vendredi 5 mai 2017

Le Crocodile de la Mort / Eaten Alive. Licorne d'Or, Rex de Paris, 1978.


"Death Trap / Eaten Alive" de Tobe Hooper. 1977. U.S.A. 1h31.Avec Neville Brand, Mel Ferrer, Carolyn Jones, Marilyn Burns, William Finley, Stuart Whitman, Robert Englund, Janus Blythe.

Sortie en salles en France le 24 Mai 1978. U.S.A: Mai 1977.

FILMOGRAPHIE: Tobe Hooper est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 25 Janvier 1943 Ă  Austin (Texas)
1969: Eggshells, 1974: Massacre à la Tronçonneuse, 1977: Le Crocodile de la Mort, 1979: The Dark (non crédité), 1981: Massacre dans le Train Fantome, 1982: Poltergeist, 1985: Lifeforce, 1986: l'Invasion vient de Mars, Massacre à la Tronçonneuse 2, 1990: Spontaneous Combustion, 1993: Night Terrors, 1995: The Manglers, 2000: Crocodile, 2004: Toolbox Murders, 2005: Mortuary, 2011: Roadmaster.

                                     

"J'm'appelle Buck et j'veux baiser !".
Trois ans après l’onde de choc Massacre Ă  la Tronçonneuse, Tobe Hooper renoue avec l’horreur poisseuse pour transcender Ă  nouveau un cauchemar sur pellicule, cette fois installĂ© dans un motel marĂ©cageux. Mais Ă  la suite d’un diffĂ©rend avec la production, il quitte le projet en plein tournage, laissant au producteur Mardi Rustam le soin de prendre la relève. AllouĂ© d’un budget plus confortable et entièrement tournĂ© en studio, ce film commanditĂ© pour surfer sur le succès de Massacre… et des Dents de la mer s’inspire des exactions d’un vĂ©ritable tueur en sĂ©rie des annĂ©es 30 : Joe Ball. Ancien soldat de la Première Guerre mondiale, parfois surnommĂ© “l’homme alligator”, Ball fut propriĂ©taire d’une auberge et d’un Ă©tang oĂą il Ă©levait cinq crocodiles. Il les nourrissait de chiens et de cochons vivants… avant d’y sacrifier vingt femmes.

Au-delĂ  de son atmosphère visuelle, flirtant parfois avec le surnaturel (Ă©clairages criards Ă  l’appui), Le Crocodile de la Mort conserve un pouvoir de fascination intact dans son tableau caustique de l’AmĂ©rique rurale. Le scĂ©nario linĂ©aire (un tenancier et son alligator sèment la mort parmi les touristes Ă©garĂ©s) sert de prĂ©texte Ă  une enfilade de meurtres saignants. Hooper y impose de nouveau sa patte : une ambiance putride, moite, Ă©touffante, dans le dĂ©cor hostile d’un motel de Louisiane. Dès le prologue, une Ă©trangetĂ© plane - les couleurs saturĂ©es d’orange et de rouge criard - tandis qu’une jeune catin, hĂ©sitante, s’approche d’une auberge semblant surgir d’un conte de fĂ©e vitriolĂ©.

Le cadre hospitalier et la menace larvĂ©e rappellent Psychose, et Hooper pousse l’hommage jusqu’Ă  Ă©vacuer son hĂ©roĂŻne dès le premier quart d’heure, alors mĂŞme que le spectateur commençait Ă  s’attacher Ă  sa fragilitĂ©. ProstituĂ©e en herbe, rudoyĂ©e par un client brutal, elle connaĂ®tra une mort sauvage, poignardĂ©e Ă  coups de fourche dans une scène d’une violence viscĂ©rale.
 
 
L’arrivĂ©e d’un couple nĂ©vrosĂ©, accompagnĂ© d’un chien et d’une fillette, relance la mĂ©canique. Ils feront Ă  leur tour les frais du taulier azimutĂ© et de son crocodile, lors de scènes de panique Ă  l’intensitĂ© presque dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. En dĂ©pit de l’aspect parfois brinquebalant du croco en carton-pâte, Hooper le rend menaçant, surgissant des eaux blafardes pour dĂ©vorer ses proies avec une voracitĂ© fĂ©tide. Une sĂ©quence, notamment, gagne en tension : une fillette, tĂ©tanisĂ©e, assiste impuissante Ă  l’attaque de son chien tombĂ© dans l’Ă©tang.

Plus tard, le père et la sĹ“ur de la première victime se rendent Ă  l’auberge pour interroger le propriĂ©taire, intriguĂ©s par sa disparition. Au-delĂ  de son atmosphère lourde, quasi irrespirable, le film fascine par sa galerie de personnages dĂ©glinguĂ©s. Une horde de machistes cintrĂ©s, dominĂ©e par Neville Brand, impĂ©rial en taulier ravagĂ©, suintant la dĂ©mence. Troisième Ĺ“il vrillĂ©, cheveux hirsutes, regard d’ancien du Vietnam - il incarne Ă  merveille cette figure de patriarche flĂ©tri, oĂą la misogynie devient pulsion homicide.

Pour intensifier cette dĂ©mence poisseuse, Hooper mĂŞle Ă  son image saturĂ©e une bande-son dissonante, oĂą se tĂ©lescopent grĂ©sillements de transistor et tubes country dĂ©saccordĂ©s. Et la dernière demi-heure, furieuse, cauchemardesque, bascule dans une frĂ©nĂ©sie hystĂ©rique, digne de Massacre…, lors de courses-poursuites escarpĂ©es Ă  travers bois, chambres et soubassements crasseux du motel.


"La gueule bĂ©ante de l’AmĂ©rique".
Baignant dans une atmosphère mortifère, malsaine, suffocante, oĂą chaque marginal, obsĂ©dĂ© ou nĂ©vrosĂ© incarne un fragment d’AmĂ©rique profonde, rustre, Ă©grillarde et paumĂ©e, Le Crocodile de la Mort se dresse comme une fable d’horreur furibarde. Ă€ mi-chemin entre conte sardonique et mĂ©taphore du trauma vietnamien, Hooper Ă©rige avec brio, dignitĂ© et insolence un second classique de l’horreur sociale, jalonnĂ© de sĂ©quences choc, propulsĂ©es par des hurlements stridents.
Un authentique (second) chef-d’Ĺ“uvre traumatique. Ă€ rĂ©habiliter d’urgence.


A Marilyn Burns, décédée le 5 Août 2014...

*Bruno 
21.03.25. vost
05.05.17
17.08.11 (307)


RĂ©compensesGrand Prix (Licorne d'Or) et Prix d'InterprĂ©tation masculine pour Neville Brand au festival du film fantastique du Rex Ă  Paris en 1978.



jeudi 4 mai 2017

Un Ange pour Satan / Un angelo per Satana

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site themoviedb.org

de Camillo Mastrocinque. 1966. Italie. 1h32. Avec Barbara Steele, Anthony Steffen, Ursula Davis, Aldo Berti, Maureen Melrose, Vassili Karamesinis.

