dimanche 8 mai 2011

Justice Sauvage / Walking Tall


de Phil Karlson. 1973. U.S.A. 1h40. Avec Joe Don Baker, Elisabeth Hartman, Leif Garrett, Daw Lyn, Noah Beery Jr, Lurene Tuttle, Ed Call, Dominick Mazzie, Lynn Borden.

Sortie salles U.S.A: 22 FĂ©vrier 1973

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Phil Karlson est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 2 Juillet 1908 Ă  Chicago, dĂ©cĂ©dĂ© le 12 dĂ©cembre 1985 Ă  Los Angeles. 1948: Rocky, 1949: Le Chat sauvage, 1952: Le 4è Homme, 1959: Les Incorruptibles dĂ©fient Al Capone, 1961: Le Dernier passage (The Secret Ways), Les Blouses Blanches (The Young Doctors) , 1962: Un direct au coeur (Kid Galahad) , 1963: Massacre pour un fauve (Rampage) , 1966 : Matt Helm, agent très spĂ©cial (The Silencers) , 1967 : La poursuite des tuniques bleues (A Time for Killing) , 1968: Alexander the great (TV) , 1969: Matt Helm règle ses comptes (The Wrecking Crew), 1970 : l'Assaut des jeunes loups (Hornets' Nest) , 1972: Ben, 1973: Justice Sauvage (Walking Tall) , 1975: La trahison se paie cash  (Framed)

                                   

TournĂ© la mĂŞme annĂ©e qu'Un Justicier dans la Ville mais sorti un an et demi plus tard (le 24 Juillet 1974 aux USA), Justice Sauvage entame le courant du film d'auto-dĂ©fense alors que le 23 DĂ©cembre 1971 explosait sur les Ă©crans l'Inspecteur Harry de Don Siegel, crĂ©ant ainsi son personnage iconique de flic charognard aux mĂ©thodes expĂ©ditives aussi brutales qu'illĂ©gales. Le film entrepris par Phil Karson aura lui aussi connu un tel succès public que trois autres suites seront rapidement mises en chantier durant toute la dĂ©cennie seventie. PitchDans une contrĂ©e bucolique, un ancien catcheur Ă  la retraite revenu dans sa rĂ©gion natale est Ă©lu par sa communautĂ© du Tennessee pour devenir leur shĂ©rif. Un homme de loi drastique et Ă©quitable par qui la corruption et la criminalitĂ© seront dĂ©finitivement bannis de sa ville empoisonnĂ©e par une mafia rĂ©gnant en maĂ®tre dans un bordel. Une guerre sans merci est alors livrĂ©e entre les deux camps.

                                      

Voici l'une des oeuvres fondatrices du film d'auto-dĂ©fense, une sĂ©rie B cĂ©lĂ©brĂ©e par une horde de fans adeptes de la violence rĂ©ac qui frappe brutalement dans un dĂ©fouloir de scènes d'action explosives habilement concoctĂ©es. Si bien que ce pur western involontairement pittoresque (on jurerait qu'il fut rĂ©alisĂ© durant les annĂ©es 50) est aujourd'hui devenu un sommet de loufoquerie domptĂ© par la prĂ©sence robuste de Joe Don Baker auquel les scènes de violences très brutales surprennent encore par son âpretĂ© et sa verdeur infligĂ©e. La narration est d'un classicisme on ne peut plus balisĂ© dans cette incessante guerre de rixe entre un shĂ©rif redresseur de tort condamnĂ© Ă  rĂ©torquer de manière sauvage auprès d'une bande de crapules immorales, propriĂ©taires d'un bordel champĂŞtre. S'ensuit donc Ă  rythme mĂ©tronome une succession d'incidents majeurs commis en dĂ©faveur de notre shĂ©rif continuellement pris Ă  parti mais armĂ© d'un imposant gourdin pour y nettoyer les truands opiniâtres des quartiers de son patelin en Ă©bullition. Il faut le voir dans sa posture de catcheur entrer dans l'enceinte d'un tribunal, saisi de sa matraque pour prĂ©senter au juge les derniers larrons qu'il vient d'apprĂ©hender ! Des situations aussi improbables et grossières, Justice Sauvage en regorge Ă  foison et tous les personnages sont si caricaturĂ©s Ă  l'extrĂŞme qu'il transcendent la consternation pour crĂ©er la sympathie. Que ce soit la femme chĂ©rissante de Budford, chĂ©tive, craintive et aimante, les enfants dociles fascinĂ©s par leur paternel  hĂ©roĂŻque, les grands parents puritains et protecteurs, l'acolyte de couleur noir Ă  la trogne bonnard fidèlement associĂ© au shĂ©rif inflexible ou les malfrats lâches et orduriers davantage rancuniers dans leurs trafalgars obtempĂ©rĂ©s.

                                    

Ainsi, au sein de ce vrai western (faussement) contemporain reprenant tous les poncifs du genre, l'ambiance est si surrĂ©aliste dans son Ă©poque contĂ©e, exacerbĂ©e de personnages saugrenus, convaincus de leur prestance cordiale que Justice Sauvage entraĂ®ne de bonne foi le spectateur dans une guĂ©rilla puĂ©rile lardĂ©e de scènes de violences sauvages ! Les coups de poing et de burin pleuvants tous azimuts et les dĂ©charges de chevrotine explosant les corps ensanglantĂ©s par de furieux impacts de balle. A ce titre, la scène la plus foudroyante dans son intensitĂ© explicite est ce moment dramatique arrivant de manière fortuite, pour un personnage clef dĂ©cimĂ© par une balle explosant l'arrière de sa boite crânienne durant une poursuite automobile. De surcroĂ®t, la spontanĂ©itĂ© rigoureuse et l'impressionnant charisme viril du personnage principal campĂ© par Joe Don Baker apporte une dimension humaine Ă©quivoque de par l'illĂ©galitĂ© et la tolĂ©rance de ses exploits hĂ©roĂŻques suicidaires, alors qu'il manquera Ă  trois reprises de mourir in extremis sous les balles perfides de l'ennemi rival. Le manque d'enjeu dramatique s'y fait malgrĂ© tout cruellement sentir durant le fil narratif et devient plus contraignant Ă  force que le mĂ©trage Ă©volue dans ces incessantes attaques vindicatives rĂ©pertoriĂ©es dans les deux camps opposĂ©s. Jusqu'Ă  ce que l'ultime quart d'heure reprenne une certaine ampleur lors de sa tragĂ©die familiale, ultime point d'orgue d'une vengeance meurtrie aveuglĂ©e par la haine et la rancoeur.

