jeudi 9 octobre 2014

Une Femme sous Influence / A Woman Under the Influence

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site gallerytheimage.com

de John Cassavetes. 1974. U.S.A. 2h17. Avec Gena Rowlands, Peter Falk, Fred Draper, Lady Rowlands, Katherine Cassavetes, Matthew Laborteaux, Matthew Cassel, Christina Grisanti.

Sortie salles France: 20 Septembre 1974. U.S: 14 Avril 1974.

FILMOGRAPHIE: John Cassavetes est un réalisateur, scénariste et acteur américain, né le 9 Décembre 1929 à New-York, décédé le 3 Février 1989 à Los Angeles.
1959: Shadows. 1961: Too late blues. 1963: Un Enfant attend. 1968: Faces. 1970: Husbands. 1971: Minnie et Moskowitz. 1974: Une Femme sous Influence. 1976: Meurtre d'un bookmaker chinois. 1978: Opening Night. 1980: Gloria. 1984: Love Streams. 1985: Big Trouble.


Drame erratique d'une intensitĂ© rigoureuse, Une Femme sous Influence traite de la crise conjugale lorsqu'une mère de trois enfants finit par sombrer dans la dĂ©mence. MariĂ©e Ă  un contre-maĂ®tre beaucoup plus prĂ©sent sur le chantier qu'au foyer, Mabel finit par perdre pied avec sa rĂ©alitĂ©, faute d'une solitude trop lourde Ă  gĂ©rer malgrĂ© la compagnie insolente de ses charmants bambins. Sans oser dĂ©voiler Ă  son mari sa rĂ©ticence d'accepter au foyer ses collègues de chantier pour un dĂ®ner amical, Mabel rĂ©veille l'inconscience de sa rancoeur en adoptant l'attitude d'une femme effrontĂ©e aux penchants alcooliques. SpĂ©cialiste du cinĂ©ma-vĂ©ritĂ©, John Cassavetes nous autopsie l'intimitĂ© d'un couple Ă  l'instar d'un documentaire pris sur le vif. Sa mise en scène mĂ©ticuleuse auscultant les tourments des amants devant le tĂ©moignage familial avec une indiscrĂ©tion dĂ©rangeante. Car dĂ©vouĂ©s corps et âme pour retranscrire leurs Ă©motions, les comĂ©diens vivent plus qu'ils ne jouent leur expĂ©rience humaine sans jamais faire preuve de pathos tape Ă  l'oeil.   


Il faut dire que dans le rôle de Mabel, Gena Rowlands livre une interprétation viscérale aussi vertigineuse qu'éprouvante dans sa difficile convalescence à s'extraire de sa névrose. Bouleversante car sidérante de fragilité névralgique, l'actrice retransmet une telle vérité humaine que l'on éprouve le même malaise que les protagonistes observant de manière impuissante sa déchéance mentale d'une intensité rarement égalée au cinéma. Dans la peau d'un époux renfrogné trop irascible car agissant souvent sous l'impulsion avant de réfléchir, Peter Falk parvient à lui donner la réplique avec autant de rigueur d'une certaine façon secondaire dans sa posture de machiste lourdement contrarié. Un prolétaire courageux plutôt respecté par son entourage et débordant d'amour envers son épouse mais hélas sur la réserve lorsqu'il s'agit de lui communiquer ses sentiments ou lui offrir l'aplomb nécessaire afin d'assainir sa conduite morale. Etalé sur une durée de 2h27, cette confrontation rigoureuse d'un couple en perdition est entièrement dédiée à leur fracture psychologique alors que les témoignages amicaux et familiaux se contraignent de les soutenir en tant que simples spectateurs.


Drame intimiste d'un couple en crise identitaire, Une Femme sous Influence dresse l'introspection d'une femme trop fragile de sa condition dĂ©saxĂ©e en nous dĂ©voilant frontalement les consĂ©quences de la solitude et de l'incommunicabilitĂ© lorsque deux amants atrabilaires sont incapables d'y canaliser leurs Ă©motions. Un grand moment de cinĂ©ma-vĂ©ritĂ© portĂ© par un rĂ©alisateur en acmĂ© et un acte d'amour allouĂ© Ă  un duo de comĂ©diens hors-pair gravĂ©s sur pellicule. 

Bruno
3èx

PER UN PUGNO DI SPAGHETTI (Pour une poignée de Spaghettis). Court-Métrage.


Un court-métrage de Pascal Frezzato. 2014. France. 10'14". Avec Bruno Dussart, Patrick Lalande, Adrien Erault, Christophe Masson, Dominique Botras

FILMOGRAPHIE: Pascal Frezzato est un réalisateur français de court-métrage, né le 4 Décembre 1972.
2010/11: Predator. 2012: Le Règne des Insectes. 2013: Memory of the dead. 2014: Pour une poignée de Spaghettis.


Duel: combat par les armes soumis Ă  des règles prĂ©cises dans l'opposition de deux adversaires, l'un demandant Ă  l'autre rĂ©paration pour une offense ou un tort.

Après avoir traitĂ© de manière intimiste le drame post-apo (le Règne des Insectes) et l'horreur gore chère au zombie movie (Memory of the Dead), Pascal Frezzato change de registre pour rendre hommage au western spaghetti avec Pour une poignĂ©e de Spaghettis. D'une durĂ©e minimaliste de 10 minutes, l'intrigue se concentre uniquement autour d'un duel inĂ©quitable Ă©changĂ© entre un Etranger et un quatuor de rebelles. L'intĂ©rĂŞt de l'enjeu rĂ©sidant dans l'Ă©ventuelle raison de leur confrontation, quand bien mĂŞme le cinĂ©aste s'entache Ă  mi-parcours de bouleverser la donne par le biais d'un revirement culottĂ©. Bien entendu, je tairais toutes traces d'indices pour ne pas dĂ©florer son rebondissement imprĂ©vu mais la rĂ©ussite du mĂ©trage Ă©mane Ă©galement de cette dĂ©marche pittoresque Ă  vouloir dĂ©poussiĂ©rer un pitch Ă©culĂ©. Qui plus est, pour renforcer le caractère dĂ©calĂ© de la situation, la plupart des protagonistes adopte une dĂ©marche tantĂ´t maladroite, tantĂ´t excentrique afin de provoquer amusement et hilaritĂ©.


Si les comĂ©diens amateurs cabotinent inĂ©vitablement, on peut vanter leur charisme viril tant Pascal Frezzato a pris soin de rendre crĂ©dible la posture distinguĂ©e de cow-boys hĂ©ritĂ©s du western de Sergio Leone. Pour preuve, dans la peau de l'Etranger qu'incarne hĂ©roĂŻquement Bruno Dussart, l'accoutrement du poncho qu'il porte avec flegme et une physionomie mal rasĂ©e sont volontairement calquĂ©s sur la stature de Clint Eastwood dans Pour une PoignĂ©e de dollars. Tous ces cow-boys font donc preuve d'un rĂ©el pouvoir attractif dans leur costume dissemblable et rĂ©ussissent surtout Ă  nous amuser dans leur mimique et gestuelle volontairement caricaturĂ©e. Pascal Frezzato faisant Ă©galement appel Ă  l'intensitĂ© de bruitages afin de renforcer la dĂ©rision de leur comportement mesquin. On peut aussi souligner le jeu crĂ©dible de Christophe Masson, en barbu Ă  la gâchette facile, et celui d'Adrien Erault, en mexicain couard, tant ils parviennent Ă  provoquer la facĂ©tie dans leur expression hĂ©bĂ©tĂ©e. Techniquement soignĂ©, tant au niveau des cadrages, du champ contre-champs que des plans serrĂ©s, Pascal Frezzato est aussi adroit pour fignoler l'image d'une nature solaire, saturĂ©e ici de teintes ocres afin de coller au plus près de l'ambiance aride du western transalpin. Quant Ă  l'influence musicale d'Ennio Morricone, non seulement elle harmonise instinctivement l'atmosphère d'insĂ©curitĂ© mais se permet en outre d'en Ă©branler sans complexe les tons lors de l'ultime affrontement.


