de Gérard Krawczyk. 1987. France. 1h40. Avec Jacques Villeret, Jean-Pierre Bacri, Pauline Lafont, Jean Bouise, Guy Marchand, Jean-Paul Lilienfeld, Jacques Mathou, Claude Chabrol.
Sortie salles France: 29 Avril 1987
FILMOGRAPHIE: Gérard Krawczyk est un réalisateur, acteur et scénariste de cinéma français d'origine polonaise, né à Paris le 17 mai 1953. 1986 : Je hais les acteurs. 1987 : L'Été en pente douce. 1997 : Héroïnes. 2000 : Taxi 2. 2001 : Wasabi. 2003 : Taxi 3. 2003 : Fanfan la Tulipe. 2005 : La vie est à nous ! 2007 : Taxi 4. 2007 : L'Auberge rouge. 2016 : Magic 7
"C'est la nature".
Porté par la tornade sexuelle Pauline Lafont (disparue tragiquement à 25 ans), L'Été en pente douce (quel joli titre) s’embrase de sa présence iconique. Pin-up solaire, elle attise la convoitise des villageois depuis que Fane l’a recueillie chez lui, aux côtés de son frère déficient. Désireux de prouver qu’il n’est pas un raté, Fane se lance dans l’écriture d’un livre et projette d’épouser Lilas, malgré l’hostilité de Voke, garagiste cupide bien décidé à racheter sa maison.
Souvent associé à un cinéma populaire aux ambitions modestes (Taxi 2/3/4, Wasabi, L’Auberge Rouge), Gérard Krawczyk signe ici son film le plus habité. Porté par un casting aux petits oignons - Jean-Pierre Bacri, bourru et tranchant, Jacques Villeret d’une touchante naïveté plus vraie que nature, Guy Marchand en prédateur hâbleur - le film fait oublier leurs visages familiers pour les fondre dans un décor provincial écrasé de soleil, quasi irréel, notamment par ces accents de western italien.
Le récit contemplatif trouve sa force dans son ancrage au quotidien. Fane, Lilas et Maurice tentent tant bien que mal de bâtir une vie commune, fragile, bricolée, sous le regard hostile d’un voisinage prompt à juger cette étrangère trop belle, trop libre. Le film prend le temps de respirer. Il observe, il laisse exprimer ses personnages paumés, jusqu’à faire naître une émotion fragile sous-jacente.
Et au centre, Pauline Lafont. Sans jamais forcer, elle impose une présence magnétique. Derrière la sensualité évidente affleure une fragilité troublante, un manque d’assurance qui la rapproche instinctivement d’une figure à la Marilyn Monroe. Femme-enfant à la moue boudeuse, elle capte le regard autant qu’elle semble vouloir s’y soustraire. Puis, peu à peu, quelque chose change. Une révolte sourde, une affirmation fragile. Une manière d’exister autrement que dans le désir des autres. Elle devient versatile car davantage dérangée par ces regards à la fois gouailleurs et réprobateurs.
L’intrigue, simple, importe finalement peu. Tout se joue dans cette matière sensible : les corps qui transpirent, les silences rêveurs, les regards mélancoliques. Dans cette alchimie étrange entre humour, marginalité et tendresse, même lorsque le film flirte avec des zones plus dérangeantes (ce fameux coït entre 2 personnages).
Soutenu par une partition à l’harmonica, douce et discrète, le film installe un climat presque suspendu. Comme si cette chronique rurale glissait lentement vers une forme d’irréalité. Entre chaleur écrasante et désirs inavoués, ce trio tente de préserver un fragile équilibre, constamment menacé par l’extérieur machiste. Attachant, déroutant, traversé d’un érotisme diffus face à la nudité de Pauline, L'Été en pente douce surprend par la délicatesse de son émotion. Une romance fissurée, faite de tendresse et de désespoir, sous le soleil brûlant de la Haute-Garonne. Avec, au bout du compte, cette impression persistante d’avoir effleuré un cinéma français à part. Discret, sensuel, profondément marqué par une étincelle qu’on n’oublie pas: Pauline Lafont.
🖤 — le cinéphile du cœur noir
Box Office France: 785 791 entrées
INFO WIKIPEDIA concernant les circonstances du décès accidentel de Pauline Laffont:
Pauline Lafont meurt accidentellement en août 1988 au cours d'une randonnée solitaire, après avoir chuté d'un pic haut d'une dizaine de mètres au lieu-dit « l'Adrech », situé dans la commune de Gabriac dans les Cévennes. Elle passait alors des vacances avec son frère aîné dans la maison familiale de La Serre du Pomaret, ancienne magnanerie et demeure familiale de Bernadette Lafont, dans la commune de Saint-André-de-Valborgne. Alors qu'elle est partie seule le 11 août pour une randonnée pédestre, sa famille a pensé qu'elle reviendrait pour le festival de Suisse où elle devait recevoir un prix. Sa mère Bernadette Lafont donne l'alerte en fin d'après-midi. Pendant deux jours, 20 gendarmes, un hélicoptère et 40 pompiers battent la campagne. Son corps, presque réduit à l'état de squelette, est retrouvé par un agriculteur, au fond du ravin au lieu-dit l'Adrech sur la commune de Gabriac, le 21 novembre 1988, soit plus de trois mois après sa disparition et malgré de nombreuses recherches effectuées par son frère, l'armée et la police, qui entend une centaine de personnes après une plainte contre X déposée par le frère de Pauline le 16 août pour « arrestation arbitraire et séquestration ». Elle est alors identifiée par sa bague et sa denture. L'autopsie a démontré qu'elle a fait une chute de 10 mètres et est morte sur le coup.
Entre le moment de sa disparition et la découverte de son corps, de nombreuses rumeurs ont circulé (retraite en couvent, fugue en Chine, entrée dans une secte, suicide consécutif à une dépression à la suite d'une rupture amoureuse et d'une cure d'amaigrissement) et des témoins ont affirmé l'avoir vue. Mi-novembre 1988, Guillaume Durand affirmera même en direct lors du journal de 20 h de la chaîne La Cinq qu'il a « des assurances selon lesquelles Pauline Lafont est vivante », après avoir reçu des informations d'un interlocuteur anonyme selon lesquelles « Pauline désirait prendre du recul [et qu']elle sortira[it] de sa cachette dans quelques semaines », déclaration pour laquelle il s'excusera à plusieurs reprises auprès de sa mère Bernadette Lafont.



Merci
RépondreSupprimerPas d'quoi ^^
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