                                    

Ainsi donc, Justice Sauvage se dĂ©cline en petit classique d'exploitation faisant aujourd'hui office d'attachant divertissement rĂ©tro assez atypique. Le savant dosage de violence rrugueuse, les situations toutes plus saugrenues les unes que les autres, ces personnages stĂ©rĂ©otypĂ©s Ă  l'extrĂŞme et l'imposante prĂ©sence de Joe Don Baker achèvent de rendre ce succĂ©danĂ© sĂ©millant, Ă  dĂ©faut d'ĂŞtre passionnant, que les inconditionnels du genre ne manqueront pas d'affectionner.

08.05.11.
*Bruno

vendredi 6 mai 2011

LE CHATEAU DES MORTS-VIVANTS (Il castello dei morti vivi)


de Luciano Ricci et Lorenzo Sabatini. 1964. Italie/France. 1h31. Avec Christopher Lee, Donald Sutherland, Gaia Germani, Philippe Leroy, Jacques Slanislawski, Mirko Valentin, Antonio de Martino, Luigi Bonos, Luciano Pigozzi, Ennio Antonelli.

FILMOGRAPHIE: Luciano Ricci est un réalisateur et scénariste italien né le 16 Novembre 1928, mort le 22 Juin 1973. 1962: Solo contro Roma. 1962: Giuseppe venduto dai fratelli. 1964: Senza sole nè luna. 1964: Le chateau des morts-vivants.
Lorenzo Sabatini est un réalisateur et scénariste italien. 1964: Le Chateau des morts-vivants. 1969: Juliette de Sade. 1970: Echec à la maffia.

                                  

InĂ©dit en France, Le Chateau des Morts-Vivants est un modeste film d'Ă©pouvante concoctĂ© par un  trio de rĂ©alisateurs, et ce d'après un scĂ©nario de Michael Reeves (non crĂ©ditĂ© au poste d'assistant rĂ©alisateur). Il me parait paradoxale que cette production franco-italienne, particulièrement influencĂ©e par le gothisme de Mario Bava (Le Masque du dĂ©mon sortit sur les Ă©crans 4 ans au prĂ©alable), soit restĂ© invisible dans nos contrĂ©es, non seulement en salles mais aussi en vidĂ©o. D'autant plus qu'en tĂŞtes d'affiche se bousculent la valeur sĂ»re Christopher Lee, le français Philippe Leroy et enfin  Donald Sutherland dans un triple rĂ´le (secondaire). Au 19è siècle, une troupe d'animateurs ambulants sont invitĂ©s par le comte Drago dans son château reculĂ©. MalgrĂ© la mise en garde d'une vieille sorcière sur leur chemin du trajet, nos hĂ©ros poursuivent leur chemin. Accueillis par le serviteur Sandro, ils ne se doutent pas que Drago cache dans une pièce une exposition de cadavres monolithiques.

                                        

DĂ©butant par un prologue sarcastique en trompe l'oeil, cette oeuvre bisseuse au charme vintage attise immĂ©diatement la sympathie, notamment auprès de ces attachants personnages. Des forains concoctant auprès d'une foule champĂŞtre du 19è siècle des spectacles macabres de mises Ă  mort ! EpaulĂ© d'une superbe photo noir et blanc et de dĂ©cors gothiques singuliers, l'intrigue nous entraĂ®ne dans le refuge macabre d'un manoir antique abritant des animaux embaumĂ©s ainsi que des cadavres humains figĂ©s pour l'Ă©ternitĂ©. Une amusante variation en somme auprès des mannequins de cire tant et si bien que le Comte Drago renoue avec les travaux obsessionnels de Vincent Price entrepris dans l'Homme au masque de cire tournĂ© 9 ans plus tĂ´t. L'efficacitĂ© du rĂ©cit Ă©mane des disparitions inquiĂ©tantes de chacun des personnages piĂ©gĂ©s dans le dĂ©dale funĂ©raire du comte Drago. A ce titre, le final somptueusement baroque dĂ©voilant enfin les travaux finaux de ses horribles mĂ©faits nous scande sa plus belle sĂ©quence de poĂ©sie corporelle, qui plus est accentuĂ©e d'une atmosphère feutrĂ©e Ă©trangement surnaturelle !

                                   

Avec une classe autoritĂ© et un magnĂ©tisme glaçant, Christopher Lee rĂ©ussit une fois de plus Ă  camper un personnage aussi bien lugubre qu'orgueilleux lors de ses exactions, pour ne pas dire azimutĂ© dans sa quĂŞte obsessionnelle d'embaumer des humains afin de prĂ©server leur jeunesse auprès d'un procĂ©dĂ© rĂ©volutionnaire. Son valet incarnĂ© par Mirko Valentin ne manque pas non plus de charisme mortifère en faire-valoir criminel maladivement fascinĂ© par les expĂ©riences morbides de son maĂ®tre. D'autres personnages secondaires, telle la sorcière fĂ©tide (superbement campĂ©e par Donald Sutherland dans un rĂ´le ternaire !), le nain Nick (Antonio De Martino), Eric le leader ambulant (Philippe Leroy) ou la ravissante Laura (Gaia Germani) instaurent une prĂ©sence aussi convaincante afin de rehausser l'aura ombrageuse de cette farce macabre.

                                        

Soigneusement rĂ©alisĂ© avec savoir-faire formel, Le chateau des Morts-vivants constitue une  surprenante curiositĂ© latine. Une sĂ©rie B bisseuse agrĂ©ablement rĂ©tro, parfois mĂŞme violente (en se resituant dans le contexte de l'Ă©poque) et surtout exacerbĂ© d'un dĂ©corum parfois baroque, telles ses immenses statues de pierre animalières ornant les jardins du château. L'efficacitĂ© du rĂ©cit habilement contĂ©, la beautĂ© fulgurante de certaines images macabres ainsi que son casting inquiĂ©tant achèveront de sĂ©duire les amoureux du genre gothique que Bava inaugura de son empreinte avec Le Masque du DĂ©mon.

* Bruno

Dispo chez ARTUS FILMS en dvd.

