jeudi 18 septembre 2014

THE HOMESMAN

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chronicart.com

de Tommy Lee Jones. 2014. U.S.A. 1h57. Avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Hailee Steinfeld, William Fichtner, Meryl Streep, David Dencik, James Spader.

Sortie salles France: 18 Mai 2014. U.S: 3 Octobre 2014

FILMOGRAPHIE: Tommy Lee Jones est un réalisateur et acteur américain, né le 15 Septembre 1946 à San Saba, Texas.
1995: les Derniers Pionniers (télé-film). 2011: The Sunset Limited (télé-film). 2005: Trois Enterrements. 2014: The Homesman.


Pour son second long mĂ©trage, Tommy Lee Jones rempile avec le western iconoclaste au ton encore plus acide et dĂ©senchantĂ© que son prĂ©cĂ©dent coup de maĂ®tre, 3 Enterrements. En 1854, Mary Bee Cudy, jeune femme esseulĂ©e en quĂŞte amoureuse, se porte volontaire pour escorter trois Ă©pouses atteintes de folie vers une paroisse . Sur son chemin, elle fait l'Ă©trange rencontre d'un marginal sur le point d'ĂŞtre pendu mais dĂ©cide de le sauver in extremis. Après leur accord de transaction, ils dĂ©cident d'entreprendre le voyage ensemble. 


Dans la lignĂ©e de Missouri Breaks pour son humour au vitriol, l'esprit dĂ©calĂ© des personnages et le caractère insolite des situations, The Homesman nous relate l'Ă©trange relation amicale d'un couple contradictoire mais dont leur pĂ©riple va les amener Ă  mieux se connaĂ®tre et se considĂ©rer. Avec une subtile provocation, le cinĂ©aste nous dĂ©peint le profil d'une femme courageuse dans sa volontĂ© de rassurer son existence solitaire en prĂŞtant main forte au pasteur du village. DĂ©valorisĂ©e par la population et conspuĂ©e par les hommes pour son physique anodin, Mary se rĂ©signe nĂ©anmoins Ă  devenir utile aux yeux des autres tout en ayant l'espoir prochain de se marier avec le premier venu. Outre sa force de caractère d'escorter dangereusement trois Ă©pouses azimutĂ©es et sa dignitĂ© de ne pas se laisser miner par le dĂ©sespoir, c'est Ă©galement le portrait d'une femme trop fragile que le cinĂ©aste nous suggère Spoiler !!! au moment mĂŞme oĂą un Ă©vènement cinglant chamboulera son compagnon de route fin du Spoiler. EmaillĂ© d'incidents impromptus et de situations pittoresques tournant au vinaigre, Tommy Lee Jones dĂ©concerte le spectateur dans sa structure narrative alĂ©atoire oĂą la plupart des personnages machistes sont influencĂ©s par l'intolĂ©rance, l'individualitĂ© et l'Ă©goĂŻsme. Dur et cruel dans son refus de concession pour le cheminement de nos hĂ©ros puis dans leur relation affective qu'ils se partagent difficilement, The Homesman finit subitement par inverser les rĂ´les au moment le plus inopportun. Ce brusque revirement annonce la seconde partie du film pour s'intĂ©resser de plus près Ă  l'introspection de George, anti-hĂ©ros bourru prĂ©alablement cupide mais rattrapĂ© par sa morale et le remord lorsqu'un Ă©vènement tragique le bouleversera Ă  jamais.


Western hétérodoxe n'ayant de cesse de nous dérouter dans sa galerie de personnages mesquins et dans sa progression dramatique intempestive, The Homesman se porte en témoignage pour les laissés pour compte déconsidérés par la société, quand bien même la place de la femme est souvent mise en retrait. Dominé par les prestations poignantes d'Hilary Swank et de Tommy Lee Jones, cette initiation au respect d'autrui bouleverse d'émotion avec une ironie particulièrement cruelle dans les rapports du couple. On en sort donc la gorge nouée jusqu'aux larmes de l'expiation.

Bruno Matéï 

mercredi 17 septembre 2014

Nosferatu, FantĂ´me de la Nuit / Nosferatu: Phantom der Nacht

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site classic-horror.com

de Werner Herzog. 1979. France/Allemagne. 1h47. Avec Klaus Kinski, Isabelle Adjani, Bruno Ganz, Roland Topor, Walter Ladengast, Dan van Husen, Jan Groth, Carsten Bodinus, Martje Grohmann, Rijk de Gooyer.

Sortie salles France: 17 Janvier 1979. Allemagne: Février 1979

FILMOGRAPHIE: Werner Herzog, de son vrai nom Werner Stipetic, est un rĂ©alisateur, acteur et metteur en scène d'opĂ©ra allemand nĂ© le 05.09.42 Ă  Munich (Allemagne). Il est parfois surnommĂ© par certains critiques comme le "cinĂ©aste de l'impossible" en raison de ses tournages risquĂ©s et chaotiques, sans compter sa relation irritable avec son acteur fĂ©tiche Klaus Kinski. 1968: Signes de vie. 1970: Les nains aussi ont commencĂ© petits. 1972: Aguirre, la colère de Dieu. 1974: L'Enigme de Kaspar Hauser. 1976: Coeur de Verre. 1977: La Ballade de Bruno. 1979: Nosferatu, fantĂ´me de la nuit. 1979: Woyzeck. 1982: Fitzcarraldo. 1984: Le Pays oĂą rĂŞvent les fourmis vertes. 1987: Cobra Verde. 1991: Cerro Torre, le cri de la roche. 1992: Leçons de tĂ©nèbre. 2001: Invincible. 2005: The Wild blue Yonder. 2006: Rescue Dawn. 2009: Bad Lieutenant. 2009: Dans l'oeil d'un tueur.


Remake du chef-d'oeuvre muet de Murnau, Nosferatu est la vision toute personnelle d'un autre cinĂ©aste de gĂ©nie, Werner Herzog. PortĂ© par l'interprĂ©tation magnĂ©tique du grand Klaus Kinski, littĂ©ralement pĂ©nĂ©trĂ© par la disgrâce Ă  travers son regard morbide dĂ©semparĂ©, cette nouvelle version impose un regard naturaliste au personnage, le comte Ă©tant ici rongĂ© du spleen d'une existence pauvrement solitaire. 
 
Le pitchAu XIXè siècle, Joanathan Harker se rend dans les Carpathes pour rencontrer Dracula afin de lui faire signer la vente d'une demeure. Mais il est loin de se douter que sous le nom de ce noble comte se cache un misĂ©rable vampire.  
 
D'une beautĂ© plastique fulgurante, autant par ses Ă©clairages expressionnistes qu'auprès de sa photo laiteuse, Nosferatu, FantĂ´me de la nuit est une invitation Ă  l'Ă©vasion, un voyage au bout du crĂ©puscule, une incursion dans l'âme torturĂ©e d'un vampire sclĂ©rosĂ©. Dracula Ă©tant aujourd'hui condamnĂ© Ă  supporter le poids des siècles lors d'une nonchalance aigrie, faute de son isolement dans un château en ruines oĂą les enfants de la nuit (les loups) y implorent son dĂ©sespoir. ImprĂ©gnĂ© de lyrisme par la posture hantĂ©e des personnages dĂ©ambulant tel un rĂŞve, Werner Herzog façonne autour de leur errance un recueil d'images picturales touchĂ©es par la grâce. 