Sortie salles France: 24 Mai 1967. Italie: 4 Mai 1966

FILMOGRAPHIE: Camillo Mastrocinque est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur italien nĂ© Ă  Rome le 11 mai 1901, dĂ©cĂ©dĂ© le 23 avril 1969. 1936 : Regina della Scala (it). 1938 : L'orologio a cucĂą. 1940 : Don Pasquale. 1940 : La danza dei milioni. 1941 : I mariti. 1942 : Fedora. 1943 : Mariage secret, tournĂ© en Espagne. 1947 : Perdu dans les tĂ©nèbres. 1947 : Il segreto di don Giovanni. 1948 : L'Homme aux gants gris. 1948 : Le Choix des anges. 1949 : Duel sans honneur. 1950 : Plus fort que la haine. 1956 : La Banda degli onesti. 1956 : Totò, Peppino e... la malafemmina. 1957 : Dites 33. 1958 : Parisien malgrĂ© lui. 1958 : Domenica è sempre domenica. 1958 : La Loi de l'homme. 1959 : La cambiale. 1959 : Brèves amours. 1960 : Noi duri. 1960 : Petites femmes et haute finance. 1960 : Incorrigibles parents. 1961 : Totòtruffa 62. 1962 : Un beau chassis. 1962 : Diciottenni al sole. 1962 : Gli eroi del doppio gioco . 1964 : Un cĹ“ur plein et les poches vides. 1964 : La Crypte du vampire. 1966 : Un ange pour Satan. 1968 : Totò Story. 1968 : La piĂą bella coppia del mondo.


"BeautĂ© damnĂ©e, regard d’Ă©bène".
Bijou de gothisme transalpin tournĂ© dans un somptueux noir et blanc, Un Ange pour Satan offre Ă  la reine de l’horreur l’occasion de dĂ©voiler sans retenue l’ampleur de son talent, Ă  travers un double rĂ´le liĂ© Ă  la possession dĂ©moniaque. Je parle bien entendu de l’icĂ´ne Barbara Steele, qui transperce ici encore l’Ă©cran de son regard d’Ă©bène et de sa sensualitĂ© capiteuse, euphĂ©misme. Modeste production longtemps occultĂ©e dans sa filmo pourtant foisonnante, Un Ange pour Satan est exhumĂ© de l’oubli en DVD sous l’effigie de Seven 7 puis aujourd'hui en Blu-ray et Dvd chez Artus Films. Une aubaine tant sa raretĂ© en avait fait une chimère. Et les amateurs auraient tort de s’en priver, tant le cinĂ©aste Camillo Mastrocinque impose une rigueur formelle et narrative qui envoĂ»te irrĂ©mĂ©diablement, par une approche du gothique typiquement italienne.

Ecoutez un peu le commencement de son rĂ©cit : Ă€ la suite du retour inattendu de la jeune Harriet, nièce du comte Montebruno, et de la restauration d’une Ă©trange statuette, les villageois redoutent le rĂ©veil d’une malĂ©diction bicentenaire menaçant leur quiĂ©tude. Très vite, Harriet semble possĂ©dĂ©e par l’esprit d’une ancĂŞtre noyĂ©e dans la jalousie et la rancune, blessĂ©e par sa propre beautĂ©.  

Baignant dans une envoĂ»tante atmosphère de mystère, le film se dĂ©ploie sous l’impulsion viciĂ©e d’une Barbara Steele habitĂ©e, pulsionnelle, presque spectrale. Un Ange pour Satan orchestre un ballet de manipulations et de perversitĂ©s, tout entier tissĂ© autour de la fourberie du Mal. Plusieurs villageois, fragiles, s’Ă©garent dans les filets d’une mante religieuse obsĂ©dĂ©e par l’idĂ©e d’ĂŞtre aimĂ©e — proies masculines ou fĂ©minines, nul n’est Ă  l’abri. La force du rĂ©cit rĂ©side dans ces stratĂ©gies perfides, dans cette sĂ©duction Ă©rotique redoublĂ©e qu’Harriet exerce avec une facilitĂ© presque surnaturelle, manipulant son entourage en Ă©tat de vertige face Ă  sa beautĂ© tĂ©nĂ©breuse (euphĂ©misme j'vous dit !).

Outre la puissance des enjeux dĂ©moniaques liĂ©s Ă  ce pouvoir de fascination irrĂ©pressible, le film distille lentement mais sĂ»rement une cruautĂ© sourde, une dramaturgie impitoyable oĂą l’innocence finit par payer le prix fort. Ă€ l’instar des unions brisĂ©es que le village subit en silence, jusqu’au cĂ©rĂ©monial funèbre final.


"Un visage, deux âmes : Barbara Steele au seuil du Mal".
D'autant plus renversant lors de son final Ă  rebondissements retors, Un Ange pour Satan demeure un spectacle d’Ă©pouvante dĂ©licieusement captivant, ancrĂ© dans une ambiance gothique monochrome aux charmes troubles. Car plus que tout, c’est le jeu ambivalent de Barbara Steele qui ensorcelle : entre noirceur Ă©lĂ©gante (bon sang ce regard infernal !), masochisme larvĂ© et sensualitĂ© vĂ©nĂ©neuse. Un Ange pour Satan est une Ă©pure de chaque instant portĂ©e par les thĂ©matiques rĂ©trogrades du patriarcat, de la jalousie, du refoulement sexuel et de la superstition sous le pivot d'une Ă©mancipation fĂ©minine osant mĂŞme se frotter au saphisme. 

Bruno
04.06.25. 3èx 

mercredi 3 mai 2017

POLICE FEDERALE, LOS ANGELES

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"To Live and Die in L.A." de William Friedkin. 1985. U.S.A. 1h56. Avec William L. Petersen, Willem Dafoe, John Pankow, Debra Feuer, John Turturro, Darlanne Fluegel, Dean Stockwell, Steve James, Robert Downey Sr.

Sortie salles France: 7  Mai 1986. U.S: 1er Novembre 1985.

FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un réalisateur, scénariste et producteur de film américain, né le 29 août 1935 à Chicago (Illinois, États-Unis). Il débute sa carrière en 1967 avec une comédie musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaîtra la consécration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux récompensés à la cérémonie des Oscars d'Hollywood. 1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: Têtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police Fédérale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: Traqué. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.