06.05.11

jeudi 5 mai 2011

Zombie Lover / Make-out with violence. Grand Prix du Jury au festival d'Atlanta 2008.


des frères Deagol. 2008. 1h41. Avec Eric Lehning, Cody DeVos, Leah High, Brett Miller, Tia Shearer, Jordan Lehning, Josh Duensing, Shellie Marie Shartzer, Amanda Bailey, David Carney, Jack Doyle, Kevin Doyle, Patricia Doyle, Zach Duensing, Steve Duensing.

Traduction Française: Rouler une pelle avec violence.

Sortie en France le 03 Mai 2011.

                                  

FILMOGRAPHIELes frères Deagol sont des réalisateurs, scénaristes et producteurs de leur premier long-métrage, Make-out with violence.

Le Pitch: Patrick et Carol sont deux frères jumeaux venant juste de terminer leurs Ă©tudes universitaires. Ils vivent dans une petite ville amĂ©ricaine de banlieue avec leur jeune frère Beetle. Un jour, la belle Wendy, une amie de l’universitĂ©, disparaĂ®t. Un moment difficile pour les deux jumeaux, secrètement amoureux de la jeune femme. En se baladant dans les bois, les frères vont tomber sur le cadavre de Wendy. Un cadavre, mais vivant… Les jumeaux vont alors ramener la jeune femme chez eux et essayer d’en prendre soin en secret

                                     

Bon, c'est un excellent film indĂ©pendant qui sort vraiment des sentiers battus. C'est parfois touchant, original, troublant mais aussi irritant, dĂ©routant, frustrant car je ne m'attendais pas du tout Ă  ça. Le personnage de la morte vivante est magnifiquement exploitĂ©e mais uniquement dans la posture atypique d'un comportement anĂ©mique. L'archĂ©type est ici habilement renouvelĂ©, rĂ©exploitĂ©. 2/3 scènes sont absolument magnifiques dans leur poĂ©sie trouble et macabre (le gateau d'anniversaire, le final dans la piscine) mais la romance nĂ©crophile, mĂ©lancolique et dĂ©sespĂ©rĂ©e passe trop en second plan je trouve. De ce fait, je trouve que le relation entre le garçon amoureux et sa dulcinĂ©e exsangue perd de son intensitĂ© Ă©motionnelle au profit des romances Ă©perdues entre les autres personnages et ceux qui souhaite entamer une vraie relation amoureuse. La bo est formidable, les personnages ont tous une belle dimension humaine (le petit garçon est formidable de naturel), la mise en scène est inspirĂ©e et inventive mais ce faux film de zombie peut largement rebuter ceux qui n'Ă©taient pas avertis.
A découvrir pour public averti.

                                
05.05.11.
Bruno Matéï.

mardi 3 mai 2011

MAS NEGRO QUE LA NOCHE (Plus noir que la nuit)

                     

de Carlos Enrique Taboada. 1975. Mexique. 1h45. Avec Claudia Islas, Susana Dosamantes, Helena Rojo

FILMOGRAPHIE:  Carlos Enrique Taboada est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur mexicain nĂ© le 18 Juillet 1929, mort le 15 Avril 1997.

Une femme reçoit une ancienne demeure en héritage d'une tante. Elle s'y installe avec trois amies mais très vite des événements étranges se produisent...







dimanche 1 mai 2011

Noces Sanglantes / He knows you're alone


de Armando Mastroiani. 1980. U.S.A. 1h33. Avec Caitlin O'Heany, Don Scartino , Elisabeth Kemp, Tom Rolfing, Lewis Arlt, Patsy Pease, James Rebhorn, Tom Hanks.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Armand Mastroianni, nĂ© le 01 Aout 1948 Ă  New-York est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain surtout actif Ă  la tĂ©lĂ©vision.
1980: Noces Sanglantes, 1982: Un tueur dans la ville, 1986: The Supernaturals, 1987: Machinations, 1989: Cameron's closet, 1990: Double Revenge, 1991: Perfect Crimes (tĂ©lĂ©-film), 1994: La Blonde et le privĂ© (tĂ©lĂ©-film), 1995: Virus (tĂ©lĂ©-film), 2007: Sharpshooter, Final Approach, Pandemic (tĂ©lĂ©-film), 2008: A Gunfighter's Pledge, Black Widow, Grave Misconduct (tĂ©lĂ©-film), 2009: Une seconde vie.

                                       

Par le réalisateur du sympathique thriller fantastique Un Tueur dans la Ville, Armando Mastroianni signait deux ans auparavant son premier essai derrière la caméra avec He Knows You're Alone, traduit en France par Noces Sanglantes - un titre, pour une fois, plus évocateur que son homologue original.

Petit psycho-killer fortement inspirĂ© du mythique Halloween de John Carpenter, sorti deux ans plus tĂ´t, Noces Sanglantes emprunte Ă  son modèle la mĂŞme structure narrative : celle d’un tueur fantomatique, mĂ©thodique, dĂ©terminĂ© Ă  dĂ©cimer les jeunes couples infidèles sur le point de se marier.

Synopsis: Dans une bourgade amĂ©ricaine, un mystĂ©rieux psychopathe assassine les futurs Ă©poux aux mĹ“urs douteuses, comme pour punir leur trahison charnelle. Mais l’un des maris endeuillĂ©s, brisĂ© par la perte de sa compagne, se lance dans une traque obsessionnelle. Car derrière la lame vengeresse, se cache le spectre d’un amour avortĂ©, d’un homme abandonnĂ©, sombrĂ© dans la folie meurtrière après une rupture ravageuse.

                                            

Deux ans après Halloween, Mastroianni tente Ă  son tour d’exploiter le filon du tueur masquĂ© dans une petite ville paisible. Sans Ă©galer le modèle, il parvient cependant Ă  tirer son Ă©pingle du jeu par quelques Ă©clairs de mise en scène inspirĂ©s. Tout du moins durant trois bons quart-d'heure. 
Le prologue, notamment, frappe par son inventivitĂ© et son audace. Une scène aux allures de terrain vague : un couple se bĂ©cote dans une voiture, une silhouette menaçante approche… Soudain, le cadre s’Ă©largit : chut, n'en disons pas plus. 