A l'instar de ses chutes d'eau et des montagnes rocailleuses que Jonathan Harker franchit, tel un baroudeur tranquille. Ou de cette plage automnale lorsque Lucy s'y hasarde afin d'y contempler l'horizon. C'est donc l'illustration d'un univers onirique que nous retransmet le cinĂ©aste avant son passage funeste, Nosferatu transmettant la peste du rat sur la population après son pĂ©riple maritime. Avec audace et originalitĂ©, le cinĂ©aste se rĂ©approprie du mythe en remaniant le caractère des personnages iconiques Ă©voluant autour du non-mort. Tant auprès du portrait de Jonathan Harker, victime passive gagnĂ©e par l'amnĂ©sie, de sa fidèle Ă©pouse contrairement motivĂ©e Ă  s'opposer au Mal ou de Van Helsing, chasseur de vampire dĂ©cati dĂ©passĂ© par les Ă©vènements. Outre le soin formel imparti Ă  une mise en scène extrĂŞmement appliquĂ©e, Nosferatu est inĂ©vitablement transcendĂ© du score envoĂ»tant de Popol Vuh et des interprĂ©tations hallucinĂ©es d'Isabelle Adjani et Klaus Kinski. Ce dernier endossant la posture longiligne d'un vampire chafouin minĂ© par sa condition d'immortel. Pourvu d'un regard frigide car obsĂ©dĂ© par la mort et la vue du sang, l'acteur se fond dans son personnage avec une Ă©lĂ©gance somme toute sĂ©pulcrale. Quand Ă  Isabelle Adjani, elle lui partage la vedette avec une grâce autrement tĂ©nue Ă  travers sa beautĂ© opaline, son Ă©motion candide lors de ses expressions apeurĂ©es rattrapĂ©es par l'ambition d'y vaincre le Mal.


Chef-d'oeuvre du film de vampire contemplatif ne ressemblant Ă  nul autre, Nosferatu, FantĂ´me de la nuit s'Ă©difie en odyssĂ©e funeste de par ses thèmes de la nonchalance, de l'Ă©lĂ©gie et du dĂ©sespoir existentiel. Tant auprès de l'ultime pĂ©riple du vampire en perdition, faute de sa condition d'immortel dĂ©chue, que de la nouvelle relève imparti Ă  son supplĂ©ant si bien qu'Herzog privilĂ©gie un parti-pris inopinĂ©ment nihiliste lors de sa conclusion d'un onirisme spatial. Une oeuvre intime picturale donc, chemin de croix inscrit dans la langueur et la nonchalance auprès de ce vampire lĂ©thargique dĂ©nuĂ© de ressort afin d'endiguer sa besogne immortelle. Car au bout de son dĂ©sespoir, il reste peut-ĂŞtre quelque part un espoir sentimental pour le soustraire Ă  l'abime.

*Bruno
 13.08.02. 28.09.10. 17.09.14. 18.03.22. 5èx

mardi 16 septembre 2014

IN FEAR

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horror-movies.ca

de Jeremy Lovering. 2013. Angleterre. 1h25. Avec Iain de Caestecker, Alice Englert, Allen Leech.

Sortie salles Angleterre: 16 Novembre 2013

FILMOGRAPHIE:  Jeremy Lovering est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste anglais.
2003: Killing Hitler (Documentaire). 2004: Sex and Lies (tĂ©lĂ©-film). 2008: Le Choix de Jane (tĂ©lĂ©-film).  In Fear


HabituĂ© aux sĂ©ries TV et tĂ©lĂ©-films, Jeremy Lovering passe enfin au long mĂ©trage cinĂ©ma avec In Fear, un film d'angoisse orientĂ© sur le climat d'une forĂŞt crĂ©pusculaire qu'un couple en vĂ©hicule traverse indĂ©finiment. Après s'ĂŞtre Ă©changĂ© quelques mots sur le net, Tom et Lucy se rencontrent et dĂ©cident de rejoindre un festival de musique. Ayant rĂ©servĂ© une chambre d'hĂ´tel, ils doivent emprunter une forĂŞt pour y accĂ©der. Mais leur itinĂ©raire routier les mènent Ă  une destination sans fin. 


A partir d'un pitch intrigant hĂ©ritĂ© d'un Ă©pisode de la 4è Dimension (et dĂ©jĂ  abordĂ© par Richard Marquand lors d'une sĂ©quence-clef de Psychose, phase 3), In Fear tente de distiller suspense et frissons lorsqu'un couple Ă©garĂ© est contraint de tourner en rond au sein d'une vĂ©gĂ©tation hostile. En essayant de jouer avec les nerfs du spectateur, le rĂ©alisateur tisse une Ă©trange intrigue majoritairement bâtie sur l'inquiĂ©tude et l'apprĂ©hension de nos protagonistes. Car sujets Ă  divers incidents inexpliquĂ©s et brimades d'individu(s) planquĂ©(s) dans l'obscuritĂ© d'un bois, Tom et Lucy n'auront de cesse d'expĂ©rimenter leur courage pour affronter la peur de l'inconnu. Qui peut donc en vouloir Ă  ce jeune couple sans histoires, quel est l'intĂ©rĂŞt de les traquer sans rĂ©pit avec une raillerie insolente et pour quelle raison la route empruntĂ©e ne les dirigent qu'Ă  leur point de dĂ©part ? Si la bonne intention du rĂ©alisateur est de privilĂ©gier l'atmosphère opaque d'une scĂ©nographie forestière et la claustration du huis-clos en interne d'une voiture, la redondance de l'intrigue finit par nous lasser, faute de rebondissements quasi inexistants et de personnages Ă  la prestance perfectible. Pourtant, on sent bien une volontĂ© des comĂ©diens d'insuffler de la densitĂ© Ă  leur fonction de victime pourchassĂ©e rapidement dĂ©concertĂ©e par des Ă©vènements nonsensiques. Mais leur comportement apeurĂ© parfois sujet Ă  l'Ă©tat de panique ainsi que leur faible audace Ă  repousser l'antagoniste manquent cruellement de conviction pour nous convaincre de leur calvaire. Si deux, trois sĂ©quences parviennent Ă  nous soutirer un sentiment d'oppression (principalement la première demi-heure jouant habilement de la peur du noir !), le cheminement prosaĂŻque qu'empruntent nos hĂ©ros s'avère d'autant plus rĂ©barbatif que la rĂ©solution de leur harcèlement s'achève en queue de poisson !


