mercredi 25 mars 2015

LA FRENCH

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Cédric Jimenez. 2014. France. 2h15. Avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Céline Sallette, Mélanie Doutey, Guillaume Gouix, Benoît Magimel, Bernard Blancan, Bruno Todeschini, Moussa Maaskri, Féodor Atkine.

Sortie salles France: 3 Décembre 2014

FILMOGRAPHIE: CĂ©dric Jimenez est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste français, nĂ© le 26 Juin 1976 Ă  Marseille.
2012: Aux Yeux de tous. 2014: La French


InspirĂ© de l'enquĂŞte de Pierre Michel, ancien juge pour enfant recrutĂ© pour se charger du grand banditisme Marseillais au milieu des annĂ©es 70, La French retrace son parcours Ă©chevelĂ© pour apprĂ©hender un illustre mafieux, GaĂ«tan Zampa, magnat du trafic de drogue Ă  Ă©chelle internationale. On peut aussi rappeler qu'Ă  cette Ă©poque la ville de Marseille est considĂ©rĂ©e comme la capitale mondiale de la drogue traitant en prioritĂ© son exportation avec celle des Etats-Unis. Polar français tournĂ© Ă  l'amĂ©ricaine dans la nervositĂ© de sa mise en scène, son sens du dĂ©coupage affĂ»tĂ©, ses Ă©clairs de violence tranchĂ©e et le calibre de son budget, La French joue la carte de la fresque mafieuse dans une scĂ©nographie exotique du Sud de la France. TirĂ© d'une histoire vraie dont je tairais le dĂ©nouement de l'intrigue quant Ă  l'Ă©ventuel victoire du Juge Michel contre le parrain GaĂ«tan Zampa, le film se permet de prendre quelques distances avec la rĂ©alitĂ© historique, Ă  l'instar de cette confrontation en tĂŞte Ă  tĂŞte entretenue entre nos deux rivaux et du destin rĂ©servĂ© au truand. 


D'une durĂ©e un peu excessive de 2h15, le film dĂ©bute comme un solide polar d'une belle efficacitĂ© dans les rapports de force intraitables Ă©tablis entre Michel et Zampa, quand bien mĂŞme le rĂ©alisateur accorde Ă©galement un certain intĂ©rĂŞt Ă  privilĂ©gier les relations familiales, principalement celle du Juge davantage terni par sa discorde conjugale. Sur ce point, la faible empathie que l'on Ă©prouve face Ă  leur relation houleuse prouve que le cinĂ©aste ne maĂ®trise pas cet arc romanesque car trop vite expĂ©diĂ© et finalement mal dĂ©veloppĂ©e dans les rapports de couple. Et malgrĂ© la sincĂ©ritĂ© des comĂ©diens Ă  offrir le meilleur d'eux mĂŞmes (en particulier, le jeu naturel de CĂ©line Sallette dĂ©couverte dans la sĂ©rie Les revenants !), on a du mal Ă  croire Ă  leurs Ă©changes amoureux en voie de perdition. En prime, le cheminement narratif riche en subterfuges et traĂ®trises, stratĂ©gies de filature et règlements de compte sanglants se perd un peu en cours de route par l'intensitĂ© poussive des enjeux. Notamment la manière redondante dont Zampa et le juge Michel alternent accalmies et provocations avant leur prochaine altercation. Hormis ses scories et grâce au savoir-faire de la rĂ©alisation, des excellents seconds-rĂ´les aux trognes burinĂ©es et des brillantes interprĂ©tations de Jean Dujardin et de Gilles Lellouche, le film s'impose comme un divertissement haletant Ă©maillĂ©s de moments forts sans jamais glorifier l'univers de la pègre dans leur hiĂ©rarchie inflexible. A l'instar de son final Ă  l'Ă©motion rigoureuse car baignant dans l'amertume d'une demi-mesure après avoir ciblĂ© la culpabilitĂ© d'un indic et la responsabilitĂ© d'une corruption policière. 


"French Connection" à l'américaine
Efficace et rondement menĂ©, mais parfois contrebalancĂ© par la dĂ©faillance de sĂ©quences inutiles s'Ă©tirant en longueur, la French se perd un peu Ă  mi-parcours Ă  rĂ©guler l'intensitĂ© des enjeux lors des rivalitĂ©s Ă  haut risque. NĂ©anmoins, on se rĂ©concilie Ă  nouveau avec l'intensitĂ© Ă©motionnelle de son point d'orgue alarmiste pour finalement approuver ce polar Ă  l'amĂ©ricaine dont la reconstitution des annĂ©es 70 ne manque pas non plus de carrure. De par l'esthĂ©tisme de sa photo sĂ©pia, le souci du dĂ©tail des infrastructures et l'ameublement des logements, les tenues vestimentaires et le charme rĂ©tro de sa bande-son pop/disco. 

Bruno Matéï


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