jeudi 27 novembre 2025

Dracula de Luc Besson. 2025. France. 2h09.

                       (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

"L’Impensable RĂ©demption : le miracle gothique de Luc Besson."

Les bras m’en tombent, bĂ©at. Ă€ peine remis de ce que je viens d’endurer 2h03 durant (exit le gĂ©nĂ©rique), la nouvelle proposition de Luc Besson m’a triturĂ© la raison et les Ă©motions avec un art consommĂ© de la fĂ©erie horrifique. Et si, comme on a pu le lui reprocher, la première demi-heure laisse craindre une semi-parodie du Dracula de Coppola - avec un Jonathan Harker encore plus transparent et ridicule que Keanu Reeves, et un vampire sclĂ©rosĂ©, Ă  peine caricatural - le climat Ă©trangement baroque, dĂ©concertant, dĂ©routant, dĂ©complexĂ©, et surtout le jeu Ă  la fois infaillible et impassible de l’incroyable acteur texan Caleb Landry Jones (dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lĂ© dans le magnifique Dogman, et preuve que ce n’Ă©tait pas un accident pour remettre sur les rails le Besson des annĂ©es 80), emportent peu Ă  peu l’adhĂ©sion.
 

Je comprends les puristes renfrognĂ©s vouant un amour immodĂ©rĂ© au roman de Bram Stoker (que je relis depuis deux semaines, coĂŻncidence oblige !) et les rĂ©fractaires aux adaptations libres qui s’approprient sans complexe le mythe de Dracula. Mais comment rĂ©sister Ă  cette flamboyance formelle Ă  damner un saint ? La photo Ă  se pâmer d'amour, les dĂ©cors capiteux, les costumes, les paysages, les monuments gothiques, la lumière crĂ©pusculaire ; sa structure narrative constamment surprenante et inventive ; l’implication des seconds rĂ´les, modestement dĂ©calĂ©s… tout nous invite Ă  un spectacle somptueux, aussi fou et audacieux qu’Ă  l’Ă©poque du Pacte des Loups.
 

Et, il faut le rĂ©pĂ©ter, Caleb Landry Jones bouffe l’Ă©cran avec une sobriĂ©tĂ© naturelle qui n’appartient qu’aux grands, donnant chair et sang Ă  son personnage maudit avec une pudeur mĂ©lancolique rigoureusement tenue. Car s’il est une qualitĂ© que l’on ne peut reprocher Ă  cette adaptation parfois un brin pĂ©tulante et mĂŞme pittoresque, c’est son refus absolu de la mièvrerie. Besson la rĂ©cuse sans cesse pour transcender la romance intime entre Dracula et Mina, lors d'apartĂ©s et d’Ă©treintes subtilement sincères, nobles, presque Ă©purĂ©es.


Splendide romance gothique, d’une gĂ©nĂ©rositĂ© surprenante, un rien marginale dans son refus des conventions Ă©culĂ©es (mĂŞme s'il s'en approprie parfois), le Dracula de Besson existe aisĂ©ment par lui-mĂŞme en toute autonomie, dans un esprit, un parti-pris peut-ĂŞtre sciemment dĂ©gingandĂ© (combien de fois me suis-je demandĂ© : mais qu’est-ce que je suis en train de voir ?!), mais irrĂ©sistiblement fascinant dans sa folle ambition formelle, technique (FX impeccables, notamment les crĂ©atures de pierre frisant au dĂ©part le ridicule sans jamais s'y vautrer) et narrative, osant mĂŞme l’impensable : la rĂ©demption lumineuse, lors d’un Ă©pilogue onirique Ă  l’Ă©motion bouleversante, portĂ© par l’impulsion d’un Danny Elfman rigoureusement engagĂ©.
 

Pour conclure, nous avions affaire Ă  du grand spectacle au souffle Ă©pique et luxueux (je n'ai mĂŞme pas Ă©voquĂ© les combats et batailles aussi hybrides et anachroniques qu'au sein de la pochette surprise: Le Pacte des Loups); du sang frais, furieusement autonome ; de l’Ă©motion tenue sur le fil entre retenue et dĂ©cadence (je n'ai mĂŞme pas mentionnĂ© le second-rĂ´le dĂ©vergondĂ© Maria); une romance pure noblement magnĂ©tique; et surtout un sens horrifique baroque et féérique comme on n’en voit jamais dans le paysage français.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
Vost  
Budget: 45 Millions d'euros
Box-Office France: 650 248 EntrĂ©es. Russie: 1 745 274 entrĂ©es. Italie: 690 627 entrĂ©es.
 
Info (Wikipedia): Dracula est programmé pour une sortie à l'international dans une cinquantaine de pays devant s'étaler sur plusieurs mois, d'août à décembre 2025. Il est devenu le plus gros succès au box office mondial pour un film français de 2025.

2 commentaires:

  1. Merci pour ton analyse sérieuse !
    Nous en avons très peu eu sur ce film dont la sortie/promo fut traitée comme un événement, avec Luc Besson mis en avant, mais assez peu de retours sur ce film.

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