samedi 25 avril 2026

Le Sabre Infernal de Chu Yuan. 1976. Hong-Kong. 1h35.

                      (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Hier soir, révision du Sabre infernal, réalisé par Chu Yuan. Ne tournons pas autour : nous sommes face à un chef-d’œuvre du genre. Et quel divertissement bondissant mes amis ! Au rythme métronome, où les combats au sabre s’enchaînent avec une grâce et une fluidité hallucinées - marque de fabrique de la Shaw Brothers
 
1h35 durant, le film nous submerge, nous emporte, nous hypnotise les mirettes à travers la trajectoire de Fu Hung-hsueh, chevalier taciturne, maître du sabre, chargé de protéger les mythiques Plumes de Paon convoitées par un seigneur de clan insaisissable. Mais très vite, le récit dépasse sa simple mécanique d’affrontements. Car Le Sabre infernal est aussi et surtout un objet hybride: un croisement fascinant entre le western italien et le film de sabre. Une ambiance étrange, quasi irréelle (à l'instar du prologue feutré), parfois même surnaturelle. 
 
 
Les corps volent dans les airs, les armes parfois sophistiquées semblent défier la logique, et le sabre du héros - prolongement de son âme - tranche l’espace avec une vélocité quasi abstraite.
Chaque combat devient alors une chorégraphie, comme de coutume me direz vous. Chaque duel énergivore, une danse de mort capiteuse. 
 
Or, sous cette débauche d’action baroque et envoûtante, le film murmure autre chose.  
Dans ses accalmies, ses silences, ses instants suspendus, émerge une douleur plus profonde. Fu Hung-hsueh n’est pas seulement un guerrier : c’est un homme fatigué. Un homme vidé.
À travers ses échanges avec une jeune femme, il exprime une vérité amère : la célébrité est une malédiction. Elle élève, mais elle isole. Elle transforme l’homme en symbole, puis surtout le prive d’amour véritable. On ne l’aime pas. On le regarde.
Le film touche ici à quelque chose de rare : la célébrité comme désert affectif.
 
 
Et à mesure que les combats s’accumulent, une autre fatigue s’installe en filigrane. Une lassitude existentielle. Combattre, encore. Tuer, toujours. Pour quoi ? Le pouvoir ? La reconnaissance ? L’argent ? Rien de tout cela ne semble désormais avoir de poids. La répétition vide le geste de son sens.
 
Jusqu’à cette conclusion magnifique, traversée d’amertume et de mélancolie, où le héros choisit de se retirer. Refusant le pouvoir, la domination, la gloire - refusant, en somme, le monde qui l’a façonné. 
Ce n’est pas une fuite. C’est un renoncement. Une libération vers nulle part.
  

Ainsi, Le Sabre infernal raconte, derrière son apparente fureur extrêmement stimulante, quelque chose de profondément triste et universel : comment la quête de grandeur transforme l’homme en icône… puis l’icône en solitude.
 
Un chef-d’œuvre absolu, dont la fascination traverse les décennies avec une grâce romantique déchue.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤 

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