mardi 6 novembre 2018

Sicario: la guerre des cartels

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Sicario: Day of the Soldado" de Stefano Sollima. 2018. Italie/U.S.A. 2h02. Avec Benicio del Toro, Josh Brolin, Isabela Moner, Jeffrey Donovan, Manuel Garcia-Ruflo, Catherine Keener

Sortie salles France: 27 Juin 2018. U.S: 29 Juin 2018

FILMOGRAPHIE: Stefano Sollima est un cinĂ©aste et rĂ©alisateur italien, nĂ© le 4 mai 1966 Ă  Rome. 2012: A.C.A.B.: All Cops Are Bastards. 2015: Suburra. SĂ©ries TV: Un posto al sole - soap opera (2002), La squadra - sĂ©rie TV, 7 Ă©pisodes (2003 - 2007), Ho sposato un calciatore - mini sĂ©rie (2005), Crimini - sĂ©rie TV, Ă©pisodes Il covo di Teresa, Mork et Mindy et Luce del nord (2006 - 2010)
Romanzo criminale, 22 épisodes (2008 - 2010). Gomorra, 12 épisodes (2014 - 2015).


Si Denis Villeneuve n'est plus de la partie pour donner suite Ă  Sicaire, le rĂ©alisateur italien Stefano Sollima (dĂ©jĂ  très remarquĂ© avec son 1er mĂ©trage A.C.A.B et surtout Suburra !) relève haut la main la gageure de surpasser son congĂ©nère avec une sĂ©quelle de haute volĂ©e. Sicario: la guerre des Cartels retraçant avec un rĂ©alisme mĂ©ticuleux la mission secrète de la CIA et du sicaire Alejandro Gillick d'enlever la fille d'un parrain du cartel afin d'influencer une guerre fratricide entre clans mafieux tirant des bĂ©nĂ©fices sur le dos des migrants Ă  la frontière americano-mexicaine. Car depuis un attentat meurtrier dans un supermarchĂ©, les passeurs grassement payĂ©s par leur supĂ©rieur sont dĂ©signĂ©s coupables par le secrĂ©taire de la dĂ©fense d'y faire entrer des migrants potentiellement terroristes. Ainsi, alors que la CIA parvient Ă  kidnapper leur cible, la mission doit ĂŞtre annulĂ©e depuis la rĂ©vĂ©lation identitaire des terroristes natifs d'AmĂ©rique. Mais au mĂ©pris de ses supĂ©rieurs et de son bras droit Matt Graver, Alejandro rĂ©fute les ordres d'Ă©liminer chaque tĂ©moin. Thriller hypnotique rondement menĂ©e car d'une prĂ©cision chirurgicale auprès de sa mise en scène virtuose, Sicario: la guerre des cartels plaque au siège de par sa structure narrative captivante fertile en bravoures homĂ©riques, retournements de situations et rebondissements parfois insensĂ©s (mais chut, j'en ai dĂ©jĂ  trop dit !). On peut d'ailleurs s'agenouiller face au dynamisme du montage rendant lisible la chorĂ©graphie de l'action entièrement au service narratif, et ce sans jamais complexifier vainement le rĂ©cit plutĂ´t limpide et dĂ©nuĂ© de digressions.


Superbement campĂ© par 2 acteurs en acmĂ©, Benicio del Toro / Josh Brolin se partagent la vedette avec un charisme quasi animal, notamment auprès de leur idĂ©ologie Ă©quivoque Ă  combattre vaillamment le crime au prix d'un sacrifice difficilement tolĂ©rable. Description aride d'une sociĂ©tĂ© de corruption en dĂ©liquescence morale, tant auprès des redresseurs de tort impassibles que des trafiquants ne sachant plus trop distinguer qui travaille pour qui et quel est leur vĂ©ritable identitĂ© derrière l'insigne ou le treillis, Sicario se taille une carrure mature assez avilissante auprès de ces personnages vĂ©reux s'entretuant pour l'enjeu d'une otage sans dĂ©fense. Tendu comme un arc auprès de sa seconde partie Ă  couper le souffle, le suspense narratif cède place Ă  une dramaturgie escarpĂ©e lorsque Alejandro doit tenter de passer la frontière pour sauver l'otage sĂ©vèrement ballottĂ©e d'assister en direct Ă  des tueries de masse. LĂ  encore, Stefano Sollima apporte un soin scrupuleux Ă  dresser le portrait si "rĂ©aliste" d'une jeune fille obtuse et rebelle mais davantage fragile et dĂ©munie au fil de son parcours de survie en proie au chaos. Outre le regard très sobre de Isabela Moner très impressionnante dans sa fonction aussi bien soumise qu'Ă©peurĂ©e, le jeune Elijah Rodriguez s'avère aussi soigneusement structurĂ© en passeur en herbe indĂ©cis gagnĂ© pour autant par le dĂ©sir de vaincre ses peurs et montrer ses preuves Ă  sa vile hiĂ©rarchie quitte Ă  y vendre son âme. La pâleur de son regard candide, sa posture plutĂ´t timorĂ©e doucement ternis par ses actes frauduleux nous glacent d'amertume passĂ© sa probation criminelle.


Passionnant, violent et tendu Ă  l'extrĂŞme lors d'un second acte littĂ©ralement anthologique, Sicario: la guerre des cartels surpasse son modèle en mode thriller noir et radical oĂą bons et mĂ©chants ne font plus qu'un au sein d'une sociĂ©tĂ© aussi parano que schizo. 

* Bruno

lundi 5 novembre 2018

Du sang dans la poussière

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Spikes Gang" de Richard Fleischer. 1974. U.S.A. 1h36. Avec Lee Marvin, Gary Grimes, Ron Howard, Charles Martin Smith, Arthur Hunnicutt, Marc Smit.

Sortie salles U.S: 1er Mai 1974

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 dĂ©cembre 1916 Ă  Brooklyn,  et dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieues sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la lĂ©gende du talisman, 1989: Call from Space.

HĂ©las mĂ©connu et oubliĂ©, Du sang dans la poussière s’impose pourtant comme l’un des plus beaux westerns des annĂ©es 70. Sans fioriture, Richard Fleischer y retrace la dĂ©rive criminelle de trois ados après avoir secouru un braqueur blessĂ©.

Dur, mĂ©lancolique, profondĂ©ment dĂ©sespĂ©rĂ©, le film prend le contrepied du western classique en adoptant un rĂ©alisme presque poisseux. Fleischer y dresse le portrait fragile d’une jeunesse en quĂŞte d’espoir et de libertĂ©, Ă©touffĂ©e par un cadre parental oppressant. Ă€ travers Will Young, marquĂ© par la violence d’un père abusif, se dessine le besoin viscĂ©ral de fuite, d’Ă©mancipation, d’un ailleurs peut-ĂŞtre illusoire.

Mais cette échappée se heurte rapidement à la brutalité du réel.


Sous l’influence d’un criminel aguerri, le trio se fantasme une existence plus vaste, plus libre. Or, au fil des braquages improvisĂ©s et des confrontations, leur errance se transforme en spirale funeste. L’inexpĂ©rience, l’illusion, et cette camaraderie fragile les prĂ©cipitent inexorablement vers leur chute.

PortĂ© par des interprĂ©tations d’un naturel innocent remarquable - Ron Howard et Charles Martin Smith imposent une sincĂ©ritĂ© touchante - le film trouve en Gary Grimes une figure bouleversante. RĂŞveur frondeur, habitĂ© par une lumière fragile, il voit peu Ă  peu son regard se ternir, rongĂ© par la peur, la colère et le dĂ©senchantement.

Face Ă  eux, Lee Marvin incarne une prĂ©sence glaçante. D’abord figure presque paternelle, il rĂ©vèle progressivement un visage minĂ©ral, impassible, rĂ©gi par une logique implacable oĂą toute faiblesse est condamnĂ©e. Ă€ son contact, les illusions se brisent, laissant place Ă  une vĂ©ritĂ© sèche : survivre ne dĂ©pend que de soi.