Avec ce troisième court-mĂ©trage Ă  budget extrĂŞmement dĂ©risoire (500 euros !), Pascal Frezzato honore le système Z dans sa volontĂ© intègre de rendre hommage et de divertir parmi la complicitĂ© de comĂ©diens amateurs au charisme plein de charme. La cocasserie qui Ă©mane de leur extravagance et l'incroyable revirement accordĂ© Ă  la chute de l'histoire risquent Ă  coup sur de conquĂ©rir le public, partagĂ© entre bouffonnerie et hilaritĂ© ! Scrupuleux dans sa mise en scène bricolĂ©e et plein d'affection pour ses personnages, on sent bien que l'auteur voue un indĂ©niable amour Ă  ses pistoleros bourrus et il le fait dignement savoir ici avec une fantaisie irrĂ©sistible !  

Un grand merci Ă  Pascal Frezzato, Philippe Blanc et toute l'Ă©quipe du film ! 
Bruno Matéï

P.S: Le court-mĂ©trage est disponible ici : http://www.dailymotion.com/…/x28si2w_per-un-pugno-di-spaghe…
La seconde partie ici: https://www.dailymotion.com/…/x3eye27_per-un-pugno-di-spagh…

La critique du Règne des Insectes (le): http://brunomatei.blogspot.fr/2012/08/le-regne-des-insectes_13.html
La critique de Memory of the deadhttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/11/memory-of-dead-court-metrage.html

                                       

mercredi 8 octobre 2014

ROMEO IS BLEEDING

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

de Peter Medak. 1993. U.S.A/Angleterre. 1h49. Avec Gary Oldman, Lena Olin, Annabella Sciorra, Juliette Lewis, Roy Scheider, Michael Wincott.

Sortie salles France: 2 Mars 1994. U.S: 4 Février 1994

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Peter Medak est un réalisateur et producteur hongrois, né le 23 Décembre 1937 à Budapest (Hongrie).
    1980: L'Enfant du Diable. 1981: La Grande Zorro. 1991: L'âge de vivre. 1993: Romeo Is Bleeding. 1998: La Mutante 2.


    En pleine vogue du polar rouge sang inaugurĂ© par Tarantino (Reservoir Dogs), Peter Medak, rĂ©alisateur attitrĂ© d'un authentique chef-d'oeuvre de l'Ă©pouvante (l'Enfant du Diable), nous propose avec Romeo is Bleeding une descente au enfers vertigineuse. Un film noir si cauchemardesque qu'il effleure parfois le genre horrifique avec un rĂ©alisme acĂ©rĂ©. Jack Grimaldi, flic corrompu exerçant des transactions avec une mafia, va devenir la cible prĂ©fĂ©rĂ©e d'une tueuse russe après avoir hĂ©sitĂ© de la supprimer sous l'autoritĂ© de ses malfaiteurs. TraquĂ© et incessamment persĂ©cutĂ©, il va devoir user de bravoure et subterfuge afin de dĂ©jouer la mafia et la criminelle lancĂ©s Ă  ses trousses. Polar Ă©prouvant s'il en est, Romeo is Bleeding est une farce vĂ©nĂ©neuse imperturbable dans son cheminement macabre oĂą les morts s'acheminent sous l'allĂ©geance d'une redoutable criminelle. Portrait cinglant imparti Ă  une misandre aussi dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e que perspicace, l'intrigue est majoritairement bâtie sur ses exactions crapuleuses oĂą le masochisme pervers cĂ´toie les Ă©treintes sexuelles parmi la soumission de son amant.


    Pour incarner cette femme fatale au regard reptilien, Lena Olin transfigure l'une des mantes religieuses les plus terrifiantes jamais vues sur un Ă©cran ! Autant affirmer que l'actrice excelle dans son art (viscĂ©ral) de sĂ©duction Ă  adopter la dĂ©marche d'une psychopathe cynique. HabitĂ©e par le fiel et l'arrogance pour railler la gente masculine, son parcours sanglant est Ă©tabli en fonction de sa suprĂ©matie Ă  berner les mâles infidèles et mafieux en tous genres ! En flic vĂ©nal multipliant les infidĂ©litĂ©s conjugales et les escroqueries financières, Gary Oldman lui partage la vedette avec une nĂ©vrose toujours plus instable au fil de son parcours meurtrier. Sa partenaire l'incitant Ă  l'occasion opportune de tuer certains rivaux gĂŞnants afin de lui faire porter le chapeau. Entre ses deux partenaires inflexibles, l'intrigue s'agence donc Ă  la guerre des sexes, Ă  l'Ă©preuve de force, au dĂ©fi du chat et de la souris qu'ils vont s'accorder avec sadomasochisme ! Au-delĂ  de sa mise en scène parfaitement maĂ®trisĂ©e, Peter Medak fait appel aux dialogues ciselĂ©s afin de mĂ©diter sur l'influence du Mal, de la cupiditĂ©, des consĂ©quences de la corruption, et sur l'idĂ©ologie prĂ©caire de l'amour ("nous appartenons Ă  l'amour" et non l'inverse, Ă©voquera Grimaldi en monologue !). EmaillĂ© de rebondissements imprĂ©visibles oĂą la violence stylisĂ©e explose sans sommation, Romeo is Bleeding insuffle Ă©galement une tension dĂ©rangeante dans la psychologie torturĂ©e de notre anti-hĂ©ros sĂ©vèrement molestĂ©. Cette traque sans rĂ©pit Ă©changĂ©e entre ces adversaires s'octroie par ailleurs de distiller un climat malsain proche du marasme, de par la perversitĂ© sadique octroyĂ©e Ă  la dominatrice insatiable !


    Femme Criminelle
    Chef-d'oeuvre du polar malsain d'une cruautĂ© insoupçonnĂ©e, Romeo is Bleeding fait aussi appel Ă  la mĂ©ditation pour dĂ©peindre la dĂ©rive vĂ©reuse d'un flic Ă  bout de souffle mais rĂ©solu Ă  se raccrocher Ă  l'absolution. Quant Ă  la mĂ©canique du thriller poisseux, Peter Medak transcende le portrait d'une criminelle narcissique avec une perversitĂ© viscĂ©rale aussi perturbante que terrifiante. 

    Bruno Matéï
    3èx

    mardi 7 octobre 2014

    Halloween 3, Le Sang du Sorcier / Halloween 3, Season of the Witch

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant Ă  Cinemapassion.com

    de Tommy Lee Wallace. 1982. U.S.A. 1h38. Avec Tom Atkins, Stacy Nelkin, Michael Currie, Dan O'herlihy, Ralph Strait

    Sortie salles France: 9 Mars 1983. U.S:

    BIOGRAPHIETommy Lee Wallace (nĂ© le 06/09/1949) est un rĂ©alisateur, producteur, chef accessoiriste, monteur, chef dĂ©corateur et scĂ©nariste amĂ©ricain. C'est Ă  lui que l'on doit la suite de Vampires, vous avez dit vampires ainsi que le tĂ©lĂ©-film Ca d'après Stephen King tandis qu'Halloween 3 Ă©tait son premier essai derrière la camĂ©ra. Il a Ă©galement Ă©tĂ© scĂ©nariste pour le film Amityville 2 et responsable du montage de Halloween de Carpenter.