A vouloir privilĂ©gier intelligemment la suggestion de l'angoisse et l'atmosphère nocturne d'une forĂŞt propice Ă  l'embrigadement, In Fear se laisse prendre au piège de sa vacuitĂ© narrative, faute d'une intrigue dĂ©cousue rapidement dĂ©nuĂ©e de tension et de personnages ternes dans leur fonction de cobayes asservis.

Bruno Matéï 

lundi 15 septembre 2014

Retour vers le Futur 2 / Back to the Future Part II

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bestofthe80s.wordpress.com

de Robert Zemeckis. 1989. U.S.A. 1h47. Avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Thomas F. Wilson, Lea Thompson, Jeffrey Weissman, James Tolkan, Elisabeth Shue.

Sortie salles France: 20 Décembre 1989. U.S: 22 Novembre 1989

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 14 Mai 1951 Ă  Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le PĂ´le Express. 2007: La LĂ©gende de Beowulf. 2009: Le DrĂ´le de NoĂ«l de Mr Scrooge. 2013: Flight.


Alors que Robert Zemeckis n'eut pu prĂ©voir d'y tourner une sĂ©quelle Ă  Retour vers le futur, son gros succès commercial le contraint de se raviser puis de convaincre les producteurs de rempiler quatre ans plus tard avec une suite qui en engendra aussi une troisième ! Le pitchAprès avoir rĂ©ussi Ă  modifier le destin de ses parents, Marty Mc FLy et Doc doivent aujourd'hui se projeter dans le futur pour sauver de la prison le fils de Marty. Si leur mission est rapidement achevĂ©e, Mc Fly va nĂ©anmoins commettre une grave erreur lorsqu'il dĂ©cide d'emporter un almanach dĂ©taillant toutes les victoires sportives de 1950 Ă  2000. Sous la consigne de Doc, il dĂ©cide finalement de s'en sĂ©parer en le jetant dans une poubelle. TĂ©moin de la scène, le vieux Biff Tannen (leur ennemi jurĂ© !) s'en empare et dĂ©robe la voiture Ă  voyager dans le temps pour en modifier son propre destin. Beaucoup plus haletante et endiablĂ©e, cette suite multiplie pĂ©ripĂ©ties et rebondissements avec l'efficacitĂ© d'une trouvaille lucrative, un calendrier sportif que Doc et Marty doivent impĂ©rativement rĂ©cupĂ©rer pour Ă©viter la dictature de Biff Tannen. 


Et si le film s'avère encore plus ludique que son modèle, il le doit beaucoup au tempĂ©rament gouailleur de l'acteur Thomas F. Wilson incarnant avec plus de prĂ©sence la posture d'un milliardaire vĂ©reux habitĂ© par l'omnipotence. D'un naturel innĂ© dans son attitude impĂ©tueuse et ses caprices colĂ©riques, il en volerait presque la vedette Ă  nos hĂ©ros ! Une nouvelle fois, les ingrĂ©dients du premier opus oscillant humour et action autour des Ă©poques du futur et du passĂ© sont parfaitement exploitĂ©s et innovent Ă©galement en terme d'univers exubĂ©rant de par la technologie high-tech de 2015 ! A l'instar du fameux skateboard volant (l'"hoverboard" !) que notre hĂ©ros emprunte en dernier ressort pour devancer ses poursuivants, ce qui nous vaut une poursuite dĂ©bridĂ©e Ă  travers rues. EmaillĂ© d'habiles clins d'oeil Ă  l'intrigue du prĂ©cĂ©dant opus, Robert Zemeckis se prend malin plaisir Ă  lui rendre hommage si bien que nos hĂ©ros se retrouvent Ă  nouveau dans la mĂŞme situation du 12 Novembre 1955 pour sauver leur destinĂ©e d'une apocalypse. Afin de mettre la main sur l'almanach de Biff, ils vont donc user de stratagèmes (et de bourdes que Marty accumulera lors d'un concours de circonstances infortunĂ©es) mais aussi Ă©viter de rencontrer leur double qui pourrait engendrer l'inĂ©vitable paradoxe temporel ! 


Terriblement fun et jouissif, drĂ´le et rondement menĂ©, Retour vers le Futur 2 se targue mĂŞme de dĂ©passer son modèle en terme de rythme et d'invention d'oĂą l'Ă©nergie communicative de nos hĂ©ros continue de s'en donner Ă  coeur joie afin d'y dĂ©jouer l'intarissable Biff Tanner ! Un rĂ©gal de chaque instant. 
2èx

jeudi 11 septembre 2014

LA TOMBE DE LIGEIA (The Tomb of Ligeia)

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Roger Corman. 1965. U.S.A. 1h21. Avec Vincent Price, Elizabeth Shepherd, John Westbrook, Derek Francis, Oliver Johnston, Richard Vernon.

Sortie salles France: 18 Décembre 1968. U.S: 20 Janvier 1965

FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: Le Masque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: La Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


"Les frontières de la vie et de la mort ne peuvent être au mieux qu'indécises et vagues. Qui dira l'endroit où s'arrête l'une et où commence l'autre ?". Poe.
Huitième et dernière adaptation d'un rĂ©cit d'Edgar Poe chez Corman, la Tombe de Ligeia est sans doute son oeuvre la plus subtile et aboutie en matière de stylisme et d'Ă©nigme tortueuse oĂą l'amour fou s'harmonise avec la hantise d'une possession morbide. Alors qu'il vient de perdre son Ă©pouse Ligeia, Verden Fell reste persuadĂ© qu'elle est encore en vie puisque sa ferme volontĂ© Ă©tait de surpasser la mort par sa passion pour l'existence. Quelques jours après son enterrement, il rencontre une charmante inconnue ressemblant Ă©trangement Ă  sa dĂ©funte, Lady Rowena. Une Ă©trange relation naĂ®t entre eux sachant que Verden adopte un comportement des plus versatile. 


D'une beautĂ© plastique singulière dans son univers gothique d'abbaye en ruine et de sculptures Ă©gyptiennes ornant une des pièces du château, La Tombe de Ligeia se pare d'une ambition baroque pour nous sĂ©duire. Etrange et inquiĂ©tant, l'atmosphère que Roger Corman façonne assidĂ»ment s'avère d'une sensualitĂ© morbide autour de la prĂ©sence d'une nouvelle Ă©pouse victime de persĂ©cutions. Que ce soit parmi l'hostilitĂ© d'un chat redoutablement agressif, du comportement interlope de son amant ou de l'aura invisible de Ligeia. Si le rythme latent du rĂ©cit peut rebuter certains spectateurs, son cheminement narratif laisse planer un suspense sous-jacent oĂą le sentiment d'inquiĂ©tude est subtilement diffus par l'entremise de Rowena. En empruntant les thèmes de l'amour, de la folie, de la rĂ©incarnation, de la vie et de la mort, le cinĂ©aste nous conte un magnifique poème sur le refus de mourir et la peur de l'oubli du point de vue du dĂ©funt. Ligeia est-elle revenue d'entre les morts pour persĂ©cuter la nouvelle maĂ®tresse de son ancien Ă©poux, Rowena en est-elle sa rĂ©incarnation ou s'agit-il d'une horrible machination ? La vĂ©ritĂ© cinglante Ă©clatera lors d'un final mĂ©morable car truffĂ© de rebondissements et savamment pensĂ©, lĂ  oĂą le pouvoir de l'amour et celui de la mort fricotent communĂ©ment parmi l'allĂ©geance d'un chat et parmi la dĂ©mence d'une victime. AffublĂ© d'une paire de lunettes noires car trop sensible Ă  la lumière du jour, Vincent Price adopte une posture extravagante et ne cesse de jouer avec l'ambiguĂŻtĂ© de son caractère lunatique. Victime ou coupable, son interprĂ©tation s'avère autrement plus raffinĂ©e que celles du Masque de la mort rouge et de la Chute de la maison Usher. SecondĂ© par Elizabeth Shepherd, elle lui partage la vedette avec une Ă©lĂ©gance candide en traĂ®nant d'un pas hĂ©sitant une silhouette soyeuse au sein du château. A eux deux, ils forment un tandem plutĂ´t austère dans leur ligne de conduite nĂ©buleuse et leur relation d'affection en voie de perdition. 


