lundi 16 mars 2026
Mirrors d'Alexandre Aja. 2008. U.S.A/Roumanie/Allemagne/France. 1h51.
Dawson's Creek
Rappel des faits :
La récente disparition de l’acteur James Van Der Beek m’a conduit à découvrir une série que je n’aurais sans doute jamais osé regarder autrement. Et il y a là une ironie tragique, à mes yeux: c’est grâce à sa mort que j’ai ouvert la porte de Dawson's Creek.
Je n’en suis qu’à deux saisons, une trentaine d’épisodes à peine, et pourtant la série a déjà planté en moi quelque chose de très profond. Certains épisodes me crèvent littéralement le cœur, comme ce matin encore. Il s’en dégage une émotion rare, sacrée pour moi - une émotion vibrante, profondément humaniste.
Ce qui me frappe le plus, au-delà de son voile de soie doux et réchauffant sur le plan émotionnel, c’est l’intelligence des personnages. Leur capacité de réflexion, leur bagage culturel, leur manière de verbaliser leurs doutes, leurs blessures, leurs élans amoureux. Derrière leurs visages d’adolescents, il y a des âmes fragiles, traversées par le mal-être existentiel, les amitiés qui vacillent, les amours qui naissent, mais aussi les liens parfois douloureux avec les parents. On connaît la musique, mais Dawson (r)anime ces tensions et leurs apaisements comme si c’était la première fois.
Dans cette série presque insulaire (le cadre restreint est si intime et solaire), il y a une pudeur humaniste qui me bouleverse de manière personnelle. Cette manière autonome finalement de parler de la vie, de l’amour, de la peur de grandir, avec une délicatesse qui me fait souvent chavirer vers un ailleurs exaltant. Comme si je me sentais protégé parmi eux, parmi ces nouveaux amis que je vois grandir en temps réel et que j’apprends à aimer avec une intensité élégiaque.
Alors oui, j’ai une très forte pensée émue pour James Van Der Beek. Et Dieu sait que tous les autres interprètes crèvent l’écran, jusqu’aux plus petits seconds rôles. Car sans sa disparition, je n’aurais très certainement jamais découvert cette œuvre lumineuse, pétrie de douceur, de réflexions et de sensibilité.
Aujourd’hui, au fil des épisodes, je découvre une jeunesse des années 90 qui semble presque appartenir à un autre monde : une génération plus introspective, plus vulnérable, plus attachée aux mots, aux valeurs nobles comme le respect d’autrui, et aux sentiments qui naissent dans l’écoute de l’autre.
Peut-être est-ce cela, finalement, le miracle des œuvres si précieuses mais parfois oubliées que j’aime tant choyer et mettre en avant : continuer à toucher des cœurs, même après la disparition de ceux qui les ont incarnées. On appelle ça aussi la magie du petit écran.
Dawson, rien que pour tes deux premières saisons, tu resteras à jamais imprimé en moi. Ad vitam aeternam.
— le cinéphile du cœur noir

Les Faucons de la Nuit / Night Hawks
Et le constat est limpide : Les Faucons de la nuit demeure un formidable polar urbain, magnifiquement filmé à travers son urbanité crépusculaire et poisseuse qui rappelle les grandes heures du cinéma policier des années 70. On pourrait même dire que le film a un pied dans les années 70 et l’autre dans les années 80, puisqu’il sort en 1981 tout en conservant l’âme sombre et rugueuse du polar de la décennie précédente.
Visuellement, le film est à la fois immersif et envoûtant, et rappellera aux amateurs les grands classiques du genre comme French Connection, Serpico, Police puissance 7 ou encore l'oublié mais mémorable Meurtres dans la 110e Rue.
Mais Les Faucons de la nuit est aussi, à mon sens, bien plus qu’un simple polar efficace. Le film emprunte également certains codes au psycho-killer, flirtant parfois avec l’ombre du cinéma d’horreur. Cela tient beaucoup au portrait du terroriste incarné par Rutger Hauer, personnage glaçant dont la froideur psychopathe dépasse largement la simple figure du terroriste politique.
Face à lui, Sylvester Stallone surprend par une incarnation d’une grande sobriété. Loin des figures héroïques et iconiques qu’il imposera ensuite avec Rocky ou Rambo, il compose ici un policier de rue réfléchi, presque introspectif, refusant autant que possible d’imposer une violence aveugle et méthodique.