    "Je vous demande de m’croire, je vous en prie, croyez-moi ! ArrĂŞtez cette Ă©mission, je vous en supplie !
    Ça continue sur la 3e chaîne, regardez, regardez la 3e chaîne ! Elle continue !
    ArrĂŞtez-la, je vous en prie, pour l’amour du ciel, coupez tout !
    Coupez ! Il n’y a pas de temps Ă  perdre !
    Je vous en supplie, arrĂŞtez l’Ă©mission ! Coupez, arrĂŞtez, coupez… coooouuuuupeeeeeeeeeezzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!"

    Troisième volet d’une franchise aussi emblĂ©matique que celles de Freddy ou Vendredi 13, Halloween III : Le Sang du Sorcier demeure paradoxalement le plus mal-aimĂ© de la saga. Une injustice d’autant plus criante qu’il s’agit d’une variation brillante sur les racines celtiques d’Halloween. Produit avec un budget de 2 500 000 dollars, il n’en rapporta que 14 400 000 au box-office amĂ©ricain. Un score jugĂ© rĂ©prĂ©hensible parmi les dix volets, renforcĂ© par des critiques virulentes dĂ©nonçant son audace comme une trahison. Pourtant, Ă  condition de laisser de cĂ´tĂ© le modèle Carpenterien, cet Ă©cart de conduite s’impose comme l’Ă©pisode le plus couillu de la sĂ©rie !

    Le Pitch: Un ancien fabricant de jouets, employĂ© par la sociĂ©tĂ© Silver Shamrock, se rĂ©fugie paniquĂ© Ă  l’entrĂ©e d’un hĂ´pital, un masque d’Halloween Ă  la main. Quelques heures plus tard, un homme en costume noir lui perfore les orbites, avant de s’immoler dans sa voiture. Le lendemain, sa fille Ellie se confie Ă  un mĂ©decin, Dan Challis, affirmant que son père se mĂ©fiait de la sociĂ©tĂ© Shamrock. Tous deux se rendent dans une bourgade californienne sous emprise, dominĂ©e par une usine gardĂ©e par des hommes Ă©trangement silencieux, et dirigĂ©e par Conal Cochran, gĂ©nial inventeur irlandais prĂŞt Ă  orchestrer… la plus grande farce meurtrière de l’histoire.

    Wallace et Nigel Kneale retournent aux origines sanglantes d’Halloween : fĂŞtes paĂŻennes, rituels de mort, sacrifices humains. L’idĂ©e saugrenue d’un industriel voulant "purger" la jeunesse par une hĂ©catombe planĂ©taire devient proprement jouissive. Derrière chaque masque se cache une puce Ă©lectronique, connectĂ©e Ă  un signal tĂ©lĂ©visĂ© dĂ©clenchĂ© le soir du 31 octobre. RĂ©sultat ? Des crânes d’enfants qui fondent dans une gerbe d’insectes et de serpents. Un dĂ©lire narratif Ă  la fois absurde, macabre et terriblement menaçant, portĂ© par une ambiance glauque et poisseuse. La petite ville, figĂ©e dans un calme Ă©trange, imposant le couvre-feu Ă  ses habitants comme dans un cauchemar Orwellien.

    Le score Ă©lectronique de Carpenter et Howarth injecte Ă  la pellicule une Ă©nergie sourde, funèbre, hypnotique. Tandis qu’un jingle publicitaire d’une ironie cartoonesque vient hanter le spectateur. Wallace s’empare de son script avec rage et luciditĂ©, enchaĂ®nant les pĂ©ripĂ©ties dans un montage nerveux qui prĂ©serve les secrets des effets spĂ©ciaux jusqu’Ă  leur explosion finale — notamment la mort sidĂ©rante d’un enfant, cobaye d’une dĂ©monstration funeste sous les yeux de ses parents.

    Dans le rĂ´le du docteur dĂ©sabusĂ©, Tom Atkins est impeccable, incarnant la virilitĂ© fatiguĂ©e d’un homme traĂ®nant sa solitude entre deux verres, mais soudain happĂ© par l’urgence d’un mystère. Stacey Nelkin, quant Ă  elle, campe une jeune femme pugnace, mue par le deuil et la colère. Et que dire de Dan O’Herlihy, en gĂ©nie cynique et glacial ? Terrifiant dans sa vision morbide d’un Halloween rĂ©enchantĂ© par le sang des enfants.

    MalgrĂ© quelques facilitĂ©s scĂ©naristiques (notamment l’infiltration Ă©clair du hĂ©ros dans le système informatique), Halloween III reste une rĂ©ussite totale. Parce qu’il ose. Parce qu’il dĂ©rape. Parce qu’il dĂ©zingue la sociĂ©tĂ© de consommation et la toute-puissance des mĂ©dias dans un final nihiliste d’une force hallucinante. La tĂ©lĂ©vision devient le vecteur d’une tuerie programmĂ©e. Le chaos s’invite sur toutes les chaĂ®nes.

    Attention véritable classique.

    *Bruno
    18.08.23. 5èx. Vostfr
    07.10.14
    01.11.10


    lundi 6 octobre 2014

    Les 3 Visages de la Peur / I Tre Volti della Paura / Black Sabatth

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site tumblr.com

    de Mario Bava. 1963. Italie. 1h28. Avec Michèle Mercier, Lydia Alfonsi, Boris Karloff, Mark Damon, Susy Anderson. Jacqueline Pierreux, Milly Monti.

    FILMOGRAPHIE: Mario Bava est un réalisateur, directeur de la photographie et scénariste italien, né le 31 juillet 1914 à Sanremo, et décédé d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 à Rome (Italie). Il est considéré comme le maître du cinéma fantastique italien et le créateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crédité),1956 : Les Vampires (non crédité),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crédité),1959 : La Bataille de Marathon (non crédité),1960 : Le Masque du démon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crédité),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La Ruée des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cédité), 1966 : Duel au couteau,1966 : Opération peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelé, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'Île de l'épouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragés,1977 : Les Démons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).


    "Trois visages, un seul cauchemar : la peur sculptée par Mario Bava".
    Après avoir posĂ© les bases du giallo avec La Fille qui en savait trop, Mario Bava s’essaie, la mĂŞme annĂ©e, au film Ă  sketch avec une trilogie de l’Ă©pouvante : Les Trois Visages de la Peur. TranscendĂ© par une mise en scène appliquĂ©e, oĂą l’ambiance onirico-macabre prime sur la logique narrative, le film s’articule autour de trois figures hostiles — autant de masques cauchemardesques destinĂ©s Ă  attiser la peur. Celui d’un tueur anonyme harcelant son ancienne maĂ®tresse au tĂ©lĂ©phone ; celui d’un vampire hantant une famille de paysans ; celui enfin d’un spectre vengeur revenu rĂ©clamer une bague volĂ©e Ă  son cadavre encore tiède.