D’une noirceur implacable, le film touche par sa cruautĂ© autant que par son humanitĂ©. Presque documentaire dans son approche, il capte la dĂ©rive d’une jeunesse abandonnĂ©e Ă  ses chimères. Fleischer filme cette descente avec une rigueur sèche, laissant affleurer une mĂ©lancolie persistante qui frappe l'âme.

Et lorsque le silence retombe, portĂ© par la musique lancinante de Fred Karlin, ne subsiste qu’un goĂ»t amer. Celui d’un rĂŞve avortĂ©, consumĂ© trop tĂ´t.

Une œuvre âpre, sans concession, qui hante la mémoire.
Une référence du genre dont on sort vidé, démuni.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
3èx 

vendredi 2 novembre 2018

L'enfant du Diable / The Changeling

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Peter Medak. 1980. U.S.A. 1h47. Avec George C. Scott, Trish Van Devere, Melvyn Douglas, Jean Marsh, John Colicos, Barry Morse, Madeleine Thorton-Sherwood, Helen Burns, Frances Hyland.

Sortie en salle en France le 29 Octobre 1980. U.S.A: 28 Mars 1980.

FILMOGRAPHIEPeter Medak est un rĂ©alisateur et producteur hongrois nĂ© le 23 DĂ©cembre 1937 Ă  Budapest (Hongrie). 1968: Negative, 1972: A day in the death of Joe Egg, 1973: Ghost in the noonday sun, 1978: The Odd job, 1980: l'Enfant du diable, 1981: la Grande Zorro, 1986: The Men's club, 1990: la Voix humaine, 1993: Romeo is bleeding, 1994: Pontiac moon, 1998: la Mutante 2.


Quelques mois après le grand succès public d’Amityville, la maison du diable, les producteurs Garth H. Drabinsky et Joel B. Michaels lancent, pour 7,6 millions de dollars, un nouveau projet de film de maison hantĂ©e. C’est Ă  Peter Medak qu’Ă©choit la tâche — cinĂ©aste canadien ayant dĂ©jĂ  fait ses preuves Ă  la tĂ©lĂ©vision (Amicalement vĂ´tre, Cosmos 1999) et dans quelques longs-mĂ©trages parmi lesquels Negative ou A Day in the Death of Joe Egg. TirĂ© d’un scĂ©nario de Russell Hunter, inspirĂ© de faits supposĂ©ment rĂ©els, L’Enfant du Diable (titre français d’apparence racoleuse mais moins fallacieux qu’il n’y paraĂ®t) puise sa substance et son intensitĂ© dans un alibi narratif solidement ancrĂ©, au service d’une angoisse diffuse. Et ce, loin de l’artillerie surchargĂ©e des producteurs margoulins.

Le Pitch: John Russell vient de perdre sa femme et sa fille dans un accident de voiture. Lourdement Ă©prouvĂ©, après quatre mois de deuil, il quitte son foyer pour s’installer dans l’État de Washington, oĂą un poste d’enseignant et de compositeur l’attend. Il se rĂ©fugie dans une vaste demeure louĂ©e, mais bientĂ´t, des phĂ©nomènes inexpliquĂ©s s’y manifestent. 

Après un prĂ©lude sobre et poignant — cette tragĂ©die percutant de plein fouet une mère et sa fille, sous les yeux impuissants du père —, Peter Medak nous immerge dans l’environnement gothique d’une maison aux pièces muettes, hantĂ©es d’une prĂ©sence occulte. Une ambiance inquiĂ©tante, dĂ©lectable, Ă©maillĂ©e de moments de tension rĂ©alistes et ensorcelants, rĂ©veillant en nous la peur du noir, de l’inconnu, du frĂ©missement derrière une porte close. Medak, d’une camĂ©ra parfois subjective, insuffle un sentiment d’insĂ©curitĂ© vĂ©nĂ©neuse, aussi discret que lancinant.


Outre le plaisir ambivalent de frissonner dans l’inconfort, le rĂ©cit, solidement charpentĂ©, privilĂ©gie les Ă©nigmes et s’ancre dans la perspective d’un homme rationnel cherchant Ă  dĂ©mystifier l’improbable. Une narration sans effets tapageurs, dĂ©voilant peu Ă  peu une ignoble stratĂ©gie infanticide. La psychologie des personnages s’Ă©toffe, s’humanise, devenant celle d’enquĂŞteurs animĂ©s par un sens profond de justice. Le pouvoir de suggestion du metteur en scène convainc : cette prĂ©sence surnaturelle, relĂ©guĂ©e dans un grenier ornĂ© de vieux souvenirs, n’a rien de grotesque. Elle devient tragĂ©die. Les comĂ©diens, d’une sobriĂ©tĂ© humaine bouleversante, extĂ©riorisent une compassion lucide face Ă  l’horreur qui se dessine. Dans ce climat anxiogène, tangible mais vaporeux, le film glisse doucement vers une investigation criminelle au crescendo dramatique, aussi poignant que rĂ©voltant. Sans pathos, Medak tisse les fils d’un crime dissimulĂ©, perpĂ©trĂ© sous la protection d’une sommitĂ© handiphobe.

Dans la peau du veuf accablĂ©, mais digne, George C. Scott incarne une dĂ©termination calme, une douleur enfouie sous la pudeur, une empathie austère. Sa quĂŞte de vĂ©ritĂ© devient double : rĂ©habiliter une victime oubliĂ©e, et peut-ĂŞtre, retrouver un peu de lui-mĂŞme, brisĂ© dans la perte. Scott, irradiant l’Ă©cran, exprime une palette de sentiments — dĂ©sarroi, obstination, vertige mĂ©taphysique — avec une Ă©conomie de gestes bouleversante.


Par son florilège de sĂ©quences marquantes — Spoil ! la sĂ©ance de spiritisme, la dĂ©couverte du grenier et du puits, la noyade dans la baignoire, les coups de marteau tambourinant les cloisons, la balle ricochant dans l’escalier, l’apparition de la chaise, le final incendiaire Fin du Spoil. — L’Enfant du Diable s’impose comme un sommet du fantastique Ă©purĂ©. Ă€ l’image de La Maison du Diable, Les Innocents, Ne vous retournez pas, Trauma ou Le Cercle Infernal, il insuffle au surnaturel une noblesse dramatique, une intensitĂ© morale, un humanisme discret mais tenace.

Dans cette maison rongĂ©e par les murmures du passĂ©, le poids du deuil, la rage contenue d’un homme et la plainte d’un esprit oubliĂ©, L’Enfant du Diable accède au panthĂ©on du chef-d’Ĺ“uvre maudit : aussi lancinant que tragique, aussi sobre que dĂ©vastateur.

Récompenses: Prix du Meilleur acteur (George Scott) au Fantafestival 1982.
Prix génie du meilleur film, Genie Awards de la Meilleure photographie, Meilleur son, Meilleure direction artistique, Meilleur acteur étranger (George Scott), Meilleure actrice étrangère (Trish Van Devere), Meilleur scénario et Meilleur son en 1980

* Bruno
02.11.18. 5èx
07.04.11. 4 (611 v)

jeudi 1 novembre 2018

Vendredi 13, chapitre VI : Jason le mort-vivant

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Friday the 13th Part VI: Jason Lives" de Tom Mcloughlin. 1986. U.S.A. 1h29. Avec Thom Matthews, Jennifer Cooke, David Kagen, Kerry Noonan, Renée Jones, Tom Fridley.

Sortie salles France: 14 Janvier 1987. U.S: 1er Août 1986.

FILMOGRAPHIE: Tom Mcloughlin est un scénariste et réalisateur américain né en 1950. 1983: One Dark Night, 1986: Jason le mort-vivant, 1987: Date with an angel, 1991: Sometimes they come back, 1992: Something to live for: the alison gertz story, 1999: Anya's Bell, 2001: The Unsaid, 2002: Murder in Greenwich, 2003: D.C. Sniper: 23 Days of fear, 2004: She's too young, 2005: Odd Girl Out, Cyber Seduction: His secret life, 2006: Not like everyone else, 2007: The Staircase Murders, 2008: Fab Five: The Texas Cheerleader Scandal.


