l'Opéra, notamment si je me réfère à sa dernière partie flamboyante (valse en trois temps à l'appui !), pur hommage à une épouvante archaïque réactualisée dans un contexte moderne.


Gore Verbinski stylisant à merveille le cadre ésotérique du château par le truchement d'une photo blafarde d'un vert criard. Retraçant scrupuleusement la lente descente aux enfers morale du jeune cadre témoin d'évènements irrationnels si bien qu'on lui soupçonne une pathologie paranoïaque à daigner coûte que coûte imputer la responsabilité d'une disparition (Mr Pembroke) au corps médical, A cure for a life fait illusion au moins durant 90 mns. Chargé d'un mystère latent autour d'hallucinations cauchemardesques qu'éprouve celui-ci dans son esprit contrarié, et auprès d'une présence féminine famélique sortie d'un conte de fée vitriolé, A cure for Life baigne dans un climat aussi bien dérangeant que malsain. La présence naturelle et omniprésente de "l'eau", élément purificateur que chaque patient s'adonne goulûment nous suscitant un trouble sentiment de méfiance puis de malaise viscéral ! Là où le bat blesse un peu (voir beaucoup chez les plus aguerris), c'est que sa dernière partie plus démonstrative s'avère moins habile et surprenante quant aux tenants et aboutissants de l'entreprise médicale et la manière malhabile de suspecter l'éventuelle psychose du héros. Cependant, cette ambiance schizo indécrottable et sa facture visuelle éminemment ensorcelante culminant au règlement de compte autrement horrifique parviennent à instaurer une emprise démoniaque aussi bien vénéneuse que charnelle (la dernière image évocatrice la conclut de manière corrosive !).


Les Amants d'outre-tombe
Servi par une distribution convaincante dont le charisme interlope fonctionne sans fard, A cure for Life affiche un rĂ©alisme cauchemardesque au sein d'un thriller mĂ©phitique chargĂ© de malaise. Certes imparfait lors de sa dernière demi-heure mais pour autant fascinant dans son alliage de conte de fĂ©e frelatĂ© et de variation moderne du vampirisme. 

Dédicace à Ruuffet Nelly
Bruno Matéï

La critique de Nelly Ruuffet:
Lockhart est un jeune cadre ambitieux. Il doit retrouver un certain Pembroke, son patron, qui a disparu dans un mystĂ©rieux centre dans les Alpes suisses. Lockhart se retrouve alors pris au piège de cet Ă©trange institut et de son corps mĂ©dical. On lui diagnostique le mĂŞme mal qui habite l’ensemble des pensionnaires. Lockhart est obligĂ© de se soumettre Ă  l’Ă©trange cure dĂ©livrĂ©e par le centre.

Un thriller fantastique Ă  l’ambiance vĂ©nĂ©neuse et au visuel incroyable ! Dès le dĂ©but du film, le ton est donnĂ©, le spectateur sait d’emblĂ©e qu’il va ĂŞtre immergĂ© dans un univers malsain voire psychotique oĂą l’eau tient un rĂ´le majeur et nous sera montrĂ©e sous un angle inĂ©dit particulièrement dangereux pour la santĂ©. Le visuel est majoritairement verdâtre et sombre au sein de l’institut – ce qui provoque une impression de malaise - et les scènes en extĂ©rieur dans le jardin de la cure nous paraissent paradoxalement malsains, dĂ©rangeants. On scrute tout, comme Lockhart, qui comprend au fur et Ă  mesure du film Ă  quel point tout est manigancĂ© pour le faire tourner en bourrique. L’ambiance horrifique est omniprĂ©sente, le spectateur n’a pas une seconde de rĂ©pit et l’on sait très vite que l’on a affaire Ă  un film hors du commun pour son temps qui sort des sentiers battus.

