lundi 16 mars 2026

Mirrors d'Alexandre Aja. 2008. U.S.A/Roumanie/Allemagne/France. 1h51.

                   (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Pour une quatrième révision, Mirrors prouve qu’il s’agit d’un excellent remake, remarquablement conté et mis en image par le Français Alexandre Aja, décidément spécialiste en matière de cinéma horrifique. Même si je n’ai jamais vu l’original, Mirrors s’impose comme une formidable série B : un thriller qui se construit à la fois comme une enquête policière captivante et comme un pur film d’horreur surnaturel, d’une grande originalité, où le mal se tapit derrière le miroir.

Outre le suspense latent, toujours parfaitement entretenu par Aja, le film est porté à bout de bras par Kiefer Sutherland, absolument convaincant dans le rôle d’un ex-flic alcoolique fraîchement sorti d’une cure de désintoxe. En dépit du scepticisme et des interrogations de son entourage, il tente de démêler le vrai du faux et de déceler les tenants et aboutissants de l’énigme tapie derrière les miroirs d’un grand magasin abandonné, brûlé et déserté.
 

Mirrors tient le spectateur en haleine du début à la fin - notamment par son aspect visuel biaisé - et multiplie, vers sa dernière partie, rebondissements et révélations sur la véritable identité du mal. Chaque victime possédant un miroir chez elle ou osant s’y regarder se retrouve en proie à son double maléfique prêt à la traquer et l’assassiner avec une cruauté glaciale.

À cet égard, la séquence de la salle de bain où une jeune victime s’arrache la mâchoire reste une séquence anthologique, viscérale et terriblement impressionnante, même si 2 brefs plans numériques atténuent légèrement le réalisme brutal de cette scène sanglante rigoureusement éprouvante.
 

Tous les autres comédiens sont eux aussi remarquablement justes, notamment la compagne de DaSilva endossée par Paula Patton, parfaitement crédible en épouse sur le qui-vive et en questionnement moral face à l’attitude de plus en plus paranoïaque et véhémente de son ex-mari à deux doigts de chavirer. La caractérisation psychologique des deux adultes s’étend jusqu’aux enfants, dont le naturel physique et moral est convaincant. Le spectateur s’attache à ces personnages sans réserve, vivant avec eux l’enquête aux frontières du surnaturel avec une attention toujours plus angoissée… et fascinée.

Alexandre Aja réussit à rendre l’improbable crédible, transformant un décor inédit et inventif en terrain de jeu horrifique constamment inquiétant. Le film se révèle ainsi une série B d’une belle maîtrise, menée par un Kiefer Sutherland dévorant l’écran, dont la force expressive mêle résignation, dignité et désenchantement.
 

— le cinéphile du cœur noir 🖤
4èx. Vostfr 

Dawson's Creek

               (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"Au-delà du coup de coeur."

Rappel des faits :

La récente disparition de l’acteur James Van Der Beek m’a conduit à découvrir une série que je n’aurais sans doute jamais osé regarder autrement. Et il y a là une ironie tragique, à mes yeux: c’est grâce à sa mort que j’ai ouvert la porte de Dawson's Creek.

Je n’en suis qu’à deux saisons, une trentaine d’épisodes à peine, et pourtant la série a déjà planté en moi quelque chose de très profond. Certains épisodes me crèvent littéralement le cœur, comme ce matin encore. Il s’en dégage une émotion rare, sacrée pour moi - une émotion vibrante, profondément humaniste.
 

Ce qui me frappe le plus, au-delà de son voile de soie doux et réchauffant sur le plan émotionnel, c’est l’intelligence des personnages. Leur capacité de réflexion, leur bagage culturel, leur manière de verbaliser leurs doutes, leurs blessures, leurs élans amoureux. Derrière leurs visages d’adolescents, il y a des âmes fragiles, traversées par le mal-être existentiel, les amitiés qui vacillent, les amours qui naissent, mais aussi les liens parfois douloureux avec les parents. On connaît la musique, mais Dawson (r)anime ces tensions et leurs apaisements comme si c’était la première fois.
 
Cette série regarde la jeunesse avec une tendresse et une profondeur que j’ai rarement vues dans une œuvre dite "teen". Même en pensant au chef-d’œuvre de John Hughes, The Breakfast Club, j’ai parfois l’impression que les personnages de Dawson’s Creek vont encore plus loin dans leur sensibilité et leur conscience d’eux-mêmes. Mais il est vrai qu’une série a beaucoup plus de temps pour planter son univers et dépeindre ses personnages qu’un long métrage d’à peine 1h30.
 

Dans cette série presque insulaire (le cadre restreint est si intime et solaire), il y a une pudeur humaniste qui me bouleverse de manière personnelle. Cette manière autonome finalement de parler de la vie, de l’amour, de la peur de grandir, avec une délicatesse qui me fait souvent chavirer vers un ailleurs exaltant. Comme si je me sentais protégé parmi eux, parmi ces nouveaux amis que je vois grandir en temps réel et que j’apprends à aimer avec une intensité élégiaque.