Echec public en France alors qu'aujourd'hui tous les cinĂ©philes s'accordent Ă  dire qu'il s'agit d'un des plus grands polars des annĂ©es 80, Police Federale, Los Angeles renouvelle le genre avec un esthĂ©tisme stylisĂ© aussi baroque qu'envoĂ»tant. William Fridekin filmant scrupuleusement la capitale de Los Angeles sous une photo crĂ©pusculaire aussi hyper rĂ©aliste que lĂ©chĂ©e. Polar Ă  la fois haletant et intense menĂ© par un trio de comĂ©diens furibards dans leur fonction combative, Police Federale... tire-parti de sa grande efficacitĂ© grâce Ă  son intrigue anticonformiste bafouant les règles de la biensĂ©ance. Chien fou avide de revanche derrière son insigne, Richard Chance tente d'apprĂ©hender un dangereux faussaire ayant assassinĂ© au prĂ©alable son meilleur ami Ă  deux jours de la retraite. Avec l'aide d'un co-Ă©quipier, il dĂ©cide de braquer illĂ©galement un convoyeur afin de proposer une transaction au contrefacteur en Ă©change de ses billets volĂ©s. Mais rien se dĂ©roulera comme prĂ©vu. 


Autour de scènes d'actions d'une violence âpre et d'une anthologique course-poursuite automobile Ă  la fois inventive, originale et effrĂ©nĂ©e (sans toutefois Ă©galer celle de French Connection), William Friedkin magnifie les portraits anti-manichĂ©ens de flics aussi bien vĂ©reux qu'empotĂ©s Ă  la poursuite d'un artiste criminel (il peint des tableaux en dehors de ses activitĂ©s de faussaire) d'une sĂ©duction vĂ©nĂ©neuse (comme le souligne la fidĂ©litĂ© de sa compagne vĂ©nale). D'une audace aussi inouĂŻe que dĂ©concertante quant Ă  la tournure des Ă©vènements dramatiques, Police Federale... illustre avec une ambition formelle la dĂ©liquescence morale de deux flics impliquĂ©s dans l'illĂ©galitĂ© d'un braquage oĂą les consĂ©quences de leurs actes s'avĂ©reront tragiques. Vengeance sournoise et jeu de manipulation menĂ©s sur un rythme trĂ©pidant, notamment grâce au brio de sa mise en scène particulièrement innovante si bien que l'on se surprend du caractère baroque de certaines sĂ©quences Ă  la limite du surrĂ©alisme (le final symbolique imposant un brasier infernal face au tĂ©moignage d'un flic en mutation identitaire), Police Federale... insuffle une emprise hypnotique au fil d'une structure narrative dangereusement lĂ©tale. Les flics sur le qui-vive et les seconds-rĂ´les flirtant avec le Mal de manière parfois Ă©quivoque (Ă  l'instar de l'avocat "bicĂ©phale" et de la compagne de Richard Chance en libertĂ© conditionnelle, potentiellement complice de la dĂ©route policière).


Au rythme d'une BO pop / Ă©lectro typique des annĂ©es 80, Police FĂ©dĂ©rale, Los Angeles affiche une intensitĂ© magnĂ©tique au cours de son intrigue reptilienne oĂą les figures du Bien et du Mal se jumellent pour un vĂ©nĂ©neux enjeu de vengeance. Outre l'implication très spontanĂ©e des comĂ©diens habitĂ©s par une fureur de vaincre, on reste autant frappĂ© par la stylisation d'une urbanisation hyper documentĂ©e aux Ă©clairages oniriques. Du grand art (moderne) pour une rĂ©fĂ©rence du genre se renouvelant Ă  chaque visionnage si bien que la pellicule de Friedkin semble habitĂ©e par une entitĂ© rampante.    

Bruno Dussart
3èx

mardi 2 mai 2017

PITCH BLACK

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de David Twohy. 2000. U.S.A. 1h48. Avec Vin Diesel, Radha Mitchell, Cole Hauser, Keith David,
Lewis Fitz-Gerald, Rhiana Griffith.

Sortie salles France: 19 Juillet 2000. U.S: 18 Février 2000

FILMOGRAPHIE: David Twohy est un réalisateur et scénariste américain, né le 18 octobre 1955 à Los Angeles (États-Unis). 1992 : Timescape. 1996 : The Arrival. 2000 : Pitch Black. 2002 : Abîmes.
2004 : Les Chroniques de Riddick. 2009 : Escapade fatale. 2013 : Riddick.


SĂ©rie B moulĂ©e Ă  l'ancienne si j'ose dire, de par l'amour et l'intĂ©gritĂ© du rĂ©alisateur Ă  honorer le genre autour de l'efficacitĂ© de scènes d'actions percutantes et le souci formel d'une scĂ©nographie dĂ©paysante, Pitch Black assure le spectacle, aussi modeste soit-il. A partir d'un schĂ©ma narratif orthodoxe inspirĂ© de la saga Alien, David Twohy en extirpe un haletant survival menĂ© sur le rythme soutenu d'une action jamais gratuite ou racoleuse. ConfinĂ©s sur une planète solaire Ă  la suite de leur crash, une poignĂ©e de survivants doit se confronter Ă  l'agressivitĂ© de crĂ©atures vampires n'attaquant qu'au crĂ©puscule. Hors, une Ă©clipse est sur le point d'apparaĂ®tre au moment mĂŞme oĂą nos hĂ©ros tentent d'accĂ©der au vaisseau d'une base scientifique afin de fuir. Exploitant Ă  merveille le cadre insolite d'une planète incandescente si bien que la nuit ne peut voir le jour (Ă  une seule exception !), David Twohy oscille les teintes colorĂ©es avec l'appui d'une photo dĂ©saturĂ©e, surexposĂ©e puis progressivement fluctuante quant Ă  la dernière partie naturellement crĂ©pusculaire. EgarĂ© au sein de ce no man's land spatial, le spectateur observe les rĂ©currents dĂ©placements de nos protagonistes avec une fascination mĂŞlĂ©e d'apprĂ©hension depuis que des crĂ©atures extra-terrestres tapies dans les grottes se prĂ©parent Ă  l'affront.


Ces dernières numérisées s'avérant assez photogéniques et singulières pour provoquer l'effet escompté (à 2/3 plans en CGI ratés près !) lors d'attaques aériennes aussi furtives que cinglantes. Outre l'intensité des agressions homériques que nos survivants affrontent vaillamment durant une course contre la montre (celle de survivre le temps d'une nuit interminable !), Pitch Black est notamment valorisé par le refus de concession du sort de ces derniers. Opposant les confrontations obtuses entre un chasseur de primes et un évadé de prison prénommé Riddick (que Vin Diesel cabotine avec une virilité égocentrique en mastard intraitable !), l'intrigue joue sur leurs conflits d'autorité avec une certaine ambiguïté. Dans le sens où Riddick, anti-héros par excellence que n'aurait pas renié Plissken, s'avère assez énigmatique dans ses intentions rebelles à privilégier la loi du plus fort et du plus rusé. Au coeur de leur dissension morale, une jeune héroïne préalablement compromise par ses sentiments contradictoires d'égoïsme et d'indulgence (le prologue met clairement en lumière son désir de préserver sa peau au péril de ses pairs) va tenter de se racheter et d'apporter un regain d'humanisme et de fraternité quant à l'austérité de Derrick en instance (d'éventuelle) clémence.


