mercredi 11 octobre 2017

37°2 LE MATIN

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Jean Jacques Beinex. 1986. France. 1h56/3h01. Avec Jean-Hugues Anglade, Béatrice Dalle, Gérard Darmon, Consuelo de Haviland, Clémentine Célarié, Jacques Mathou, Claude Aufaure.

Sortie salles France: 9 Avril 1986 (Int - de 16 ans)

FILMOGRAPHIE: Jean-Jacques Beineix, nĂ© le 8 octobre 1946 Ă  Paris est un rĂ©alisateur, dialoguiste, scĂ©nariste et producteur de cinĂ©ma français. 1977 : Le Chien de M. Michel (court-mĂ©trage). 1980 : Diva. 1983 : La Lune dans le caniveau. 1986 : 37°2 le matin. 1989 : Roselyne et les Lions. 1992 : IP5 : L'Ă®le aux pachydermes. 2001 : Mortel transfert


Film culte de la gĂ©nĂ©ration 80 ayant rassemblĂ© plus de 3,6 millions de spectateurs en salles, 37°2 le Matin demeure aujourd'hui une lĂ©gende cinĂ©ma français sous l'impulsion d'un couple d'acteurs au diapason (alors qu'il s'agit de la toute première apparition de BĂ©atrice Dalle du haut de ses 22 ans !) et d'un rĂ©alisateur aussi bien ambitieux, qu'inventif et audacieux Ă  retranscrire sa fureur de vivre contemporaine. Ce dernier nous d'illustrant avec une fulgurance onirique et un parti-pris baroque la tragĂ©die romantique de Zorg et Betty communĂ©ment Ă©pris de passion dĂ©vorante dans une dĂ©sinvolture outrancière (et donc sans modĂ©ration !) au point d'y perdre la raison. Betty, trop jeune et instable, Ă©motive et si fragile sombrant peu Ă  peu Spoil ! dans une dĂ©mence irrĂ©cupĂ©rable Ă  la suite d'un tragique incident maternel Fin du Spoil. ComĂ©die bipolaire dans sa palette d'Ă©motions dichotomiques oscillant drĂ´leries dĂ©calĂ©es et dramaturgie impermanente, 37°2 le Matin distille un vent de fraĂ®cheur et de libertĂ© sĂ©millants au travers des escapades sentimentales de Zorg et Betty livrĂ©s Ă  nu (aussi bien d'un ordre corporel que moral) face Ă  une camĂ©ra elle-mĂŞme gagnĂ©e par l'ivresse de leurs dĂ©sirs !


D'un rĂ©alisme cru auprès des sautes d'humeur, caprices et crises d'hystĂ©rie que BĂ©atrice Dalle insuffle avec instinct viscĂ©ral et nĂ©vralgie troubles, le climat sensiblement ombrageux rĂ©gi autour du couple dĂ©range et fascine de manière sensitive si bien que l'actrice habitĂ©e par son rĂ´le anxiogène nous immerge en interne de ses intimes contrariĂ©tĂ©s avec une acuitĂ© Ă  la limite du supportable (du moins chez le public le plus fragile, son interdiction aux moins de 16 ans Ă©tant Ă  mon sens justifiĂ©e lors de sa sortie). Outre la prestance Ă©corchĂ©e vive des acteurs plus vrais que natures et souvent filmĂ©s dans leur plus simple appareil au sein de leur quotidiennetĂ© oisive et insouciante (et ce sans se livrer Ă  un voyeurisme complaisant !), 37°2 le Matin fait voler en Ă©clat les codes du genres avec un brio auteurisant adepte des ruptures de ton. Celui de la maĂ®trise de Jean Jacques Beinex extrĂŞmement scrupuleux et inspirĂ© Ă  contempler l'Ă©volution du couple fusionnel et de nous chavirer Ă  travers leurs Ă©bats aussi torrides que pĂ©tulants lors d'un maelstrom d'Ă©motions dont la mise en scène folingue et Ă©nergique semble animĂ©e par la mĂŞme fougue passionnelle de ces amants maudits.


La légende de Zorg et Betty
Furieusement Ă©rotique, drĂ´le et dĂ©calĂ©, voir par moments hilarant (notamment au niveau des personnages secondaires particulièrement exubĂ©rants - explosif boute-en-train GĂ©rard Darmon ! - ), dĂ©bridĂ© et truffĂ© d'insolence (noire), puis cĂ©dant en alternance et de manière progressive Ă  une dramaturgie susceptible sans se prĂŞter Ă  une caricature prĂ©visible, 37° 2 le Matin est touchĂ© par la grâce de Jean-Hugues Anglade (mĂŞme s'il s'avère un chouilla moins convaincant lors des passages les plus graves) et surtout de la divine BĂ©atrice Dalle littĂ©ralement ensorcelante de naturel, de puretĂ© et de beautĂ© fringante; et ce avant de nous anĂ©antir la raison lors de sa dĂ©liquescence mentale en perdition. Du grand cinĂ©ma fantasque et poĂ©tique aussi bien Ă©purĂ© que burnĂ© car nous transfigurant une romance vitriolĂ©e Ă  fleur de peau sous l'impulsion d'un des plus beaux couples du cinĂ©ma marginal ! Inoubliable et terriblement Ă©prouvant au point de le vivre comme un traumatisme personnel.    

