(Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
"Fidèle à la perte."
Troisième révision du Canardeur de Michael Cimino, dans sa version originale Thunderbolt and Lightfoot - littéralement "Coup de tonnerre et Pied-de-biche". Un titre infiniment plus juste, plus joueur, plus révélateur que son pendant français, tristement réducteur, qui l’enferme dans une case de film d’action standard, bankable, façonné autour de l’icône Clint Eastwood.
Car Le Canardeur est tout sauf un simple film d’action. C’est un grand film crépusculaire, un classique des années 70, qui épouse la dérive et la complicité de deux hommes en marge - deux braqueurs que tout oppose et que tout finit par relier. D’un côté, Coup de tonnerre, silhouette sèche, laconique, portée par l’aplomb presque mythologique d’Eastwood. De l’autre, Pied-de-biche, incarné par un Jeff Bridges débutant, insolent de vie, électrique - au point, souvent, de voler la vedette à son partenaire. Un exploit.
Troisième révision du Canardeur de Michael Cimino, dans sa version originale Thunderbolt and Lightfoot - littéralement "Coup de tonnerre et Pied-de-biche". Un titre infiniment plus juste, plus joueur, plus révélateur que son pendant français, tristement réducteur, qui l’enferme dans une case de film d’action standard, bankable, façonné autour de l’icône Clint Eastwood.
Car Le Canardeur est tout sauf un simple film d’action. C’est un grand film crépusculaire, un classique des années 70, qui épouse la dérive et la complicité de deux hommes en marge - deux braqueurs que tout oppose et que tout finit par relier. D’un côté, Coup de tonnerre, silhouette sèche, laconique, portée par l’aplomb presque mythologique d’Eastwood. De l’autre, Pied-de-biche, incarné par un Jeff Bridges débutant, insolent de vie, électrique - au point, souvent, de voler la vedette à son partenaire. Un exploit.
Cimino orchestre alors un mélange des genres d’une fluidité remarquable : comédie, road movie, polar, film de braquage, aventure - le tout traversé par un souffle humaniste inattendu. Le film amuse constamment, fait rire, emporte, notamment grâce à l’énergie frondeuse de Pied-de-biche, qui nargue sans cesse le duo de malfrats interprété par George Kennedy (jouissif en ours bourru) et Geoffrey Lewis (impayable dans sa mine figée à la fois timorée et maladroite), véritables silhouettes burlesques, héritières du cinéma muet, quelque part entre Laurel et Hardy.
Mais sous cette légèreté affleure un réalisme plus âpre. Les éclats de violence, rares mais saisissants, frappent d’autant plus fort. Les scènes d’action, peu nombreuses mais d’une maîtrise impressionnante - notamment les poursuites automobiles - témoignent déjà d’un sens aigu de la chorégraphie et de l’espace.
Et puis il y a les paysages. Le Montana, filmé avec une ampleur sacrée, devient un écrin mélancolique. Cimino y déclare ouvertement son amour pour John Ford (que les critiques ne manquent pas d'évoquer), inscrivant ses personnages dans une nature qui les dépasse, les engloutit presque. Mais il y a une douceur, une tranquillité, une caresse qui traverse l'écran à travers ce paysage moderne de western révolu.
Le récit, pourtant simple - retrouver un magot disparu dans une école - devient alors prétexte à une équipée endiablée, à une traversée humaine, rythmée, vivante, constamment relancée par l’énergie juvénile de Bridges, de la force tranquille d'Eastwood embarrassés de deux malfrats rancuniers.
Et soudain, sans prévenir, le film bascule. Et là, bon sang, on est atteint par une émotion taillée dans la réserve.
Son final - que je n’évoquerai qu’à demi-mot - s’impose comme une déflagration émotionnelle. Une dizaine de minutes suspendues, d’une amertume bouleversante, qui reconfigurent tout ce que l’on vient de voir. L’une des plus belles fins mélancoliques du cinéma, sans doute, tant elle saisit par sa pudeur, sa cruauté et sa grâce. On n'observe plus des braqueurs mais des hommes vulnérables happés par une remise en question morale.
Pour un premier long-métrage, Cimino y révèle donc déjà un talent burné: celui de faire coexister le rire et la tragédie, la légèreté et le deuil, avec une fluidité insensée.
Classique typiquement seventies, dans son scope lumineux et trompeur, Le Canardeur séduit sans fard autant qu’il serre le cœur. Une œuvre profondément humaine, drôle et mélancolique, qui avance dans la bonne humeur - avant de laisser, en silence, une trace indélébile.
— le cinéphile du cœur noir 🖤






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