mardi 21 septembre 2021

Les Yeux de Laura Mars / Eyes of Laura Mars

                                                                                                                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site toutlecine.com

d'Irvin Kershner. 1978. U.S.A. 1h43. Avec Faye Dunaway, Tommy Lee Jones, Brad Dourif, René Auberjonois, Raul Julia, Frank AdonisSal, Lisa Taylor, Darlanne Fluegel, Rose Gregorio.

Sortie salles France: 31 Janvier 1979. U.S: 2 AoĂ»t 1978

FILMOGRAPHIEIrvin Kershner est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 29 AoĂ»t 1923 Ă  Philadelphie (Pennsylvanie), dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Novembre 2010 Ă  Los Angeles (Californie). 1958: Stakeout on Dope Street. 1959: The Young Captive. 1961: Le Mal de vivre. 1963: Face in the Rain. 1964: The Luck of Ginger Coffey. 1966: l'Homme Ă  la tĂŞte fĂŞlĂ©e. 1967: Une sacrĂ© fripouille. 1970: Loving. 1972: Up the Sandbox. 1974: Les 'S' Pions. 1976: La Revanche d'un Homme nommĂ© Cheval. 1978: Les Yeux de Laura Mars. 1980: l'Empire contre-attaque. 1983: Jamais plus jamais. 1990: Robocop 2.

"Les Ă©clats d’un Ĺ“il brisĂ©".
Deux ans avant L’Empire contre-attaque, Irvin Kershner succède Ă  Michael Miller pour mettre en scène un thriller fantastique portĂ© par l'une des stars les plus illustres d’Hollywood : Faye Dunaway. Avec un scĂ©nario conçu par David Zelag Goodman et le maĂ®tre de l’horreur John Carpenter, Les Yeux de Laura Mars devient une machine Ă  suspense passionnante et efficace, par son savant mĂ©lange de thriller, de fantastique, d’Ă©rotisme, de psychanalyse et d’angoisse.

Le pitch : durant le tournage d’une publicitĂ©, une photographe de renom est assaillie de visions d’horreur prĂ©monitoires. Un tueur mystĂ©rieux s’en prend Ă  ses proches, crevant les yeux de ses victimes avec un pic Ă  glace. Tandis que la police piĂ©tine, le psychopathe continue ses exactions dans l’ombre. SoupçonnĂ©e Ă  cause de ses visions, Laura Mars finit par entretenir une liaison trouble avec l’inspecteur John Neville.

S'appuyant sur un argument fantastique basĂ© sur la prescience - thème qu’Armand Mastroianni reprendra quatre ans plus tard dans le curieux et attachant Un Tueur dans la Ville -, et portĂ© par une intrigue criminelle solidement menĂ©e, Les Yeux de Laura Mars gagne en densitĂ© grâce Ă  la complexitĂ© morale de son hĂ©roĂŻne. Photographe de mode esthĂ©tisante hantĂ©e par ses dĂ©lires Ă©rotico-macabres, Faye Dunaway incarne une femme dĂ©concertĂ©e, vulnĂ©rable, qui vacille face Ă  l’infortune de son don.

Ă€ l’instar de Christopher Walken dans Dead Zone, son calvaire imposĂ© devient d’autant plus poignant qu’elle se rĂ©vèle incapable de prĂ©venir ou de sauver la prochaine victime. Cette impuissance face Ă  des visions qu’elle ne contrĂ´le pas est d’autant plus troublante que les flashs surviennent en vue subjective. Les yeux de Laura, transis d’effroi, se trouvent envahis d’images diaphanes prĂ©figurant le crime Ă  travers le regard mĂŞme du meurtrier. Des sĂ©quences impressionnantes distillent, par ce dispositif, un climat horrifique saturĂ© d'une bande-son stridente, dissonante.

On peut Ă©galement souligner la charge charnelle des mises en scène de Laura, avec ces mannequins aux postures provocantes, Ă  peine vĂŞtues, incarnant une esthĂ©tique de la transgression. Entre l’empathie qu’elle Ă©prouve pour ses modèles devenues victimes, et sa culpabilitĂ© de sublimer une violence visuelle dans ses photos, l’actrice vĂ©hicule une forme d’humanisme fragile, dĂ©muni. MĂŞme sa romance naissante avec l’inspecteur Neville semble ne lui offrir qu’un rĂ©pit illusoire, avant qu’une nouvelle vision ne vienne l’alpaguer. Leur relation, pourtant, touche par sa sincĂ©ritĂ©, sa douceur retenue, sa dissonance Ă©motive. Et le mĂ©lange de suspense et de romantisme fonctionne ici grâce Ă  la justesse de deux comĂ©diens habitĂ©s, qui ne trichent jamais.

"Les yeux de la Terreur."
PortĂ© par la voix envoĂ»tante de Barbra Streisand, Les Yeux de Laura Mars reste un thriller captivant et intelligent, aussi sensuel qu’angoissant, aussi troublant qu’intense. Une allĂ©gorie du regard fĂ©minin pris au piège d'une culture saturĂ©e de violence visuelle masculine. Faye Dunaway, lumineuse et tragique, croise la route d’un Tommy Lee Jones glaçant, et tous deux insufflent Ă  l'intrigue surnaturelle une tension charnelle et ambiguĂ«. Au-delĂ  de sa mĂ©canique ludique, le film interroge la lĂ©gitimitĂ© de glorifier violence et sexe Ă  des fins artistiques dans un monde mĂ©diatisĂ© Ă  outrance. Et transfigure New York en un théâtre Ă  la fois rĂ©aliste, chaotique, presque documentaire - la foule urbaine sur le qui-vive, la police dĂ©bordĂ©e, l’effervescence d’une ville sans mise en scène.

Les Yeux de Laura Mars est enfin une fable trouble sur l’image comme violence, le regard comme domination, l’amour comme piège.
Un film de silence et de vertige.
OĂą l’on comprend que parfois, regarder, c’est dĂ©jĂ  blesser.

Et que rĂ©sister, c’est apprendre Ă  fermer les yeux.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Tournage: 56 jours. Budget: 7 millions (il en rapporta 20)
 
29.07.25. 5èx. Vost 
21.09.21. 
08.11.12. 141 v


lundi 20 septembre 2021

Sueur Froide dans la Nuit

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Fear in the Night" de Jimmy Sangster. 1972. Angleterre. 1h34. Avec Joan Collins , Peter Cushing , Judy Geeson , Ralph Bates , James Cossins.

Sortie salles France: 8 Octobre 1975. Angleterre: 9 Juillet 1972.

FILMOGRAPHIE: Jimmy Sangster est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma britannique né le 2 décembre 1927 dans le North Wales (Pays de Galles), décédé le 19 août 2011 à Londres. 1970 : Les Horreurs de Frankenstein. 1971 : Lust for a Vampire. 1972 : Sueur froide dans la nuit.


Thriller Ă  suspense produit par la Hammer au moment de nous livrer leurs derniers fleurons Ă  l'orĂ©e des Seventies, Sueur froide dans la Nuit est rĂ©alisĂ© par Jimmy Sangster ayant dĂ©jĂ  oeuvrĂ© pour la firme Ă  2 antĂ©cĂ©dentes reprises avec Les Horreurs de Frankenstein et Lust of a Vampire. Deux oeuvres horrifiques plutĂ´t mal aimĂ©es par la critique si bien que l'on peut avouer sans rougir que Sueur froide dans la nuit est de loin sa plus franche rĂ©ussite. Clairement influencĂ© par Hitchcock Ă  travers ses thèmes du simulacre et de la machination, le rĂ©cit s'articule autour des efforts infructueux de Peggy Heller tentant de convaincre son mari qu'un mystĂ©rieux individu l'eut agressĂ©e Ă  deux reprises. Un manchot Ă  main gantĂ© s'efforçant de la molester alors que celle-ci venait d'ĂŞtre soignĂ©e pour dĂ©pression après avoir sĂ©journĂ© en psychiatrie. IsolĂ©e dans la propriĂ©tĂ© de son Ă©poux Ă  proximitĂ© d'une Ă©cole enseignĂ©e par le professeur Michael Carmichael, elle remarque que celui-ci, manchot, ne transmet aucun cours dans une classe vide d'Ă©lèves. 