A Aurélie.
Bruno Dussart.
4èx

Récompenses:
Festival des films du monde de Montréal 1986 : Grand Prix des Amériques et prix du film le plus populaire du festival
Césars 1987 : meilleure affiche pour Christian Blondel, avec un portrait de Béatrice Dalle, réalisé par le photographe Rémi Loca
Prix 1987 de la société des critiques de Boston : meilleur film en langue étrangère
Festival international du film de Seattle 1992 : prix Golden Space Needle du meilleur réalisateur (également décerné pour IP5)

mardi 10 octobre 2017

LA PLANETE DES SINGES: SUPREMATIE

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site allocine.fr

"War for the Planet of the Apes" de Matt Reeves. 2017. U.S.A. 2h20. Avec Andy Serkis, Woody Harrelson, Judy Greer, Karin Konoval, Steve Zahn, Toby Kebbell.

Sortie salles France: 2 Août 2017. U.S: 14 Juillet 2017

FILMOGRAPHIE: Matt Reeves est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 27 Avril 1966 à Rockville Centre (Etats-Unis). 1993: Future Shock (segment "Mr. Petrified Forrest"). 1996: Le Porteur. 2008: Cloverfield. 2010: Laisse moi entrer. 2014: La Planète des Singes: l'Affrontement.


Dernier chapitre de la seconde franchise de la Planète des Singes, La Planète des singes: Suprématie relate, comme le laissait supposer la conclusion de sa 2è partie, l'épineux conflit que vont se disputer à nouveau un groupe d'humains et les singes repliés dans une immense forêt. A savoir César et ses fidèles acolytes rapidement pris à parti contre le despotisme du colonel McCullough à la tête d'une armée belliqueuse dénuée de vergogne. Toujours réalisé par Matt Reeves (responsable du second volet), celui-ci adopte aujourd'hui une mise en scène plus posée et autrement ambitieuse dans son souci circonspect de mettre en place l'intrigue et ses personnages sous le pilier d'une densité psychologique aussi intense que poignante. Tant auprès de la caractérisation fébrile mais aussi fragile de César en proie à la soumission et au venin de la haine (au point d'en faire une vengeance personnelle et de se résoudre à la solitude afin de préserver les siens !), que du colonel McCullough avide d'éradiquer les singes et donc d'asseoir sa réputation notable auprès de ses sbires impliqués dans un contexte (extrêmement précaire) de survie d'humanité.


Prenant son temps à planifier les bases de son intrigue à travers un cheminement d'errance que César et quelques comparses sillonnent de prime abord au coeur d'une nature réfrigérante (les images photogéniques distillent un dépaysement onirique parmi de vastes étendues enneigées et d'un panorama montagneux), Matt Reeves crédibilise son univers dystopique et ses héros de chair et de sang avec une émotion poignante d'une sobriété épurée (les singes numérisés sont encore plus criants d'expression humaine qu'autrefois et la fillette rescapée qu'ils entraînent avec eux ne manque pas de maturité à travers son regard enfantin découvrant compassion et différence de l'autre !). Le film adoptant par son aspect dépouillé et grave un réalisme blafard au sein du paysage formaté du blockbuster grand public. Car à travers cet inépuisable enjeu de survie que se compromettent singes et humains, La Planète des singes: suprématie surprend par son climat sombre et cafardeux d'où pointe un sentiment de désespoir sous-jacent (mais toujours plus perméable, notamment à travers l'ambiguïté de César luttant contre sa dichotomie de la haine et de l'indulgence !). Tant et si bien que le récit âpre et tendu (notamment sa seconde partie plus cruelle quant à l'asservissement des singes faisant naître ensuite une stratégie d'évasion) ne fait qu'énoncer l'éternelle déchéance morale des guerres mondiales entraînant inévitablement dans leur déchéance criminelle des instincts de suprématie, d'intolérance, de haine et de racisme (notamment sous couvert de la loi du plus fort).


"Tout pouvoir est violence"
Grand spectacle Ă©pique Ă  l'Ă©motion aussi bien contenue que fragile (son final mĂ©lancolique laisse extraire un afflux Ă©motionnel bouleversant !), La Planète des singes: SuprĂ©matie surprend par son parti-pris modeste et adulte (les scènes d'action impressionnantes ne se destinent pas Ă  renchĂ©rir bĂŞtement dans la gratuitĂ© car dĂ©pendantes des motivations des personnages) Ă  mettre en exergue une bataille aussi bien physique que morale entre un colonel couard (au final honteux de son statut de "perdant" et de dictateur !) et un primate fourbu par la violence (contagieuse) d'un monde d'inĂ©galitĂ© qu'il peine au final Ă  en saisir le sens. De ce message de tolĂ©rance dĂ©sespĂ©rĂ©e Ă©mane donc une conclusion fragile emprunte de lyrisme si bien qu'elle  laisse derrière nous un sentiment d'amertume d'une vibrante Ă©motion quant Ă  l'avenir indĂ©cis (pour ne pas dire insoluble de l'homme). Reste enfin en mĂ©moire le visage meurtri (et flegme) de son porte-parole, une icone contemplative, un symbole humanitaire rongĂ© par la peine: CĂ©sar.