Verbinski semble avoir digĂ©rĂ© de multiples rĂ©fĂ©rences allant de Shining (la scène sur le route avec ce point de vue surplombant au-dessus des montagnes) aux films de Cronenberg (Volmer nourri aux anguilles, les morts vivants que deviennent les patients, le cĂ´tĂ© expĂ©rimental, notamment au cours de la scène oĂą Lockhart est immergĂ© dans une cuve et oĂą ses visions sont mĂŞlĂ©es Ă  l’imaginaire Ă©rotique et malsain de l’homme et de la femme censĂ©s surveiller l’expĂ©rience) et Ă  l’esthĂ©tique gothique (la musique dans le bar oĂą Hannah et Lockhart s’Ă©chouent, la cure en elle-mĂŞme qu’on rapproche très facilement d’une maison aux prises avec des esprits malins, le sous-sol etc). L’ambiance sonore du film est elle aussi dĂ©mente tant elle nous tient sur les nerfs pendant presque 2 heures 30 : bruits anxiogènes de glaçons dans une carafe filmĂ©e en gros plan lorsque Lockhart s’Ă©vanouit dans la salle du rĂ©fectoire, craquements des dents des patients au contact de la nourriture, dĂ©glutitions, bruits angoissants d’une mĂ©canique pulsĂ©e etc. Sans compter le fameux air chantonnĂ© par Hannah que l’on entend dès les premières minutes du film et qui est directement associĂ© Ă  la mort.

Le personnage d’Hannah est fascinant, il fait directement penser Ă  l’univers d’Alice au pays des merveilles mais une Alice dĂ©senchantĂ©e, perdue, entourĂ©e d’une aura funeste qui perdurera jusqu’Ă  la fin du film. Elle restera un des noyaux qui fait tenir l’intrigue en parallèle des pĂ©rĂ©grinations de Lockhart, toutes + anxiogènes les unes que les autres. Les personnages se meurent dans un univers entre cauchemar et rĂ©alitĂ©, ce qui fait d’ailleurs Ă©cho symboliquement Ă  la ballerine peinte par la mère de Lockhart qui, en dĂ©crivant la figurine, affirmait qu’elle vivait dans un rĂŞve sans le savoir.

Le film est peuplĂ© de scènes fortes que personne n’oubliera après le visionnage : que dire de la scène du dentiste et du bourrage d’anguilles, très difficilement supportables ! D’autant que le choix des plans est très fin, on voit Lockart d’un Ĺ“il surplombant, on se retrouve face au regard horrifiĂ© de l’homme d’affaires et de ses gĂ©missements dĂ©sespĂ©rĂ©s. Les scènes oĂą l’on voit les patients immergĂ©s dans des cuves d’eau, figĂ©s comme des rats de laboratoires coupent le souffle Ă©galement ! Le spectateur est pĂ©trifiĂ©.

Le seul bĂ©mol se situe dans les dernières 45 minutes avec des ficelles un peu trop faciles mĂŞme si elles n’en perdent pas pour autant leur pouvoir envoĂ»tant et vĂ©nĂ©neux. La scène de « rĂ©vĂ©lation » aux patients est somme toute attendue mais bien menĂ©e tout autant que la fulgurance de la scène funèbre du bal, dont le classicisme apparent est pĂ©nĂ©trĂ© d’une esthĂ©tique baroque très bien menĂ©e, alternant avec la poursuite de l’intrigue. Une Ĺ“uvre très riche, captivante, très esthĂ©tisĂ©e et fascinante Ă  bien des niveaux !!! Une petite merveille !

lundi 12 juin 2017

UN SAC DE BILLES

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Christian Duguay. 2017. France/Canada/République Tchèque. 1h52. Avec Dorian Le Clech, Batyste Fleurial Palmieri, Patrick Bruel, Elsa Zylberstein, Bernard Campan, Kev Adams, Christian Clavier.

Sortie salles France: 15 Janvier 2017

FILMOGRAPHIE: Christian Duguay est un réalisateur, directeur de la photographie, monteur et compositeur québécois, né en 1957 à Montréal (Québec, Canada). 1991: Scanners II. 1992: Scanners III. 1992 : Live Wire. 1995: Planète hurlante. 1997: Contrat sur un terroriste. 2000: L'Art de la guerre. 2002: The Extremists. 2007: Suffer Island. 2013: Jappeloup. 2015: Belle et Sébastien, l'aventure continue. 2017 : Un sac de billes.