Affichant une fulgurance formelle atmosphĂ©rique au sein d'un paysage post-apo horrifique, Pitch Black fait presque office de modèle d'efficacitĂ© dans son lot de scènes d'actions parfois impitoyables si bien que n'importe quel survivant peut trĂ©passer d'une sĂ©quence Ă  l'autre (le dĂ©nouement en Ă©tonnera d'ailleurs plus d'un !). Constamment inventif lorsqu'il s'agit de mettre en lumière sa scĂ©nographie nocturne parmi l'appui d'un anti-hĂ©ros nyctalope et parmi l'attirail de gadgets fluos que nos survivants improvisent en guise de survie, l'action ne cesse de rebondir sous leurs impulsions pugnaces tantĂ´t sournoises. 

Eric Binford
3èx

Définition de Nyctalope: faculté de voir la nuit

lundi 1 mai 2017

LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site uniqueman.over-blog.org

de Pierre B. Reinhard. 1987. France. 1h16. Avec Véronique Catanzaro, Kathryn Charly, Sylvie Novak, Anthea Wyler, Laurence Mercier, Patrick Guillemin.

Sortie salles France: 16 Septembre 1987.

FILMOGRAPHIE: Pierre B. Reinhard est un rĂ©alisateur français nĂ© en 1951. 2003: France nymphos (TV Movie). 1998 French Lolita.  1994 Baise Ă  Budapest (Video). 1993 Le grand guignol. 1989 Initiation d'une jeune marquise. 1988 Le diable rose.  1987 La revanche des mortes vivantes. 1987 Le nain assoiffĂ© de perversitĂ©. 1986 L'Ă©tĂ© les petites culottes s'envolent. 1986 Dressage. 1986 Adolescentes pour satyres. 1985 Outrages transsexuels des petites filles violĂ©es et sodomisĂ©es. 1985 La perverse châtelaine dans l'Ă©curie du sexe. 1984 De la pĂ©nĂ©tration par tous les trous. 1984 Extases anales. 1984 Bien au fond du petit trou. 1984 Les besoins de la chair. 1983 La voisine est Ă  dĂ©puceler. 1983 La grande giclĂ©e. 1983 Le bal du viol. 1983 Laisse tomber ta culotte. 1983 Femmes par derrière. 1982 Le pensionnat des petites salopes. 1982 Caresseuses expertes. 1982 DĂ©lices d'un sexe chaud et profond. 1982 Les caprices d'une souris. 1981 Tracking. 1981 Baisez les otages. 1981 Trois Bavaroises Ă  Paris. 1980 Maison de plaisir. 1980 Paradise. 1979 Refais-le moi encore. 1979: Orgasmes.  1978 PĂ©nĂ©trations multiples. 1978 Baisez-moi. 1977 Entrecuisses.


SĂ©rie Z franchouillarde rĂ©alisĂ©e par un habituĂ© de films pornographiques, La Revanche des mortes-vivantes est une aberration filmique Ă  faire passer le Lac des Morts-vivants pour un chef-d'oeuvre. A partir d'une intrigue aussi ridicule qu'incohĂ©rente (après leur dĂ©cès, 3 mortes-vivantes se vengent des responsables industriels de leur mort), Pierre B. Reinhard pastiche (involontairement) le genre avec une maladresse digne d'une production X. Tant pour l'amateurisme des comĂ©diens aussi inexpressifs que patauds, pour son montage Ă  la fois elliptique et foutraque, pour son leitmotiv musical rĂ©barbatif que pour son ambiance horrifique proprement grotesque dans ses vaines tentatives de provoquer l'apprĂ©hension.


A l'instar des déambulations tantôt apathiques, tantôt furtives de nos trois mortes-vivants grimées d'un masque mortifère alors que leur simple appareil ne nous signale aucune trace de putréfaction ! On peut d'ailleurs prétendre par tant d'incohérences, de bêtises et de non-sens que le réalisateur serait éventuellement réfractaire au genre horrifique pour s'en railler de manière tacite. Pur produit des années 80 surfant sur la mode des films gores générés par nos voisins transalpins, Pierre Reinhard se contente donc de filmer cette plate vengeance d'outre-tombe parmi l'exploitation d'un érotisme trivial (filmé à l'instar d'une production X) et d'un gore malsain typiquement latin. Sur ce dernier point, on peut tout de même s'amuser de l'aspect répulsif de trois séquences sanglantes assez viscérales que Benoit Lestang a su assez adroitement façonner. Au détour de cette imagerie complaisante émerge d'ailleurs un moment zinzin d'une originalité incongrue, à savoir le viol collectif d'une jeune secrétaire que nos 3 zombies dévergondées perpétuent sans gêne. Une séquence nécrophile aussi ridicule que génialement débridée culminant avec une exaction sexuelle audacieusement crapuleuse ! Sans nul doute la meilleure séquence du film par son effet de surprise effronté !


D'une nullitĂ© affligeante difficilement surpassable (mĂŞme si "la rĂ©vĂ©lation" incluse dans les Bonus du Dvd Neo fait preuve d'un peu plus de cohĂ©rence quant Ă  la dĂ©froque grotesque des mortes-vivantes !), la Revanche des Mortes-vivantes provoque tout de mĂŞme en intermittence l'amusement par son amateurisme ringard digne d'une production Magma (l'Ă©curie du X spĂ©cialisĂ©e dans les films amateurs durant les annĂ©es 90 qu'un comĂ©dien s'amuse Ă  citer Ă  travers une rĂ©plique) et par sa dĂ©rision que le rĂ©alisateur sous-entend par tant de "je m'enfoutisme". 

Bruno Matéï
3èx

vendredi 28 avril 2017

Zardoz

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cartelesmix.com

de John Boorman. 1974. Angleterre. 1h46. Avec Sean Connery, Charlotte Rampling, Sara Kestelman, Niall Buggy, John Alderton.

