jeudi 2 mai 2019

Dragged Across Concrete. Prix Sang neuf, Beaune 2019

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de S. Craig Zahler. 2018. U.S.A/Canada. 2h39. Avec Mel Gibson, Jennifer Carpenter, Vince Vaughn, Laurie Holden, Michael Jai White, Udo Kier, Tory Kittles.

Sortie en Italie le 3 septembre 2018 (Mostra de Venise 2018).
Sortie salles U.S: 9 octobre 2018. Beyond Fest: 22 mars 2019. Interdit - 16 ans.
Sortie salles France: ?

FILMOGRAPHIE: S. Craig Zahler est un réalisateur et scénariste américain né en 1973 à Miami, Floride. 2015: Bone Tomahawk. 2017: Section 99 (Brawl in Cell Block 99). 2018: Dragged Across Concrete.


Révélé par Bone Tomohawk et Section 99S. Craig Zahler n'en finit plus de surprendre avec ce 3è long, Dragged Across Concrete. Polar longiligne d'une durée exceptionnelle de 2h39 (ah ouai quand même !), le récit s'articule autour d'un juteux compromis entre deux flics suspendus à la suite d'une bavure. A savoir, daigner dérober le magot d'une bande de braqueurs afin de pallier leur 6 mois de suspension et ainsi subvenir aux besoins de leur famille. Prenant son temps à planter son contexte vénal parmi la caractérisation des voyous afros et des deux flics réputés pour leur bravoure mais pour autant pénalisés par leur hiérarchie lors d'une filature musclée, S. Craig Zahler poursuit une démarche Tarantinesque à travers ses dialogues ciselés, sa soul-music entêtante (mais jamais envahissante) et sa structure narrative savamment planifiée. Le tout transcendé d'une étude psychologique plutôt fouillée et avisée, tant auprès de la fidèle amitié de ce duo subitement influencé par le gain en lieu et place de survie (alors que l'un d'eux se contredit par sa réticence), que de certains seconds-rôles que Zahler ne manque pas de substantialiser. Surtout si je me réfère au sort précaire d'une jeune maman (Jennifer Carpenter plutôt poignante dans sa force d'expression affligée) en proie à un implacable chantage et malencontreusement employée au mauvais moment, au mauvais endroit.


Emaillé de réparties et situations cocasses (Vince Vaughn dégustant son sandwich dans l'habitacle de sa voiture en un temps record de 98 mns selon l'aveu de son acolyte Mel Gibson !) avant de bifurquer vers un virage autrement noir et dramatique, eut égard des impitoyables revirements impromptus s'enchaînant en crescendo, Dragged Across Concrete laisse un arrière goût amer de souffre à travers sa sombre désillusion. Et ce même si l'épilogue un brin salvateur ne s'avère pas si tragique passé son intensité dramatique escarpée. Niveau casting, Mel Gibson (affublé d'une moustache) s'en sort enfin avec les honneurs puisqu'il nous dévoile ici la pleine mesure de son talent en flic sexagénaire influent sur le point d'approcher la retraite mais délibéré en l'occurrence à sauver son train de vie instable en privilégiant le bonheur de sa famille. Fort de son charisme aujourd'hui strié et de son tempérament viril, Mel Gibson magnétise l'écran avec une sobriété exemplaire. Quant à la posture aussi râblée de son compère Vince Vaughn, il y esquisse un être plus vulnérable et moins expérimenté à risquer sa vie pour la mise des lingots d'or. Flic un peu plus intègre mais pour autant séduit par cette transaction commerciale, Vince Vaughn s'avère parfaitement convaincant à travers la palette de ses sentiments de doute, de crainte et d'amour pour sa future épouse. On peut également souligner 2 mots sur la posture spectrale des braqueurs affublés de lunettes de soudeur, cagoules et vêtements noir lors de leur violent braquage puisque sans pitié lorsqu'il s'agit d'y sacrifier des vies afin de tenir lieu de leur prospérité. Armé de silencieux lors de leurs exactions meurtrières à répétition, les amateurs pourraient prêter une certaine filiation au fameux Assaut de Carpenter dans la manière insolite dont Zahler fait preuve afin de mettre en exergue le flegme de ses tueurs sans vergogne nous suscitant trouble et émoi anxiogène eut égard de leur cruauté déloyale.


Sans vouloir parfaire le chef-d'oeuvre mais en persévérant d'imprimer sa propre personnalité en dépit de ces influences déjà exploitées lors de ces 2 précédents métrages, Dragged Across Concrete transpire la sincérité d'un cinéma de genre révolu. Celui du Buddy movie cool et hargneux car peu à peu irrigué d'éclairs de violence d'une âpre brutalité (jamais outrancière) que des marginaux à la dérive existentielle engendrent par leurs actions vénales. Poignant et radical.  

*Bruno

Récompense:
Festival international du film policier de Beaune 2019 : Prix sang neuf

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