mardi 28 avril 2026

Le Dernier face à face / Faccia a faccia de Sergio Sollima. 1967. Italie/Espagne. 1h52.

(Crédit photo : image trouvée via affiches-française.com, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Alors hier soir, révision du Dernier Face-à-face de Sergio Sollima, réalisé en 1967… et quelle claque, mes amis. Un film qui laisse de sérieuses traces dans l’encéphale, avec cette sensation d’amertume désenchantée qui colle à la peau une fois le générique clôt. Car ici, on est bien loin des conventions habituelles du western : Sollima prend un malin plaisir à dynamiter les repères moraux et à exploiter avec une intelligence rare l’anti manichéisme de ses personnages.

Si bien qu’ici, le bandit au grand cœur, interprété par Tomas Milian, explose une nouvelle fois l’écran avec une évolution morale totalement inattendue, surtout lorsqu’on la met en parallèle avec celle de son otage, Brad Fletcher, incarné par Gian Maria Volonté : un intellectuel souffreteux, cultivé, raffiné, dont la parole et la pensée semblent d’abord capables de réveiller la conscience morale de son rival.
 

Or, ce qui passionne dans ce western particulièrement dramatique et profondément grave, c’est précisément cette inversion des rôles qui va peu à peu s’opérer au fil du récit, au gré des trahisons, des braquages et des choix humains les plus troubles. Là où l’on croyait voir un hors-la-loi brutal se dessiner une forme de rédemption, c’est finalement l’homme de culture qui glisse lentement vers la corruption, le pouvoir et la violence qui ébranle nos sentiments.

Et c’est là toute la force du film que de nous malmener: Le Dernier Face-à-face devient une passionnante étude sur les valeurs du bien et du mal, ou plutôt sur leur porosité. Sollima montre comment la culture, l’intelligence et le savoir peuvent eux aussi se soumettre au mal lorsqu’ils se laissent contaminer par le goût du pouvoir.
 

Le film pousse cette déliquescence morale très loin dans cette nouvelle identité, jusqu’à la tragédie humaine la plus cruelle, à travers ses victimes innocentes, ses dommages collatéraux, jusqu’à cette violence qui finit même par emporter l’enfance dans son sillage.

Et c’est cette puissance dramatique du cheminement narratif qui culmine dans un face-à-face final terriblement pessimiste, pathétique et désolé. Car ici, il n’y a ni héros, ni véritables bandits. Il n’y a que des hommes qui se sont égarés dans la facilité de la violence, la corruption, la perversité et le crime.
 

Et dans la finalité, une seule pensée demeure : quel gâchis. Quel immense gâchis moral. Voir des êtres sombrer ainsi dans la faiblesse humaine, dans l’ivresse du pouvoir et dans le goût du sang jusqu’à perdre toute forme d'éthique.

C’est précisément ce qui fait toute la force, l’intensité et la puissance élégiaque de ce splendide western italien : nous laisser sur une note profondément triste, désenchantée, amère… tout en provoquant malgré tout une forme d’empathie pour ces deux hommes détruits par leur propre trajectoire et les cadavres qu'ils ont semé sur leur route. Car l’un d’eux demeure, malgré tout, moins condamnable que l’autre, par son sens de l’équité, par sa lucidité retrouvée, et par cette remise en question coupable que l’on discerne dans son ultime geste rédempteur.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

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