
Le chien de Max devait être euthanasié.
L'un des faits les plus touchants du tournage.
Le chien qui accompagne Max fut trouvé dans un refuge seulement un jour avant son euthanasie programmée. Un membre de l'équipe remarqua son caractère lorsqu'il joua spontanément avec une pierre. Il fut adopté pour le film puis recueilli par un technicien après le tournage. Les bruits des moteurs l'effrayaient tellement qu'on lui fabriqua des bouchons d'oreilles spéciaux.
Ce que j'aime dans ce genre d'anecdote, c'est qu'elle casse un peu la magie tout en la renforçant paradoxalement. À l'écran, ce chien paraît parfaitement intégré à l'univers de Mad Max 2. On pourrait croire qu'il est dressé pour survivre dans le désert post-apocalyptique depuis des années.
C'est aussi ce qui rend les films de George Miller si attachants. Derrière leur apparence de mythes modernes, on retrouve souvent quelque chose de très concret, presque artisanal. Mad Max 2 a été tourné avec une équipe relativement modeste, beaucoup d'ingéniosité et une bonne dose de débrouillardise. Les véhicules, les costumes, les cascades, les animaux : tout semble exister physiquement devant la caméra.
Et puis il faut reconnaître que ce chien possède un véritable charisme. Dans certains plans, il vole presque la vedette à Mel Gibson. Son regard constamment en alerte, sa façon de surveiller les alentours ou de récupérer des objets donnent l'impression qu'il a sa propre histoire dans ce monde en ruines.
Il y a quelque chose de presque symbolique dans cette histoire. Dans un univers où la civilisation s'est effondrée, où l'égoïsme et la violence semblent avoir remplacé toute forme de solidarité, la relation entre Max et son chien constitue l'un des rares liens sincères du film. Le chien ne trahit pas, ne manipule pas, ne convoite rien. Il accompagne simplement Max dans sa solitude.
Savoir qu'en dehors de la fiction, cet animal était lui-même condamné avant d'être sauvé par hasard ajoute une dimension supplémentaire à leur relation. C'est d'autant plus émouvant que George Miller ne cherche jamais à en faire un compagnon attendrissant au sens hollywoodien du terme. Le chien est débrouillard, indépendant, parfois presque aussi sauvage que son maître. Il appartient pleinement à cet univers.
D'ailleurs, lorsque le chien disparaît du récit, c'est souvent l'un des moments les plus douloureux pour les spectateurs. Beaucoup se souviennent davantage de son sort que de celui de certains personnages humains. Cela dit quelque chose de la tendresse discrète que Miller parvient à faire exister au milieu de toute cette brutalité.
Et puis il y a cette image magnifique : Max, devenu une légende errante, partageant son maigre repas avec un chien récupéré dans les ruines du monde. Sans grands discours, cela raconte déjà énormément sur le personnage.
Je me demande même si ce n'est pas le dernier véritable compagnon de Max avant que le mythe ne l'engloutisse complètement. Après Mad Max 2, il devient presque une silhouette, un fantôme traversant les déserts de l'histoire.
Une petite anecdote supplémentaire : le chien était si peu impressionné par les acteurs déguisés en pillards que l'équipe devait parfois attirer son attention avec de la nourriture ou des jouets hors champ pour qu'il regarde dans la bonne direction. Ce survivant des refuges ne semblait guère intimidé par les barbares de l'apocalypse !
Je suis persuadé que si George Miller avait tourné dix minutes supplémentaires centrées sur lui, les fans de Mad Max les regarderaient encore aujourd'hui avec le même enthousiasme que le reste du film.
D'ailleurs, parmi tous les compagnons animaux du cinéma post-apocalyptique, il reste pour beaucoup l'un des plus mémorables, précisément parce qu'il n'est jamais humanisé. Il demeure un chien, avec ses instincts, ses réflexes et son indépendance. Cela le rend paradoxalement plus réel et plus attachant.
Et entre nous, être sauvé d'une euthanasie pour finir immortalisé dans l'un des plus grands films d'action jamais réalisés, ce n'est pas un mauvais destin.
- Celle du coeur noir des images.




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