Eric Binford

La chronique des 2 précédents volets:
Planète des singes, les origines: http://brunomatei.blogspot.com/2011/08/la-planete-des-singes-les-origines-rise.html
Planète des Singes: l'affrontement (l'): http://brunomatei.blogspot.fr/2014/08/la-planete-des-singes-laffrontement.html

lundi 9 octobre 2017

MA FEMME S'APPELLE REVIENS

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineclap.free.fr

de Patrice Leconte. 1982. 1h25. France. Avec Michel Blanc, Anémone, Xavier Saint-Macary, Christophe Malavoy, Catherine Gandois, Pascale Rocard, Michel Rivard.

Sortie salles France: 27 Janvier 1982

FILMOGRAPHIE: Patrice Leconte est un réalisateur, scénariste et metteur en scène français né le 12 novembre 1947 à Paris. 1971 : Blanche de Walerian Borowczyk (assistant réalisateur). 1976 : Les Vécés étaient fermés de l'intérieur. 1978 : Les Bronzés. 1979 : Les bronzés font du ski. 1981 : Viens chez moi, j'habite chez une copine. 1982 : Ma femme s'appelle reviens. 1983 : Circulez y a rien à voir. 1985 : Les Spécialistes. 1987 : Tandem. 1989 : Monsieur Hire. 1990 : Le Mari de la coiffeuse. 1991 : Contre l'oubli. 1993 : Tango. 1994 : Le Parfum d'Yvonne. 1995 : Lumière et Compagnie. 1996 : Ridicule. 1996 : Les Grands Ducs. 1998 : Une chance sur deux. 1999 : La Fille sur le pont. 2000 : La Veuve de Saint-Pierre. 2001 : Félix et Lola. 2002 : Rue des plaisirs. 2002 : L'Homme du train. 2004 : Confidences trop intimes. 2004 : Dogora : Ouvrons les yeux. 2006 : Les Bronzés 3. 2006 : Mon meilleur ami. 2008 : La Guerre des miss. 2011 : Voir la mer. 2012 : Le Magasin des suicides. 2014 : Une promesse. 2014 : Une heure de tranquillité.


Très loin de rivaliser avec ses prĂ©cĂ©dentes rĂ©ussites que formaient fougueusement Les VĂ©cĂ©s Ă©taient fermĂ©s de l'intĂ©rieur, Les BronzĂ©s, Les bronzĂ©s font du ski et Viens chez moi, j'habite chez une copine; Ma femme s'appelle reviens est une comĂ©die terriblement plate, bâclĂ©e et sans surprise, faute d'un scĂ©nario indigent qui ne raconte rien (ou pas grand chose). Le pitch s'Ă©tirant sur seule ligne: Ă©pris d'amitiĂ©, un jeune mĂ©decin et une photographe s'Ă©paulent mutuellement Ă  la suite de leur rupture conjugale difficilement gĂ©rable. Se rapprochant amoureusement, le couple finit toutefois par renoncer depuis le retour de l'ex amant de cette dernière. Rarement, voir jamais drĂ´le (quelques scènes nous arrachent plutĂ´t les sourires) et privilĂ©giant un climat sentimental folichon, Ma Femme s'appelle reviens se repose essentiellement sur les Ă©paules de Michel Blanc et d'AnĂ©mone formant spontanĂ©ment un couple empotĂ© aussi charmant qu'attendrissant. Et donc chez les nostalgiques des annĂ©es 80, la comĂ©die amiteuse reste pour autant agrĂ©able Ă  suivre d'un oeil distrait.


Bruno Matéï

vendredi 6 octobre 2017

La Traversée de Paris

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Claude Autant Lara. 1956. France/Italie. 1h20. Avec Jean Gabin, Bourvil, Louis de Funès, Jeannette Batti, Jacques Marin, Robert Arnoux, Georgette Anys.