Alors oui, j’ai une très forte pensée émue pour James Van Der Beek. Et Dieu sait que tous les autres interprètes crèvent l’écran, jusqu’aux plus petits seconds rôles. Car sans sa disparition, je n’aurais très certainement jamais découvert cette œuvre lumineuse, pétrie de douceur, de réflexions et de sensibilité.
Aujourd’hui, au fil des épisodes, je découvre une jeunesse des années 90 qui semble presque appartenir à un autre monde : une génération plus introspective, plus vulnérable, plus attachée aux mots, aux valeurs nobles comme le respect d’autrui, et aux sentiments qui naissent dans l’écoute de l’autre.
 

Peut-être est-ce cela, finalement, le miracle des œuvres si précieuses mais parfois oubliées que j’aime tant choyer et mettre en avant : continuer à toucher des cœurs, même après la disparition de ceux qui les ont incarnées. On appelle ça aussi la magie du petit écran.
 
Dawson, rien que pour tes deux premières saisons, tu resteras à jamais imprimé en moi. Ad vitam aeternam.

— le cinéphile du cœur noir

Les Faucons de la Nuit / Night Hawks

                  (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Révision d’un modèle de série B policière avec Les Faucons de la nuit, que j’ai eu grand plaisir de redécouvrir après un trop long laps de temps.

Et le constat est limpide : Les Faucons de la nuit demeure un formidable polar urbain, magnifiquement filmé à travers son urbanité crépusculaire et poisseuse qui rappelle les grandes heures du cinéma policier des années 70. On pourrait même dire que le film a un pied dans les années 70 et l’autre dans les années 80, puisqu’il sort en 1981 tout en conservant l’âme sombre et rugueuse du polar de la décennie précédente.

Visuellement, le film est à la fois immersif et envoûtant, et rappellera aux amateurs les grands classiques du genre comme French Connection, Serpico, Police puissance 7 ou encore l'oublié mais mémorable Meurtres dans la 110e Rue.

 
Mais Les Faucons de la nuit est aussi, à mon sens, bien plus qu’un simple polar efficace. Le film emprunte également certains codes au psycho-killer, flirtant parfois avec l’ombre du cinéma d’horreur. Cela tient beaucoup au portrait du terroriste incarné par Rutger Hauer, personnage glaçant dont la froideur psychopathe dépasse largement la simple figure du terroriste politique.

Face à lui, Sylvester Stallone surprend par une incarnation d’une grande sobriété. Loin des figures héroïques et iconiques qu’il imposera ensuite avec Rocky ou Rambo, il compose ici un policier de rue réfléchi, presque introspectif, refusant autant que possible d’imposer une violence aveugle et méthodique.

Son personnage, Deke DaSilva, s’oppose même à sa hiérarchie, qui voudrait transformer le policier en simple instrument d’une logique quasi militaire pour éradiquer le terrorisme international.

Et puis il y a la présence si charmante de Lindsay Wagner, inoubliable héroïne de la série Super Jaimie, qui incarne ici sa compagne. Hélas trop peu présente à l’écran, elle signe pourtant l’une de ses rares apparitions au cinéma. Cette sublime jeune actrice dégage une fraîcheur naturelle et une spontanéité remarquable, inscrites dans une sobriété de jeu. C’est aussi la preuve que Bruce Malmuth maîtrise parfaitement sa direction d’acteurs, tant Lindsay Wagner se révèle ici charismatique et juste dans ce rôle de maîtresse tiraillée par les tensions de sa relation avec DaSilva.

Et c’est précisément là que le film devient passionnant, substantiel dans son dilemme moral.

Car le terrorisme prend le visage impassible et terrifiant du personnage de Wulfgar incarné par Rutger Hauer : une présence glaciale, presque reptilienne, capable d’imposer son idéologie meurtrière avec une aisance déconcertante, dénuée de toute vergogne. Il peut ainsi abattre froidement des femmes sans défense dans l’intimité de leur foyer, ou poser des bombes dans les lieux les plus fréquentés, comme si la mort n’était pour lui qu’un simple outil de démonstration teinté de perversité. 


Or, Les Faucons de la nuit ne tombe jamais dans la gratuité. Ni l’action ni la violence ne sont montrées avec complaisance; elles servent au contraire à souligner la brutalité froide du terrorisme encore plus actuel aujourd'hui.

Ce qui frappe aussi, c’est la beauté formelle du film à la réalisation si carrée. La mise en scène de Bruce Malmuth capte un New York nocturne inquiétant, presque organique : une ville ténébreuse, vénéneuse, reptilienne, théâtre d’une traque inlassable menée par DaSilva et son partenaire Matthew interprété avec autant de pugnacité par Billy Dee Williams.

Une traque qui ne cède jamais à l’ennui tant la tension demeure constante. Le réalisateur maîtrise son matériau avec sobriété, sans effets de manche ni surenchère spectaculaire. Les séquences d’action sont intelligemment dosées et mises au service d’une intrigue solide, rigoureusement construite, et fréquemment d’une cruauté implacable lorsque s’expriment les exactions du terroriste littéralement en roue libre.


Ainsi, dans cette scénographie urbaine nocturne, plane par moments l’ombre du film d’horreur, comme si la ville elle-même devenait le territoire d’un prédateur humain redoutablement productif, insolent, affuté.

