lundi 20 octobre 2014

House of 1000 Corpses / la maison des 1000 morts

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Rob Zombie. 2003. U.S.A. 1h29. Avec Sid Haig, Bill Moseley, Sheri Moon, Karen Black, Chris Hardwick, Erin Daniels.

Sorties en France en Dvd le 12 Juillet 2006. U.S: 11 Avril 2003

FILMOGRAPHIE: Rob Zombie est un chanteur, musicien et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 12 Janvier 1965 Ă  Haverhill, dans le Massachusetts. 2003: House of 1000 Corpses. 2005: The Devil's Rejects. 2007: Werewolf Women of the S.S. (trailer). 2007: Halloween. 2009: Halloween 2. 2012: The Lords of Salem.


Premier coup de gĂ©nie du chanteur Rob Zombie derrière la camĂ©ra, House of 1000 Corpses s’affiche comme un hommage semi-parodique aux Ĺ“uvres horrifiques des annĂ©es 70, particulièrement Ă  l’illustre Massacre Ă  la Tronçonneuse. Il en reprend la caricature d’une famille dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, vouĂ©e Ă  la folie meurtrière et au cannibalisme. Ă€ travers une intrigue sommaire, mille fois traitĂ©e - deux jeunes couples, après s’ĂŞtre Ă©garĂ©s dans une boutique des horreurs, se retrouvent piĂ©gĂ©s chez une famille de psychopathes un soir d’Halloween -, Rob Zombie choisit d’assumer l’artifice du genre, de le tourner en dĂ©rision pour mieux en glorifier les conventions.


Sale gosse indĂ©pendant, il prĂ©fère mettre en avant une galerie d’antagonistes extravagants, Ă©voluant dans un univers fantasque et morbide. Chaque figure impose sa posture singulière dans ce cabaret improvisĂ© : Spaulding, clown sournois Ă  la jovialitĂ© inquiĂ©tante ; Tiny Firefly, colosse dĂ©gingandĂ© Ă  l’allure spectrale ; Otis Driftwood, leader charismatique, maĂ®tre de cĂ©rĂ©monies sataniques. Quant Ă  Sheri Moon, compagne du cinĂ©aste, elle s’impose en effrontĂ©e aguicheuse, toute de perversitĂ© sensuelle. Sadisme, cruautĂ©, gouaillerie : leur unique morale se rĂ©duit Ă  la cĂ©lĂ©bration du Mal, incarnĂ©e par la cĂ©rĂ©monie du Dr Satan.

Conçu comme un vĂ©ritable train fantĂ´me, House of 1000 Corpses se dĂ©ploie en carnaval horrifique, entre exactions crapuleuses et scĂ©nographie funèbre Ă©clatant de couleurs flamboyantes : demeure familiale transformĂ©e en musĂ©e des horreurs, cimetière aux teintes crĂ©pusculaires, souterrains ornĂ©s d’ossements et de crĂ©atures malfaisantes. Jamais avare d’idĂ©es dĂ©lirantes, Rob Zombie charge son rĂ©cit de rĂ©fĂ©rences et de clins d’Ĺ“il sardonique : victimes dĂ©guisĂ©es en lapins en peluche, braquage d’Ă©picerie façon Tarantino, dĂ®ner grotesque oĂą chacun porte un masque hideux, Ă©chappĂ©e finale contrecarrĂ©e par des Ă©pouvantails surgis de l’ombre.


"La petite boutique des horreurs."
BĂŞte et mĂ©chant, fantasque et cruel, malsain et sanguinolent, House of 1000 Corpses brandit son Ă©tendard parodique au cĹ“ur de l’horreur craspec des Seventies. Totalement dĂ©complexĂ©e, cette farce macabre se dĂ©voile comme une pochette-surprise : un Creepshow cartoonesque oĂą Tex Avery endosserait la peau d’un serial-killer. Jouissif en diable, dĂ©bordant d’enthousiasme dans ses pĂ©ripĂ©ties morbides, le film est aussi une dĂ©claration d’amour au genre horrifique le plus affranchi - ici, seuls les monstres tiennent la vedette et triomphent de leurs crimes. Un petit chef-d’Ĺ“uvre d’humour noir, portĂ© par une BO d’enfer.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
13.09.25. 3èx. Vost

Récompense: Prix des Meilleurs Effets-Spéciaux, Fantasporto 2004

vendredi 17 octobre 2014

Jeux Interdits. Oscar du Meilleur Film Etranger, 1952.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr.film-cine.com

de René Clément. 1952. 1h26. France. Avec Georges Poujouly, Brigitte Fossey, Lucien Hubert, Laurence Badie, Amédée, Suzanne Courtal, Jacques Marin.

Sortie salles France: 9 Mai 1952

FILMOGRAPHIE: René Clément est un réalisateur et co-scénariste français, né le 18 Mars 1913 à Bordeaux, décédé le 17 Mars 1996 à Monaco. 1946: La Bataille du rail. 1946: Le Père Tranquille. 1947: Les Maudits. 1949: Au-delà des Grilles. 1950: Le Château de verre. 1952: Jeux Interdits. 1954: Monsieur Ripois. 1956: Gervaise. 1958: Barrage contre le Pacifique. 1960: Quelle joie de vivre. 1960: Plein Soleil. 1963: Le Jour et l'Heure. 1964: Les Félins. 1966: Paris brûle-t-il ? 1969: Le Passager de la Pluie. 1971: La Maison sous les Arbres. 1972: La Course du Lièvre à travers les Champs. 1975: La Baby-Sitter.


« Pour avoir su Ă©lever Ă  une singulière puretĂ© lyrique et une exceptionnelle force d’expression, l’innocence de l’enfance au-dessus de la tragĂ©die et de la dĂ©solation de la guerre ». 

Immense succès lors de sa sortie en France (4,9 millions de spectateurs), aurĂ©olĂ© d'une pluie de rĂ©compenses Ă  travers le monde, Jeux Interdits est reconnu comme l'un des chefs-d'oeuvre de notre patrimoine au mĂŞme titre que la mĂ©lodie guitarisĂ©e de Narciso yepes. TĂ©moignage douloureux sur l'horreur de la seconde guerre du point de vue de l'enfance, Jeux Interdits est un moment d'Ă©motion aussi poĂ©tique que cruellement bouleversant. De par les moments de tendresse impartis Ă  deux enfants rĂ©fugiĂ©s dans leur intimitĂ© et pour la situation prĂ©caire de l'un d'eux prochainement livrĂ© Ă  l'adoption de l'orphelinat. 