Soigneusement rĂ©alisĂ© et sobrement interprĂ©tĂ© par des acteurs irrĂ©prochables se dĂ©lectant Ă  martyriser notre hĂ©roĂŻne avec une duplicitĂ© dĂ©testable, Sueur Froide dans la nuit est d'autant mieux construit pour entretenir un certain suspense latent au fil du parcours parano de Peggy en proie Ă  des agressions nĂ©buleuses eu Ă©gard que l'agresseur n'a pas pour fonction de l'occire. Judy Geeson (inoubliable interprète d'InseminoĂŻd) endossant la pauvre victime dĂ©munie avec une fragilitĂ©  nĂ©vralgique expressive auprès de sa gestuelle communicative. Quand bien mĂŞme Ralph Bates lui partage la vedette en Ă©poux rĂ©servĂ© assez peu attentionnĂ© au comportement angoissĂ© de son Ă©pouse tan et si bien que l'acteur demeure Ă©patant d'orgueil et de charisme impassible pour des raisons probablement suspicieuses. On peut d'ailleurs autant suspecter la fonction secondaire de Peter Cushing en professeur taiseux plutĂ´t snob mais avenant Ă  travers son langage courtois. Enfin, Joan Collins est une fois de plus dĂ©licieuse d'arrogance, de cruautĂ© (le coup de fusil sur le lapin) et de condescendance Ă  mĂ©priser notre Peggy bien esseulĂ©e Ă  tenter de se faire une petite place amicale auprès de ce trio altier. 


InquiĂ©tant et captivant dans une juste mesure avant d'amorcer un rythme plus nerveux au fil de son ultime demi-heure fertile en rebondissements escomptĂ©s, Sueur Froide dans la Nuit demeure tout Ă  fait plaisant Ă  travers sa mĂ©canique huilĂ©e de suspense Hitchcockien. Son atmosphère d'angoisse Ă©thĂ©rĂ©e et sa dramaturgie graduĂ©e gagnant du terrain au fil d'une cruautĂ© morale Ă  la fois perverse et humiliante quant au sort inĂ©quitable de l'hĂ©roĂŻne recluse sur elle mĂŞme (comme le souligne l'Ă©pilogue Ă©vocateur dĂ©nuĂ© d'illusion). 

*Eric Binford
3èx

vendredi 17 septembre 2021

Bac Nord

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de CĂ©dric Jimenez. 2021. France. 1h45. Avec Gilles Lellouche, Karim Leklou, François Civil, Adèle Exarchopoulos, Kenza Fortas, Cyril Lecomte, MichaĂ«l Abiteboul.

Sortie salles France: 18 Août 2021

FILMOGRAPHIE: CĂ©dric Jimenez est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste français nĂ© le 26 juin 1976 Ă  Marseille. 2012 : Aux yeux de tous. 2014 : La French. 2017 : HHhH. 2021 : BAC Nord. 2022: Novembre. 

“On ne sert plus Ă  rien... plus je fais mon mĂ©tier, moins je le fais.”
Uppercut Ă©motionnel Ă  couper le souffle, Bac Nord est une Ă©preuve morale comme peu de mĂ©trages ont sur le parfaire avec autant de rĂ©alisme documentĂ© Ă  travers sa dĂ©linquance urbaine aujourd'hui rendue incontrĂ´lable (c'est peu de le dire et c'est du jamais vu dans le paysage français). Il faut d'ailleurs remonter Ă  mon sens au percutant la Haine de Kassovitz (et non aux MisĂ©rables auquel j'Ă©mets quelques rĂ©serves) pour retrouver cette dimension dramatique malaisante, cette fulgurance rigoureuse parfois rĂ©solument terrifiante eu Ă©gard de la guerre sans merci que se livrent flics et voyous s'acharnant Ă  monopoliser leur autoritĂ© dans un brouhaha suicidaire. C'est dire si l'efficacitĂ© de la mise en scène au cordeau de CĂ©dric Jimenez rivalise avec les productions ricaines les plus musclĂ©es dans son sens du cadrage, dynamisme du montage, camĂ©ra portĂ©e Ă  l'Ă©paule, pour nous immerger de plein fouet dans l'hystĂ©rie collective de ces règlements de compte oĂą le pire est sur le point d'Ă©clater lors de tirades d'affolement communautaire. Certaines situations incongrues filmĂ©es dans l'urgence demeurant d'une tension paroxystique quant au sort prĂ©caire de nos policiers confrontĂ©s Ă  l'arrogance des dĂ©linquants prĂŞts Ă  se sacrifier pour dĂ©fendre leur territoire de deal coordonnĂ© dans une directive militaire. Tant et si bien que depuis des dĂ©cennies, politique, justice et membres pĂ©dagogues semblent avoir dĂ©missionnĂ© de leur fonction impĂ©rieuse de par le sentiment d'affranchissement d'une dĂ©linquance mineure et majeure parvenant communĂ©ment Ă  imposer leur dictature au sein de leur fief ghettoĂŻsĂ©.   

Et de mĂ©moire, Ă  moins d'y avoir loupĂ© une oeuvre rĂ©fĂ©rence, je ne connais aucun mĂ©trage ricain ayant su inscrire avec tel souffle belliqueux moult pĂ©ripĂ©ties effrĂ©nĂ©es de par le vĂ©risme frĂ©nĂ©tisĂ© des acteurs aussi bien amateurs que professionnels s'affrontant physiquement / verbalement les nerfs Ă  vif. Tous demeurant communĂ©ment Ă©poustouflants de charisme nĂ©vralgique dans leur fureur animale dĂ©complexĂ©e. D'oĂą l'incroyable sentiment d'immersion morale que procure le mĂ©trage traitant avec souci de vĂ©racitĂ© de la hiĂ©rarchie dĂ©linquante aussi coordonnĂ©e et studieuse que leur homologues policiers. Tant et si bien que la frontière entre le Bien et le Mal est rompue, et que certains flics Ă  bout de nerfs dans leur posture humiliĂ©e, pour ne pas dire avilissante, finissent par perdre pied avec le sens des valeurs au point de se comporter comme leur rivaux haineux et d'adopter leur gestuelle, leur orgueil dĂ©mesurĂ© faute de cette violence primale fatalement contagieuse. Ainsi, Ă  travers cette cacophonie dĂ©saxĂ©e oĂą complices et indics se mĂŞlent Ă©galement Ă  la partie du gendarme et voleur, Bac Nord jette un effrayant pavĂ© dans la mare. Un effrayant constat d'amertume, de dĂ©sillusion et de dĂ©route auprès d'une corruption humaine dĂ©chue de leurs codes moraux. Et ce tout en romantisant la situation finalement dĂ©soeuvrĂ©e de ce trio de flics aussi vĂ©reux qu'hĂ©roĂŻques (leurs burnes s'avèrent aussi grosses que des boules de billards Ă  travers leurs risques encourus, leur course poursuite Ă  bout de souffle et leur stoĂŻcitĂ© radicale !) abandonnĂ© par leur propre confrère pour un enjeu de racket et de trafic de stupĂ©fiants pas aussi prĂ©judiciable que prĂ©vu. 


"Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même. Si tu regardes longtemps dans l'abîme, l'abîme regarde aussi en toi."
ImpulsĂ© du vĂ©hĂ©ment trio Gilles Lellouche, Karim Leklou et surtout François Civil (en fringant jeune loup fumeur de joint), accompagnĂ© du talent plus vrai que nature d'Adèle Exarchopoulos en jeune maman intuitive; Bac Nord met les nerfs Ă  rude Ă©preuve au coeur d'un western urbain en dĂ©liquescence sĂ©ditieuse d'oĂą perce l'animositĂ© d'une jeunesse criminelle davantage azimutĂ©e, pour ne pas dire quasi invincible. Un constat d'Ă©chec Ă©videmment effrayant car sans lueur d'espoir alors que la gĂ©nĂ©ration prochaine osera inĂ©vitablement relever le dĂ©fi d'imposer leur loi avec plus de cran, d'autonomie et de bassesse. 

*Eric Binford

jeudi 16 septembre 2021

Candyman (2021)

                                  Photo empruntĂ©e sur Facebook par l'entremise de Thierry Spadino

de Nia DaCosta. 2021. U.S.A. 1h31. Avec Yahya Abdul-Mateen II, Teyonah Parris, Nathan Stewart-Jarrett, Colman Domingo, Vanessa A. Williams, Tony Todd, Rebecca Spence.

Sortie salles France: 29 Septembre 2021. U.S: 27 AoĂ»t 2021

FILMOGRAPHIENia DaCosta est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste amĂ©ricaine, nĂ©e le 8 novembre 1989 Ă  New York. 2018 : Little Woods (rĂ©alisation et scĂ©nario). 2021 : Candyman (rĂ©alisation et scĂ©nario). 2022 : The Marvels (rĂ©alisation). 


La corruption du Mal par la rancoeur. 
Sortir de la projo de Candyman 2021 n'est point une mince affaire de par sa vĂ©nĂ©neuse noirceur et son nihilisme sociĂ©tal davantage dĂ©clinant. Vendu comme un Remake du chef-d'oeuvre de Bernard Rose, Candyman 2021 n'est nullement l'Ă©pigone rĂ©actualisĂ© au goĂ»t du jour pour contenter le chaland en mal de sensations fortes. Tant et si bien que Candyman, LA SUITE, s'adresse avant tout Ă  un public Ă  la fois mature et responsable tant son climat austère, hermĂ©tique n'est pas Ă  la merci de tous afin de l'approcher dans un strict premier degrĂ© (pas une once d'humour Ă  relever Ă  l'horizon). Rare pour ne pas le souligner en cette annĂ©e catastrophique (selon moi Ă©videmment) pour le genre horrifique rĂ©duit au produit de consommation. C'est dire si cette version rĂ©solument personnelle ne fera l'unanimitĂ© auprès du public peu habituĂ© Ă  frĂ©quenter une oeuvre intime dĂ©nuĂ©e de fard puisque s'intĂ©ressant avant tout Ă  nous caractĂ©riser une galerie de personnages afro-amĂ©ricains hantĂ©s par leur condition esclavagiste auprès d'une civilisation blanche incapable de s'extraire de la haine de l'Ă©tranger auprès des ignorants et extrĂ©mistes Ă©peurĂ©s par la diffĂ©rence. Formellement stylisĂ© Ă  travers ses ombres chinoises, ses figures gĂ©omĂ©triques, ses tableaux picturaux et ses Ă©clairages flashy compromis au baroque Ă©purĂ©, Candyman 2021 est un Ă©blouissement esthĂ©tique en perpĂ©tuelle crĂ©ativitĂ©. Et Ă  ce niveau, on peut clamer le chef-d'oeuvre formel aussi moderne qu'atypique (certains plans Ă©voquant par ailleurs une scĂ©nographie futuriste tout Ă  fait appropriĂ©e et non conçu comme une fioriture de remplissage). 


Un parti-pris idoine d'y dĂ©noncer en filigrane l'exploitation des noirs dans le domaine de l'art auprès de la suprĂ©matie blanche quand bien mĂŞme les violences policières demeurent davantage factuelles si je me rĂ©fère Ă  son final horrifique Ă  la dramaturgie malaisante. On quitte donc l'Ă©preuve horrifique avec un arrière goĂ»t de souffre et d'amertume dans la bouche eu Ă©gard de son dĂ©nouement mortifiĂ© militant pour une vendetta, faute de la fracture irrĂ©versible entre blancs et noirs d'oĂą la communication est feinte faute de simulacre prodiguĂ©. Ainsi, derrière son contexte social amer, Candyman 2021 dĂ©gage une atmosphère d'angoisse sous-jacente quasi indicible au fil d'un cheminement moral indĂ©cis ponctuĂ© de bipolaritĂ© et de revirements frĂ©quemment malaisants. Sans compter ses scènes de terreur sournoises, dĂ©moniales, acrimonieuses lorsque apparaĂ®t derrière la victime le croquemitaine apprĂ©hendant ses proies de manière Ă©thĂ©rĂ©e. Sa prĂ©sence souvent invisible (mais brièvement visible au fond du miroir par le spectateur !) provoquant chez nous une peur viscĂ©rale Ă  la fois malsaine et Ă©touffante d'y redouter l'inĂ©vitable, renforcĂ©e qui plus est d'un goĂ»t pour une certaine cruditĂ© sanguine Ă  travers son rĂ©alisme gore littĂ©ralement cinglant. Quant aux interprètes hĂ©tĂ©ros (mais aussi gays pour y dĂ©fendre leur cause plus qu'actuelle), quelle judicieuse idĂ©e d'avoir sĂ©lectionnĂ© des comĂ©diens pour la plupart mĂ©connus du public pour mieux se familiariser, s'impliquer dans leurs tourments moraux sous l'impulsion d'une rigueur dramatique (parfois trop) inconfortable. D'oĂą l'aspect  rĂ©gulièrement dĂ©concertant, voir quelque peu antipathique de ce Candyman autonome n'adjurant nullement Ă  ĂŞtre aimĂ© et exploitant la trame de Bernard Rose avec une intelligence on ne peut mieux intègre, pour ne pas dire dĂ©fĂ©rente. 


No Futur. 
PersuadĂ© qu'un second visionnage permettra encore mieux d'apprivoiser cette sĂ©quelle difficile d'accès, mais lestement captivante (sans que l'on s'en aperçoive), Candyman 2021 demeure en tout Ă©tat de cause une rĂ©elle surprise inattendue dans le paysage imberbe du remake aseptique souvent tributaire du copiĂ©-collĂ©. Tant et si bien qu'ici c'est tout l'inverse qui se produit en mode (vĂ©ritable)"sĂ©quelle" pour attirer le chaland et (surtout) le passionnĂ© du genre en manque de 1er degrĂ©. Et ce au point d'y rejoindre les meilleurs spĂ©cimens du genre parmi lesquels trĂ´nent probablement sur vos Ă©tagères fĂ©tichistes, The Thing, La Mouche, Maniac, L'Invasion des Profanateurs, La Colline a des Yeux, Le Cauchemar de Dracula, La FĂ©line, Suspiria et quelques autres pĂ©pites... 
A découvrir avec précaution donc en étant averti du contenu à la fois opaque, cérébral, hermétique, au point de sortir de la projo avec une certaine gueule de bois... (je me demande d'ailleurs encore ce à quoi je viens d'assister ce soir là ! ?).

*Eric Binford. 

mardi 14 septembre 2021

Les Longs Manteaux

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site placedeslibraires

de Gilles Béhat. 1986. France/Argentine. 1h33. Avec Bernard Giraudeau, Claudia Ohana, Robert Charlebois, Federico Luppi

Sortie salles France: 19 Février 1986

FILMOGRAPHIEGilles Béhat (Gilles Marc Béat) est un réalisateur et acteur français, né le 3 Septembre 1949 à Lille (Nord). 1978: Haro. 1981: Putain d'histoire d'amour. 1984: Rue Barbare. 1985: Urgence. 1986: Charlie Dingo. 1986: Les Longs Manteaux. 1988: Le Manteau de Saint-Martin. 1990: Dancing Machine. 1994: Le Cavalier des nuages. 1997: Un Enfant au soleil. 2000: Une Mère en colère. 2009: Diamant 13.