Et c’est peut-être là que réside toute la singularité des Faucons de la nuit : un polar urbain tendu, une série B d’une redoutable efficacité, mais aussi une œuvre traversée par l’inquiétante silhouette d’un monstre moderne dans le cadre du psycho-killer le plus classieux et envoûtant.

Authentique classique au demeurant, qui plus est imperméable à l'évolution du temps.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

lundi 9 mars 2026

Le Plombier / The Plumber de PeterWeir. 1979. Australie. 1h16.

                (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Dans Le Plombier, téléfilm australien réalisé en 1979 par Peter Weir, on découvre à la revoyure un excellent drame psychologique transplanté dans le cadre du thriller. Car au fil de l’évolution narrative, on est en droit de croire que la trajectoire pourrait basculer vers une dramaturgie criminelle.

Or, au-delà de cette tension latente, le film repose avant tout sur une confrontation psychologique particulièrement intense entre un plombier envahissant et une épouse isolée chez elle. Cette intensité tient beaucoup au jeu naturel des acteurs au physique ordinaire, mais aussi à la dérision sarcastique qui s’installe progressivement entre les deux personnages.


Peu à peu, ce qui pourrait ressembler à un simple affrontement devient en réalité un drame conjugal assez cruel. Car cette situation sert surtout de révélateur : l’épouse, confinée seule dans l’appartement avec ce plombier imprévisible, prend conscience de son impuissance face à la gent masculine. Honnête, loyale, civilisée et profondément correcte, elle manque de force de caractère pour s’imposer et se faire entendre, aussi bien face au plombier que face à son mari, intellectuel totalement absorbé par son travail.


C’est d’ailleurs là l’une des grandes réussites du film : reposer sur la caractérisation d’une femme psychologiquement démunie, tandis que le plombier joue constamment sur l’ambiguïté. Ambiguïté que Peter Weir entretient volontairement, puisque le personnage peut être interprété de plusieurs façons.


On peut en effet voir en lui un excentrique gouailleur, un peu inculte, volontiers provocateur et peut-être animé d’une rancœur sociale envers les bourgeois et les intellectuels. Mais on peut aussi y voir un manipulateur plus inquiétant, qui chercherait délibérément à pousser cette femme à bout, voire à la rendre folle par une forme de vengeance obscure.


Et c’est précisément parce que le film refuse de trancher que son dispositif fonctionne aussi bien : l’ambiguïté morale demeure entière du début à la fin.


Certains y verront sans doute aussi une réflexion sur la lutte des classes. Pour ma part, j’y vois surtout un très beau portrait de femme fragile, psychologiquement déstabilisée, qui tente désespérément de faire entendre sa voix face à deux hommes profondément machistes et égocentriques, davantage préoccupés par leur statut ou leur confort que par ce qu’elle ressent.


Dans cette perspective, Le Plombier apparaît à la fois comme un redoutable thriller psychologique et comme un drame conjugal assez cruel. Peter Weir choisit toutefois la suggestion plutôt que l’émotion frontale : il ne cherche pas à nous bouleverser, mais plutôt à nous placer dans un état d’inconfort permanent en jouant avec nos nerfs jusqu'à l'absurde de situations à la fois devenues incontrôlables et hyperboliques (la salle de bain réduite en champs de bataille face au témoignage de l'époux indifféré).


Le film se révèle ainsi d’une belle efficacité, à travers cette lutte acharnée d’environ 1h16 entre un plombier et une femme toujours plus esseulée, dont l’issue finale, à nouveau teintée de sarcasme, surprend par un dernier renversement de situation.

Une œuvre brève, hélas méconnue et oubliée, mais particulièrement intelligente, intense, anxiogène et troublante, à voir absolument.

— le cinéphile du cœur noir 🖤
 
« Outre ses éditions DVD et Blu-ray disponibles en France, le film peut également être découvert en 1080p via la copie proposée par Fulci chez Ciné-Bis-Art. »

dimanche 8 mars 2026

Hell in paradise de Leila Sy. 2025. France. 1h43.

               (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Belle surprise que ce Hell in Paradise réalisé par Leïla Sy.

Ce thriller sous tension, probablement inspiré d’un fait divers, adopte une dramaturgie solide et efficace qui ne relâche jamais vraiment son emprise.

Je suis d’ailleurs très surpris par la maîtrise de cette jeune réalisatrice. Elle dirige son film d’une main de fer, avec un savoir-faire technique évident et un sens du rythme qui empêche tout ennui. Le récit avance avec une efficacité redoutable sans finalement être gêné par ce léger sentiment de déjà vu que prétend son pitch.

 
Mais le véritable cœur du film reste Nora Arnezeder, révélée notamment dans le splendide remake Maniac. Elle porte le film à bout de bras et parvient à nous immerger dans les angoisses, le désarroi et les espoirs de son personnage avec une force expressive très naturelle, jamais outrancière.

Certes, certains rebondissements peuvent paraître un peu prévisibles - on pense même parfois à Midnight Express, notamment parmi l'intervention de l'avocat - mais les dix dernières minutes sont d’une intensité remarquable à ma grande surprise dans son nouveau paysage marin. L’héroïne s’y retrouve encore plus seule contre l'éventuel danger invisible, dans une tension presque suffocante, et la mise en scène capte avec une incroyable justesse la fragilité et l’émotion qui traversent cette conclusion qu'on attendait pas.


