jeudi 31 octobre 2024

La Peau / La Pelle

                                              
                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Liliana Cavani. 1981. Italie/France. 2h13. Avec Marcello Mastroianni, Ken Marshall, Alexandra King, Carlo Giuffrè, Yann Babilée, Jeanne Valérie, Liliana Tari, Peppe Barra, Cristina Donadio...

Sortie salles France: 25 Novembre 1981. Italie: 25 Septembre 1981

FILMOGRAPHIE: Liliana Cavani est une rĂ©alisatrice italienne, nĂ©e le 12 Janvier 1933 Ă  Carpi (Emilie-Romagne). 1966: Francesco d'Assisi. 1968: Galileo. 1969: Les Cannibales. 1972: l'Ospite. 1974: Milarepa. Portier de Nuit. 1977: Au-dela du bien et du mal. 1981: La Peau. 1982: Derrière la porte. 1985: Berlin Affair. 1989: Francesco. 1992: La Traviata. 1993: Sans pouvoir le dire. 2002: Ripley s'amuse. 2005: De Gasperi, l'uomo della speranza. 2008: Einstein (tĂ©lĂ©film).


Le Pitch: En 1943, Naples vient d'être libéré après le débarquement américain. Malaparte, officier de l'armée italienne de libération doit négocier avec ceux qui détiennent les prisonniers allemands tout en faisant face à la misère des habitants dont certains se livrent à la prostitution.

Affreux, sales et méchants (toutes proportions gardées !).

Fort d'une atmosphère blafarde particulièrement nĂ©crosĂ©e au fil d'une ossature narrative sciemment sournoise, Liliana Cavani nous dĂ©peint sans fard aucun le moment de libĂ©ration d'une capitale italienne lors de la seconde guerre mondiale parmi une foule dĂ©structurĂ©e rĂ©duite Ă  la famine et Ă  la prostitution depuis leur prĂ©caritĂ©. Mais c'est Ă  travers les observations d'un gĂ©nĂ©ral, d'une aviatrice, d'un capitaine amĂ©ricains puis d'un officier italien (Marcello Mastroianni insufflant avec un magnĂ©tisme inquiĂ©tant une force tranquille et mutique ambigĂĽe !) que La Peau nous mènera au bout d'une horreur inhumaine. Un voyage au bout des tĂ©nèbres pour autant dĂ©nuĂ© de scènes de guerre mais d'une infinie Ă©manation fĂ©tide que l'on ne voit pas vraiment arriver afin de se violemment confronter au malaise et au dĂ©gout de manière reptilienne quant aux agissements sans vergogne d'une populace emportĂ©e d'un vertige existentiel en perdition. Celle oĂą les valeurs du Bien et du Mal y sont rompues sans espoir de rĂ©demption. Car en dĂ©pit de la dĂ©pĂŞche rassurante de ce pays libĂ©rĂ© par les amĂ©ricains contre l'occupation allemande, La Peau illustre avec une vigueur dramatique implacable les (ex)actions d'un peuple italien se remettant peu Ă  peu du trauma de la guerre pour Ă  son tour se corrompre Ă  travers leur bassesse. 


Un constat social infiniment Ă©prouvant donc et fort dĂ©rangeant de par son vĂ©risme sordide si bien que ces petites gens cèderont complaisamment aux actes frauduleux (prostitution, enfants abusĂ©s) pour tenir lieu de bas instincts de survie. Or, de prendre en ligne de compte que ce sombre rĂ©cit est tirĂ© du roman "autobiographique" de l'Ă©crivain Curzio Malaparte paru en 1949, un gout de souffre dans la bouche s'y fait inĂ©luctablement ressentir suivi d'un malaise viscĂ©rale parfois difficilement gĂ©rable auprès des sĂ©quences les plus rudes, vulgaires ou scabreuses (on aborde mĂŞme le cannibalisme Ă  plusieurs reprises ainsi que la vivisection animale !). C'est dire si La Peau, Ă©ludĂ© du hors-champs, est une constante Ă©preuve (de force) morale que l'on subit sans anesthĂ©sie jusqu'Ă  l'audace couillue d'une conclusion horrifiante Ă  l'ironie vitriolĂ©e. Dans la mesure oĂą passĂ©e une Ă©ruption volcanique (mĂ©taphorique), l'homme semble condamnĂ© Ă  la damnation de s'ĂŞtre autant vautrĂ© dans la barbarie et la servilitĂ©, mĂŞme auprès des plus candides comme le souligne l'ultime accident morbide auquel se clĂ´t l'oeuvre maladive de Liliana Cavani Ă  qui l'ont doit notamment son chef-d'oeuvre Portier de Nuit rĂ©alisĂ© 7 ans plus tĂ´t.


La Chair.
A travers sa mise en scène Ă  la fois âpre et glaçante soumise Ă  l'horreur d'une dĂ©liquescence morale de masse, La Peau se dĂ©cline en Ă©prouvant drame social quant au constat amer imparti Ă  une dĂ©chĂ©ance misĂ©reuse suite aux consĂ©quences d'un conflit belliciste planĂ©taire. Une oeuvre choc donc qui rĂ©vulse et scandalise Ă  la fois dans sa criante reconstitution historique oĂą le souci du dĂ©tail ornemental/sculptural et le recrutement de nombreux figurants fort convaincants y saturent sa facture docu-vĂ©ritĂ©. Un drame de guerre d'autant plus baroque de par sa scĂ©nographie insalubre au seuil de la pornographie diluant le malaise diffus (en intraveineuse svp, sans nous demander pardon). Et ce jusqu'Ă  la hantise d'une mĂ©chante gueule de bois que l'on ne parvient pas Ă  Ă©vacuer au-delĂ  du gĂ©nĂ©rique. A rĂ©server Ă  un public averti tant il me semble illogique d'avoir mentionnĂ© une interdiction aux moins de 13 ans lors de sa sortie dans l'hexagone.

*Bruno
29.09.10
31.10.24. Vostfr

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