Cette fascination exercée par le pouvoir du mal et la hantise de la mort, La Tombe de Ligeia l'exploite avec suggestion et intelligence d'un scénario retors. D'un esthétisme aussi baroque que fulgurant, il s'agit sans doute de l'oeuvre la plus trouble dans la carrière de Corman pour son surnaturel éthéré où la vie et la mort ne cessent de se disputer la mise.

Dédicace à Berangere Soustre De Condat-Rabourdin
Bruno Matéï
3èx

La critique du Masque de la mort rouge: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/10/le-masque-de-la-mort-rouge-masque-of.html
La critique de la Chute de la maison Usher: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/la-chute-de-la-maison-usher-house-of.html

mardi 9 septembre 2014

Les Tueurs de la Lune de miel / The Honeymoon Killers

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Leonard Kastle. 1969. U.S.A. 1h47. Avec Shirley Stoler, Tony Lo Bianco, Mary Jane Higby, Doris Roberts, Kip McArdle, Marilyns Chris.

Sortie salles U.S: 4 Février 1970

FILMOGRAPHIE:  Leonard Kastle est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 11 FĂ©vrier 1929 Ă  New-York, dĂ©cĂ©dĂ© le 18 Mai 2011 Ă  New-York.
1969: Les Tueurs de la lune de miel.

 
"Jalousie crasse et crimes tendres".
Unique rĂ©alisation de Leonard Kastle, Les Tueurs de la lune de miel retrace l’histoire vraie des amants assassins Raymond Fernandez et Martha Beck, avec un rĂ©alisme quasi documentaire. La photo en noir et blanc accentue la dimension de vĂ©ritĂ© dans cette histoire d’amour dĂ©voyĂ©, corrompu par le vice et le sang. SurnommĂ©s les « Tueurs aux petites annonces », ils sont soupçonnĂ©s d’avoir commis pas moins de dix-sept homicides entre 1947 et 1949.

Jeune infirmière solitaire, Martha Beck tente de combler son vide affectif en s’inscrivant dans une agence matrimoniale. Raymond Fernandez, gigolo de bas Ă©tage vivant aux crochets de veuves esseulĂ©es, lui rĂ©pond, et l’attire dans sa toile. Une Ă©trange liaison adultĂ©rine naĂ®t entre eux : Martha, endossant le rĂ´le fictif de sa sĹ“ur, accompagne Raymond dans ses escroqueries jusqu’Ă  franchir, Ă  deux, le seuil du meurtre.

En matière de cruditĂ© et de malaise palpable, Leonard Kastle frappe fort : il Ă©pouse avec une rigueur glaçante le quotidien pathĂ©tique d’un couple rongĂ© par l’obsession amoureuse et la cupiditĂ©, complices dans la perversion. Ă€ travers leur relation dĂ©vorante, leur aplomb Ă  flouer les femmes seules, le cinĂ©aste dresse surtout le portrait sentimental de Martha : infirmière bedonnante, physique trivial, rongĂ©e par la jalousie. Sa rancĹ“ur envers les femmes que Raymond sĂ©duit sans rĂ©pit se manifeste d’abord par des tentatives de suicide, pour Ă©prouver sa fidĂ©litĂ©. Mais cette aversion finit par la mener Ă  l’irrĂ©parable, sous l’Ĺ“il complice et trouble de son amant.

Dans un souci d’authenticitĂ©, Kastle s’attarde sur leur quotidien vĂ©reux, Ă  mesure qu’ils s’infiltrent dans la vie de chaque nouvelle proie. Leur duplicitĂ©, leur cynisme distillent un malaise croissant, jusqu’au moment oĂą Martha franchit le pas — et Raymond, Ă©branlĂ©, dĂ©couvre le poids du crime. LittĂ©ralement possĂ©dĂ©s par leur ignominie, Shirley Stoler et Tony Lo Bianco incarnent avec une intensitĂ© crasse un couple aussi paumĂ© socialement que rĂ©pugnant dans ses actes.

Avec son climat oppressant, quasi irrespirable, Les Tueurs de la lune de miel nous entraĂ®ne dans une spirale de violence d’autant plus brutale qu’elle semble surgir sans prĂ©venir. Cette love story fangeuse se referme sur un Ă©pilogue sardonique.

 
"L'amour au bout du couteau".
Poisseux, malsain, incommodant jusqu’Ă  l’Ă©cĹ“urement, Les Tueurs de la lune de miel demeure l’un des portraits de serial killers les plus glaçants du septième art. Par son rĂ©alisme implacable et le jeu incandescent de ses comĂ©diens, il s’inscrit sans honte aux cĂ´tĂ©s des mastodontes du genre : Maniac, Henry, Schizophrenia.
Public averti.

*Bruno
3èx

  

lundi 8 septembre 2014

Retour vers le futur / Back to the futur

                                                                                              Photo empruntĂ© sur Google, appartenant au site esquire.com

de Robert Zemeckis. 1985. U.S.A. 1h56. Avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Lea Thompson, Crispin Glover, Thomas F. Wilson, James Tolkan.

Sortie salles France: 30 Octobre 1985. U.S: 3 Juillet 1985

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle Express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Mr Scrooge. 2013: Flight.