Au final, Hell in Paradise est une excellente surprise et une belle démonstration de maîtrise pour une réalisatrice française. Quant à Nora Arnezeder, elle confirme qu’elle est une actrice précieuse, que le cinéma gagnerait à mettre bien davantage en avant.

Gratitude à Luc Besson de l'avoir produit.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

samedi 7 mars 2026

Halloween 5: la Revanche de Michael Myers de Dominique Othenin-Girard. 1989. U.S.A. 1h37.

                        (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
À la troisième revoyure, je ne sais toujours pas très bien quoi en penser.
 
Mais j’ai fini par aimer ce vilain petit canard - ce Halloween 5 qui flirte parfois avec un étrange conte de fée gothique, porté par un score entêtant recalibré dans la dissonance.
Visuellement, c’est splendide (surtout en 4K) : cadrages très soignés, travail subtil sur la luminosité. Il y a un vrai travail esthétique. 
 
Les personnages principaux gagnent en expressivité par rapport à l’épisode précédent, notamment Donald Pleasence, au bord de la folie furieuse en Dr. Samuel Loomis, prêt à molester sans vergogne une enfant traumatisée pour mieux atteindre le Michael Myers.
 
 
Et puis il y a la petite Danielle Harris, qui vole presque la vedette au Boogeyman en portant le film sur ses frêles épaules, dans sa condition d’enfant télépathe, traquée et soumise.
 
A revoir absolument pour mieux capter ses nombreuses qualités disséminées dans un foutoir narratif étrangement captivant.
 
Et quoi qu'on en pense, la proposition originale, personnelle, expressionniste, risquée, laisse des traces.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤

jeudi 5 mars 2026

Le Dernier Combat de Luc Besson. 1983. France. 1h33.

                          (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

À la troisième révision du premier film du jeune Luc Besson - qui n’a alors que 23 ans - réalisé avec le soutien de son acteur principal Pierre Jolivet, également scénariste, Le Dernier Combat s’impose à mes yeux comme l’un des meilleurs films de science-fiction post-apo des années 80 au sein du paysage français, comme il le fut ovationné à Avoriaz.

Découvrir en 1983 un petit métrage en noir et blanc, dénué de paroles est d’une audace presque suicidaire - surtout pour un film où l’action demeure finalement parcimonieuse. Or, le Dernier Combat reste une expérience singulière. Certes, certains affrontements physiques témoignent d’une grande violence. Mais Luc Besson se montre suffisamment habile, intelligent et anti-complaisant pour privilégier le hors-champ. Et pourtant, la sauvagerie de certains face-à-face frappe l’esprit, allant jusqu’à l’irréparable dans un monde post-apo terriblement photogénique, magnifié par un superbe scope et un noir et blanc envoûtant.
 

Sur le plan visuel, Le Dernier Combat est une véritable réussite. Dès les premières images, nous sommes immergés dans un paysage aride, décharné, presque coupé du monde, où une poignée de survivants tente de subsister tant bien que mal, sous la loi brutale du plus fort.

Mais le film séduit aussi par son réalisme. Captivant, passionnant, immersif en diable, atmosphérique, il demeure un divertissement redoutablement intelligent qui privilégie la psychologie de ses personnages - et en particulier l’évolution morale de "l’homme", personnage sans nom interprété par Pierre Jolivet. Errant dans une ville dévastée, il tente de survivre et finit, au fil de son échappée à bord d’un avion de fortune, par rencontrer un vieux médecin interprété avec une humanité poignante par Jean Bouise. Entre eux naît peu à peu une relation amicale fragile, presque miraculeuse dans cet univers ravagé.
 

Au-delà de cette dimension humaine, le film distille un humour quasi permanent, notamment à travers l’ennemi incarné par Jean Reno - une brute sournoise et brutale, prête à tout pour parvenir à ses fins. Déjà, dans ce premier rôle, il impose une présence inquiétante, à contre-emploi, presque détestable.

Réalisé avec un soin remarquable - dans les cadrages, la lumière, la texture hypnotique du noir et blanc - le film surprend par sa simplicité et son inventivité. Il glisse même, presque en douceur, vers une réflexion sur le désir irrépressible d’aimer, sur le besoin de retrouver la femme perdue. Dans ce monde machiste et dévasté, la femme semble avoir disparu… peut-être même ne plus exister. Pourtant, à travers deux rebondissements salvateurs, Luc Besson fait de la femme l’espoir d’un avenir plus humaniste, porté par l’évolution morale de cet homme que Pierre Jolivet incarne avec un héroïsme loyal, malgré la sauvagerie nécessaire pour survivre face à l’oppresseur réduit à son instinct primal.
 

Le Dernier Combat est ainsi un formidable film d’action et de science-fiction, dont la musique de Éric Serra enveloppe le récit d’une sensibilité presque féminine par moments, à la tendresse personnelle, symptomatique chez Luc Besson.