Aussi surprenant que cela puisse paraĂ®tre, car qui aurait pu imaginer un tel revirement dans l'ornière de la cĂ©lèbre saga; Vendredi 13, Chapitre 6 s'avère de loin le meilleur du lot. Tout du moins, et Ă  mon sens, le plus fun, le plus ludique, le plus dĂ©complexĂ©, le plus cartoonesque, et ce grâce au panache de sa mise en scène jamais Ă  court de carburant, Ă  ses personnages en roue libre et Ă  son esthĂ©tisme bucolique joliment photographiĂ©. RĂ©alisĂ© par Tom Mcloughlin Ă  qui l'on doit le sympathique Une nuit trop noire (bien connu des rats des vidĂ©os), ce dernier parvient miraculeusement Ă  transcender les situations Ă©culĂ©es grâce Ă  une dĂ©rision endĂ©mique que les protagonistes empotĂ©s et Jason l'incorrigible amorcent avec second degrĂ© assumĂ©. Ainsi donc, truffĂ© de personnages inconsĂ©quents que Jason Voorhees poursuit avec une tranquillitĂ© limite parodique, Vendredi 13, Chapitre 6 transpire la bonne humeur en toute dĂ©contraction. Notamment grâce au duo burnĂ© formĂ© par Thom Matthews (Tommy aujourd'hui adulte, l'ado autrefois rescapĂ© du Chapitre Final !) et Jennifer Cooke (la fille entĂŞtĂ©e du shĂ©rif s'adonnant Ă  une marginalitĂ© hĂ©roĂŻque impromptue). Et donc si son schĂ©ma narratif ne sort pas des sentiers battus, Tom Mcloughlin parvient efficacement Ă  renouveler les sĂ©quences de poursuites et exactions meurtrières dans de multiples sentiers forestiers si bien que l'on s'Ă©tonne de son rythme littĂ©ralement affolant (notamment auprès de son final haletant avec son action ramifiĂ©e du point de vue des flics et du couple juvĂ©nile !).


Ainsi, le spectateur jouasse s'enjaille à comptabiliser les victimes, sacrifiées, comme de coutume, de manière aussi cruelle que spectaculaire. D'ailleurs, on s'étonne même parfois d'y ressentir un soupçon d'empathie auprès de certaines timidement attachantes de par leur innocence. Et pour pimenter l'intrigue inévitablement rebattue (de jeunes vacanciers du camp "Forrest Green", quelques quidams locaux et 3,4 militaires férus de paintball vont faire les frais du tueur parmi le témoignage médusé d'une colonie d'enfants auquel Jason n'osera jamais lever la main !), Tommy s'efforcera durant sa garde à vue prolongée de convaincre le shérif local que Jason est bel et bien revenu d'entre les morts pour y semer un nouveau carnage. A cet égard, on peut également souligner son jouissif préambule aussi inventif que pittoresque lorsque Tommy et un acolyte se résignent à exhumer le cadavre de Jason dans une nécropole (délicieusement photogénique !) afin d'exorciser son traumatisme d'ado. Inventive, trépidante et semée d'humour noir, cette mise en bouche prometteuse annonce déjà le parti-pris sarcastique du cinéaste tout en starisant Jason dans sa nouvelle stature criminelle davantage indestructible (on croirait presque avoir à faire à un super-anti-héros !).


B movie du samedi soir purement ludique Ă  travers sa moisson de pĂ©ripĂ©ties horrifiques rondement menĂ©es, Vendredi 13, Chapitre 6 dĂ©tonne en diable sous l'impulsion d'une dĂ©rision Ă  la fois espiègle et sardonique. Quand bien mĂŞme on s'Ă©tonne de la prestance convaincante de son casting guilleret se prĂŞtant au jeu du "ouh fais moi peur" et du "attrapes moi si tu peux" avec une fougue communĂ©ment expansive. Si bien que le tournage assurĂ©ment festif leur aura sans doute lĂ©guĂ© un prĂ©cieux souvenir potache ! 

* Bruno
3èx

mercredi 31 octobre 2018

Une prière avant l'aube

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr.muaythaitv.com

"A Prayer Before Dawn" de Jean-StĂ©phane Sauvaire. 2018. France/Angleterre. 1h56. Avec Joe Cole, Vithaya Pansringarm, Nicolas Shake, Panya Yimmumphai, Pornchanok Mabklang, Billy Moore.

Sortie salles France: 20 Juin 2018 (Int - 16 ans). Angleterre: 20 Juin 2018.

FILMOGRAPHIE: Jean-StĂ©phane Sauvaire est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste français, nĂ© le 31 dĂ©cembre 1968. 2003, Carlitos Medellin. 2008, Johnny Mad Dog. 2012: Punk (tĂ©lĂ©-film). 2017 : Une prière avant l'aube.


"L'important est de ne jamais désespérer"
Film choc retraçant avec un vĂ©risme ultra documentĂ© le parcours d'endurance de Billy Moore, jeune dĂ©tenu britannique incarcĂ©rĂ© en prison pour possession de drogue, Une prière avant l'aube est une expĂ©rience sensitive dans l'enfer carcĂ©ral ThaĂŻlandais peu (ou jamais ?) abordĂ© Ă  l'Ă©cran. Tout du moins c'est que nous illustre sa première partie littĂ©ralement nausĂ©euse lorsque Billy tĂ©moigne des conditions sordides de son incarcĂ©ration avec d'autres dĂ©tenus similaires Ă  des animaux sauvages impudents. Viols, suicide, meurtres, châtiments corporels s'avĂ©rant leur lot quotidien si bien que chacun d'entre eux tente de survivre avec comme seul palliatif moral la drogue dure et l'alcool. Pour autant, dans ce milieu insalubre dĂ©nuĂ© d'humanitĂ© oĂą tout se marchande, Billy va parvenir Ă  se raccrocher au fil de sa passion pour la boxe après avoir essuyĂ© une tentative de suicide. On peut d'ailleurs prĂ©venir les âmes sensibles que sa première demi-heure parfois insoutenable (le mot n'est point outrĂ©) nous plonge dans un Ă©tat de malaise viscĂ©ral difficilement gĂ©rable. Prioritairement une exaction de viol communautaire de par son rĂ©alisme ultra malsain auprès des corps en rut et d'un tĂ©moignage impuissant. Jean-StĂ©phane Sauvaire filmant son contexte carcĂ©ral avec une vĂ©ritĂ© sensorielle eu Ă©gard de sa camĂ©ra expĂ©rimentale auscultant les corps en mutation avec une virtuositĂ© autonome.


Quand bien mĂŞme tous les interprètes thaĂŻlandais mĂ©connus chez nous s'expriment dans leur langage volontairement inaudible (une partie des dialogues n'est pas sous-titrĂ©) afin de mieux s'identifier dans le mental de Billy en proie Ă  la perte de repères, l'incomprĂ©hension et l'incommunicabilitĂ©. Car si Une prière avant l'aube s'avère aussi dur, cruel, asphyxiant et brut de dĂ©coffrage, il le doit au talent personnel de son auteur rĂ©futant toute forme de racolage car plutĂ´t dĂ©libĂ©rĂ© Ă  nous conter avec souci de vĂ©ritĂ© un vĂ©cu inusitĂ©. Tant et si bien qu'Une prière avant l'aube demeure avant tout un film de boxe transplantĂ© dans la cadre d'un drame carcĂ©ral soigneusement reconstituĂ©. Evitant les clichĂ©s usuels et l'esbroufe lors de multiples matchs de combats d'un rĂ©alisme et d'une intensitĂ© Ă  perdre haleine, Jean-StĂ©phane Sauvaire nous hypnotise les sens lors de l'initiation hĂ©roĂŻque de Billy partagĂ© entre une rĂ©volte fielleuse (notamment faute de sa prise de stupĂ©fiants par intermittence !) et un dĂ©sir de surpasser ses pires dĂ©mons. Le rĂ©alisateur filmant avec beaucoup de sensualitĂ© les dĂ©placements et mouvements corporels des boxeurs vouant un culte pour le Tatoo afin d'imprimer leur nouvelle identitĂ© dans leur condition exclue. A travers son parti-pris d'authentifier et d'y dĂ©noncer l'enfer d'un tĂ©moignage carcĂ©ral puis de bifurquer ensuite vers l'hymne Ă  la boxe thaĂŻ sous l'impulsion d'une fureur de vaincre, il faut impĂ©rativement saluer la prĂ©cision de sa bande-son hyper travaillĂ©e lĂ  encore conçue pour nous immerger dans l'introspection morale de Billy passant par divers stades de souffrances/transformations corporelles. Quitte Ă  en perdre son essence vitale Ă  travers ses perles de sueur !