    Le premier sketch, thriller en huis clos, joue la carte du suspense tendu, portĂ© par un scĂ©nario retors jalonnĂ© de deux rebondissements cinglants. L’intĂ©rĂŞt naĂ®t dans l’inattendue rĂ©vĂ©lation de la culpabilitĂ© de l’assassin — avant qu’un nouvel intrus ne relance, in extremis, l’enjeu de survie de l’hĂ©roĂŻne. Perfide, sensuel, captivant, le segment insinue le saphisme en filigrane, et s’enrobe d’un esthĂ©tisme raffinĂ© : broderies, sculptures, drapĂ©s — un cocon luxueux devenu piège. Sa conclusion, fĂ©rocement ironique, claque comme un fouet.


    La seconde histoire s’enracine dans le mythe vampirique — ici incarnĂ© par les Wurdulaks, d’après une lĂ©gende russe. Plus classique dans sa construction, elle envoĂ»te pourtant par son atmosphère et la stature du grand Boris Karloff, impressionnant en vampire bourru, maĂ®tre dans l’art du subterfuge. LĂ  encore, Bava enchante par la splendeur gothique de son univers : ciels d’encre, halos lunaires, clair-obscurs crĂ©pusculaires… une nuit azurĂ©e qui semble Ă©ternelle.

    Le troisième segment — le plus cĂ©lèbre, le plus marquant — distille un poison lent. Celui de la terreur rampante, sournoise, presque silencieuse. Une infirmière, ayant dĂ©robĂ© une bague Ă  une dĂ©funte, est peu Ă  peu gagnĂ©e par la dĂ©mence, assaillie par les signes d’un au-delĂ  rancunier : une goutte d’eau qui rĂ©sonne, une mouche qui obsède, une ombre dans le couloir. AtmosphĂ©rique en diable, ce conte vĂ©nĂ©neux exploite chaque bruit, chaque silence, jusqu’Ă  l’asphyxie. Visuellement, c’est un ballet lugubre dans des intĂ©rieurs aux dĂ©cors archaĂŻques, d’une beautĂ© malade. Et surgit alors cette vision — celle d’une mĂ©gère rigide au rictus diabolique, au regard vide et exorbitĂ© — figure spectrale inoubliable, double d’Ă©pouvante qui s’impose comme une icĂ´ne du cinĂ©ma d’horreur.


    AtmosphĂ©rique et stylisĂ©, Les Trois Visages de la Peur brille par ses dĂ©cors ciselĂ©s, magnifiquement Ă©clairĂ©s, oĂą chaque dĂ©tail sĂ©duit tout en faisant frissonner. Mario Bava, esthète dans l'âme, y convoque l’angoisse, l’inquiĂ©tude, la sensualitĂ© (ces femmes italiennes — sans omettre Michèle Mercier, d’une fragilitĂ© fascinante, qui crèvent l’Ă©cran), mais aussi la terreur pure — servie par une rĂ©alisation studieuse, oĂą l’imagination macabre Ă©pouse l’ironie insidieuse de l’humour noir. Une splendeur de chaque instant. 

    Bruno 
    29.05.25. 4èx


    vendredi 3 octobre 2014

    Borderland

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de Zev Berman. 2007. Mexique/U.S.A. 1h45 (version longue). Avec Brian Presley, Rider Strong, Jake Muxworthy, Beto Cuevas, Martha Higareda, Sean Astin.

    Inédit en salles en France.

    FILMOGRAPHIE: Zev Berman est un réalisateur et scénariste américain.
    2003: Briar Patch. 2007: Borderland.


    Sorti directement en Dvd en pleine vogue du Tortur'Porn, Borderland s'inspire des méfaits authentiques d'une secte mexicaine dirigée par le gourou Adolfo Constanzo. Vers la fin des années 80, il kidnappa avec l'aide de ses disciples et de flics véreux des trafiquants de drogue pour les sacrifier lors de cérémonies. C'est à la suite de la disparition d'un jeune américain que la police Texane pu enfin découvrir leurs méthodes crapuleuses notamment mêlées au trafic de drogue. Mais afin d'éviter la prison, Adolfo Constanzo opta en dernier recours au suicide...
    De manière romancĂ©e, le rĂ©cit illustre donc la virĂ©e estivale de trois touristes amĂ©ricains près de la frontière mexicaine pour profiter d'alcool et de sexe parmi les catins du coin. Alors que Ed se prend d'amitiĂ© avec une serveuse de bar, un de ses compagnons disparaĂ®t mystĂ©rieusement après avoir absorbĂ© des champignons hallucinogènes. Avec l'aide d'un policier revanchard, unique rescapĂ© d'un guet-apens commis un an au prĂ©alable par le "grand-prĂŞtre", Ed et ses amis tentent de retrouver sa trace.


    A la vue de son prologue radical oĂą diverses tortures sont infligĂ©es sur un policier menottĂ© face au tĂ©moignage impuissant de son collègue, Borderland semble emprunter les sentiers balisĂ©s de l'horreur trash afin de rĂ©pugner le spectateur. La sĂ©quence extrĂŞmement violente adoptant rĂ©alisme cru et malaise diffus pour provoquer le haut-le-coeur sans cĂ©der toutefois Ă  la complaisance facile. Si ensuite la virĂ©e touristique des jeunes amĂ©ricains semble calquĂ©e sur la sĂ©rie des Hostel, l'intrigue s'avère suffisamment captivante dans la gestion du suspense et parfois alĂ©atoire dans le cheminement investigateur des hĂ©ros pour s'y laisser embarquer. Outre l'Ă©tiquette "fait-divers" estampillĂ©e lors du gĂ©nĂ©rique liminaire, Borderland s'avère d'autant plus rĂ©aliste et insensĂ© qu'il illustre avec acuitĂ© les motivations crapuleuses de vĂ©ritables psychopathes originaires d'une secte mystique. Des assassins sans vergogne fanatisĂ©s par l'Ă©thique de leur gourou qui commettront le rituel de sacrifices sur d'innocentes victimes ! Si le film insuffle une intensitĂ© Ă©motionnelle davantage Ă©prouvante, de par le sort rĂ©servĂ© Ă  deux autres victimes et par la tournure de son point d'orgue vindicatif, il le doit au caractère assez attachant des personnages pourvus de dimension humaine dans leur angoisses et leur dĂ©sespoir d'y retrouver un ami sauf (bien que dernier soit plutĂ´t mal caractĂ©risĂ© dans son Ă©tat d'esprit trop naĂŻf). En prime, l'atmosphère lourde et mystique qui règne autour de leur prĂ©sence est notamment renforcĂ©e d'une splendide photo saturĂ©e mettant en valeur les dĂ©cors exotiques d'une rĂ©gion mexicaine livrĂ©e Ă  la corruption et aux forces du Mal.


    De par sa rĂ©alisation assez efficace, son interprĂ©tation plutĂ´t impliquĂ©e (mĂŞme si deux seconds-rĂ´les  - la victime juvĂ©nile en proie au sacrifice et l'amie du hĂ©ros -) demeurent discutables dans leur posture irresponsable ou irrĂ©flĂ©chie) et surtout son rĂ©alisme parfois insoutenable, Borderland se tire honorablement des situations prĂ©visibles afin de se dĂ©marquer du vulgaire Tortur'porn. Par l'entremise d'une intrigue improbable inspirĂ©e d'un authentique fait divers (comme le confirme Ă©galement le gĂ©nĂ©rique de fin explicatif), cette sĂ©rie B aussi putride que franchement malsaine demeure d'autant plus malaisante, terrifiante et surtout Ă©prouvante qu'elle amorce une intensitĂ© dramatique en crescendo lors du parcours prĂ©caire de nos hĂ©ros confrontĂ©s Ă  la symbolique sataniste d'une tribu mexicaine avide de sang frais pour tenir lieu de narcotrafic.
    Pour public averti.