Sortie salles France: 13 Mars 1974. U.S: 6 Février 1974

FILMOGRAPHIE: John Boorman est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain, nĂ© le 18 Janvier 1933 Ă  Shepperton (Royaume-Uni). 1965: Sauve qui peut. 1967: Le Point de non-retour. 1968: Duel dans le pacifique. 1970: Leo the last. 1972: DĂ©livrance. 1974: Zardoz. 1977: L'Exorciste 2. 1981: Excalibur. 1985: La ForĂŞt d'Emeraude. 1987: Hope and Glory. 1990: Tout pour rĂ©ussir. 1995: Rangoon. 1998: Le GĂ©nĂ©ral. 2001: Le Tailleur de Panama. 2003: In my Country. 2006: The Tiger's Tail. 2014 : Queen and Country.


Synopsis :
En 2293, des survivants de l’apocalypse, les Brutes et les Éternels, se disputent le pouvoir depuis l’intrusion de l’Exterminateur Zed dans le vortex de ces derniers. Semant la zizanie autour de lui, Zed tente de bouleverser les règles de leur hiĂ©rarchie en cherchant Ă  dĂ©couvrir qui tire rĂ©ellement les ficelles derrière le tabernacle : un cristal dĂ©miurge potentiellement créé par des savants fous afin d’offrir l’immortalitĂ© Ă  une poignĂ©e de survivants privilĂ©giĂ©s. Pendant ce temps, Ă  l’extĂ©rieur du vortex, les Brutes perpĂ©tuent leur gĂ©nocide envers les laissĂ©s-pour-compte selon les prĂ©ceptes du dieu Zardoz.

Trip hallucinogène au cĹ“ur d’un paysage dystopique surgi de nulle part (ah, ce masque de pierre se dĂ©plaçant dans les airs tel un dirigeable pour enfanter la guerre !), expĂ©rience mĂ©taphysique autour de notre questionnement spirituel et du sens de notre mortalitĂ©, Zardoz aborde les thèmes de l’immortalitĂ© et de la crĂ©ation divine avec une folie furieuse sans Ă©gale. En grossissant le trait de la dĂ©rision, le film pourrait presque s’apparenter Ă  un improbable croisement entre Les Diables de Ken Russell et La Montagne sacrĂ©e de Jodorowsky, mâtinĂ© de La Machine Ă  explorer le temps.

Tant pour son audace formelle Ă  la fois inĂ©puisable et Ă©lectrisante, pour l’excentricitĂ© de ses personnages aux cimes d’une folie collective que pour ses thèmes mystiques invoquant un Dieu manipulateur. BoudĂ© par le public et assassinĂ© par la critique Ă  sa sortie - avant que son succès en VHS ne lui permette d’accĂ©der au rang de film culte - Zardoz ne peut laisser indiffĂ©rent par sa vigueur visuelle « schizophrène » que John Boorman orchestre avec une ambition dĂ©lurĂ©e.

Si l’intrigue hermĂ©tique se perd parfois en cours de route (la dernière demi-heure part en vrille de manière aussi chaotique qu’effarouchĂ©e, du moins lors d’un premier visionnage) et que son cheminement narratif souvent elliptique donne le vertige Ă  travers une multitude d’indices nĂ©buleux, le spectacle furieusement grisant hypnotise nos sens jusqu’au vertige cĂ©rĂ©bral. Certains spectateurs, toujours aussi impassibles face Ă  ce programme expĂ©rimental, continuent de railler l’accoutrement sexy de Sean Connery en brute virile plantureuse et de conspuer ses figurants bigarrĂ©s tout droit sortis d’un Ă‚ge de cristal sous LSD. Pourtant, Zardoz fascine incessamment par sa facture psychĂ©dĂ©lique Ă©minemment ensorcelante.

Son thème existentiel opposant mortalitĂ© et immortalitĂ© suggère d’ailleurs que l’Ă©ternitĂ© pourrait ĂŞtre synonyme d’ennui : privĂ©e d’enjeu, de plaisir et d’accomplissement, elle viderait l’existence de toute saveur. Comme si notre unique destin consistait finalement Ă  perpĂ©tuer la vie sur Terre par l’entremise d’une cohĂ©sion familiale. Car la vie a sans doute davantage de valeur lorsque nous ignorons le temps qu’il nous reste.


"Le Magicien d’Oz."
Atypique, Ă©trange au possible, sibyllin, dĂ©concertant, fascinant, hypnotique, Zardoz demeure un ovni d’anticipation passionnant par sa satire philosophique oĂą religion et fanatisme se voient ici mystifiĂ©s par un habile maĂ®tre-chanteur (Oz !). L’un des spectacles les plus hallucinants jamais inscrits sur pellicule, un vĂ©ritable mad movie Ă  dĂ©couvrir de prĂ©fĂ©rence Ă  jeun, au risque sinon de flirter avec une douce dĂ©mence… ou une incomprĂ©hension totale.

Il faut le voir pour le croire.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

*Bruno 
5èx. 13.03.26.  07.05.24. Vostfr

jeudi 27 avril 2017

CHRONIC. Prix du Scénario, Cannes 2015

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site AllocinĂ©.fr

de Michel Franco. 2015. Mexique. 1h34. Avec Tim Roth, Tate Ellington, Bitsie Tulloch, Maribeth Monroe et Cleo Monroe, Claire van der Boom

Sortie salles France: 21 octobre 2015

FILMOGRAPHIE: Michel Franco est un réalisateur et scénariste né en 1979 à Mexico. 2009 : Daniel y Ana. 2012 : Después de Lucía. 2013 : A los ojos. 2015 : Chronic. 2017 : Las hijas de Abril


Relatant avec une rare pudeur la rĂ©alitĂ© quotidienne de David, un infirmier auprès du chevet de ces malades en phase terminale, Chronic insuffle un climat dĂ©primant relativement lourd et sans Ă©chappatoire. Abordant les thèmes de la maladie, de la solitude et de la mort avec un rĂ©alisme quasi documentaire, Michel Franco opte pour une mise en scène clinique afin de plonger le spectateur dans la rĂ©alitĂ© morose de ces patients extrĂŞmement fragiles quant Ă  leur situation de survie. Parfois Ă©prouvant et blafard par le biais de sĂ©quences intimistes d'une intensitĂ© dramatique inopinĂ©e (leurs crises d'angoisse et leurs symptĂ´mes pathologiques que David s'efforce d'assister sans rĂ©pit), Chronic ausculte leurs derniers instants sous l'assistance de cet infirmier prĂ©venant. Et ce en dĂ©pit de l'Ă©goĂŻsme de certains d'entre eux (notamment l'entourage familial) n'hĂ©sitant pas Ă  le discrĂ©diter pour des motifs personnels d'euthanasie, de dĂ©ni ou d'insolence colĂ©rique.