Le Pitch: Loïc Murat, un géologue français, installe son campement dans la montagne bolivienne. Il y croise la route d'un groupe fasciste, Les Longs Manteaux, qui tentent d'assassiner un écrivain, Juan Mendez. Murat fait également la connaissance de Julia, la fille de Mendez.

Un sympathique rĂ©cit d'aventures sur fond de western contestataire qui doit beaucoup Ă  la force tranquille et de suretĂ© de Bernard Giraudeau, un des meilleurs acteurs des annĂ©es 80 plutĂ´t omis de nos jours, et c'est fort dommage eu Ă©gard de son charisme magnĂ©tique aux yeux azurs. AccompagnĂ©e de la mĂ©connue Claudia Ohana, cette charmante actrice brĂ©silienne ne dĂ©mĂ©rite pas dans sa posture de fille fragile mais rĂ©siliente Ă  escompter la libertĂ© de son père, Ă©crivain emprisonnĂ© par son rĂ©gime totalitaire 2 ans avant la nouvelle mise en place d'un gouvernement dĂ©mocratique. TournĂ© en scope afin de transcender ses magnifiques paysages boliviens, Les Longs Manteaux est notamment ponctuĂ© de scènes d'actions aussi nerveuses que rĂ©ussies, rare pour ne pas le souligner au sein de notre paysage français peu habituĂ© Ă  Ă©muler celui du cinĂ© ricain. Peut-ĂŞtre pas le haut du panier du divertissement musclĂ© des annĂ©es 80 mais un honnĂŞte spectacle conduit avec savoir-faire par Gilles BĂ©hat, inoubliable auteur de Rue Barbare (dĂ©jĂ  accompagnĂ© de Bernard Giraudeau), sous l'impulsion du superbe score de Jean-François LĂ©on aussi entĂŞtant qu'un tantinet langoureux.

*Eric Binford

lundi 13 septembre 2021

Malignant

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de James Wan. 2021. U.S.A. 1h52. Avec Annabelle Wallis, Jake Abel, George Young, Jacqueline McKenzie, Mckenna Grace, Maddie Hasson, Michole Briana White.

Sortie salles France: 1er Septembre 2021

FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste australien nĂ© le 27 FĂ©vrier 1977 Ă  Kuching (Malaisie), avant de dĂ©mĂ©nager Ă  Perth (Australie). 2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2. 2016: The Conjuring 2. 2021: Malignant. 


         Avertissement ! Sans toutefois spoiler, il est prĂ©fĂ©rable d'avoir vu le film avant de lire ce qui        va suivre.

Quand James Wan se télescope à Bruno Mattei et Frank Henenlotter.
Peut-ĂŞtre lassĂ© de s'adonner au film de Hantise (Conjuring / Insidious), James Wan dĂ©tourne quelque peu le genre avec son nouveau mĂ©trage, Malignant transcendĂ© d'un bouche Ă  oreille plutĂ´t euphorisant Ă  dĂ©faut de rassembler les critiques assez partagĂ©es. Histoire de s'Ă©carter des conventions du film de maison hantĂ©e commanditĂ©e d'un esprit frappeur, Malignant demeure donc efficacement troussĂ© lors de sa première heure misant sur l'inquiĂ©tude (l'attente d'un Ă©ventuel danger, d'une menace incertaine), l'apprĂ©hension diffuse (via le silence) et l'expectative que le spectateur adoube avec une attention fureteuse quant Ă  l'enjeu de cette Ă©nigme filiale. Le rĂ©cit cumulant Ă  rythme mĂ©tronome quelques sĂ©quences chocs gratinĂ©es parmi le tĂ©moignage de Madison impuissante d'observer en direct des mises Ă  mort surnaturelles que le tueur la contraint d'observer par tĂ©lĂ©pathie (on peut aussi parler de tĂ©lĂ©portation de par l'invention de la mise en scène immersive substituant un dĂ©cor domestique par un autre sans effet de coupe, sorte de fondu enchainĂ© limpide). Alors que la police piĂ©tine, la soeur de Madison s'empare de l'enquĂŞte Ă©pineuse en se dirigeant dans l'ancienne clinique lorsque Madison fut sujette Ă  diverses expĂ©rimentations mĂ©dicales en 1993 (ce que nous suggĂ©rait le prologue dĂ©jĂ  incongru lors de ses règlements de compte surnaturels). Celle-ci ayant Ă©tĂ© abdiquĂ©e par sa mère lors de sa naissance pour des motifs que nous ne connaĂ®trons que vers l'ultime Ă©tape apocalyptique. Ainsi, si le mode du thriller horrifique s'avère plutĂ´t bien gĂ©rĂ© et formellement soignĂ© 1 heure durant (Ă  l'instar de son hallucinant plan sĂ©quence en surplomb dans une demeure ou de son onirisme macabre de l'extĂ©rieur d'une bâtisse ou d'un hĂ´pital); la suite opte pour un virage Ă  180 degrĂ©s afin de relancer le mystère de cette vague de crimes Ă  renfort de vendetta hyperbolique. 

Et c'est ainsi que Malignant dĂ©voile tout son potentiel Ă  la fois homĂ©rique et horrifique tout en rendant depuis le dĂ©part un sublime hommage au Giallo oĂą plane l'ombre d'Argento. Et ce de la manière la plus Ă©purĂ©e et saugrenue qui soit Ă  travers le charisme iconique du tueur affublĂ© d'un poignard en or massif. Le spectacle borderline, dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©, dĂ©complexĂ©, frĂ©nĂ©tisĂ© demeurant ultra jouissif auprès de ses affrontements dantesques entre le "diable" et nos hĂ©ros dĂ©concertĂ©s par une rĂ©vĂ©lation aussi ubuesque qu'après tout bien rĂ©el. Bref, on marche Ă  plein tube les yeux Ă©carquillĂ©s en dĂ©pit de son concept totalement allumĂ©, et c'est cela qui s'avère proprement jubilatoire. Car c'est justement ce qui fait que Malignant dĂ©gage une vĂ©ritable puissance visuelle par sa folie improbable redoutablement adroite et percutante, notamment auprès de l'ultra dynamisme du montage, de l'agilitĂ© des plans s'enchainant sans rĂ©pit. On peut Ă©galement saluer Ă  travers le jeu (bicĂ©phale) de l'interprète très convaincant (dont je tairai le patronyme) sa manière Ă©raillĂ©e de communiquer avec ses interlocuteurs par le biais du tĂ©lĂ©phone et de postes radios. Un tueur iconique donc infiniment fascinant auprès de son Ă©lĂ©gance hermĂ©tique alors que ses confrontations vĂ©loces techniquement soignĂ©es (j'insiste encore, c'est mĂ©ritoire) auprès de l'inventivitĂ© des effets de camĂ©ra (parfois alambiquĂ©s) nous plaquent au siège de par son rĂ©alisme tranchĂ©. Quand bien mĂŞme la jeune Annabelle Wallis dĂ©gage un vĂ©ritable charme vĂ©nĂ©neux aussi magnĂ©tique que fragilement sensuel en victime dĂ©munie tentant de s'extraire de sa prison mentale en concertation avec le tueur. Son attachante prĂ©sence (quasi omniprĂ©sente) permettant notamment d'instaurer un certain suspense et une densitĂ© psychologique Ă  travers ses fĂŞlures morales frappĂ©es d'amnĂ©sie et de dĂ©sir du dĂ©passement de soi. Notamment pour la 1ère partie thĂ©rapeutique et ses rapports empathiques avec son entourage familial mais aussi policier (mĂŞme si suspicieux du point de vue d'une lieutenant sur le qui vive quant Ă  ses allĂ©gations farfelues). On peut enfin saluer ses crises d'hystĂ©ries horrifiĂ©es, ses hurlements stridents magnifiquement expressifs tant l'actrice insuffle un vĂ©nĂ©neux charisme fĂ©minin de par sa tenue vestimentaire tĂ©nĂ©breuse et son regard subtilement Ă©peurĂ© que Wan transfigure par la maestria de sa camĂ©ra scrupuleuse, Ă  l'Ă©coute de ses souffrances morales traduites dans l'impuissance. 


