(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
"Quand l’instinct pervers dĂ©vore l’innocence sacrifiĂ©e."
DĂ©couverte hier soir du film An American Crime de Tommy O'Haver , inĂ©dit en salle puisqu’il est directement sorti en DVD chez nous le 1er juin 2011, alors qu’il date de 2007. Il faut prĂ©ciser que ce fait divers avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© traitĂ© auparavant la mĂŞme annĂ©e avec The Girl Next Door, rĂ©alisĂ© par Gregory M. Wilson.
Ici, on a une version plus suggĂ©rĂ©e de ce fait divers sordide. Ă€ savoir que durant l’Ă©tĂ© 1965, un couple confie leurs filles, Sylvia et sa petite sĹ“ur Jenny, Ă une femme au foyer, Gertrude Baniszewski. Ce qui devait ĂŞtre une simple hospitalitĂ© va devenir un vĂ©ritable cauchemar pour l’une des deux sĹ“urs, puisque pendant plusieurs mois, Sylvia sera sĂ©questrĂ©e et torturĂ©e, non seulement par la femme qui garde les enfants, mais aussi par les propres enfants de cette femme, dans la cave de leur maison en Indiana.
Si An American Crime ne possède pas une violence aussi explicite que The Girl Next Door, il n’en demeure pas moins absolument Ă©prouvant - je pèse mes mots - dans sa capacitĂ© Ă nous terrifier et nous Ă©cĹ“urer lorsqu’une femme d’apparence aimable s’adonne au sadisme et Ă la perversitĂ© pour des motifs qui nous Ă©chappent, mĂŞme si elle souffre de dĂ©pression et suit un traitement mĂ©dicamenteux.
Mais le plus glaçant reste la manière dont le rĂ©alisateur montre comment ce sadisme peut contaminer toute une assemblĂ©e d’enfants, qui perdent progressivement leur innocence dans une spirale de cruautĂ© gratuite parfois insoutenable.
C’est donc peu dire que An American Crime est un film odieux, mais dans le sens noble du terme, puisqu’il ne se complaĂ®t jamais dans le voyeurisme ni dans la surenchère. Bien au contraire, il impose une distance qui rend le tout encore plus insoutenable. Grâce Ă l’interprĂ©tation bouleversante d’Elliot Page, absolument dĂ©chirante d’impuissance et de fragilitĂ© candide, le film devient un vĂ©ritable requiem.
On peut Ă©galement souligner la performance de Catherine Keener, tĂ©tanisante de froideur dans le rĂ´le de Gertrude Baniszewski, figure maternelle Ă la fois effacĂ©e, impassible et atone, dont l’ambiguĂŻtĂ© morale continue de hanter bien après la vision.
Le film intègre enfin une dimension judiciaire à travers des séquences de procès où sont exposés les jugements des différents accusés, renforçant encore la dimension clinique et implacable du récit.
An American Crime est ainsi un terrible fait divers mis en scène avec pudeur, dignitĂ© et prĂ©cision. On en ressort abasourdi, voire dĂ©truit, face Ă une cruautĂ© morale et physique qui sature l’Ă©cran 1h30 durant.
Autant dire qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’en sortir indemne.
A ne pas mettre entre tous les yeux.
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

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