Sortie salles Italie: 4 Décembre 1972
FILMOGRAPHIE: Sauro Scavolini est un réalisateur et scénariste italien né le 3 Février 1934 à Pesaro, Marche. 1992: Un posto freddo in fondo al cuore (Télé-film). 1989 Un coup fumant (télé-film). 1985 Un foro nel parabrezza. 1977: Una devastante voglia di vincere (TV Mini-Series). 1972: Amour et mort dans le jardin des Dieux.
Excellente dĂ©couverte inĂ©dite en France, exhumĂ©e de sa torpeur grâce Ă l’Ă©diteur Le Chat qui Fume, Amour et mort dans le jardin des Dieux (quel titre fastueux, mais pleinement justifiĂ© !) bĂ©nĂ©ficie d’une copie HD scintillante qui permet de s’immerger dans ce thriller psycho-romantique au parfum d’onirisme sauvage. La nature - vaste, feutrĂ©e, verdoyante - devient l’interprète silencieuse du cadre criminel, complice des volatiles qu’un professeur Ă©tudie dans une solitude sereine (on pourra d’ailleurs y dĂ©celer un Ă©cho Ă la trilogie animalière d’Argento, ou encore Ă Blow Out de De Palma).
Car si, de prime abord, l’Ă©nigme policière observant les postures couardes d’un quatuor amoureux paraĂ®t sans vĂ©ritable surprise, Sauro Scavolini (hĂ©las pour son unique rĂ©alisation !) parvient Ă nous enivrer par l’ossature minutieusement planifiĂ©e de son rĂ©cit et par le brio d’une mise en scène chiadĂ©e, profondĂ©ment personnelle. On en prend plein les yeux devant ces cadres stylisĂ©s, ces gros plans insistants, cette camĂ©ra Ă l’Ă©paule respirant le rĂ©el - un rĂ©alisme envoĂ»tant autant que dĂ©rangeant, qui nous dĂ©sarçonne tout en nous sĂ©duisant.
Dans cette atmosphère d’Ă©trangetĂ© diffuse et permĂ©able, nous nous laissons happer par une dĂ©rive sentimentalo-mortuaire, toujours sur le qui-vive, Ă dĂ©mĂŞler les affects vĂ©nĂ©neux d’amants pris dans les mailles de la jalousie, de l’infidĂ©litĂ©, de la rancune et de la vendetta. Ă€ l’Ă©coute des apartĂ©s enregistrĂ©s sur bande magnĂ©tique que le professeur mutique reconstitue patiemment, Scavolini alterne flash-backs et prĂ©sent, consolidant une intrigue vĂ©nĂ©neuse soumise Ă la dĂ©rive morale de personnages dĂ©viants. Des prĂ©tendants maudits, Ă©pris d’amours passionnelles et obsessionnelles - au point que notre hĂ©roĂŻne, incarnĂ©e par l’Ă©trange et laiteuse Erika Blanc, consulte un psychiatre pour tenter d’Ă©lucider l’attraction charnelle qu’elle provoque chez ses soupirants.
Ainsi, Ă travers le thème de l’inceste (manipulĂ© dans le cadre troublant du simulacre), Amour et mort dans le jardin des Dieux captive en latence, baignant dans un onirisme sensoriel sublimĂ© par une mise en scène expĂ©rimentale. Thriller intime, marginal et singulier, il se savoure au rythme placide d’une balade romantique Ă©maillĂ©e de morts brutales.
Aussi bien dĂ©sincarnĂ© que rĂ©aliste au cĹ“ur d’un paradis naturel faussement tranquille, Amour et mort dans le jardin des Dieux demeure une perle maudite du psycho-killer, Ă recommander chaudement aux amateurs de romance nĂ©crosĂ©e.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir




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