vendredi 13 avril 2012

Creep


de Christopher Smith. 2004. Angleterre/Allemagne. 1h25. Avec Franka Potente, Vas Blackwood, Ken Campbell, Jeremy Sheffield, Paul Rattray, Kelly Scott, Sean Harris, Kathryn Gilfeather, Joe Anderson, Sean De Vrind.

Sortie salles France: 4 Mai 2005

FILMOGRAPHIE: Christopher Smith est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste britannique, nĂ© le 16 AoĂ»t 1970 Ă  Bristol. 2004: Creep. 2006: Severance. 2009: Triangle. 2010: Black Death
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Pour le premier film d'un rĂ©alisateur anglais aujourd'hui reconnu, Creep possĂ©dait dĂ©jĂ  suffisamment d'atouts pour convaincre l'amateur d'horreur avec ce survival cradingue illustrant les exactions d'un monstre rĂ©duit Ă  l'Ă©tat primitif. Dans la mĂŞme veine que le MĂ©tro de la Mort de Gary Sherman, Creep reflète en outre une rĂ©sonance sociale pour la caricature caustique d'une sociĂ©tĂ© individualiste dĂ©prĂ©ciant les laissĂ©s pour compte. Le PitchDans les sous-sols d'un mĂ©tro de Londres, une jeune femme assoupie se retrouve seule après la fermeture des guichets. Alors qu'un train en circulation s'arrĂŞte sur une voie adjacente, l'un de ses collègues de travail y descend et tente de la violer. Mais une prĂ©sence hostile tapie dans l'ombre s'en prend sauvagement Ă  lui.
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SĂ©rie B d'exploitation rĂ©alisĂ©e sans prĂ©tention avec un sens habile de l'angoisse diffuse, Creep tire sa force de par la verdeur d'une ambiance malsaine contrastant avec une photo criarde et le profil psychologique du tueur crapuleux, monstre de foire dĂ©shumanisĂ©. D'un script Ă©culĂ© jalonnĂ© de situations rebattues, prĂ©texte Ă  scènes chocs cinglantes et suspense lattent, ce survival sardonique (le violeur dĂ©butant son acte sexuel alors que le tueur l'enverra ad patres sans restriction !) exploite pour autant Ă  bon escient l'intĂ©rieur claustrophobique de ses dĂ©cors opaques. VĂ©ritable dĂ©dale de vastes couloirs interminables, de bouches d'Ă©gout et conduits d'aĂ©ration, le mĂ©tro londonien s'avère ici un vĂ©ritable piège Ă  claustration pour nos survivants contraints de se planquer dans les endroits les plus Ă©troits ou insalubres. 
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EmaillĂ© de sĂ©quences terrifiantes (la 1ère apparition du tueur est un authentique moment d'effroi fortuit !) et agrĂ©mentĂ© de sĂ©quences gores aussi acĂ©rĂ©es qu'explicites (le meurtre hors champ de la sdf se rĂ©vèle pourtant insupportable auprès de sa cruditĂ© viscĂ©rale !), Creep transcende son scĂ©nario orthodoxe par sa manière habile Ă  captiver le spectateur lors d'une mise en scène vigoureuse. EmbrigadĂ©s dans les rĂ©seaux d'Ă©gout ou expĂ©rimentĂ©s sur le lit d'un labo mĂ©dical rempli d'outils rubigineux, nos protagonistes sont contraints d'endurer une nuit d'effroi sous la tyrannie d'un tueur adepte de la torture sans anesthĂ©sie ! Si ce jeu du chat et de la souris se rĂ©vèle haletant et davantage intense, c'est dans sa facultĂ© Ă  retranscrire un univers sordide rĂ©gi par un tueur prĂ©alablement asservi d'un paternel sans vergogne, adepte de l'expĂ©rimentation chirurgicale. Un monstre impassible au regard stĂ©rile, contraint de se nourrir de chair humaine pour subvenir Ă  ses besoins nutritifs. Ainsi, en jouant la carte du rĂ©alisme craspec, Christopher Smith s'efforce Ă  nous authentifier cet ĂŞtre dĂ©shumanisĂ©, truffĂ© de tics convulsifs, couinant un cri laconique pour imposer sa hiĂ©rarchie autonome, dĂ©ambulant d'une dĂ©marche dĂ©gingandĂ©e vers ses victimes dĂ©boussolĂ©es. Son corps meurtri lardĂ© de contusions et cicatrices ainsi que son regard aigri dissimulant toutefois une forme de mĂ©lancolie Ă©voquant donc le sentiment que ce monstre humiliĂ© et maltraitĂ© fut autrefois esclave d'un savant fou.
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RĂ©alisĂ© avec savoir-faire, parfois vĂ©ritablement terrifiant et impressionnant de par ses effets-chocs rĂ©vulsifs, Creep s'extrait du lot traditionnel du genre sous l'impulsion de son ambiance licencieuse et l'exploitation judicieuse de son dĂ©cor ferroviaire. C'est Ă©galement dans la caractĂ©risation du tueur Ă©quivoque sans doute martyrisĂ© par un passĂ© tendancieux que Creep culmine son pouvoir morbide par le biais d'une misère humaine. Sans conteste, un des meilleurs films d'horreur des annĂ©es 2000.

*Eric Binford
Un grand merci Ă  dl4all.com
22.11.21. 
13.04.12
06.10.24. 4èx


jeudi 12 avril 2012

Alien, le 8è passager

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zoom-cinema.fr

de Ridley Scott. 1979. U.S.A/Angleterre. 1h56. Avec Sigourney Weaver, Tom Skerritt, Veronica Cartwright, Harry Dean Stanton, John Hurt, Ian Holm, Yaphet Kotto, Bolaji Badejo, Helen Horton.

Sortie salles France: 12 Septembre 1979. U.S: 31 Octobre 2003

FILMOGRAPHIE (Info Wikipedia)Ridley Scott est un rĂ©alisateur et producteur britannique nĂ© le 30 Novembre 1937 Ă  South Shields. 1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: TraquĂ©e. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les AssociĂ©s. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande AnnĂ©e. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus.

 
"Dans l’ombre du Nostromo : Le Chant du Dragon BiomĂ©canique".
1979 marque une annĂ©e charnière dans le paysage de la science-fiction, quand un rĂ©alisateur novateur et avisĂ© relève la gageure de rĂ©interprĂ©ter l’icĂ´ne du monstre mythologique. InfluencĂ© par La Planète des Vampires de Bava, Dark Star de Carpenter, et inspirĂ© par le Ixtl — la crĂ©ature du roman La Faune de l’espace d’A.E. Van Vogt Alien devient l’Ă©tendard d’un film d’anticipation Ă  l’Ă©pouvante organique. Succès critique et public Ă  sa sortie, ce chef-d’Ĺ“uvre, au sens noble, fonde une saga illustre oĂą ambitions formelles, techniques et narratives s’entrelacent au diapason.