Difficile, après cette ouverture saisissante, de ne pas penser Ă  Angoisse de Bigas Luna, tant pour l’esthĂ©tique anxiogène que pour l’idĂ©e d’une violence fictive qui contamine la rĂ©alitĂ©. Des dĂ©cors aux lumières morbides, des toilettes Ă  la salle obscure, jusqu’au tueur influencĂ© par le cinĂ©ma lui-mĂŞme - tout rĂ©sonne comme une matrice de ce futur chef-d'Ĺ“uvre expĂ©rimental. 

                                          

La suite, plus classique, s’apparente Ă  un jeu de cache-cache entre le tueur et sa prochaine victime. Peu de meurtres, mais une menue tension peu Ă   peu dĂ©samorcĂ©e par la redondance. Comme Carpenter, Mastroianni privilĂ©gie la silhouette errante, le plan sĂ©quence anxieux, l’unitĂ© de lieu oppressante, le suspense Ă©touffĂ© par une partition musicale monotone - un air familier, presque mimĂ©tique de Halloween.
LĂ  oĂą d’autres psycho-killer des annĂ©es 80 misent sur l’escalade sanglante et les effets spĂ©ciaux spectaculaires, Noces Sanglantes opte la sobriĂ©tĂ©. Pas de geysers de sang : juste l’ombre, la menace, et une mise en scène patiente. Un minimalisme qui Ă©tonne dans un genre souvent outrancier mais qui finit ici hĂ©las par lasser faute du manque de rĂ©alisme de son climat horrifiant et du jeu approximatif du tueur Ă  la lisière de la parodie.

Clin d’Ĺ“il subsidiaire : les amateurs reconnaĂ®tront la toute première apparition de Tom Hanks, alors âgĂ© de 23 ans, dans une apparition furtive.

                                       

Noces Sanglantes est une curiositĂ© oubliĂ©e des annĂ©es 80 plombĂ©e par ses maladresses Ă©culĂ©es trop influencĂ©es par son aĂ®nĂ© prĂ©citĂ©. Un psycho-killer modeste, parfois charmant, voir mĂŞme attachant mais qui, Ă  mi-parcours, finit par lasser au fil de clichĂ©s et de redondances Ă  la lisière de la semi-parodie. Une sĂ©rie B imparfaite donc qui risque de dĂ©cevoir ou de divertir, dans une modeste mesure, le cinĂ©phile amusĂ©. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
02.05.11                    
11.08.25. Vost

mercredi 27 avril 2011

Talk Radio


de Oliver Stone. 1988. U.S.A. 1h50. Avec Eric Bogosian, Ellen Greene, Leslie Hope, C. Mac Ginley, Alec Baldwin, John Pankow, Michael Wincott

Sortie en salles en France le 12 Avril 1989, U.S.A: 21 DĂ©cembre 1988.

FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 15 Septembre 1946 Ă  New-york. 1974: La Reine du mal (Seizure), 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: NĂ© un 4 juillet, 1991: The Doors, J.F.K, 1993: Entre ciel et terre, 1994: Tueurs nĂ©s, 1995: Nixon, 1997: U turn, 1999: l'Enfer du dimanche, 2003: Commandante (documentaire sur Fidel Castro), Persona non grata (documentaire sur l'Israel et la Palestine), 2004: Looking for fidel (tĂ©lĂ©-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W: l'improbable prĂ©sident, 2009: South of the border (documentaire sur Hugo Chavez), 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais.

                                  
 
"Talk Radio : l’AmĂ©rique Ă  vif".
Après Salvador, Platoon et Wall Street, le pourfendeur Oliver Stone signe avec Talk Radio un pamphlet virulent sur une AmĂ©rique mise Ă  nu, acide, rongĂ©e par ses nĂ©vroses et en pleine dĂ©gĂ©nĂ©rescence. Une jungle urbaine schizophrène, oĂą des anonymes abandonnĂ©s Ă  leurs tourments errent sans repère, en quĂŞte d’une reconnaissance existentielle par le biais d’une station de radio libertaire.

Ă€ Dallas, un animateur radio, Barry Champlain, anime une Ă©mission libre Ă  succès oĂą chacun peut s’exprimer Ă  sa guise. Provocateur cynique, psychologue sans vergogne, il n’hĂ©site pas Ă  agresser verbalement ses auditeurs, les plaquant face Ă  eux-mĂŞmes dans une forme brutale de prise de conscience. Mais en cette nuit particulière, la parole dĂ©chaĂ®nĂ©e de ses interlocuteurs va fissurer ses certitudes : Barry vacille, Ă©cĹ“urĂ© par la violence aveugle, la haine insensĂ©e, et l’intolĂ©rance dĂ©complexĂ©e qu’il entend Ă  travers les ondes.                 

Attention, film choc cinglant. Oliver Stone n’y va pas de main morte avec ce brĂ»lot contestataire d’une violence inouĂŻe, dans sa manière rigide de dĂ©peindre la faune aliĂ©nĂ©e d’une sociĂ©tĂ© malade. Ă€ travers cette Ă©mission oĂą la parole circule librement sans filtre ni censure, le cinĂ©aste anticonformiste nous entraĂ®ne dans une descente aux enfers insidieuse, dĂ©rangeante, presque nausĂ©euse — dont il est difficile de sortir indemne. Chaque nuit, Barry affronte une galerie d’âmes dĂ©rangĂ©es, pathĂ©tiques, qu’il tente de heurter de plein fouet pour briser leur dĂ©lire, les rĂ©ancrer Ă  une vĂ©ritĂ© Ă©corchĂ©e, dĂ©lavĂ©e par la banalitĂ© du quotidien.

Homophobes, xĂ©nophobes, antisĂ©mites, violeurs, camĂ©s, psychopathes, refoulĂ©s pervers… tous dĂ©filent pour se laisser provoquer et insulter par ce misanthrope lucide, ce chirurgien verbal de l’hypocrisie humaine, des simulacres sociaux et de l’injustice de classe, mère des pires rebuts de l’espèce.

Dans un monde tendancieux, asservi par le profit, le voyeurisme et la mort-spectacle, Talk Radio stigmatise ce que l’AmĂ©rique peut engendrer de plus sordide lorsque l’individu, esseulĂ©, dĂ©racinĂ©, se retrouve broyĂ© par l’absurditĂ© contemporaine. Des âmes incapables d’affronter l’existence, perverties par le mensonge, l’avilissement, le pouvoir des nantis. Ă€ travers l’esprit en fusion de Barry, fustigeant chaque auditeur masochiste, c’est tout un portrait de la dĂ©chĂ©ance que Stone nous assène — une galerie de figures licencieuses, se nourrissant de la douleur des autres pour combler l’absence d’un bonheur perdu, Ă©vaporĂ© dans l’acide.

