vendredi 28 janvier 2022

The Innocents. Grand Prix Nouveau Genre, L'Etrange Festival 2021.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Eskil Vogt. 2022. Norvège. 1h57. Avec Rakel Lenora Fløttum, Alva Brynsmo Ramstad, Sam Ashraf, Mina Yasmin Bremseth Asheim 

Sortie salles France: Février 2022

FILMOGRAPHIEEskil Vogt est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste norvĂ©gien nĂ© en 1974. 2014 : Blind. 2021 : The Innocents. 


"Le monde est dangereux Ă  vivre. Non pas tant Ă  cause de ceux qui font le mal, mais Ă  cause de ceux qui regardent et laissent faire."
KO au moment du dĂ©roulement du gĂ©nĂ©rique de fin. Le corps inerte, monolithique, les yeux vidĂ©s d'Ă©motion, la mine anxiogène, tendance dĂ©pressive, au bord des larmes, de par ma fragilitĂ© nĂ©vralgique d'avoir assistĂ© Ă  un Ă©prouvant règlement de compte comme nul autre cinĂ©aste ne su le retranscrire avec autant d'impact cĂ©rĂ©bral Ă  travers sa circonspection documentĂ©e. On peut d'ailleurs aisĂ©ment le rapprocher auprès du chef-d'oeuvre suppliciĂ© de Serrador, Les RĂ©voltĂ©s de l'An 2000 auquel il entretient le point commun de l'enfant malĂ©fique Ă  ciel ouvert. Sauf qu'en l'occurrence, et du cĂ´tĂ© de la Norvège (rĂ©putĂ© comme l'Ă©tat le plus pacifique au monde !), ses enfants sont nantis de pouvoir surnaturel (tĂ©lĂ©pathie, hallucinations prĂ©monitoires ou encore tĂ©lĂ©kinĂ©sie) que le cinĂ©aste n'expliquera jamais quant Ă  leurs origines. L'intĂ©rĂŞt rĂ©sidant essentiellement dans la caractĂ©risation Ă©quivoque de 4 bambins (dont une autiste) batifolant communĂ©ment au grĂ© de jeux interdits avec la souffrance et la mort. Et ce avant que certaines consciences ne se rĂ©veillent dans leur petit corps candide d'enfant en herbe soumis Ă  l'Ă©preuve de la souffrance et du danger parfois invisible. D'oĂą le sentiment d'inconfort permanent que l'on subit sans fioriture Ă  travers son tortueux climat clinique de menace reptilienne.  

Eskil Vogt dĂ©crivant sans ambages, et ce Ă  l'aide d'un malaise Ă  la fois moral et viscĂ©ral terriblement dĂ©stabilisant (on peut d'ailleurs Ă©tablir un rapprochement avec l'autrement malaisant l'Exorciste de Friedkin), les thèmes de l'instinct pervers et du sadisme innĂ© en nous sous l'impulsion d'un hyper rĂ©alisme suffocant. The Innocents demeurant une Ă©preuve de force, tant pour le spectateur que pour les protagonistes (infantiles / adultes) confrontĂ© Ă  l'incitation au Mal du point de vue d'une innocence prenant goĂ»t rapidement Ă  la violence grâce Ă  une impĂ©riositĂ© quasi indestructible. Mais outre son climat malsain infiniment permĂ©able ne lâchant pas d'une semelle l'attention du spectateur confrontĂ© au cauchemar le plus lâche, cruel et dĂ©sespĂ©rĂ©, The Innocent est transcendĂ© du talent naturel hors-pair de ces gamins en culotte courte dĂ©gageant un humanisme torturĂ© ou meurtrier littĂ©ralement communicatif (on vit Ă  travers eux, telle une entitĂ© voyeuriste !). Tant et si bien que l'on suit et subit leur parcours moral avec une apprĂ©hension constamment interrogative quant Ă  leur Ă©volution indĂ©cise et leurs dĂ©cisions de dernier ressort Ă  tenter ou pas d'y dĂ©jouer la menace dans leur petit corps meurtri. Une hostilitĂ© en roue libre nappĂ©e toutefois de rage et de chagrin, comme si l'innocent, le plus intolĂ©rable, prisonnier de son âge nĂ©ophyte, prenait conscience de ses dĂ©rives dĂ©moniales sans pouvoir les canaliser ou les obstruer. 

Modèle de mise en scène s'apparentant au coup de maĂ®tre pour un second essai (on reste autant Ă©bahi qu'impressionnĂ© par la gĂ©omĂ©trie du cadre auscultant les visages des bambins, entre infinie douceur et inquiĂ©tude latente ! ???), The Innocent transfigure le genre Fantastique avec une maturitĂ© forçant le respect. ImmortalisĂ© par ces 4 bouilles norvĂ©giennes exprimant "en profondeur" un humanisme Ă  fleur de peau gangrenĂ© par l'influence et la susceptibilitĂ© du Mal le plus insidieux, The Innocents nous reste en mĂ©moire tel un Ă©prouvant cauchemar moral dĂ©nuĂ© d'issue et de rĂ©solution. Et ce en dĂ©pit des apparences quelques peu salvatrices de son Ă©pilogue bipolaire, si bien que nos nerfs malmenĂ©s 1h57 durant finissent par nous lâcher au moment du gĂ©nĂ©rique de fin. Une date du Fantastique.

Pour Public Averti (du fait de son climat capiteux constamment malaisant et de sa cruautĂ© parfois trop rĂ©aliste).

*Eric Binford

Récompense:

L'Étrange Festival 2021 : Grand Prix Nouveau Genre

Prix du cinéma européen 2021 : Meilleur ingénieur du son

4 commentaires:

  1. J'espère qu'il t'impressionnera autant que moi

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  2. Bonjour comme le commentaire précédent "ça donne envie de le découvrir !"
    Merci à vous pour vos résumés et critiques .

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  3. Bonjour, merci à vous de prendre la peine de me lire. J'espère donc qu'il vous plaira car pour moi il s'agit de VRAI cinéma Fantastique au sens noble, personnel et intègre.

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