Le pitch : Ă  bord du Nostromo, une Ă©quipe de sept astronautes s’apprĂŞte Ă  regagner la Terre. Mais leur ordinateur capte un signal inquiĂ©tant, les contraignant Ă  se poser sur une planète hostile. Sur place, l’un d’eux est agressĂ© par une forme organique inconnue. Cette crĂ©ature, bâillonnĂ©e sur le visage de l’officier Kane, est ramenĂ©e Ă  bord sous l’autoritĂ© d’Ash et contre l’avis du lieutenant Ellen L. Ripley. L’Ă©trange parasite se libère, s’occulte dans les couloirs du Nostromo. Commence alors une traque implacable, sanglante, oĂą les passagers se retrouvent persĂ©cutĂ©s par cette menace reproductive.


Dans l’espace, personne ne vous entend crier — tagline devenue culte — Ridley Scott s’engage dans la voie rare de l’anticipation horrifique, façonnant une crĂ©ature atypique, gravĂ©e d’une pierre blanche. Avec un budget de 11 millions de dollars, il orchestre une armada de dĂ©cors baroques sous la houlette de Michael Seymour. Souci du dĂ©tail ornemental, effet documentaire : maĂ®tre-mots d’un metteur en scène dĂ©terminĂ© Ă  traduire avec force et vĂ©ritĂ© un univers ombrageux sous l’architecture mĂ©tallique d’une planète crĂ©pusculaire. Le pouvoir de fascination morose se concentre sur cet environnement anxiogène et l’aspect hybride du mĂ©tamorphe reproductif — un monstre mesquin, pernicieux, traquant un Ă  un les membres d’un Ă©quipage Ă  bout de souffle, fuyant sous les conduits du vaisseau. Ainsi, angoisse palpable et sentiment d’impuissance se dĂ©ploient dans le dĂ©sarroi des protagonistes, dĂ©motivĂ©s par la facilitĂ© virulente de cette menace invisible. La mise en scène, tout entière au service de la suggestion, dĂ©cuple le malaise dans les vastes recoins d’un dĂ©dale oppressant, labyrinthe de toutes les peurs.


Contrairement aux Ă©pisodes suivants, Alien se rĂ©vèle un modèle d’intelligence dans son art du non-dit. Moins la crĂ©ature est montrĂ©e, plus la menace grandit, palpable, latente. Les effets spĂ©ciaux et le design biomĂ©canique de la crĂ©ature, imaginĂ©s par H.R. Giger, forgent le caractère fascinant et singulier de cette Ĺ“uvre. L’originalitĂ© rĂ©side dans la physionomie hĂ©tĂ©roclite du mutant — pourtant peu prĂ©sent Ă  l’Ă©cran — et le dĂ©cor sporadique d’une galaxie lointaine. Outre la partition Ă©vocatrice de Jerry Goldsmith, un bourdonnement rĂ©cursif et un battement de cĹ“ur rythment Ă  merveille l’apprĂ©hension feutrĂ©e au cĹ“ur du vaisseau, dominĂ© par un dragon protĂ©iforme.


"Le Passager de l’Angoisse : Naissance d’une IcĂ´ne".
JalonnĂ© de sĂ©quences anthologiques — l’humanoĂŻde dĂ©chu de ses fonctions mĂ©caniques, les mises Ă  mort d’un vĂ©risme cruel, l’alien jaillissant de l’estomac de John Hurt, traumatisme renforcĂ© en 4K — Alien envoĂ»te sans fioritures ni esbroufe. Sa rigueur formelle dessine un univers crĂ©dible, portĂ© par des interprĂ©tations Ă  la fois humaines et matures, tandis que Sigourney Weaver incarne l’hĂ©roĂŻne en devenir, survivante pugnace, devenue icĂ´ne.

*Bruno
19.08.24. Vostfr. 4k
12.04.12.


mercredi 11 avril 2012

ATROCIOUS

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr
de Fernando Barreda Luna. Espagne/Mexique. 2010. 1h15. Avec Christian Valencia, Clara Moraleda, Chus Pereiro, Sergi Martin, Xavi Doz, Jose Masegosa

Sortie salles France: 17 Août 2011. 11 Avril 2012 (dvd et blu-ray)

FILMOGRAPHIE (Source IMDB)Fernando Barreda Luna est un réalisateur, scénariste, monteur, compositeur, né le 12 Juillet 1983 à Tampico, Tamaulipas, Mexique.
2009: Oscuridad
2010: Atrocius

Le found footage le plus nul de l'histoire du cinéma est ici !




mardi 10 avril 2012

Mondwest / Westworld

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site www.cinemovies.fr

de Michael Chrichton. 1973. U.S.A. 1h29. Avec Yul Brynner, Richard Benjamin, James Brolin, Norman Bartold, Alan Oppenheimer, Victoria Shaw, Dick Van Patten, Linda Gaye Scott, Steve Franken.

Sortie salles France: 27 Février 1974. U.S: 21 Novembre 1973

FILMOGRAPHIE (source Wikipedia): Michael Chrichton est un écrivain, scénariste, producteur et réalisateur américain, né le 23 Octobre 1942, décédé le 4 Novembre 2008 à Los Angeles.
1972: Pursuit (tĂ©lĂ©-film inĂ©dit en France). 1973: Mondwest. 1978: Morts Suspectes. 1979: La Grande Attaque du Train d'or. 1981: Looker. 1984: Runaway, l'Ă©vadĂ© du futur. 1989: Preuve Ă  l'appui (Physical Evidence).
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"Si tu pouvais faire le mal sans consĂ©quence… serais-tu toujours une bonne personne ?"

Premier long-mĂ©trage du cĂ©lèbre Ă©crivain Michael Crichton, Mondwest s’impose en prĂ©curseur d’une lignĂ©e de blockbusters ricains : GĂ©nĂ©ration Proteus, Terminator, Hardware, Robocop, Blade Runner... autant de rejetons lĂ©gitimes. RĂ©cit d’anticipation fustigeant les dĂ©rives de l'avancĂ©e technologique, ce western hybride dĂ©ploie son inquiĂ©tante Ă©trangetĂ© autour de la silhouette hiĂ©ratique de l’illustre Yul Brynner inoubliable en robot erratique.

Le pitch : en villĂ©giature, deux notables dĂ©couvrent l’attraction inĂ©dite de Delos, un univers fantasmatique scindĂ© en trois Ă©poques - Moyen Ă‚ge, Far West, Empire romain - reconstituĂ©es avec un rĂ©alisme scĂ©nique saisissant grâce Ă  des humanoĂŻdes plus vrais que nature. Mais alors que tout semblait rĂ©uni pour combler l'appĂ©tit d'exotisme de nos touristes rupins, les robots-figurants adoptent subitement un comportement vindicatif, Ă©chappant au contrĂ´le de leurs crĂ©ateurs....