La Nouvelle Chair.
D'une intensitĂ© dramatique constamment rigoureuse sans cĂ©der Ă  la facilitĂ© de sentiments dĂ©monstratifs, Jean-StĂ©phane Sauvaire opte pour la pudeur et la sobriĂ©tĂ©, notamment auprès du jeu naturel de Joe Cole (Peaky Blinders, Green Room) Ă©poustouflant en guerrier primitif naviguant entre rĂ©silience et dĂ©sespoir, folie et quĂŞte de rĂ©demption. Drame carcĂ©ral Ă©prouvant doublĂ© d'un drame sportif par le truchement d'une histoire vraie, Une prière avant l'aube n'Ă©pargne aucune souffrance au spectateur immergĂ© dans la tourmente d'un dĂ©tenu stoĂŻque Ă  deux doigts d'y perdre son âme. 

* Bruno

mardi 30 octobre 2018

Oeil pour oeil

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Lone Wolf McQuade" de Steve Carver. 1983. U.S.A. 1h47. Avec Chuck Norris, David Carradine, Barbara Carrera, Leon Isaac Kennedy, Robert Beltran, L. Q. Jones

Sortie salles France: 20 Juillet 1983

FILMOGRAPHIE: Steve Carver est un réalisateur américain né le 5 avril 1945 à Brooklyn, New York. 1971 : The Tell-Tale Heart. 1974 : La Révolte des gladiatrices. 1974 : Super nanas. 1975 : Capone. 1976 : L'Enfer des mandigos. 1979 : Fast Charlie... the Moonbeam Rider. 1979 : Des nerfs d'acier. 1980 : Angel City (TV). 1981 : Dent pour dent. 1983 : Œil pour œil. 1986 : Oceans of Fire (TV). 1987 : Jocks. 1988 : À l'épreuve des balles. 1989 : La Rivière de la mort. 1996 : The Wolves.


Un must have de l'action décérébrée typiquement originaire de sa sacro-sainte décennie 80.
Gros souvenir de cinĂ©phage si bien que j'ai eu l'opportunitĂ© de le dĂ©couvrir en salles Ă  sa sortie, Oeil pour Oeil est ce que l'on prĂ©nomme un gros plaisir coupable du cinĂ©ma d'action bourrin. Ou plus favorablement un pur trip de western moderne afin d'Ă©viter de le vulgariser via sa locution maĂŻnstream. SĂ©rie B purement ludique endossĂ©e par l'une des stars des Eighties Chuck Norris (c'est d'ailleurs probablement son meilleur film !), accompagnĂ© ici du non moins notoire David Carradine  (rĂ©vĂ©lĂ© par la mythique sĂ©rie Kung-Fu!), Oeil pour Oeil fleure bon la nostalgie rĂ©volue Ă  travers son Ă©motion souvent Ă©lĂ©giaque qu'un score très Morriconien (d'ailleurs composĂ© par l'italien Francesco De Masi !) amplifie tout le long d'une intrigue cousue de fil blanc. Car en dĂ©pit de ces innombrables clichĂ©s et situations hĂ©roĂŻques tantĂ´t (involontairement) hilarantes (notamment en sus de rĂ©parties altières), Steve Carver s'efforce de rendre Oeil pour Oeil le plus attractif possible sous l'impulsion d'une distribution spontanĂ©e, aussi surjouĂ©e soit leur prestance pugnace ou belliqueuse.


En gros, un ranger du Texas rĂ©putĂ© pour ses mĂ©thodes expĂ©ditives doit se confronter Ă  d'odieux trafiquants d'armes que dirige le mafieux Rawley Wilkes, alors qu'au mĂŞme moment la fiancĂ©e de ce dernier se sĂ©duit du preux ranger. Et donc Ă  travers un schĂ©ma narratif Ă©culĂ© que l'on connait sur le bout des ongles, Steve Carver parvient miraculeusement Ă  nous impliquer (Ă©motionnellement parlant) dans l'action dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e suivie ensuite d'une dramaturgie racoleuse (avec nombre de "gentils" lâchement sacrifiĂ©s !) eu Ă©gard de sa gĂ©nĂ©rositĂ© Ă  enfiler les sĂ©quences homĂ©riques avec une Ă©motion florissante ! Ainsi, on a beau anticiper les rĂ©currents règlements de compte sanglants suivis des stratĂ©gies offensives de nos hĂ©ros solidaires (notamment parmi l'appui d'une jeune recrue latino et d'un black de la police fĂ©dĂ©rale), puis sourire des bons sentiments que se concertent mutuellement le couple Chuck Norris / Barbara Carrera (superbe mannequin originaire du Nicaragua !), on batifole sans se lasser des viccisitudes du ranger redresseur de tort (hĂ©ritier bisseux de Harry le salopard !).  Chuck Norris endossant au premier degrĂ© son personnage de loup solitaire avec la mine impassible qu'on lui connait, quand bien mĂŞme David Carradine (d'une force tranquille fĂ©line !) se mesure Ă  lui lors d'une chorĂ©graphie martiale en guise de point d'orgue. Un affrontement aussi jouissif que plaisamment pittoresque Ă  travers leurs Ă©changes sagaces de corps Ă  corps vĂ©loces et regards inflexibles !


Et donc tout cela a beau paraître aujourd'hui désuet, naïf et académique, Oeil pour Oeil dégage un charme insensé auprès des aficionados d'action belliqueuse de par la généreuse sincérité du travail appliqué de Steve Carver (dont j'ignore le contenu de sa filmo à priori bisseuse), aussi futile soit son concept narratif prisonnier d'une formule rebattue. Et ce même si l'abondante action teintée d'arts martiaux est ici transplantée dans le cadre du western moderne (notamment à travers sa superbe scénographie de plaines désertiques solaires). A savourer au second degré, anti-dépresseur galvanisant !

* Bruno
3èx

Box-office France : 741.000 entrées

lundi 29 octobre 2018

Un couteau dans le Coeur

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Yann Gonzalez. 2018. France. 1h42. Avec Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran, Jonathan Genet, Khaled Alouach, Bastien Waultier, Thibault Servière, Pierre Emö.

Sortie salles France: 27 Juin 2018

FILMOGRAPHIEYann Gonzalez est un artiste et réalisateur français né en 1977 à Nice. 2013 : Les Rencontres d'après minuit. 2018 : Un couteau dans le cœur.


Un thriller gay auteurisant TRES, TRES, TRES particulier si bien que le grand public n'ayant aucune culture du cinĂ© Bis des "Seventies/Eighties" (l'action se dĂ©roule en 1979) risque fort d'ĂŞtre dĂ©routĂ© ou blasĂ©. Narrativement simpliste et sans surprises (un tueur masquĂ© s'en prend aux acteurs porno d'une  productrice sentimentalement Ă©plorĂ©e), musicalement planant, cette oeuvre underground vaut surtout pour sa facture onirico-baroque stylisĂ©e (l'ombre d'Argento y plane par moments) et son climat mĂ©lancolique nostalgique d'un cinĂ©ma rĂ©volu (celui de l'industrie du Porno artisanal et de ses cinĂ©mas de quartier). D'ailleurs, j'ai souvent Ă©tĂ© gĂŞnĂ© par le trop plein de sĂ©quences lubriques homo Ă  la fois crues, provocatrices et volontairement triviales. Au niveau du casting (Ă  la diction hĂ©las théâtrale), et mĂŞme si Vanessa Paradis parvient parfois Ă  distiller une Ă©motion empathique dans sa condition torturĂ©e, on l'a connu plus brillante au prĂ©alable. A moindre Ă©chelle, les amateurs s'amuseront de retrouver avec plaisir quelques seconds couteaux au charismatique striĂ©.
A réserver prioritairement à la communauté gay.