Evoquant avec beaucoup d'Ă©motions la fuite de deux enfants juifs de Paris durant l'occupation allemande en 42, Un sac de billes relate leur parcours d'endurance sans s'apitoyer sur leur sort. RĂ©alisateur Ă©clectique natif du Quebec Ă  qui l'ont doit Scanners 2 et 3, Planète Hurlante, l'Art de la Guerre et Belle et SĂ©bastien, Christian Duguay rĂ©adapte le roman de Joseph Joffo avec un humanisme plein de sensibilitĂ© quant au portrait d'une famille juive incessamment ballottĂ©e par le spectre du nazisme. L'histoire Ă©tant bâtie du point de vue des enfants dĂ©localisĂ©s d'une rĂ©gion Ă  une autre pour fuir la mort, on peut compter sur l'innocence naturelle de Dorian Le Clech et Batyste Fleurial Palmieri afin de provoquer la vibrante empathie chez deux frères solidaires. De par leur posture fragile et torturĂ©e Ă  redouter le pire mais toutefois jamais avares d'espoir et de courage dans leur initiation de survie que leur père est parvenu Ă  inculquer avant de les lâcher dans une nature hostile. 


D'une belle sobriĂ©tĂ© dans un rĂ´le paternel prĂ©venant Ă  l'idĂ©e de prĂ©server leur vie, Patrick Bruel surprend agrĂ©ablement par sa posture autoritaire pleine de dignitĂ©, quand bien mĂŞme son visage burinĂ© de quinquagĂ©naire sur le qui-vive nous impose une intensitĂ© faciale quant Ă  l'irruption improvisĂ©e des allemands chez son cocon familial. En Ă©pouse aimante d'origine russe et en mère aussi attentionnĂ©e, Elsa Zylberstein lui partage la vedette avec pudeur et assurance si bien qu'elle se rĂ©vèle parfois poignante Ă  prĂ©server la vie de ses enfants avec un dĂ©sespoir sous-jacent. Quant Ă  la participation secondaire de Kev Adams dans un court rĂ´le, j'ai Ă©tĂ© extrĂŞmement surpris par sa spontanĂ©itĂ© et sa fringance Ă  se fondre dans le corps d'un rĂ©sistant amical (sa relation avec Joseph et Maurice), et ce avant de laisser exprimer des Ă©motions rigoureuses autrement contradictoires pour sa prochaine fonction victimisĂ©e. 


De par sa rĂ©alisation plutĂ´t consciencieuse (notamment lorsque Christian Duguay ausculte les regards contrariĂ©s par le biais d'un habile montage) et sa jolie reconstitution agrĂ©mentĂ©e de paysages ruraux ensoleillĂ©s, Un sac de billes se rĂ©serve le patho autour de sĂ©quences Ă©motionnelles parfois intenses (Bruel martyrisant un court instant son fils afin de tester sa rĂ©silience face Ă  l'ennemi) ou cruelles (les exĂ©cutions de juifs face aux regards infantiles). Leçon de courage et d'espoir d'après l'histoire vraie d'une initiation Ă  la survie de la guerre, Un sac de billes nous rappelle avec force, retenue (en dĂ©pit d'une violence parfois difficile) et devoir de mĂ©moire la condition extrĂŞmement prĂ©caire du peuple juif Français durant l'occupation nazie (quand bien mĂŞme les collabos ne manquaient pas de trahir les siens en guise de racisme !). Le score au clavier d'Armand Amar rehaussant notamment l'Ă©motion fragile que nous procurent avec humilitĂ© chaque acteur intelligemment dirigĂ©s pour insuffler un humanisme Ă  fleur de peau auprès des valeurs fraternelles et familiales.  

Eric Binford