Son personnage, Deke DaSilva, s’oppose même à sa hiérarchie, qui voudrait transformer le policier en simple instrument d’une logique quasi militaire pour éradiquer le terrorisme international.
Et puis il y a la présence si charmante de Lindsay Wagner, inoubliable héroïne de la série Super Jaimie, qui incarne ici sa compagne. Hélas trop peu présente à l’écran, elle signe pourtant l’une de ses rares apparitions au cinéma. Cette sublime jeune actrice dégage une fraîcheur naturelle et une spontanéité remarquable, inscrites dans une sobriété de jeu. C’est aussi la preuve que Bruce Malmuth maîtrise parfaitement sa direction d’acteurs, tant Lindsay Wagner se révèle ici charismatique et juste dans ce rôle de maîtresse tiraillée par les tensions de sa relation avec DaSilva.
Et c’est précisément là que le film devient passionnant, substantiel dans son dilemme moral.
Car le terrorisme prend le visage impassible et terrifiant du personnage de Wulfgar incarné par Rutger Hauer : une présence glaciale, presque reptilienne, capable d’imposer son idéologie meurtrière avec une aisance déconcertante, dénuée de toute vergogne. Il peut ainsi abattre froidement des femmes sans défense dans l’intimité de leur foyer, ou poser des bombes dans les lieux les plus fréquentés, comme si la mort n’était pour lui qu’un simple outil de démonstration teinté de perversité.
Or, Les Faucons de la nuit ne tombe jamais dans la gratuité. Ni l’action ni la violence ne sont montrées avec complaisance; elles servent au contraire à souligner la brutalité froide du terrorisme encore plus actuel aujourd'hui.
Ce qui frappe aussi, c’est la beauté formelle du film à la réalisation si carrée. La mise en scène de Bruce Malmuth capte un New York nocturne inquiétant, presque organique : une ville ténébreuse, vénéneuse, reptilienne, théâtre d’une traque inlassable menée par DaSilva et son partenaire Matthew interprété avec autant de pugnacité par Billy Dee Williams.
Une traque qui ne cède jamais à l’ennui tant la tension demeure constante. Le réalisateur maîtrise son matériau avec sobriété, sans effets de manche ni surenchère spectaculaire. Les séquences d’action sont intelligemment dosées et mises au service d’une intrigue solide, rigoureusement construite, et fréquemment d’une cruauté implacable lorsque s’expriment les exactions du terroriste littéralement en roue libre.
Ainsi, dans cette scénographie urbaine nocturne, plane par moments l’ombre du film d’horreur, comme si la ville elle-même devenait le territoire d’un prédateur humain redoutablement productif, insolent, affuté.
Et c’est peut-être là que réside toute la singularité des Faucons de la nuit : un polar urbain tendu, une série B d’une redoutable efficacité, mais aussi une œuvre traversée par l’inquiétante silhouette d’un monstre moderne dans le cadre du psycho-killer le plus classieux et envoûtant.
Authentique classique au demeurant, qui plus est imperméable à l'évolution du temps.
lundi 9 mars 2026
Le Plombier / The Plumber de PeterWeir. 1979. Australie. 1h16.
Or, au-delà de cette tension latente, le film repose avant tout sur une confrontation psychologique particulièrement intense entre un plombier envahissant et une épouse isolée chez elle. Cette intensité tient beaucoup au jeu naturel des acteurs au physique ordinaire, mais aussi à la dérision sarcastique qui s’installe progressivement entre les deux personnages.
C’est d’ailleurs là l’une des grandes réussites du film : reposer sur la caractérisation d’une femme psychologiquement démunie, tandis que le plombier joue constamment sur l’ambiguïté. Ambiguïté que Peter Weir entretient volontairement, puisque le personnage peut être interprété de plusieurs façons.
Et c’est précisément parce que le film refuse de trancher que son dispositif fonctionne aussi bien : l’ambiguïté morale demeure entière du début à la fin.