On reconnaĂ®t dans un second rĂ´le un Alec Baldwin dĂ©butant, patron scrupuleux rappelant Ă  l’ordre chaque dĂ©bordement d’un Barry dĂ©sormais promis Ă  une diffusion nationale. Mais c’est Eric Bogosian qui crève l’Ă©cran : radiophoniste contestataire, il ausculte le vrai visage de chaque voix osant l’affronter, rĂ©vĂ©lant fascisme larvĂ©, fantasmes pervers, dĂ©tresse suicidaire ou idĂ©ologie nazie dĂ©guisĂ©e en appel Ă  l’aide.

Injustement mĂ©connu, volontairement occultĂ© pour son radicalisme social et son idĂ©ologie expĂ©ditive, Talk Radio reste un tĂ©moignage-choc d’une AmĂ©rique Ă  l’agonie. Une sociĂ©tĂ© conservatrice, aveugle Ă  l’Ă©galitĂ©, anesthĂ©siĂ©e pour mieux asservir.
Par cette libertĂ© de parole donnĂ©e aux monstres ordinaires, Oliver Stone signe l’un de ses cris les plus fĂ©roces : une dĂ©nonciation brutale du conditionnement, de l’Ă©goĂŻsme, de l’addiction Ă  la haine, de la nĂ©vrose collective. Il en rĂ©sulte une Ĺ“uvre sulfureuse, implacable, terrifiante - une plongĂ©e dans les tĂ©nèbres de l’âme amĂ©ricaine, dont le final glaçant nous laisse dans une amertume plus toxique encore, gangrenĂ©e par une intolĂ©rance abrutissante.                                   
 
*Bruno
27.04.11.  3.

lundi 25 avril 2011

Campus / Dangerously clos


        

de Albert Pyun. 1986. U.S.A. 1h35. Avec John Stockwell, J. Eddie Peck, Carey Lowell, Don Michael Paul, Thom Matthews.

FILMOGRAPHIE: Albert Pyun est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© en 1954 Ă  Hawaii. Il fut dans un premier temps assistant du rĂ©alisateur Akira Kurosawa avant de se consacrer personnellement Ă  la mise en scène. 1982: L'EpĂ©e Sauvage, 1985: le Dernier missile, 1986: Campus, 1987: Pleasure Planet, le TrĂ©sor de San Lucas, 1988: Alien from L.A., 1989: Voyage au centre de la terre, Cyborg, 1991: Captain America, Kickboxer 2, Dollman, 1993: Nemesis, Knights, 1994: Kickboxer 4, 1995: Nemesis 2, 1996: Nemesis 3, Omega doom, Adrenaline, Nemesis 4, 1997: Prise d'otages Ă  Atlanta, 1997: Mean Guns, 1998: Crazy Six, 1998: Postmortem, 1999: Urban menace, Corrupt, 2001: Explosion imminente, 2005: Infection, 2007: Bulletface, Left for dead.

                                    

Du rĂ©alisateur du sympatoche l'EpĂ©e Sauvage (dĂ©marquage bien bis de Conan le Barbare sorti la mĂŞme annĂ©e) et de Cyborg (western spaghetti post nuke), Campus est une sĂ©rie B oubliĂ©e des annĂ©es 80, un thriller efficace illustrant les exactions militantes d'une milice juvĂ©nile endoctrinĂ©e par un briscard totalitaire.

Le Pitch: Un étudiant est retrouvé assassiné près de sa fac où il enseignait.
Danny, jeune universitaire, se lie d'amitié avec un groupe d'élèves surnommé Les Sentinelles. Bientôt, il comprend que ce groupe extrémiste particulièrement violent est à l'origine du meurtre, quand bien même un autre élève disparait mystérieusement de la circulation.

                                    

Bien ancrĂ© dans son Ă©poque eightie pour le look et la dĂ©froque des protagonistes, sa mise en scène inspirĂ©e du vidĂ©o-clip et une bande musicale omniprĂ©sente alternant parfois le rock industriel Ă  la new-wave, Campus impressionne de prime abord dans sa texture visuelle particulièrement soignĂ©e et stylisĂ©e.
Le prologue est Ă  lui seul une rĂ©ussite esthĂ©tique hĂ©ritĂ©e des ambiances envoutĂ©es telles que Nomads, la Chasse du Comte Zaroff ou Razorback, sorti deux ans plus tĂ´t. 
Dans la nuit tĂ©nĂ©breuse d'une forĂŞt nappĂ©e de brume, un jeune garçon fuit Ă  travers bois une bande d'individus cagoulĂ©s, munis d'arbalète, poignard et flingue ainsi qu'une camĂ©ra pour filmer leurs exploits primitifs. Après un jeu perfide de lutte pour la survie et d'un simulacre meurtrier, l'organisation laisse la vie sauve au quidam dĂ©sorientĂ©. Mais chut, n'en disons pas plus...

                                  

La suite nous prĂ©sente nos diffĂ©rents protagonistes oĂą hĂ©ros, victimes et oppresseurs s'entrecroisent pour nous embarquer dans une intrigue haletante Ă©tablie sous la forme du thriller.
Sachant qu'Ă  la fin, un ultime rebondissement fortuit permettra de rĂ©interprĂ©ter le fond du film dans son discours social stigmatisant un groupuscule extrĂ©miste endoctrinĂ© par un mentor manipulateur.
Albert Puyn dĂ©montre alors l'influence que peut exercer un activiste chevronnĂ© sur la jeunesse issue ici d'un milieu favorisĂ©. C'est la montĂ©e du fascisme qui est illustrĂ© de façon insolite au sein d'un survival game auquel de jeunes universitaires opportunistes s'amusent Ă  Ă©laborer une doctrine fustigeant les individus marginaux ou dĂ©nuĂ©s d'ambition singulière. Le spectre du nazisme voile donc Ă  peine le bout de son nez dans l'unitĂ© d'une puissance Ă©rudite et drastique, assujetti Ă  dĂ©prĂ©cier les plus faibles citoyens teintĂ©s d'extravagance ! (la mode punk Ă©tait alors en effervescence lors des annĂ©es 80).