Au-delà des rapports sensiblement amicaux que se partagent ces malades avec leur aide-soignant, l'intrigue met en parallèle la remise en question de David à reprendre contact avec sa famille qu'il n'a pas revu depuis des années, et ce depuis l'injustice de la mort. Davantage conscient de la fragilité de la vie et de la mort inéluctable que chacun d'entre nous devra un jour traverser, David reprend contact auprès des siens avec une retenue timorée. Taciturne, placide et d'une patience à toute épreuve, Tim Roth se glisse dans la peau de cet infirmier altruiste avec une dimension humaine souvent poignante si bien que derrière sa carrure virile s'y cache une contrariété sous-jacente. Par le truchement de ce personnage aussi volontaire qu'exemplaire, Chronic rend dignement hommage au métier d'infirmier armé de patience et de rigueur morale à s'occuper et se préoccuper des malades dans l'intimité la plus confidentielle (notamment leurs bains de toilette quotidiens). Quand aux seconds-rôles imputés aux grabataires, ils nous bouleversent de manière viscérale par leurs expressions à la fois hagardes et démunies sans JAMAIS s'appuyer sur une sinistrose racoleuse. Sur ce point, Michel Franco frappe juste et fort dans son parti-pris documenté de privilégier coûte que coûte la pudeur au sein d'une quotidienneté souvent mutique où le non-dit prime.


Un film choc mais pudibond sur la fatalité de la maladie létale.
Poignant et bouleversant, dur et difficile, dĂ©primant et pesant, Chronic ne nous laisse pas indemne pour tĂ©moigner de la maladie incurable parmi le tĂ©moignage impuissant mais empathique du corps infirmier redoublant de tact et modestie Ă  accompagner le souffrant jusqu'au dernier souffle. On sera d'autant plus frappĂ© d'amertume et de morositĂ© quand Ă  la brutalitĂ© impromptue de sa conclusion qui en dit long sur l'improvisation de la mort.  

Dédicace à Pascal Frezzato
Bruno Dussart

mercredi 26 avril 2017

LE BAISER DU DIABLE

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

Una vela para el diablo /A candle for the Devil d'Eugenio Martin. 1973. Espagne. 1h31. Avec Avec Aurora Bautista, Esperanza Roy, Judy Geeson, Vic Winner (Victor Alcazar), Lone Fleming, Blanca Estrada.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Eugenio Martin est un réalisateur et scénariste espagnol, né en 1925 à Grenade. 1983: Sobrenatural. 1965: L'uomo di Toledo. 1966: Les Tueurs de l'Ouest. 1969: La vida sigue igual. 1971: Les 4 Mercenaires d'El Paso. 1972: Terreur dans le Shangaï express. 1972: Pancho Villa. 1973: La Chica del Molino Rojo. 1973: Una vela para el diablo (as Eugene Martin). 1966: Les Tueurs de l'Ouest. 1964: Mes Aventuriers de la Jungle. 1961: Les Corsaires des Caraïbes.


CĂ©lèbre pour avoir rĂ©alisĂ© le gĂ©nialement barrĂ© Terreur dans le ShangaĂŻ Express, Eugenio Martin est Ă©galement l'auteur d'une petite curiositĂ© ibĂ©rique sortie un an plus tard, "Una vela para el diablo" restĂ© inĂ©dite dans nos contrĂ©es. PropriĂ©taires d'une pension, deux soeurs catholiques sombrent dans la criminalitĂ© Ă  la suite de l'exhibition d'une jeune fille en maillot de bain sur le toit de leur Ă©tablissement. Inquiète de son absence, la soeur de la victime se rend sur les lieux et s'Ă©tonne du rigorisme des mĂ©gères rivalisant d'intolĂ©rance castratrice. 


SĂ©rie B horrifique dĂ©diĂ©e Ă  son ambiance aussi baroque (certains dĂ©cors domestiques de la pension) que (tantĂ´t) malsaine, le Baiser du Diable puise son charme dans sa facture visuelle typiquement hispanique, Ă  l'instar du trouble et atmosphĂ©rique Cannibal Man, et dans la prestance vĂ©nĂ©neuse des deux sexagĂ©naires plutĂ´t insidieuses par leur idĂ©ologie rĂ©actionnaire. L'une d'elle se rĂ©confortant discrètement dans les bras d'un jeune amant de 20 ans d'Ă©cart quand bien mĂŞme l'autre ose secrètement observer les corps dĂ©nudĂ©s d'ados batifolants dans une rivière. Cette sĂ©quence dĂ©rangeante s'avère l'Ă©picentre de dĂ©viance morale si bien que durant son dĂ©part, cette dernière s'Ă©corchera le corps (et ce de manière masochiste !) au moment de traverser un champs semĂ© de ronces. MĂŞme si la caractĂ©risation distincte des deux soeurs aurait gagnĂ© Ă  ĂŞtre un peu plus Ă©toffĂ©e, Eugenio Martin les dirigent tout de mĂŞme avec suffisamment d'habiletĂ© et d'attention pour mettre en exergue leur dĂ©liquescence immorale Ă  s'autoriser le crime en guise d'expiation. JalonnĂ© de quelques meurtres parfois sanglants et assez violents, Le Baiser du Diable se permet aussi d'insuffler en fin de parcours un petit suspense oppressant en la prĂ©sence perplexe de la soeur de la victime en investigation autonome.


La providence du mal.
Réquisitoire vitriolé contre l'obscurantisme et plaidoyer pour l'émancipation féminine au sein d'une société réactionnaire en mutation, Le Baiser du Diable emprunte le genre horrifique parmi l'exploitation d'un gore (gentiment) crapoteux et d'un érotisme polisson issu du roman photo. Une sympathique curiosité au climat d'étrangeté assez séduisant, à découvrir avec attention.

Remerciement particulier Ă  Video Party Massacre

Eric Binford.

mardi 25 avril 2017

MES VIES DE CHIEN

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site solarmovie.net

"A Dog's Purpose" de Lasse Hallström. 2017. U.S.A. 1h40. Avec K.J. Apa, Britt Robertson, Josh Gad, Dennis Quaid, Peggy Lipton, Juliet Rylance, John Ortiz

Sortie salles France: 19 Avril 2017. U.S: 27 Janvier 2017

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lasse Haekstrom est un réalisateur et scénariste suédois, né le 2 Juin 1946 à Stockholm (Suède). 1975: A Guy and A gal. 1985: Ma vie de chien. 1991: Ce cher Intrus. 1993: Gilbert Grape. 1995: Amours et mensonges. 1996: Lumièe et compagnie. 1999: l'Oeuvre de Dieu, la part du Diable. 2000: Le Chocolat. 2001: Terre Neuve. 2005: Une vie inachevée. 2005: Casanova. 2006: Faussaire. 2009: Hatchi. 2010: Dear John. 2012: Des saumons dans le désert. 2012 : L'Hypnotiseur. 2013 : Un havre de paix. 2014 : Les Recettes du bonheur. 2017: Mes vies de chien. 2018: The Nutcracker and the Four Realms.