Dans cette perspective, Le Plombier apparaît à la fois comme un redoutable thriller psychologique et comme un drame conjugal assez cruel. Peter Weir choisit toutefois la suggestion plutôt que l’émotion frontale : il ne cherche pas à nous bouleverser, mais plutôt à nous placer dans un état d’inconfort permanent en jouant avec nos nerfs jusqu'à l'absurde de situations à la fois devenues incontrôlables et hyperboliques (la salle de bain réduite en champs de bataille face au témoignage de l'époux indifféré).
Le film se révèle ainsi d’une belle efficacité, à travers cette lutte acharnée d’environ 1h16 entre un plombier et une femme toujours plus esseulée, dont l’issue finale, à nouveau teintée de sarcasme, surprend par un dernier renversement de situation.
Une œuvre brève, hélas méconnue et oubliée, mais particulièrement intelligente, intense, anxiogène et troublante, à voir absolument.
dimanche 8 mars 2026
Hell in paradise de Leila Sy. 2025. France. 1h43.
Ce thriller sous tension, probablement inspiré d’un fait divers, adopte une dramaturgie solide et efficace qui ne relâche jamais vraiment son emprise.
Mais le véritable cœur du film reste Nora Arnezeder, révélée notamment dans le splendide remake Maniac. Elle porte le film à bout de bras et parvient à nous immerger dans les angoisses, le désarroi et les espoirs de son personnage avec une force expressive très naturelle, jamais outrancière.
samedi 7 mars 2026
Halloween 5: la Revanche de Michael Myers de Dominique Othenin-Girard. 1989. U.S.A. 1h37.
jeudi 5 mars 2026
Le Dernier Combat de Luc Besson. 1983. France. 1h33.
À la troisième révision du premier film du jeune Luc Besson - qui n’a alors que 23 ans - réalisé avec le soutien de son acteur principal Pierre Jolivet, également scénariste, Le Dernier Combat s’impose à mes yeux comme l’un des meilleurs films de science-fiction post-apo des années 80 au sein du paysage français, comme il le fut ovationné à Avoriaz.
Découvrir en 1983 un petit métrage en noir et blanc, dénué de paroles est d’une audace presque suicidaire - surtout pour un film où l’action demeure finalement parcimonieuse. Or, le Dernier Combat reste une expérience singulière. Certes, certains affrontements physiques témoignent d’une grande violence. Mais Luc Besson se montre suffisamment habile, intelligent et anti-complaisant pour privilégier le hors-champ. Et pourtant, la sauvagerie de certains face-à-face frappe l’esprit, allant jusqu’à l’irréparable dans un monde post-apo terriblement photogénique, magnifié par un superbe scope et un noir et blanc envoûtant.
Sur le plan visuel, Le Dernier Combat est une véritable réussite. Dès les premières images, nous sommes immergés dans un paysage aride, décharné, presque coupé du monde, où une poignée de survivants tente de subsister tant bien que mal, sous la loi brutale du plus fort.
Mais le film séduit aussi par son réalisme. Captivant, passionnant, immersif en diable, atmosphérique, il demeure un divertissement redoutablement intelligent qui privilégie la psychologie de ses personnages - et en particulier l’évolution morale de "l’homme", personnage sans nom interprété par Pierre Jolivet. Errant dans une ville dévastée, il tente de survivre et finit, au fil de son échappée à bord d’un avion de fortune, par rencontrer un vieux médecin interprété avec une humanité poignante par Jean Bouise. Entre eux naît peu à peu une relation amicale fragile, presque miraculeuse dans cet univers ravagé.
Au-delà de cette dimension humaine, le film distille un humour quasi permanent, notamment à travers l’ennemi incarné par Jean Reno - une brute sournoise et brutale, prête à tout pour parvenir à ses fins. Déjà, dans ce premier rôle, il impose une présence inquiétante, à contre-emploi, presque détestable.
Réalisé avec un soin remarquable - dans les cadrages, la lumière, la texture hypnotique du noir et blanc - le film surprend par sa simplicité et son inventivité. Il glisse même, presque en douceur, vers une réflexion sur le désir irrépressible d’aimer, sur le besoin de retrouver la femme perdue. Dans ce monde machiste et dévasté, la femme semble avoir disparu… peut-être même ne plus exister. Pourtant, à travers deux rebondissements salvateurs, Luc Besson fait de la femme l’espoir d’un avenir plus humaniste, porté par l’évolution morale de cet homme que Pierre Jolivet incarne avec un héroïsme loyal, malgré la sauvagerie nécessaire pour survivre face à l’oppresseur réduit à son instinct primal.