Superbement photographiĂ© dans une nuance bleutĂ©e contrastant avec les teintes en clair obscur et plutĂ´t bien interprĂ©tĂ© par de jeunes comĂ©diens ayant percĂ© ensuite dans le milieu, comme John Stockwell 
(Christine) ou Thom Matthews (le Retour des Morts-vivants), Campus est un thriller efficace menĂ© sans temps morts d'autant plus agrĂ©able Ă  suivre qu'il est dotĂ© d'une bande son endiablĂ©e symptomatique des Eighties. 

*Bruno
25.04.11.

vendredi 22 avril 2011

Scream 4

                        
de Wes Craven. 2011. U.S.A. 1h50. Avec Neve Campbell, David Arquette, Courteney Cox, Emma Roberts, Hayden Panettiere, Anthony Anderson, Alison Brie, Adam Brody, Rory Culkin, Marielle Jaffe.

Sortie salles France: 13 Avril 2011

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, acteur et monteur nĂ© le 2 Aout 1939 Ă  Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La CrĂ©ature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des TĂ©nèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire Ă  brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.

                                     

Après s'ĂŞtre jurĂ© de ne plus rempiler pour un 4è volet, il eut fallu attendre 10 ans pour que Wes Craven rĂ©ponde prĂ©sent avec son compère Kevin Williamson afin de façonner une nouvelle suite Ă  sa fameuse trilogie, Scream

Synopsis: Dix ans après les terribles Ă©vènements du tueur masquĂ© qui auront coĂ»tĂ© la vie Ă  plusieurs adolescents, Sydney Prescott revient dans sa contrĂ©e natale, Woodsboro, pour l'inauguration de son livre autobiographique dans une bibliothèque sous les feux de projecteur. Soudain, la police dĂ©crĂ©tĂ©e par son ami Dewey fait irruption devant l'assemblĂ©e pour leur annoncer que Ghostface a encore frappĂ© chez deux adolescentes retrouvĂ©es sauvagement assassinĂ©es. Le cauchemar ancestral de Sydney refait soudainement surface car la terreur est revenue Ă  Woodsboro ! 

                                 

A l'instar des prĂ©cĂ©dents volets, Scream 4 entre de plein pied dans le vif du sujet et nous assène un prĂ©ambule en trois actes savoureusement sardoniques, ludiques, rĂ©fĂ©rentiels dans son malicieux dosage des genres et de la devise du "ouh, fais moi peur encore une dernière fois". Alors que deux bimbos juvĂ©niles contemplent Stab 6 Ă  la maison devant leur TV, celles-ci s'amusent Ă  ironiser sur la fameuse loi des sĂ©ries Ă  succès. Elles terminent par Ă©tablir un parallèle avec la saga mercantile des Saw auquel les personnages rĂ©duits Ă  chair Ă  pâtĂ© sont Ă  leur goĂ»t peu dĂ©veloppĂ©s, ridicules et inconsistants en faveur de la crĂ©ativitĂ© singulière des tortures infligĂ©es. C'est au fameux moment crucial du (ou des) meurtre(s) perpĂ©trĂ©(s) que Wes Craven nous dĂ©voile la supercherie pour nous refaire le coup du "film dans le film".

                                   

Or, après les dĂ©clarations sulfureuses des mĂ©dias avides des nouvelles exactions sanguinolentes de Ghostface et des retrouvailles chaleureuses entre Sydney, sa cousine Jill, l'ancienne journaliste Gale, et Dewey, le flic pittoresque, le tueur continue sur sa lancĂ©e pour accomplir deux nouveaux meurtres. Furtivement, il va avertir entre temps notre hĂ©roĂŻne aujourd'hui trentenaire et mature mais esseulĂ©e et craintive que la nouvelle sĂ©rie ne fait que dĂ©buter et qu'il souhaite simplement dupliquer la mode actuelle. C'est Ă  dire remaker le modèle d'un film original ! En l'occurrence, Scream ! L'idĂ©e astucieuse de nos acolytes Wes Craven et des scĂ©naristes Kevin Williamson et Ehren Kruger est donc de disserter cette fois-ci sur la loi des remakes inutiles et cette mode contemporaine auquel Hollywood ne jure que par elle pour relancer la franchise du cinĂ©ma d'horreur. Une tache lucrative afin de rĂ©unir son nouveau public avide de sensations fortes et tenter vaguement de surpasser les originaux. Scream 4 se fond alors en un remake dĂ©guisĂ© (voir mĂŞme en parodie) du premier Scream, avec deci delĂ  quelques surprises alĂ©atoires, des revirements soudains pour pimenter un scĂ©nario habituellement riche en clins d'oeil et auto-dĂ©rision. PlutĂ´t bien menĂ©e, la narration va prendre une ampleur plus Ă©toffĂ©e avec une dernière demi heure haletante et vertigineuse Ă©tablissant un portrait amer sur la gĂ©nĂ©ration actuelle obnubilĂ©e par la cĂ©lĂ©britĂ©, via l'entremise d'internet avec You tube et Facebook. Des adolescents toujours aussi fascinĂ©s par le pouvoir de l'image, davantage fĂ©rus de popularitĂ©. Des jeunes utopistes sous influence du star system se prenant pour des cinĂ©astes amateurs afin de filmer de façon autonome leurs sĂ©quences cruciales pour concurrencer la quĂŞte du sensationnalisme et du voyeurisme issus de la TV RĂ©alitĂ©. Quand Ă  la rĂ©vĂ©lation finale du ou des meurtriers, elle est presque aussi pertinente que le premier film avant l'Ă©pilogue trivial aux facilitĂ©s requises mais justifiable de par la cause de la hiĂ©rarchie des copies conformistes incapables de surpasser leurs prĂ©curseurs.

                                     

Voulez-vous ĂŞtre une star ?
Alors que personne ne misait un centime sur ce nouvel opus, Scream 4 rĂ©ussit Ă  nouveau Ă  surprendre dans son alliage d'humour mesquin, de violence toujours aussi percutante (filmĂ©e comme un film d'action) et de gore plus explicite (Saw et consorts sont passĂ©s par lĂ ). Sans Ă©videmment Ă©galer son film fondateur, Scream 4 demeure un excellent psycho-killer plus finaud que les remakes redondants en prouvant par la mĂŞme occasion que la copie ne peut valoir l'original (Ă  une ou deux exceptions près)

*Bruno

Dédicace à Gérald Shub-Niggurath, Damval Dulac.