Enorme succès commercial Ă  travers le monde, la trilogie Retour vers le futur est le fruit de la collaboration entre Steven Spielberg (producteur) et Robert Zemeckis (rĂ©alisateur). Divertissement familial par excellence, il doit son potentiel amical grâce Ă  un pitch des plus facĂ©tieux et Ă  la complĂ©mentaritĂ© extravagante de deux hĂ©ros dĂ©brouillards. Synopsis: A l'aide d'une voiture Ă  voyager Ă  travers le temps, Marty, jeune collĂ©gien, se retrouve projetĂ© 30 ans en arrière après avoir tentĂ© d'Ă©chapper Ă  des terroristes. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  retourner dans le futur mais ayant modifiĂ© quelque peu son destin, il doit Ă©galement essayer de rĂ©tablir un contact amoureux entre ses propres parents. Ainsi, en modernisant le concept du voyage temporel par le biais d'une voiture futuriste issue des annĂ©es 80, Robert Zemeckis succède Ă©galement Ă  la nostalgie des annĂ©es 50 lorsque notre hĂ©ros se retrouve malencontreusement exposĂ© au sein de cette pĂ©riode rĂ©tro. MĂŞlant teen movie et science-fiction, le cinĂ©aste utilise les mĂ©caniques de suspense, d'humour et d'action sous l'impulsion d'un scĂ©nario calibrĂ© multipliant rapports de force (George et Marty sĂ©vèrement mis Ă  mal par les provocations rĂ©currentes de Biff !) et vaudeville bâti sur le flirt. 


Puisque après avoir rencontrĂ© ses jeunes parents en 1955, et Ă  cause d'un Ă©vènement accidentel ayant modifiĂ© un paradoxe temporel, notre jeune hĂ©ros devra dĂ©jouer les avances amoureuses de sa propre mère ! Tout l'intĂ©rĂŞt de l'intrigue se focalisant sur leurs rapports dĂ©licats quand bien mĂŞme Marty tentera de convaincre son (futur) père de courtiser sa (future) mère lors d'un bal de promotion. Outre la complicitĂ© amicale irrĂ©sistible exercĂ©e par nos deux hĂ©ros indissociables, mutuellement campĂ©s par Michael J. Fox, en collĂ©gien plein d'entrain, et Christopher Lloyd, en savant-fou utopiste, Retour vers le Futur tire-parti d'un scĂ©nario inventif exploitant intelligemment la caractĂ©risation des protagonistes. A l'instar du père pathĂ©tique de Marty car souffre-douleur depuis son enfance d'un camarade de classe goguenard. Alors qu'au fil de son cheminement initiatique d'oser s'affirmer aux yeux des autres, Robert Zemeckis Ă©tablit une rĂ©flexion sur le dĂ©passement de soi. C'est Ă  dire braver ses peurs pour prĂ©server l'estime et la confiance et Ă©muler la concurrence afin d'accĂ©der Ă  la rĂ©ussite. Au-delĂ  de son enjeu majeur (renouer le contact amoureux d'une cause parentale), le film cède place ensuite au suspense d'une course contre la montre que Marty et son comparse doivent finalement entreprendre pour un retour vers le futur sans dommage collatĂ©ral. 


Sur fond d'hommage au Rock and Roll des annĂ©es 50 (Marty s'improvisera d'ailleurs avant-coureur dans sa prestation musicale littĂ©ralement effrontĂ©e !) et d'un tube des eighties restĂ© dans les mĂ©moires (The Power Of Love incarnĂ© par Huey Lewis and The News), Retour vers le Futur confond ces deux dĂ©cennies de par l'alibi du paradoxe temporel. Outre l'efficacitĂ© indĂ©niable d'un script retors accumulant pĂ©ripĂ©ties et gags verbaux, il doit autant de sa fantaisie et de sa fraĂ®cheur Ă  l'autoritĂ© amicale de ces personnages remarquablement dessinĂ©s. Un classique immuable d'une fraĂ®cheur, d'une fringance et d'une cocasserie immodĂ©rĂ©es admirablement conçu pour chatoyer toute la famille. 
3èx



    vendredi 5 septembre 2014

    La Chute de la maison Usher / House of Usher

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Roger Corman. 1960. U.S.A. 1h19. Avec Vincent Price, Mark Damon, Myrna Fahey, Harry Ellerbe, Mike Jordan, Eleanor LeFaber.

    Sortie salles France: 11 Mars 1964. U.S: 22 Juin 1960

    FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
    1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: LeMasque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: Le Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


    Première des huit adaptations d’un rĂ©cit d’Edgar Poe, La Chute de la maison Usher s’immerge dans un gothisme flamboyant sous la houlette du maĂ®tre de la sĂ©rie B, Roger Corman. Particulièrement inspirĂ©, le cinĂ©aste cisèle une intrigue funèbre oĂą flottent folie et aura surnaturelle. Le spectateur ne sait jamais si les Ă©vĂ©nements sont le fruit de l’obsession maladive d’un aristocrate rongĂ© d’hypersensibilitĂ©, ou l’Ĺ“uvre spectrale de fantĂ´mes vouĂ©s Ă  perpĂ©tuer le mal sur sa lignĂ©e.

    Synopsis - Ă€ l’entrĂ©e de la demeure des Usher, FrĂ©dĂ©ric est froidement accueilli par le majordome. Il insiste pour pĂ©nĂ©trer dans la maison afin de retrouver sa fiancĂ©e Madeline et la demander en mariage. Mais son frère, Roderick Usher, s’y oppose fermement, prĂ©textant qu’elle est alitĂ©e. Philip dĂ©cide pourtant de sĂ©journer afin de convaincre Madeline de fuir ces lieux maudits.


    SĂ©rie B Ă  petit budget mais somptueusement travaillĂ©e dans son esthĂ©tisme gothique - nature environnante spectrale, demeure dĂ©crĂ©pite au bord de l’effondrement - La Chute de la maison Usher s’impose d’abord comme un ravissement visuel pour amateurs d’atmosphère funèbre. DominĂ© par la prĂ©sence hypnotique de Vincent Price, le film renforce son pouvoir d’envoĂ»tement lorsque l’acteur endosse la posture hautaine d’un châtelain hantĂ© par la mort, la maladie et peut-ĂŞtre la folie. Ă€ travers la suggestion et des rĂ©pliques ciselĂ©es, Price se complaĂ®t Ă  persuader son entourage que la maison est habitĂ©e par les ombres de ses ancĂŞtres : assassins, voleur, escroc, faussaire, catin, contrebandier ou idiot du village, tous marquĂ©s par une marginalitĂ© sordide. Convaincu que lui et sa sĹ“ur sont promis Ă  une malĂ©diction sans repos, il se rĂ©signe Ă  attendre le moment du sacrifice, prĂŞt Ă  rejoindre les siens sous la crypte de la demeure.

    Rationnel, Philip croit au contraire que Madeline n’est qu’une victime influençable, manipulĂ©e par un frère prĂ©fĂ©rant le nĂ©ant de la mort Ă  la souffrance de la vie. Hypersensible au moindre bruit, Ă  l’odeur, au toucher, Roderick se consume dans la mĂ©lancolie. Jouant sans cesse avec l’ambiguĂŻtĂ© du surnaturel et l’emprise malĂ©fique que semble exercer la maison, Corman insuffle un climat d’Ă©trangetĂ© palpable, au cĹ“ur d’un Ă©difice archaĂŻque prĂŞt Ă  s’effondrer sous le poids de son propre passĂ©. Et dans la dernière demi-heure, le cinĂ©aste embrase le rythme : une course contre la mort haletante, Philip tentant d’arracher Madeline Ă  un trĂ©pas annoncĂ©, tension crue et suspense immersif.


