(Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site artsupp.com. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
"Chacun d'entre nous possède sa propre mort, qui s'occupe de nous dès notre naissance...". Jean Cocteau.
Hier soir j'ai revu (une 3èx) Orphée après trente années d’absence. Trente ans de silence… pour une claque absolue.
Pourquoi une telle attente confinée dans la torpeur ? Peut-être pour mieux célébrer ses retrouvailles.
Orphée est, à mes yeux, le plus grand film de Jean Cocteau. Un chef-d’œuvre du fantastique français, oui - mais surtout une œuvre d'art à part, insaisissable, qui échappe à toute tentative de réduction, de lucidité.
Hier soir j'ai revu (une 3èx) Orphée après trente années d’absence. Trente ans de silence… pour une claque absolue.
Pourquoi une telle attente confinée dans la torpeur ? Peut-être pour mieux célébrer ses retrouvailles.
Orphée est, à mes yeux, le plus grand film de Jean Cocteau. Un chef-d’œuvre du fantastique français, oui - mais surtout une œuvre d'art à part, insaisissable, qui échappe à toute tentative de réduction, de lucidité.
Ici, l’amour prend une forme interdite, blasphématoire : celle qui unit un homme à la Mort elle-même, personnifiée par une femme. Jean Marais, tout en charisme classieux, incarne un Orphée fiévreux, aimanté par l’interrogation en permanence, par l'inconnu, tandis que María Casares, souveraine et ténébreuse, donne à la Mort un visage féminin, une présence, un désir. Une femme. Une princesse (c'est d'ailleurs son surnom). Une fatalité amoureuse prête à toutes les audaces.
Ce qui frappe, au-delà même du récit indéchiffrable, c’est la matière monochrome du film. Ses trucages artisanaux - miroirs liquides, corps traversant l’impossible, bâtiments en ruines qui deviennent royaume des morts, corps éjectés dans les airs - ne cherchent jamais à épater : ils nous convainquent de la réalité des faits.
Ce qui n’existe pas est souvent ce qu’il y a de plus réel. Ils abolissent la frontière entre illusion et croyance. On n’observe pas Orphée, on y glisse sans s'en rendre compte. Et c’est là que Cocteau est unique.
Car tout, ici, relève de la poésie personnelle. Une poésie étrange, limpide, quasi primitive. L’au-delà n’est pas un spectacle : c’est un état nouveau. Un espace suspendu où le temps se dissout, où les sentiments se déforment, où aimer devient vertigineux.
On pourrait chercher à comprendre. Décortiquer. Interpréter.
Mais ce serait presque une erreur. Orphée ne demande pas à être compris. Il demande à être rêvé. On n'est pas obligé de tout comprendre pour aimer, l'important c'est de "rêver". Et en matière d'évasion hypnotique, Orphée se porte en étendard.
Vous voulez connaître le pouvoir du cinéma, Orphée est conçu pour cela.
Car c ’est un film qui se vit comme un songe éveillé, où l’on accepte tout - parce que tout est ressenti. Parce que tout est traversé par une vérité émotionnelle qui dépasse la logique.
Je persiste et signe, Orphée est une expérience à part entière. Et c’est peut-être là qu’il va plus loin encore que La Belle et la Bête, pourtant déjà sublime, on le sait tous. Là où ce dernier émerveillait dans le baroque et la délicatesse, Orphée trouble, dérange, envoûte sans limite. Il ne caresse pas, non non, il hante, il s'insinue en nous, il rampe en notre chair et notre âme. C'est un sentiment d'abandon qui échappe à notre raison.
Les regard sculptés, chaque geste, chaque silence semble chargé d’une aura invisible. Les acteurs secondaires - François Périer, Marie Déa - ne jouent pas : ils semblent possédés par ce monde, par l'amour qui les dépasse. Et nous avec.
Orphée devient alors une matière vivante, mouvante, organique. Un film qui respire, qui palpite, qui nous entraîne dans un ailleurs indicible - ce lieu où l’amour et la mort ne font plus qu’un. Qui aurait pu concevoir une union aussi proscrite !
Oui, Orphée est un film d’amour fou aux sentiments aussi expansifs que raffinés, à l'instar de l'harmonie de ces dialogues florissants. Mais surtout, c’est un film rare. Précieux. Imperméable à l'évolution du
temps.
L’un des plus beaux films du monde.
— le cinéphile du cœur noir 🖤
Récompenses: Prix du meilleur acteur français à Jean Marais aux Victoires du cinéma français en 1950
Grand Prix international de la Critique (prix FIPRESCI) au festival de Venise en 1950
Oscar de la traversée du nouveau Normandie.
Victoire du référendum du grand public des directeurs de salle à Cannes.
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