* Bruno

vendredi 26 octobre 2018

Les Femmes de Stepford / The Stepford Wives / Le Mystère Stepford

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bloody-disgusting.com

de Bryan Forbes. 1974. U.S.A. 1h54. Avec Katharine Ross , Paula Prentiss, Peter Masterson, Nanette Newman, Tina Louise, Carol Eve Rossen, William Prince, Carole Mallory, Toni Reid, Judith Baldwin.

Date de sortie: 12 fĂ©vrier 1975 (USA)

FILMOGRAPHIE: Bryan Forbes est un rĂ©alisateur de cinĂ©ma britannique, Ă©galement acteur, producteur et scĂ©nariste, nĂ© John Theobald Clark Ă  Londres le 22 juillet 1926. 1961 : Whistle Down the Wind , 1962 : La Chambre indiscrète,1964 : Le Rideau de brume,1964 : L'Ange pervers,1965 : Un caĂŻd, 1966 : Un mort en pleine forme,1967 : Les Chuchoteurs,1968 : Le chat croque les diamants,  1969 : La Folle de Chaillot, 1971 : The Raging Moon, 1975 : Les Femmes de Stepford, 1976 : The Slipper and the Rose, 1978 : Sarah,1980 : Les SĂ©ducteurs   1982 : MĂ©nage Ă  trois, 1984 : The Naked Face, 1990 : The Endless Game (tv)


« Desperate Housewives ».
AdaptĂ© d’un roman d’Ira Levin (Rosemary’s Baby), Les Femmes de Stepford se dĂ©cline en diabolique satire caustique du sexisme. Une vision saugrenue et glaçante de la phallocratie, traduite dans une anticipation horrifique d’une franche singularitĂ©. D’ailleurs, son potentiel misogyne engendra une plĂ©thore de sĂ©quelles - The Revenge of the Stepford Wives (tĂ©lĂ©film de 1980), The Stepford Children, The Stepford Husbands - jusqu’au remake aseptisĂ© signĂ© Frank Oz en 2004.

Un couple emmĂ©nage dans la bourgade bucolique de Stepford, Connecticut, village oĂą règnent calme, silence et propretĂ©. Joanna se lie d’amitiĂ© avec les voisines du quartier, notamment Bobby, jeune femme affranchie et extravertie, qui n’hĂ©site pas Ă  moquer l’attitude figĂ©e de leurs congĂ©nères. Peu Ă  peu, le duo s’inquiète du comportement lisse, stĂ©rĂ©otypĂ©, sans aspĂ©ritĂ© ni volontĂ©, de ces femmes devenues coquilles vides.

PrĂ©curseur du gĂ©nial Get Out (dĂ©rivĂ© en satire antiraciste), Bryan Forbes surprend autant qu’il Ă©branle avec cette vision vitriolĂ©e de la guerre des sexes. Après une première partie trouble et vĂ©nĂ©neuse, oĂą rien ne laisse prĂ©sager la montĂ©e progressive du cauchemar domestique, Les Femmes de Stepford insuffle une atmosphère anxiogène, diffuse, qui rampe sous la surface d’un quotidien trop bien huilĂ©. Ces portraits de mĂ©nagères dociles, femmes-modèles d’un idĂ©alisme dĂ©shumanisĂ©, dĂ©rangent par leur feutre inquiĂ©tant et leur absence d’âme.

Sans cĂ©der au grand-guignol facile, Bryan Forbes use d’un pitch machiavĂ©lique et d’une irrationalitĂ© jamais rĂ©solue pour mieux troubler le spectateur, prisonnier du mĂŞme dĂ©sarroi que son hĂ©roĂŻne. MaĂ®trisĂ© de bout en bout, le film s’appuie sur un suspense d’une prĂ©cision chirurgicale qu’Hitchcock n’aurait pas reniĂ©e. Ă€ travers la puissance vĂ©nĂ©neuse de la suggestion, Forbes dĂ©nonce avec subtilitĂ© la rĂ©duction de la femme Ă  un rĂ´le d’objet conjugal, au cĹ“ur d’une Ă©poque charnière oĂą souffle encore timidement l’Ă©mancipation fĂ©minine.

La charge satirique, fĂ©roce, vise de plein fouet le mâle bourgeois, aveuglĂ© par son appĂ©tit sexuel et son besoin de domination. Les Femmes de Stepford, cauchemar cĂ©rĂ©bral, adopte le point de vue d’une hĂ©roĂŻne frondeuse, progressivement laminĂ©e par l’incomprĂ©hension et le doute, jusqu’Ă  une quĂŞte de vĂ©ritĂ© ultime, dans un point d’orgue oppressant, jusqu’au-boutiste et profondĂ©ment amer. L’horreur y devient lâche, insidieuse, presque silencieuse. Et pourtant, le scĂ©nario initial de William Goldman allait encore plus loin dans l’effroi…

Avec ses figures fĂ©minines figĂ©es dans une fausse perfection, profondĂ©ment dĂ©rangeantes, le film atteint parfois une intensitĂ© quasi hypnotique. La justesse du casting (tant du cĂ´tĂ© des hommes virils que des Ă©pouses soumises) contribue Ă  cette rĂ©ussite, mais rien ne serait aussi viscĂ©ral sans Katharine Ross. Son charisme mature, sa sensualitĂ© discrète et la profondeur de son regard noir, vacillant entre douceur et inquiĂ©tude, donnent chair Ă  une photographe ambitieuse, lentement rattrapĂ©e par une psychose dĂ©lĂ©tère, jusqu’Ă  bouleverser sa trajectoire toute tracĂ©e.


« Sois belle et tais-toi. »
Chef-d’Ĺ“uvre d’Ă©trangetĂ© horrifique, au climat insidieux, claustrophobe et glacĂ©, Les Femmes de Stepford empoisonne lentement le spectateur dans un cauchemar domestique oĂą le suspense gagne du terrain jusqu’Ă  l’asphyxie. Sa conclusion sardonique, presque traumatisante, laisse une amertume tenace chez les plus sensibles d’entre nous. Pastiche corrosif de l’Ă©mancipation fĂ©minine en pleine rĂ©volution des Seventies, Les Femmes de Stepford reste tristement d’actualitĂ©, dans une sociĂ©tĂ© ultraconservatrice oĂą les dissensions homme/femme n’ont jamais Ă©tĂ© aussi rĂ©pressives et intolĂ©rantes.
Ă€ redĂ©couvrir d’urgence.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

26.10.18. 3èx
11.01.11. (231 vues)

jeudi 25 octobre 2018

La Nuit de la Métamorphose. Licorne d'Or au Rex de Paris.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Izbavitelj / The Rat Savior" de Krsto Papic. 1976. Yougoslavie. 1h16. Avec Ivica Vidovic, Mirjana Majurec, Relja Basic, Fabijan Sovagovic, Ilija Ivezic.

FILMOGRAPHIEKrsto Papic est un metteur en scène yougoslave nĂ© le 7 dĂ©cembre 1933 attitrĂ© d'un palmarès de 22 longs-mĂ©trages rĂ©alisĂ©s entre 1967 et 2003 ! En France, La nuit de la mĂ©tamorphose eut l'opportunitĂ© de sortir en salles seulement 5 ans plus tard, prĂ©cisĂ©ment le 21 Janvier 1981.