Basket Case.
A la fois efficacement Ă©trange et inquiĂ©tant (en dĂ©pit de son classicisme liminaire pour autant maĂ®trisĂ© avec savoir-faire comme de coutume chez Wan), puis complètement vrillĂ©, singulier, alerte et incroyablement fascinant auprès de son imagerie horrifiante nous agressant les mirettes grâce au parti-pris dĂ©complexĂ© de Wan en totale roue libre (pour le plus grand bonheur des fans de Bis en Ă©bullition), Malignant se dĂ©cline en tour de montagne russe qu'il est impossible d'interrompre dès le rouage amorcĂ©. James Wan parvenant comme par miracle par son degrĂ© de folie incorrigible Ă  conjuguer dĂ©lire saugrenu et rĂ©alisme brut de dĂ©coffrage Ă  travers l'audace d'un twist anthologique Ă©rigĂ© en bombe Ă  retardement. DĂ©jĂ  culte, assurĂ©ment, tout du moins chez les fans de dĂ©lire insensĂ©, qui plus est fier de l'ĂŞtre. 

*Bruno
27.08.22. 2èx

samedi 11 septembre 2021

L'alter Ego


Réalisé par Monsieur K, scénarisé par Näamlock. 2021. France. Bande dessinée éditée par ARTUS FILMS.

En exclusivité, je me permets aujourd'hui cet écart d'y chroniquer une bande-dessinée hexagonale. Les raisons premières ? Parce que le scénariste Näamlock est un proche ami que je côtoie via le réseau Facebook, parce que j'apprécie particulièrement la boite éditrice Artus Films et parce que je suis friand de BD horrifico-fantastique, tout du moins lorsque je parviens facilement à m'immerger dans l'aventure dépaysante. Tant et si bien que je suis loin d'être un spécialiste en la matière (à contrario de ma passion indéfectible pour le ciné), et que donc je tenterai ici de dévoiler mes petites impressions subjectives avec modestie, et ce en tenant compte de mon inculture pour la BD et l'architecture des dessins.


Sans trop dĂ©florer l'intrigue, L'Alter Ego nous dĂ©peint lors d'une scrupuleuse attention chronologique (chaque case est Ă©quivalente Ă  la journĂ©e quotidienne de tel ou tel personnage), la nouvelle relation amoureuse entre Martin, fraĂ®chement sĂ©parĂ©, avec Alice rencontrĂ©e via le site de rencontres Meetic. Alors que celui-ci tente difficilement de monter le projet cinĂ©matographique d'un Giallo, Alice est peu Ă  peu dĂ©laissĂ©e au moment d'y apprendre une triste nouvelle. Quand bien mĂŞme, HĂ©lène, fille de Martin, tente vainement de l'interpeller de par son absence paternelle. Ainsi, ce qui surprend fissa lors de la lecture monochrome de L'Alter Ego c'est le soin consciencieux imparti Ă  sa structure narrative littĂ©ralement hypnotique. C'est simple, chaque case charpentĂ©e ne dĂ©borde jamais pour ce concentrer sur le dĂ©veloppement de l'intrigue au moment de donner chair Ă  ses personnages remarquablement dessinĂ©s. C'est aussi la grande force et l'intĂ©rĂŞt du rĂ©cit tentaculaire que d'y caractĂ©riser avec ambiguĂŻtĂ© ce  triangle fragile lors de leurs relations humaines en perdition. Tant auprès de Martin toujours plus irritable Ă  tenter d'approcher un producteur et parfaire son projet, d'Alice en dĂ©tresse affective que de la jeune HĂ©lène aussi dĂ©laissĂ©e, tendrement parlant. 


Ceux-ci ayant comme point commun une contrariĂ©tĂ© morale anxiogène Ă  mi-chemin de la dĂ©pression. Et ce sans que cela nous soit dĂ©voilĂ© de manière explicite. Naamlock se motivant farouchement Ă  les rendre Ă©nigmatique au fil d'un rĂ©cit reptilien oĂą plane les ombres de Nicolas Roeg, d'Hitchcock et de David Cronenberg. Car les rĂ©fĂ©rences cinĂ© sont plutĂ´t nombreuses lors du cheminement imprĂ©visible des personnages, Ă  l'instar de la chambre de Martin ornementĂ©e d'affiches de classiques du Fantastique. Mais ce qui fascine et captive lors de ce rĂ©cit Ă  suspense effilĂ© Ă©mane de son ambiance d'Ă©trangetĂ© sous-jacente alors qu'Ă  d'autres moments on se confronte Ă  des situations dĂ©rangeantes autrement explicites (Spoil ! je songe aux dĂ©sagrĂ©ments corporels ! Fin du Spoil). Le rĂ©cit adoptant par ailleurs un revirement radical lors de sa seconde partie (nouvelle teinte monochrome en sus !) puisque Ă©tabli cette fois ci du point de vue de la fille de Martin, HĂ©lène en position d'investigatrice en herbe. Un 2è acte plus morbide, dĂ©taillĂ©, frĂ©nĂ©tique et barrĂ© prouvant que l'ambition des auteurs (Naamlock et le dessinateur Monsieur K) Ă©tait de nous plonger dans une sorte de vertige filandreux, un cauchemar moral assez permĂ©able bien que ce soit par moments confus (notamment en y infiltrant le genre espionnage). 


Une allégorie de l'amour consumériste.
Perfectible, déstabilisant et déconcertant (car il manque un "je ne sais quoi" pour l'estampiller "incontournable" du genre), hypnotique, ombrageux et ramifié auprès de son scénario sournois soumis à la psychologie torturée de ses personnages, à l'instar du canard hallucinatoire que Martin perçoit lors de ses inquiétantes névroses, l'Alter Ego ne laisse indifférent le lecteur pris dans la tourmente d'une débâcle davantage malsaine, viscérale, persifleuse, nécrosée.

L'album est en vente Ă  partir du 22 octobre 2021 au prix de 14.90 Euros. 

*Eric Binford

jeudi 9 septembre 2021

Borrower, le voleur de tĂŞtes

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site perdudansla5edimension.com

"The Borrower" de John Mc Naughton. 1991. U.S.A. 1h35. Avec Rae Dawn Chong, Don Gordon, Tom Towles, Antonio Fargas, Neil Giuntoli, Larry Pennell. 

Sortie salles U.S: 25 Mai 1991

FILMOGRAPHIE: John Mc Naughton est un réalisateur américain, né le 13 Janvier 1950 à Chicago. 1984: Dealers in Death. 1986: Henry, portrait d'un serial killer. 1991: Sex, drugs, Rock and Roll. 1991: The Borrower. 1993: Mad Dog and Glory. 1996: Normal Life. 1998: Sexcrimes. 2000: Condo Painting. 2001: Speaking of sex. 2004: Redliners. 2009: Backstabbers. 2013: The Harvest.


InĂ©dit en salles chez nous, Borrower est une pochette surprise horrifique de la part de John Mc Naughton, rĂ©alisateur du mythique Henry, portrait d'un Serial-Killer. Autrement dĂ©lirant, dĂ©calĂ© et dĂ©complexĂ©, Borrower empreinte la satire sociale avec un rĂ©alisme cartoonesque vitriolĂ© lorsqu'un extra-terrestre est condamnĂ© Ă  errer sur terre après avoir Ă©tĂ© jugĂ© de crimes par ses pairs. Mais contraint de changer de tĂŞte pour pouvoir rester en vie (Ă  un moment donnĂ©, sa tĂŞte explose soudainement !) il doit donc dĂ©capiter ses victimes au fil de son cheminement initiatique sur terre. Alors que la jeune inspectrice Diana Pierce et son co-Ă©quipier Charles Krieger enquĂŞtent sur cette sĂ©rie de crimes sauvages, un autre tueur (cette fois-ci terrien) Ă©chappĂ© de l'hĂ´pital est sur le point de se venger. HĂ©las, sur ce dernier point de digression, le rĂ©alisateur l'abandonne en cours de route si bien que l'on finit par omettre ce personnage trivial en dĂ©pit de sa rĂ©apparition soudaine cependant vite sacrifiĂ©e. SĂ©rie B horrifique du Samedi soir, comme le souligne son prologue dĂ©jantĂ© proche d'une sĂ©rie Z (la sentence juridique puis le corps Ă  corps entre un E.T insecte et son prisonnier banni de chez lui), Borrower cumule les effets-chocs et rebondissements musclĂ©s Ă  rythme mĂ©tronome. 