Synopsis: Après la mort brutale de ses parents et de son chien lors d'un bombardement, Paulette réussit à trouver refuge auprès de Michel, fils cadet de la famille Dollé. Ces paysans acariâtres en perpétuel conflit avec les voisins Gouard décident de la recueillir quelques temps avant d'avertir la gendarmerie. Alors que l'un des fils Dollé succombe à ses blessures d'un grave incident, le couple d'enfants se construit un cimetière afin d'omettre la guerre et dédramatiser leur deuil commun


Hommage aux enfants orphelins de la guerre, illustration scrupuleuse de la vie paysanne Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 40, Jeux Interdits nous fait partager une tranche de vie inoubliable parmi la complicitĂ© de Michel et Paulette. Deux jeunes enfants Ă©pris de compassion Ă  travers leur confiance autant que leur douleur commune au moment mĂŞme oĂą un jeu morbide les rappellera Ă  la raison de leur triste sort. La grande rĂ©ussite Ă©motionnelle du film Ă©manant de cet attachement qu'on leur accorde auprès de leur solidaritĂ© comme celle de la famille DollĂ©, victime elle aussi d'un deuil improvisĂ© en dĂ©pit de leur inflexibilitĂ© Ă  refuser d'adopter la petite Ă©trangère. EmaillĂ© de cocasseries pour les chamailleries de jalousie exercĂ©es entre deux familles minĂ©es par la pauvretĂ©, Jeux Interdits succède rĂ©gulièrement Ă  l'Ă©motion prude lorsqu'une fillette est confrontĂ©e au dĂ©sarroi de la solitude et Ă  l'injustice de la mort. A ce titre, le prologue meurtrier au cours duquel elle assiste impuissante Ă  la mort de ses parents est d'une intensitĂ© psychologique Ă©prouvante. Quand bien mĂŞme les sĂ©quences suivantes nous terrassent d'Ă©motion dans son dĂ©sespoir de se raccrocher au cadavre de son petit chien pour tenir lieu de son immense solitude. Trouvant rĂ©confort auprès de l'espiègle Michel, Pauline se laisse ensuite embarquer dans un jeu morbide d'inhumations d'animaux et d'ornements de crucifix afin d'apaiser leur commun chagrin. IncarnĂ© par des comĂ©diens plus vrais que nature dans leur charisme rural jusqu'aux seconds rĂ´les pleins de spontanĂ©itĂ© (je pense en prioritĂ© Ă  la pĂ©tillante Violette Monnier dans le rĂ´le de la fille cadette des DollĂ© ou encore Ă  Jacques Marrin dans celui du fils aĂ®nĂ© mourant), Jeux Interdit puise son intensitĂ© Ă©motionnelle dans la fragilitĂ© humaine de la lumineuse Brigitte Fossey. Du haut de ses 5 ans, la comĂ©dienne insuffle expression d'innocence, Ă©moi amoureux, stupeur anxiogène dans sa condition d'orpheline contrainte de cĂ´toyer une famille paysanne draconienne mais trouvant rĂ©confort auprès de l'amour tranquille de Michel. SecondĂ© par Georges Poujouly, l'acteur infantile exprime la dĂ©brouillardise du garçon dĂ©sinvolte Ă  daigner voler les crucifix pour l'entreprise de son cimetière tout en suscitant bouffĂ©es de tendresse et de gĂ©nĂ©rositĂ© pour la protection de sa nouvelle amie qu'il chĂ©rit. A eux deux, ils forment un duo souvent bouleversant de par leur condition d'enfants subitement opposĂ©s Ă  la mort jusqu'Ă  nous tirer les larmes de l'injustice lors d'une conclusion aussi prĂ©cipitamment brutale que cruelle. 


Moment de cinéma rare et précieux pour le témoignage douloureux imparti à la barbarie de la guerre où les enfants en sont les premières victimes, Jeux Interdits alterne plages de tendresse, d'humour et de cruauté avec une intensité psychologique si subtile que l'émotion nous traverse de plein fouet sans avertir. Inoubliable car inaltérable, à l'instar d'une Brigitte Fossey touchée par la grâce de son infinie innocence inscrite dans toutes nos mémoires.

*Bruno
17.03.25. 3èx
 
Une analyse plus fouillĂ©e par Gilles Vannier: Jeux interdits - RenĂ© ClĂ©ment - Tortillapolis

Récompenses: Oscar du Meilleur Film Etranger, 1952
Lion d'or Ă  la Mostra de Venise, 1952
BAFTA du meilleur film, 1954
Grand Prix Indépendant Festival de Cannes, 1952
Prix Femina, 1952
Meilleur Film français et étranger Critique Américaine, 1952
Prix de la Critique Japonaise Tokyo, 1953
Meilleur Film mondial Critique Anglaise Londres, 1953
 

jeudi 16 octobre 2014

NOS FUNERAILLES (The Funeral)

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Abel Ferrara. 1996. U.S.A. 1h39. Avec Christopher Walken, Chris Penn, Annabella Sciorra, Isabella Rossellini, Vincent Gallo, Benicio Del Toro, Gretchen Mol, Victor Argo.

Sortie salles France: 27 Novembre 1996. U.S: 1er Novembre 1996

Récompenses: Meilleur Second Rôle pour Chris Penn au Festival de Venise
Prix de l'organisation catholique internationale pour le cinéma.

FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth. 2014: Welcome to New-York. 2014: Pasolini.


Drame criminel d'une noirceur absolue, Nos FunĂ©railles renoue avec le sacre de la mafia sous un aspect totalement nihiliste, Ferrara auscultant la dĂ©route d'une famille de gangsters des annĂ©es 30 après la mort d'un des leurs. Alors que la famille Tempio pleure les funĂ©railles du jeune Johnny, ses frères se promettent de retrouver le coupable afin de le venger. EntrecoupĂ©s de flash-back, Abel Ferrara nous remĂ©more principalement le compromis du clan Tempio avec un gangster renommĂ© malgrĂ© le dĂ©sistement de Johnny. Quand bien mĂŞme après sa mort, ses frères Chez et Ray vont nous dĂ©voiler leur Ă©tat d'âme partagĂ© entre haine de rancoeur et dĂ©sespoir d'une impossible rĂ©demption. 


D'une puissance psychologique Ă©prouvante et d'une intensitĂ© dramatique aussi rigoureuse, Nos FunĂ©railles s'Ă©difie en cĂ©rĂ©monial mortuaire lorsqu'une famille de mafieux se rendent Ă  l'Ă©vidence de leur Ă©chec moral. TyrannisĂ©s entre leur foi catholique oĂą Dieu plane au dessus de leurs Ă©paules et leurs exactions criminelles qu'ils perpĂ©tuent de sang froid, Chez et Ray s'embourbent dans le dĂ©sarroi de la colère et le doute de leurs actes après le fardeau inconsolable d'un deuil familial. Tributaires de leur condition vĂ©reuse car habitĂ©s depuis toujours par leurs pulsions d'orgueil, d'Ă©goĂŻsme, de haine et de meurtre, la vengeance et la folie seront les derniers catalyseurs de leur sombre dĂ©chĂ©ance. A travers le dĂ©shonneur de cette famille italienne contaminĂ©e par le poison du Mal, Abel Ferrara signe un requiem de la damnation lorsque l'engrenage de la violence dissout une famille catholique. Outre la virtuositĂ© d'une mise en scène scrupuleuse reconstituant avec rĂ©alisme l'Ă©poque des annĂ©es 30, l'intensitĂ© d'un score strident et le soin imparti Ă  la photo tĂ©nĂ©breuse tirant sur les teintes mauves et noires, Nos FunĂ©railles est sublimĂ© par la prĂ©sence d'une poignĂ©e de comĂ©diens Ă  la mine dĂ©senchantĂ©e. Leur charisme viril et animal rappelant Ă  l'occasion les gueules iconiques de gangsters issus du cinĂ©ma d'avant-guerre. Mais la palme de la rĂ©vĂ©lation en revient indubitablement au regrettĂ© Chris Penn endossant ici le rĂ´le de sa vie dans celui d'un Ă©poux violent, aussi torturĂ© dans sa perversitĂ© dĂ©saxĂ©e et son incontrĂ´lable colère qu'hantĂ© de remords d'avoir sombrĂ© si bas dans l'avilissement. 


Affliction de la contrition. 
Chef-d'oeuvre de noirceur baignant dans un dĂ©sespoir insoluble, Nos FunĂ©railles transcende la dernière dĂ©rive meurtrière d'une famille de truands accablĂ©s par le deuil familial et incapables d'en tirer une leçon dans leur condition d'affranchis dĂ©chus. Epouvantablement nihiliste car sans aucune Ă©chappatoire, Ferrara nous plonge dans leur dĂ©cadence avec une intensitĂ© psychologique affligeante. 

A Chris Penn...
Bruno Matéï
3èx

mercredi 15 octobre 2014

E.T (E.T. The Extra-Terrestrial)

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Steven Spielberg. 1982. U.S.A. 1h55. Avec Pat Welsh, Dee Wallace Stone, Henry Thomas, Peter Coyote, Robert MacNaughton, Drew Barrymore.

Sortie salles France: 26 Mai 1982 (Cannes). 1er Décembre 1982 (sortie nationale). U.S: 11 Juin 1982

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis). 1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre.


"Je refuse de dire: parmi tous mes films, c'est celui-là que je préfère. Cela revient à dire que, parmi tous mes enfants, j'ai un préféré. La Liste de Schindler est le film qui compte le plus pour moi, mais E.T. est mon film le plus personnel. Dire qu'un film s'adresse à l'enfant qui est en nous est devenu un cliché. Pourtant, je pense qu'E.T. s'adresse à ce que nous sommes, à ce que nous avons été, et à ce que nous voudrions redevenir". Steven Spielberg.

Succès planétaire multi récompensé aux Etats-Unis, E.T est l'incarnation parfaite du divertissement féerique touché par la grâce. Car à travers la profonde histoire d'amitié d'un enfant et d'un extra-terrestre, Steven Spielberg a accompli un chef-d'oeuvre d'émotion, de fantaisie et de simplicité. Un conte merveilleux sur le droit à la différence, un message de tolérance pour la paix universelle, un message d'espoir pour l'existence extra-terrestre et une diatribe contre la vivisection animale (voire le châtiment des grenouilles pratiqué durant le cours scolaire qu'Elliot finira par libérer de leur condition d'expérimentation). L'art de narrer une histoire accessible à tous afin de nous replonger dans l'émerveillement de notre enfance, un alibi pour nous rappeler à quel point cette période virginale relevait de la magie existentielle !


IndĂ©niablement naĂŻf chez l'attendrissement de nos hĂ©ros en culotte courte Ă©pris d'affection pour un E.T en perdition, Spielberg transcende leur comportement et leur rĂ©action face Ă  l'inconnu avec une sensibilitĂ© prude. A l'instar de l'attitude toute aussi innocente de l'extra-terrestre fĂ©ru d'affection pour leur bonhomie et de curiositĂ© pour leur innocence immature. C'est grâce Ă  cet accueil chaleureux qu'E.T va donc pouvoir se rĂ©fugier au sein de leur cocon familial et grâce Ă  leur soutien qu'il tentera d'entrer en contact avec ses proches afin de rentrer chez lui. Outre l'intense amitiĂ© Ă©mise entre lui et le jeune Eliott dĂ©bordant de compassion et de confiance, l'aventure haletante est Ă©galement Ă  l'appel lorsque les enfants vont user de stratagèmes afin de dĂ©jouer les ambitions orgueilleuses des scientifiques et de l'armĂ©e. Ainsi, Ă  travers leur attitude mĂ©galo pour la recherche et l'observation d'une vie extra-terrestre, E.T met en exergue le caractère menaçant du monde des adultes rĂ©signĂ©s instinctivement Ă  tout contrĂ´ler, et leur manque de considĂ©ration face Ă  la sagesse de l'enfant. Car ici ces derniers sont bels et bien les hĂ©ros du film afin de nous rappeler l'importance de leur morale inscrite dans les notions de tolĂ©rance, de respect d'autrui et d'assistance Ă  personne en danger. 


Sommet d'Ă©motion dans les rapports amiteux Ă©changĂ©s entre un garçonnet et un extra-terrestre, E.T transcende sa simplicitĂ© narrative avec une grâce enchanteresse et avec l'intimitĂ© d'un cinĂ©aste Ă  l'âme d'enfant marquĂ© par le divorce de ses parents et de sa solitude prĂ©pubère. Outre la puissance lyrique des moments les plus Ă©motifs que le score de John Williams harmonise, les effets spĂ©ciaux de Carlo Rambaldi ont surtout entrepris la prouesse de rendre expressive une crĂ©ature animatronique Ă  la fragilitĂ© humaine bouleversante. Une prĂ©sence inoubliable pour un chef-d'oeuvre d'Ă©motions candides. 

Bruno Matéï
4èx

                                           

mardi 14 octobre 2014

L'Horrible Invasion / Kingdom of the Spiders

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site exclamationmark.wordpress.com

de John Bud Cardos. 1977. U.S.A. 1h35. William Shatner, Tiffany Bolling, Woody Strode, Lieux Dressler, David McLean.

Sortie salles France: 31 Mai 1978. U.S: 23 Novembre 1977

FILMOGRAPHIE: John 'Bud' Cardos est un rĂ©alisateur, acteur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 20 DĂ©cembre 1929 Ă  Saint Louis, Missouri. 1970: The red, white, and black. 1971: Drag Racer. 1971: The Female Bunch (non crĂ©ditĂ©). 1977: L'Horrible Invasion. 1979: The Dark. 1979: Le Jour de la fin des temps. 1984: Mutant. 1988: Act of Piracy. 1988: Skeleton Coast. 1988: Les Bannis de Gor.