Pitch : En 1930, un jeune romancier, auteur d’un rĂ©cit fantastique que personne ne souhaite publier, est expulsĂ© de son domicile faute de pouvoir payer son loyer. LivrĂ© Ă  lui-mĂŞme, sans le sou, il parvient nĂ©anmoins Ă  se rĂ©fugier dans les souterrains d’une banque dĂ©saffectĂ©e grâce Ă  l’aide d’une ancienne connaissance. C’est alors qu’il devient le tĂ©moin d’une Ă©trange confrĂ©rie s’abandonnant, sans vergogne, Ă  des orgies culinaires et lubriques...

OvationnĂ© par la Licorne d’Or et le Prix du Meilleur ScĂ©nario au Festival du Film Fantastique de Paris au Rex, rĂ©compensĂ© du Grand Prix Ă  Trieste, La Nuit de la MĂ©tamorphose est un OVNI rare et prĂ©cieux, parvenant sans esbroufe ni fioriture Ă  rendre crĂ©dible un argument fantastique inusitĂ© : celui d’une ligue de rats parvenant Ă  adopter une apparence humaine, dans un contexte de crise sociale, pour mieux nous asservir après nous avoir poussĂ©s au chĂ´mage et Ă  la famine. Derrière l’alibi de cette menace animale d’un genre nouveau, se profile une allĂ©gorie fĂ©roce sur la cupiditĂ© bureaucratique et les rĂ©gimes fascisants, Ă  l’aube du nazisme d’Hitler (l’action se situe en 1930).

Au-delĂ  d’un suspense latent, franchement accrocheur, la densitĂ© de l’intrigue tient Ă  sa capacitĂ© Ă  nous faire croire Ă  cette suprĂ©matie animale grâce Ă  des trucages sobres, mais d’une efficacitĂ© redoutable. Le tout Ă©clairĂ© par une somptueuse photo sĂ©pia et inscrit dans une reconstitution historique hyper rĂ©aliste, aussi modeste soit-elle, au sein d’une scĂ©nographie urbaine insalubre, clairsemĂ©e, comme rongĂ©e par le vide.

Tout au long du rĂ©cit, on suit l’enquĂŞte obsessionnelle de cet Ă©crivain frondeur, tĂ©moin d’une dĂ©couverte macabre lors d’un banquet tenu secret. Il s’allie bientĂ´t Ă  un chimiste Ă©minent, parvenu Ă  Ă©laborer un sĂ©rum capable d’Ă©radiquer ces rats mutants, visant en particulier leur "sauveur", figure messianique vouĂ©e Ă  exterminer notre espèce. Une lutte sans merci s’engage alors entre notre duo d’Ă©rudits et ces rats humains, d’autant plus insidieux qu’ils savent se fondre Ă  la perfection dans la foule.

L’intrigue, constamment sombre et inquiĂ©tante, distille une ambiance mortifère, marquĂ©e par un sentiment d’insĂ©curitĂ© sous-jacent - notamment dans la prĂ©caritĂ© du romancier et l’Ă©treinte fragile qu’il partage avec la fille du professeur. Outre son virage haletant et de plus en plus horrifique dans la dernière demi-heure (avec cette condition mutante des dĂ©tenus humains, "traitĂ©s" dans une geĂ´le infestĂ©e de rats carnassiers !), La Nuit de la MĂ©tamorphose n’hĂ©site pas Ă  s’enfoncer dans la cruautĂ© et l’amertume. Sa conclusion, en demi-teinte, s’offre comme un vertige moral : l’Ă©crivain, rongĂ© par le doute, la psychose et le remords, nous laisse face Ă  une ultime image suspendue, incertaine, que chacun pourra interprĂ©ter selon son propre prisme - optimiste ou terriblement pessimiste.

Quant aux maquillages, aussi concis que rĂ©ussis, ils impressionnent par l’apparence fĂ©tide de ces rats humains : dĂ©froque tĂ©nĂ©breuse, petits yeux viciĂ©s, traits lĂ©gèrement velus, commissures baveuses encadrĂ©es par deux incisives de belette. Un bestiaire malsain, troublant, presque pitoyable.


"La nuit oĂą l’homme se dĂ©compose".
Par son pouvoir de fascination hypnotique et la puissance atmosphĂ©rique de son imagerie crĂ©pusculaire, La Nuit de la MĂ©tamorphose offre ses lettres de noblesse au cinĂ©ma fantastique yougoslave, avec un rĂ©alisme Ă©tonnamment percutant. Fable Ă  la fois inquiĂ©tante et passionnante sur la voracitĂ© de notables affamĂ©s de pouvoir, ce chef-d’Ĺ“uvre maudit bĂ©nĂ©ficie en outre d’une distribution Ă©tonnante, mĂ©connue du public français, mais dont l’opacitĂ© mĂŞme renforce la suspicion, sans jamais entamer leur charisme saillant.

Du grand art.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

25.10.18 4èx
05.08.10 (208 vues)

. Licorne d'or et du Prix du Meilleur ScĂ©nario au festival du film fantastique de Paris au grand Rex.
Grand Prix du festival du film fantastique de Trieste

mercredi 24 octobre 2018

BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan. Grand Prix, Cannes 2018

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Spike Lee. 2018. U.S.A. 2h15. Avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Corey Hawkins, Jasper Pääkkönen, Paul Walter Hauser, Ryan Eggold

Sortie salles France: 22 Août 2018. U.S: 10 Août 2018

FILMOGRAPHIESpike Lee de son vrai nom Shelton Jackson Lee, né le 20 mars 1957 à Atlanta (Géorgie, États-Unis), est un scénariste, réalisateur et producteur américain.1983 : Joe's Bed-Stuy Barbershop: We Cut Heads. 1986 : Nola Darling n'en fait qu'à sa tête. 1988 : School Daze. 1989 : Do the Right Thing. 1990 : Mo' Better Blues. 1991 : Jungle Fever. 1992 : Malcolm X. 1994 : Crooklyn. 1995 : Clockers. 1996 : Girl 6. 1996 : Get on the Bus. 1998 : He Got Game. 1999 : Summer of Sam. 2000 : The Very Black Show. 2002 : La 25e Heure. 2004 : She Hate Me. 2006 : Inside Man. 2008 : Miracle à Santa Anna. 2012 : Red Hook Summer. 2013 : Old Boy. 2014 : Da Sweet Blood of Jesus. 2015 : Chi-Raq. 2018 : BlacK.


Hormis une première partie un peu trop laborieuse selon mon jugement de valeur, Blackkklansman se dĂ©cline comme une percutante diatribe anti-raciste Ă  travers le spectre du Ku Klux Klan tristement actuel. Tant et si bien que Spike Lee, plus que jamais inspirĂ© (rĂ©al chiadĂ©e Ă©maillĂ©e de splendides cadrages alambiquĂ©s, photo rutilante, humour corrosif, casting aux p'tits oignons, reconstitution fidèle des Seventies, BO gracile), conclue leur fanatisme suprĂ©maciste Ă  l'aide de terrifiantes images d'archive d'une violence insupportable. Et ce en pointant ouvertement du doigt la politique arbitraire de Trump excusant de manière rĂ©solument triviale la haine (monomane) de ces nĂ©o-nazis.

Récompenses: Festival de Cannes 2018 : Grand prix
Festival international du film de Locarno 2018 : prix du public

Box Office Français: 1 240 181 entrées

mardi 23 octobre 2018

DEUX HEURES MOINS LE QUART AVANT JESUS CHRIST

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

de Jean Yanne. 1982. France. 1h37. Avec Coluche, Michel Serrault, Jean Yanne, Michel Auclair, Françoise Fabian, Mimi Coutelier, Darry Cowl, Paul Préboist, Daniel Emilfork, André Pousse, Michel Constantin, Philippe Clay, José Artur, Yves Mourousi, Léon Zitrone, Valérie Mairesse.