Sortie salles France: 26 Octobre 1956

FILMOGRAPHIE: Claude Autant-Lara, ou Claude Autant, est un réalisateur français, né le 5 août 1901 à Luzarches et mort le 5 février 2000 à Antibes. 1931 : Buster se marie. 1931 : Le Plombier amoureux. 1932 : L'Athlète incomplet. 1933 : Ciboulette. 1937 : L'Affaire du courrier de Lyon (coréal). 1938 : Le Ruisseau (coréal). 1939 : Fric-Frac (coréal). 1940 : The Mysterious Mr Davis. 1941 : Le Mariage de Chiffon. 1942 : Lettres d'amour. 1943 : Douce. 1946 : Sylvie et le Fantôme. 1947 : Le Diable au corps. 1949 : Occupe-toi d'Amélie. 1951 : L'Auberge rouge. 1952 : Les 7 péchés capitaux. 1953 : Le Bon Dieu sans confession. 1954 : Le Blé en herbe. 1954 : Le Rouge et le Noir. 1955 : Marguerite de la nuit. 1956 : La Traversée de Paris. 1958 : Le Joueur. 1958 : En cas de malheur. 1959 : La Jument verte. 1960 : Les Régates de San Francisco. 1960 : Le Bois des amants. 1961 : Tu ne tueras point. 1961 : Le Comte de Monte-Cristo. 1961 : Vive Henri IV, vive l'amour. 1963 : Le Meurtrier. 1963 : Le Magot de Josefa. 1965 : Humour noir. 1965 : Journal d'une femme en blanc. 1966 : Nouveau journal d'une femme en blanc. 1967 : Le Plus Vieux Métier du monde. 1968 : Le Franciscain de Bourges. 1969 : Les Patates. 1973 : Lucien Leuwen (Serie TV). 1977 : Gloria.

Grand classique de la comĂ©die française ayant cumulĂ© Ă  sa sortie plus de 4 893 174 entrĂ©es, La TraversĂ©e de Paris est l’occasion de rĂ©unir trois monstres sacrĂ©s du cinĂ©ma d’après-guerre : Louis de Funès (dans un rĂ´le Ă©loquent mais assez discret, il faut bien l’avouer), Bourvil et surtout Jean Gabin, formant tous deux un duo impromptu aux caractères bien trempĂ©s. TournĂ© dans un noir et blanc Ă©trangement expressionniste et envoĂ»tant — on se croirait parfois plongĂ© dans un vieux film d’Ă©pouvante de l’âge d’or —, le rĂ©cit se dĂ©roule durant l’Occupation allemande, en plein Paris, mĂŞme si la plupart des scènes furent tournĂ©es en studio.

Sous la houlette de l’Ă©picier Jambier, Martin exerce un travail clandestin : acheminer de la viande chez un revendeur, de la rue Poliveau Ă  la rue Lepic. Contraint de collaborer avec Grandgil, un inconnu abordĂ© dans un cafĂ© du coin, il va arpenter Paris la nuit avec, sous les bras, quatre valises contenant chacune de la viande de cochon. Entre prises de bec et Ă©changes plus amicaux, un pĂ©riple haletant s’ouvre Ă  eux, tandis que la police française et l’armĂ©e allemande effectuent par intermittence leurs rondes menaçantes.

ComĂ©die caustique traitant de l’illĂ©galitĂ© du marchĂ© noir dans le grave contexte de la Seconde Guerre mondiale, La TraversĂ©e de Paris emprunte le schĂ©ma d’un road movie… Ă  pied, sous l’impulsion galvanisante de deux personnages que tout oppose. Bourvil endosse le rĂ´le du faire-valoir, oscillant entre crainte, contrariĂ©tĂ©, accès d’orgueil et colères maladroites pour tenter d’intimider son complice. Face Ă  lui, l’impressionnant Jean Gabin impose un tempĂ©rament volcanique. De par sa voix Ă©raillĂ©e et sa corpulence Ă  la fois virile et râblĂ©e, il cumule brimades et jeux de manipulation envers son partenaire — et le fourbe Jambier — afin d’Ă©prouver leur courage et leur force morale.

Alternant sĂ©quences burlesques — nourries par les affrontements psychologiques exubĂ©rants que se livrent Martin et Grandgil — et moments plus sombres, notamment ce final soudainement alarmiste qui laisse planer le spectre d’exĂ©cutions sommaires, La TraversĂ©e de Paris affiche une tonalitĂ© atypique dans le paysage de la comĂ©die française des annĂ©es 50. Claude Autant-Lara parvient intelligemment Ă  orchestrer une structure narrative Ă©tonnante, d’autant plus subtile et finaude qu’elle n’y paraĂ®t — en particulier Ă  travers le personnage de Grandgil, aussi badin que manipulateur, mais non exempt d’une certaine empathie envers son compère.


DĂ©nonçant en filigrane l’hypocrisie, le profit et la lâchetĂ© de certains « pauvres » dans un contexte de survie sous l’Occupation - « ces salauds de pauvres », lâche ironiquement Grandgil Ă  deux reprises -, La TraversĂ©e de Paris utilise avec une audace presque insolente le ressort burlesque au cĹ“ur d’un climat de peur, d’inquiĂ©tude et de tension latente. Et c’est peut-ĂŞtre lĂ  toute sa force : nous faire traverser l’ombre avant de laisser surgir, presque malgrĂ© tout, l’Ă©bauche d’une amitiĂ© singulière.

