Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr
"
It" de Andrés Muschietti. 2017. U.S.A. 2h15. Avec Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis, Finn Wolfhard, Wyatt Oleff, Chosen Jacobs.
Sortie salles France:
20 Septembre 2017. U.S:
8 Septembre 2017
FILMOGRAPHIE:
Andrés Muschietti est un scénariste et réalisateur argentin, né le 26 août 1973
2013: Mama. 2017: Ça.
« Le remake de Ça d'Andy Muschietti rĂ©ussit Ă aller au-delĂ de mes attentes. Relaxez. Attendez. Et apprĂ©ciez. ». Stephen King.
Meilleur démarrage de tous les temps pour un film d'horreur (50 425 786 $ pour son premier jour d'exploitation) qui plus est renforcé de critiques élogieuses outre-atlantique,
Ca est la 1ère adaptation ciné du célèbre roman de
Stephen King après que
Tommy Lee Wallace se soit prêté à un (sympathique) traitement télévisuel en 1990. Récit d'aventures initiatiques au sein d'une horreur cartoonesque,
Ca constitue une fabuleuse pochette surprise dans son melting-pot d'action et d'épouvante en roue libre. Plongée en apnée dans le désagrément de la peur du point de vue d'ados à la fois chétifs et débrouillards,
Ca exploite les thèmes du dépassement de soi, de la maturité, de la solidarité, voir aussi de l'inceste avec une efficacité permanente. Car si les séquences horrifiques scandées d'une bande-son assourdissante et d'un montage percutant ne font pas preuve de subtilité,
Andrés Muschietti est suffisamment habile et talentueux pour ne pas faire sombrer le navire dans une redondance rébarbative. Et ce grâce en priorité à la prestance sardonique du clown habituellement conçu pour amuser et faire rire la galerie comme il est de coutume dans les festivités du cirque.

Détourné en l'occurrence au profit d'une horreur malsaine par ses exactions cannibales (le traitement impitoyable réservé aux ados s'avère d'autant plus rigoureux notamment lorsqu'il s'agit de dénoncer en filigrane l'inceste d'un père abusif !), ce nouvel archétype railleur constitue donc un solide alibi pour cumuler les poursuites et situations horrifiques que chaque ado endure indépendamment avant de s'allier pour mieux combattre leur cause. Le clown, maître chanteur et affabulateur, manipulant d'autant mieux leur psyché au gré d'hallucinations collectives que ceux-ci matérialisent par leur manque de confiance, leurs sentiments de crainte de l'inconnu et de la peur du noir. Des séquences chocs originales, inventives, épiques et terrifiantes sensiblement influencées par l'imagerie débridée de
Evil-dead et de la saga
Freddy. Toutes ces péripéties savamment coordonnées et brillamment réalisées évitent donc la gratuité (chaque ado contraint d'affronter avec un courage inouï une terreur morbide à moult visages !) pour persévérer ensuite dans la vigueur d'une épreuve de force communautaire que ces derniers vont transcender durant un second round affolant. Outre la facture (diablement) ludique de leurs vicissitudes incessamment cauchemardesques,
Ca bénéficie en prime d'une étude de caractère scrupuleuse (au sein de l'époque des années 80 !) si bien que les ados à l'esprit autonome s'avèrent censés (Bill, l'aîné non dupe du stratagème de grippe-sou à se fondre dans le corps de son défunt frère !), expressifs, pugnaces (au sens viscéral !) et profondément humains dans leurs bravoures de dernier ressort ! De par leur fragilité à se mesurer à plus fort que soi (notamment ce trio de délinquants littéralement lâche et fielleux qu'ils doivent en prime contrecarrer), leur élan de solidarité et leur éveil amoureux (l'épilogue des "au-revoir" insufflant une émotion candide bouleversante auprès d'un duo en éclosion sentimentale).
