vendredi 2 septembre 2022

Soeurs de Sang / Sisters

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemachoc.canalblog.com

de Brian De Palma. 1972. U.S.A. 1h33. Avec Margot Kidder, Jennifer Salt, Charles Durning, William Finley, Mary Davenport, Barnard Hughes.

Sortie salles France: 2 fĂ©vrier 1977 (Int - 18 ans). U.S: 27 Mars 1973

FILMOGRAPHIE: Brian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinéaste américain d'origine italienne, né le 11 septembre 1940 à Newark, New-Jersey, Etats-Unis. 1968: Murder à la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1972: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le Bûcher des vanités. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted. 2012: Passion. 2019 : Domino - La Guerre silencieuse

C'est en 1972 que Brian De Palma, alors mĂ©connu Ă  l'orĂ©e de sa carrière cinĂ©matographique, dĂ©cide de frapper un grand coup pour le genre horrifique avec Soeurs de Sang interdit aux moins de 18 ans lors de sa sortie tardive chez nous (1977 !). Le rĂ©cit glaçant de 2 soeurs siamoises impliquĂ©es dans un meurtre d'une rare sauvagerie que la première partie nous structure avec un rĂ©alisme clinique redoutablement pervers. Le dĂ©sir sexuel s'affiliant soudainement au goĂ»t du sang de la façon la plus brutale, fortuite et inconsciente. Ainsi, Ă  travers ses thèmes favoris du voyeurisme, du dĂ©sir sexuel, de l'obsession et du faux semblant, Brian De Palma nous entraĂ®ne dans une vĂ©ritable descente aux enfers culminant vers une ultime demi-heure aussi traumatisante que malsaine. Le rĂ©alisateur usant d'images bougrement dĂ©rangeantes Ă  travers ses Ă©treintes imposĂ©es sans consentement de la victime, et par le biais d'expĂ©rimentations monochromes d'images d'archive pour susciter, ou plutĂ´t dĂ©cupler, malaise, dĂ©goĂ»t, ad nauseam quant Ă  l'Ă©trange romance qui s'esquisse face Ă  nous entre un chirurgien et sa dulcinĂ©e Ă©branlĂ©e d'une rĂ©miniscence chirurgicale. Margot Kidder, littĂ©ralement habitĂ©e par sa schizophrĂ©nie bicĂ©phale demeurant tantĂ´t terrifiante en tueuse diabolique, tantĂ´t douce et sensuelle en maĂ®tresse avinĂ©e d'un soir, tantĂ´t troublante en victime dĂ©munie manipulĂ©e par un amant Ă©perdument amoureux d'elle au point d'en omettre tout scrupule. 

Outre la science du suspense subtilement imposĂ©e en split screen auprès de la disparition du corps qu'une des voisines de l'immeuble, tĂ©moin du meurtre, tente de percer avec l'aide de 2 policiers obtus, De Palma tĂ©lescope adroitement thriller et Ă©pouvante avec un art consommĂ© du malaise viscĂ©ral quant au secret de ses soeurs siamoises dont nous ne connaitrons les vĂ©ritables mobiles que lors de l'ultime demi-heure anthologique. Pour ce faire, et pour nous instiller un vertige irrĂ©ductible, De Palma recourt aux images cauchemardesques ou inquiĂ©tantes, telle sa cicatrice corporelle que Daniele accuse sur le flanc tout en se culpabilisant du terrible drame dont elle demeure Ă  la fois complice et victime si je me rĂ©fère au vrai responsable de cette romance nĂ©crosĂ©e que De Palma ose filmer de manière crue et documentĂ©e. Typiquement la marque de fabrique des Seventies se permettant d'autre part des audaces graphiques et formelles pour mieux secouer le spectateur, tant d'un aspect psychologique que sanglant. Mais le moteur du rĂ©cit davantage fascinant Ă©mane vĂ©ritablement du traitement cĂ©rĂ©bral rĂ©servĂ© aux personnages peu recommandables (mais aussi Ă  la journaliste !) communĂ©ment manipulĂ©s, droguĂ©s, hypnotisĂ©s par une liaison amoureuse dĂ©nuĂ©e d'Ă©thique. Si bien qu'Ă  travers le point de vue moral de la journaliste (impeccablement endossĂ©e avec aplomb et pugnacitĂ© suicidaire par Jennifer Salt au point de presque voler la vedette Ă  Margot Kidder !), Soeurs de Sang dĂ©gage une rare intensitĂ© horrifique mĂ©phitique pour sa prĂ©sence dĂ©sespĂ©rĂ©ment soumise et les tenants et aboutissants impartis Ă  une gĂ©mellitĂ© pathologique. Soeurs de sang possĂ©dant notamment plusieurs grilles de lecture si j'ose dire (dont celle de la possession pourquoi pas surnaturelle !) afin de saisir le profil psychotique de ses soeurs siamoises oĂą jalousie, absence de reconnaissance, viol, perte/trouble identitaire et possessivitĂ© en seront les catalyseurs d'une effroyable tragĂ©die criminelle. 

Hitchcock au vitriol.
Chef-d'oeuvre mortifère d'un rĂ©alisme documentĂ© qui n'appartient qu'Ă  cette dĂ©cennie historique, Soeurs de Sang n'a rien perdu de son aura malsaine, perverse, malaisante, nĂ©crosĂ©e plus de 50 ans après sa sortie. Car il reste en l'Ă©tat toujours aussi intense, effrayant, malaisant et aliĂ©nant Ă  travers son imagerie horrifique que De Palma manipule au grĂ© d'une diabolique technicitĂ© expĂ©rimentale. 

*Bruno
5èx

Ci-joint la chronique de son splendide remake: STRANGE VOMIT DOLLS: SISTERS (brunomatei.blogspot.com)

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