mercredi 3 juillet 2019

Black Death

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Christopher Smith. 2010. Angleterre/Allemagne. 1h41. Avec Warner David, Van Houten Carice, Bean Sean, McInnerny Tim, Redmayne Eddie, Nixon Kimberley, Lynch John, Elliott Emu.

Sortie salles France: 8 Octobre 2010 (Festival du cinéma britannique de Dinard). UK: 11 Juin 2010

FILMOGRAPHIEChristopher Smith est un réalisateur et scénariste britannique né à Bristol le 16 août 1970. 2004 : Creep. 2006 : Severance. 2009 : Triangle. 2010 : Black Death. 2012 : Labyrinthe (série télévisée - 2 épisodes de la saison 1). 2014 : Get Santa. 2016 : Detour.


Film choc s'il en est, de par la cruditĂ© de ses scènes barbares et de son climat fĂ©tide permĂ©able que Christopher Smith retranscrit avec souci de vĂ©risme (aussi low-cost soit le budget), Black Death demeure une impitoyable descente aux enfers au coeur d'une Ă©poque mĂ©diĂ©vale asservie par le fanatisme, la superstition et le puritanisme. Le Pitch: Angleterre, 1348. Un groupe de mercenaires a pour mission de retrouver un NĂ©cromancier susceptible d'avoir propagĂ© la peste bubonique dans la rĂ©gion. Paradoxalement, un village ne semble nullement touchĂ© par la maladie mortelle particulièrement  contagieuse. Avec l'aide d'Edmund, jeune moine amoureux de la paysanne Averill, le chevalier Ulric et ses acolytes partent Ă  la recherche du village situĂ© Ă  proximitĂ© d'un marais. Eprouvante Ă©preuve de force (morale et physique) qu'un groupe de mercenaires endosse Ă  l'instar d'un chemin de croix si je me rĂ©fère Ă  leur rencontre finale auprès de la confrĂ©rie occulte, Black Death s'avère plus intelligent et retors qu'il n'y parait Ă  travers ses faux semblants surrĂ©alistes et surtout sa rĂ©flexion sur la foi religieuse et l'athĂ©isme que Christopher Smith oppose sans jamais juger ses personnages. Car baignant dans une mise en scène macabre teintĂ©e de surnaturel, l'intrigue joue efficacement du simulacre afin de contredire la rĂ©ception du spectateur pris Ă  parti entre l'inexpliquĂ© et les valeurs antinomiques du Bien et du Mal au sein d'une Ă©poque primale en quĂŞte de repères moraux.


La confrérie occulte s'efforçant de renier une existence divine sous couvert de leur hiérarchie sectaire bienfaitrice (leur populace aime à croire aux miracles pour se préserver de la peur de la peste - et donc de la mort -) quand bien même Ulric et ses sbires sont entièrement voués à la cause de Dieu afin de se donner un code d'honneur à leur existence vaillante. D'une cruauté inouïe, tant psychologique que corporelle, Black Death s'avère à l'image poisseuse de son époque moyenâgeuse. C'est à dire jusqu'au-boutiste, putrescente (ses cadavres décharnés à l'odeur pestilentielle que l'on entrevoit par intermittence), lâche et sans concession (l'épuration de sa dernière partie). Tant auprès de la pandémie à grande échelle, de la chasse aux sorcières pratiquée tous azimuts en guise de superstition que des sévices corporels perpétrés sur l'ennemi chrétien rendu impuissant dans sa condition de détention. Mais outre son intensité dramatique à couper au rasoir quant à son mode survival vécu de plein fouet lors de l'ultime demi-heure, Black Death tend notamment à souligner la faiblesse morale de l'homme vertueux du point de vue du moine néophyte sombrant dans une vendetta criminelle en lieu et place de traumatisme endeuillé. Ainsi, c'est sur cette note d'amertume que Black Death nous quitte précipitamment à travers sa réflexion sur la vengeance et la foi chrétienne du point de vue d'une perte de valeur morale en perdition spirituelle. Black Death sous-entendant en guise d'épilogue opaque que le mal est en chacun de nous et que la valeur d'un homme se juge à la manière dont il défie ce Mal.


Film choc furieusement noir, malsain et dĂ©sespĂ©rĂ© (notamment auprès du sentiment d'Ă©puisement des victimes molestĂ©es), Black Death ne nous laisse aucun rĂ©pit quant Ă  la prĂ©caritĂ© de ses pieux personnages martyrisĂ©s par une idĂ©ologie dĂ©lĂ©tère, si bien que l'on ne sort pas indemne de ce constat d'Ă©chec humaniste.  

*Bruno
2èx
03.03.11
03.07.19

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