Horror Circus
Sorte de Stand by Me au vitriol (notamment pour ses thèmes tournant autour du difficile cap de la perte de l'être cher et du passage à l'âge adulte), Ca génère émotions fortes et poignantes quant à au sort précaire de nos héros sévèrement ballottés par un clown sans vergogne. Et à cet égard, et par son regard aussi patibulaire que magnétique, la prestance charismatique de Bill Skarsgård (nouvel icone diablotin du cinéma d'horreur !) provoque un malaise persistant lors de la plupart de ses apparitions (d'une gestuelle) outrancière(s), à l'instar du prologue anthologique n'hésitant pas à recourir à une horreur inopinément démonstrative lorsqu'il s'agit d'y sacrifier l'innocence. Une séquence glaçante, terriblement dérangeante, assurément le moment le plus choc et douloureux du film. Divertissement horrifique à la fois intelligent et audacieux par son climat sombre, malsain et terrifiant évoluant dans un cadre enfantin, Ca traite enfin et surtout de l'handicap de la peur du point de vue transitoire d'une adolescence en quête d'affirmation et de respect de l'autre. Une excellente première partie donc, en escomptant un second segment autrement plus adulte et encore plus éprouvant.
Eric Binford
La critique de
Peter Hooper
NO SPOLIER !
Note : 5 / 6
// Grime story //
Ou cas ou vous maniganceriez de m’attendre tapis dans l’ombre, grossièrement accoutrĂ© en Bozo et prĂ©s a bondir dans le but de m’effrayer : je ne souffre pas de coulrophobie! MĂŞme si vos intentions s’avĂ©raient nobles, ne mangeant pas non plus de bonbons, vous risqueriez une dĂ©charge de Taser. Vous voila a prĂ©sent au courant : ne passez pas a 5000 volts !
ImmunisĂ© contre cette phobie je pouvais donc dĂ©couvrir cette nouvelle version du roman Ă©ponyme de MaĂ®tre King, sans peur mais Ă©galement sans reproche, car je n’ai jamais cachĂ© l’attente d’une relecture modernisĂ©e de celle de Tommy Lee Wallace. Bien que (forcĂ©ment) grand fan, son fort datage du dĂ©but des 90 et son format tĂ©lĂ©filmesque ouvraient quelques belles perspectivistes, surtout lorsque l’on connaĂ®t le contenu prolixe de l’Ĺ“uvre de rĂ©fĂ©rence.
Après sa mère veilleuse fantastico/Ă©pouvantable « Mama » (2013) , sĂ©duisante mais imparfaite Bisserie, on attendait une confirmation du talent d’AndrĂ©s Muschietti, dĂ©tectĂ© a travers quelques plans. Si la scène introductive du gamin Ă la poursuite d’un bateau en papier achevant son voyage dans l’Ă©gout, constitue l’incontournable point d’ancrage roman/tĂ©lĂ©film, un nouveau traitement s’avĂ©rait forcĂ©ment très piĂ©geur. La forme originelle, aurĂ©olĂ©e d’un statut culte, pouvait suffire Ă dĂ©molir en cinq minutes les cent trente suivantes. Sans dĂ©voiler quoi que se soit puisqu’elle est omniprĂ©sente dans tout les trailers, je m’avancerai juste a dire qu’il y manque un « morceau » de choix, rĂ©servĂ© aux spectateurs en salle, et qui a lui seul permettra sĂ»rement de « dĂ©tacher » celle des 90’s de vos esprits…D’autant que l’on y dĂ©couvre Ă©galement le nĂ©o grippe-sou...sur lequel je reviendrai plus loin. Ce coup de maĂ®tre introduit une rĂ©ussite qui va s’avĂ©rer totale : nous sommes sans l’ombre d’un doute face a une Ĺ“uvre charnière dans l’horreur post-moderne, je pèse mes mots.
Muschietti va respecter le background de l’histoire, mais en choisissant de la situer entièrement en 1988, le point d’arrivĂ©e du film de Wallace.
C’est la que l’on dĂ©couvre le nouveau « club des ratĂ©s », un bande de jeunes dont les grossiers (et volontaires) stĂ©rĂ©otypes vont se lisser très rapidement jusqu'Ă devenir la toile de fond absolument parfaite pour la mise en place de cette intrigue horrifique. Un excellent casting et une direction d’acteurs millimĂ©trĂ©e qui vont contribuer, avec une reconstitution pertinente des annĂ©es 80, Ă une parfaite immersion. Toute la force de la narration va reposer sur ces jeunes dont la caractĂ©risation, entre ceux de « Stand by me » et des « Goonies », va leur donner toute lĂ©gitimitĂ© pour arriver a surmonter leur peur et terrasser le « mal ». Du « petit gros » victimaire, au frère bègue du disparu en passant par le dĂ©conneur de service, sans oublier la nana de l’Ă©quipe, tous rĂ©insufflent le parfum savoureux d’un teen movie vidĂ©o-clubien, brillamment reconditionnĂ© pour ĂŞtre respirĂ© et acceptĂ© par toutes les gĂ©nĂ©rations.