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Qui n’a jamais fantasmĂ© de sĂ©journer dans une Ă©poque rĂ©volue pour s’immerger dans l’ordinaire d’un monde dĂ©sormais obsolète ? Mondwest incarne l’utopie de ces dĂ©sirs ludiques les plus saugrenus. Pour divertir l’homme en mal de sensations nouvelles, Crichton imagine un parc rĂ©volutionnaire, oĂą des vacanciers fortunĂ©s peuvent cohabiter avec des machines Ă  visage humain. Dans des dĂ©cors d’un rĂ©alisme troublant, il travestit les rĂ©cits antiques en autant de pĂ©ripĂ©ties homĂ©riques pour combler le touriste avide d’action transgressive : bagarres de saloon, Ă©vasions de prison, duels au pistolet et luxure tarifĂ©e. Mondwest se dĂ©guste alors comme une friandise acidulĂ©e avant de virer au cauchemar mĂ©canique.  Nos deux protagonistes machistes s’y enivrent d’un rĂŞve d’enfant : incarner des cow-boys insolents basculant dans une marginalitĂ© criminelle, confrontĂ©s Ă  un antagoniste de plus en plus arrogant. C’est dans cette armure glaciale que Yul Brynner crève l’Ă©cran - monolithique, impassible, dĂ©terminĂ© Ă  traquer, Ă  Ă©liminer, Ă  Ă©radiquer toute prĂ©sence humaine dissimulĂ©e dans les recoins de Delos. L’homme a donc créé un monstre… mais ce monstre lui ressemble. 
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Dans un premier temps, Crichton met en avant la jubilation rĂ©gressive d’un monde sans consĂ©quences, oĂą l’homme peut assouvir ses fantasmes sans limites. Mais sous l’apparente innocuitĂ© des plaisirs mĂ©caniques, il dĂ©cortique la peur viscĂ©rale de l’homme confrontĂ© Ă  un danger devenu tangible. Ces robots, simulacres de vie, brouillent les repères de nos hĂ©ros dĂ©sorientĂ©s, ivres d’orgueil et persuadĂ©s de leur suprĂ©matie. Leur vertige d’omnipotence les prĂ©cipite dans une posture de criminels mĂ©galos, avides d’une libertĂ© factice. C’est alors que les androĂŻdes, jusqu’ici serviles, dĂ©cident de se rebeller, profitant d’une faille technologique inexpliquĂ©e. Le paradis artificiel se mĂ©tamorphose en traque implacable. Et dans cet enfer dĂ©bridĂ©, un Terminator dĂ©saxĂ© use de ruse et d'autonomie pour traquer, sans relâche, l’ultime survivant en proie Ă  la peur, Ă  l'incomprĂ©hension, au dĂ©sespoir, voir enfin Ă  l'incomprĂ©hension morale lors d'un ultime plan sentencieux qui en dit long sur son Ă©volution culpabilisante. 

 

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"Un monde oĂą rien ne peut aller de tarvers."
Ă€ la fois dĂ©paysant et attractif, mais insidieusement grave et malsain quant au portrait dĂ©clinant de notre nature perverse, Mondwest se dĂ©cline comme une bande dessinĂ©e vitriolĂ©e, oĂą chaque pĂ©ripĂ©tie excentrique autorise le touriste Ă  libĂ©rer son imaginaire le plus putassier. Ă€ travers la lorgnette du cinĂ©ma d’anticipation alarmiste, ce western baroque esquisse en filigrane les dangers d’une technologie incontrĂ´lable, mise au service d’une Ă©lite consommatrice et arrogante. TranscendĂ© par la prestance magnĂ©tique de Yul Brynner, Mondwest suscite un enthousiasme rigoureusement caustique, en mĂŞme temps qu’un malaise persistant - dès le crime liminaire opĂ©rĂ© sur un humanoĂŻde - le futur, ici, se trouve disqualifiĂ© par la promesse d’une perfection technique vouĂ©e Ă  l’Ă©chec. Autrement dit, la perfection n’est pas pour demain...

Le cinéphile du cœur noir 🖤

Un grand merci Ă   www.cinemovies.fr 

05.02.26. 5èx.VO
10.04.12



                                               

lundi 9 avril 2012

LIVIDE

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site critique-film.fr   
d'Alexandre Bustillo et Julien Maury. 2011. France. 1h28. Avec Loïc Berthezene, Serge Cabon, Chloé Coulloud, Béatrice Dalle, Catherine Jacob, Jérémy Kapone, Chloé Marcq, Félix Moati, Marie-Claude Pietragalla.

Sortie salles France: 7 Décembre 2011

FILMOGRAPHIE (Info Wikipedia): Alexandre Bustillo est un réalisateur et scénariste Français, né le 10 Août 1975 à Saint-cloud.
Julien Maury est un réalisateur et scénariste français.
2007: A l'Intérieur
2011: Livide
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Avertissement ! Cet hommage concerne l'avis subjectif d'un puriste amateur, amoureux de cinéma de genre, en toute indépendance. Il ne s'agit pas d'un plagiat. Toute analogie avec une critique d'un site spécifique ne serait que pure coïncidence.



Ca ne va pas faire plaisir Ă  mon ami Bruno mais avec toute l'indulgence du monde, j'ai trouvĂ© Livide pesant et ennuyeux. Fautes Ă  une interprĂ©tation peu crĂ©dible et une structure narrative redondante (45 minutes pour illustrer de façon ombrageuse un cambriolage rĂ©barbatif). Hormis une esthĂ©tique soignĂ©e dĂ©coulant de certaines sĂ©quences d'une beautĂ© macabre formelle et de la bonne intention des rĂ©alisateurs, Livide se morfond dans un cheminement ambitieux mais vain en tentant d'affilier le conte onirique et l'horreur grand-guignolesque (le dĂ©lire final agrĂ©mentĂ© d'Fx irrĂ©prochables tourne Ă  vide par la cause d'un script maigrelet et de personnages jamais investis). A contrario, la sĂ©quence ultime se part d'un Ă©clat gracile dans sa poĂ©sie fĂ©erique et la musique accordait aussi une tonalitĂ© appropriĂ©e ! 



Un grand merci Ă  critique-film.fr
Bruno Matéï
09.04.12



jeudi 5 avril 2012

LES LOUBARDES (SWITCHBLADE SISTERS)

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmonpaper.com

de Jack Hill. 1975. U.S.A. 1h30. Avec Robbie Lee, Joanne Nail, Monica Gayle, Asher Brauner, Chase Newhart, Marlene Clark, Kitty Bruce, Janice Karman, Don Stark, Don Marino.