Du grand cinĂ©ma aujourd’hui rĂ©volu.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
14.03.26. 3èx

jeudi 5 octobre 2017

TANDEM

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemapassions

de Patrice Leconte. 1987. France. 1h30. Avec Gérard Jugnot, Jean Rochefort, Sylvie Granotier, Julie Jézéquel, Jean-Claude Dreyfus, Ged Marlon, Marie Pillet, Albert Delpy.

Sortie salles France: 17 Juin 1987

FILMOGRAPHIE: Patrice Leconte est un réalisateur, scénariste et metteur en scène français né le 12 novembre 1947 à Paris. 1971 : Blanche de Walerian Borowczyk (assistant réalisateur). 1976 : Les Vécés étaient fermés de l'intérieur. 1978 : Les Bronzés. 1979 : Les bronzés font du ski. 1981 : Viens chez moi, j'habite chez une copine. 1982 : Ma femme s'appelle reviens. 1983 : Circulez y a rien à voir. 1985 : Les Spécialistes. 1987 : Tandem. 1989 : Monsieur Hire. 1990 : Le Mari de la coiffeuse. 1991 : Contre l'oubli. 1993 : Tango. 1994 : Le Parfum d'Yvonne. 1995 : Lumière et Compagnie. 1996 : Ridicule. 1996 : Les Grands Ducs. 1998 : Une chance sur deux. 1999 : La Fille sur le pont. 2000 : La Veuve de Saint-Pierre. 2001 : Félix et Lola. 2002 : Rue des plaisirs. 2002 : L'Homme du train. 2004 : Confidences trop intimes. 2004 : Dogora : Ouvrons les yeux. 2006 : Les Bronzés 3. 2006 : Mon meilleur ami. 2008 : La Guerre des miss. 2011 : Voir la mer. 2012 : Le Magasin des suicides. 2014 : Une promesse. 2014 : Une heure de tranquillité.


Comédie dramatique sur fond de road movie à la fois caustique et insolite au sein d'une campagne grisonnante, Tandem relate le déclin d'un animateur radio, Michel Mortez, et de son ingénieur du son, Rivetot, après avoir été communément licenciés de leur émission populaire (celle-ci réunissant 3 millions de fidèles depuis plus de 20 ans !). Surpris par cette décision fortuite, Rivetot décide de cacher la vérité à Michel trop susceptible d'encaisser pareille défaite. Réunissant à l'écran deux talents hors pair sous la houlette de l'éminent Patrice Leconte, Tandem souffle le chaud et le froid dans sa palette d'émotions fougueuses et dépressives. De par la prestance empathique d'un Jean Rochefort prodigieusement fringant, altier et exubérant mais dévoilant peu à peu son désagrément au fil de son introspection morale que le réalisateur exacerbe avec pudeur contenue (notamment par le biais du jeu de miroir et de sa solitude). On est d'ailleurs dubitatif à son statut de célibat endurci au point que ce dernier aurait-il préconisé une orientation homosexuelle faute de sa grande timidité envers les femmes ? La question reste à mon sens posée car le réalisateur joue sur cette ambiguité sexuelle lors de plusieurs échanges intimes qu'il approche auprès d'une inconnue et d'une connaissance "gay" qu'il décide ce soir là de repousser. Alors qu'un peu plus tard, lors d'une conversation téléphonique fantôme, son ami Rivetot sera témoin de la supercherie d'une vie conjugale inexistante ! Dans celui de l'adjoint prévenant, faire-valoir inépuisable, Gérard Jugnot lui partage ses services et son amitié avec une tendresse introvertie si bien que celui-ci s'efforce de préserver la célébrité de son ascendant avec une attention émue.


La rage de vivre chez une France profonde en discrĂ©dit. 
Hommage aussi bien sensible que mĂ©lancolique aux losers et Ă  ces Ă©missions populaires qu'une France profonde idolâtre en lieu et place d'ennui et de divertissement, Tandem y dresse au final le douloureux portrait d'une star dĂ©chue consciente d'avoir occultĂ© une carrière autrement plus substantielle et mĂ©ritante (Rivetot stupĂ©fiĂ© d'apercevoir au domicile de Michel des centaines de livres ornant chaque pièce de l'appartement !). Sans jamais juger ce duo passionnel rĂ©putĂ© comme obsolète, Patrice Leconte en sublime leurs portraits avec une fragilitĂ© dĂ©munie, et ce avant que la dignitĂ© et la tendresse d'une vibrante amitiĂ© ne s'y consolide en guise d'au-revoir. Soutenu par l'inoubliable tube Il Mio Rifugio de Richard Cocciante (spĂ©cialement Ă©crit pour le film), Tandem dĂ©veloppe une Ă©motion bipolaire dĂ©routante et rigoureuse (notamment de par sa mise en scène auteurisante qu'on a un peu de mal au dĂ©part Ă  apprivoiser) au grĂ© du cheminement initiatique de ces deux paumĂ©s avides d'amour, de rĂ©ussite, de libertĂ© et surtout de reconnaissance.