Le Dernier Combat est ainsi un formidable film d’action et de science-fiction, dont la musique de Éric Serra enveloppe le récit d’une sensibilité presque féminine par moments, à la tendresse personnelle, symptomatique chez Luc Besson.
Le film traite également, avec tact, intelligence et une certaine sagesse, des rapports étroits - indissociables et addictifs - entre l’homme et la femme, notamment à travers le besoin charnel, sexuel, sentimental. Dès le prologue, une image saisissante nous montre "l’homme" couchant avec une poupée gonflable : symbole cruel d’un monde à l'agonie où la présence féminine semble s’être évaporée.
Au final, Le Dernier Combat demeure un premier film incroyablement prometteur à travers son climat d'isolement dépaysant et poétique. Luc Besson y révèle déjà une maîtrise étonnante de sa caméra et une capacité rare à faire naître une véritable émotion. On y sent sa sincérité, sa passion, et surtout sa volonté de se démarquer des produits standardisés ou d’exploitation.
Nous sommes ici très loin des copies opportunistes italiennes telles que Les Guerriers du Bronx, 2019 ou Le Gladiateur du futur, qui tentaient de rivaliser avec les chefs-d’œuvre de George Miller : Mad Max et Mad Max 2.
Récompenses: Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1983 : Prix spécial du jury et prix de la Critique.
Festival international du film fantastique de Bruxelles 1983 : Prix spécial de la critique
Festival international du film de Catalogne 1983 : meilleur film
Festival du film de Taormine 1983 : Charybde d'argent
Fantasporto 1984 : meilleur film
lundi 2 mars 2026
Terreur dans la Savane / Prey de Darrell James Roodt. 2007. 1h32. U.S.A.
vendredi 20 février 2026
Les Sous-doués en Vacances de Claude Zidi. 1982. France. 1h36.
Redécouvrir aujourd’hui, en 2026, et pour la troisième fois Les Sous-doués en vacances, alors qu’à l’époque j’avais fait grise mine - écrasé par la comparaison avec son cultissime aîné, d’une hilarité en roue libre et inépuisable - relève presque du miracle.
Car aussi improbable que cela puisse paraître, et grâce à l’appui bienveillant d’un ami cinéphile qui m’a poussé à lui offrir une nouvelle chance, j’ai vécu un moment de détente si fun, décomplexé et gratifiant qu’il frôle l’irrationnel. Pourquoi un sentiment aussi trouble ? Parce que je me suis retrouvé projeté, à cœur ouvert, dans les années 80 les plus estivales.
Celles de l’innocence et de l’épanouissement, de la drague lourdingue et de la flânerie, de l’odeur de crème solaire, des skis nautiques et des thés glacés, des rires idiots, des vannes en dessous de la ceinture et des bains de soleil. Un flot de sensations qui m’a ramené à mon adolescence, à travers des réminiscences intimes aussi conviviales que la bande de Bébel - incarné par Daniel Auteuil, qui crève l’écran par son naturel grotesque - partis en villégiature à Saint-Tropez pour tenter de récupérer sa nouvelle amie Claudine (Grace De Capitani, délicieuse de candeur, toute en douceur d’âme et en éclats d’yeux azur), prise dans les filets du chanteur Paul Memphis, interprété par Guy Marchand, jubilatoire en machiste égrillard à l’effronterie sans égale.
Ainsi, si la plupart des gags relèvent d’une connerie insensée - parfois carrément débile - le film me paraît aujourd’hui infiniment plus amusant, drôle et charmant, parce que cette époque insouciante n’existe plus. Les années 80 à l’écran ne sont plus un décor d'artifice: elles deviennent une sensation. Les corps, les couleurs, les regards retrouvés de nos acteurs d'antan, leurs expressions risibles et enfantines, cette innocence un peu bête mais jamais méchante.
Tout dans Les Sous-doués en vacances transpire la bonne humeur, l’insolence amusée, la liberté tranquille, le plaisir de se taquiner et de se chamailler à travers des pitreries aussi grotesques que volontairement ridicules. Ce qui, à l’époque, n’avait pas fonctionné chez moi - alors même que je m’étais déplacé en salles, c’est dire à quel point je vénérais le premier opus - fonctionne ici à plein tube, nostalgie aidant.