FILMOGRAPHIE (info wikipedia): Jack Hill est un réalisateur et scénariste américain, né le 28 Janvier 1933 à Los Angeles.
1959: The Wasp Woman. 1960: The Host. 1963: l'Halluciné. 1966: Mondo Keyhole. Blood Bath. 1968: Spider Baby. 1969: Pit Stop. 1970: Je suis une groupie. 1971: The big doll house. 1972: The bird bird cage. 1973: Coffy la panthère noire de Harlem. 1974: Foxy Brown. The Swinging Cheerleaders. 1975: Les Loubardes. 1982: Sorceress.
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Spécialiste du WIP et de la Blaxploitation, le vétéran Jack Hill réalise en 1975 un film d'action féministe dont les anti-héros se révèlent des lascardes effrontées, adeptes du maniement du couteau et des armes à feu. Pure bande dessinée décomplexée pour adultes, les Loubardes s'institue nanar fun volontairement primaire si bien que nos garçonnes opiniâtres crèvent l'écran dans leur conviction belliqueuse ! La guerre des clans fait rage entre une bande de garçons, les Silver Deb et un gang de filles, les Dagger Debs, dont leur nouvelle recrue, Maggie va venir s'interposer et semer la zizanie. Par la faute d'une duperie et d'une rancune compromise par Lace, la nouvelle égérie du groupe féministe se résout à enrôler une troupe de belligérantes afros pour combattre le clan des Silver Deb.
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Ca dĂ©bute comme un WIP jalonnĂ© de combats de catch entre gardiennes et prisonnières coincĂ©es en interne de leur cellule et ça se termine par un règlement de compte sanglant oĂą la citĂ© urbaine, livrĂ©e Ă  feu et Ă  sang, est le cadre d'une guĂ©rilla sans merci entre bandes rivales ! Une forme de Justicier de New-York avant-gardiste avec l'armada de vĂ©hicule blindĂ©, explosions dantesques et coups de mitraillettes pĂ©taradants dĂ©cimant trois antagonistes Ă  la seconde ! La narration ultra simpliste n'est qu'un prĂ©texte Ă  Ă©taler Ă  intervalle rĂ©gulier nombre d'affrontements frĂ©nĂ©tiques entre une bande de filles dĂ©lurĂ©es et des machistes orgueilleux contrariĂ©s par leur insolence dissolue. NĂ©anmoins, l'intrigue se focalise surtout sur la relation amicale puis tendue exercĂ©e par Lace et la nouvelle recrue, Maggie, experte en art de combattre l'adversaire au couteau ou Ă  main nue. Par la cause perfide d'une comparse insidieuse et la mort du compagnon de Lace (chef des Silver Deb), Maggie va devoir s'opposer Ă  l'autoritĂ© de son amie, dĂ©terminĂ©e Ă  daigner l'assassiner. En prime, elle est contrainte de s'allier avec une troupe de femmes rebelles d'origine africaine pour combattre les mâles sĂ©vèrement brimĂ©s. Jack Hill, en habile faiseur d'action gentiment dĂ©bridĂ©e nous façonne avec dĂ©rision une bisserie ultra caricaturale, transcendĂ©e par la prestance impertinente de comĂ©diennes viriles pourvues de rĂ©parties corrosives !
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Fun, jouissif, colorĂ©, terriblement niais et crĂ©tin, ce plaisir coupable ne laisse pas un instant de rĂ©pit au spectateur embarquĂ© dans une rixe oĂą les femmes farouches ont le monopole de l'allĂ©geance et les hommes violeurs sont rĂ©duits Ă  des brutes antipathiques. On sera par contre surpris de la violence plus rigoureuse du final fortuit dans un combat exĂ©cutĂ© Ă  l'arme blanche par nos deux rivales indignĂ©es. Un affrontement particulièrement cru et sanglant rĂ©sultant avec ironie vers une morale frondeuse dans son pied de nez gouailleur assĂ©nĂ© aux forces de l'ordre. Pour tout amateur de nanar cartoonesque dĂ©diĂ© au plaisir ludique de l'action Ă©chevelĂ©e, les Loubardes est un petit classique vintage rythmĂ© au son de la Soul et du Funk.
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Dédicace à l'Antre du bis et de l'exploitation et un grand merci à Filmonpaper.com
Bruno Matéï
05.04.12



lundi 2 avril 2012

Billy the Kid vs Dracula


de William Beaudine. 1966. U.S.A. 1h13. Avec John Carradine, Chuck Courtney, Melinda Plowman, Virginia Christine, Walter Janovitz.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: William Beaudine est un acteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 15 Janvier 1892 Ă  New-York, dĂ©cĂ©dĂ© d'insuffisance rĂ©nale le 18 Mars 1970 Ă  Canoga Park, en Californie. Il est surtout rĂ©putĂ© pour ses films muets. 1960: Les 10 Audacieux. 1963: Lassie's Great Adventure. 1966: Jesse James contre Frankenstein. 1966: Billy the Kid versus Dracula. 1974: The Green Hornet. 1976: Fury of the Dragon. 


La mĂŞme annĂ©e que son inĂ©narrable Jesse James contre Frankenstein, William Beaudine, spĂ©cialiste du cinĂ©mat muet (une centaine de titres Ă  son effigie !), s'empare du mythe vampirique pour nous Ă©voquer en l'occurrence la confrontation entre le cĂ©lèbre bandit Billy the Kid et l'indĂ©fectible Dracula, incarnĂ© ici par le vĂ©tĂ©ran John Carradine. Le PitchDans l'Ouest amĂ©ricain, Dracula a trouvĂ© sa nouvelle proie auprès d'une ravissante fermière, propriĂ©taire d'un ranch. Mais Billy The Kid, ancien bandit aujourd'hui reconverti dans la biensĂ©ance entend bien protĂ©ger sa dulcinĂ©e des griffes de l'intrĂ©pide chauve-souris ! Amateurs de sĂ©ries Z impayables d'une niaiserie hallucinĂ©e, ce film est pour vous tant il procure durant son bref cheminement (1h13 !) moult situations risibles transcendĂ©es de la prestance cabotine d'interprètes dĂ©sespĂ©rĂ©ment persuasifs. Si bien qu'après avoir commis l'insensĂ© Jesse James contre Frankenstein, William Beaudine s'intĂ©resse au cas notable du vampire orgueilleux affublĂ© de longues canines. Notre bon vieux Dracula parcourant aujourd'hui l'Ouest amĂ©ricain en y infligeant sur son chemin quelques morsures furtives Ă  certains quidams imprudents. Ainsi, après avoir semĂ© le dĂ©sordre dans un camp indien, le prince des tĂ©nèbres s'installe dans la ville la plus proche après avoir entrevu le portrait d'une ravissante jeune blonde docile, propriĂ©taire d'un ranch. Eperdument amoureux, il dĂ©cide donc en guise d'alliance maritale d'en faire sa prochaine damnation et de l'isoler vers le refuge tĂ©nĂ©breux d'une mine dĂ©saffectĂ©e afin d'y reposer en tranquillitĂ©.


La cocasserie de cette zèderie Ă  la banalitĂ© accablante Ă©mane du soin apportĂ© Ă  la retranscription virile du western par des moyens techniques prĂ©caires nĂ©anmoins privilĂ©giĂ©e de la photogĂ©nie de dĂ©cors naturels bucoliques. Le caractère attachant des personnages, tous plus crĂ©tins les uns des autres (Billy le Kid est gĂ©nialement altruiste dans sa posture loyale de cow-boy valeureux mais inculte et peu adroit !), les situations farfelues Ă©manant de l'esprit bon enfant de protagonistes trouillards et l'interprĂ©tation saugrenue du gĂ©nial John Carradine concourent de rendre l'aventure bougrement attractive pour tout amateur de dĂ©lire infantile. BourrĂ© d'incohĂ©rences et de non sens durant sa structure narrative sporadique, on se plait Ă  suivre les vicissitudes de cette famille de paysans persĂ©cutĂ©s par un vampire particulièrement imbus ! Par consĂ©quent, Ă  l'instar d'un cartoon vintage au charme surannĂ©, nous nous plaisons de suivre cette pantalonnade oĂą tous les protagonistes davantage contrariĂ©s s'Ă©vertuent Ă  s'inquiĂ©ter de la prĂ©sence hostile du tyran mĂ©galo. Car ici, Dracula en aristocrate dĂ©daigneux se prĂ©tend tout permis pour s'approprier la propriĂ©tĂ© d'un ranch en crĂ©ant la duperie et favoriser ainsi son ambition de vampiriser une godiche empotĂ©e. D'autant plus qu'il use rĂ©gulièrement de façon finaude Ă  se mĂ©tamorphoser en chauve-souris (de pacotille) pour ainsi mieux Ă©clipser sa prĂ©sence sournoise face Ă  ces adversaires. Qui plus est, le personnage de Billy le Kid doit aussi beaucoup au charme dĂ©suet qui Ă©mane de l'entreprise tant le comĂ©dien rivalise de naĂŻvetĂ© et de bonhomie (il ne connaĂ®t pas la signification du mot "vampire" faute de n'avoir pu cĂ´toyer les Ă©tablissements scolaires !) Ă  daigner combattre son antagoniste roublard.


En Dracula notoire, John Carradine se rĂ©vèle impĂ©rial de ridicule tant il cabotine en diable pour tenter de nous terrifier par sa prĂ©sence famĂ©lique, exacerbĂ©e d'un regard ahuri de yeux exorbitĂ©es ! Son tempĂ©rament vaniteux et sa dĂ©sinvolture arrogante donnant lieu Ă  des situations improbables irrĂ©sistibles d'ineptie. Il faut d'ailleurs le voir tenter imposer sa loi et sa ferme autoritĂ© face au dĂ©sarroi de pauvres paysans, convaincus de son origine malĂ©fique mais incapable de s'y mesurer par peur d'ĂŞtre mordus.

Con comme la lune mais sympathiquement chatouillant et visuellement dĂ©paysant, Billy The Kid vs Dracula est un divertissement dĂ©complexĂ© Ă  conseiller Ă  l'inconditionnel de zĂ©derie au charme rĂ©tro infaillible. Une curiositĂ© davantage truculente dĂ©cuplant ainsi de nos jours notre ferveur Ă  dĂ©couvrir un vaudeville foutraque pris entre deux genres acadĂ©miques (western / Ă©pouvante). Une cocasserie aimablement sĂ©culaire avoisinant le looney-tunes de fond de classe. 

Dédicace à l'Antredubisetdel'exploitation
03.04.12
Bruno 



vendredi 30 mars 2012

LES LYONNAIS


d'Olivier Marchal. 2011. France. 1h42. Avec Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Daniel Duval, Dimitri Storoge, Patrick Catalifo, François Levantal, Francis Renaud, Lionnel Astier, Valeria Cavalli.

Sortie salles France: 30 Novembre 2011

FILMOGRAPHIE: Olivier Marchal est un acteur et réalisateur français, né le 14 Novembre 1958 à Talence (Gironde). Il est en outre le créateur des séries télévisées: Flics et Braquo.
2002: Gangsters
2004: Quai des Orfevres
2008: MR 73
2011: Les Lyonnais
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D'après l'oeuvre d'Edmond Vidal, ex membre du gang des lyonnais, Olivier Marchal s'inspire de son illustre autobiographie pour nous livrer avec Les Lyonnais un polar âpre et dĂ©senchantĂ©. Une sombre fresque illustrant le portrait renfrognĂ© de deux gangsters dĂ©chus, rattrapĂ©s par la frĂ©nĂ©sie d'un passĂ© tendancieux. Edmond Vidal, ancien gangster Ă  la retraite va renouer avec son passĂ© galvaudĂ© pour Ă©pauler son meilleur ami, Serge, rĂ©cemment apprĂ©hendĂ© par la police. Après une sanglante Ă©vasion, Edmond va se retrouver mĂŞlĂ© au chantage d'une bande de tueurs inflexibles, dĂ©terminĂ©s Ă  retrouver son acolyte. En mĂŞme temps, la police est plus que jamais circonspecte aux faites et gestes des deux repris de justice bien connus des services durant les annĂ©es 70.
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Mis en scène avec le brio d'une virtuosité technique factuelle, le quatrième long-métrage d'Olivier Marchal est un polar tendu et brutal, noyé dans l'amertume du profil galvaudé de deux gangsters notoires, victimes de leur exactions sanguinaires perpétrées à une époque dissidente.
Durant leur jeunesse, Ă  cause d'un simple vol de cageot de cerise, Edmond et serge vont ĂŞtre amenĂ©s Ă  Ă©coper une peine inĂ©quitable de 6 mois ferme dans un Ă©tablissement pĂ©nitentiaire. Cette sĂ©vère injustice sera le vecteur moteur pour les deux jeunes dĂ©linquants Ă  se laisser apprĂ©hender par le grand banditisme après avoir endiguĂ© leur initiateur dans la rĂ©gion lyonnaise des annĂ©es 70. En l'occurrence, Edmond est un sexagĂ©naire coulant des jours ternes parmi la morositĂ© d'une Ă©pouse distante, communĂ©ment tiraillĂ©s par le remord d'une pĂ©riode rĂ©volue. Quand Ă  Serge, il reste un gangster toujours en activitĂ© car n'ayant jamais abdiquĂ© ses instincts dĂ©lĂ©tères pour dĂ©fier l'antagoniste et l'autoritĂ© rĂ©prĂ©hensible de la justice.


Entre passĂ© et prĂ©sent de flash-backs incessants, Olivier Marchal nous illustre avec lyrisme leur dĂ©rive autonome compromise par l'avilissement du Mal. TraversĂ© d'Ă©clairs de violence d'une verdeur cinglante mais jamais putassière et jalonnĂ© de plages intimistes inscrites dans la fraternitĂ© de l'amitiĂ© et la cohĂ©sion familiale, Les Lyonnais transcende la caractĂ©risation bafouĂ©e de ces deux malfrats contraints de payer un lourd tribut. En parrain acariâtre, GĂ©rard Lanvin assume avec sobriĂ©tĂ© un rĂ´le majeur de gangster rongĂ© par l'aigreur d'un passĂ© vĂ©nal. Mais un homme dĂ©chu profondĂ©ment meurtri par la soudaine rĂ©vĂ©lation d'une intolĂ©rable trahison parce qu'entièrement subordonnĂ© Ă  la loyautĂ© de l'amitiĂ©. Sa posture rigide exacerbĂ©e par un regard austère noyĂ© de rancoeur illumine son cheminement funeste, en attendant l'exutoire potentiel d'une repentance indĂ©cise. Son acolyte de toujours est campĂ© par l'excellent TchĂ©ky Karyo, malfaiteur tout aussi rĂ©putĂ©, flegmatique mais implacable dans ses Ă©lans meurtriers impondĂ©rables. Un complice distant par son esprit taciturne quand il est contraint d'avouer Ă  son comparse pour quelle vĂ©ritable motivation il s'est retrouvĂ© Ă  frĂ©quenter les cellules de prison.


Hormis le caractère prĂ©visible de l'achèvement de nos deux protagonistes, Les Lyonnais est un excellent polar entièrement dĂ©diĂ© au caractère fĂ©brile de mafieux contrariĂ©s par l'intĂ©gritĂ© dĂ©savouĂ©e de l'amitiĂ©. Superbement mis en scène, vigoureux dans sa narration indĂ©cise traversĂ©e  de brusques accès de violence et endossĂ© par une galerie de trognes burinĂ©es plus vraies que nature, l'odyssĂ©e noire de Marchal renoue avec la dĂ©sillusion flamboyante des grandes sagas mafieuses. 

30.03.12
Bruno Matéï

L'avis de mon ami Mathias Chaput

RĂ©alisĂ© avec un grand sens de la rigueur (aussi bien scĂ©naristique que dans la restitution des dĂ©cors ou des costumes), exempt d’anachronisme et violent comme un « film d’hommes », « Les Lyonnais » est un mĂ©trage exemplaire qui tient particulièrement bien la route !
Lanvin est impĂ©rial, il a un rĂ´le taillĂ© pour lui et sa personnalitĂ© de fonceur…
Karyo ne dĂ©roge pas Ă  la règle dans son personnage d’enflure intĂ©grale et mĂŞme si vieillissant il s’en sort avec les honneurs !
La faune de la pègre lyonnaise comporte tous les stĂ©rĂ©otypes surtout vers les annĂ©es 70 (avec les filles soumises Ă  leurs gangsters de maris, les caĂŻds qui n’hĂ©sitent pas Ă  frapper ou Ă  flinguer fort, les casses et « braquo » -braquages- Ă  plĂ©thore, et la police le plus souvent dĂ©passĂ©e –malgrĂ© une « rafle » dans un campement de gitans particulièrement millimĂ©trĂ©e et efficace, et qui entrainera un procès fleuve !)…
Les gangsters ne reculent devant rien pour faire aboutir leurs desseins illĂ©gaux et font preuve d’une imagination hors normes et sans le moindre remords !
S’en prenant Ă  des enfants ou des animaux, essayant par tous les moyens Ă  faire rĂ©gner leur diktat de corruption et de domination, et quiconque se mettra devant leur chemin, se verra froidement abattu !
Certains passages sont extrĂŞmement violents et Marchal prend le parti pris pour une complaisance Ă  minima, malgrĂ© un entĂŞtement sidĂ©rant dans la tension et le stress (notamment lors des fuites de Momon et de sa femme, constamment harcelĂ©s !).

Film d’un grand professionnalisme et aux moyens ultra consĂ©quents, « Les Lyonnais » s’entiche non seulement d’un scĂ©nar bien rĂ´dĂ© mais d’une restitution magistrale d’un domaine assez mĂ©connu et peu exploitĂ© dans le cinĂ©ma hexagonal, pour au final projeter le spectateur sur un pan de la dĂ©linquance qui s’Ă©tale de 1970  Ă  nos jours, le tout avec un talent indĂ©niable !
Du très bon boulot pour un des meilleurs polars de ces dernières annĂ©es, tous genres confondus !
Marchal frappe fort et l’impact de son Ĺ“uvre trouve ici son aboutissement via peut ĂŞtre son chef d’Ĺ“uvre !
A voir absolument pour la qualitĂ© du travail rĂ©alisĂ© et pour son plaisir si on est adepte des polars français, un mĂ©trage qui fera date !

Note : 8.5/10


mercredi 28 mars 2012

U-TURN


d'Oliver Stone. 1997. U.S.A. 2h04. Avec Sean Penn, Nick Nolte, Jennifer Lopez, Powers Boothe, Claire Danes, Joaquim Phoenix, John Voight, Billy Bob Thornton, Abraham Benrubi, Richard Rutowski.

Sortie salles France: 14 Janvier 1998. U.S: 3 Octobre 1997

FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 15 septembre 1946 à New-York.
1974: La Reine du Mal, 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: Né un 4 Juillet, 1991: Les Doors, 1991: JFK, 1993: Entre ciel et Terre, 1994: Tueurs Nés, 1995: Nixon, 1997: U-turn, 1999: l'Enfer du Dimanche, 2003: Comandante (Doc), 2003: Persona non grata, 2004: Looking for Fidel (télé-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W.: l'Impossible Président, 2009: Soul of the Border, 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais. 2012. Savages.

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Deux ans après dĂ©peint le portrait politique du prĂ©sident Richard Nixon, Oliver Stone emprunte le roman de John Ridley (Stray Dogs) pour nous livrer avec U-Turn un thriller dĂ©calĂ©, caricature acide d'une AmĂ©rique profonde. Un looser solitaire se rĂ©fugie vers la contrĂ©e dĂ©sertique de Superior pour fuir l'hostilitĂ© d'une bande de mafieux Ă  qui il dĂ» une forte somme d'argent. En attendant que sa voiture en panne croupisse chez un garagiste arrogant, il fait la connaissance de la sensuelle Grace, une femme indienne tributaire d'un mari violent et alcoolique. Cumulant la poisse au fil de ses rencontres impromptues et sans le moindre sou, Bobby sera confrontĂ© Ă  un odieux marchĂ© financier lorsque Grace lui proposera de se dĂ©barrasser de son Ă©poux. Thriller aride mis en exergue sous un climat solaire Ă©crasant, U Turn est un jubilatoire jeu de massacre savamment orchestrĂ© par un Oliver Stone plus gouailleur que jamais ! A l'instar d'After Hours de Martin ScorceseU-Turn nous dĂ©crit avec une verve caustique les vicissitudes d'un marginal besogneux confrontĂ© aux citadins les plus excentriques au sein du bled paumĂ© de Superior, non loin de Las Vegas. Après avoir tentĂ© d'Ă©chapper aux menaces d'un leader mafieux et Ă  la suite d'une panne de voiture alĂ©atoire, Bobby se retrouve embrigadĂ© dans une bourgade clairsemĂ©e oĂą la population inculte semble gagner par l'aberration. C'est d'abord son garagiste, arrogant et obtus qui le contraint de s'attarder plusieurs jours dans cette contrĂ©e dĂ©sertique.
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Sur place, il fait ensuite les rencontres fortuites d'un vieil indien logicien atteint de cĂ©citĂ© et d'un jeune couple ahuri dont l'amant irascible s'envenime Ă  dĂ©clencher les rixes pour honorer sa potiche effrontĂ©e. En prime, après avoir cĂ´toyĂ© l'amabilitĂ© du shĂ©rif de la contrĂ©e, Bobby tombe sous le charme de Grace avant de s'apercevoir que la belle est asservie par un mari tyrannique, Jake. SĂ©duit par la beautĂ© sulfureuse de cette jeune indienne, Bobby va rapidement faire face au compromis d'une transaction machiavĂ©lique suggĂ©rĂ©e par les deux amants dĂ©sunis. Avec un scĂ©nario habilement structurĂ© multipliant les rebondissements perfides et les rencontres saugrenues de badauds susceptibles, Oliver Stone rivalise de mesquinerie Ă  nous transfigurer une galerie de personnages tous plus dĂ©sinvoltes et calamiteux les uns des autres. Hommage dĂ©bridĂ© au film noir enduit de vitriol, U-Turn demeure une odyssĂ©e tragico burlesque auprès d'un paumĂ© incapable d'Ă©pingler l'amour, faute de sa dĂ©loyautĂ© individualiste. En Ă©tablissant Ă©galement le portrait Ă©quivoque d'une femme molestĂ©e, avilie par la gente masculine, Oliver Stone nous dĂ©peint sa vengeance mĂ©thodique et hautement sournoise. Sa haine inaltĂ©rable d'avoir Ă©tĂ© livrĂ©e Ă  la dĂ©bauche sexuelle d'un odieux personnage impliquĂ© dans l'inceste, quand bien mĂŞme ces multiples amants nappĂ©s de rancoeur, de jalousie et d'orgueil n'auront de cesse de se combattre afin d'obtenir un gain de cause lucratif.
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Dans la peau d'un looser invĂ©tĂ©rĂ©, Sean Penn doit beaucoup au caractère ludique de cette hystĂ©rie collective de par sa prestance versatile tributaire d'infortune tant il accumule les calamitĂ©s Ă  un rythme frĂ©nĂ©tique. Dans celui du mari licencieux imbibĂ© d'alcool, Nick Nolte impressionne Ă  travers son cynisme d'Ă©poux torturĂ© par ses agissements indĂ©cents. Dans le rĂ´le de l'aguicheuse insidieuse, Jennifer Lopez s'en sort honorablement et rĂ©ussit Ă  s'imposer avec sobriĂ©tĂ© en veuve noire irrĂ©ductible. L'unique victime martyrisĂ©e auquel on finit par Ă©prouver une certaine empathie après avoir dĂ©couvert son sombre passĂ© infantile. Les autres seconds-rĂ´les, quasi mĂ©connaissables dans une posture excentrique (John Voight, Billy Bob Thornton, Claire Dance, Joaquim Phoenix, Powers Boothe), s'en donnent Ă©galement Ă  coeur joie dans la fourberie et l'arrogance pour laisser libre court Ă  des inepties fĂ©briles.
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MĂ©chamment drĂ´le de par son sarcasme rĂ©cursif, violemment cruel et cauchemardesque, U-Turn est un jubilatoire jeu de massacre sur le machisme primaire et les effets pervers du dĂ©pit sentimental. Une farce corrosive dĂ©ployant avec un humour semi parodique l'hypocrisie du rapport amoureux  naviguant entre allĂ©geance et possessivitĂ©. Et Ă  travers ces protagonistes stimulĂ©s par l'instinct du dĂ©sir sexuel de nous livrer des numĂ©ros d'acteurs impayables !

*Bruno28.03.12.

vendredi 23 mars 2012

Les Tueurs fous / Le Sexe de la Violence / Lonely Killers / Quando il pensiero diventa crimine.


de Boris Szulzinger. 1972. France/Belgique. 1h14. Avec Dominique Rollin, Roland Maden, Georges Aminel, Christian Barbier, Patricia Cornelis, Georges Aubert, Marc Audier, Marc De Georgi, Jean Droze, Daniel Dury, Franz Gouvy.

FILMOGRAPHIE: Boris Szulzinger est un réalisateur et producteur belge.
1969: Nathalie après l'amour (pseudo: Michael B. Sanders). 1972: Les tueurs fous. 1975: Tarzoon, la Honte de la jungle (co-réalisé avec Picha). 1980: Mama Dracula

 
"Bruxelles pour cimetière".
Boris Szulzinger serait restĂ© un cinĂ©aste belge mĂ©connu s’il n’avait co-rĂ©alisĂ© le film d’animation Ă©grillard Tarzoon, la Honte de la jungle, d’autant que sa carrière ne compte que quatre longs-mĂ©trages. Ainsi, en 1972, sort dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale une Ĺ“uvre choc, glaçante de rĂ©alisme, retraçant un fait divers sordide : l’Ă©quipĂ©e meurtrière de deux malfrats dans la grisaille bruxelloise. Les Tueurs Fous, aussi connu sous le titre Le Sexe de la Violence, s’impose comme une petite bande dĂ©viante, mĂ©connue, mais Ă  dĂ©couvrir d’urgence tant elle ausculte la dĂ©rive d’un tandem marginal engluĂ© dans sa mĂ©diocritĂ©.

Le pitch : deux jeunes délinquants prennent les armes et abattent quiconque croise leur route. Dans une quête libertaire amorale, Dominique et Roland fuient leur ennui en commettant leurs sales besognes entre deux rencontres hasardeuses avec des citadins résignés.

Dans la lignĂ©e de portraits abrupts de serial killers tristement notoires, et filmĂ© Ă  la manière d’un reportage sec, Les Tueurs Fous retrace froidement le parcours sanglant de deux marginaux profondĂ©ment esseulĂ©s, incapables d’assumer leur homosexualitĂ©. Le film dĂ©bute sur les chapeaux de roue : meurtre gratuit, rire nerveux, poursuite en mobylette, puis exĂ©cution Ă  la carabine — une scène d’une brutalitĂ© dĂ©sarmante, qui annonce la couleur blafarde de cette errance meurtrière Ă  travers les nuits pluvieuses de Bruxelles.

Sans morale ni remords, ils dĂ©cident soudainement de tuer, au hasard, des anonymes croisĂ©s au dĂ©tour d’un trottoir. Entre deux crimes, ils errent dans des bars gays oĂą dĂ©filent des travestis, rançonnent les honnĂŞtes gens, cherchent le contact d’un soir avec des paumĂ©s, ou tentent d’Ă©veiller une fragile amitiĂ© avec un homosexuel mutique. 

"Deux âmes mortes sous la pluie". 
Ces deux âmes mortes, sans parentĂ© ni attaches, n’ont d’autre lien au monde que leur propre reflet. Leur seul Ă©lan d’empathie ? Un chat infirme, trouvĂ© dans une voiture volĂ©e. Ce petit ĂŞtre fragile, silencieux, devient l’unique tĂ©moin d’une tendresse fugace. Ă€ ce moment-lĂ , face camĂ©ra, leurs visages s’ouvrent — regard d’enfants perdus, dans un monde oĂą l’amour leur a Ă©tĂ© refusĂ©. En fuite, enragĂ©s de solitude, Dominique et Roland exorcisent leur sexualitĂ© refoulĂ©e et leur vide existentiel par le meurtre, faute d’avoir pu grandir sous un toit aimant. 

 
"L’ombre d’un chat infirme".
DĂ©rangeant, malsain, immergĂ© dans l’humiditĂ© grise d’un automne sans fin, renforcĂ© par le jeu brut, presque documentaire, de comĂ©diens Ă  la posture puĂ©rile, Les Tueurs Fous dresse un constat terrifiant sur la marginalitĂ© des laissĂ©s-pour-compte. Sans voyeurisme, sans complaisance, le film tire sa force de son ancrage psychologique, de sa tristesse poisseuse, de cette sidĂ©rante impression que n’importe quel individu rejetĂ© pourrait, un jour, sombrer dans la folie la plus lâche.

Oubliez son homonyme racoleur, Le Sexe de la Violence. Découvrez, sans réserve, cette pépite belge noyée dans la désillusion, qui risque bien de vous hanter longtemps après digestion.

Dédicace à Video Party Massacre
23.03.12
Bruno


lundi 19 mars 2012

Bellflower


de Evan Glodell. 2011. U.S.A. 1h46. Avec Evan Glodell, Jessie Wiseman, Tyler Dawson, Rebekah Brandes, Vincent Gradshaw, Zack Kraus, Keghan Hurst, Alexandra Boylan, Bradshaw Pruitt, Brian Thomas Evans.

Sortie salles France: 21 Mars 2012. U.S: 5 AoĂ»t 2011

FILMOGRAPHIE: Evan Glodell est un réalisateur, acteur, monteur, producteur, directeur de la photographie, scénariste américain. 2005: La Forme à l'amour (Court-métrage. Co-directeur). 2011: Bellflower
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Avec un budget de 17 000 dollars, le nĂ©ophyte Evan Glodell entreprend pour son premier long l'argument autobiographique d'une love story traitĂ©e de manière peu commune dans sa mise en scène hybride afin de mieux bousculer les attentes du spectateur. Le PitchDeux acolytes entreprennent de façonner un lance-flamme et un vĂ©hicule motorisĂ© en guise d'ennui. Mais l'arrivĂ©e alĂ©atoire d'une blonde aguicheuse compromet leurs ambitions pour faire sombrer l'un d'eux dans une dĂ©chĂ©ance suicidaire. Autant avertir de suite les amateurs d'esbroufe avides de pyrotechnie et donc sĂ©duits par son affiche prometteuse, Bellflower constitue l'antinomie du spectacle explosif conçu pour rassasier son public lambda. Si bien que cette production indĂ©pendante rĂ©alisĂ©e avec peu de moyens fait figure d'ovni intimiste dans sa douloureuse introspection d'un quidam noyĂ© d'amertume suite Ă  dĂ©boire amoureux. TraitĂ© de manière insolite auprès d'une rĂ©alisation anti conformiste oscillant les ruptures de ton, et formellement criard (saturation de teintes ocres et jaunes fluos), Evan Glodell nous oriente vers une fragile odyssĂ©e humaine sur fond d'Ă©loignement existentiel. De prime abord, on se croit embarquer dans une comĂ©die tendre et futile avec les flâneries rĂ©currentes de deux amants communĂ©ment Ă©pris d'amour. A l'instar d'un documentaire pris sur le vif, le rĂ©alisateur s'attachant Ă  nous dĂ©crire avec humanitĂ© le destin aigri de ces deux comparses juvĂ©niles en quĂŞte de reconnaissance.


Or, Woodrow et Aiden, chĂ´meurs passionnĂ©s par la saga post-nuke de Mad-Max, en particulier du personnage asocial Humungus, fuient l'ennui de l'existence avec la construction d'un lance-flamme et d'une voiture vrombissante. En soirĂ©e festive, après une rencontre impromptue dans un bar, l'amour frappe Ă  la porte de Woodrow. Depuis, l'homme ne jure que par la probitĂ© de son idylle naissante jusqu'au jour oĂą toutes les meilleures choses ont une fin. Ainsi, durant une majeure partie du rĂ©cit, on se demande alors oĂą le rĂ©alisateur souhaite en venir avec cette idylle romanesque finalement mise en exergue sur le fiasco. Puis, de manière latente et avec l'originalitĂ© d'une mise en scène expĂ©rimentale, c'est le profil dĂ©semparĂ© d'un quidam dĂ©chu trahi par l'adultère qui nous ait illustrĂ© dans une ambiance dĂ©lĂ©tère davantage en chute libre. Et plus la dĂ©chĂ©ance dĂ©shumanisĂ©e de Woodrow se chemine vers la rĂ©gression, plus le film s'aventure vers les sentiers ombrageux d'une errance nocturne vindicative. Il en ressort au final une oeuvre chĂ©tive, le sentiment peu commun d'avoir assister Ă  une tragĂ©die sentimentale profondĂ©ment touchante Ă  travers cette fuite dĂ©sespĂ©rĂ©e. La quĂŞte existentielle de deux camarades fuyant la monotonie de leur rĂ©alitĂ© par l'utopie parce que songeurs d'horizons clairsemĂ©es.

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L'achèvement d'Humungus
A travers cette errance urbaine chancelante, le rĂ©alisateur Evan Glodell se rĂ©approprie des conventions du genre pour transcender la love story Ă©culĂ©e dans une mise en scène hĂ©tĂ©rodoxe. Avec une humanitĂ© vulnĂ©rable, Bellflower traite donc du deuil dĂ©licat, difficilement surmontable d'une rupture amoureuse, mais Ă©galement des valeurs de l'amitiĂ© entre la fraternitĂ© de deux hĂ©ros dĂ©pitĂ©s et de leur quĂŞte autoritaire Ă  retrouver une certaine virilitĂ© (d'oĂą leur affection partagĂ©e avec le personnage redoutĂ© d'Humungus). L'intelligence et l'originalitĂ© de sa structure narrative, la bonhomie naturelle des personnages et l'esprit libertaire qui y Ă©mane en font une oeuvre forte oĂą la rancoeur intrinsèque s'extĂ©riorise finalement parmi l'essence candide d'une rĂ©demption. 

*Bruno
19.03.12