mardi 21 septembre 2021

Les Yeux de Laura Mars / Eyes of Laura Mars

                                                                                                                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site toutlecine.com

d'Irvin Kershner. 1978. U.S.A. 1h43. Avec Faye Dunaway, Tommy Lee Jones, Brad Dourif, René Auberjonois, Raul Julia, Frank AdonisSal, Lisa Taylor, Darlanne Fluegel, Rose Gregorio.

Sortie salles France: 31 Janvier 1979. U.S: 2 AoĂ»t 1978

FILMOGRAPHIEIrvin Kershner est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 29 AoĂ»t 1923 Ă  Philadelphie (Pennsylvanie), dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Novembre 2010 Ă  Los Angeles (Californie). 1958: Stakeout on Dope Street. 1959: The Young Captive. 1961: Le Mal de vivre. 1963: Face in the Rain. 1964: The Luck of Ginger Coffey. 1966: l'Homme Ă  la tĂŞte fĂŞlĂ©e. 1967: Une sacrĂ© fripouille. 1970: Loving. 1972: Up the Sandbox. 1974: Les 'S' Pions. 1976: La Revanche d'un Homme nommĂ© Cheval. 1978: Les Yeux de Laura Mars. 1980: l'Empire contre-attaque. 1983: Jamais plus jamais. 1990: Robocop 2.

"Les Ă©clats d’un Ĺ“il brisĂ©".
Deux ans avant L’Empire contre-attaque, Irvin Kershner succède Ă  Michael Miller pour mettre en scène un thriller fantastique portĂ© par l'une des stars les plus illustres d’Hollywood : Faye Dunaway. Avec un scĂ©nario conçu par David Zelag Goodman et le maĂ®tre de l’horreur John Carpenter, Les Yeux de Laura Mars devient une machine Ă  suspense passionnante et efficace, par son savant mĂ©lange de thriller, de fantastique, d’Ă©rotisme, de psychanalyse et d’angoisse.

Le pitch : durant le tournage d’une publicitĂ©, une photographe de renom est assaillie de visions d’horreur prĂ©monitoires. Un tueur mystĂ©rieux s’en prend Ă  ses proches, crevant les yeux de ses victimes avec un pic Ă  glace. Tandis que la police piĂ©tine, le psychopathe continue ses exactions dans l’ombre. SoupçonnĂ©e Ă  cause de ses visions, Laura Mars finit par entretenir une liaison trouble avec l’inspecteur John Neville.

S'appuyant sur un argument fantastique basĂ© sur la prescience - thème qu’Armand Mastroianni reprendra quatre ans plus tard dans le curieux et attachant Un Tueur dans la Ville -, et portĂ© par une intrigue criminelle solidement menĂ©e, Les Yeux de Laura Mars gagne en densitĂ© grâce Ă  la complexitĂ© morale de son hĂ©roĂŻne. Photographe de mode esthĂ©tisante hantĂ©e par ses dĂ©lires Ă©rotico-macabres, Faye Dunaway incarne une femme dĂ©concertĂ©e, vulnĂ©rable, qui vacille face Ă  l’infortune de son don.

Ă€ l’instar de Christopher Walken dans Dead Zone, son calvaire imposĂ© devient d’autant plus poignant qu’elle se rĂ©vèle incapable de prĂ©venir ou de sauver la prochaine victime. Cette impuissance face Ă  des visions qu’elle ne contrĂ´le pas est d’autant plus troublante que les flashs surviennent en vue subjective. Les yeux de Laura, transis d’effroi, se trouvent envahis d’images diaphanes prĂ©figurant le crime Ă  travers le regard mĂŞme du meurtrier. Des sĂ©quences impressionnantes distillent, par ce dispositif, un climat horrifique saturĂ© d'une bande-son stridente, dissonante.

On peut Ă©galement souligner la charge charnelle des mises en scène de Laura, avec ces mannequins aux postures provocantes, Ă  peine vĂŞtues, incarnant une esthĂ©tique de la transgression. Entre l’empathie qu’elle Ă©prouve pour ses modèles devenues victimes, et sa culpabilitĂ© de sublimer une violence visuelle dans ses photos, l’actrice vĂ©hicule une forme d’humanisme fragile, dĂ©muni. MĂŞme sa romance naissante avec l’inspecteur Neville semble ne lui offrir qu’un rĂ©pit illusoire, avant qu’une nouvelle vision ne vienne l’alpaguer. Leur relation, pourtant, touche par sa sincĂ©ritĂ©, sa douceur retenue, sa dissonance Ă©motive. Et le mĂ©lange de suspense et de romantisme fonctionne ici grâce Ă  la justesse de deux comĂ©diens habitĂ©s, qui ne trichent jamais.

"Les yeux de la Terreur."
PortĂ© par la voix envoĂ»tante de Barbra Streisand, Les Yeux de Laura Mars reste un thriller captivant et intelligent, aussi sensuel qu’angoissant, aussi troublant qu’intense. Une allĂ©gorie du regard fĂ©minin pris au piège d'une culture saturĂ©e de violence visuelle masculine. Faye Dunaway, lumineuse et tragique, croise la route d’un Tommy Lee Jones glaçant, et tous deux insufflent Ă  l'intrigue surnaturelle une tension charnelle et ambiguĂ«. Au-delĂ  de sa mĂ©canique ludique, le film interroge la lĂ©gitimitĂ© de glorifier violence et sexe Ă  des fins artistiques dans un monde mĂ©diatisĂ© Ă  outrance. Et transfigure New York en un théâtre Ă  la fois rĂ©aliste, chaotique, presque documentaire - la foule urbaine sur le qui-vive, la police dĂ©bordĂ©e, l’effervescence d’une ville sans mise en scène.

Les Yeux de Laura Mars est enfin une fable trouble sur l’image comme violence, le regard comme domination, l’amour comme piège.
Un film de silence et de vertige.
OĂą l’on comprend que parfois, regarder, c’est dĂ©jĂ  blesser.

Et que rĂ©sister, c’est apprendre Ă  fermer les yeux.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Tournage: 56 jours. Budget: 7 millions (il en rapporta 20)
 
29.07.25. 5èx. Vost 
21.09.21. 
08.11.12. 141 v


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