    DĂ©licieusement envoĂ»tant par son esthĂ©tisme gothico-flamboyant et portĂ© par un scĂ©nario passionnant laissant libre cours Ă  l’imagination, La Chute de la maison Usher est un superbe exemple de fantastique Ă©thĂ©rĂ© oĂą la suggestion prime et entraĂ®ne le spectateur dans un poème diaphane, au bord fragile sĂ©parant la vie de la mort. Chef-d’Ĺ“uvre au demeurant.


    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
    22.04.25. 
    29.11.25. 4èx
    La critique de La Tombe de Liegia: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/la-tombe-de-liegia-tomb-of-ligeia.html


    jeudi 4 septembre 2014

    Survivance / Just Before Dawn. Grand Prix du film d'angoisse au Rex de Paris.

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site identi.li

    de Jeff Lieberman. 1981. U.S.A. 1h37. Avec Gregg Henry, Deborah Benson, George Kennedy, Chris Lemmon, Jamie Rose, Ralph Seymour, Katie Powell, John Hunsaker.

    Sortie salles France: 25 Novembre 1981. U.S: 27 Novembre 1981

    FILMOGRAPHIEJeff Lieberman est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© en 1947 Ă  Brooklyn, New-York. 1972: The Ringer. 1976: Le Rayon Bleu, La Nuit des Vers GĂ©ants. 1980: Dr Franken (TV). 1981:Survivance. 1988: Meurtres en VHS. 1994: But... Seriously (TV). 1995: Sonny Liston: The MystĂ©rious Lie and Death of a Champion (TV).2004: Au Service de Satan.

                                        

    HonnĂŞte artisan franc-tireur, Jeff Lieberman conquiert les amateurs d’horreur en 1976 en livrant coup sur coup deux sĂ©ries B dĂ©bridĂ©es, aussi originales que bien troussĂ©es : La Nuit des Vers GĂ©ants et Le Rayon Bleu. Mais en 1981, il revigore le survival forestier avec Survivance, rĂ©compensĂ© Ă  juste titre du Grand Prix du film d’Angoisse, et du Prix d’interprĂ©tation fĂ©minine pour Deborah Benson, au festival du Rex Ă  Paris. Rien que son gĂ©nĂ©rique liminaire, rĂ©solument crĂ©pusculaire, envoĂ»te dĂ©jĂ  nos sens, portĂ© par une partition ombrageuse terriblement Ă©vocatrice.

    Synopsis :
    Cinq amis partent camper dans une forĂŞt reculĂ©e, alors qu’un meurtre vient d’ĂŞtre commis Ă  proximitĂ© d’une Ă©glise dĂ©saffectĂ©e. Un tĂ©moin de la scène les avertit : un dĂ©mon armĂ© d’une machette rĂ´de dans les parages. Mais croyant avoir affaire Ă  un ivrogne demeurĂ©, le groupe poursuit sa route, s’enfonçant dans la contrĂ©e montagneuse.

                                     

    Dans la mouvance de DĂ©livrance et Vendredi 13, Survivance s’impose comme une rĂ©fĂ©rence d’efficacitĂ© horrifique (Tarantino la qualifie d’ailleurs de film culte), fascinante par l’ambiance anxiogène diffuse qu’elle distille et le cheminement ombrageux empruntĂ© par ses protagonistes au cĹ“ur d’une vĂ©gĂ©tation sĂ©pulcrale. Dès l’ouverture, le spectateur est happĂ© par un prologue meurtrier : deux comparses Ă©mĂ©chĂ©s se retrouvent confinĂ©s dans une Ă©glise en ruine. L’un croit apercevoir, depuis le plafond fissurĂ©, la silhouette d’un ĂŞtre Ă©trange. Saisi par la prĂ©sence, il s’Ă©lance hors de l’oratoire pour tenter de le dĂ©masquer. Mais chut… n’en disons pas plus. Cette sĂ©quence, brutale et crue, glace le sang par la manière viscĂ©rale dont Lieberman filme la mise Ă  mort : la stupeur du mourant est accentuĂ©e par un montage habile, prĂ©fĂ©rant le hors-champ aux facilitĂ©s gore. FilmĂ©e en plan serrĂ©, cette scène organique noue d’emblĂ©e la gorge.

    L’intrigue se recentre ensuite sur la randonnĂ©e des cinq vacanciers, partis camper dans un isolement absolu. Au-delĂ  de l’interprĂ©tation convaincante de ce casting juvĂ©nile, les Ă©vĂ©nements prennent une tournure singulière, portĂ©s par une tension faite de perplexitĂ© et d’apprĂ©hension. En prime, la partition funèbre signĂ©e Brad Fiedel (et son sifflement entĂŞtant rĂ©sonnant dans la nuit) exacerbe le climat insĂ©cure d’un dĂ©cor forestier Ă  la fois charismatique et menaçant. Car si l’on met Ă  part la photogĂ©nie cauchemardesque de DĂ©livrance ou du Projet Blair Witch, rarement nature n’aura semblĂ© aussi ensorcelĂ©e, comme habitĂ©e d’une entitĂ© maudite.

                                   

    Dans cette errance funèbre, les protagonistes, de plus en plus dĂ©sorientĂ©s, plongent dans une spirale d’angoisse. Lieberman y façonne une tension lente, Ă©touffante, avant que ne s’abattent des meurtres rigoureusement cruels. Chaque sĂ©quence hostile est orchestrĂ©e dans une logique de latence : le suspense prime sur les effets spectaculaires, prĂ©fĂ©rant la menace insidieuse Ă  l’Ă©clat gore. Et pour parachever le tout, un rebondissement sardonique vient Ă©branler les survivants, les poussant Ă  une vigilance dĂ©sespĂ©rĂ©e face Ă  l’inĂ©luctabilitĂ© de la mort. Le point d’orgue : une traque nocturne, oĂą un couple, en Ă©tat de lĂ©gitime dĂ©fense, tente de repousser l’horreur.

    En cela, Survivance cĂ©lèbre aussi la cause fĂ©minine. Deborah Benson, saluĂ©e pour sa prestation au Rex, impose une prestance stoĂŻque, d’une sobriĂ©tĂ© inĂ©dite dans ce genre souvent misogyne. Loin des potiches Ă©cervelĂ©es, elle incarne une hĂ©roĂŻne aux intuitions tranchantes, qui, au fil de son initiation, dĂ©veloppe un instinct primal, forcenĂ©, apte Ă  rivaliser avec la violence du tueur.

    En second plan, les amateurs reconnaĂ®tront un jeune Gregg Henry (futur visage des HĂ©ritiers ou du Body Double de De Palma). S’il impose une prĂ©sence avenante, il se voit malgrĂ© lui Ă©clipsĂ© par sa partenaire, qui lui vole la vedette.
    Quant aux antagonistes, leur portrait de famille rappelle immanquablement les rednecks dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s de La Colline a des Yeux, DĂ©livrance ou Massacre Ă  la Tronçonneuse — avec, ici aussi, une morphologie mongoloĂŻde dĂ©rangeante, presque archaĂŻque.

