Photo empruntée sur Google, appartenant au site intemporel.com
de Alan Parker. 1982. U.S.A. 2h05. Avec Albert Finney, Diane Keaton, Karen Allen, Peter Weller, Dana Hill, Viveka Davis, Tracey Gold
Sortie salles France: 19 Mai 1982
FILMOGRAPHIE: Alan Parker (Alan William Parker) est un réalisateur, compositeur, scénariste et producteur britannique, né le 14 Février 1944 à Islington, Londres. 1975: The Evacuees (télé-film). 1976: Bugsy Malone. 1978: Midnight Express. 1980: Fame. 1982: Shoot the Moon. 1982: Pink Floyd The Wall. 1984: Birdy. 1987: Angel Heart. 1988: Mississippi Burning. 1990: Bienvenue au Paradis. 1991: Les Commitments. 1994: Aux bons soins du Dr Kellogg. 1996: Evita. 1999: Les Cendres d'Angela. 2003: La Vie de David Gale.

« L’amour se divorce Ă l’amiable »
Ĺ’uvre fragile abordant le thème du divorce sous l’impulsion d’une intensitĂ© dramatique capiteuse, Shoot the Moon se solda par un Ă©chec public lors de sa sortie discrète, alors mĂŞme qu’Alan Parker venait d’enchaĂ®ner les succès avec Fame et Midnight Express. HĂ©las sombrĂ© dans l’oubli, ce magnifique drame psychologique dĂ©peint sans ambages l’affrontement d’un couple en pleine crise morale, illuminĂ© par la prĂ©sence du duo Albert Finney — Ă©crivain bourru et colĂ©rique, refusant d’accepter la sĂ©paration — et Diane Keaton, Ă©pouse maternelle, plus vaillante et lucide face au fardeau conjugal.
Au-delĂ de leurs interprĂ©tations d’une justesse poignante (malgrĂ© une scène de restaurant un peu « too much », seul faux pas du film dans ses changements de ton), on reste Ă©bloui — pour ne pas dire tĂ©tanisĂ© — par le jeu terriblement expressif des quatre enfants. D’une spontanĂ©itĂ© bouleversante, ils traduisent avec une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante la dĂ©tresse de voir leurs parents sombrer dans la dĂ©liquescence amoureuse. Nombre de sĂ©quences intimistes nous arrachent des larmes, notamment celles centrĂ©es sur la fille aĂ®nĂ©e, terriblement isolĂ©e depuis qu’elle a surpris son père au tĂ©lĂ©phone avec sa maĂ®tresse.

Sa fragilitĂ© morale, mĂŞlĂ©e Ă une force rebelle, dĂ©chire le cĹ“ur Ă chacune de ses interventions. Alan Parker dirige avec une justesse miraculeuse l’innocence de ses fillettes turbulentes — pleines de vie, de peps, de gaietĂ© — malgrĂ© cette Ă©preuve existentielle aussi rigoureuse que cruelle, depuis que leur père a quittĂ© le foyer, victime d’une rupture irrĂ©conciliable. Bouleversant Ă plus d’un titre, Shoot the Moon Ă©vite habilement le pathos grâce Ă la vĂ©racitĂ© de sa mise en scène, pudique et anti-voyeuriste, capturant des tranches de vie oĂą s’entrelacent tendresse maternelle et naufrage conjugal.
Le film porte un regard Ă la fois attendri et dramatique sur ces enfants contraints de subir la sĂ©paration de leurs parents pour des raisons qu’ils ne peuvent ni comprendre, ni admettre, ni approuver. Ă€ travers le parcours moral du père — assailli par l’Ă©chec, la peur de la perte et l’incapacitĂ© Ă tourner la page —, Parker nous plonge au cĹ“ur d’une conscience bipolaire, d’une tempĂŞte Ă©motionnelle d’une justesse vertigineuse. Certaines sĂ©quences, d’une brutalitĂ© saisissante, frappent par leur authenticitĂ© : les disputes Ă©clatent, les corps se heurtent, et la douleur se fait matière.

“On se marie facilement, on se sĂ©pare difficilement.”
Grand moment de cinéma émotionnel, aussi pudique que brut, Shoot the Moon expose sans fard le désarroi des enfants du divorce, là où la violence des adultes surgit quand les mots ne suffisent plus. Parker y déploie une grâce, une tendresse, une sensibilité inusitée, portée par des comédiens criants de vérité contrariée. Il en émane un témoignage aussi humble que lucide, refusant le cliché pour mieux explorer la déchirure conjugale avec un réalisme quasi documentaire, aspirant le spectateur dans son vortex intime.
Ă€ ne rater sous aucun prĂ©texte : sans doute le plus beau, le plus convaincant film que l’on ait vu sur l’acceptation du deuil conjugal depuis le primĂ© Kramer contre Kramer.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
Récompenses: 1983 British Academy Film Awards Meilleur acteur dans un rôle principal pour Albert Finney.
Golden Globes: Meilleur acteur dans un film dramatique pour Albert Finney
Meilleure actrice dans un film dramatique pour Diane Keaton
Writers Guild of America: Meilleur scénario original pour Bo Goldman
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire