mercredi 2 mars 2016

LA TRAQUE

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lci.tf1.fr

de Serge Leroy. 1975. France. 1h35. Avec Mimsy Farmer, Jean-Pierre Marielle, Jean-Luc Bideau,
Michael Lonsdale, Michel Constantin, Philippe Léotard, Paul Crauchet, Michel Robin.

Sortie salles Allemagne: 7 Novembre 1975

FILMOGRAPHIE: Serge Leroy est un réalisateur français, né le 14 Mai 1937 à Paris, décédé le 27 Mai 1993.
1973: Le Mataf. 1975: La Traque. 1977: Les Passagers. 1978: Attention, les enfants regardent. 1981: Pause-cafĂ©. 1982: LĂ©gitime Violence. 1983: L'Indic. 1985: Double Face (tĂ©lĂ©film). 1985: Le Quatrième Pouvoir. 1988: Contrainte par corps. 1989: Pause-cafĂ©, pause tendresse. 1989: Une saison de feuilles (tĂ©lĂ©-film). 1991: Les Cahiers Bleus (tĂ©lĂ©-film). 1992: Maigret chez les Flamands (tĂ©lĂ©-film). 1992: Maigret et le corps sans tĂŞte (tĂ©lĂ©-film). 1993: Taxi de Nui. 


Survival brut de dĂ©coffrage pour un genre peu prisĂ© dans le paysage du cinĂ©ma français, la Traque porte la signature du franc-tireur Serge Leroy. Un cinĂ©aste audacieux ayant surtout oeuvrĂ© dans les annĂ©es 70 et 80, comme le souligne l'excellent Attention les Enfants regardent (farce caustique sur l'influence que peut exercer la violence tĂ©lĂ©visuelle chez nos tĂŞtes blondes). Peu diffusĂ© Ă  la TV et inĂ©dit en Dvd dans l'hexagone, La Traque constitue un modèle de mise en scène plus de 40 ans après sa sortie confidentielle. Dans le sens oĂą la rĂ©alisation consciencieuse privilĂ©gie l'aspect inhabituellement documentĂ© d'un thriller âpre profondĂ©ment malsain oĂą la dynamique de groupe s'accorde une complicitĂ© commune d'une rare vilenie. La violence des actes Ă©manant autant d'une brutalitĂ© physique (le viol, les blessures corporelles Ă  l'arme Ă  feu) que d'une psychologie perfide (les bourreaux multipliant points de vue et comportements contradictoires avant une connivence dĂ©loyale). A travers le pĂ©riple cauchemardesque d'une jeune anglaise pourchassĂ©e par des chasseurs en pleine forĂŞt après avoir Ă©tĂ© violĂ©e, Serge Leroy cultive un rĂ©alisme poisseux afin de dĂ©ranger le spectateur tĂ©moin malgrĂ© lui d'une battue d'un nouveau genre, la chasse au gibier humain. 


Dans la lignĂ©e du Comte Zaroff pour sa rĂ©flexion sur la bassesse et l'instinct pervers du chasseur avide de pourchasser sa proie (humaine) jusqu'Ă  ce que mort s'ensuive, la Traque dresse le portrait pathĂ©tique d'une communautĂ© de bourgeois machistes compromis par leur confort, leurs pulsions lubriques et punitives ainsi que leur lâchetĂ©. Bien que le film affiche une distribution de premier choix (on y croise Jean-Pierre Marielle, Jean-Luc Bideau, Michael Lonsdale, Michel Constantin, Philippe LĂ©otard, Paul Crauchet et Michel Robin), on en arrive Ă  oublier ses tĂŞtes familières tant chacun des comĂ©diens exprime un naturel sobre dans leur fonction couarde, pleutre, mesquine et sournoise. Quant Ă  la jeune actrice amĂ©ricaine Mimsy Farmer, cette dernière insuffle une acuitĂ© fragile dans sa carrure filiforme de proie incessamment molestĂ©e par des justiciers sans vergogne. Spoil ! Ces derniers s'efforçant de la traquer sans relâche pour lui autoriser une transaction depuis sa complicitĂ© de s'ĂŞtre vengĂ©e auprès d'un des tortionnaires. HabitĂ©s prochainement par une justice expĂ©ditive, leurs comportements impulsifs finissent Ă  leur tour par les inciter Ă  la vendetta Fin du spoil. Par son regard tendre et candide habitĂ© par le dĂ©sespoir et l'angoisse de trĂ©passer, Mimsy Farmer provoque un malaise toujours plus tangible face Ă  sa condition torturĂ©e. Ce qui nous converge vers une glaçante conclusion d'une violence psychologique difficilement soutenable ! 


Apre, tendu, malsain, dĂ©rangeant, poisseux, dĂ©sespĂ©rĂ©, La Traque est l'une des rares incursions françaises Ă  s'ĂŞtre essayĂ© au survival rural avec brio et rĂ©alisme sans fard. Car plus de 40 ans après sa sortie, cette descente en enfer champĂŞtre continue d'exercer un pouvoir vĂ©nĂ©neux dans sa dĂ©chĂ©ance immorale. Tant par la situation insurgĂ©e de la victime violĂ©e que de la peinture sordide allouĂ©e Ă  une bourgeoisie invulnĂ©rable (Ă  l'instar de leur culpabilitĂ© victorieuse). 

La chronique d'Attention, les Enfants regardent: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/09/attention-les-enfants-regardent.html

mardi 1 mars 2016

L'Antéchrist (Baiser de Satan) / "L'Anticristo/The Tempter"


 d'Alberto De Martino. 1974. Italie. 1h51 (version intĂ©grale). Avec Carla Gravina, Mel Ferrer, Arthur Kennedy, George Coulouris, Alida Valli.

Sortie salles Italie: 22 Novembre 1974. France: Sans doute en 1975 en Province (418 075 entrées).

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Alberto De Martino (né le 12 juin 1929 à Rome) est un réalisateur italien. Il utilise parfois le pseudonyme de Martin Herbert.
1963 : Persée l'invincible. 1963 : La Maison de la terreur.1964 : Le Triomphe d'Hercule .1964 : Les Sept invincibles. 1966 : Django tire le premier. 1967 : Opération frère Cadet. 1968 : Rome comme Chicago. 1969 : Perversion. 1972 : Le Nouveau boss de la mafia. 1974 : L'Antéchrist. 1977 : Holocauste 2000.


Possession baroque : l’Italie rĂ©pond au Diable.
Hit vidĂ©o des annĂ©es 80 sous la bannière notoire de VIP, L’AntĂ©christ constitue la rĂ©ponse transalpine Ă  L’Exorciste de Friedkin, rĂ©alisĂ© un an auparavant. FaçonnĂ© par Alberto De Martino, habile artisan du cinĂ©ma d’exploitation - comme en tĂ©moigne son excellente dĂ©clinaison de La MalĂ©diction, Holocaust 2000 - L’AntĂ©christ renaĂ®t aujourd’hui de sa torpeur grâce Ă  sa sortie DVD supervisĂ©e par Le Chat qui fume. ConsidĂ©rĂ© comme le plus abouti des ersatz de films de possession, ce petit classique du bis prĂ©serve son pouvoir de fascination grâce Ă  sa facture latine, qu’Alberto De Martino s’Ă©vertue Ă  transfigurer Ă  travers une scĂ©nographie baroque, oscillant entre monuments historiques (la rĂ©gion de Rome) et sculptures ornementales (la rĂ©sidence bourgeoise de la famille d’Ippolita).

Sublimant la ville tel un parcours touristique hantĂ© par une ombre malfaisante et les superstitions de pĂ©nitents, L’AntĂ©christ est illuminĂ© par la prestance Ă©corchĂ©e de Carla Gravina. LittĂ©ralement possĂ©dĂ©e par ses pulsions perverses, l’actrice se rĂ©approprie les clichĂ©s du genre - mĂ©tamorphose physique, jets de bave verdâtre, yeux rĂ©vulsĂ©s - grâce Ă  une caractĂ©risation profondĂ©ment humaine en chute libre. De Martino prend soin, dans la première partie, de dĂ©crire son cheminement spirituel vers Satan, amorcĂ© lors d’une sĂ©ance d’hypnose. Elle y revisite un passĂ© oubliĂ© : un sabbat satanique, une condamnation au bĂ»cher dĂ©crĂ©tĂ©e par des apĂ´tres fanatiques... Ippolita, autrefois initiĂ©e Ă  la sorcellerie, avait fini par se tourner vers Dieu - avant que le Diable ne rĂ©clame son dĂ».

Outre le soin stylisĂ© de ces sĂ©quences fantasmagoriques, baignĂ©es d’Ă©clairages bleutĂ©s, Martino parvient Ă  imposer une rĂ©pulsion tangible par le pouvoir de suggestion. Je songe Ă©videmment Ă  cette sĂ©quence anthologique oĂą, en pleine hypnose, Ippolita mime langoureusement le lĂ©chage d’anus d’une chèvre. Un moment lubrique d’une audace inouĂŻe, qui illustre - sous l’Ă©gide du Mal - une prĂ©liminaire de zoophilie pleinement assumĂ©e. Mais au-delĂ  de cette sexualitĂ© horrifique, que la seconde partie exploitera largement Ă  travers une sĂ©rie d’exorcismes incantatoires (et rĂ©pliques ordurières Ă  la clĂ©), L’AntĂ©christ fascine par la densitĂ© de son Ă©criture. Il dresse le portrait d’une femme meurtrie : cĂ©libataire aigrie, clouĂ©e dans un fauteuil par un accident, hantĂ©e par la mort de sa mère, rongĂ©e par le remords d’un amour incestueux peut-ĂŞtre consommĂ© avec son frère, et jalouse de l’infidĂ©litĂ© de son père, Ă©pris d’une autre.

Seule, Ă©cartelĂ©e, Ippolita tente d’abord de se repentir auprès d’une madone… avant que Satan ne s’infiltre dans ses chairs. Le prologue, quasi documentaire, s’ouvre sur des pĂ©nitents erratiques en quĂŞte d’absolution, posant le cadre mystique et charnel d’une possession imminente. Tous ces Ă©lĂ©ments de frustration concupiscente rendent crĂ©dible sa descente aux enfers, d’autant que les personnages secondaires, incarnĂ©s par des acteurs familiers du cinĂ© bis, demeurent d’une sobriĂ©tĂ© bienvenue. Il faut aussi saluer la puissance dramatique du final, quand Ippolita, comme dans sa vie antĂ©rieure, tente de renouer avec le pardon divin sous une ondĂ©e nocturne. Les musiques Ă  l’orgue signĂ©es Ennio Morricone et Bruno Nicolai confèrent alors une gravitĂ© Ă©lĂ©giaque Ă  la rĂ©demption.


Exploitant avec une vĂ©racitĂ© troublante et une esthĂ©tique baroque un nouveau cas de possession que Friedkin n’avait pas encore osĂ©, Alberto De Martino s’extirpe honorablement du second degrĂ© (Ă  condition d’ignorer quelques FX aujourd’hui obsolètes) grâce Ă  sa mise en scène maĂ®trisĂ©e et au tempĂ©rament furibond de la troublante Carla Gravina. Un classique du bis estampillĂ© latin, baignĂ© d’audaces visuelles, d’une aura dĂ©moniaque et d’une dramaturgie diaphane.

Bruno — cinĂ©phile du cĹ“ur noir

01.03.16
29.10.10 (229)
5èx


lundi 29 février 2016

ROOM. Oscar 2016 de la meilleure actrice, Brie Larson.

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site les400coups.org

de Lenny Abrahamson. 2015. Canada/irlande. 1h57. Avec Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen, William H. Macy, Sean Bridgers, Tom McCamus.

Sortie salles France: 9 Mars 2016. U.S: 16 Octobre 2015.

FILMOGRAPHIE: Lenny Abrahamson est un réalisateur irlandais, né le 30 novembre 1966 à Dublin.
2004: Adam & Paul. 2007: Garage. 2012: What Richard Did. 2014: Frank. 2015: Room.


Prenant pour thème Ă©culĂ© le rapt lorsqu'une mère et son fils se retrouvent embrigadĂ©s dans un abris de jardin depuis 7 longues annĂ©es, Lenny Abrahamson parvient Ă  en dĂ©tourner les codes grâce Ă  l'intelligence de sa mise en scène scrutant les Ă©tats d'âmes de nos protagonistes avec une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau. Sans misĂ©rabilisme ni pathos, le rĂ©alisateur nous transfigure un conte plein de poĂ©sie du point de vue candide de l'enfant tout en exacerbant un drame psychologique sur la difficile rĂ©adaptation sociale de la mère. La manière sobre dont est traitĂ©e cet enlèvement s'inscrit dans une pudeur fragile, de par les relations intimes qu'entretiennent quotidiennement Joy et Jack condamnĂ©s Ă  coexister dans une chambre terne Ă©ludĂ©e de prĂ©sence humaine. Seul la fenĂŞtre d'une lucarne leur laisse parfois entrevoir l'exposition du soleil lorsque le temps en accorde une embellie.


Par le biais de cette vision édénique symbolisant l'épanouissement de la liberté, et par l'entremise de l'enseignement maternel, Lenny Abrahamson accorde beaucoup d'intérêt à éveiller les sentiments de l'enfant prochainement apte à se transcender pour tenter de braver leur exclusion. D'ailleurs, la séquence onirique auquel Jack contemple enfin pour la première fois l'immensité du ciel au moment même où sa vie en dépend affiche un lyrisme bouleversant ! Si la première partie dégage déjà une puissance émotionnelle pour les rapports étroits des otages livrés à leur seule compagnie, la seconde partie s'intéresse à leur rédemption dans le cadre autrement plus vaste et chaleureux d'une demeure familiale. En captant le regard attentionné et innocent de Jack curieux de comprendre le désarroi de sa mère, Lenny Abrahamson porte un témoignage bouleversant sur sa fragilité et son initiation à la sagesse tout en soulignant les liens amicaux inoxydables que peuvent sacraliser un enfant et sa mère. Si l'actrice Brie Larson n'a pas volé son oscar d'interprétation pour livrer avec une sobre émotion le douloureux portrait d'une mère traumatisée par sa claustration, je retiendrais surtout le jeu expressif de l'incroyable Jacob Tremblay se mettant à nu devant la caméra avec un naturel confondant. Une force de la nature transcendée par l'authenticité de son regard prude avide de découverte, de réconfort et d'amour.


Grâce au tact de sa mise en scène dĂ©tournant les clichĂ©s du genre avec une habiletĂ© sans fard et Ă  la prĂ©sence incandescente des deux comĂ©diens, Room transcende le drame psychologique par le biais du conte existentiel. Car sous l'alibi d'une situation traumatique d'embrigadement, Lenny Abrahamson en extrait un hymne Ă  la vie, une initiation Ă  l'apprentissage Ă  travers les richesses de l'univers. Un moment intimiste d'une Ă©motion suprĂŞme confinant au vertige par son intensitĂ© dramatique improvisĂ©e (dans le sens oĂą le rĂ©alisateur ne surligne jamais les instants de gravitĂ©).

Récompenses:
Oscars du cinéma 2016 : Oscar de la meilleure actrice pour Brie Larson
Festival international du film de Toronto 2015 : People's Choice Award
Festival international du film de Vancouver 2015 : VIFF Award du meilleur film canadien
British Independent Film Awards 2015 : meilleur film indépendant international
Festival international du film des Hamptons 2015 : meilleur film
National Board of Review Awards 2015 :
Meilleure actrice pour Brie Larson
Meilleur espoir pour Jacob Tremblay
Golden Globes 2016 : meilleure actrice dans un film dramatique pour Brie Larson

vendredi 26 février 2016

Terreur Aveugle / Blind Terror/ See No Evil

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Richard Fleischer. 1971. Angleterre. 1h29. Avec Mia Farrow, Dorothy Alison, Robin Bailey, Diane Grayson, Brian Rawlinson, Norman Eshley.

Sortie salles France: 2 Septembre 1971

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un réalisateur américain né le 8 décembre 1916 à Brooklyn, et décédé le 25 Mars 2006 de causes naturelles.
1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieues sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1971: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.


Thriller d'angoisse mĂ©connu et peu diffusĂ© Ă  la TV hormis la notoriĂ©tĂ© de son auteur, Terreur Aveugle m'est apparu pour la première fois sur la chaĂ®ne belge RTBF1 Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80. Sorti ensuite en location VHS chez quelques rares boutiques, sa sortie Blu-ray me permit de le redĂ©couvrir dans une condition qualitative eu Ă©gard de sa copie Ă©purĂ©e. Dans la lignĂ©e du classique de Terence Young, Seule dans la nuit, Terreur Aveugle illustre avec vigueur l'Ă©preuve de force d'une cĂ©libataire aveugle harcelĂ©e par un psychopathe aux santiags. 

Synopsis: SĂ©journant chez son oncle et sa tante dans une maison rurale afin de mieux gĂ©rer son handicap, Sarah retrouve Ă©galement son ancien amant avec qui elle pratique l'Ă©quitation. De retour après une promenade Ă  cheval, elle part se dĂ©lasser dans sa chambre sans savoir que des cadavres sont Ă©parpillĂ©s dans les pièces de la demeure. C'est le dĂ©but d'une descente aux enfers que Sarah va endurer pour se confronter Ă  une menace invisible. 

Suspense horrifique rondement menĂ© de par sa tension distillĂ©e au compte-goutte et ses rebondissements justifiĂ©s, Terreur Aveugle part d'une idĂ©e solide (la cĂ©citĂ© d'une victime tentant de dĂ©jouer une menace meurtrière) pour diluer une angoisse oppressante. Après la mise en place scrupuleuse des personnages, nous tĂ©moignons d'abord de la vision morbide de cadavres ensanglantĂ©s sans que la victime ne s'aperçoive au premier coup d'un quelconque incident.


Ce sentiment anxiogène de l'observer dans sa posture négligente est rehaussé de l'apparence suspecte d'un criminel flegmatique où n'apparait le plus souvent que ses Santiags. Richard Fleischer se privant ainsi de nous montrer son visage jusqu'à ce qu'intervienne l'ultime confrontation. Passé ce premier acte cultivant un suspense en crescendo, la tension gravite lorsque Sarah finit par découvrir l'horrible carnage. Par le biais d'une gourmette que le tueur eut égaré dans la maison, l'intrigue se focalise ensuite sur l'improvisation de cache-cache entre lui et la victime. Le spectateur assistant fébrilement aux stratégies de survie de notre frêle survivante habitée d'une paranoïa préjudiciable (cadrages obliques et alambiqués à l'appui). Par le principe du huis-clos, Fleischer exploite intelligemment les décors familiers auquel le duo s'est malencontreusement fourvoyé. Et ce juste avant d'utiliser quelques idées ingénieuses pour les délocaliser vers une campagne anglaise boueuse. Cette dernière partie toujours plus tendue et éprouvante s'avère encore plus cruelle pour la condition molestée de la victime multipliant les risques, poursuites, tentatives d'évasion dans sa cécité dénuée de repères. Alors que la conclusion semble toucher à son terme, Fleischer pousse un peu plus le vice lorsque Sarah est sur le point de trépasser sous notre impuissance. Une confrontation d'une rigueur émotionnelle éprouvante car privilégiant la caméra subjective afin d'y transcender une terreur asphyxiante.


Thriller remarquablement charpentĂ© de par l'efficacitĂ© de ses rebondissements, ses pĂ©ripĂ©ties alertes et le brio de sa mise en scène aussi chiadĂ©e qu'expĂ©rimentale, Terreur Aveugle honore le suspense horrifique autour d'un ressort psychologique immersif. La densitĂ© humaine de Mia Farrow insufflant une Ă©motion viscĂ©rale aussi dĂ©sespĂ©rĂ©e que valeureuse Ă  travers son statut d'handicapĂ©e en initiation de survie. A redĂ©couvrir au plus vite ! 

*Bruno
09.04.25. 3èx. Vost

jeudi 25 février 2016

Piranha 3D

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

d'Alexandre Aja. 2010. U.S.A. 1h28. Avec Elisabeth Shue, Adam Scott, Christopher Lloyd, Eli Roth, Kelly Brook, Jerry O'Connell, Ving Rhames, Dina Meyer, Richard Dreyfuss, Steven R. McQueen.

Sortie salles France: 1 Septembre 2010 (Interdit aux - de 12 ans). U.S: 20 Août 2010

FILMOGRAPHIE: Alexandre Aja, (Alexandre Jouan-Arcady) est un réalisateur, producteur, scénariste, dialoguiste et acteur, né le 7 Août 1978 à Paris.
1999: Furia. 2003: Haute Tension. 2006: La Colline a des yeux. 2008: Mirrors. 2010: Piranha 3D. 2013: Horns.


DĂ©clinaison moderne (3D Ă  l'appui) de Piranhas de Joe Dante en prĂ©cisant qu'Aja n'a jamais souhaitĂ© remaker son illustre modèle, Piranha 3D fleure bon le divertissement du samedi soir dans son alliage de sexe, drogue et alcool sur fond de techno, d'humour noir et de gore. Prenant pour cadre la fĂŞte juvĂ©nile du Spring Break rĂ©unissant chaque Ă©tĂ© des milliers de fĂŞtards, l'intrigue met en parallèle la virĂ©e indocile du fils du shĂ©rif Julie Forester (Elisabeth Shue Ă  la maturitĂ© charnelle) incidemment invitĂ© sur un yacht parmi une Ă©quipe de vidĂ©astes pornographes. Alors qu'un sĂ©isme vient de libĂ©rer une armada de piranhas prĂ©historiques du fond d'un lac, nos Ă©tudiants vont user de bravoure et subterfuges afin de dĂ©jouer la menace. TĂ©moins de la dĂ©couverte de cadavres dĂ©chiquetĂ©s, Julie Forester et son adjoint Fallon  s'efforcent d'annuler les festivitĂ©s avant le carnage redoutĂ©.


SĂ©rie B dĂ©complexĂ©e oĂą le mauvais goĂ»t du gore putassier flirte avec l'Ă©rotisme polisson, Piranha 3D est entièrement vouĂ© Ă  divertir le spectateur embarquĂ© dans un dĂ©lire cartoonesque des plus dĂ©bridĂ©s. Multipliant les blagues salaces et lutinages sous l'influence d'un vidĂ©aste Ă©rotomane, Aja s'en donne Ă  coeur joie Ă  exhiber les corps de sirènes dĂ©nudĂ©es afin de satisfaire notre instinct voyeuriste. JalonnĂ© de clins d'oeil, de sympathiques camĂ©os (Richard Dreyfuss, Eli Roth, Christopher Lloyd) et de clichĂ©s volontairement Ă©culĂ©s (l'ado dĂ©sobĂ©issant embarquĂ© malgrĂ© lui dans une Ă©preuve de survie, la foule avinĂ©e reniant le danger malgrĂ© l'injonction de la police), Piranha 3D affiche un dynamisme aussi intense qu'ultra jouissif par ces situations alertes d'affronts et de plaisanteries lubriques. 

Le clou du spectacle culmine avec le carnage du Spring Break auquel des centaines d'étudiants se font déchiqueter de la manière la plus cruelle et inventive. L'humour noir souvent présent n'hésite pas parfois à côtoyer la scatologie potache. Bref, une séquence de panique à graver dans les annales pour son ampleur orgasmique d'orgie sanguine improvisée ! Epaulé d'effets spéciaux numériques assez réussis (en épargnant quelques plans foireux de CGI mal intégrés chez certaines actions), Piranha provoque notamment la fascination en la présence outre-mesure de piranhas issus d'un âge séculaire - et celle d'un superbe ballet aquatique auprès de sirènes entièrement nues. Voraces, teigneux, démoniaques et véloces, leurs déplacements en masse provoquent une irrésistible vigueur pour leur appétence carnivore à dévorer goulument nos nageurs impudents. Nombre de confrontations alertes oscille entre la claustration du huis-clos (la survivante confinée dans le sous-sol du yacht) et suspense oppressant quant au sort précaire des nageurs prisonniers de l'eau.


Ultra fun et jubilatoire lorsqu'on Ă©voque sa sĂ©quence anthologique instaurĂ©e durant le Spring break, Piranha 3D cultive une insolence et une gĂ©nĂ©rositĂ© expansives sous l'impulsion d'Ă©tudiants  fĂ©briles sĂ©vèrement brimĂ©s. Pure dĂ©claration d'amour Ă  la sĂ©rie B d'exploitation, Aja coordonne avec savoir-faire, efficacitĂ© et rythme Ă©nergivore une imagerie gore friponne sous impulsion d'une techno entĂŞtante. 

Un spectacle total.   

La Chronique de Piranhas: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/06/piranhas.html

25.02.16
06.03.11 (269)

mercredi 24 février 2016

MON ROI. Prix d'Interprétation Féminine, Cannes 2015.

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avisdupublic.net

de Maïwenn. 2015. France. 2h10. Avec Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot, Louis Garrel, Isild Le Besco, Chrystèle Saint Louis Augustin, Patrick Raynal, Yann Goven, Paul Hamy, Djemel Barek.

Sortie salles France: 21 Octobre 2015

FILMOGRAPHIE: Maïwenn Le Besco est une réalisatrice, actrice, scénariste française, née le 17 Avril 1976 aux Lilas (Seine-Saint-Denis). 2004: I'm an actrice (court-métrage). 2006: Pardonnez moi. 2009: Le Bal des Actrices. 2011: Polisse. 2015: Mon Roi.


Quatre ans après le choc Polisse, la réalisatrice Maïwenn aborde le mélo sous l'impulsion d'un duo d'acteurs d'une belle vérité humaine. Mon Roi retraçant avec réalisme méticuleux la descente aux enfers d'un couple passionnel d'autant plus tributaire d'une responsabilité parentale. A la suite d'une chute de ski, Tony part en rééducation dans un centre spécialisé. C'est durant sa longue convalescence qu'elle se remémore sa romance partagée avec Georgio. Un charmeur plutôt instable et ingrat par son insouciance libertaire.


A partir d'une intrigue finalement banale s'attardant Ă  dĂ©crire avec une certaine intensitĂ© la dĂ©liquescence morale d'une Ă©pouse inlassablement soumise par un escamoteur, MaĂŻwenn compte surtout sur l'autoritĂ© viscĂ©rale de Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot pour provoquer l'Ă©motion entrecoupĂ©e d'Ă©clairs de violence conjugale. Emmanuelle Bercot se livrant corps et âme devant la camĂ©ra Ă  la manière d'une Ă©corchĂ©e vive dans sa condition de souffre-douleur. Un portrait saisissant de femme fragile incapable de se dĂ©lier de ses sentiments pour l'ĂŞtre aimĂ© jusqu'au regain de conscience Ă  ne plus se laisser chĂ©rir par la manipulation. Sa prestance naturelle inscrite dans une dignitĂ© fĂ©minine ne laissa pas indiffĂ©rent le jury de Cannes si bien qu'il lui dĂ©cerna un prix d'interprĂ©tation. Dans un rĂ´le Ă  contre-emploi de Don Juan phallocrate rempli d'orgueil, Vincent Cassel suscite souvent l'irritation, voir parfois mĂŞme une violente antipathie par son indiffĂ©rence et son mĂ©pris Ă  contredire le dĂ©sarroi de son Ă©pouse. Si le cĂ´tĂ© redondant de leurs prises de bec alternant sĂ©parations/rĂ©conciliations peut Ă  force lasser une frange du public, la mise en scène plutĂ´t maĂ®trisĂ©e et le rĂ©alisme imparti Ă  la fragilitĂ© de leur quotidien parviennent modestement Ă  transcender cette lacune. On peut Ă©galement souligner le vent de libertĂ© accordĂ© aux seconds-rĂ´les servant de pilier amical afin de soutenir (dĂ©libĂ©rĂ©ment ou incidemment) le couple.


L'affliction amoureuse
Grâce à sa direction d'acteurs hors-pair où la diction des personnages épargne admirablement l'intonation théâtrale (trop rare pour ne pas le souligner chez le cinéma français), Mon Roi s'extirpe in extremis de la routine pour retracer avec une émotion tantôt prude tantôt brutale le chemin de croix vertigineux d'une femme aveuglée par la passion. Il en émane un moment d'émotion poignant émaillée de séquences intimistes d'une grave intensité, à l'instar de son épilogue bouleversant lorsque Maïwenn transfigure de manière chirurgicale la physionomie galante de Vincent Cassel sous le regard subtilement concentré d'Emmanuelle Bercot




mardi 23 février 2016

Land of the Dead / le territoire des morts.

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com

de George A. Romero. 2005. U.S.A/Canada/France. 1h37. Avec Simon Baker, John Leguizamo, Dennis Hopper, Asia Argento, Robert Joy, Eugene Clark, Joanne Boland.

Sortie salles France: 10 aoĂ»t 2005. U.S: 24 juin 2005

FILMOGRAPHIE: Georges Andrew Romero est un réalisateur, scénariste, acteur, auteur américain, né le 4 Février 1940 à New-York. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux Maléfiques. 1992: La Part des Ténèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead.


20 ans après le Jour des Morts-vivantsGeorges Romero s'entreprend en 2005 d'offrir une suite à sa trilogie proverbiale avec Land of the Dead. Série B horrifique avant tout conçue sur l'action d'affrontements homériques entre survivants et zombies, Land of the dead continue d'exploiter le thème de l'intelligence des zombies par le biais du souvenir et de l'instinct de l'habitude que le docteur Frankenstein su expérimenter plus tôt sur le sujet Bub. L'action d'aujourd'hui prend pour cadre une cité urbaine de Pittsburgh juste après l'apocalypse. Après avoir été trahi par le gouverneur Kaufman, un mercenaire latino s'y rebelle en lui dérobant l'éclaireur, un camion ultra perfectionné pourvu de lance-roquettes. Exigeant une rançon contre l'engin blindé, Kaufman renonce à sa transaction et fait appel à Riley afin de récupérer l'éclaireur. Epaulé de son adjoint Charlie et d'une marginale, ils partent accomplir leur mission au moment même où les zombies doués de lucidité s'organisent en masse pour affronter les vivants.


Etablissant une analogie au terrorisme du 11 septembre par le biais (avant-coureur) d'une menace interne, Land of the Dead exploite une intrigue suffisamment haletante et captivante pour y dĂ©noncer la responsabilitĂ© d'un dirigeant en tractation avec un activiste aussi vĂ©reux. En l'occurrence, Cholo, employĂ© de ravitaillement de nourriture dĂ©libĂ©rĂ© Ă  rĂ©cupĂ©rer sa part du gâteau après avoir Ă©tĂ© dupĂ©. Avec ironie (notamment pour le portrait Ă  contre-emploi de Dennis Hopper) et une violence gore dĂ©complexĂ©e, George A Romero parvient Ă  mettre en exergue une flamboyante bande-dessinĂ©e conçue sur l'efficacitĂ© d'enjeux de survie entre mercenaires, rupins et zombies. Outre l'intensitĂ© de cette dangereuse mission Ă  se disputer la mise d'un fourgon customisĂ©, Romero s'attarde Ă©galement d'y dresser un portrait humaniste sur cette communautĂ© dĂ©soeuvrĂ©e de zombies en instance de conscience. EveillĂ©s par la perspicacitĂ© rebelle d'un afro amĂ©ricain, ces derniers vont s'efforcer de concrĂ©tiser leur vengeance après avoir Ă©tĂ© exploitĂ©s par la cupiditĂ© de leurs ancĂŞtres. Formellement fascinant dans une photo scope aux teintes noires/azur, la scĂ©nographie urbaine affiche un onirisme macabre aussi envoĂ»tant que mĂ©lancolique, comme le soulignent les Ă©tats d'âme endeuillĂ©s de nos zombies et la loyautĂ© de dernier ressort des survivants. Pourvu d'un charisme infaillible, les comĂ©diens remarquablement dessinĂ©s parviennent Ă  donner chair Ă  leur personnage avec une vĂ©ritĂ© humaine parfois poignante et un hĂ©roĂŻsme jamais pĂ©dant (si on Ă©pargne le zèle assumĂ© de l'excellent John Leguizamo). Outre ses tĂŞtes d'affiche souvent mĂ©connues mais très attachantes par leur esprit de cohĂ©sion (principalement le duo Riley / Charlie), Land of the Dead est Ă©galement rehaussĂ© de la prĂ©sence photogĂ©nique des zombies putrĂ©fiĂ©s. Des ĂŞtres hagards sillonnant les ruelles urbaines avec une amertume souvent empathique dans leur condition dĂ©munie. Sous l'impulsion de cette menace en voie de sĂ©dition, l'univers crĂ©pusculaire dans lequel ils Ă©voluent nous magnĂ©tise l'esprit parmi la sobre Ă©motion d'un score particulièrement fragile (on pense aussi Ă  l'ambiance noire et ensorcelĂ©e d'un Carpenter par ex).


Si Land of the Dead n'atteint jamais la quintessence de la trilogie par son manque d'ambition et le contexte Ă©culĂ© de son message socio-politique, George Romero parvient tout de mĂŞme Ă  cristalliser une solide sĂ©rie B constamment efficace par sa structure narrative vigoureuse et la virilitĂ© d'un jeu d'acteurs Ă  la complicitĂ© commune. Petit bĂ©mol, et en dĂ©pit de sa sympathique prestance, on aurait peut-ĂŞtre aimĂ© un p'tit peu plus d'entrain de la part d'Asia Argento pour affirmer sa stature guerrière malgrĂ© la beautĂ© effrontĂ©e de son charme fĂ©lin. 

*Bruno
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lundi 22 février 2016

LES 7 CITES D'ATLANTIS

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

"Warlords of Atlantis" de Kevin Connor. 1978. Angleterre. 1h36. Avec Doug McClure, Peter Gilmore, Shane Rimmer, Capitaine Daniels, Lea Brodie, Michael Gothard, Hal Galili, John Ratzenberger, Derry Power.

Sortie salles France: 12 juillet 1978. U.S: 15 Mai 1978

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Kevin Connor est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né en 1937 à Londres (Royaume-Uni).
1973: Frissons d'outre-tombe. 1975: Le 6è Continent. 1976: Trial by combat. 1976: Centre Terre, septième continent. 1977: Le Continent Oublié. 1978: Les 7 cités d'Atlantis. 1979: Le Trésor de la Montagne Sacrée. 1980: Nuits de Cauchemar. 1982: La Maison des Spectres.


SpĂ©cialiste de l'aventure mythologique comme en tĂ©moignent le 6è Continent, Centre Terre-septième continent et Le Continent OubliĂ©, Kevin Connor rajoute une corde Ă  son arc avec Les 7 citĂ©s d'Atlantis, juste avant d'achever son cycle parmi le TrĂ©sor de la Montagne sacrĂ©e. Un spectacle familial aussi exaltant que spectaculaire lorsqu'une poignĂ©e d'aventuriers Ă©chouent sur l'Ă®le engloutie d'Atlantis pour y cĂ´toyer une Ă©trange civilisation. Car depuis la dictature du chef Atmir, ils vont devoir user de stratĂ©gies afin de s'Ă©chapper de ce lieu tenu secret depuis des millĂ©naires. Nanti d'effets spĂ©ciaux cheap mais nĂ©anmoins assez convaincants lorsqu'il s'agit de donner chair aux monstres prĂ©historiques, Les 7 CitĂ©s d'Atlantis exalte un parfum rĂ©tro rĂ©jouissant dans son alliage de fantaisie et d'action pĂ©rilleuses, de fantastique, de merveilleux mais aussi d'anticipation, sachant que le peuple extra-terrestre d'Atlantis est issu de la planète Mars. Si l'intrigue simpliste n'apporte aucune surprise au cheminement de survie de nos hĂ©ros, la vigueur des affrontements avec les monstres, les Ă©changes de tirs entamĂ©s contre l'ennemi et les situations excentriques (l'expĂ©rience du casque aux visions prĂ©monitoires) cultivent une modeste efficacitĂ© sous l'impulsion attachante de personnages solidaires. C'est sans compter sur la bonhomie des comĂ©diens de seconde zone (l'acteur fĂ©tiche en tĂŞte Doug McClurese) se prĂŞtant au jeu hĂ©roĂŻque avec ferveur alors que d'autres vont servir de transfuge pour endosser une fonction insidieuse inscrite dans la cupiditĂ©. Une manière efficiente d'Ă©picer l'intrigue de quelques revirements autour de la convoitise d'une relique en or.


Cheap et naĂŻf par son rĂ©cit dĂ©bridĂ©, sa scĂ©nographie en carton pâte ou en matte-painting et ses monstres articulĂ©s, mais dĂ©gageant un charme rĂ©tro irrĂ©sistiblement attachant, Les 7 CitĂ©s d'Atlantis constitue un divertissement familial gĂ©nĂ©reux et sincère dans sa modeste crĂ©ation dĂ©nuĂ©e de prĂ©tention. 


vendredi 19 février 2016

MASSACRE AU CAMP D'ETE

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site contrebandevhs.blogspot.fr

"Sleepaway Camp" de Robert Hiltzik. 1983. U.S.A. 1h24. Avec Felissa Rose, Jonathan Tiersten,
Karen Fields, Christopher Collet, Mike Kellin, Katherine Kamhi, Paul DeAngelo, Tom Van Dell.

Sortie salles U.S: 18 Novembre 1983

FILMOGRAPHIE: Robert Hiltzik est un producteur, scénariste et réalisateur américain.
1983: Massacre au camp d'été. 2008: Return to Sleepaway Camp (Video) .


Précédé d'une réputation sulfureuse pour la révélation traumatique du meurtrier lors d'un dénouement resté dans toutes les mémoires, Massacre au camp d'été surfe sur la vague déferlante du Slasher forestier initié par Vendredi 13. Bien que sa conclusion aussi originale qu'effrayante parvient réellement à susciter un malaise tangible, Massacre au camp d'été fait pâle figure comparé à son modèle et ses disciples beaucoup plus ludiques et maîtrisés (Carnage, Humongous, Survivance, Rituals). En dépit d'idées plutôt originales pour le genre (le trouble identitaire chez un refoulé sexuel et l'homosexualité suggérée chez certains suppléants autoritaires), l'intrigue peine à motiver notre intérêt tant les situations éculées sont paresseusement exploitées autour des humiliations quotidiennes d'une souffre-douleur autrefois traumatisée par la mort accidentelle de son père. Depuis ses persécutions, ses oppresseurs vont un à un faire les frais d'un mystérieux meurtrier multipliant les stratégies afin de les trucider de la manière la plus cruelle.


Sans une once de suspense ou de tension et sans chercher Ă  nous interroger sur l'Ă©ventuelle culpabilitĂ© d'un ou de plusieurs suspects, Robert Hiltzik Ă©maille son rĂ©cit de mises Ă  mort gentiment spectaculaires mais dĂ©samorcĂ©es du hors-champ si on Ă©pargne un meurtre Ă  l'arme blanche assez grotesque quand on se rĂ©fère Ă  la posture inexpressive de la victime. PrivilĂ©giant la rĂ©sultante du crime, le rĂ©alisateur rĂ©ussit tout de mĂŞme Ă  provoquer une certaine rĂ©pulsion lorsqu'un cuisinier s'Ă©bouillante le visage avec une marmite et quand un ado se retrouve coincĂ© dans les WC pour s'opposer Ă  un essaim d'abeilles. Au faible intĂ©rĂŞt narratif oĂą l'on peine notamment Ă  distinguer le caractère puĂ©ril de chaque personnage, le rĂ©alisateur n'Ă©pargne pas non plus le ridicule lorsque le moniteur du camp est persuadĂ© que le fidèle ami d'Angela constitue le vĂ©ritable meurtrier. Multipliant les outrances physiques et verbales, Mike Kellin (l'alcoolo entrevu dans le prologue de Survivance) fait preuve d'un cabotinage grotesque Ă  tenter de nous convaincre que cet Ă©ventuel suspect serait Ă  l'origine des mĂ©faits. Difficile donc d'Ă©prouver une quelconque empathie Ă  cette clique de vacanciers passant leur temps Ă  batifoler et flirter quand il ne s'agit pas de se gausser d'Angela. Souvent mutique et prostrĂ©e dans une lassante expression d'apathie, Felissa Rose parvient aussi timidement Ă  Ă©veiller la compassion dans son statut infortunĂ©.


Faute d'une rĂ©alisation aseptique, d'un scĂ©nario redondant et d'une direction d'acteurs maladroite, Massacre au camp d'Ă©tĂ© ne parvient pas Ă  captiver par son absence flagrante de suspense et de tension, et ce en dĂ©pit du contexte singulier imparti Ă  la pathologie de l'assassin. NĂ©anmoins, avec une grande indulgence, on peut juger le spectacle futilement plaisant avant de se confronter Ă  l'horreur viscĂ©rale de sa conclusion perturbante. Rien que pour ce moment d'anthologie, Massacre au camp d'Ă©tĂ© mĂ©rite tout de mĂŞme le coup d'oeil. 

jeudi 18 février 2016

LES FLEURS DE SANG / LA NUIT DE L'EPOUVANTAIL

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrorphilia.com

"Dark Night of the Scarecrow" de Frank De Fellita. 1981. U.S.A. 1h39. Avec Jocelyn Brando, Larry Drake, Charles Durning, Tonya Crowe.

Diffusion TV U.S: 24 Octobre 1981

FILMOGRAPHIEFrank De Fellita est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 3 Août 1921 à New-York. Il est le scénariste et producteur de l'Emprise et Audrey Rose.
1991: Scissors.  1986 Killer in the Mirror (TV Movie).  1981 Les fleurs de sang (TV Movie). 1979: The Two Worlds of Jennie Logan (TV Movie).  1973 Danger Doberman (TV Movie) (as Frank DeFelitta).  1965 The Stately Ghosts of England (TV Movie) .  1962 The DuPont Show of the Week (TV Series) (1 episode) . - Emergency Ward (1962).  1961 Assignment: Underwater (TV Series) (1 episode) . - Dead Weight (1961)


TĂ©lĂ©-film horrifique devenu au fil des dĂ©cennies un petit classique du genre, La Nuit de l'Epouvantail (ou les Fleurs de sang si je me rĂ©fère Ă  son exploitation en VHS) marqua toute une gĂ©nĂ©ration de spectateurs grâce Ă  ses multi-diffusions sur la chaĂ®ne la Cinq. Sous son format tĂ©lĂ©visuel, on est agrĂ©ablement surpris de se retrouver face Ă  une facture cinĂ©gĂ©nique ! Tant par le soin apportĂ© Ă  la rĂ©alisation, Ă  la musique envoĂ»tante, Ă  la prestance dĂ©pouillĂ©e des comĂ©diens (Charles Durning en tĂŞte dans un rĂ´le de pervers insidieux reniant toute rĂ©flexion irrationnelle !), Ă  sa photo contrastĂ©e et Ă  son ambiance inquiĂ©tante qui va planer durant tout le cheminement anxiogène des coupables. A la suite de l'agression d'une fillette par un chien; Bubba, l'idiot du village, est accusĂ© Ă  tort par un quatuor d'ouvriers avides d'auto-justice. PlanquĂ© derrière l'apparence d'un Ă©pouvantail au milieu d'un champ, Bubba est froidement abattu par ces derniers, persuadĂ©s qu'il Ă©tait Ă  l'origine du meurtre de la fille. Mais cette dernière survit pourtant Ă  ses blessures. RongĂ©s par le remord, ils dĂ©cident de maquiller le crime. RelaxĂ©s par la justice, ils se retrouvent dès leur sortie persĂ©cutĂ©s par une prĂ©sence invisible si bien que l'un d'eux succombe Ă  un accident meurtrier. 