                                        

    Des dĂ©cennies et une flopĂ©e d’Ă©pigones (souvent sans âme) plus tard, Survivance conserve son pouvoir anxiogène. Grâce d’abord Ă  l’empreinte de son dĂ©cor forestier, vĂ©ritable personnage du film. Grâce aussi Ă  la qualitĂ© rare de son casting, Ă  sa bande-son magnĂ©tique, et Ă  ses sĂ©quences de violence sèche, brutale mais jamais gratuite. Et surtout, grâce Ă  cette hĂ©roĂŻne pugnace, qui pulvĂ©rise les clichĂ©s. Sans dĂ©tour, Jeff Lieberman signe lĂ  son Ĺ“uvre la plus marquante : malsaine, blafarde, atmosphĂ©rique, fascinante. Et ce combat primal, Ă  mains nues, reste un sommet d’intensitĂ© dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e dans toutes les mĂ©moires.

    Note : Ă€ sa sortie dans certaines salles (notamment celle oĂą j’ai eu le privilège de le dĂ©couvrir, au cinĂ©ma Cantin de Lens), le film Ă©tait interdit aux moins de 13 ans. 
    Or, lors de sa sortie en vidéo, il fut brusquement proscrit aux moins de 18 ans.
    Ă€ cela s’ajoute une autre dĂ©convenue : la version Ă©ditĂ©e sous le label Hollywood VidĂ©o s’avère trompeuse, puisqu’elle ne propose pas le montage intĂ©gral du film.

    *Bruno
    Dédicace à Guillaume Matthieu.
    16.08.11. 6

    Récompenses: Grand Prix du film d'Angoisse au Festival du Rex à Paris, en 1981.
    Prix d'interprétation Féminine pour Deborah Benson.


    L'avis de Mathias Chaput:

    Il existe des films qui bonifient le genre auquel ils s’apparentent par leur force, leur charisme et l’aura qu’il dĂ©gage irrĂ©mĂ©diablement, on peut dire aisĂ©ment que « Survivance » se range dans cette catĂ©gorie, en liaison avec le slasher, mais en y imputant une telle vision immersive, une telle grâce et un tel talent dans l’insolite que le spectateur s’imprègne instantanĂ©ment dans le mĂ©trage et ce, dès les premières secondes…

    Tout est configurĂ© pour exercer une fascination, en partie due Ă  la beautĂ© des paysages et Ă  la sensation d’Ă©touffement lors des sĂ©quences nocturnes, le sentiment de « piège » irradie aussi bien les protagonistes du film que le spectateur, pris en tenailles dans un long cauchemar stressant et dĂ©licieux en mĂŞme temps…

    L’aspect de gĂ©mĂ©lĂ©itĂ© consanguine rajoute un degrĂ© dans l’horreur et amplifie le malaise provoquĂ©, exactement comme dans des films comme « La colline a des yeux », « Tourist trap » ou plus rĂ©cemment « Wolf creek », les rĂ©fĂ©rences sont nombreuses mais « Survivance » se dĂ©marque en sortant du lot pour imposer sa patte, son style savoureux inhĂ©rent aux chefs d’Ĺ“uvre du survival amĂ©ricain, sa filiation directe est bel et bien le « DĂ©livrance » de John Boorman

    La neutralitĂ© des personnages principaux fait que l’on n’a pas envie de les voir se faire zigouiller, Ă  contrario de la saga des « Vendredi13 » avec ses jeunes dĂ©biles et peu attrayants, ici on suit le dĂ©roulement de l’histoire sans parti pris grâce Ă  une mise en scène intelligente de la part de Lieberman, qui Ă©vite les raccourcis et la facilitĂ©, souvent employĂ©e dans les slashers de cette Ă©poque…

    Son film se rapproche plus de films comme « Unhinged » ou mĂŞme de « Psychose » que des succĂ©danĂ©s horrifiques qui florissaient Ă  la pelle dans le cinĂ©ma amĂ©ricain des eighties, plombĂ©s par la vĂ©nalitĂ© et la rĂ©alisation faite Ă  la va-vite…

    Non seulement « Survivance » est une grande rĂ©ussite mais, outre le fait de passer un bon moment, il arrive Ă  revigorer le genre du slasher en Ă©tant INSOLITE, c’est exactement le terme qui m’est venu Ă  l’esprit lorsque j’ai achevĂ© le visionnage…

    Sous couvert d’un style, « Survivance » le rĂ©invente totalement, effaçant les codes pour les rĂ©crĂ©er lui-mĂŞme, sans besoin de quiconque…

    Imparable et ayant bâti le renouveau d’un cinĂ©ma balbutiant et victime d’embolies stylistiques dès sa naissance, « Survivance » est un film qu’il faut voir impĂ©rativement, tout vient de ce film magistral qui redonna ses lettres de noblesse au slasher…

    Note : 10/10

    mardi 2 septembre 2014

    SALVADOR


                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site web-libre.org

    d'Oliver Stone. 1986. U.S.A. 2h01. Avec James Woods, James Belushi, John Savage, Elpedia Carrillo, Cindy Gibb.

    Sortie salles France: 21 Mai 1986 U.S: 23 Avril 1986

    FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 15 septembre 1946 à New-York.
    1974: La Reine du Mal, 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: Né un 4 Juillet, 1991: Les Doors, 1991: JFK, 1993: Entre ciel et Terre, 1994: Tueurs Nés, 1995: Nixon, 1997: U-turn, 1999: l'Enfer du Dimanche, 2003: Comandante (Doc), 2003: Persona non grata, 2004: Looking for Fidel (télé-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W.: l'Impossible Président, 2009: Soul of the Border, 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais. 2014: Savage.

                                   

    5 ans après la Main du Cauchemar, Oliver Stone change de registre pour porter Ă  l'Ă©cran Salvador, un 3è long-mĂ©trage faisant office de fresque documentĂ©e car Ă©voquant la situation chaotique d'une guerre civile au dĂ©but des annĂ©es 80. Alors que les amĂ©ricains tentent d'apaiser le conflit entre les guerilleros et la dictature militaire, le journaliste Richard Boyle dĂ©cide de se rendre au Salvador pour y relancer sa carrière en photographiant les massacres de la population.