 
"L’Horrible Invasion - Quand les mygales prennent l’Arizona en otage"
En pleine vogue du film d’agression animale initiĂ©e par Spielberg avec Les Dents de la mer, John "Bud" Cardos reprend le schĂ©ma catastrophiste pour mettre en scène l’invasion d’araignĂ©es mortelles dans une bourgade de l’Arizona. Alors que les nanars numĂ©risĂ©s prolifèrent depuis quelques dĂ©cennies, L’Horrible Invasion joue la carte d’une sĂ©rie B artisanale - ou plutĂ´t celle de l’authenticitĂ© - ses monstres Ă  huit pattes Ă©tant de vĂ©ritables mygales, recrutĂ©es par milliers. Les voir s’agripper Ă  l’Ă©chine des victimes instaure un malaise Ă©pidermique indĂ©niable, leurs assauts rĂ©pĂ©tĂ©s prenant souvent le pas sur l’intrigue.

Avec la mise en cause des pesticides, les araignĂ©es se rĂ©signent Ă  dĂ©vorer bĂ©tail et humains depuis que les insectes ont dĂ©sertĂ© les champs toxiques. Devenues rĂ©sistantes, cinq fois plus venimeuses qu’Ă  l’ordinaire, elles passent Ă  l’offensive jusqu’Ă  s’acheminer vers l’urbanisation de Verde Valley. Aussi incongru que cela paraisse, cet argument alarmiste demeure crĂ©dible grâce Ă  une intrigue intelligemment structurĂ©e autour des dangers de la pollution. Le cinĂ©aste joue sur l’attente, suggĂ©rant la menace avant de la dĂ©chaĂ®ner de façon quasi ininterrompue, tout en esquissant une Ă©tude de caractère au sein d'un western horrifique inĂ©galĂ© Ă  ce jour.

La première partie s’attache au fardeau d’un couple de fermiers, lorsqu’une gĂ©nisse et leur chien sont retrouvĂ©s empoisonnĂ©s par un venin foudroyant. DĂ©pĂŞchĂ©s sur place pour Ă©tablir un rapport, un vĂ©tĂ©rinaire et une entomologiste (en instance d’idylle) dĂ©couvrent que les araignĂ©es ont modifiĂ© leur instinct de survie pour subvenir Ă  leurs besoins nutritifs. Par petites touches, les incidents meurtriers se multiplient au fil de l’enquĂŞte, avec l’appui d’un shĂ©rif avenant, jusqu’Ă  ce que les mygales s’en prennent directement Ă  l’homme.

C’est lĂ  qu’intervient la seconde partie, bien plus haletante, littĂ©ralement Ă©peurante surtout, avec son lot de pĂ©ripĂ©ties horrifiques en roue libre : arachnides en masse dĂ©ferlant sur une ville en Ă©tat de siège ou cernant le huis clos oppressant d’un bar oĂą quelques survivants s’accrochent Ă  la vie. Outre l’impact visuel de leurs attaques groupĂ©es, la redoutable efficacitĂ© de L’Horrible Invasion naĂ®t de cette conviction presque surnaturelle que de simples mygales peuvent anĂ©antir l’humanitĂ© - sentiment renforcĂ© par un Ă©pilogue cauchemardesque gravĂ© dans les mĂ©moires en dĂ©pit de sa facture visuelle cheap. 

Hormis son aspect lĂ©gèrement tĂ©lĂ©visuel - qui renforce paradoxalement son charme rĂ©tro - L’Horrible Invasion reste une incroyable machine Ă  frissons, portĂ©e par l’utilisation d’authentiques arachnides et par l’intensitĂ© viscĂ©rale de leurs exactions tĂ©tanisantes pour le frisson Ă©pidermique ressenti. De son intrigue simple mais très efficace dĂ©coule la crĂ©dibilitĂ© d’interprĂ©tations sobres, impliquĂ©es, spontanĂ©es, fringants, et la montĂ©e implacable d’une menace aussi rĂ©aliste qu’insidieuse, rampante, dĂ©lĂ©tère. Une rĂ©fĂ©rence toujours inĂ©galĂ©e, l'un des films les plus terrifiants que j'ai pu voir, viscĂ©ralement parlant, alors que son concept couillu d'y communier western  / horreur fonctionne Ă  point nommĂ©.

P.S. : Grand coup de chapeau aux comĂ©diens, qui ont su faire preuve d’un sang-froid exemplaire en se laissant littĂ©ralement agripper par ces mygales innombrables omniprĂ©sentes Ă  l'Ă©cran.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

14.08.25. 5èx
14/10/14
02/03/11

lundi 13 octobre 2014

Torso / I Corpi presentano tracce di violenza carnale

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site silverferox.blogspot.com

de Sergio Martino. 1973. Italie. 1h33. Avec Suzy Kendall, Tina Aumont, Luc Merenda, John Richardson, Roberto Bisacco, Ernesto Colli, Angela Covello, Carla Brait.

Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste italien nĂ© le 19 Juillet 1938 Ă  Rome (Italie). 1970: l'AmĂ©rique Ă  nu. Arizona se dĂ©chaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme Ă  la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière Ă©trusque. 1983:2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


Synopsis :
Ă€ PĂ©rouse, des Ă©tudiantes sont retrouvĂ©es Ă©tranglĂ©es Ă  l’aide du foulard rouge d’un mystĂ©rieux assassin. Daniela, accompagnĂ©e de trois amies, dĂ©cide de se retirer dans une villa isolĂ©e, Ă  l’Ă©cart du tumulte. Mais le tueur rĂ´de… et se rapproche inexorablement.

En pleine effervescence giallesque, Sergio Martino reprend du service en 1973 avec Torso, un thriller plus âpre, plus violent, et indĂ©niablement plus Ă©rotique que ses prĂ©dĂ©cesseurs, mĂŞme si son attrait sanglant se manifeste surtout dans les consĂ©quences des crimes. Les corps fĂ©minins, dĂ©nudĂ©s et vulnĂ©rables, deviennent ici le théâtre d’une brutalitĂ© sèche : molestation, strangulation, dĂ©membrement… Le tout orchestrĂ© par un tueur masquĂ©, spectre ludique et macabre jouant Ă  cache-cache avec ses proies.

Précurseur évident du psycho-killer, Torso annonce avec une lucidité troublante le renouveau du thriller horrifique à venir, dont Halloween et Vendredi 13 deviendront les figures emblématiques. Apparitions fantomatiques, identité dissimulée, et surtout ce basculement vers un huis clos oppressant où la dernière survivante tente de déjouer la mécanique meurtrière : tout est déjà là, en germe.


Si la première partie reste relativement classique (enchaĂ®nement de meurtres, jeu de suspicion, Ă©treintes polissonnes teintĂ©es de saphisme et d’Ă©changisme), Martino dĂ©montre un savoir-faire indĂ©niable pour maintenir l’attention Ă  travers cette Ă©mancipation sexuelle en vogue. Sa mise en scène, Ă©lĂ©gante et maĂ®trisĂ©e - notamment lors de la sĂ©quence en forĂŞt brumeuse - s’appuie sur un sens aigu du cadre et une photographie aux Ă©clairages soignĂ©s, oĂą l’esthĂ©tisme prime autant que la tension.

