Sortie salles France: 19 juin 1985. U.S.A: 19 octobre 1984
FILMOGRAPHIE: Ken Russell est un réalisateur, scénariste, acteur, producteur, monteur et directeur de la photographie britannique né le 3 juillet 1927 à Southampton. 1967 : Un cerveau d'un milliard de dollars, 1969 : Love , 1970 : The Music Lovers, 1971 : Les Diables, 1971 : The Boy Friend, 1972 : Savage Messiah essiah, 1974 : Mahler, 1975 : Tommy, 1975 : Lisztomania, 1977 : Valentino, 1980 : Au-delà du réel, 1984: Les Jours et les nuits de China Blue.1986 : Gothic, 1988 : Salome's Last Dance , 1988 : Le Repaire du ver blanc ,1989 : The Rainbow ,1991 : La Putain, 2002 : The Fall of the Louse of Usher, 2006 : Trapped Ashes segment "The Girl with Golden Breasts".
Délire inclassable à l’exubérance psychotique, porté par un érotisme outrancier, Les Jours et les Nuits de China Blue est une œuvre flamboyante sur la passion du désir et la quête éperdue de l’assouvissement sexuel.
Le pitch : Bobby Grady, détective en fuite d’un mariage stérile, cherche un réconfort charnel dans les bras de China Blue, prostituée comblant sans retenue les fantasmes masculins. Mais derrière cette incarnation sulfureuse, China Blue mène le jour une autre vie, sous le nom de Joanna Crane, styliste introvertie. Bobby tente désespérément de la courtiser, tandis qu’un pasteur désaxé s’acharne à vouloir la repentir, projetant sur elle son propre refoulement.
Quatre ans après son trip métaphysique Au-delà du réel, le sorcier fou Ken Russell poursuit sa cavalcade provocatrice avec ce drame psychanalytique où l’érotisme torride se mêle à une flamboyance sadomasochiste. Réunissant deux comédiens aux trajectoires opposées - Anthony Perkins et Kathleen Turner, engagés dans une guerre des sexes jusqu’au-boutiste - le cinéaste explore l’intégrisme, le refoulement et la frustration sexuelle, mettant à nu des personnages en quête d’une impossible rédemption amoureuse.
Provocateur en diable, maître des ambiances baroques et malsaines (Les Diables), Ken Russell cultive ici une ironie dérangeante pour disséquer la frustration sexuelle au sein du couple, notamment à travers la dérive obsessionnelle de Donny Hopper, prisonnier d’un désir étouffé par une épouse frigide. À travers le personnage ambivalent de China Blue, le cinéaste esquisse un portrait de femme bouleversant : contrainte d’endosser la défroque de la prostituée pour assouvir ses pulsions, mais aussi pour se venger du machisme masculin lors de rituels sadomasochistes.
Bafouée par des années de déceptions amoureuses et hantée par un passé incestueux, elle se refuse à toute relation durable, par peur de l’attachement et de la routine. En guise d’expiation perverse, un prêtre psychotique s’immisce dans son quotidien salace, cherchant à la sauver tout en exorcisant ses propres pulsions interdites. Ainsi, au-delà de la perversion, de la débauche et du désir, Russell dresse le constat amer d’une détresse humaine se réfugiant dans une sexualité de consommation pour anesthésier la frustration.
Dans ce rôle schizophrène et incandescent, Kathleen Turner s’impose avec une spontanéité féroce et un sens de la provocation sidérant. Lascive, dominatrice, effrontée, elle magnétise l’écran par l’audace de ses jeux lubriques et la complicité vénéneuse d’une clientèle pathétique. En Ève déchue, jarretelles et nudité offertes aux excès, l’actrice fait preuve d’un courage rare, d’autant plus qu’elle sortait alors auréolée du succès populaire de À la poursuite du diamant vert. Face à elle, dans l’un de ses derniers grands rôles, Anthony Perkins livre une composition extravagante de pasteur intégriste, obsédé par le péché de la chair, courant godemiché à la main pour asséner versets et châtiments, jusqu’à un final oppressant qui joue ironiquement sur le motif du double et un clin d’œil assumé à Psychose.
Porté par une partition dissonante et électrisante, Les Jours et les Nuits de China Blue convoque un délire visuel baroque, mais aussi une tendresse affligée pour cette satire féministe de la sexualité névrosée et du couple en décomposition. À travers ses figures frustrées, refoulées, schizophrènes et psychotiques, Ken Russell transcende un poème sulfureux sur la passion du désir, l’acceptation de l’échec et la rédemption amoureuse - quand bien même Kathleen Turner et Anthony Perkins s’y livrent à un rapport de force anthologique, destructeur et profondément misogyne.
— le cinéphile du cœur noir 🖤
18.02.11 (594 vues)




Adam Eterno7 septembre 2011 18:57
RépondreSupprimerAssurément le dernier grand film de Ken Russell. Fable à la fois vacharde en diable et joliment naïve à propos de l'amour comme maladie du sexe; à moins qu'il ne s'agisse de l'inverse. Jekyll & Hyde glissés dans la culotte d'une styliste qui fuit les complications du coeur pour demeurer la Lilith corrompue par plaisir, par revanche mais surtout par masochisme. De l'importance de comprendre le sentiment amoureux et ses mirages de chair pas si chers sur le pavé bleu électrique de Hollywood, là où d'hypocrites fous de Dieu jugent leurs propres mensonges en stigmatisant les badauds, leurs frères. A l'image de son double, le révérend Peter Shayne (Perkins sublimement cabotin), Joanna doit renoncer à sa défroque de putain grim(m)ée pour connaître une délivrance.
Là encore, le titre original est plus significatif : Crimes of Passion. Crimes pluriel pour passion unique. Iconoclaste génial, Russell passe de la blague de potache - le pénis humain - à des vertiges de solitude douloureuse - Joanna, humiliée, face à son miroir qui lui renvoie l'ironique "Femme" de Magritte. En utilisant la peinture comme commentaire symbolique tout au long du film, Russell illustre le voyage difficile de l'amour avoué entre deux êtres par tableaux. Un voyage qui commence par les visages voilés des "Amants" de Magritte (encore) - illustration que Russell reprendra d'ailleurs dans "Gothic" - et s'achève par cette étreinte du "Baiser" de Klimt. Le ou les masques doivent tomber pour accéder à la connaissance de l'autre mais surtout de soi. Pour une fois, il y a eu vraiment symbiose entre l'univers fort d'un cinéaste exceptionnel et celui d'un scénariste, Barry Sandler, qui est à l'origine de cette savoureuse tambouille de motifs hitchcockiens célèbres, que le script utilise en les déviant et évitant presque toute cinéphilie stérile.
Le prix fut difficile à payer pour ce "crachat à la face de l'Art" comme disait l'autre. La belle Kathleen Turner qui avait déjà campé LA femme fatale des années 80 dans "Body Heat" sacrifia quasiment son intégrité artistique en acceptant ce rôle sulfureux pas évident à tenir. Russell raconte qu'il a du balancer "Le Mandarin Merveilleux" de Bartók à fond la caisse sur le plateau pour que la belle se lâche dans les séquences de sexe. La musique, surtout celle de Bartók, n'adoucit par forcément les mœurs dépravées ! Fidèle à sa manière, Russel, ce fou de musique demanda à Rick Wakeman (de Yes, de Bowie et même d'ailleurs) de pervertir la symphonie n°9 de Dvořák transformée pour l'occasion en phrase musicale pour trottoir !
Censuré à outrance en raison de ses séquences de fesses et surtout de son personnage de révérend préoccupé du zizi, le public américain n'a pu découvrir le film en version intégrale que par le biais de la vidéo.
"Moi, ce qui m'inspire...c'est la série B."
China Blue
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RépondreSupprimerBruno Matéï8 septembre 2011 08:15
C'est un vrai plaisir de te lire Adam ! tu es d'une pertinence pour un passionné du genre ! on s'agence très bien tous les 2 !
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Adam Eterno8 septembre 2011 14:35
On va créer un dynamique duo, Bruno ! Je te retourne le compliment. Il est très agréable de te lire car analyse et passion sont au même niveau et puis tu défends parfois des films que la critique officielle a éreinté à tort et à travers. "Crimes of Passion", c'est un peu particulier pour moi car il s'agit probablement d'un des cinquante films que j'emporterais sur Mars ! Rien qu'avec Ken Russell, la valise sera lourde. Je l'adore, ce diable d'homme ! Music Lovers, The Devils, Mahler, Women in Love, Tommy, Gothic (même si généralement tout le monde flingue ce dernier)... le choix est difficile !
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Bruno Matéï8 septembre 2011 17:21
Je l'adore tout autant que toi ce diable de Ken Russel et je rajoute même à la liste le superbe Au dela du réel. Gothic, je l'ai toujours apprécié et j'ai aussi un ami qui est inconditionnel.
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Adam Eterno8 septembre 2011 20:56
Ca fait plaisir car "Gothic" a été si malmené. Je suis bien content de savoir qu'il y a des amateurs. Oui, tu as raison, j'oubliais "Altered States" qui est excellent !
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Anonyme15 septembre 2011 14:16
Vous oubliez "Le Repaire du Ver Blanc" ainsi que Lisztomania et les divers biopics déjantés de Russel !
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