Par le rĂ©alisateur de Hatchi, le plus traumatisant des films canins, Mes vies de chien reprend le thème de l'Ă©ternelle amitiĂ© qui unit un chien et son maĂ®tre sous le pilier mystique de la rĂ©incarnation. AgĂ© de 8 ans, Ethan parvient Ă  convaincre ses parents d'adopter un chien abandonnĂ© qu'il prĂ©nomme Bailey. Rapidement, un lien amical se tisse entre les 2 compagnons qui mènent une existence paisible, et ce en dĂ©pit de l'alcoolisme du père d'Ethan. Contraint de se sĂ©parer de son chien durant quelques temps, Ethan est un beau jour alertĂ© par ses grands-parents que Bailey est sur le point de mourir, faute de son âge avancĂ©. PassĂ©s les adieux, Bailey se rĂ©incarne sous une autre apparence canine afin de vivre une nouvelle existence en compagnie d'un policier et avant de dĂ©couvrir au fil d'autres rĂ©incarnations l'instinct filial d'une retrouvaille amicale indĂ©fectible. ComĂ©die familiale pĂ©trie de bons sentiments, d'Ă©motions et de tendresse, Mes Vies de chien constitue une leçon de vie derrière l'apparence candide d'un chien loyal conscient de l'importance du temps prĂ©sent et de son entourage familial Ă  travers ses multiples vies.


En dĂ©pit de cette incohĂ©rence existentielle (il s'avère Ă  mon sens impossible de se remĂ©morer avec autant de prĂ©cisions nos passĂ©s antĂ©cĂ©dents si on est partisan de la mĂ©tempsychose, et ce mĂŞme si parfois l'impression de dĂ©jĂ -vu pourrait nous aiguiller sur cette croyance spirituelle) et de certaines facilitĂ©s assez conventionnelles (le sketch centrĂ© autour de la romance du jeune couple afro-amĂ©ricain), mes Vies de chien joue la carte du divertissement amiteux avec assez d'efficacitĂ© pour tĂ©moigner de la fidĂ©litĂ© lĂ©gendaire qui unit le chien et l'homme. Outre cette intense amitiĂ© que se partagent de prime abord Ethan et Bailey, l'action se renouvelle ensuite assez efficacement par le principe des rĂ©incarnations successives que Bailey rencontre lors de conditions de vie hĂ©tĂ©roclites. Au passage, le rĂ©alisateur en profite pour dĂ©noncer brièvement (et sans complaisance) la maltraitance animale par le biais d'un jeune couple marginal, quand bien mĂŞme les chiens de sauvetage sont Ă©galement mis en exergue pour leur rendre dignement hommage (sans toutefois m'Ă©taler sur la polĂ©mique d'une condition de tournage). Enfin, l'intrigue culmine ensuite vers une dernière partie rĂ©solument Ă©mouvante Ă  travers les thèmes de la dĂ©sillusion et de la rĂ©demption amoureuses. Le temps qui passe inexorablement, le regret de n'avoir pu saisir sa chance au moment propice, l'amertume de la solitude et de la vieillesse, Lasse Haekstrom les abordent avec une prude Ă©motion sous le tĂ©moignage amical de Bailey dĂ©libĂ©rĂ© Ă  combler son maĂ®tre. Car conscient du poids de la solitude de celui-ci, il se rĂ©sout Ă  exaucer un voeux inavouable de sa part et lui rappeler le sens de l'existence (concilier l'amour et le partager Ă  son entourage durant nos vies indĂ©finies) grâce Ă  son exceptionnelle mĂ©moire.


Si tout le pĂ©riple initiatique de Bailey s'avère gentiment naĂŻf, un brin puĂ©ril (renforcĂ© de la voix-off du chien nous exprimant ouvertement ses pensĂ©es intimes de manière un peu trop infantile) et que nous sommes Ă  100 lieux de la puissance dramatique de l'Ă©prouvant Hatchi, Mes Vies de chien insuffle toute de mĂŞme une tendre Ă©motion autour de l'Ă©ternelle fidĂ©litĂ© du chien et de son maĂ®tre. A travers ses retrouvailles Ă  la fois inespĂ©rĂ©es et bouleversantes, Lasse Haekstrom amorce une poignante Ă©motion en la prĂ©sence inopinĂ©e de Dennis Quaid, presque mĂ©connaissable en sexagĂ©naire esseulĂ© (il n'est âgĂ© que de 63 ans durant le tournage !) car physiquement marquĂ© par les Ă©preuves du temps de son propre vĂ©cu. 

Bruno Matéï

lundi 24 avril 2017

SUBWAY. César du Meilleur Acteur: Christophe Lambert

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alamy.com

de Luc Besson. 1985. France. 1h38. Avec Isabelle Adjani, Christophe Lambert, Richard Bohringer, Michel Galabru, Jean-Hugues Anglade, Jean-Pierre Bacri, Jean Bouise, Jean Reno.

Sortie salles France: 10 Avril 1985

FILMOGRAPHIE: Luc Besson est un réalisateur, producteur, et scénariste français né le 18 mars 1959 à Paris. 1983: Le Dernier combat, 1985: Subway, 1988: Le Grand Bleu, 1990: Nikita, 1991: Atlantis, 1994: Léon, 1997: Le 5è élément, 1999: Jeanne d'Arc, 2005: Angel-A, 2006: Arthur et les Minimoys, 2009: Arthur et la vengeance de Maltazard, 2010: les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, Arthur 3, la guerre des 2 mondes, 2011: The Lady. 2013 : Malavita. 2014 : Lucy. 2017 : Valérian et la Cité des mille planètes.


Gros succès public en France (2 920 588 entrĂ©es), qui plus est couronnĂ© de 3 prix aux CĂ©sars (Meilleur Son, Meilleurs DĂ©cors et Meilleur Acteur pour Christophe Lambert), Subway est la seconde rĂ©alisation de Luc Besson. Un nĂ©ophyte prometteur si bien qu'il nous avait dĂ©jĂ  Ă©patĂ© avec le Dernier Combat, aventure post-apo intime incroyablement audacieuse par le choix de sa photo monochrome et le mutisme des comĂ©diens privĂ©s de dialogues. Prenant ici pour cadre insolite le mĂ©tro parisien et ses sous-sols secrètement amĂ©nagĂ©s par d'Ă©tranges marginaux (un culturiste, un voleur de sac, un vendeur de fleurs, des musiciens en herbe), Subway tire parti de son irrĂ©sistible charme en la prĂ©sence attachante de ces comĂ©diens s'en donnant Ă  coeur joie dans la ruse et l'extravagance. Jeu du gendarme et du voleur menĂ© avec beaucoup de fantaisie, d'insolence, d'actions et de dĂ©contraction, l'intrigue linĂ©aire se focalise sur les tribulations d'un braqueur de coffre-fort (Christophe Lambert, Ă©patant d'aplomb dans sa bonne humeur expansive !) Ă©pris d'amour pour sa dernière victime, la jeune bourgeoise HĂ©lĂ©na (qu'endosse gracilement Isabelle Adjani).