Le film traite également, avec tact, intelligence et une certaine sagesse, des rapports étroits - indissociables et addictifs - entre l’homme et la femme, notamment à travers le besoin charnel, sexuel, sentimental. Dès le prologue, une image saisissante nous montre "l’homme" couchant avec une poupée gonflable : symbole cruel d’un monde à l'agonie où la présence féminine semble s’être évaporée.
 

Au final, Le Dernier Combat demeure un premier film incroyablement prometteur à travers son climat d'isolement dépaysant et poétique. Luc Besson y révèle déjà une maîtrise étonnante de sa caméra et une capacité rare à faire naître une véritable émotion. On y sent sa sincérité, sa passion, et surtout sa volonté de se démarquer des produits standardisés ou d’exploitation.

Nous sommes ici très loin des copies opportunistes italiennes telles que Les Guerriers du Bronx, 2019 ou Le Gladiateur du futur, qui tentaient de rivaliser avec les chefs-d’œuvre de George Miller : Mad Max et Mad Max 2.
 
 
C’est pourquoi Le Dernier Combat mérite aujourd’hui d’être revu d’urgence - pour sa beauté visuelle parfois sensuelle, mais aussi pour son message profondément humaniste. Un message presque optimiste, finalement, sur l’avenir de l’homme… à condition qu’il retrouve la femme dans ce no man’s land sauvage afin de retrouver la sagesse de l'équilibre moral.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤

Récompenses: Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1983 : Prix spécial du jury et prix de la Critique.
Festival international du film fantastique de Bruxelles 1983 : Prix spécial de la critique
Festival international du film de Catalogne 1983 : meilleur film
Festival du film de Taormine 1983 : Charybde d'argent
Fantasporto 1984 : meilleur film

lundi 2 mars 2026

Terreur dans la Savane / Prey de Darrell James Roodt. 2007. 1h32. U.S.A.

                         (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Il n’y a pas de hasard, seulement des rendez-vous. Et Terreur dans la savane, titre français de Prey, en est un. Une série B du samedi soir, sortie discrètement en DVD en 2007, mais une série B qui a du nerf et une certaine gueule.

Nous sommes face à un huis clos en pleine savane. Tourné en Afrique du Sud, le film magnifie ses décors naturels avec un évident plaisir. Darrell James Roodt soigne son cadre, exploite le 2.35 en cinémascope avec une vraie générosité visuelle. Les paysages sont splendides, arides, écrasants. On en prend plein les yeux, on est immergé, dépaysé, happé dans cette aventure horrifique aux allures de survival brut.


Le huis clos se resserre pourtant dans l’habitacle d’un véhicule : une belle-mère, son beau-fils et sa belle-fille, bloqués au milieu de nulle part après que leur guide a été dévoré par un lion. La savane devient piège mortel. L’horizon, une menace. Le métal de la voiture, la chaleur étouffante, leur seule frontière entre la vie et la gueule ouverte de la mort.

Ce qui fonctionne, c’est le suspense, cette tension rampante ponctuée d’instants de terreur plutôt convaincants. Et surtout, le réalisme. Ici, pas de lions numériques criards : ce sont de véritables fauves, de chair et d’os. On le sent dans leurs mouvements, dans leur présence. Ils crèvent l’écran. Et ça change tout. C’est là que le film fait la différence avec tant de produits horrifiques standardisés : on croit à ce que l’on voit, et cette croyance nourrit l’angoisse.


Darrell James Roodt relance régulièrement l’action car il introduit habilement de nouveaux éléments sans trop en dévoiler, et maintient l’attention sur le sort de nos trois protagonistes reclus. Certes, il y a des maladresses : des comportements naïfs, une belle-mère parfois peu futée, une confrontation un peu superficielle avec la belle-fille. Mais ces failles symptomatique des codes du B movie finissent par rendre les personnages attachants. Cette naïveté, presque désuète, rappelle nos chères séries B des années 70, 80, 90 - imparfaites évidemment, mais sincères.

Et puis il y a, en arrière-plan, notre ami Peter Weller (physiquement un peu tuméfié). Présence discrète mais solide, figure familière qui ancre le récit dans une forme de gravité adulte. Il apporte ce supplément de crédibilité, ce regard usé, qui contraste avec la vulnérabilité des personnages pris au piège. Même en retrait, il impose une certaine stature mature, une densité qui élève un peu l’ensemble.


Et c’est cette sincérité qui touche. On sent une envie de bien faire, une volonté de nous embarquer. Même lorsque les situations paraissent éculées, elles restent efficaces, parfois même franchement terrifiantes, sans jamais relâcher complètement la tension.

Au final, Terreur dans la savane est une série B horrifique sans prétention, mais réalisée avec soin, et même avec une forme d’amour. Un survival hostile, parfois terrifiant, porté par des animaux sauvages au réalisme sidérant. Un divertissement imparfait, assurément, mais vivant. Et que je reverrai avec plaisir.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

vendredi 20 février 2026

Les Sous-doués en Vacances de Claude Zidi. 1982. France. 1h36.

                      (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Mémoire d’un été idiot : Les Sous-doués en vacances."