Les Chroniques de Screamhttp://brunomatei.blogspot.com/2011/04/scream.html
                               Scream 2http://brunomatei.blogspot.fr/2015/08/scream-2.html

16.03.25. 5èx. Vostf
23.04.11

Chasse Sanglante / Hunter's Blood


de Robert C. Hughes. 1986. U.S.A. 1h41. Avec Sam Bottoms, Clu Gulager, Mayf Nutter, Joey Travolta, Ken Swofford.

FILMOGRAPHIE: Robert C. Hughes est un réalisateur, scénariste, producteur et compositeur de musique américain. 1986: Chasse Sanglante. 1988: Memorial Valley Massacre. 1989: Zadar ! Cow from hell. 1990: Down the Drain.

                                   

Dans la mouvance de DĂ©livrance, Sans retour, Survivance, Trapped ou du mĂ©connu mais oh combien formidable Rituals, Chasse Sanglante (Ă  ne pas confondre avec le classique de Peter Collinson) est un pur film d'exploitation sorti un peu Ă  la traine en rapport aux films susnommĂ©s. Ce qui justement l'empĂŞchera d'empreinter une certaine notoriĂ©tĂ© alors que ce petit B movie s'avère sympathique Ă  travers un vrai sens du rythme dans sa partie revenge. 

Synopsis: Une bande de potes profitent de leur week-end pour partir Ă  la chasse dans une contrĂ©e bucolique. Après s'ĂŞtre arrĂŞtĂ© dans un bar miteux, ils ont une altercation avec quelques citadins avinĂ©s. Sans se laisser influencer, l'un de nos touristes riposte dans une bagarre improvisĂ©e. Après cette violente rixe, ils poursuivent leur route en partant se rĂ©fugier en pleine forĂŞt pour camper loin de l'urbanisation. C'est alors qu'un groupe de rednecks, des braconniers sans scrupule, ont dĂ©cidĂ© eux aussi de les provoquer de façon beaucoup plus pernicieuse. Dès lors, une lutte meurtrière incessante pour la survie s'engage entre les deux camps. 

Pour ceux qui s'attendent Ă  un long mĂ©trage original et crĂ©atif peuvent passer leur chemin, ce succĂ©danĂ© dĂ©nuĂ© de prĂ©tention Ă©tant une simple sĂ©rie B efficacement troussĂ©e avec son lot de clichĂ©s Ă©culĂ©s compromis au thème de la survivance.

                                     

LĂ  ou de prime abord Chasse Sanglante attise l'attention c'est dans la sĂ©lection de comĂ©diens de seconde zone bien connus des amateurs, Ă  l'instar du frère cadet de l'acteur Timothy BottomsSam Bottoms (Josey Wales hors la loi, Apocalypse Now, Bronco Billy, Jardins de pierre), dĂ©cĂ©dĂ© le 16 DĂ©cembre 2008, Clu Gulager (l'inoubliable interprète du Retour des morts-vivants), Ken Swofford (Annie, Thelma et Louise, le Mystère Andromède) ou encore Billy Drago (le perfide salopard des Incorruptibles, Pale Rider, Invasion U.S.A, Vamp, Freeway). La narration acadĂ©mique est donc sommairement planifiĂ©e avec une sobre première partie nous amenant Ă  prendre connaissance avec nos touristes entre deux Ă©chauffourĂ©es contre des machistes arriĂ©rĂ©s ! Paradoxalement, notre Ă©quipĂ©e de chasseurs n'est pas du genre Ă  se laisser marcher sur les pieds au point de se rebiffer contre ces autochtones primaires. Une idĂ©e plutĂ´t contraire au traditionnel hĂ©ros apeurĂ©, inlassablement traquĂ© par l'ennemi pour se laisser attendrir par la mort en guise d'Ă©puisement. Mais c'est dans la seconde partie que Chasse Sanglante parvient Ă  nous divertir et se prĂ©senter comme un survival efficacement menĂ© de par ses pĂ©ripĂ©ties nerveuses. De surcroĂ®t, quelques effets gores percutants, tels ces impacts de balles explosant dans les chairs, sont mis en valeur par des FX plutĂ´t rĂ©ussis. Il y a d'ailleurs une sĂ©quence bluffante qui retient particulièrement l'attention lorsqu'un gars se fait littĂ©ralement aplatir la tronche par une balle de chevrotine tirĂ©e Ă  bout portant ! La sĂ©quence extrĂŞme est toutefois Ă©ludĂ©e du hors champs mais sa rĂ©sultante sanglante est rĂ©ellement impressionnante de rĂ©alisme morbide. Un plan concis qui voit la victime inanimĂ©e sur le sol se mettre Ă  convulser lors de ses dernières secondes de vie. Le cĂ´tĂ© dĂ©bridĂ© qui fait Ă©galement le petit plus de cet aimable survival Ă©mane du groupe de tueurs rĂ©gi par une famille inculte, attardĂ©s rejetons de l'AmĂ©rique rurale !


Hormis son scĂ©nario archi rebattu, ses facilitĂ©s (le train de marchandise arrivant comme un cheveu dans la soupe) et grosses ficelles inhĂ©rentes au genre (ctels ces deux hĂ©ros se dĂ©liant facilement les main), Chasse Sanglante est une bonne surprise pour l'amateur de bisserie. De surcroĂ®t, l'utilisation habile de ses scènes d'action est adroitement exploitĂ©e au sein de son environnement forestier et parvient Ă  nous y impliquer avec une certaine Ă©motion.

22.04.11.
B-D
                                 

jeudi 21 avril 2011

ESSENTIAL KILLING. Prix du jury Ă  la Mostra de Venise 2010.

  

de Jerzy Skolimowski. 2010. Pologne, Norvège, Irlande, Hongrie.1H25. Avec Vincent Gallo, Emmanuelle Seigner, Nicolai Cleve Broch, Stig Frode Henriksen, David L. Price, Zach Cohen, Iftach Ophir, Tracy Spencer Shipp, Klaudia Kaca

PRIX DU JURY et PRIX D'INTERPRETATION Ă  la MOSTRA de VENISE 2010.