En exploitant habilement le thème de l'Ă©pouvantail meurtrier, Frank De Fellita parvient Ă  faire naĂ®tre une certaine angoisse grâce Ă  la suggestion d'un surnaturel sans fard. Et c'est bien lĂ  la vraie qualitĂ© de La Nuit de l'Epouvantail (renouer avec un Fantastique Ă©thĂ©rĂ©) tant le cinĂ©aste rĂ©fute Ă  se laisser animer par un regain de surenchère ou de grand guignol (l'Ă©pouvantail symbolique Ă©tant Ă©galement peu prĂ©sent Ă  l'Ă©cran). L'intrigue privilĂ©gie donc l'expectative des meurtres souvent perpĂ©trĂ©s de manière accidentelle si bien que l'on est en droit de se questionner sur l'Ă©ventuelle culpabilitĂ© d'un complice revanchard (la mère de Bubba, l'avocat et la fillette seront successivement suspectĂ©s par les complices criminels). En jouant avec les nerfs de ces quatre gugusses malmenĂ©s par leur leader autoritaire et Ă©pris de panique Ă  affronter le danger sous-jacent, Frank De Fellita distille un suspense diffus au fil de leurs tourments tout en dressant un portrait dĂ©risoire sur leur mĂ©diocritĂ© morale. EpaulĂ© d'un score lancinant, l'ambiance ombrageuse y gagne en intensitĂ© parmi son efficacitĂ© narrative s'attachant surtout Ă  dĂ©noncer la lâchetĂ© et l'intolĂ©rance de tortionnaires incapables de discerner la bontĂ© de l'innocence. Par l'impulsion spontanĂ©e d'un personnage dĂ©ficient inĂ©vitablement attachant, on peut vanter la prestance Ă©motive de Larry Drake tant il parvient Ă  susciter l'empathie pour sa tendre amitiĂ© entretenue avec la fillette mais aussi pour sa condition psychologiquement torturĂ©e d'endurer une traque impitoyable avant de subir la cruautĂ© d'un lynchage communautaire. S'identifiant Ă  ce personnage martyr, nous Ă©prouvons donc un vrai intĂ©rĂŞt Ă  suivre les motivations occultes d'une menace sans visage et Ă  y dĂ©couvrir qui se cache Ă©ventuellement derrière le masque parmi l'impuissance terrifiĂ©e des quatre engeances.


Grâce Ă  son efficacitĂ© narrative et l'art de relater avec simplicitĂ© un conte horrifique promu par l'effet de suggestion (la dernière image onirique marque aussi les esprits), La Nuit de l'Epouvantail captive et inquiète sous l'impulsion d'un surnaturel indicible titillant l'imagination nĂ©vrosĂ©e de ses oppresseurs. Digne d'une oeuvre de cinĂ©ma, une excellente sĂ©rie B Ă  redĂ©couvrir avec vif intĂ©rĂŞt !

18.02.16 (3èx)
15.03.11 (422 v)

mercredi 17 février 2016

L'IMPORTANT C'EST D'AIMER. César de la meilleure actrice, Romy Schneider.

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site critikat.com

d'Andrzej Zulawski. 1975. Allemagne/France/Italie. 1h52. Avec Romy Schneider, Fabio Testi, Jacques Dutronc, Claude Dauphin, Roger Blin, Gabrielle Doulcet, Michel Robin, Guy Mairesse, Katia Tchenko.

Sortie salles France: 12 février 1975 (avec mention: Interdit aux - de 18 ans).

FILMOGRAPHIE: Andrzej Zulawski est un réalisateur, scénariste, écrivain, metteur en scène de théâtre polonais, né le 22 Novembre 1940 à Lwow (Lviv).
1971: La Troisième partie de la nuit. 1972: Le Diable. 1975: L'Important c'est d'aimer. 1981: Possession. 1984: La Femme Publique. 1985: L'Amour Braque. 1987: Sur le globe d'Argent. 1989: Mes Nuits sont plus belles que vos jours. 1989: Boris Godounov. 1991: La Note Bleue. 1996: Chamanka. 2000: La Fidélité. 2015: Cosmos.


                                                Une chronique exclusive de Mathias Chaput

Synopsis :
Servais Mont est un reporter photographe qui a couvert de grands événements, notamment la guerre du Vietnam et les conflits en Algérie...
Dorénavant il végète un peu à droite à gauche, scrutant le moindre scoop pouvant lui rapporter un maximum d'argent facile...
Il n'hésite donc pas à faire des photos pornographiques en effectuant des clichés de gens partouzards à leur insu, derrière une glace sans tain !
Alors qu'il déboule clandestinement sur le tournage d'un film, il prend en photo l'actrice Nadine Chevalier alors qu'elle effectue une scène très difficile à jouer (l'amour avec un homme sur le point de mourir)...
Très vite une relation ambigüe va se nouer entre les deux protagonistes car le mari de Nadine est impuissant et ne lui fait, pour ainsi dire, jamais l'amour...
Nadine voit en Servais un échappatoire et une possibilité d'assouvir et de réguler ses pulsions et ses fantasmes sexuels débridés !
Mais l'homme reste hermétique à tout celà...
Le film relate donc les difficultés des relations dans un couple et transcrit les tenants et les aboutissants d'un périclitement conjugal, avec comme issue, soit la mort soit la déception éternelle...


Mon avis :

"L'important c'est d'aimer" est un des films les plus "posés" du grand Zulawski, ici beaucoup moins de survoltage et de délires baroques que l'on retrouvera dans ses métrages postérieurs...

Zulawski prend tout son temps pour délivrer les émotions et les angoisses de ses comédiens et s'applique, comme toujours, à relater des tranches de vie de gens écorchés vifs, souffrant d'une pathologie inhérente à leurs conditions, en l'occurrence ici, à leurs vies de couples !

Dès le démarrage, on est dans le ton : Romy Schneider se donne à fond et sans retenue et Testi semble comme un électron libre, vacillant dans un univers d'opprobre, cerné par un entourage de pervers aussi repoussants que sociopathes...


Les personnages secondaires sont également bien entamés notamment Michel Robin en vieil alcoolique atteint de délirium et Kinski déjà à la folie bien amorcée qui électrise le film par sa composition au summum de la catharsis...

Ceci étant, "L'important c'est d'aimer" n'occulte nullement l'aspect dramatique et tragique et fait des transferts/parallèles entre le monde virtuel (celui du cinéma) et l'univers réel (les difficultés du quotidien et de la gestion d'un couple)...

Ce n'est d'ailleurs pas innocent si l'oeuvre de Zulawski s'inspire de la "Nuit américaine", sorte de mise en abyme de la pièce de théâtre que Nadine essaie, non sans mal, de jouer, captant avec difficultés ce que le réalisateur veut lui inculquer et insuffler...


Zulawski, par son immense talent, arrive avec facilité via une direction d'acteurs au cordeau, à décortiquer des situations lambda et fréquentes, que nous avons tous plus ou moins déjà rencontrées, et provoque un bouleversement affectif aussi bien dans ses séquences que chez le spectateur...

En gros, il nous explique que le plus simple c'est juste d'AIMER sans se poser de questions et rendre heureux ceux qui nous entourent et que l'on aime...

La dernière phrase du film veut tout dire et se conclut par un "Je t'aime" dans  la bouche de Romy Schneider !

Je dédicace ma critique à Pierre, qui lui aussi a tant d'amour à donner et à recevoir !

Note : 9/10

Récompense: César de la Meilleur Actrice, Romy Schneider, 1976.

mardi 16 février 2016

SUBURRA

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Stefano Sollima. 2015. Italie/France. 2h15. Avec Pierfrancesco Favino, Greta Scarano, Jean-Hugues Anglade, Elio Germano, Alessandro Borghi, Giulia Gorietti, Lidia Vitale, Claudio Amendola.

Sortie salles France: 9 décembre 2015. Italie : 14 octobre 2015

FILMOGRAPHIE: Stefano Sollima, né le 4 mai 1966 à Rome, est un cinéaste et réalisateur italien. FILMS: 2012: A.C.A.B.: All Cops Are Bastards. 2015: Suburra. SERIES TV: Un posto al sole - soap opera (2002), La squadra - série TV, 7 épisodes (2003 - 2007), Ho sposato un calciatore - mini série (2005),
Crimini - série TV, épisodes Il covo di Teresa, Mork et Mindy et Luce del nord (2006 - 2010)
Romanzo criminale, 22 épisodes (2008 - 2010). Gomorra, 12 épisodes (2014 - 2015).