Dans la mesure oĂą notre E.T est contraint de s'approprier une nouvelle tĂŞte toutes les 10/15 minutes (le rythme s'accĂ©lĂ©rant progressivement au fil du rĂ©cit davantage vrillĂ© !), prĂ©texte pour Mc Naughton Ă  se dĂ©fouler sur les sĂ©quences chocs particulièrement gorasses et convaincantes. Les FX et maquillages demeurant suffisamment crĂ©dibles pour croire sans peine Ă  la nouvelle mĂ©tamorphose de l'E.T que chaque acteur endosse avec une mine patibulaire infaillible dans leur posture marginale atone. Sorte de SDF insalubre dont personne ne prĂŞte attention Ă  travers leur apparence de laissĂ©-pour-compte. Et s'il faut un petit temps d'adaptation Ă  se familiariser auprès des errances urbaines de notre E.T durant la 1ère demi-heure assez ordinaire, la suite s'avère plus intĂ©ressante et quelque peu captivante lorsque le rĂ©alisateur accorde beaucoup d'importance Ă  la faune urbaine Ă  la fois dĂ©saxĂ©e, dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e et incivilisĂ©e que cĂ´toie l'Ă©tranger stellaire au sein d'une sociĂ©tĂ© de stupre sevrĂ©e Ă  la pop-culture, au sexe, Ă  la criminalitĂ© et Ă  la drogue. Quand bien mĂŞme Mc Naughton boucle son rĂ©cit en suspens de manière Ă  la fois (sciemment) bâclĂ©e et dĂ©sordonnĂ©e en renouant avec l'exploitation d'une sĂ©rie B ludique Ă  l'ambiance survoltĂ©e. 


DrĂ´le de farce rĂ©crĂ©ative donc que ce Borrower, voleur de tĂŞte que John Mc Naughton façonne avec une certaine efficacitĂ© (passĂ©e la 1ère demi-heure) en conjuguant l'horreur sociale et cartoonesque avec un esprit caustique assez probant. 

*Eric Binford
3èx

mardi 7 septembre 2021

Supergirl

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jeannot Szwarc. 1984. U.S.A/Angleterre. 2h04. Avec Helen Slater, Faye Dunaway, Brenda Vaccaro, Peter Cook, Hart Bochner, Peter O'Toole, Mia Farrow, Simon Ward.

Sortie salles France: 10 Octobre 1984. U.S: 21 Novembre 1984

FILMOGRAPHIE: Jeannot Szwarc est un réalisateur français, né le 21 Novembre 1939 à Paris. 1973: Columbo: adorable mais dangereuse. 1975: Les Insectes de Feu. 1978: Les Dents de la Mer 2. 1980: Quelque part dans le temps. 1983: Enigma. 1984: Supergirl. 1985: Santa Claus. 1987: Grand Larceny. 1988: Honor Bound. 1990: Passez une bonne nuit. 1991: La Montagne de Diamants. 1994: La Vengeance d'une blonde. 1996: Hercule et Sherlock. 1997: Les Soeurs Soleil.


Pourquoi tant de haines ?
MassacrĂ© par la critique dès sa sortie et boudĂ© par le public si bien qu'il se solda par un inĂ©vitable Ă©chec commercial, Supergirl ne mĂ©ritait pas tant de mĂ©pris tous azimuts. Car s'il faut bien avouer que Jeannot Swarc a bel et bien conçu un nanar de luxe Ă  savourer indubitablement au second degrĂ©, Supergirl demeure aujourd'hui beaucoup plus charmant, attachant, stimulant, pĂ©tillant Ă  travers ses tentatives intègres de nous faire rĂŞver en mode artisanal. A l'instar des premiers vols expĂ©rimentaux de notre super-hĂ©roĂŻne blonde n'ayant rien Ă  envier Ă  ceux de son cousin Superman (que le dĂ©sormais lĂ©gendaire Christopher Lee marqua de son empreinte) tant le souffle fĂ©erique retranscrit Ă  l'Ă©cran nous gratifie la vue. Alors, ok, du point de vue du rĂ©cit ultra naĂŻf se rĂ©sumant Ă  l'affrontement redondant entre une sorcière des temps modernes et Supergirl se disputant l'enjeu d'un prince charmant (un jeune jardinier touchĂ© par la flèche empoisonnĂ©e de Cupidon - ou plutĂ´t de Selena ! -), Supergirl ne s'embarrasse guère de subtilitĂ© pour contenter avant tout un public jeune plus sensible Ă  leurs crĂ©pages de chignon que leurs parents non dupes de tant de naĂŻvetĂ© imbibĂ©e de romance Ă  l'eau de rose et de bons sentiments. 


Pour autant, et raison pour laquelle Supergirl est Ă  mon sens destinĂ© Ă  un public finalement FAMILIAL, le spectacle fantaisiste est scandĂ© du dynamisme des scènes d'actions plutĂ´t bien foutues avec ses FX tactiles, et de la spontanĂ©itĂ© des personnages pleinement investis dans leur rĂ´le respectif (au point parfois de jouer l'outrance pour certains d'entre eux). Mention majeure Ă  l'illustre Faye Dunaway rĂ©solument habitĂ©e par son rĂ´le de mĂ©chante tant l'actrice prend son rĂ´le très au sĂ©rieux Ă  travers l'artillerie de ses supers pouvoirs occultes qu'elle projette contre sa rivale 2h00 durant. Imperturbable et impassible, Ă©lĂ©gante et raffinĂ©e en mode dĂ©monial, Faye Dunaway vole donc effrontĂ©ment la vedette Ă  tout son entourage. Et ce en dĂ©pit de la nĂ©ophyte Helen Slater que je trouve aussi convaincante Ă  travers ses expression candides, ses interrogations morales de super-hĂ©roĂŻne en herbe peu Ă  peu motivĂ©e par le sens de la justice, de la bravoure et de l'initiation amoureuse. Quand bien mĂŞme le charme qu'elle nous suscite innocemment Ă  l'Ă©cran dĂ©pend aussi de la douceur de ses yeux bleus et de la blondeur de son brushing dans sa rutilante panoplie rouge et bleue. On n'en dira pas tant de la prĂ©sence incongrue de Brenda Vaccaro en adjointe gouailleuse, alter-ego primaire de Selena faisant office de faire-valoir risible, bien que la pilule passe un peu auprès de sa bonne humeur expansive. Et je ne parle mĂŞme pas du pauvre jardinier qu'Hart Bochner incarne avec une bonhomie puĂ©rile (c'est peu de le dire pour les sĂ©quences romantiques les plus nunuches !) dans sa fonction de victime intoxiquĂ©e par le sĂ©rum de l'amour. Mais on lui pardonne bien tant l'acteur atone se prĂŞte volontiers au jeu avec esprit bonnard. 