Redécouvrir aujourd’hui, en 2026, et pour la troisième fois Les Sous-doués en vacances, alors qu’à l’époque j’avais fait grise mine - écrasé par la comparaison avec son cultissime aîné, d’une hilarité en roue libre et inépuisable - relève presque du miracle.
Car aussi improbable que cela puisse paraître, et grâce à l’appui bienveillant d’un ami cinéphile qui m’a poussé à lui offrir une nouvelle chance, j’ai vécu un moment de détente si fun, décomplexé et gratifiant qu’il frôle l’irrationnel. Pourquoi un sentiment aussi trouble ? Parce que je me suis retrouvé projeté, à cœur ouvert, dans les années 80 les plus estivales.
 

Celles de l’innocence et de l’épanouissement, de la drague lourdingue et de la flânerie, de l’odeur de crème solaire, des skis nautiques et des thés glacés, des rires idiots, des vannes en dessous de la ceinture et des bains de soleil. Un flot de sensations qui m’a ramené à mon adolescence, à travers des réminiscences intimes aussi conviviales que la bande de Bébel - incarné par Daniel Auteuil, qui crève l’écran par son naturel grotesque - partis en villégiature à Saint-Tropez pour tenter de récupérer sa nouvelle amie Claudine (Grace De Capitani, délicieuse de candeur, toute en douceur d’âme et en éclats d’yeux azur), prise dans les filets du chanteur Paul Memphis, interprété par Guy Marchand, jubilatoire en machiste égrillard à l’effronterie sans égale.

Ainsi, si la plupart des gags relèvent d’une connerie insensée - parfois carrément débile - le film me paraît aujourd’hui infiniment plus amusant, drôle et charmant, parce que cette époque insouciante n’existe plus. Les années 80 à l’écran ne sont plus un décor d'artifice: elles deviennent une sensation. Les corps, les couleurs, les regards retrouvés de nos acteurs d'antan, leurs expressions risibles et enfantines, cette innocence un peu bête mais jamais méchante.
 

Tout dans Les Sous-doués en vacances transpire la bonne humeur, l’insolence amusée, la liberté tranquille, le plaisir de se taquiner et de se chamailler à travers des pitreries aussi grotesques que volontairement ridicules. Ce qui, à l’époque, n’avait pas fonctionné chez moi - alors même que je m’étais déplacé en salles, c’est dire à quel point je vénérais le premier opus - fonctionne ici à plein tube, nostalgie aidant.
Qu’on critique ou non cette suite moins reconnue, à nouveau menée par Claude Zidi dans une générosité débridée, le film m’apparaît aujourd’hui comme un vrai classique de la comédie populaire, plus amusant et plus charmant encore, précisément parce que cette époque révolue a laissé place, ailleurs, au cynisme et à la cupidité.

Plaisir innocent, grotesque et souvent ridicule, Les Sous-doués en vacances provoque rires et sourires par l’énormité même de ses gags décérébrés. Le film ne s'adresse pas à ton cerveau, mais au coeur et à la mémoire… et l’on quitte l’écran avec ce petit pincement, le sentiment cruel que tout cela n’existe plus nulle part ailleurs que dans nos souvenirs. 
Me reste plus alors qu'à rembobiner la cassette... sans se lasser...
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤
 
 
Box Office France: 3 570 887 entrée (9è place).

Info (Wiki): Dans son enquête de septembre 2014 concernant les meilleures audiences des films en prime time depuis 1989 lors de leur diffusion à la télévision française, Médiamétrie indique que Les Sous-doués en vacances a été vu par 14,6 millions de téléspectateurs le 17 avril 1990, arrivant en 4e position des meilleures audiences.

mercredi 18 février 2026

28 ans plus tard: le temple des morts / 28 Years Later: The Bone Temple de Nia DaCosta. 2026. U.S.A/Angleterre. 1h49.

                                                    
               (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Je précise de suite, 28 ans plus tard : Le Temple des morts de Nia DaCosta (l'excellent remake:  Candyman) est une séquelle très particulière - et ce n’est pas un défaut, loin s'en faut. On a affaire à un vrai film d’auteur, comme l’était déjà le premier opus de la seconde trilogie réalisé par Danny Boyle.
 
Le Temple des morts est peut-être moins accessible - et c’est précisément sa force, surtout de nos jours formatés. C’est une véritable proposition fantastique. Un film qui prend son temps, où la psychologie des personnages prime sur l’action - même si celle-ci surgit par éclats, dans des séquences d’une extrême violence. Mais une violence moins spectaculaire qu’attendue : sèche, aride, douloureuse, même si parfois inversement "hors-champs."
 
Le film baigne dans une atmosphère mystique, baroque, notamment à travers le personnage du docteur Jan Kelsen, qui entretient une relation troublante avec la créature Samson. Il tente de contenir sa brutalité, de l’humaniser, en l’endormant sous morphine - tentative fragile, presque désespérée. On songe d'ailleurs aux rapports étroits qu'entretenaient le Dr Frankenstein et Bub dans le Jour des Morts-Vivants de Romero
 
 
Mais ce qui frappe, ce qui fascine, voir tétanise dans Le Temple des morts, c’est le point de vue largement focalisé sur la secte. Spike, le jeune survivant du premier opus, est embrigadé parmi eux après un acte barbare qu’ils jugent héroïque - un geste de défense devenu crime faisant écho à notre triste actualité française. Accepté pour sa violence rebelle, il va pourtant devenir le catalyseur. Par son innocence. Par son refus de se soumettre au mal, au meurtre gratuit, le clan se délitera de l'intérieur. 
 