Bruno Matéï

mercredi 4 octobre 2017

VIENS CHEZ MOI J'HABITE CHEZ UNE COPINE

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinecomedies.com

de Patrice Leconte. 1981. France. 1h25. Avec Michel Blanc, Bernard Giraudeau, Thérèse Liotard,
Anémone, Sylvie Granotier, Marie-Anne Chazel, Béatrice Costantini, Gaëlle Legrand.

Sortie salles France: 28 Janvier 1981

FILMOGRAPHIE: Patrice Leconte est un réalisateur, scénariste et metteur en scène français né le 12 novembre 1947 à Paris. 1971 : Blanche de Walerian Borowczyk (assistant réalisateur). 1976 : Les Vécés étaient fermés de l'intérieur. 1978 : Les Bronzés. 1979 : Les bronzés font du ski. 1981 : Viens chez moi, j'habite chez une copine. 1982 : Ma femme s'appelle reviens. 1983 : Circulez y a rien à voir. 1985 : Les Spécialistes. 1987 : Tandem. 1989 : Monsieur Hire. 1990 : Le Mari de la coiffeuse. 1991 : Contre l'oubli. 1993 : Tango. 1994 : Le Parfum d'Yvonne. 1995 : Lumière et Compagnie. 1996 : Ridicule. 1996 : Les Grands Ducs. 1998 : Une chance sur deux. 1999 : La Fille sur le pont. 2000 : La Veuve de Saint-Pierre. 2001 : Félix et Lola. 2002 : Rue des plaisirs. 2002 : L'Homme du train. 2004 : Confidences trop intimes. 2004 : Dogora : Ouvrons les yeux. 2006 : Les Bronzés 3. 2006 : Mon meilleur ami. 2008 : La Guerre des miss. 2011 : Voir la mer. 2012 : Le Magasin des suicides. 2014 : Une promesse. 2014 : Une heure de tranquillité.


A peine remis des succès successifs des BronzĂ©s et des BronzĂ©s font du ski, le maĂ®tre (nĂ©ophyte) de la comĂ©die populaire Patrice Leconte enchaĂ®ne en 1981 avec Viens chez moi j'habite chez une copine. Un vaudeville taillĂ© sur mesure sous l'impulsion musicale du chanteur Renaud et d'un trio d'acteurs (de la vieille Ă©cole si j'ose dire) au diapason ! Et le public de se ruer Ă  nouveau en masse pour applaudir la colocation amiteuse entre un joyeux drille et un couple Ă©minemment dĂ©bonnaire. Amis de longue date, Daniel accepte d'hĂ©berger Guy dans son appartement après que ce dernier fut expulsĂ© de son emploi de pompiste faute de vol. Impertinent et encombrant, Guy finit par semer la zizanie au sein du couple que menaient harmonieusement Daniel et Françoise. 


Un pitch simpliste, supra lĂ©ger, que Patrice Leconte maĂ®trise pourtant avec un infaillible savoir-faire et une redoutable efficacitĂ© si bien que quelques dĂ©cennies plus tard ce divertissement typiquement franchouillard n'a pas pris une mini ride ! De par la multitude de quiproquos et dĂ©convenues que Guy enchaĂ®ne sans modĂ©ration par son esprit de camaraderie taillĂ© dans la dĂ©sinvolture et la maladresse, et des instants de tendresse dĂ©coulant au final de ces rapports houleux entre Daniel et Françoise. Michel Blanc crevant l'Ă©cran Ă  chaque seconde dans celui de l'acolyte influençable aussi bien flâneur que fripon et donc redoublant de culot pour subvenir Ă  sa survie et d'enchaĂ®ner par la mĂŞme occasion les conquĂŞtes sexuelles d'un soir (on notera sur son carnet de rencontres l'apparition hilarante de la comĂ©dienne AnĂ©mone en artiste de cirque Ă©grillarde !). Quant au couple de prime abord adĂ©quat que reprĂ©sentent Daniel et Françoise, l'excellent et regrettĂ© Bernard Giraudeau et la non mais sĂ©duisante (et beaucoup trop rare) ThĂ©rèse Liotard insufflent Ă  l'Ă©cran une fraĂ®cheur, une candeur et une spontanĂ©itĂ© naturellement saillantes. Autant dire que ce trio pĂ©tri d'humanisme et de fourberie, d'esprit de solidaritĂ© et d'amitiĂ© dĂ©clenchent sourires, rires et bonne humeur au grĂ© de mĂ©saventures urbaines que Guy influence parmi la fâcheuse consĂ©quence du larcin.


Oasis de fantaisie, de drĂ´lerie et de cocasserie en roue libre (les minutes dĂ©filent Ă  une vitesse d'omnibus au rythme de dialogues incisifs !), Viens chez moi j'habite chez une copine affiche un ton libertaire aussi bien tendre que charmant autour des consĂ©quences du chĂ´mage et de la colocation, de l'amitiĂ© et de l'amour, de l'infidĂ©litĂ© et la rĂ©conciliation. A revoir d'urgence pour tĂ©moigner notamment Ă  nouveau de son irrĂ©sistible pouvoir de sĂ©duction que suscitent communĂ©ment l'habiletĂ© de sa mise en scène ainsi que son sĂ©millant casting ! (il s'agit d'ailleurs peut-ĂŞtre mĂŞme du meilleur rĂ´le de Michel Blanc ! ). Un vrai film "d'acteurs" en somme issus du cafĂ© théâtre ! 