Un divertissement familial bonnard, entre naĂŻvetĂ© attendrie, facĂ©ties candides et fĂ©erie salvatrice. 
InĂ©vitablement maladroit, bancal et parfois ridicule sans toutefois jamais nous irriter ou nous blaser, Supergirl est un plaisir innocent comme on en voit très peu de nos jours. Un gros spectacle ratĂ© plein de charme, de fantaisies, d'actions et d'humour involontaire sous l'impulsion d'un casting hybride se prĂŞtant au jeu de la bande dessinĂ©e live avec franchise dĂ©complexĂ©e. Et rien que pour la prĂ©sence de l'attachante Helen Slater très Ă  l'aise en super-hĂ©roĂŻne novice, Supergirl mĂ©rite qu'on y replonge,  nostalgie Ă©motionnelle aidant faisant parfois Ă©clore une fĂ©erie divine (ses 1ers vols aĂ©riens sur Terre, oui j'insiste !). 

*Eric Binford
3èx

lundi 6 septembre 2021

Time Walker

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Tom Kennedy. 1982. U.S.A. 1h25. Avec Ben Murphy, Nina Axelrod, Kevin Brophy, James Karen, Austin Stoker, Darwin Joston, Antoinette Bower 

Sortie salles France: ?. U.SA: 19 Novembre 1982

FILMOGRAPHIE: Tom Kennedy est un rĂ©alisateur amĂ©ricain dĂ©cĂ©dĂ© le 7 DĂ©cembre 2011 Ă  West Hills, Los Angeles, California, USA. 1982: Time Walker. 


N'y allons pas par 4 chemins, et pour faire bref, Time Walker est un nanar oubliĂ© des annĂ©es 80 d'un intĂ©rĂŞt relativement limitĂ©, faute d'une poignĂ©e de personnages aussi stupides que puĂ©rils, d'un cheminement narratif tout tracĂ© (une fausse momie doit rĂ©cupĂ©rer 5 cristaux pour pouvoir retourner sur sa planète alors qu'un employĂ© de l'universitĂ© les a dĂ©robĂ©) et d'une rĂ©alisation approximative si bien qu'il s'agit de l'unique mĂ©trage de Tom Kennedy (dĂ©cĂ©dĂ© en 2011). Pour autant, et pour les fans indĂ©fectibles de nanar, Time Walker est Ă©maillĂ© de moments involontairement cocasses ou amusants, notamment grâce Ă  son doublage français outrancier faisant passer nos hĂ©ros pour des pieds nickelĂ©s dĂ©cervelĂ©s. Se laisse donc voir sans trop d'ennui, notamment en apprĂ©ciant quelques scènes chocs lorsque les victimes sont contaminĂ©es par le champignon de la momie (une moisissure verdâtre qu'il ne faut surtout pas tripoter au risque d'y nĂ©croser l'Ă©piderme). Reste surtout en mĂ©moire sa splendide affiche promotionnelle Ă  l'onirisme crĂ©pusculaire. 


*Eric Binford
3èx

vendredi 3 septembre 2021

Beautiful Girls

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com  

de Ted Demme. 1996. U.S.A. 1h52. Avec Timothy Hutton, Matt Dillon, Michael Rapaport, Noah Emmerich, Uma Thurman, Natalie Portman, Max Perlich, Annabeth Gish.

Sortie salles France: Direct to Dvd. U.S: 9 Février 1996

FILMOGRAPHIE: Edward Kern Demme dit Ted Demme est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 26 octobre 1963 Ă  New York (États-Unis), dĂ©cĂ©dĂ© d'un arrĂŞt cardiaque le 13 janvier 2002 Ă  Santa Monica. 1993 : Who's the Man? 1994 : Tel est pris qui croyait prendre. 1996 : Beautiful Girls. 1998 : La Loi du sang (Snitch / Monument Ave.). 1999 : Perpète (Life). 2001 : Blow. 2003 : A Decade Under the Influence (en) (documentaire, corĂ©alisĂ© avec Richard LaGravenese). 


Le bon vieux temps n'avait jamais semblé si bon !
 
InĂ©dit en salles chez nous, Beautiful Girls fait parti des meilleures romcoms des annĂ©es 90 selon mon jugement de valeur. Si bien qu'il laisse une empreinte en nous après plusieurs visionnages (j'en suis Ă  ma 3è fois ce soir). Romance Ă  l'eau de rose standard dĂ©nuĂ©e de personnalitĂ© ? Que nenni ! Beautiful Girls parvenant intelligemment Ă  se dĂ©marquer de l'ombre du produit superficiel de par la prestance des illustres comĂ©diens d'une sobre authenticitĂ© dans leur fonction de coeur Ă  prendre ou a reconquĂ©rir. Il faut dire que son Ă©patante distribution a de quoi aiguillonner le chaland lorsque Timothy Hutton, Matt Dillon, Michael Rapaport, Noah Emmerich, Uma Thurman, David Arquette, Lauren Holly et la juvĂ©nile Natalie Portman s'y succèdent Ă  parts Ă©gales avec une tendre humilitĂ©. Leurs tranches de vie donnant lieu Ă  des moments de tendresse et de drĂ´lerie lestement dosĂ©s Ă  travers un esprit de camaraderie faisant vibrer notre corde nostalgique auprès de leur crise trentenaire. Mais au-delĂ  du jeu sans ambages de ces derniers vibrants d'humanitĂ© pour leur commun dĂ©sagrĂ©ment Ă  tenter d'y consolider l'amour de leur vie, Ted Demme s'y entend pour les dessiner avec une fine attention en dĂ©pit de la simplicitĂ© de leurs situations intimistes. 


Des apartĂ©s et autres dissensions morales (et physiques) Ă©voquant les traditionnels thèmes de la peur de l'engagement et de vieillir, de l'immaturitĂ© des hommes en Ă©ternels ados souvent trop fascinĂ©s par l'apparence des femmes, de la fragilitĂ© des hommes et des femmes trahis par l'adultère. Beautiful Girls se focalisant sur cette bande de copains rĂ©unis le temps de quelques jours afin de faire le point sur leur situation sentimentale. Timothy Hutton dĂ©barquant dans son ancienne ville dans sa modeste carrure d'amant contrariĂ© ne cessant de douter de ses sentiments Ă©prouvĂ©s pour Tracy. Quand bien mĂŞme Umma Thurman dĂ©barque chez eux en invitĂ©e improvisĂ©e en Ă©veillant chez ces messieurs ce goĂ»t euphorisant que l'on ressent lors des premières rencontres amoureuses. Quant Ă  Nathalie Portman, elle explose l'Ă©cran du haut de ses 13 ans Ă  trois reprises Ă  travers ses ambigus rapports Ă  la fois tendres et amiteux envers Willie (Timothy Hutton) allègrement perturbĂ© par sa nature amoureuse d'une sincĂ©ritĂ© trouble pour son âge adolescent. Ces sĂ©quences intimistes bâties sur un jeu de sĂ©duction aussi amical que sentimental demeurant selon moi les moments les plus poignants et bouleversants grâce prioritairement Ă  l'expressivitĂ© prude de Nathalie Portman hyper attendrissante en ado pressĂ©e de grandir afin de cueillir le vĂ©ritable amour. Alors que Willie ose confier Ă  l'un de ses acolytes qu'il serait prĂŞt d'attendre ses 18 ans pour s'engager avec elle. Une rĂ©flexion Ă  la fois outrĂ©e et lunaire, un questionnement presque immoral  que Willie se torture dans sa quĂŞte idĂ©aliste d'y dĂ©nicher la perle rare. Mais tout rentrera dans l'ordre auprès de son initiation Ă  la sagesse d'esprit et Ă  la confiance en l'ĂŞtre aimĂ©. 


Plein de charme et de tendresse en y alliant romcom et film de copains, Beautiful Girls sonne juste en toute simplicité à travers l'humanisme tourmenté de cette poignée de protagonistes d'une sensibilité louablement gratifiante pour y parfaire leur destin amoureux. Son casting quatre étoiles irréprochable parvenant à nous faire omettre leur stature starisée sous l'impulsion d'une commune émotivité solidaire.
Oubliez donc vos préjugés pour laisser sa chance à ce joli moment d'émotions servi par la superbe musique de David A. Stewart.