Sortie salles France : 6 octobre 1982

FILMOGRAPHIE: Jean Yanne (Jean GouyĂ©) est un acteur, humoriste, Ă©crivain, rĂ©alisateur, chanteur, producteur et compositeur français, nĂ© le 18 juillet 1933 aux Lilas et mort le 23 mai 2003 Ă  Morsains. 1972 : Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. 1973 : Moi y'en a vouloir des sous. 1974 : Les Chinois Ă  Paris. 1975 : Chobizenesse. 1978 : Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. 1982 : Deux heures moins le quart avant JĂ©sus-Christ. 1984 : LibertĂ©, Ă©galitĂ©, choucroute.


FlinguĂ© par la critique de l'Ă©poque malgrĂ© ses 4 601 239 entrĂ©es (3è au box-office après E.T et l'As des As !), 2 heures moins le quart avant JĂ©sus-Christ parodie l'histoire romaine Ă  l'aide d'un pitch uchronique finissant par lasser si je me rĂ©fère Ă  ses multiples rĂ©fĂ©rences politiques, publicitaires et audiovisuelles, et Ă  sa poussive dernière partie lorsque Ben-Hur Marcel (endossĂ© par un Coluche  aussi peu motivĂ© que mal exploitĂ©) se confronte aux enjeux sportifs. Ainsi, hormis quelques rares bons gags, des seconds-rĂ´les assez cocasses (Paul BrĂ©boist en géôlier sarcastique) et surtout le numĂ©ro d'acteur emphatique de Michel Serrault en empereur gay, 2 heures moins le quart avant JĂ©sus-Christ flirte avec la mĂ©diocritĂ© (pour ne pas dire la nullitĂ© lors de ces gags les plus lourdingues et du jeu parfois insupportable de Mimi Coutelier en ClĂ©opâtre versatile). Bref, ce grand n'importe nawak terriblement datĂ© est reprĂ©sentatif de sa scĂ©nographie en carton pâte si bien que l'on a connu Jean Yanne autrement plus inspirĂ© devant et derrière la camĂ©ra, et ce mĂŞme si ses intentions satiriques Ă©taient louables (se railler de la condescendance de nos exĂ©cutifs rupins).

* Bruno
2èx

lundi 22 octobre 2018

VOUS N'AUREZ PAS L'ALSACE ET LA LORRAINE

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

de Coluche. 1977. France/Belgique. 1h32. Avec Coluche, Dominique Lavanant, Gérard Lanvin, Olivier Constantin, Anémone, Martin Lamotte, Michel Blanc, Philippe Bruneau.

Sortie salle France: 19 Octobre 1977

FILMOGRAPHIE: Michel Colucci, dit Coluche, est un humoriste, comĂ©dien et rĂ©alisateur français, nĂ© le 28 octobre 1944 Ă  Paris, dĂ©cĂ©dĂ© le 19 juin 1986 Ă  Opio (Alpes-Maritimes).


En dĂ©pit de plusieurs gags lourdingues et d'une rĂ©alisation dilettante, l'unique mise en scène de Coluche est un divertissement bonnard se raillant de l'histoire de France (et de ces snobinards !) avec une bonne humeur dĂ©complexĂ©e. Car au-delĂ  d'une intrigue Ă©tique prĂ©texte Ă  gags, actions et quiproquos (un roi dĂ©chu tente de reprendre sa couronne avec l'aide de sa cousine et d'un chevalier blanc chansonnier - interprĂ©tĂ© par un GĂ©rard Lanvin Ă©tonnamment Ă  l'aise ! -), Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine parvient Ă  nous arracher quelques rires et plusieurs sourires sous l'impulsion de tĂŞtes d'affiches issues de l'Ă©quipe du Spendid (mĂŞme si Balasko manque Ă  l'appel) et du cafĂ© de la gare. Ainsi, grâce Ă  leur spontanĂ©itĂ© expansive, le spectacle parodique volontiers trivial parvient Ă  amuser aussi zĂ©difiante soit l'entreprise de Coluche plutĂ´t mal Ă  l'aise derrière la camĂ©ra. D'ailleurs, déçu du rĂ©sultat, il ne rĂ©itĂ©ra pas l'expĂ©rience en dĂ©pit de ses 810 839 entrĂ©es (un maigre score si bien qu'en 1977 le film se classe en 44è position). Pour autant, sa prestation parfois hilarante en roi couard et obsĂ©quieux permet Ă  chacune de ses interventions souveraines (et dĂ©placements hĂ©roĂŻques) de diluer un charme innocent au fil d'une aventure bondissante semblable Ă  une BD mal Ă©levĂ©e. A redĂ©couvrir d'un oeil distrait.

* Bruno
2èx

vendredi 19 octobre 2018

LE MAITRE D'ECOLE

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

de Claude Berri. 1981. France. 1h35. Avec Coluche, Josiane Balasko, Jacques Debary, Charlotte de Turckheim, Roland Giraud, André Chaumeau, Jean Champion.

Sortie salle France: 28 Octobre 1981

FILMOGRAPHIE: Claude Langmann, dit Claude Berri, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur français, nĂ© le 1er juillet 1934, dĂ©cĂ©dĂ© le 12 janvier 2009. 1964: Les Baisers (segment « Baiser de 16 ans »). La Chance et l'amour (segment « La Chance du guerrier »). 1966: Le Vieil homme et l'enfant. 1968 Mazel Tov ou le Mariage. 1969: Le PistonnĂ© . 1970: Le CinĂ©ma de papa. 1972: Sex-shop. 1975: Le Mâle du siècle. 1976: La Première fois. 1977: Un moment d'Ă©garement. 1980: Je vous aime. 1981: Le MaĂ®tre d'Ă©cole. 1983: Tchao Pantin. 1986: Jean de Florette. Manon des sources. 1990: Uranus. 1993: Germinal. 1996: Lucie Aubrac. 1999: La dĂ©bandade. 2001: Une femme de mĂ©nage. 2004: L'Un reste, l'autre part. 2006: Ensemble, c'est tout. 2009: TrĂ©sor.


ComĂ©die scolaire pleine de lĂ©gèretĂ©, de cocasserie et d'humanisme sous l'impulsion d'enfants turbulents et d'un instituteur supplĂ©ant s'efforçant de les Ă©duquer avec un amateurisme payant, le MaĂ®tre d'Ă©cole parvient Ă  sĂ©duire notamment grâce au talent de son auteur Claude Berri. Ce dernier dirigeant les marmots (anti tĂŞtes Ă  claque !) avec souci de rĂ©alisme documentĂ© eu Ă©gard du jeu expressif car criant de naturel des comĂ©diens infantiles. On peut d'ailleurs s'interroger sur l'Ă©ventuelle improvisation de certaines sĂ©quences scolaires tant les enfants parviennent communĂ©ment Ă  communiquer leurs Ă©motions avec une candeur dĂ©pouillĂ©e. Quant Ă  la prĂ©sence notoire de Coluche  (bordel, comme tu nous manques !), il se fond admirablement dans le corps enseignant avec une attachante maladresse Ă  travers son dĂ©sir d'Ă©veiller l'esprit des enfants ("les inciter Ă  rĂ©flĂ©chir par eux mĂŞmes" Ă©voqueront le directeur ainsi qu'un conseiller pĂ©dagogue). L'acteur particulièrement complice auprès d'eux militant pour la rĂ©vĂ©rence, la comprĂ©hension, le discernement, la tolĂ©rance afin de parfaire patiemment leur Ă©ducation.


