Parce que, trente ans plus tĂ´t, un soir de rĂ©veillon, il fut traumatisĂ© en surprenant un Père NoĂ«l - en rĂ©alitĂ© son propre père - se livrer Ă des attouchements sexuels sur sa mère, Harry, introverti et solitaire, dĂ©cide en cette nouvelle pĂ©riode de NoĂ«l de rendre ses lettres de noblesse Ă une fĂŞte catholique qu’il estime pervertie par le consumĂ©risme. PrĂ©curseur de la saga Silent Night, Deadly Night, Lewis Jackson rĂ©alise quatre ans auparavant cette curieuse sĂ©rie B horrifique Ă l’atmosphère profondĂ©ment Ă©trange, au point que certains fans lui vouent aujourd’hui un vĂ©ritable culte (John Waters le considère comme le meilleur film de NoĂ«l jamais rĂ©alisĂ© - rien que ça).
Avec son ton caustique, plus insidieux que frontal, Christmas Evil s’impose comme une curiositĂ© singulière, sans jamais chercher la surenchère gore ni la terreur pure - autant prĂ©venir les amateurs. Le film privilĂ©gie, surtout dans une seconde partie plus vigoureuse, des idĂ©es inventives et inattendues : les villageois pourchassant un Père NoĂ«l Ă la lueur des torches (clin d’Ĺ“il appuyĂ© Ă Frankenstein), ou cet Ă©pilogue hallucinant oĂą un camion s’Ă©lève dans le ciel, en lieu et place du traĂ®neau traditionnel. Le tout baigne dans une ambiance lourde, poisseuse, saturĂ©e d’une partition musicale ombrageuse.
Lewis Jackson s’efforce ainsi de dresser, de manière quasi documentaire - Ă la manière de Maniac ou Henry, en beaucoup moins glauque - le portrait pathĂ©tique d’un homme brimĂ©, marginalisĂ©, cherchant Ă se rĂ©approprier la magie de NoĂ«l après un traumatisme infantile. De son point de vue torturĂ©, cette cĂ©lĂ©bration censĂ©e glorifier la naissance du Christ se retrouve dĂ©sacralisĂ©e, vidĂ©e de son sens par une sociĂ©tĂ© de consommation obscène et sans vergogne.
Satire vitriolĂ©e, non dĂ©nuĂ©e de quelques incohĂ©rences (la tentative d’Ă©touffement d’un père de famille dans son lit, tandis que son Ă©pouse comateuse ne bronche pas), Christmas Evil capte pourtant l’attention par son cheminement singulier. Les situations saugrenues abondent : ce Père NoĂ«l tentant vainement de s’introduire dans une cheminĂ©e trop Ă©troite, ou ces sĂ©quences parodiques dĂ©licieusement absurdes - l’auditoire improbable de Pères NoĂ«l contraints de clamer un “Merry Christmas” poussif face Ă des policiers mĂ©dusĂ©s. Le film dĂ©tourne ainsi les codes du cinĂ©ma familial avec une ironie grinçante.
On retiendra Ă©galement cette scène incongrue d’un rĂ©veillon bondĂ© d’invitĂ©s, oĂą notre Père NoĂ«l, convaincu de sa mission morale, avertit des enfants attentifs qu’il leur infligera des choses terribles s’ils ne se montrent pas dociles l’annĂ©e suivante. Les parents, mĂ©dusĂ©s, hĂ©sitent entre le rire et l’inquiĂ©tude, avant que l’homme ne libère un rire aussi railleur que libĂ©rateur. Plus loin, une autre sĂ©quence, dĂ©rangeante et presque euphorique, voit des enfants tenter de protĂ©ger le tueur, dĂ©sormais dĂ©masquĂ©, face Ă un père de famille armĂ© d’un couteau.
Pour incarner ce profil inquiĂ©tant, Brandon Maggart se rĂ©vèle Ă©tonnamment persuasif, grâce Ă la neutralitĂ© de son regard, Ă la fois fuyant et habitĂ©, reflet d’un esprit rongĂ© par des hallucinations cauchemardesques. Un portrait fragile, presque touchant, qui suscite une forme d’empathie - notamment Ă travers son Ă©pilogue cathartique. Harry n’aspirait finalement qu’Ă chĂ©rir et protĂ©ger les chĂ©rubins de l’influence licencieuse de parents asservis par le goĂ»t du lucre.
MalgrĂ© une mise en place un brin laborieuse et une rĂ©alisation inĂ©gale - tantĂ´t soignĂ©e dans ses dĂ©tails fĂ©eriques, tantĂ´t maladroite dans son montage - Christmas Evil demeure une Ă©tonnante curiositĂ©, pilier d’une horreur au premier degrĂ©, injectĂ©e d’un sarcasme discret mais corrosif. Ă€ dĂ©couvrir.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤



