    *Bruno
    14.01.25. 3èx. Vost

    jeudi 2 octobre 2014

    LES CHIENS DE PAILLE (Straw Dogs)

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de Sam Peckinpah. 1971. Angleterre/U.S.A. 1h57. Avec Dustin Hoffman, Susan George, Peter Vaughan, T.P. McKenna, Del Henney, Jim Norton, David Warner,

    Sortie salles France: 9 Février 1972. U.S: 29 Décembre 1971

    Film classĂ© R par le MPPA Ă  sa sortie en salles aux Etats-Unis, classĂ© X Ă  sa sortie au Royaume-Uni, et interdit aux moins de 18 ans lors de sa sortie en salles en France.

    FILMOGRAPHIE: Sam Peckinpah est un scénariste et réalisateur américain, né le 21 Février 1925, décédé le 28 Décembre 1984. 1961: New Mexico, 1962: Coups de feu dans la Sierra. 1965: Major Dundee. 1969: La Horde Sauvage. 1970: Un Nommé Cable Hogue. 1971: Les Chiens de Paille. 1972: Junior Bonner. Guet Apens. 1973: Pat Garrett et Billy le Kid. 1974: Apportez moi la tête d'Alfredo Garcia. 1975: Tueur d'Elite. 1977: Croix de Fer. 1978: Le Convoi. 1983: Osterman Week-end.


    "Ceux qui ont recours Ă  la violence deviennent sourds au langage de la raison et aveugles aux rĂ©alitĂ©s qui tĂ©moignent de sa nuisance." Logan Pearsall Smith.

    ConsidĂ©rĂ© comme le film amĂ©ricain le plus controversĂ© des seventies en terme d'ultra violence parmi ses confrères Orange MĂ©canique et DĂ©livrance, Les Chiens de Paille reste sans doute l'oeuvre la plus Ă©prouvante du trio de par son intensitĂ© requise oĂą la folie meurtrière atteint son paroxysme lors d'un point d'orgue de règlements de compte. Le pitchUn couple de mariĂ©s s'installe dans une ferme anglaise, contrĂ©e natale de la jeune Ă©pouse. Afin d'arranger la toiture de leur grange, ils font appel Ă  des ouvriers ne tardant pas Ă  manifester leur attirance lubrique pour Amy, la femme du propriĂ©taire. 
    Drame conjugal, survival et Vigilante movie se tĂ©lescopent pour mettre en exergue le traitement de la discorde, de la violence et de l'instinct primitif enfoui en chacun de nous. Les Chiens de Paille s'Ă©difiant en film "monstre", l'illustration radicale de la dĂ©chĂ©ance humaine lorsqu'une poignĂ©e d'insurgĂ©s sont soumis au rapport de force les poussant Ă  commettre des actes irrĂ©parables. ProfondĂ©ment dĂ©rangeant et malsain (un sentiment trouble d'apprĂ©hension plane dans l'atmosphère jusqu'au carnage final), Sam Peckinpah nous entraĂ®ne ici dans une descente aux enfers, une dĂ©rive meurtrière jusqu'au-boutiste lorsqu'un mathĂ©maticien timorĂ© et peu affirmĂ© dĂ©cide d'extĂ©rioriser sa colère afin de dĂ©jouer l'entĂŞtement d'assaillants voulant pĂ©nĂ©trer Ă  l'intĂ©rieur de sa propriĂ©tĂ©.


    PrĂ©cĂ©demment mis au dĂ©fi par sa femme immature l'ayant sollicitĂ© Ă  lui prouver qu'il serait apte Ă   tenir tĂŞte Ă  une bande de provocateurs, David profite de l'occasion pour lui dĂ©montrer son autoritĂ© et mettre en pratique une rĂ©bellion insoupçonnĂ©e afin de pouvoir gĂ©rer une situation de crise. Les consĂ©quences de cet Ă©tat de siège Ă©manant de son soutien envers un villageois qu'il eut recueilli chez lui après l'avoir renversĂ© avec son vĂ©hicule. En attendant le mĂ©decin et la police, il dĂ©cide donc de le prĂ©munir contre la menace d'alcoolos revanchards. Spoiler ! Mais le hic s'avère que cet individu dĂ©ficient commis un meurtre accidentel auprès d'une adolescente. Fin du spoiler. Fermement persuadĂ©s qu'il s'agit bien du coupable, le père de cette dernière et ses acolytes dĂ©cidèrent d'encercler la ferme afin de rĂ©parer justice. Si dans cette dernière partie on pouvait craindre que le rĂ©cit allait bifurquer vers la vengeance expĂ©ditive du point de vue du mathĂ©maticien (son Ă©pouse ayant Ă©tĂ© prĂ©alablement violĂ©e par deux des ouvriers !), Sam Peckinpah renforce le malaise si bien que David se transforme en machine Ă  tuer uniquement par esprit de dĂ©fi afin de prĂ©server Spoiler ! le meurtrier d'une adolescente. Fin du Spoiler. De par l'illustration crue du double viol commis prĂ©cĂ©demment, lĂ  encore le cinĂ©aste impliqua un malaise trouble afin de souligner l'ambiguĂŻtĂ© morale d'une jeune Ă©pouse instable et aguicheuse, partagĂ©e entre peur et dĂ©goĂ»t d'une sexualitĂ© forcĂ©e et celui d'un soupçon de laxisme accordĂ© Ă  l'un de ces agresseurs (ce dernier s'avĂ©rant une de ses anciennes idylles). Ainsi, en illustrant le portrait de mĂ©tayers alcoolos et pervers avec celui de la complicitĂ© d'une potiche puĂ©rile, notamment sollicitĂ©e Ă  dĂ©fier la virilitĂ© de son Ă©poux, Sam Peckinpah libère les consĂ©quences dramatiques de leur bassesse humaine. Quand bien mĂŞme l'intelligence du mathĂ©maticien (il Ă©labore scrupuleusement des pièges mortels contre l'oppresseur !) renouera avec ses pulsions animales pour s'y dĂ©fendre et leur prouver son assurance impĂ©rieuse.


    Chef-d'oeuvre de suspense d'une intensitĂ© rarement Ă©galĂ©e Ă  travers son paroxysme d'une fureur animale, Les Chiens de Paille Ă©prouve jusqu'au malaise de par son cheminement pervers irrĂ©versible. Avec une rare luciditĂ© dans la puissance de ces images viscĂ©rales et pour ces thèmes traitĂ©s, il nous interroge sur l'influence de la violence et l'engrenage de l'auto-dĂ©fense lorsque l'instinct primitif y rĂ©veille nos pulsions les plus morbides.   

    La critique du Remake 2011: http://brunomatei.blogspot.com/2011/12/les-chiens-de-paille-2011-straw-dogs.html

    Dédicace à Daniel Aprin
    Bruno Matéï
    4èx

    mercredi 1 octobre 2014

    The Crazies / La Nuit des Fous-vivants

                                                
                   (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site silverferox.blogpost.com. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).

    de Georges A. Romero. 1973. U.S.A. 1h43. Avec Lane Carroll, Will MacMillan, Harold Wayne Jones, Lloyd Hollar, Lynn Lowry, Richard Liberty.