Révélé par le film A.C.A.B. et les séries TV, Romanzo Criminale et Gomorra, Stefano Sollima n'en finit plus de prouver l'étendue de son talent avec une nouvelle bombe sépulcrale, Suburra. D'une puissance émotionnelle rigoureuse pour les revirements impromptus des vendettas criminelles (on ne devine jamais quel est la prochaine victime à trépasser et par qui elle sera exécuté !), l'intrigue retrace avec souci de réalisme et de limpidité le déclin en chute libre de clans mafieux se disputant le projet de casinos parmi la complicité véreuse d'un parlementaire et d'un cardinal. Ou comment la mort par overdose d'une mineure va déclencher chez eux une dérive d'exactions revanchardes depuis la culpabilité d'un politique. Fort d'une mise en scène épurée et d'une bande-son stylisée constamment ensorcelante, Suburra nous immerge de plein fouet dans cet univers vénéneux où chacun des témoins tentent d'accéder à la suprématie avec une détermination intraitable. L'emploi de la violence chez la nouvelle génération s'avérant notamment désordonnée et d'une cruauté sans limite dans leurs pulsions de rancoeur et d'allégeance. A cet égard, les éclairs de violence poisseuse qui traversent le récit font preuve d'une crudité acérée quand bien même une certaine fascination malsaine s'en extrait sans sombrer dans la complaisance.


Chaque exĂ©cution n'Ă©tant que le vecteur des consĂ©quences tragiques d'une rĂ©action en chaĂ®ne de vendetta mafieuse. Si l'intrigue Ă©culĂ©e a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© maintes fois exploitĂ©e dans les classiques du genre que Scorcese, De Palma, Mann et Coppola ont su optimiser avec quintessence, Stefano Sollima parvient Ă  renouveler les codes grâce Ă  la virtuositĂ© de sa rĂ©alisation d'une prĂ©cision mĂ©tronome, son rĂ©alisme brut, sa tension alerte et Ă  l'autoritĂ© viscĂ©rale de comĂ©diens criants de vĂ©ritĂ©. Des sales gueules burinĂ©es au pouvoir de sĂ©duction infaillible dans leur posture orgueilleuse Ă  se disputer la mise d'une transaction pharaonique. TĂ©nĂ©breuse lorsque la ville d'Ostie nous est reprĂ©sentĂ©e comme un dĂ©dale tentaculaire corrompu par le Mal, Suburra fait appel au lyrisme par sa puissance dramatique en ascension, puis Ă  l'onirisme dĂ©senchantĂ© lorsque les hommes rĂŞvent d'un Eden inaccessible quand bien mĂŞme les femmes dĂ©pendent de leur machisme avant que l'une d'elle n'entreprenne une riposte. Sous l'impulsion vaniteuse de ces tĂ©moins tributaires de leur dĂ©chĂ©ance vĂ©nale, Suburra fascine et hypnotise nos sens avec une vigueur Ă©motionnelle vertigineuse. Car on ne compte plus les scènes d'anthologie tantĂ´t sensuelles (sexe et mort s'uniformisent lors d'un triolisme), tantĂ´t criminelles (la fusillade dans le supermarchĂ©, la poursuite en voiture, Spoil ! la mort d'un rival sous les yeux impuissants de son amie fin du Spoil) que Stefano Sollima transcende au grĂ© d'une charpente narrative souvent inopinĂ©e par ces ripostes furibondes.


Vision hallucinĂ©e et crĂ©pusculaire d'un univers de corruption proche du chaos (le prĂ©ambule nous averti dĂ©jĂ  d'une fatale apocalypse et la chronologie journalière des Ă©vènements dramatiques va confirmer la prophĂ©tie !), Suburra dĂ©peint le venin du pouvoir par le biais du sexe et de l'argent. Un monde de dĂ©chĂ©ance humaine oĂą chacun des rupins lâches, cyniques, pleutres et insidieux vont payer le prix fort de leur insolence mĂ©galo. Fort d'une bande-son Ă©lectrisante appuyant un lyrisme dĂ©senchantĂ©, ce polar mafieux confine irrĂ©mĂ©diablement au chef-d'oeuvre opĂ©ratique par son rĂ©alisme aussi poisseux que stylisĂ© et sa distribution au charisme fĂ©lin Ă©trangement sĂ©ducteur. 



samedi 13 février 2016

AMY

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Asif Kapadia. 2015. Documentaire. 2h02. Amy Winehouse, Mitchell Winehouse, Janis Winehouse, Raye Cosbert, Nick Shymanksy, Blake Fielder-Civil, Mos Def, Tyler James, Juliette Ashby.

Sortie salles France: 8 Juillet 2015. U.S: 3 Juillet 2015

FILMOGRAPHIE: Asif Kapadia, né à Hackney (Londres) en 1972, est un cinéaste britannique d'origine indienne. 1994 : Indian Tales. 1996 : The Waiting Room. 1996 : Wild West. 1997 : The Sheep Thief. 2001 : The Warrior. 2006 : The Return. 2007 : Far North. 2008 : Uneternal City
2008 : Trancity. 2008 : My World. 2010 : Senna. 2012 : The Odyssey. 2013 : Standard Operating Procedure. 2015 : Amy. 2016 : Ali and Nino


Chronique express:

Gloire et décadence d'une cendrillon trop fragile pour subsister.

Retraçant avec une Ă©motion aussi prude que rigoureuse l'ascension puis le dĂ©clin de la diva du Jazz, Amy Whinehouse, ce documentaire unique nous immerge de plein fouet dans sa quotidiennetĂ© intime et professionnelle sans faire preuve de voyeurisme ou de racolage pour sa dĂ©liquescence liĂ©e Ă  la toxicomanie et pour l'instabilitĂ© sentimentale de ses liaisons conjugales. Sous l'impulsion fragile car humaniste d'une mĂ©lomane jamais prĂ©tentieuse, son parcours fulgurant nous dĂ©voile l'envers du dĂ©cor du showbizz par son statut de cĂ©lĂ©britĂ©. Une manière probante de rĂ©gler aussi des comptes avec la cupiditĂ© des producteurs, la rapacitĂ© des journalistes et la raillerie des mĂ©dias vis Ă  vis de sa dĂ©chĂ©ance autant morale que physique. EmaillĂ© de chansons inoubliables autour de l'intervention familiale, les managers et les proches amis, Amy met en exergue parmi leur humble tĂ©moignage son dĂ©sarroi, sa solitude, son impuissance et son Ă©puisement Ă  se dĂ©faire de l'alcool et la drogue depuis sa dictature professionnelle (elle est contrainte de respecter la clause de ses contrats) et sa rupture amoureuse. Hypnotique car immersif et sensoriel, il en Ă©mane un bouleversant (pour ne pas dire dĂ©chirant) portrait de femme-enfant par son franc naturel, son insouciance libertaire, sa fantaisie parfois exubĂ©rante, sa passion des sentiments et son dĂ©sir immodĂ©rĂ© de tendresse.


Biopic exhaustif inscrit dans sa passion musicale, Amy suscite une intensité émotionnelle en chute libre pour son parcours chaotique car c'est dans la mort (le suicide ?) qu'elle fuira la pression et les paillettes de sa starisation pour accéder malgré elle (la célébrité n'a jamais été son ressort professionnel) à une figure emblématique du jazz.

Dédicace à Guylian Pinchard et Frederic Serbource