Sortie en salles en France le 06 Avril 2011.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Jerzy Skolimowski est un cinéaste polonais né le 5 mai 1938 à Lodz en Pologne.
1971: Deep end, 1972: Roi, dame, valet, 1978: Le Cri du sorcier, 1981: Haut les mains, 1982: Travail au noir, 1984: Succès à tout prix, 1986: le Bateau phare, 1989: Les Eaux printanières, 1991: Ferdydurke, 2008: 4 nuits avec Anna, 2010: Essential Killing.

                           

Par le rĂ©alisateur du Cri du sorcier, Travail au noir et de l'incroyable Deep end, le rĂ©alisateur polonais Jerzy Skolimowski s'essaie au genre du survival politisĂ© en prenant le contre-pied des codes orthodoxes ciblant le rĂ©cit d'aventures haletant, traditionnellement emballĂ© dans une texture brutale pleine de vigueur.

En Afghanistan, un taliban est poursuivi par les forces amĂ©ricaines après avoir tuĂ© trois de leurs soldats. Rapidement interpellĂ© et en attendant son prochain jugement, l'homme se retrouve dans un centre de dĂ©tention pour ĂŞtre sĂ©vèrement torturĂ©. Pendant son transfert, un camion qui le transportait va faire une embardĂ©e alĂ©atoire pour se retrouver dans un fossĂ© après avoir manquĂ© de percuter un sanglier. Le prisonnier ligotĂ© profite alors de cet accident meurtrier pour s'Ă©vader dans les entrailles d'une forĂŞt.

                           

Dans le genre survival tempĂ©rĂ© en pleine nature sauvage qui voit un fugitif affolĂ© tenter de s'enfuir indĂ©finiment Ă  travers les forĂŞts contre une armĂ©e de soldats inflexibles pour l'apprĂ©hender, Essential Killing prend son rĂ©cit Ă  hauteur d'homme, sans esbroufe ni fioriture. Il narre de prime abord une aventure humaine prĂ©gnante et dĂ©sespĂ©rĂ©e ne prenant jamais parti pour un anti-hĂ©ros effrayĂ© Ă  l'idĂ©e de mourir et se laisser kidnapper par ses oppresseurs.
Dans une nature enneigĂ©e Ă  l'atmosphère hivernale tangible, Mohamed est un tueur impitoyable perdu au beau milieu de ce vaste environnement hostile. C'est sa quĂŞte de survie qui va nous ĂŞtre contĂ© dans une rĂ©alisation quasi expĂ©rimentale, prenant soin de faire Ă©voluer son personnage dans cette contrĂ©e Ă©cologique avec un saisissant rĂ©alisme d'acuitĂ©.
AffamĂ©, assoiffĂ© et Ă©puisĂ© par les heures interminables de marche dans un froid aride, le taliban traquĂ© par un cortège d'ennemis chevronnĂ©s accompagnĂ©s de leurs chiens loups va devoir retrouver un instinct primitif pour pouvoir subvenir Ă  sa longĂ©vitĂ©. De façon clairsemĂ©, le peu de nourriture qu'il trouvera Ă  sa disposition se trouvera dans les Ă©corces d'arbres, un nid de fourmis ou un arbuste de fruits empoisonnĂ©s. A moins d'envisager aux abords d'une route l'agression physique d'une femme bedonnante accompagnĂ©e de son bĂ©bĂ© sur les bras, venant de trĂ©bucher maladroitement de sa bicyclette.
Dans ses exactions pernicieuses tolĂ©rĂ©es par l'acte meurtrier vilipendant des innocents, le spectateur rebutĂ© ne sait jamais s'il doit Ă©prouver une quelconque sympathie ou une empathie envers un personnage aussi dangereux. D'oĂą ce refus coutumier des conventions balisĂ©es affichant un hĂ©ros intrĂ©pide sans reproche.
C'est ce qui fait la force singulière de la trame mais aussi sa faiblesse pour le spectateur peu habituĂ© Ă  suivre l'aventure d'un anti-hĂ©ros pernicieux sans pitiĂ© auquel il est difficile de s'identifier ! Et cela mĂŞme si l'homme reste malgrĂ© tout profondĂ©ment humain dans ses affections terrifiĂ©es par l'emprise de la solitude, la crainte ultime de la mort mais aussi la foi en son dieu, Allah (d'oĂą ses cauchemars refoulĂ©s qui interviennent de façon rĂ©currente).

                          

Jerzy Skolimowski pose donc matière Ă  rĂ©flexion dans ce portrait peu glorieux d'un homme obligĂ© de commettre le pire (le crime) pour assurer le prolongement de son existence. Cette introspection sur l'instinct de survie tend Ă  nous poser la question existentielle sur l'acceptation de s'octroyer au Mal afin de sauvegarder notre prĂ©sence sur terre. Il tend Ă  interpeller avec cette question essentielle: serions nous, nous aussi, capable de commettre de telles fraudes crapuleuses pour notre amour propre et ainsi sauver de manière Ă©gocentrique notre prĂ©cieuse existence ?
                        
Dans le rĂ´le de Mohamed, le prodigieux Vincent Gallo n'a pas volĂ© son prix d'interprĂ©tation Ă  Venise tant sa prestance innĂ©e d'ennemi redoutĂ© nous impressionne dans sa vĂ©racitĂ© Ă  dĂ©montrer de manière corporelle son calvaire pour tenter de survivre dans un environnement naturel polaire.
Tour à tour apeuré, effrayé, anxieux, halluciné, voir incommodé de gêne et de honte quand il se voit accueilli par une femme sourde et muette, l'acteur laisse transparaître ce florilège d'émotions frêles avec une aura viscérale particulièrement palpable.

                           

ClĂ´turant de façon cruelle son Ă©pilogue de manière brute et inopinĂ©e, Essential Killing est un survival insolite d'une belle rigueur, soigneusement mis en scène dans une structure niant le caractère spectaculaire ou l'action traditionnellement trĂ©pidante. 
L'interprĂ©tation habitĂ©e de Vincent Gallo et sa rĂ©flexion sur la moralitĂ© de la survie culminent Ă  un rĂ©cit dramatique inhabituel et anticonformiste.

21.04.11
Bruno Matéï.