lundi 9 janvier 2012

OPEN WATER


de Chris Kentis. 2003. U.S.A. 1h19. Avec Blanchard Ryan, Daniel Travis, Saul Stein, Estelle Lau.

Sortie en salles en France le 11 Août 2004. U.S: 20 Août 2004.

Récompense: Prix de la Meilleure Actrice pour Blanchard Ryan à l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 2005.

FILMOGRAPHIE: Chris Kentis est un réalisateur, scénariste, monteur, directeur de la photo, né le 23 Octobre 1962 à New-York
1997: Grind. 2004: Open Water. 2011: Silent House (remake)


A la manière d'un documentaire pris sur le vif comme le souligne sa caméra DV, Chris Kentis renoue avec la peur du squale planqué sous les algues du grand bleu après que Spielberg eut traumatisé des générations de spectateurs avec son chef-d'oeuvre inégalé, les Dents de la mer. Bien avant l'excellent The Reef, Open Water était également inspiré d'une véritable histoire vécue par un couple de nageurs, Tom et Eileen Lonergan, disparus en pleine mer le 25 Janvier 1998 au large des côtes de la Grande barrière de corail, en Australie. En vacances aux Bahamas, Susan et Daniel font une expédition de plongée sous marine avec d'autres plongeurs réunis en duo. Après le temps imparti, chaque nageur rejoint le bateau pour rentrer au bercail. Occultés par le commandant de bord, Susan et Daniel sont contraints d'attendre les services de secours au milieu de l'océan jalonné de requins. 


Avec une économie de moyens, un script linéaire et deux comédiens méconnus confinés au sein d'un décor marin anxiogène, Open Water va tenter d'insuffler un nouveau souffle au film de requin préalablement recyclé par une pléiade d'ersatz peu adroits pour concurrencer son modèle cité plus haut. Hormis un préambule vain (les flâneries de notre couple réuni dans la chambre d'hôtel), déjà dévalorisé par sa durée écourtée d'1h19, ce petit métrage terriblement angoissant réussit à transcender ces succédanés grâce à une mise en scène finaude préconisant l'effet de suggestion. Tout en apprivoisant aussi lestement le dépaysement clairsemé de son décor maritime. Vécu comme une expérience immersive de par son caractère documenté, Open Water nous fait partager l'horreur d'un couple abandonné en pleine mer, lamentablement livré à une meute de requins. Ce qui rend l'aventure délétère si angoissante et finalement terrifiante, c'est sa manière réaliste d'aborder son sujet avec sobriété et de laisser transparaître aux deux protagonistes leur désarroi face à une situation alerte sur le déclin. Ce sentiment d'isolement face à l'immensité de la mer, cette sensation tangible de se confronter à l'étendu de ce décor hostile auquel une espèce animale réputé pour sa dangerosité espionne ces potentielles nouvelles proies.


En rappelant au spectateur de façon intermittente une chronologie temporelle auquel notre couple est acculé à espérer l'arrivée des secours, nous nous rendons facilement conscience de leur calvaire enduré par ces heures de labeur s'étirant inlassablement. La banalité du moment présent étant ici décuplée par leur désespoir et cette crainte redoutée d'une mort latente. La menace grandissante du squale enfoui dans les profondeurs de la mer est donc exacerbée par le moral en chute libre de nos témoins en étreinte, sans que le réalisateur ne cède à l'outrance pour les prochaines attaques animales. Et quand une agression est réellement commise envers l'un d'eux et qu'ensuite le jour laisse place à l'obscurité de la nuit, l'angoisse décuplée est poussée à son paroxysme. Spoil ! Mais le pire est une fois encore inopinément illustré vers son épilogue nihiliste, lorsque l'un de nos protagonistes se retrouve définitivement seul face à son affliction, et ce même si les services de secours sont entrain de se déployer en nombre. Fin du Spoil.

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Avec cette troublante impression d'avoir été filmé en temps réel, Open Water réussit admirablement à provoquer la frousse grâce au pouvoir de suggestion éludé d'esbroufe et à la prestance de comédiens lambda exprimant avec vérité leur désespoir déchu. Quand à la menace insidieuse animée par ces squales redoutables, ils réussissent à moult reprises à accentuer l'effroi comme aucun métrage ne l'avait préalablement entrepris avec autant d'authenticité. 
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09.01.12. 2èx.
Bruno Matéï

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