On sait que le roman de king, dans la première partie exploitĂ©e ici, portait sur le message du passage Ă l’age adulte. Muschietti va faire briller la mĂ©taphore. A ce titre le personnage de Beverly est le plus intĂ©ressant. La jolie Sophia Lillis, portrait crachĂ© de la Molly de « Breakfast club »(ce que ne manque pas de lui rappeler Richie -Finn Wolfhard- celui qui a « avalĂ© un clown »…), est victime d’un père « très entreprenant », l’occasion de la scène la plus choquante du film ou dans une explosion d’hĂ©moglobine très shining-ienne(…) se confondent le trouble des premières règles et la violence d’un possible viol : aussi puissamment graphique qu’incroyablement suggestif !
Et le clown dans tout « ça » ? Zut, J’allais oublier….
Exit la tenue iconique du personnage, idĂ©ale pour abuser de la confiance des enfants avec ses couleurs gaies et son air faussement amuseur. Le boogeyman malĂ©fique est ici vĂŞtu d’un costume dĂ©fraĂ®chi et usĂ© lui confĂ©rant une allure théâtralisĂ©e le renvoyant au pittoresque clown blanc, sorte de Pierrot plus lunatique que lunaire. Chacune des scènes ou Grippe-sou ramène sa « fraise » on retient son souffle, surtout dans les gros plans sur son visage, sorte de mixe entre le faciès Joker-ien de Nicholson, et le regard de D'Onofrio pĂ©tant les plombs dans « Full metal jacket ». Une coquetterie dans l’Ĺ“il lui confère un air dĂ©finitivement effrayant. Si ce personnage est parfaitement rĂ©ussit on le doit Ă la mise en scène de Muschietti, qui le renvoie volontiers Ă son statut originel de bouffon (sidĂ©rante scène ou on le voit gesticuler dans une roulotte en feu !), l’humour et les attitudes jamais très loin des putasseries d’un Freddy Krueger (clin d’Ĺ“il fortement appuyĂ© par cette affiche de « Nightmare on elm street » a l’entrĂ©e d’un cinĂ©…). On pouvait rĂŞver de le voir un peu plus souvent, mais le rĂ©cit est si tellement intelligemment articulĂ© autour de ces « ratĂ©s » que cela aurait probablement Ă©tĂ© nĂ©faste pour le liant de l’histoire, et l’ensemble aurait perdu l’oxygène nĂ©cessaire pour rĂ©ussir a affronter le monstre dans les Ă©gouts de la ville. Bill SkarsgĂĄrd accomplit l’exploit (lui aussi…) de faire oublier Tim Curry. Son antre ou le rĂ©alisateur nous livre un bouquet final très Lovecraftien est esthĂ©tiquement Ă©poustouflante, comme pas mal d'autres plans !
AndrĂ©s Muschietti nous livre la meilleure car la plus sĂ©rieuse bobine horrifique vue depuis (très) longtemps. En rĂ©orchestrant habilement les nouveaux codes du genre a base de Jump scares ( assez rares pour fonctionner ), sans (trop) forcer sur le volume d’un sound design devenu au fil des annĂ©es une simple agression auditive, sa mise en scène inspirant le respect a la fois des amoureux des fantasmes littĂ©raires de Stephen King, des nostalgique du film de Wallace, ceux des 80’s (celle de mes annĂ©es lycĂ©es) et des fĂ©tichistes de la VHS, et plus globalement celui des cinĂ©philes exigeants.
Avec ce Teen-horror-movie, respectueux de l’esprit originel, il Ă©chappe aux peaux de bananes de la classification PG-13 – pour une Ĺ“uvre qui rĂ©ussit Ă ĂŞtre aussi effrayante sur le fond qu’hypnotique sur la forme. A en devenir coulorphile : Magistral !