Mais c’est dans sa seconde moitiĂ© que le film rĂ©vèle toute sa puissance. Le rĂ©cit se resserre, se fige presque, pour basculer dans un huis clos suffocant oĂą une survivante se retrouve prisonnière dans une villa devenue piège. LĂ , Torso dĂ©ploie toute son intelligence et son suspense : plutĂ´t que de sombrer dans une surenchère gratuite, Martino privilĂ©gie le hors-champ, notamment lors du massacre des jeunes femmes. Il dĂ©place ainsi l’horreur vers le regard - celui du spectateur, mais aussi celui de l’hĂ©roĂŻne, contrainte d’observer, impuissante, les agissements du tueur.

Avec ses dĂ©membrements Ă  la scie et ses fulgurances gores, le film flirte avec les limites du genre sans jamais cĂ©der au racolage. Cette seconde partie, tendue Ă  l’extrĂŞme, Ă©voque d’ailleurs par anticipation Bloody Bird dans son rapport de force entre proie et prĂ©dateur, mais aussi dans son goĂ»t pour un espace clos stylisĂ©, presque baroque, oĂą chaque objet - jusqu’Ă  une simple clĂ© - devient enjeu vital.

Si la rĂ©vĂ©lation finale n’atteint pas des sommets de sidĂ©ration, elle demeure suffisamment crĂ©dible pour ancrer la folie meurtrière dans une rĂ©miniscence traumatique, confĂ©rant au tueur une dimension  pathĂ©tique.


Avec sa rĂ©alisation inventive, exploitant chaque recoin d’une villa transformĂ©e en labyrinthe mortifère, et sa volontĂ© manifeste de dĂ©passer les codes du giallo traditionnel, Torso s’impose comme une Ĺ“uvre charnière. Un film moderne, Ă©tonnamment en avance sur son temps, qui joue habilement avec la complicitĂ© voyeuriste du spectateur.

Ajoutez Ă  cela le superbe score des Fratelli De Angelis, et le contraste saisissant d’une campagne italienne idyllique souillĂ©e par la barbarie, et vous obtenez un giallo affĂ»tĂ©, digne des plus Ă©mĂ©rites.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Remerciement Ă  Christophe Cosyns et Ecstasy of Films.
3èx.Vostfr

vendredi 10 octobre 2014

Nuits de Cauchemar / Motel Hell

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemaknifefight.wordpress.com

de Kevin Connor. 1980. U.S.A. 1h45. Avec Rory Calhoun Nancy Parsons, Nina Axelrod, Wolfman Jack, Elaine Joyce, Monique St. Pierre.

Sortie salles France: 19 Novembre 1980. U.S: 18 Octobre 1980

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Kevin Connor est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© en 1937 Ă  Londres (Royaume-Uni). 1973: Frissons d'outre-tombe. 1975: Le 6è Continent. 1976: Trial by combat. 1976: Centre Terre, septième continent. 1977: Le Continent OubliĂ©. 1978: Les 7 citĂ©s d'Atlantis. 1979: Le TrĂ©sor de la Montagne SacrĂ©e. 1980: Nuits de Cauchemar. 1982: La Maison des Spectres. 

"On ne revoit pas les classiques systématiquement par devoir ou par respect, mais plutôt par amour."
 
"Amour, viande et tronçonneuse"
SpĂ©cialiste de l’aventure fantastique tous publics (Le 6e Continent, Centre Terre, Le Continent OubliĂ©, Les 7 CitĂ©s d’Atlantis, Le TrĂ©sor de la Montagne SacrĂ©e…), alors qu’il s’Ă©tait fait connaĂ®tre avec l’excellente anthologie horrifique Frissons d’outre-tombe, Kevin Connor renoue avec son premier amour dans le cultissime Nuits de Cauchemar.

Film d’horreur semi-parodique imprĂ©gnĂ© d’humour noir, cette farce macabre marqua toute une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes par le truchement d’un concept insolite… culminant dans un duel Ă  la tronçonneuse que personne n’attendait !

Le pitch : propriĂ©taires d’un motel et fermiers rĂ©putĂ©s pour leur viande fumĂ©e artisanale, Vincent et sa sĹ“ur kidnappent des touristes pour les enterrer vivants dans un jardin secret. Mais lorsque Vincent sauve la vie d’une jeune motarde et l’accueille chez lui, son quotidien bascule : la rescapĂ©e lui avoue ses sentiments, attisant la jalousie de sa sĹ“ur.

Avec un point de dĂ©part aussi grotesque que dĂ©bridĂ©, Nuits de Cauchemar ne peut que ravir le fantasticophile en quĂŞte d’histoires insolites. Connor redouble d’ironie : les sarcasmes du duo psychopathe fusent, railleurs envers leurs victimes ; les seconds rĂ´les, eux, rivalisent d’extravagance et de lubricitĂ©.

Sur ce point, difficile d’oublier le couple de touristes venus louer une chambre pour s’adonner Ă  leurs jeux sado-maso, sous l’Ĺ“il goguenard des fermiers prĂŞts Ă  les cueillir. Ou encore l’omniprĂ©sent shĂ©rif du coin (le frère de Vincent), Ă©pris lui aussi de la rescapĂ©e, mais aussi empotĂ© qu’inoffensif dans ses tentatives de sĂ©duction.
Et c’est lĂ  l’une des forces du film : ce caractère rĂ©solument attachant des meurtriers anthropophages, dont la bonhomie hospitalière tranche avec la cruautĂ© nocturne. Leur souci d’Ă©luder la souffrance des victimes avant l’abattage, et la justification Ă©colo de cuisiner leur chair, renforcent mĂŞme une forme de dĂ©ontologie aussi absurde qu’hilarante.

Au cĹ“ur de cette farce morbide, la romance naissante entre la jeune femme et le sexagĂ©naire Vincent suscite une rĂ©elle empathie. Leur relation improbable, empreinte de tendresse contrariĂ©e, Ă©voque la pathologie rĂ©gressive d’un Norman Bates en sommeil.

Mais au-delĂ  de cette galerie de doux dingues, c’est surtout dans ses fulgurances macabres que Nuits de Cauchemar atteint des sommets : ces scènes d’anthologie oĂą les victimes enterrĂ©es, encore vivantes, gĂ©missent leur condition de “lĂ©gume” sont d’une Ă©trangetĂ© hallucinĂ©e, vues nulle part ailleurs. Rien que pour ces audaces gĂ©nialement saugrenues – soutenues par une bande-son volontairement malaisante – le film mĂ©rite d’ĂŞtre vu. Et revu.


"Les légumes crient la nuit".
PortĂ© par la mĂ©lodie suave de Lance Rubin, ancrĂ©e dans toutes les mĂ©moires, Nuits de Cauchemar charme par l’exubĂ©rance de ses personnages hors-sol et par son concept meurtrier littĂ©ralement incongru (euphĂ©misme). Ajoutez-y une ambiance macabre des plus insolites, une pincĂ©e de sang vers son point d'orgue belliqueux Ă  contre-emploi, et un humour noir franchement corsĂ©… et vous obtenez une farce sardonique d’une inĂ©puisable fringance, impossible Ă  Ă©galer.