    Sortie salles France: 5 Juillet 1979. U.S: 16 Mars 1973

    FILMOGRAPHIE: George Andrew Romero est un réalisateur, scénariste, acteur, auteur américain, né le 4 Février 1940 à New-York. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux Maléfiques. 1992: La Part des Ténèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead.


    "L’AmĂ©rique sous quarantaine : folie blanche sur fond de nappe phrĂ©atique"

    RĂ©alisĂ© cinq ans après La Nuit des Morts-Vivants, The Crazies annonce dĂ©jĂ  la couleur — blafarde — d’une apocalypse imminente, prĂ©mices de celle dĂ©ployĂ©e dans Dawn of the Dead.
    TournĂ© dans l’urgence avec un rĂ©alisme quasi documentaire, le film dĂ©ploie cette mĂŞme vigueur de montage, cette mĂŞme violence sèche, oĂą une poignĂ©e de survivants se retrouve Ă  lutter, non contre des zombies, mais contre la brutalitĂ© aveugle de militaires en combinaison blanche. Un chaos qui Ă©voque immanquablement le prologue de Zombie, lorsque la milice enfonce les portes d’un ghetto afro-amĂ©ricain et portoricain, ravagĂ© par les morts-vivants.

    Le pitch : placĂ©e en quarantaine, la ville d’Evans City passe sous la coupe de la loi martiale, après qu’un virus a contaminĂ© une partie de la population. Très vite, la situation dĂ©gĂ©nère. Certains refusent de se plier Ă  l’autoritĂ©, et cinq rĂ©sistants prennent la fuite, rĂ©fugiĂ©s dans une campagne aussi vaste que toxique.


    TournĂ© avec un budget dĂ©risoire et portĂ© par des comĂ©diens souvent inconnus, The Crazies souffre de sa mise en scène fauchĂ©e, mais c’est prĂ©cisĂ©ment ce qui renforce son aspect docu-vĂ©ritĂ©. Ses dĂ©fauts se fondent dans une atmosphère rĂ©aliste de crise sanitaire erratique, oĂą les habitants deviennent tributaires d’une contamination invisible. Le rĂ©cit, fertile en rebondissements, repose moins sur le spectaculaire que sur la tension brute : celle d’une quarantaine bâclĂ©e, imposĂ©e par des militaires irascibles Ă  une population laissĂ©e dans l’ignorance, errante dans un brouillard d’incomprĂ©hension et de peur. Les victimes sombrent subitement dans la folie, puis dans le meurtre, après qu’un avion militaire s’est Ă©crasĂ© en relâchant un agent chimique dans la nappe phrĂ©atique.

    Encore une fois, George A. Romero capte avec un rĂ©alisme mordant la folie latente d’un monde contaminĂ©, et montre comment la peur, la panique, et la paranoĂŻa mènent les hommes Ă  leur propre ruine. MĂ©fiance, incommunicabilitĂ©, dĂ©fiance : chacun se replie sur soi, seul face au chaos. En prime, le mensonge politique s’invite : l’armĂ©e, pour se couvrir, Ă©voque un accident nuclĂ©aire plutĂ´t qu’un Ă©chec d’arme chimique — dont elle est pourtant l’instigatrice.


    Une satire mordante sur la peur de l'autre et de l'inconnu
    Efficace, psychologiquement terrifiant, subversif, The Crazies dĂ©ploie un pamphlet acide contre l’autoritarisme et les armes chimiques. Le sang coule, mais il souille autant les mains des militaires que celles des rĂ©sistants, corrompus Ă  leur tour dans une violence d’autodĂ©fense. En dĂ©pit de sa maladresse et de son manque de rigueur formelle — qui, paradoxalement, lui donnent sa puissance brute —, le film reste une fascinante Ă©trangetĂ© aussi glaçante que dĂ©sespĂ©rĂ©e. Un portrait sans fard de l’hypocrisie humaine, oĂą l’individualitĂ© se dĂ©sagrège dans la peur, et oĂą l’inconnu devient le reflet terrifiant de soi-mĂŞme.

    *Bruno
    4èx. 14.05.25. Vostf

    mardi 30 septembre 2014

    L'HORRIBLE DR ORLOF (Gritos en la noche)

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

    de Jess Franco. 1962. Espagne. 1h27. Avec Howard Vernon, Conrado San Martin, Diana Lorys, Perla Cristal, Maria Silva, Ricardo Valle, Mara Laso.

    Sortie salles France: 1er Octobre 1962. U.S: 7 Octobre 1964. Espagne: 14 Mai 1962

    FILMOGRAPHIE: Jess Franco (Jesus Franco Manera) est un rĂ©alisateur espagnol, nĂ© le 12 Mai 1930 Ă  Madrid, dĂ©cĂ©dĂ© le 2 Avril 2013.
    1962: L'Horrible Dr orlof.  1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les MaĂ®tresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le TrĂ´ne de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les ExpĂ©riences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1974: La Comtesse Noire. 1974: EugĂ©nie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-rĂ©al). 1982: L'AbĂ®me des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les PrĂ©dateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.


    Fer de lance de l'âge d'or du fantastique ibĂ©rique, l'Horrible Dr Orlof est une dĂ©clinaison bisseuse du chef-d'oeuvre de Franju, les Yeux sans Visage. ConsidĂ©rĂ© comme le meilleur film de l'intarissable Jess Franco, l'Horrible Dr Orlof confronte l'hommage direct Ă  la Universal Ă  d'autres rĂ©fĂ©rences un peu plus rĂ©centes (le prĂ©lude semble suggĂ©rer l'ombre de Jack l'Eventreur avec cette prostituĂ©e Ă©mĂ©chĂ©e divaguant dans une sombre ruelle !) sous une mise en forme vulgarisĂ©e d'horreur et d'Ă©rotisme. Soigneusement Ă©clairĂ© dans un joli noir et blanc et renforcĂ© de dĂ©cors gothiques parfois baroques, l'Horrible Dr Orlof possède une patine espagnole aussi particulière que la personnalitĂ© excentrique du cinĂ©aste. Afin de redorer la beautĂ© de sa fille dĂ©figurĂ©e, le Dr Orloff et son domestique Morpho kidnappent des jeunes filles pour expĂ©rimenter des greffes de peau. Grâce aux tĂ©moignages de certains badauds, la police Ă©tablit deux portraits robots des potentiels agresseurs quand bien mĂŞme le collier d'une disparue est retrouvĂ© Ă  proximitĂ© d'une rivière.


    Illustrant de manière quelque peu fantasque une horreur sĂ©culaire avec l'esprit dĂ©complexĂ© de gore timorĂ© et de sexe audacieux (de par la gratuitĂ© imposĂ©e aux rares scènes de nuditĂ© !), l'Horrible Dr Orlof baigne dans une ambiance rĂ©tro quasi intemporelle ! Ce sentiment inĂ©dit de participer Ă  une Ă©pouvante versatile est notamment renforcĂ© par les prĂ©sences grand-guignolesques d'Orloff et de son acolyte Morpho ! Howard Vernon endossant la dĂ©froque du chirurgien avec cabotinage d'orgueil et de vanitĂ© tandis que Ricardo Valle adopte le charisme du monstre mutique par le biais d'un regard exorbitĂ©. Franchement impressionnant par sa physionomie difforme balafrĂ©e d'une cicatrice, ce dernier rĂ©ussit Ă  insuffler un climat onirico-macabre particulièrement envoĂ»tant autour de ses interventions. Le caractère naĂŻf de l'entreprise est Ă©galement renforcĂ© par la maladresse des dialogues et de son humour parfois pittoresque (les tĂ©moignages des deux marginaux au poste de police) alors que Jess Franco exploite avec sincĂ©ritĂ© l'illustre trame de Franju dans l'unique but de divertir. La vigueur du rĂ©cit alternant sans temps morts pĂ©ripĂ©ties horrifiques, investigation et stratĂ©gie policière, discorde conjugale (l'Ă©pouse d'Orloff rĂ©pugne de plus en plus son attitude immorale et Ă©gotiste) et intervention chirurgicale Ă©mane autant de l'efficacitĂ© de sa rĂ©alisation techniquement soignĂ©e.