Et c’est là que le film devient passionnant psychologiquement. Ce groupe, fanatisé par un gourou persuadé de servir Satan, est aussi ridicule que désespéré dans leur démarche de survie de dernier ressort. Dans ce monde post-apo, leur seule solution pour survivre est de croire au mal absolu, d’en faire une religion, une justification, une victoire imaginaire pour accéder à la toute puissance. 
 
À ce niveau-là, le film est terrible, inquiétant, magnétique dans sa manière de filmer cette secte fanatisée totalement décomplexée.
  
 
28 ans plus tard : Le Temple des morts insuffle alors un climat d’étrangeté baroque, fiévreux, qui imprègne chaque plan et nous maintient captifs par son hostilité envahissante. 
 
Dans sa dernière partie, la tension s’accroît, halète, notamment lors de la confrontation entre la secte et le docteur. Le final laisse alors percer une émotion à fleur de peau, inattendue, fragile, confinant au sublime. Et c’est là que l'oeuvre malade mais si fragile finalement par sa mélancolie existentielle gagne encore en ampleur : par l’empathie qu’il suscite pour ses personnages isolés en quête de seconde chance.
Quant à l'étonnante conclusion, elle agit comme un véritable clin d’œil à 28 jours plus tard de Danny Boyle. Une fin en suspens, ouverte, qui augure un troisième opus probablement passionnant, intense, sans doute à nouveau singulier - peut-être même plus terrifiant encore.
 
Le Temple des Morts doit aussi énormément à ses interprètes qui monopolisent le cadre ésotérique. Ralph Fiennes incarne un docteur passionné de musique et d'art mystique, mais foncièrement athée, figure rationnelle qui contrebalance l’idéologie délirante du gourou. Face à lui, Jack O'Connell est à mes yeux LA révélation. Pitoyable et hypnotique à la fois. Tétanisant de calme tranquille. Sa sournoiserie spontanée, sa dérision sardonique, son cynisme et sa folie psychotique écrasent l’écran. Il impose une présence maléfique, d’un naturel sidérant.
 
 
28 ans plus tard : Le Temple des morts est donc pour moi une formidable séquelle aussi déroutante que fascinante dans son refus de nous caresser dans le sens du poil. Peut-être aussi dense, aussi furieuse, aussi cérébrale que le premier film - même si ma préférence va peut-être encore à celui de Boyle. Il n’empêche : Le Temple des morts est une vraie réussite cinématographique. Un vrai film d’auteur "fantastique" qui n'est pas conçu pour plaire à tout un chacun. L’un des meilleurs films de 2026 honorant le genre avec humilité dans son émotion humaniste à fleur de peau à la fois contenue et timorée.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤

samedi 14 février 2026

Halloween Kills de David Gordon Green. 2021. U.S.A. 1h49.

                           (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Mea culpa.

"Chronique d’une défaite collective."

À la révision, et à ma grande surprise, Halloween Kills m'est apparu comme un formidable psycho-killer, plus profond qu’il n’y paraît.
Si l’on se fie aux critiques - plus sévères que pour le 1er opus - on pourrait croire à une suite ratée. Je pense au contraire qu’il s’agit d’un film incompris.

Car cette séquelle est plus nihiliste, plus désenchantée, plus désespérée, plus psychologique que le premier opus.
 

Ici, la peur ne se vit plus en huis clos. Elle contamine à l'extérieur. Elle gangrène. Elle hystérise.

Les citadins d’Haddonfield se vautrent dans l’autojustice, dans la facilité, dans la bêtise tragique de la vindicte populaire, au point de provoquer la mort d’un innocent. Certes, ils ne le tuent pas de leurs mains, mais ils le condamnent par leur folie collective. Le film pose alors une véritable réflexion frontale sur l’autojustice, thème tristement contemporain : lorsque les institutions vacillent, la foule livrée à elle même devient monstre.

Et David Gordon Green insiste.
La police est impuissante.
La population est livrée à elle-même.
 

Le prologue situé en 1978 le rappelle avec intelligence (en prime
d'un incroyable effet numérique quand à l'apparition surprise d'un personnage clef !): la faille morale était déjà là. L’ordre n’a jamais été solide. Il était fissuré dès l’origine.

Mais Halloween Kills ne se contente pas d’un discours social plus qu'actuel. Il emprunte le chemin d’une brutalité gore assumée, d’une action nerveuse, presque martiale, au détriment d’une terreur plus atmosphérique. Le suspense se raréfie. La violence, elle, explose. C’est un choix. Radical.

Mais le film parle surtout d’icône.
 

Michael Myers n’est plus seulement un tueur. Il devient une figure. Une abstraction. Le mal à l’état pur. Un mal indestructible.

Plus il est attaqué, plus il semble se renforcer.
Plus la communauté tente de l’écraser, plus elle révèle sa propre impuissance.

Et c’est là que le film devient fort, trouble et fascinant.