*Bruno 
5èx. Vost

jeudi 9 octobre 2014

Une Femme sous Influence / A Woman Under the Influence

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site gallerytheimage.com

de John Cassavetes. 1974. U.S.A. 2h17. Avec Gena Rowlands, Peter Falk, Fred Draper, Lady Rowlands, Katherine Cassavetes, Matthew Laborteaux, Matthew Cassel, Christina Grisanti.

Sortie salles France: 20 Septembre 1974. U.S: 14 Avril 1974.

FILMOGRAPHIE: John Cassavetes est un réalisateur, scénariste et acteur américain, né le 9 Décembre 1929 à New-York, décédé le 3 Février 1989 à Los Angeles.
1959: Shadows. 1961: Too late blues. 1963: Un Enfant attend. 1968: Faces. 1970: Husbands. 1971: Minnie et Moskowitz. 1974: Une Femme sous Influence. 1976: Meurtre d'un bookmaker chinois. 1978: Opening Night. 1980: Gloria. 1984: Love Streams. 1985: Big Trouble.


Drame erratique d'une intensitĂ© rigoureuse, Une Femme sous Influence traite de la crise conjugale lorsqu'une mère de trois enfants finit par sombrer dans la dĂ©mence. MariĂ©e Ă  un contre-maĂ®tre beaucoup plus prĂ©sent sur le chantier qu'au foyer, Mabel finit par perdre pied avec sa rĂ©alitĂ©, faute d'une solitude trop lourde Ă  gĂ©rer malgrĂ© la compagnie insolente de ses charmants bambins. Sans oser dĂ©voiler Ă  son mari sa rĂ©ticence d'accepter au foyer ses collègues de chantier pour un dĂ®ner amical, Mabel rĂ©veille l'inconscience de sa rancoeur en adoptant l'attitude d'une femme effrontĂ©e aux penchants alcooliques. SpĂ©cialiste du cinĂ©ma-vĂ©ritĂ©, John Cassavetes nous autopsie l'intimitĂ© d'un couple Ă  l'instar d'un documentaire pris sur le vif. Sa mise en scène mĂ©ticuleuse auscultant les tourments des amants devant le tĂ©moignage familial avec une indiscrĂ©tion dĂ©rangeante. Car dĂ©vouĂ©s corps et âme pour retranscrire leurs Ă©motions, les comĂ©diens vivent plus qu'ils ne jouent leur expĂ©rience humaine sans jamais faire preuve de pathos tape Ă  l'oeil.   


Il faut dire que dans le rôle de Mabel, Gena Rowlands livre une interprétation viscérale aussi vertigineuse qu'éprouvante dans sa difficile convalescence à s'extraire de sa névrose. Bouleversante car sidérante de fragilité névralgique, l'actrice retransmet une telle vérité humaine que l'on éprouve le même malaise que les protagonistes observant de manière impuissante sa déchéance mentale d'une intensité rarement égalée au cinéma. Dans la peau d'un époux renfrogné trop irascible car agissant souvent sous l'impulsion avant de réfléchir, Peter Falk parvient à lui donner la réplique avec autant de rigueur d'une certaine façon secondaire dans sa posture de machiste lourdement contrarié. Un prolétaire courageux plutôt respecté par son entourage et débordant d'amour envers son épouse mais hélas sur la réserve lorsqu'il s'agit de lui communiquer ses sentiments ou lui offrir l'aplomb nécessaire afin d'assainir sa conduite morale. Etalé sur une durée de 2h27, cette confrontation rigoureuse d'un couple en perdition est entièrement dédiée à leur fracture psychologique alors que les témoignages amicaux et familiaux se contraignent de les soutenir en tant que simples spectateurs.


Drame intimiste d'un couple en crise identitaire, Une Femme sous Influence dresse l'introspection d'une femme trop fragile de sa condition dĂ©saxĂ©e en nous dĂ©voilant frontalement les consĂ©quences de la solitude et de l'incommunicabilitĂ© lorsque deux amants atrabilaires sont incapables d'y canaliser leurs Ă©motions. Un grand moment de cinĂ©ma-vĂ©ritĂ© portĂ© par un rĂ©alisateur en acmĂ© et un acte d'amour allouĂ© Ă  un duo de comĂ©diens hors-pair gravĂ©s sur pellicule. 

Bruno
3èx

PER UN PUGNO DI SPAGHETTI (Pour une poignée de Spaghettis). Court-Métrage.


Un court-métrage de Pascal Frezzato. 2014. France. 10'14". Avec Bruno Dussart, Patrick Lalande, Adrien Erault, Christophe Masson, Dominique Botras

FILMOGRAPHIE: Pascal Frezzato est un réalisateur français de court-métrage, né le 4 Décembre 1972.
2010/11: Predator. 2012: Le Règne des Insectes. 2013: Memory of the dead. 2014: Pour une poignée de Spaghettis.


Duel: combat par les armes soumis Ă  des règles prĂ©cises dans l'opposition de deux adversaires, l'un demandant Ă  l'autre rĂ©paration pour une offense ou un tort.

Après avoir traitĂ© de manière intimiste le drame post-apo (le Règne des Insectes) et l'horreur gore chère au zombie movie (Memory of the Dead), Pascal Frezzato change de registre pour rendre hommage au western spaghetti avec Pour une poignĂ©e de Spaghettis. D'une durĂ©e minimaliste de 10 minutes, l'intrigue se concentre uniquement autour d'un duel inĂ©quitable Ă©changĂ© entre un Etranger et un quatuor de rebelles. L'intĂ©rĂŞt de l'enjeu rĂ©sidant dans l'Ă©ventuelle raison de leur confrontation, quand bien mĂŞme le cinĂ©aste s'entache Ă  mi-parcours de bouleverser la donne par le biais d'un revirement culottĂ©. Bien entendu, je tairais toutes traces d'indices pour ne pas dĂ©florer son rebondissement imprĂ©vu mais la rĂ©ussite du mĂ©trage Ă©mane Ă©galement de cette dĂ©marche pittoresque Ă  vouloir dĂ©poussiĂ©rer un pitch Ă©culĂ©. Qui plus est, pour renforcer le caractère dĂ©calĂ© de la situation, la plupart des protagonistes adopte une dĂ©marche tantĂ´t maladroite, tantĂ´t excentrique afin de provoquer amusement et hilaritĂ©.