    Classique notoire des années 60 annonçant l'émancipation du Fantastique Espagnol en passe de transgresser la violence horrifique, l'Horrible Dr Orlof est autant un délicieux hommage à l'épouvante archaïque qu'une perle bisseuse où l'insolite prime parmi l'exubérance des meurtriers.

    Bruno Matéï
    3èx

    lundi 29 septembre 2014

    Mansion of the Doomed

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Michael Pataki. 1976. U.S.A. 1h26. Avec Richard Basehart, Gloria Grahame, Marilyn Joi, Trish Stewart, Lance Henriksen, Al Ferrara.

    Récompense: Prix d'interprétation masculine pour Richard Basehart au Festival du Rex de Paris 1977

    FILMOGRAPHIE: Michael Pataki est un acteur, réalisateur et producteur américain, né le 16 Janvier 1938 à Youngstown (Etats-Unis), décédé le 15 Avril 2010 à North Hollywood.
    1976: Mansion of the Doomed. 1977: The Hardy Boys (série TV). 1977: Cinderella.


    InĂ©dit en France, hormis son passage remarquĂ© au Festival du Rex de Paris (avec en prime un Prix d'interprĂ©tation masculine tout Ă  fait mĂ©ritĂ© pour Richard Basehart - "plus le mĂ©chant est rĂ©ussi, meilleur le film sera !" -), Mansion of the Doomed est une production Charles Band faisant parti du haut du panier de par son interprĂ©tation plus convaincante que de coutume, sa rĂ©alisation inspirĂ©e et son ambiance putride typiquement issue des seventies, Ă©poque Ă  laquelle il fut modestement conçu. 

    Synopsis: A la suite d'un grave accident de voiture qui rendit sa fille aveugle, un chirurgien tente de multiples greffes sur des quidams imprudents afin de lui redonner la vue. En attendant le succès de ses expĂ©riences, les cobayes Ă©nucléés sont parquĂ©s dans une geĂ´le au sous-sol de sa demeure. 

    Variation putassière des Yeux sans Visage de Franju, Mansion of the Doomed est le prototype de la sĂ©rie B d'exploitation bâtie sur un pitch Ă©culĂ© prĂ©texte aux dĂ©bordements horrifiques. L'histoire rĂ©pĂ©titive illustrant les exactions d'un chirurgien adepte de kidnappings afin d'y parfaire sa nouvelle intervention chirurgicale de dernier ressort parmi la complicitĂ© de sa femme. 


    Or, paradoxalement, ce sentiment de redondance n'est nullement prĂ©judiciable pour l'intĂ©rĂŞt du spectateur si bien que le rĂ©alisateur rĂ©ussit fort efficacement Ă  nous faire omettre sa routine auprès d'habiles rebondissements (la tentative d'enlèvement pratiquĂ©e sur une fillette, les deux tĂ©moins qui s'ensuivent dĂ©voyĂ©s par la transaction du meurtrier, l'Ă©vasion inespĂ©rĂ©e d'une des prisonnières puis la sĂ©dition finale) et l'intrusion de nouveaux protagonistes livrĂ©s Ă  la dĂ©chĂ©ance et Ă  l'impuissance. En prime, le comportement sournois et immoral du couple de meurtriers participe notamment Ă  la progression d'une atmosphère davantage malsaine. Car au fil des Ă©checs successifs du praticien, le nombre croissant des victimes afflue au sein d'une prison confinĂ©e dans la pĂ©nombre. En observant ses exactions expĂ©rimentales, le climat glauque s'exacerbe au sein de sa luxueuse demeure, notamment lorsque le rĂ©alisateur succède aux conditions de vie misĂ©reuses des prisonniers rĂ©duits Ă  l'isolement et Ă  l'esclavage. EpaulĂ© d'effets spĂ©ciaux artisanaux de Stan Winston, les visions d'effroi Ă©mises sur les victimes impressionnent de par l'aspect dĂ©liquescent de leur faciès. A cet Ă©gard, la première sĂ©quence illustrant l'agression d'un prisonnier auprès de l'Ă©pouse du mĂ©decin demeure percutante Ă  travers son effet de surprise improvisĂ© et pour l'aspect morbide de l'assaillant rĂ©duit Ă  la dĂ©chĂ©ance humaine. 


    SĂ©rie B charnelle puisque illustrant avec soin formel, sincĂ©ritĂ© et modestie une horreur glauque particulièrement rĂ©aliste, Mansion of the Doomed  vaut largement le dĂ©tour pour l'aspect poisseux de son huis-clos Ă©touffant oĂą des freaks rĂ©duits Ă  la cĂ©citĂ© tentent d'y survivre avec une expressivitĂ© Ă  la fois aliĂ©nĂ©e et dĂ©sespĂ©rĂ©e. Une perle horrifique au demeurant, Ă  (re)dĂ©couvrir d'urgence !

    *Bruno
    13.03.25. 2èx. Vost

    Remerciement Ă  l'Univers Fantastique de la Science-Fiction

    Ci-dessous, une autre critique favorable: http://jeanmarcmicciche.blogspot.fr/2014/09/mansion-of-doomed-prix-dinterpretation.html

    vendredi 26 septembre 2014

    Cabin Fever

                                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vertigofilms.es

    d'Eli Roth. 2002. U.S.A. 1h38 (Director's Cut). Avec Rider Strong, James DeBello, Jordan Ladd, Cerina Vincent, Joey Kern, Giuseppe Andrews.

    Sortie salles France: 25 Août 2004. U.S: 14 Septembre 2002

    FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
    2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno.


    Premier essai derrière la camĂ©ra d'Eli Roth, Cabin fever est un hommage aux sĂ©ries B gores inspirĂ© ici d'une maladie que le rĂ©alisateur eut lui mĂŞme traitĂ©. Le Psoriasis (Ă©galement prĂ©nommĂ© "gale" par nos ancĂŞtres) Ă©tant une maladie de la peau se caractĂ©risant par, je cite: "des lĂ©sions rouges et squameuses du cuir chevelu, des genoux et des coudes, associĂ©s Ă  une atteinte des ongles". Dans certains cas, il peut Ă©galement atteindre les articulations du malade. Cette pathologie d'origine inconnue ne s'avère pas contagieuse et il n'existe Ă  ce jour aucun traitement pour en guĂ©rir bien qu'un palliatif permet d'en rĂ©guler son Ă©volution. C'est donc Ă  partir de cette affection dermatologique qu'Eli Roth bâti son intrigue et y exploite l'outrance Ă  renfort de visions horrifiantes de corps estropiĂ©s rongĂ©s de l'intĂ©rieur. Le pitch reprend le canevas traditionnel de jeunes teenagers partis rejoindre une cabane de location au milieu d'un bois. Un soir, ils sont importunĂ©s par un vagabond atteint d'une Ă©trange fièvre leur suppliant de lui porter assistance. Seulement l'inconnu est dans un Ă©tat physique si repoussant qu'ils dĂ©cident de s'en dĂ©barrasser. Trop tard, l'infection s'est dĂ©jĂ  infiltrĂ©e parmi eux et chacun leur tour ils vont sombrer dans une dĂ©chĂ©ance physique moribonde. 