On ressent un marasme communautaire, un effondrement moral. Haddonfield semble condamnée à subir. Le final, absolument sans espoir, scelle cette idée : tout le monde perd. Sauf le Mal.
 

Le montage plus dynamique, plus sec, donne au film une énergie parfois presque guerrière. On est dans un survival urbain, tendu, étrange, personnel. Green ose s’écarter des conventions tout en semant à nouveau des clins d’œil habiles à la mythologie de la saga. Il respecte l’héritage tout en le poussant vers quelque chose de plus sombre et de plus autonome.

Ce qui rend Halloween Kills si captivant, c’est ce sentiment d’impuissance absolue face à une figure devenue intouchable. Michael Myers est plus destructeur que jamais, plus robuste, mais surtout plus symbolique que jamais.

Ce n’est plus seulement un psycho-killer.
C’est une déclaration de guerre funeste perdue d’avance.
 

En mettant de côté les attentes de l'horreur standard, on découvre donc un film trouble, inquiétant, profondément noir. Un récit douloureux qui ose refuser la catharsis. Un film qui affirme que le mal ne meurt pas - il prospère dans la peur qu’il engendre.

Et c’est précisément cette radicalité qui fait sa puissance.

Au final, je me rends compte aujourd’hui que David Gordon Green a accompli, avec cette trilogie contemporaine, une œuvre aussi passionnante qu’ambitieuse, profondément marquée par le traumatisme et la persistance du mal.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤

vendredi 13 février 2026

Halloween de David Gordon Green. 2018. U.S.A. 1h46.

                  (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Halloween (2018) est à mon sens le grand retour du Boogeyman en bonne et due forme. Un retour respectueux du genre et du mythe, au point que David Gordon Green efface volontairement toutes les suites pour ne prolonger que le chef-d’œuvre matriciel de John Carpenter. Ici, nous avons affaire à une véritable suite, frontale, assumée, à nouveau clinquante et fascinante.

On sent Green impliqué, avisé, circonspecte. Son film est un formidable psycho-killer, mené avec intelligence, notamment dans la caractérisation de Laurie Strode. Quarante ans plus tard, elle est moralement fracassée, torturée. Paranoïaque, recluse, retranchée derrière des armes et des pièges. Sa maison est devenue une forteresse customisée, un bunker domestique prêt à exploser. Elle incarne une Amérique malade, celle de l’ère Trump, gagnée par le survivalisme et cette fascination innée pour les armes comme ultime rempart contre le chaos. Laurie ne vit plus : elle se prépare clairement à la guerre.

J’aime aussi beaucoup les clins d’œil disséminés tout au long du récit, habilement détournés, parfois même inversés au niveau du rôle des personnages. Green s’amuse, retors, à jouer avec notre mémoire. Il rend hommage à l’œuvre matricielle sans la singer, et l’on savoure ces échos déformés avec un plaisir malicieux.

Le film est terrifiant, surtout dans l’attente afin de travailler notre imaginaire. Comme Carpenter, Green travaille la peur dans la durée. Certaines séquences domestiques sont d’une efficacité redoutable : la présence invisible de Michael Myers, tapie hors champ, nous glace. Puis lorsqu’il frappe, la violence est plus brutale, bien que ritualisée, plus sanglante, car toujours ancrée dans un certain réalisme. Les meurtres des journalistes dans les toilettes comptent parmi les scènes les plus dures. Ça fait mal car c'est sans concession, quasi bestial, primal, sans l'outrance assumée d'un Rob Zombie (que je vénère toutefois). Alors qu'à un autre moment aussi inquiétant et insécure dans sa végétation feutrée, Gordon ose filmer l'immontrable lors d'une cruelle altercation, sans se complaire dans une violence graphique impardonnable.  

On est à nouveau face à un véritable film d’ambiance un peu plus contemporain. Michael est ici plus terrestre, moins abstrait, moins fantomatique qu’autrefois, mais il reste une silhouette glaçante, une menace immédiate dès qu’elle surgit dans le cadre.

Le personnage du psychiatre, interprété par Haluk Bilginer, apporte une variation intéressante en écho au docteur Loomis. Obnubilé, fasciné par Michael, il incarne une obsession presque maladive qui enrichit le propos de manière couillue dans un retournement de situation.  

Il faut aussi rappeler que Carpenter est producteur exécutif et compositeur du film. Le leitmotiv mythique résonne toujours, percutant, accompagné d’un score plus nerveux qui épouse le rythme de cette séquelle visuellement splendide, parfois presque onirico-funeste lors de ses éclairages nocturnes.

Tous les acteurs sont investis, mais Jamie Lee Curtis domine. Elle dégage une force expressive tenace, intraitable, à la fois fragile et stoïque. Et le final, tendu, spectaculaire, dans la maison transformée en piège, fonctionne admirablement dans son action et sa terreur communes.

Halloween 2018 est donc une variation franchement réussie : un psycho-killer intelligent, psychologique, fébrile et percutant, qui redore le blason d’une saga et s’impose comme l’un de ses meilleurs opus - avec son chapitre final infortuné: Halloween Ends

— le cinéphile du cœur noir 🖤

3èx. 4K. Vost