Si les comĂ©diens amateurs cabotinent inĂ©vitablement, on peut vanter leur charisme viril tant Pascal Frezzato a pris soin de rendre crĂ©dible la posture distinguĂ©e de cow-boys hĂ©ritĂ©s du western de Sergio Leone. Pour preuve, dans la peau de l'Etranger qu'incarne hĂ©roĂŻquement Bruno Dussart, l'accoutrement du poncho qu'il porte avec flegme et une physionomie mal rasĂ©e sont volontairement calquĂ©s sur la stature de Clint Eastwood dans Pour une PoignĂ©e de dollars. Tous ces cow-boys font donc preuve d'un rĂ©el pouvoir attractif dans leur costume dissemblable et rĂ©ussissent surtout Ă  nous amuser dans leur mimique et gestuelle volontairement caricaturĂ©e. Pascal Frezzato faisant Ă©galement appel Ă  l'intensitĂ© de bruitages afin de renforcer la dĂ©rision de leur comportement mesquin. On peut aussi souligner le jeu crĂ©dible de Christophe Masson, en barbu Ă  la gâchette facile, et celui d'Adrien Erault, en mexicain couard, tant ils parviennent Ă  provoquer la facĂ©tie dans leur expression hĂ©bĂ©tĂ©e. Techniquement soignĂ©, tant au niveau des cadrages, du champ contre-champs que des plans serrĂ©s, Pascal Frezzato est aussi adroit pour fignoler l'image d'une nature solaire, saturĂ©e ici de teintes ocres afin de coller au plus près de l'ambiance aride du western transalpin. Quant Ă  l'influence musicale d'Ennio Morricone, non seulement elle harmonise instinctivement l'atmosphère d'insĂ©curitĂ© mais se permet en outre d'en Ă©branler sans complexe les tons lors de l'ultime affrontement.


Avec ce troisième court-mĂ©trage Ă  budget extrĂŞmement dĂ©risoire (500 euros !), Pascal Frezzato honore le système Z dans sa volontĂ© intègre de rendre hommage et de divertir parmi la complicitĂ© de comĂ©diens amateurs au charisme plein de charme. La cocasserie qui Ă©mane de leur extravagance et l'incroyable revirement accordĂ© Ă  la chute de l'histoire risquent Ă  coup sur de conquĂ©rir le public, partagĂ© entre bouffonnerie et hilaritĂ© ! Scrupuleux dans sa mise en scène bricolĂ©e et plein d'affection pour ses personnages, on sent bien que l'auteur voue un indĂ©niable amour Ă  ses pistoleros bourrus et il le fait dignement savoir ici avec une fantaisie irrĂ©sistible !  

Un grand merci Ă  Pascal Frezzato, Philippe Blanc et toute l'Ă©quipe du film ! 
Bruno Matéï

P.S: Le court-mĂ©trage est disponible ici : http://www.dailymotion.com/…/x28si2w_per-un-pugno-di-spaghe…
La seconde partie ici: https://www.dailymotion.com/…/x3eye27_per-un-pugno-di-spagh…

La critique du Règne des Insectes (le): http://brunomatei.blogspot.fr/2012/08/le-regne-des-insectes_13.html
La critique de Memory of the deadhttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/11/memory-of-dead-court-metrage.html

                                       

mercredi 8 octobre 2014

ROMEO IS BLEEDING

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

de Peter Medak. 1993. U.S.A/Angleterre. 1h49. Avec Gary Oldman, Lena Olin, Annabella Sciorra, Juliette Lewis, Roy Scheider, Michael Wincott.

Sortie salles France: 2 Mars 1994. U.S: 4 Février 1994

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Peter Medak est un réalisateur et producteur hongrois, né le 23 Décembre 1937 à Budapest (Hongrie).
    1980: L'Enfant du Diable. 1981: La Grande Zorro. 1991: L'âge de vivre. 1993: Romeo Is Bleeding. 1998: La Mutante 2.


    En pleine vogue du polar rouge sang inaugurĂ© par Tarantino (Reservoir Dogs), Peter Medak, rĂ©alisateur attitrĂ© d'un authentique chef-d'oeuvre de l'Ă©pouvante (l'Enfant du Diable), nous propose avec Romeo is Bleeding une descente au enfers vertigineuse. Un film noir si cauchemardesque qu'il effleure parfois le genre horrifique avec un rĂ©alisme acĂ©rĂ©. Jack Grimaldi, flic corrompu exerçant des transactions avec une mafia, va devenir la cible prĂ©fĂ©rĂ©e d'une tueuse russe après avoir hĂ©sitĂ© de la supprimer sous l'autoritĂ© de ses malfaiteurs. TraquĂ© et incessamment persĂ©cutĂ©, il va devoir user de bravoure et subterfuge afin de dĂ©jouer la mafia et la criminelle lancĂ©s Ă  ses trousses. Polar Ă©prouvant s'il en est, Romeo is Bleeding est une farce vĂ©nĂ©neuse imperturbable dans son cheminement macabre oĂą les morts s'acheminent sous l'allĂ©geance d'une redoutable criminelle. Portrait cinglant imparti Ă  une misandre aussi dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e que perspicace, l'intrigue est majoritairement bâtie sur ses exactions crapuleuses oĂą le masochisme pervers cĂ´toie les Ă©treintes sexuelles parmi la soumission de son amant.


    Pour incarner cette femme fatale au regard reptilien, Lena Olin transfigure l'une des mantes religieuses les plus terrifiantes jamais vues sur un Ă©cran ! Autant affirmer que l'actrice excelle dans son art (viscĂ©ral) de sĂ©duction Ă  adopter la dĂ©marche d'une psychopathe cynique. HabitĂ©e par le fiel et l'arrogance pour railler la gente masculine, son parcours sanglant est Ă©tabli en fonction de sa suprĂ©matie Ă  berner les mâles infidèles et mafieux en tous genres ! En flic vĂ©nal multipliant les infidĂ©litĂ©s conjugales et les escroqueries financières, Gary Oldman lui partage la vedette avec une nĂ©vrose toujours plus instable au fil de son parcours meurtrier. Sa partenaire l'incitant Ă  l'occasion opportune de tuer certains rivaux gĂŞnants afin de lui faire porter le chapeau. Entre ses deux partenaires inflexibles, l'intrigue s'agence donc Ă  la guerre des sexes, Ă  l'Ă©preuve de force, au dĂ©fi du chat et de la souris qu'ils vont s'accorder avec sadomasochisme ! Au-delĂ  de sa mise en scène parfaitement maĂ®trisĂ©e, Peter Medak fait appel aux dialogues ciselĂ©s afin de mĂ©diter sur l'influence du Mal, de la cupiditĂ©, des consĂ©quences de la corruption, et sur l'idĂ©ologie prĂ©caire de l'amour ("nous appartenons Ă  l'amour" et non l'inverse, Ă©voquera Grimaldi en monologue !). EmaillĂ© de rebondissements imprĂ©visibles oĂą la violence stylisĂ©e explose sans sommation, Romeo is Bleeding insuffle Ă©galement une tension dĂ©rangeante dans la psychologie torturĂ©e de notre anti-hĂ©ros sĂ©vèrement molestĂ©. Cette traque sans rĂ©pit Ă©changĂ©e entre ces adversaires s'octroie par ailleurs de distiller un climat malsain proche du marasme, de par la perversitĂ© sadique octroyĂ©e Ă  la dominatrice insatiable !