Au-delĂ  de son climat Ă  la fois tendre et pittoresque, le film aborde en filigrane des thèmes majeurs de l'Ă©poque, telle la signification de l'homosexualitĂ© ("ce n'est pas une maladie" s'exclamera Coluche aux enfants en proie Ă  l'incomprĂ©hension !) et la question de la peine de mort et du syndicat au moment mĂŞme oĂą l'Ă©cole traverse une crise socio-politique de par son manque d'effectif Ă  trouver un remplaçant après la dĂ©pression d'une enseignante (fraĂ®chement incarnĂ©e par une Josiane Balasko  juvĂ©nile au bord de la crise de nerf). Et si l'intrigue assez routinière et peu surprenante pâtie de substantialitĂ©, le MaĂ®tre d'Ă©cole est transcendĂ© par le touchant parcours initiatique du supplĂ©ant en proie Ă  l'ambition pĂ©dagogue auprès d'une gĂ©nĂ©ration infantile en formation cĂ©rĂ©brale. TĂ©moignage nostalgique de cette gĂ©nĂ©ration 80 dĂ©jĂ  soucieuse de la progression du chĂ´mage et de la haine du racisme. Pour autant, et dans son parti-pris assumĂ© de nous divertir avec simplicitĂ© (notamment Ă  travers les rĂ©currentes batailles de nourriture Ă  la cantine et chahuts dans les cours), Claude Berri compose le plus sincèrement quelques sĂ©quences assez drĂ´les ou cocasses lors de confrontations entre Ă©lèves et instituteurs, et ce avant de nous susciter un sourire jovial de bambin autour (du bouquet final) d'un mariage festoyant. Les Ă©lèves invitĂ©s Ă  la rĂ©ception se confondant aux adultes lors d'une danse frĂ©tillante que Richard Gotainer compose Ă  travers un tube dĂ©calĂ©. Pour ma part une vraie sĂ©quence anthologique dans son alliage si expansif de bonne humeur, d'insouciance et de ferveur communicatives que les acteurs insufflent avec une dĂ©contraction en roue libre ! Les spectateurs de l'Ă©poque y ont d'ailleurs Ă©tĂ© conquis puisque le MaĂ®tre d'Ă©cole cumula plus de 3 105 596 entrĂ©es !

* Bruno
3èx

jeudi 18 octobre 2018

ERREMENTARI. Prix du Public, San Sebastian, 2017.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Le forgeron et le diable" de Paul Urkijo. 2017. France/Espagne. 1h39. Avec Kandido Uranga, Uma Bracaglia, Eneko Sagardoy, RamĂłn Aguirre, JosĂ© RamĂłn Argoitia, Josean Bengoetxea, Gotzon Sanchez.

Diffusé sur Netflix le 17 Octobre 2018. Sortie salles Gerardmer: 3 Février 2018.

FILMOGRAPHIEPaul Urkijo Alijo est un réalisateur, scénariste et producteur espagnol, né le 22 Juin 1984. 2017: Errementari.


"Comptez les pois chiches !"
Ovni ibĂ©rique passĂ© par la lucarne Netflix, Errementari est une expĂ©rience visuelle hors du commun, un choc esthĂ©tique dĂ©monial Ă  la lisière du cinĂ©ma gothique de Mario Bava et du conte de fĂ©e occulte initiĂ© par Ridley Scott depuis Legend. C'est simple, depuis cette oeuvre culte (perfectible et maladroite mais visuellement tant gracile) on n'avait pas reluquĂ© au cinĂ©ma un BelzĂ©buth aussi expressif, rutilant et persifleur dans sa posture contrairement soumise si bien que le nĂ©ophyte Paul Urkijo (il s'agit de sa toute 1ère rĂ©al !) se permet en outre d'illustrer en point d'orgue son cocon familial comme si vous y Ă©tiez !!! Car il faut savoir qu'Ă  travers cette fulgurance esthĂ©tique littĂ©ralement picturale nous avions affaire Ă  la plus belle vision de l'enfer depuis les expĂ©rimentations mĂ©taphysiques de Ken Russel (Au-delĂ  du RĂ©el), JosĂ© Mojica Marins (l'Eveil de la BĂŞte) ou encore de Riccardo Freda (Maciste en Enfer dans un domaine autrement kitch et bisseux). Quant au pitch Ă  la fois loufoque, inquiĂ©tant, insolent et dĂ©complexĂ©, il demeure un concentrĂ© d'Ă©motions hybrides (pour ne pas dire gĂ©nialement contradictoires !) si bien que le spectateur Ă©minemment ensorcelĂ© par sa facture tĂ©nĂ©breuse renoue avec son âme d'enfant avec des yeux d'Ă©merveillement ! (du moins chez tous les fĂ©rus de conte de fĂ©e au goĂ»t dĂ©licieusement frelatĂ© de cauchemar gothique). Paul Urkijo, infiniment très inspirĂ© et jamais Ă  court d'inventions (cartoonesques) et retournements de situations, ne cessant de nous surprendre et donner le tournis Ă  travers une scĂ©nographie d'une puissance enchanteresse hyper rĂ©aliste !


Notamment de par sa photo lĂ©chĂ©e ultra contrastĂ©e (Ă©clairĂ©e de gĂ©latines rouges, ocres et azur) et ses dĂ©cors naturels d'une fulgurance onirique Ă  damner le saint le plus timorĂ© ! Mais pour en revenir Ă  l'histoire inspirĂ©e d'une illustre lĂ©gende (et produite par Alex de la Iglesias, excusez du peu !), la voici brièvement condensĂ©e: Après avoir vouĂ© un pacte avec le diable afin de rester en vie pour retrouver sa femme après la guerre (carliste) de 1835, un forgeron parvient Ă  le kidnapper au sein de sa forge customisĂ©e en forteresse. 8 ans plus tard, et de manière rĂ©solument alĂ©atoire, il se lie d'amitiĂ© avec une orpheline dans un concours de circonstances fureteuses et hostiles, notamment eu Ă©gard d'un mystĂ©rieux ministre et des villageois rĂ©signĂ©s Ă  se dĂ©barrasser de lui depuis sa sinistre rĂ©putation criminelle.  L'art suprĂŞme du cinĂ©ma chimĂ©rique, c'est parvenir avec passion, intĂ©gritĂ©, goĂ»t du rĂ©alisme et ambition singulière Ă  nous faire croire Ă  l'improbable ! Parvenir Ă  travers une temporalitĂ© minimaliste (comptez ici 1h38, gĂ©nĂ©rique compris, bon dieu que le temps s'Ă©puise vite !) Ă  nous Ă©vader au coeur d'un univers de fantasy oĂą fantastique, gothisme, horreur et humour macabre se tĂ©lescopent avec une fluiditĂ© insoupçonnĂ©e. Car si Errementari parvient autant Ă  fasciner, amuser et attiser notre curiositĂ©, il le doit autant au dĂ©veloppement indĂ©cis de sa narration plus intelligente et tendre qu'elle n'y parait (notamment auprès des valeurs familiales que le duo cultive incidemment et du sens du sacrifice pour l'enjeu d'une rĂ©demption) et Ă  ces personnages complètement dĂ©calĂ©s et au caractère bien trempĂ© que le cinĂ©aste imprime sur pellicule dans un esprit bonnard Ă©tonnamment dĂ©bridĂ©, hĂ©roĂŻque et sardonique. Imaginez simplement de parcourir en images, les yeux pleins d'Ă©toiles, une destinĂ©e inusitĂ©, une guerre aussi improbable qu'impitoyable entre un simple forgeron et un diablotin cabotin ! Pire encore, imaginez ce mĂŞme forgeron arpenter Ă  l'aide d'une immense cloche or massif l'antre de l'enfer Ă  l'instar d'un Maciste sclĂ©rosĂ© pour autant mastard !


Patxi en Enfer
Bref, arrĂŞtons nous lĂ , j'en ai dĂ©jĂ  trop dit, ruez vous le plus naturellement du monde sur cette pĂ©pite hispanique après avoir dĂ©boursĂ© votre ticket pour l'enfer, quitte Ă  ne plus jamais y revenir. OĂą plutĂ´t avec la volontĂ© irrĂ©pressible d'y retourner afin de savourer (sans modĂ©ration) les tribulations gĂ©nialement grotesques, infernales et jouissives de Patxi et Usue ! Sans compter que Paul Urkijo vient d'estampiller sur sa bobine novice (et de manière impromptue !) le plus grand hĂ©ros lambda de tous les temps ! 

* Bruno

Récompense: Prix du Public du 28e Festival du Cinema Fantastique et de Terreur de San Sebastian, an 2017