Qu’on critique ou non cette suite moins reconnue, à nouveau menée par Claude Zidi dans une générosité débridée, le film m’apparaît aujourd’hui comme un vrai classique de la comédie populaire, plus amusant et plus charmant encore, précisément parce que cette époque révolue a laissé place, ailleurs, au cynisme et à la cupidité.
Plaisir innocent, grotesque et souvent ridicule, Les Sous-doués en vacances provoque rires et sourires par l’énormité même de ses gags décérébrés. Le film ne s'adresse pas à ton cerveau, mais au coeur et à la mémoire… et l’on quitte l’écran avec ce petit pincement, le sentiment cruel que tout cela n’existe plus nulle part ailleurs que dans nos souvenirs.
Info (Wiki): Dans son enquête de septembre 2014 concernant les meilleures audiences des films en prime time depuis 1989 lors de leur diffusion à la télévision française, Médiamétrie indique que Les Sous-doués en vacances a été vu par 14,6 millions de téléspectateurs le 17 avril 1990, arrivant en 4e position des meilleures audiences.
mercredi 18 février 2026
28 ans plus tard: le temple des morts / 28 Years Later: The Bone Temple de Nia DaCosta. 2026. U.S.A/Angleterre. 1h49.

samedi 14 février 2026
Halloween Kills de David Gordon Green. 2021. U.S.A. 1h49.
"Chronique d’une défaite collective."
À la révision, et à ma grande surprise, Halloween Kills m'est apparu comme un formidable psycho-killer, plus profond qu’il n’y paraît.
Si l’on se fie aux critiques - plus sévères que pour le 1er opus - on pourrait croire à une suite ratée. Je pense au contraire qu’il s’agit d’un film incompris.
Car cette séquelle est plus nihiliste, plus désenchantée, plus désespérée, plus psychologique que le premier opus.
Ici, la peur ne se vit plus en huis clos. Elle contamine à l'extérieur. Elle gangrène. Elle hystérise.
Les citadins d’Haddonfield se vautrent dans l’autojustice, dans la facilité, dans la bêtise tragique de la vindicte populaire, au point de provoquer la mort d’un innocent. Certes, ils ne le tuent pas de leurs mains, mais ils le condamnent par leur folie collective. Le film pose alors une véritable réflexion frontale sur l’autojustice, thème tristement contemporain : lorsque les institutions vacillent, la foule livrée à elle même devient monstre.
Et David Gordon Green insiste.
La police est impuissante.
La population est livrée à elle-même.
d'un incroyable effet numérique quand à l'apparition surprise d'un personnage clef !): la faille morale était déjà là. L’ordre n’a jamais été solide. Il était fissuré dès l’origine.
Mais Halloween Kills ne se contente pas d’un discours social plus qu'actuel. Il emprunte le chemin d’une brutalité gore assumée, d’une action nerveuse, presque martiale, au détriment d’une terreur plus atmosphérique. Le suspense se raréfie. La violence, elle, explose. C’est un choix. Radical.
Mais le film parle surtout d’icône.
Plus il est attaqué, plus il semble se renforcer.
Plus la communauté tente de l’écraser, plus elle révèle sa propre impuissance.
Et c’est là que le film devient fort, trouble et fascinant.
On ressent un marasme communautaire, un effondrement moral. Haddonfield semble condamnée à subir. Le final, absolument sans espoir, scelle cette idée : tout le monde perd. Sauf le Mal.
Le montage plus dynamique, plus sec, donne au film une énergie parfois presque guerrière. On est dans un survival urbain, tendu, étrange, personnel. Green ose s’écarter des conventions tout en semant à nouveau des clins d’œil habiles à la mythologie de la saga. Il respecte l’héritage tout en le poussant vers quelque chose de plus sombre et de plus autonome.
Ce qui rend Halloween Kills si captivant, c’est ce sentiment d’impuissance absolue face à une figure devenue intouchable. Michael Myers est plus destructeur que jamais, plus robuste, mais surtout plus symbolique que jamais.
Ce n’est plus seulement un psycho-killer.
C’est une déclaration de guerre funeste perdue d’avance.