    Endossé par des comédiens juvéniles de seconde zone, Cabin fever souffre inévitablement d'une psychologie rudimentaire à travers leurs comportements aussi crétins qu'irresponsables. Là où le bas blesse un peu c'est qu'un manque d'empathie s'y fait parfois ressentir dans leur situation de détresse et d'impuissance face au danger infectieux. Qui plus est, la première partie laborieuse prend son temps à planter l'intrigue dans leur flânerie imposée, tel ce feux de camp qu'ils s'improvisent autour de marshmallow parmi un invité surprise, ou encore cette chasse à l'écureuil, quand bien même la caricature assénée à certains d'entre eux finit par agacer ! Je songe principalement au blagueur potache ne pouvant s'empêcher de se comporter tel un pitre écervelé dans ses défis inconscients. C'est donc à mi-parcours qu'Eli Roth embraye l'action à dose de péripéties et rebondissements sanglants où nos héros vont devoir communément mesurer leur courage et leur loyauté pour tenter de survivre mais aussi invoquer de l'aide. Pour renforcer le caractère alarmiste de leur détresse, un groupe de rednecks revanchards a également décidé de leur faire la peau depuis la disparition de leur confrère (la première victime qui était intervenue chez nos teenagers). Efficacement troussées car menées sur un rythme alerte, ses incidents s'enchaînent de manière métronome en insistant en intermittence sur les visions abominables de corps infectées par le virus, et ce en dépit de la clarté d'un gore trop imberbe si j'ose dire lors de certaines scènes chocs largement perfectibles. Alors que vers d'autres séquences autrement réalistes, Eli Roth se prend un plaisir sardonique à exacerber l'horreur viscérale lorsque la peau et la chair des souffre-douleurs laisse entrevoir des plaies déchiquetées (d'un rouge beaucoup trop clair une fois de plus !)


    Produit d'exploitation destinĂ© avant tout aux ados, Cabin Fever fonctionne assez efficacement dans sa seconde partie fertile en poursuites, rixes sanglantes et visions horrifiques de corps mutilĂ©s. Si la sympathie l'emporte finalement, notamment auprès de son attachant 1er acte quant Ă  la complicitĂ© amicale des teenagers, il ne laisse pas non plus un souvenir impĂ©rissable en dĂ©pit de l'Ă©vidente bonne volontĂ© du rĂ©alisateur d'alterner humour noir et horreur trash dans un esprit dĂ©complexĂ© Ă©maillĂ© de blagues potaches. 

    * Bruno
    12.03.11
    26.09.14
    21.10.22. 4èx


    jeudi 25 septembre 2014

    MAPS TO THE STARS. Prix d'Interprétation Féminine, Julianne Moore, Cannes 2014

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinecomca.com

    de David Cronenberg. 2014. Canada/U.S.A/Allemagne/France. 1h51. Avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, John Cusack, Robert Pattinson, Olivia Williams, Sarah Gadon, Evan Bird.

    Sortie salles France: 21 Mai 2014

    Récompense: Prix d'Interprétation Féminine pour Julianne Moore au Festival de Cannes, 2014.

    FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un rĂ©alisateur canadien, nĂ© le 15 mars 1943 Ă  Toronto (Canada). 1969: Stereo. 1970: Crimes of the Future. 1975: Frissons. 1977: Rage,1979: Fast Company. 1979: Chromosome 3. 1981: Scanners. 1982: Videodrome. 1983: Dead Zone. 1986: La Mouche. 1988: Faux-semblants. 1991: Le Festin nu. 1993: M. Butterfly. 1996: Crash. 1999: eXistenz. 2002: Spider. 2005 : A History of Violence. 2007: Les Promesses de l'ombre. 2011: A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis. 2014: Maps to the Stars.


    Après deux oeuvres auteurisantes plutĂ´t discutables, David Cronenberg nous revient en grande pompe avec cette satire corrosive sur l'envers d'Hollywood, peinture acide du star-system auquel une poignĂ©e d'engeances vont se soumettre Ă  leurs pires nĂ©vroses. Toxicomanie, inceste, perversion et folie font parti du trouble quotidien des Weiss, compromis par ailleurs par un secret de famille inavouable. 


    Alors que leur fils de 13 ans tente vainement de se rĂ©approprier un rĂ´le important dans une suite Ă  succès, sa soeur Agatha refait surface après son internement en psychiatrie, faute d'une pathologie pyromane. Eprise d'affection pour un chauffeur de limousine en quĂŞte de cĂ©lĂ©britĂ©, elle rĂ©ussit Ă  rapprocher Havana Segrand pour obtenir un emploi d'assistante. Cette actrice sur le dĂ©clin hantĂ©e par la mort de sa mère, ancienne gloire du grand Ă©cran, postule pour un premier rĂ´le afin de la concurrencer. Tous ces personnages insidieux habitĂ©s par la cupiditĂ© et la mĂ©galomanie vont se croiser et se frĂ©quenter jusqu'Ă  ce que leurs dĂ©mons ne les convergent au point de non-retour. Baignant dans l'ironie caustique de leur comportement dĂ©bauchĂ© oĂą luxure, drogue, aliĂ©nation et inceste les plongent dans une perpĂ©tuelle paranoĂŻa, Maps to the Stars s'Ă©difie en farce d'un mauvais goĂ»t aussi assumĂ© que dĂ©lectable. Dans la caricature vĂ©reuse assĂ©nĂ©e aux stars d'Hollywood rendues capricieuses de leur richesse et leur assistanat mais toujours plus fĂ©rues de renommĂ©e. En alchimiste du malaise, David Cronenberg renoue avec les climats Ă©thĂ©rĂ©s de certaines de ses oeuvres pour distiller au compte-goutte un sentiment de gĂŞne qui ira crescendo au fil de la descente psychotique de certains personnages. Illustrant Ă©galement l'artifice de soirĂ©es branchĂ©es oĂą l'on cause de projets infructueux, de sexe et scatologie avec un langage trivial, les personnages se complaisent dans l'outrance afin de pallier leur impitoyable solitude. La peur de l'Ă©chec, de devenir un Has-been du jour au lendemain les poussent Ă©galement Ă  raviver leur dĂ©mon intĂ©rieur dans leur condition d'enfants capricieux coexistants dans l'illusion. 


    Affreux, sales et méchants !
    A travers sa galerie pathĂ©tique de monstres issus de l'industrie d'Hollywood, David Cronenberg lève le voile sur la gangrène de la cĂ©lĂ©britĂ© avec un humour au vitriol profondĂ©ment dĂ©rangeant. Son climat de malaise reptilien gravitant progressivement autour des personnages au fil de leur cheminement nĂ©vrotique. Outre l'utilisation subtile d'une bande-son envoĂ»tante et la qualitĂ© indiscutable de l'interprĂ©tation extravagante, on retiendra surtout la performance viscĂ©rale de Julianne Moore dans un rĂ´le Ă©quivoque d'actrice hantĂ©e par l'inceste et l'anonymat. Une oeuvre aussi vĂ©nĂ©neuse et malsaine que le poison de la popularitĂ©.

    Dédicace à Daniel Aprin
    Bruno Matéï