Durant ses errances dans le mĂ©tro, il s'aventure dans les sous-sol pour y faire la rencontre de sdf vivants en marge de la ville. Pendant ce temps, la police tente d'apprĂ©hender un cleptomane exerçant ses larcins en patin Ă  roulettes, et Fred, pris Ă  parti avec des musiciens en smoking ainsi qu'un sbire de l'Ă©poux d'hĂ©lĂ©na contraint de le supprimer depuis un racket. Il est Ă©tonnant de constater qu'Ă  la vue de son script plutĂ´t frivole, Subway dĂ©gage nĂ©anmoins un charme capiteux, et ce jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin que le chanteur Arthur Simms transfigure mĂ©lodieusement parmi son tube "It's Only Mystery". Alternant requĂŞte romantique auprès du couple contradictoire Lambert/Adjani et pĂ©ripĂ©ties musclĂ©es que se disputent la police avec Fred et ses acolytes, Subway dĂ©tonne agrĂ©ablement par sa lĂ©gèretĂ© cocasse que Luc Besson coordonne avec brio perfectible mais scrupuleux (dynamisme du montage "Ă  l'amĂ©ricaine" en sus comme en tĂ©moigne sa bondissante sĂ©quence d'ouverture). Politiquement incorrect, notamment lorsqu'il se raille de l'attitude hautaine d'une famille de prĂ©fets auquel est invitĂ©e HĂ©lĂ©na, Luc Besson nous attache Ă  une galerie de marginaux peu recommandables mais terriblement attachants dans leur fonction libertaire de survie teintĂ©e de fraternitĂ©. Sans jamais se prendre au sĂ©rieux, ce dernier parvient efficacement Ă  afficher un ton original lors de leurs pĂ©rĂ©grinations quand bien mĂŞme Christophe Lambert et Isabelle Adjana mènent la danse sous l'impulsion d'un groupe rock en ascension musicale.


ComĂ©die d'aventures Ă  la fois dĂ©complexĂ©e et excentrique tirant parti de son attraction par sa simplicitĂ© et son dĂ©paysement, Subway demeure un ovni dĂ©licieusement rĂ©tro au sein de l'Ă©poque candide des annĂ©es 80. Car il n'a en l'occurrence rien perdu de sa fougue, de sa douce folie et de son tempĂ©rament insolent sous l'impulsion badine de comĂ©diens dĂ©ployant une verve ironique en "cool attitude". 

Bruno Matéï
3èx

vendredi 21 avril 2017

PERFECT BLUE

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Satoshi Kon. 1997. Japon. 1h20. Interdit aux - de 12 ans.

Sortie salles France : 8 septembre 1999. Japon: 28 Février 1998

FILMOGRAPHIE: Satoshi Kon (今 敏, Kon Satoshi?) est un mangaka et réalisateur japonais, né le 12 octobre 1963 à Kushiro, décédé le 24 août 2010. 1997 : Perfect Blue. 2001 : Millennium actress. 2003 : Tokyo Godfathers. 2004 : Paranoia Agent (Série TV, 13 ép). 2006 : Paprika. 2007 : Ani-Kuri 15 - segment Ohayō (court métrage).


Thriller horrifique oĂą plane l'ombre d'Argento par son thème, son audace Ă©rotique et ses meurtres gores stylisĂ©s, Perfect Blue constitue une fascinante plongĂ©e dans la schizophrĂ©nie sous l'impulsion de trois personnages respectivement manipulĂ©s. L'illustre chanteuse Mima dĂ©cide de changer de carrière pour s'improviser actrice. HarcelĂ©e par un fan depuis ses rĂ´les lubriques et sujette Ă  un dĂ©doublement de personnalitĂ© dans sa nouvelle fonction professionnelle, Mima perd peu Ă  peu le contrĂ´le avec sa rĂ©alitĂ© quand bien mĂŞme des membres de son entourage sont retrouvĂ©s assassinĂ©s. 


A partir d'une intrigue complexe volontairement sinueuse quant aux profils Ă©quivoques de deux mystĂ©rieux fans obsĂ©dĂ©s par leur idole, Satoshi Kon dĂ©cuple trouble et malaise auprès de la fragile Mima partagĂ©e entre le doute de rater sa nouvelle carrière et sa remise en question identitaire. Quand bien mĂŞme les rĂ´les audacieux qu'on lui impute face camĂ©ra s'avèrent Ă  la fois provocants (la scène du viol et les photos de nu) et horrifiants (son personnage de tueuse en sĂ©rie sujette au dĂ©doublement de personnalitĂ©). Jeu pervers de manipulations que Satoshi Kon coordonne parmi l'alternance vertigineuse de la fiction (une mise en abyme) et de la rĂ©alitĂ©, Perfect Blue sème une lourde paranoĂŻa auprès de ce trio Ă©quivoque si bien que le spectateur en perte de repères ne parvient plus, Ă  l'instar de l'hĂ©roĂŻne, Ă  dĂ©mĂŞler le vrai du faux semblant. A la fois Ă©trangement onirique et morbide, violent et oppressant, Perfect Blue sonde les âmes torturĂ©es de ces personnages nĂ©vrosĂ©s avec une diabolique habiletĂ© et la volontĂ© de nous confinĂ©s lentement dans un dĂ©dale schizophrène toujours plus ramifiĂ©.


Une expĂ©rience schizophrène gigogne. 
Par son impressionnante facture cinĂ©gĂ©nique de manga et de thriller horrifique intensĂ©ment troubles, Satoshi Kon cultive un climat anxiogène en roue libre sous l'impulsion de personnages en nĂ©vrose identitaire avides d'amour et de reconnaissance. A travers leur pathologie bicĂ©phale ou l'obsession, la jalousie et la possessivitĂ© se disputent la mise, il en extrait une rĂ©flexion sur le fanatisme de la cĂ©lĂ©britĂ© et la schizophrĂ©nie dont certains souffriraient en secret dans leur combat contre leurs dĂ©mons internes (la peur de l'Ă©chec, le manque d'aplomb et de confiance s'opposant au dĂ©sir d'affirmation et de rĂ©ussite). Une intense expĂ©rience Ă©motionnelle Ă  revoir fissa pour en saisir toute son essence cĂ©rĂ©brale et mieux dĂ©mĂŞler les ressorts psychologiques de chaque victime ballottĂ©e entre la folie et la duperie.  

Eric Binford/Bruno Dussart
2èx