    Film coup de poing d'un rĂ©alisme rigoureux, notamment tous les affrontements belliqueux filmĂ©s en interne de la camĂ©ra portĂ©e, Salvador retransmet avec une rare intensitĂ© une situation de crise dans les bas-fonds de l'AmĂ©rique centrale. En s'inspirant de la vie du vĂ©ritable reporter Richard Boyle, le film se porte Ă©galement en tĂ©moignage pour dĂ©crire la profession Ă  risque du journalisme lorsque ce dernier est prĂŞt Ă  s'infiltrer au sein des combats pour rapporter le clichĂ© le plus incisif. A travers l'ambition lucrative de Richard Boyle, un alcoolo fauchĂ© bonimenteur mais loquace et plein d'audaces, c'est son Ă©volution humaniste qui nous ait dĂ©peint lorsqu'il observe avec impuissance les exactions barbares pratiquĂ©es sur les femmes et les enfants, sans compter viols et crimes perpĂ©trĂ©s sur des tĂ©moins Ă©trangers. Outre l'illustration crue de cette guerre aussi injuste que barbare, c'est Ă©galement une romance poignante qu'Oliver Stone retransmet avec l'empathie de notre reporter Ă©pris d'amour pour une jeune salvadorienne. Son intĂ©gritĂ© Ă  vouloir la protĂ©ger l'amènera finalement Ă  tenter de l'expatrier aux Etats-Unis en encourant des risques inconsidĂ©rĂ©s. Avec une efficacitĂ© imparable dans la conduite du rĂ©cit et les rebondissements dramatiques qui interfèrent (notamment l'assassinat terroriste de l'archevĂŞque Oscar Romero), Oliver Stone entremĂŞle rĂ©cit d'aventures, romance et drame politique en dĂ©nonçant le rĂ´le insidieux du gouvernement amĂ©ricain et celui de la CIA pour sa participation criminelle avec les militaires. Si Salvador s'avère toujours aussi passionnant, rĂ©voltant et bouleversant, il le doit notamment Ă  l'interprĂ©tation furibonde de James Woods. HabitĂ© par la fougue de dĂ©noncer les horreurs d'une guerre ignorĂ©e des mĂ©dias, l'acteur exprime une frĂ©nĂ©sie viscĂ©rale dans son comportement suicidaire eu Ă©gard de sa condition dĂ©chue de reporter.


    Parfois Ă©prouvant dans son imagerie sordide de charnier et victimes sacrifiĂ©es, Salvador invoque l'aspect reportage d'une guerre civile opiniâtre parmi l'hĂ©roĂŻsme suicidaire de reporters en mal de notoriĂ©tĂ©. D'une grande intensitĂ© dramatique, ce rĂ©quisitoire engendre Ă©galement la dĂ©sillusion d'une romance impossible auquel James Woods apporte tout son talent avec une spontanéïtĂ© bouleversante.

    Bruno Matéï


    lundi 1 septembre 2014

    Les Ruines / The Ruins

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site firstshowing.net

    de Carter Smith. 2008. Allemagne/Australie/U.S.A. 1h33 (version intégrale inédite en France). Avec
    Jonathan Tucker, Jena Malone, Shawn Ashmore, Laura Ramsey, Joe Anderson.

    Sortie salles France: 11 Juin 2008. U.S: 4 Avril 2008

    FILMOGRAPHIE: Carter Smith est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 6 Septembre 1971. 2008: Les Ruines. 2014: Jamie Marks is dead.


    Une rĂ©fĂ©rence choc d'une cruautĂ© escarpĂ©e intolĂ©rable. 
    Premier long-mĂ©trage de Carter Smith, Les Ruines reprend le concept du survival en milieu hostile lorsqu'une poignĂ©e de jeunes touristes ont dĂ©cidĂ© de rejoindre le frère d'un de leurs amis parti en archĂ©ologie sur un temple Maya. Modeste sĂ©rie B Ă©difiĂ©e autour du huis-clos singulier, Les Ruines exploite Ă  merveille son dĂ©cor restreint d'une pyramide lorsque des vacanciers s'y sont rĂ©fugiĂ©s après avoir Ă©tĂ© placĂ© en quarantaine par la population locale. Car craignant une contamination irrĂ©versible, des villageois indiens les contraignent de s'exiler jusqu'au sommet de la pyramide. La raison de cet embrigadement forcĂ© provient de la vĂ©gĂ©tation qui harponne tout le temple, une plante carnivore capable de s'infiltrer sous la peau des victimes afin de les forcer Ă  se mutiler. Entièrement allouĂ© Ă  l'enjeu de survie, les Ruines rĂ©ussit très habilement Ă  provoquer inquiĂ©tude et surtout l'effroi Ă  moult reprises insupportables autour de protagonistes sĂ©vèrement molestĂ©s par une menace particulièrement insidieuse. A l'instar du son que la vĂ©gĂ©tation rĂ©ussit Ă  imiter pour mieux les tromper et les vouer Ă  l'Ă©chec ! Qui plus est, sous un climat solaire irrespirable, le film insuffle un sentiment de claustration palpable autour de la dĂ©tresse de ces victimes confrontĂ©es Ă  une Ă©preuve de force toujours plus ardue. 


    De par les divers incidents qu'ils vont devoir produire par inadvertance (la descente du puits pour récupérer un portable leur portera de lourds préjudices) et par la dangerosité de cette végétation particulièrement finaude lorsqu'elle s'accapare de leur corps. Totalement livrés à l'abandon, épuisés et assoiffés mais solidaires entre eux, ils vont user de bravoure et constance pour éviter le pire, c'est à dire la mutilation corporelle en désespoir de cause. Ainsi donc, en jouant sur le caractère révulsif des situations proprement horrifiques (pour ne pas dire insoutenables), Carter Smith redouble d'efficacité à élaborer des séquences d'anthologies éprouvantes de par l'ultra réalisme d'un gore aussi rugueux qu'acéré. Tant auprès de l'idée improbable d'y charcuter les jambes d'un estropié à l'aide d'un simple couteau de chasse ou d'entailler diverses plaies d'une camarade pour y extraire les brindilles rampantes ! Jusqu'au-boutiste donc, le cinéaste n'y va pas avec le dos de la cuillère pour répugner le spectateur à renfort d'une horreur viscérale franchement éprouvante mais dépendante au déroulement du récit. Un réalisme d'autant plus exacerbé de la dimension humaine des personnages toujours plus brimés par l'hostilité végétale au point de se réserver en dernier ressort l'exutoire du suicide.


    De par son âpre rĂ©alisme d'une cruautĂ© intolĂ©rable et des acteurs en herbe dont on Ă©prouve une rĂ©elle empathie, Les Ruines puise sa force Ă©motionnelle dans l'impact horrifique de ces redoutables scènes gores, dans la menace originale d'une vĂ©gĂ©tation aride et la radicalitĂ© d'un contexte de survie poussĂ© au paroxysme de la folie. Pour les fans purs et durs, il s'agit d'un sommet de terreur feutrĂ©e rĂ©gie sous un soleil Ă©crasant dont certaines images viscĂ©rales restent gravĂ©es bien au-delĂ  de la projo. L'une des meilleures sĂ©ries B des annĂ©es 2000 d'un vĂ©risme horrifiant si implacable qu'il confine au trama au point de le rĂ©server Ă  un public rigoureusement averti.

    P.S: la version Uncut inédite en France (4' en sus) n'est dispo qu'en Blu-ray import toutes zones avec VOSTFR.

    Budget: 8 millions de dollars. 

    *Bruno 
    09.01.25. 3èx. Vostf.