En mettant de côté les attentes de l'horreur standard, on découvre donc un film trouble, inquiétant, profondément noir. Un récit douloureux qui ose refuser la catharsis. Un film qui affirme que le mal ne meurt pas - il prospère dans la peur qu’il engendre.
Et c’est précisément cette radicalité qui fait sa puissance.
Au final, je me rends compte aujourd’hui que David Gordon Green a accompli, avec cette trilogie contemporaine, une œuvre aussi passionnante qu’ambitieuse, profondément marquée par le traumatisme et la persistance du mal.
vendredi 13 février 2026
Halloween de David Gordon Green. 2018. U.S.A. 1h46.
Halloween (2018) est à mon sens le grand retour du Boogeyman en bonne et due forme. Un retour respectueux du genre et du mythe, au point que David Gordon Green efface volontairement toutes les suites pour ne prolonger que le chef-d’œuvre matriciel de John Carpenter. Ici, nous avons affaire à une véritable suite, frontale, assumée, à nouveau clinquante et fascinante.
On sent Green impliqué, avisé, circonspecte. Son film est un formidable psycho-killer, mené avec intelligence, notamment dans la caractérisation de Laurie Strode. Quarante ans plus tard, elle est moralement fracassée, torturée. Paranoïaque, recluse, retranchée derrière des armes et des pièges. Sa maison est devenue une forteresse customisée, un bunker domestique prêt à exploser. Elle incarne une Amérique malade, celle de l’ère Trump, gagnée par le survivalisme et cette fascination innée pour les armes comme ultime rempart contre le chaos. Laurie ne vit plus : elle se prépare clairement à la guerre.
J’aime aussi beaucoup les clins d’œil disséminés tout au long du récit, habilement détournés, parfois même inversés au niveau du rôle des personnages. Green s’amuse, retors, à jouer avec notre mémoire. Il rend hommage à l’œuvre matricielle sans la singer, et l’on savoure ces échos déformés avec un plaisir malicieux.
Le film est terrifiant, surtout dans l’attente afin de travailler notre imaginaire. Comme Carpenter, Green travaille la peur dans la durée. Certaines séquences domestiques sont d’une efficacité redoutable : la présence invisible de Michael Myers, tapie hors champ, nous glace. Puis lorsqu’il frappe, la violence est plus brutale, bien que ritualisée, plus sanglante, car toujours ancrée dans un certain réalisme. Les meurtres des journalistes dans les toilettes comptent parmi les scènes les plus dures. Ça fait mal car c'est sans concession, quasi bestial, primal, sans l'outrance assumée d'un Rob Zombie (que je vénère toutefois). Alors qu'à un autre moment aussi inquiétant et insécure dans sa végétation feutrée, Gordon ose filmer l'immontrable lors d'une cruelle altercation, sans se complaire dans une violence graphique impardonnable.
On est à nouveau face à un véritable film d’ambiance un peu plus contemporain. Michael est ici plus terrestre, moins abstrait, moins fantomatique qu’autrefois, mais il reste une silhouette glaçante, une menace immédiate dès qu’elle surgit dans le cadre.
Le personnage du psychiatre, interprété par Haluk Bilginer, apporte une variation intéressante en écho au docteur Loomis. Obnubilé, fasciné par Michael, il incarne une obsession presque maladive qui enrichit le propos de manière couillue dans un retournement de situation.
Il faut aussi rappeler que Carpenter est producteur exécutif et compositeur du film. Le leitmotiv mythique résonne toujours, percutant, accompagné d’un score plus nerveux qui épouse le rythme de cette séquelle visuellement splendide, parfois presque onirico-funeste lors de ses éclairages nocturnes.
Tous les acteurs sont investis, mais Jamie Lee Curtis domine. Elle dégage une force expressive tenace, intraitable, à la fois fragile et stoïque. Et le final, tendu, spectaculaire, dans la maison transformée en piège, fonctionne admirablement dans son action et sa terreur communes.
Halloween 2018 est donc une variation franchement réussie : un psycho-killer intelligent, psychologique, fébrile et percutant, qui redore le blason d’une saga et s’impose comme l’un de ses meilleurs opus - avec son chapitre final infortuné: Halloween Ends.
— le cinéphile du cœur noir 🖤





