*Eric Binford
3èx

jeudi 2 septembre 2021

Les Envahisseurs sont parmi nous

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thevintagetoyadvertiser.org

"Strange Invaders" de Michael Laughlin. 1983. U.S.A. 1h34. Avec Paul Le Mat, Nancy Allen, Diana Scarwid, Michael Lerner, Louise Fletcher, Wallace Shawn, Fiona Lewis

Sortie salles France: 23 Octobre 1985. U.S: 16 Septembre 1983.

FILMOGRAPHIEMichael Laughlin est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain. 1981 : Strange Behavior. 1983 : Les envahisseurs sont parmi nous. 1986 : Mesmerized. 


Entre tous les univers, ils ont "hĂ©las" choisi le notre... 
Il y a de p'tits mĂ©trages sans prĂ©tention qui parviennent Ă  se bonifier avec le temps, et les Envahisseurs sont parmi nous fait parti de ceux lĂ . Si bien qu'Ă  l'Ă©poque de sa VHS locative (oh combien granuleuse !) je n'Ă©tais guère aussi enthousiaste et immergĂ© qu'Ă  ma revoyure actuelle. Car jouant la carte de la nostalgie Ă  travers l'hommage naĂŻf aux films d'extra-terrestres des annĂ©es 50, cette pure sĂ©rie B fleurant bon l'innocence et la simplicitĂ© dĂ©gage un charme envoĂ»tant auprès de sa trame somme toute classique mais attachante. Ainsi, de par ses maladresses constantes d'une rĂ©alisation perfectible mais oh combien sincère (Michael Laughlin est uniquement responsable de 3 mĂ©trages), et la bonhomie candide de ses comĂ©diens de seconde zone (mention spĂ©ciale Ă  l'inexpressif Paul Le Mat alors qu'il parvient miraculeusement Ă  imposer une prĂ©sence avenante en hĂ©ros en herbe de dernier ressort), les Envahisseurs sont parmi nous parvient Ă  nous plonger dans son univers surnaturel avec parfois un brin d'onirisme enchanteur (les sphères humaines fluorescentes voguant dans les airs). Pour ce faire, on reste plutĂ´t surpris par la qualitĂ© artisanale des effets-spĂ©ciaux et maquillages parvenant Ă  crĂ©dibiliser les mĂ©tamorphoses des extra-terrestres alors que leur vaisseau spatial en forme de gros cigare se fige dans le ciel sous un horizon magnifiquement rosĂ© (cachet féérique garanti !). 


Hommage assumé aux Envahisseurs créé par Larry Cohen et à cette pléthore de séries B bricolées parmi l'astuce de bouts de ficelle, les Envahisseurs sont parmi nous reprend le cheminement prosaïque du héros difficile à convaincre son entourage lorsque sa fille est retenue prisonnière de méchants E.T. Mais lors d'un concours de circonstances heureuses, et grâce à son investigation personnelle, Charles Bigelow s'entourera de mains secourables durant son périple. Tant auprès d'un témoin capital interné en psychiatrie, d'une journaliste (Nancy Allen toujours aussi charnelle) et d'une spécialiste d'études en OVNI, que de la présence subsidiaire de sa mystérieuse épouse disparaissant et apparaissant à sa guise. Mené sur un rythme soutenu, alors que certains évènements se précipitent un peu trop rapidement à travers son montage elliptique, le divertissement parvient agréablement à ranimer nos souvenirs d'antan lorsque nous étions fascinés, les yeux d'enfants pleins d'étoiles, par la Guerre des Mondes et les Envahisseurs de la Planète Rouge


Et si ce mĂ©trage plein de charme ne reste qu'un gentillet spectacle rĂ©solument mineur et inoffensif, l'amour, l'attention et l'intĂ©gritĂ© que portent le rĂ©alisateur Ă  ses personnages, Ă  son histoire, Ă  ses FX et Ă  sa bourgade rurale (soigneusement photographiĂ©e qui plus est) parvient Ă  redorer nos Ă©motions enfantines avec un sens de fascination fantasmagorique. 

*Eric Binford
2èx

mercredi 1 septembre 2021

Psychose Meurtrière

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"The Vagrant" de Chris Walas. 1992. U.S.A/France. 1h31. Avec Bill Paxton, Michael Ironside, Marshall Bell, Marc McClure, Mitzi Kapture, Colleen Camp.

Sortie salles France: ?. U.S: 16 Mai 1992

FILMOGRAPHIE: Chris Walas est un réalisateur américain, né en 1955 à Chicago, Illinois, U.S.A. 1989: La Mouche 2. 1990: Les Contes de la Crypte (Série TV, épisode: Till Death). 1992: Psychose Meurtrière.


Street Trash.
ComĂ©die horrifique oubliĂ©e des annĂ©es 90, Psychose Meurtrière nous relate l'Ă©preuve morale d'un cadre venant d'emmĂ©nager dans sa nouvelle demeure auquel un invitĂ© surprise lui rendra la vie impossible. Celui-ci insalubre (c'est peu de le dire) n'Ă©tant autre que le SDF du coin ne cessant d'apparaĂ®tre dans l'habitacle de sa demeure au point de rendre littĂ©ralement paranoĂŻaque son propriĂ©taire Ă  deux doigts d'effleurer la folie monomane. Tant et si bien qu'une des voisines de la bourgade est un jour retrouvĂ©e dĂ©coupĂ©e en morceaux ! Ainsi, la police dĂ©pĂŞchĂ©e sur place suspecte rapidement l'attitude erratique de Graham Krakowski, cadre timorĂ© incapable de s'opposer Ă  l'impĂ©riositĂ© de son patron sarcastique. RĂ©alisĂ© par Chris Walas, uniquement responsable du très honnĂŞte La Mouche 2, Psychose Meurtrière empreinte clairement la voie du cartoon live Ă  travers son lot de sĂ©quences dĂ©jantĂ©es oĂą chaque personnage lunaire ne cessera d'y martyriser ou de brocarder notre hĂ©ros repliĂ© dans l'impuissance la plus prĂ©judiciable. Chaque membre de son entourage, amical ou sentimental, n'accordant que peu de crĂ©dit Ă  son malaise obsessionnel d'y fustiger le malheureux vagabond tentant de survivre sur les trottoirs après avoir Ă©tĂ© trahi par sa hiĂ©rarchie professionnelle. 


Psychose Meurtrière
jouant la carte de la satire semi-parodique contre le capitalisme, le matĂ©rialisme et la bureaucratie du point de vue d'un cadre servile rĂ©duit en esclavage pour y prĂ©server sa place. A la fois dĂ©bridĂ©, cocasse, badin, puis quelque peu dĂ©concertant quant Ă  la tournure horrifico-cauchemardesque de sa trame vengeresse, Psychose Meurtrière inquiète et amuse tout en nous Ă©garant un peu en cours de route auprès de son parti-pris d'y communier les genres avec une ironie sardonique autrement outrĂ©e par moments. Le spectateur en proie au doute se questionnant sur la moralitĂ© nĂ©vrotique de Graham victime de persĂ©cutions et d'hallucinations (notamment auprès de ses crises de somnambulisme) auprès d'un SDF gouaillant le mĂ©chant tortionnaire. Et donc, en dĂ©pit de sautes d'humeur un tantinet dĂ©stabilisantes, Psychose Meurtrière dĂ©tonne intelligemment en semant le doute sous l'impulsion d'un Bill Paxton davantage malaisant Ă  travers son initiation Ă  l'affirmation et Ă  la rĂ©volte dans sa condition proscrite. On peut d'ailleurs parfois songer au cartoon survoltĂ© Mort sur le Grill, autre parodie vrillĂ©e concoctĂ©e avec amour, ferveur et astuces par le nĂ©ophyte Sam Raimi motivĂ© par l'hyperbole.


*Eric Binford. 
2èx