    Femme Criminelle
    Chef-d'oeuvre du polar malsain d'une cruautĂ© insoupçonnĂ©e, Romeo is Bleeding fait aussi appel Ă  la mĂ©ditation pour dĂ©peindre la dĂ©rive vĂ©reuse d'un flic Ă  bout de souffle mais rĂ©solu Ă  se raccrocher Ă  l'absolution. Quant Ă  la mĂ©canique du thriller poisseux, Peter Medak transcende le portrait d'une criminelle narcissique avec une perversitĂ© viscĂ©rale aussi perturbante que terrifiante. 

    Bruno Matéï
    3èx

    mardi 7 octobre 2014

    Halloween 3, Le Sang du Sorcier / Halloween 3, Season of the Witch

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant Ă  Cinemapassion.com

    de Tommy Lee Wallace. 1982. U.S.A. 1h38. Avec Tom Atkins, Stacy Nelkin, Michael Currie, Dan O'herlihy, Ralph Strait

    Sortie salles France: 9 Mars 1983. U.S:

    BIOGRAPHIETommy Lee Wallace (nĂ© le 06/09/1949) est un rĂ©alisateur, producteur, chef accessoiriste, monteur, chef dĂ©corateur et scĂ©nariste amĂ©ricain. C'est Ă  lui que l'on doit la suite de Vampires, vous avez dit vampires ainsi que le tĂ©lĂ©-film Ca d'après Stephen King tandis qu'Halloween 3 Ă©tait son premier essai derrière la camĂ©ra. Il a Ă©galement Ă©tĂ© scĂ©nariste pour le film Amityville 2 et responsable du montage de Halloween de Carpenter.


    "Je vous demande de m’croire, je vous en prie, croyez-moi ! ArrĂŞtez cette Ă©mission, je vous en supplie !
    Ça continue sur la 3e chaîne, regardez, regardez la 3e chaîne ! Elle continue !
    ArrĂŞtez-la, je vous en prie, pour l’amour du ciel, coupez tout !
    Coupez ! Il n’y a pas de temps Ă  perdre !
    Je vous en supplie, arrĂŞtez l’Ă©mission ! Coupez, arrĂŞtez, coupez… coooouuuuupeeeeeeeeeezzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!"

    Troisième volet d’une franchise aussi emblĂ©matique que celles de Freddy ou Vendredi 13, Halloween III : Le Sang du Sorcier demeure paradoxalement le plus mal-aimĂ© de la saga. Une injustice d’autant plus criante qu’il s’agit d’une variation brillante sur les racines celtiques d’Halloween. Produit avec un budget de 2 500 000 dollars, il n’en rapporta que 14 400 000 au box-office amĂ©ricain. Un score jugĂ© rĂ©prĂ©hensible parmi les dix volets, renforcĂ© par des critiques virulentes dĂ©nonçant son audace comme une trahison. Pourtant, Ă  condition de laisser de cĂ´tĂ© le modèle Carpenterien, cet Ă©cart de conduite s’impose comme l’Ă©pisode le plus couillu de la sĂ©rie !

    Le Pitch: Un ancien fabricant de jouets, employĂ© par la sociĂ©tĂ© Silver Shamrock, se rĂ©fugie paniquĂ© Ă  l’entrĂ©e d’un hĂ´pital, un masque d’Halloween Ă  la main. Quelques heures plus tard, un homme en costume noir lui perfore les orbites, avant de s’immoler dans sa voiture. Le lendemain, sa fille Ellie se confie Ă  un mĂ©decin, Dan Challis, affirmant que son père se mĂ©fiait de la sociĂ©tĂ© Shamrock. Tous deux se rendent dans une bourgade californienne sous emprise, dominĂ©e par une usine gardĂ©e par des hommes Ă©trangement silencieux, et dirigĂ©e par Conal Cochran, gĂ©nial inventeur irlandais prĂŞt Ă  orchestrer… la plus grande farce meurtrière de l’histoire.

    Wallace et Nigel Kneale retournent aux origines sanglantes d’Halloween : fĂŞtes paĂŻennes, rituels de mort, sacrifices humains. L’idĂ©e saugrenue d’un industriel voulant "purger" la jeunesse par une hĂ©catombe planĂ©taire devient proprement jouissive. Derrière chaque masque se cache une puce Ă©lectronique, connectĂ©e Ă  un signal tĂ©lĂ©visĂ© dĂ©clenchĂ© le soir du 31 octobre. RĂ©sultat ? Des crânes d’enfants qui fondent dans une gerbe d’insectes et de serpents. Un dĂ©lire narratif Ă  la fois absurde, macabre et terriblement menaçant, portĂ© par une ambiance glauque et poisseuse. La petite ville, figĂ©e dans un calme Ă©trange, imposant le couvre-feu Ă  ses habitants comme dans un cauchemar Orwellien.

    Le score Ă©lectronique de Carpenter et Howarth injecte Ă  la pellicule une Ă©nergie sourde, funèbre, hypnotique. Tandis qu’un jingle publicitaire d’une ironie cartoonesque vient hanter le spectateur. Wallace s’empare de son script avec rage et luciditĂ©, enchaĂ®nant les pĂ©ripĂ©ties dans un montage nerveux qui prĂ©serve les secrets des effets spĂ©ciaux jusqu’Ă  leur explosion finale — notamment la mort sidĂ©rante d’un enfant, cobaye d’une dĂ©monstration funeste sous les yeux de ses parents.

    Dans le rĂ´le du docteur dĂ©sabusĂ©, Tom Atkins est impeccable, incarnant la virilitĂ© fatiguĂ©e d’un homme traĂ®nant sa solitude entre deux verres, mais soudain happĂ© par l’urgence d’un mystère. Stacey Nelkin, quant Ă  elle, campe une jeune femme pugnace, mue par le deuil et la colère. Et que dire de Dan O’Herlihy, en gĂ©nie cynique et glacial ? Terrifiant dans sa vision morbide d’un Halloween rĂ©enchantĂ© par le sang des enfants.

    MalgrĂ© quelques facilitĂ©s scĂ©naristiques (notamment l’infiltration Ă©clair du hĂ©ros dans le système informatique), Halloween III reste une rĂ©ussite totale. Parce qu’il ose. Parce qu’il dĂ©rape. Parce qu’il dĂ©zingue la sociĂ©tĂ© de consommation et la toute-puissance des mĂ©dias dans un final nihiliste d’une force hallucinante. La tĂ©lĂ©vision devient le vecteur d’une tuerie programmĂ©e. Le chaos s’invite sur toutes les chaĂ®nes.

    Attention véritable classique.

    *Bruno
    18.08.23. 5èx. Vostfr
    07.10.14
    01.11.10