Bruno Dussart
2èx

mardi 3 octobre 2017

CA VA COGNER

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Any Which Way You Can" de Buddy Van Horn. 1980. U.S.A. 1h55. Avec Clint Eastwood, Sondra Locke, Geoffrey Lewis, Ruth Gordon, John Quade, Roy Jenson, Bill McKinney, William O'Connell.

Sortie salles France: 25 Mars 1981. U.S: 17 Décembre 1980

FILMOGRAPHIEBuddy Van Horn est un cascadeur et réalisateur américain né le 20 août 1929. 1980 : Ça va cogner. 1988 : L'inspecteur Harry est la dernière cible. 1989 : Pink Cadillac.


"Signale, Ă  droite !"

Reprenant les mĂŞmes ingrĂ©dients que son modèle sous la houlette de Buddy Van Horn (James Fargo  ayant cĂ©der sa place), Ca va cogner ne déçoit pas si bien qu'il s'avère aussi rĂ©ussi, voir mĂŞme un chouilla plus drĂ´le lorsqu'il s'agit de brocarder Ă  nouveau la bande des motards fĂ©rus de vengeance Ă  apprĂ©hender leur ennemi jurĂ©, Philo. ComĂ©die d'action aussi bien gĂ©nĂ©reuse que tendre mais un peu moins bâtie sur le road trip, Ca va cogner continue de prĂ´ner les valeur de la camaraderie et l'entrain de la baston auprès de nos itinĂ©rants Philo et Lynn (rabibochĂ©s le temps d'une brève explication et d'une Ă©treinte dans une grange !), Orville (Geoffrey Lewis, charismatique et plus vrai que nature en acolyte de longue date !), SĂ©novia (irrĂ©sistible Ruth Gordon en mĂ©mĂ© bourrue !) et l'impayable orang-outang, Clyde. Victime d'un chantage auprès d'un combat de rue qu'il hĂ©site Ă  acquiescer alors que ses amis lui conjurent d'y renoncer, Philo est d'autant plus indĂ©cis lorsqu'il se lie d'amitiĂ© avec son rival, Elmo (campĂ© par William O'Connell, inoubliable Falconetti de la sĂ©rie TV Le Riche et le Pauvre !). Un homme d'affaire rĂ©putĂ© pour ĂŞtre un cogneur inĂ©galable mais pour autant quelque peu rĂ©fractaire lorsqu'il s'agit de s'opposer Ă  Ă©gal de soi. L'intrigue se clĂ´turant par leur rencontre au sommet au grĂ© d'un pugilat aussi violent qu'interminable, et ce sans trop Ă©branler les spectateurs les plus jeunes impliquĂ© dans une aventure bonnard pĂ©trie de simplicitĂ© et de sentiments.


Divertissement familial sans prĂ©tention donc car inscrit dans la dĂ©contraction, la rĂ©conciliation (celle des motards, de Lynn et d'Elmo auprès de Philo) et la bonhomie (en dĂ©pit d'une fortuite sĂ©quence de snuf animalier, affrontement complaisant entre un furet et un crotale !), Ca va cogner laisse comme empreinte une sĂ©rie B Ă  la fois attendrissante et (gentiment) cocasse sous l'impulsion de comĂ©diens fringants se prĂŞtant au jeu de la dĂ©connade dans une sĂ©rĂ©nitĂ© libertaire. 

Eric Binford.
2èx

lundi 2 octobre 2017

GERALD'S GAME

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

de Mike Flanagan. 2017. U.S.A. 1h43. Avec Carla Gugino , Bruce Greenwood, Carel Struycken, Henry Thomas, Kate Siegel.

Sortie TV Netflix: 29 septembre 2017

FILMOGRAPHIEMike Flanagan, né en 20 mai 1978 à Salem (Massachusetts), est un cinéaste américain. 2000 : Makebelieve. 2001 : Still Life. 2003 : Ghosts of Hamilton Street. 2006 : Oculus: Chapter 3 - The Man with the Plan. 2011 : Absentia. 2013 : The Mirror (Oculus). 2016 : Pas un bruit (Hush). 2016 : Before I Wake. 2016 : Ouija : les origines. 2017 : Jessie (Gerald's Game).


