Réunissant l'illustre tandem Jean Gabin et Alain Delon, cette œuvre intime m'aura particulièrement surpris par la nature de sa thématique centrale, dont je ne connaissais absolument rien, mais surtout par la puissance dramatique de sa dernière demi-heure, lorsque le récit adopte une ampleur sociale et morale de la plus grande importance en s'attaquant à la controverse de la peine de mort.
Au-delà de la difficile réinsertion sociale d'un ancien délinquant, Gino Strabliggi, interprété par Alain Delon, qui retrouve la liberté après avoir purgé dix années de prison pour un braquage de banque, le film s'attache à dépeindre le parcours d'un homme qui tente de renouer avec une existence ordinaire. Grâce à Germain Cazeneuve, un éducateur social incarné par Jean Gabin, Gino parvient progressivement à retrouver sa place dans la société, à renouer avec l'amour et à décrocher un emploi dans une imprimerie. Une seconde chance lui est donc accordée, jusqu'au jour où l'inspecteur principal Goitreau, interprété par l'impassible Michel Bouquet, refait surface pour importuner, voire harceler, cet ancien détenu qu'il n'a jamais cessé de considérer comme un criminel intarissable.
Ainsi, en traitant son sujet avec un humanisme jamais larmoyant et sans fioriture, sobrement dépeint par la caméra circonspecte de José Giovanni, et grâce aux prestations exemplaires de Jean Gabin et Alain Delon, Deux hommes dans la ville insuffle un sentiment à la fois paisible et inquiétant à travers cette époque vétuste des années 70 particulièrement sensorielle. Une dramaturgie inopinée s'installe progressivement, jusqu'à faire basculer le récit dans une tragédie humaine d'une intensité bouleversante. Un parti pris draconien qui m'a percuté de plein fouet.
Et si l'on augure initialement un simple récit de vengeance à la suite d'un rebondissement dramatique, le film se révèle beaucoup plus ambitieux et intelligent dans sa démarche. Car c'est véritablement au cours de son ultime demi-heure que Deux hommes dans la ville trouve toute sa puissance et sa raison d'être, en développant un réquisitoire contre la peine de mort d'une remarquable intelligence d'esprit, sans verser dans la complaisance.
Le parcours de cet ancien détenu, qui avait pourtant réussi à renouer avec la vie en société grâce à une seconde chance, va ainsi sombrer dans le désarroi, la rébellion et finalement le désespoir, sous l'effet de l'acharnement autoritaire d'un inspecteur castrateur, dénué d'empathie et de toute compassion. Une figure policière glaçante dont l'obstination et le mépris de la rédemption vont précipiter Gino vers une issue tragique.
D'ailleurs, on peut rappeler qu'en 1973, au moment du tournage, la peine de mort était encore en vigueur en France. La cruauté morale et la brutalité physique de cette ultime demi-heure ne peuvent donc que nous interpeller et nous remettre en question sur la légitimité d'une telle sanction. Une réflexion que l'on retrouve également, sous une autre approche également remarquable, dans le méconnu Ted Bundy de Matthew Bright, réalisé en 2002 - à travers son final insoutenable -
En définitive, Deux hommes dans la ville nous permet autant de nous laisser captiver par un récit humaniste empreint de tendresse, d'espoir et d'inquiétude que de nous confronter à un questionnement moral particulièrement éprouvant. Grâce notamment aux prestations expressives de Jean Gabin, en éducateur pétri d'attention et de bienveillance pour son protégé dans sa posture bougonne, et d'Alain Delon, qui conserve cette sobriété innée, instinctive, tout en finesse, le film nous bouleverse profondément. C'est aussi grâce à eux que le dénouement acquiert une telle force émotionnelle, nous confrontant à l'intolérable fardeau d'une mise à mort aussi cruelle qu'injustifiée.
Car derrière le destin brisée de Gino se dessine celui d'un homme que l'injustice d'un système judiciaire, réfractaire aux circonstances atténuantes, condamne à payer de sa chair les conséquences d'un engrenage auquel il n'aura finalement pas réussi à échapper en cédant aux pulsions destructrices.
Voilà ce que représente à mes yeux Deux hommes dans la ville: un solide drame social et carcéral, soigneusement réalisé par José Giovanni, profondément humaniste et résolument engagé contre la peine de mort, au point de contribuer à éveiller les consciences et à faire évoluer les mentalités.







