Thriller psychologique singulier de par son contexte de survie tout en intimitĂ© et son traitement surrĂ©aliste rĂ©servĂ© aux Ă©tats d'âmes de l'hĂ©roĂŻne en proie aux hallucinations, Gerald's Game est un superbe portrait de femme que Mike Flanagan traite avec autant de dignitĂ© que de rĂ©alisme. La banalitĂ© du quotidien s'exprimant ici Ă  travers une Ă©touffante situation de claustration au sein du cadre exigu d'une chambre tamisĂ©e. RĂ©unis dans un chalet le temps d'un week-end, un couple en perdition tente d'offrir un second souffle Ă  leur dĂ©convenue sexuelle. MenottĂ©e au lit en guise de jeu lubrique, Jessie Ă©prouve rapidement un malaise quant au comportement ambigu, pour ne pas dire sado-maso  de son Ă©poux. Mais suite Ă  un malaise cardiaque, celui-ci succombe laissant Jessie complètement dĂ©munie depuis l'entrave de ses menottes. AttirĂ© par le sang du cadavre tombĂ© sur le sol, un chien errant pĂ©nètre dans la chambre. 


Abordant le drame psychologique sous couvert de thriller horrifique Ă©maillĂ© de quelques sĂ©quences gores (les exactions du chien cerbère et surtout un acte sacrificiel Ă  la limite du supportable) ou angoissantes assez Ă©prouvantes (notamment l'apparition de - l'Ă©ventuelle - "faucheuse"), Gerald's Game traite du traumatisme infantile avec une Ă©motion rigoureuse. Car traitant des thèmes sulfureux de la pĂ©dophilie et de l'inceste au sein d'une famille dysfonctionnelle, la rĂ©miniscence que nous relate l'hĂ©roĂŻne hantĂ©e de culpabilitĂ© extĂ©riorise un climat malsain plutĂ´t dĂ©routant et dĂ©rangeant. De par la froideur de sa mise en scène privilĂ©giant un ton austère (voir aussi onirique au grĂ© d'une Ă©clipse lunaire) sous l'impulsion d'un jeu d'acteurs très convaincant. D'ailleurs, habituĂ©e aux seconds-rĂ´les durant la majoritĂ© de sa carrière, Carla Gugino porte le rĂ©cit sur ses Ă©paules avec une dimension humaine souffreteuse. De par sa situation de survie d'extrĂŞme urgence auquel les minutes sont comptĂ©es et ces hallucinations rĂ©currentes laissant planer un soupçon de folie contagieuse. Entièrement dĂ©diĂ© Ă  sa caractĂ©risation fĂ©brile et dĂ©sorientĂ©e, le rĂ©cit aride met en image ses pensĂ©es morales par le principe des fantĂ´mes de son esprit. Son dĂ©funt mari apparaissant rĂ©gulièrement pour tenter de l'aiguiller ou de la contredire face Ă  ses doutes et erreurs, quand bien mĂŞme le double d'elle mĂŞme tente de la rappeler au raisonnement d'un secret infantile prĂ©judiciable.


C'est donc une initiation au courage et Ă  la constance, une thĂ©rapie interne que nous relate singulièrement Mike Flanagan par le biais d'un rĂ©cit de Stephen King aussi captivant que d'une âpre cruautĂ©. L'hĂ©roĂŻne en chute libre corporelle (voire aussi morale) parvenant in extremis par son Ă©preuve Ă  châtier ses dĂ©mons afin d'accepter le deuil d'un inceste. Une excellente adaptation d'une belle dignitĂ© humaine parvenant avec maĂ®trise Ă  Ă©lever le thriller Ă  une dimension autrement plus substantielle pour le traitement de ses personnages torturĂ©s. 

Eric Binford.

vendredi 29 septembre 2017

DOUX, DUR ET DINGUE

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

"Every Which Way But Loose" de James Fargo. 1978. U.S.A. 1h54. Avec Clint Eastwood, Sondra Locke, Geoffrey Lewis, Beverly D'Angelo, Walter Barnes, Roy Jenson, James McEachin

Sortie salles France: 4 Avril 1979. U.S: 20 Décembre 1978

FILMOGRAPHIE: James Fargo, né le 14 août 1938 à Republic, Washington, États-Unis, est un réalisateur et producteur américain. 1976 : L'inspecteur ne renonce jamais. 1978 : Caravans. 1978 : Doux, dur et dingue. 1979 : Le Putsch des mercenaires. 1982 : L'Exécuteur de Hong Kong.


ComĂ©die d'aventures menĂ©e tambour battant au travers d'un road trip bucolique, Doux, dur et dingue surfe sur les films de bastons bonnards initiĂ©s par Bud Spencer et Terence Hill. Si bien qu'ici les gags enfantins et les pugilats de rue (et de saloon !) s'enchaĂ®nent de manière mĂ©tronomique au rythme d'une country-music que Sondra Locke chantonne dans les cabarets face Ă  une clientèle prolĂ©taire. Sans doute afin de casser son image de flic fasciste dans la sĂ©rie des Inspecteur Harry, Clint Eastwood se moque ici de lui mĂŞme avec une dĂ©contraction (inĂ©vitablement) attachante dans la peau d'un marginal au grand coeur (il tombe naĂŻvement amoureux d'une allumeuse au point de la poursuivre durant son pĂ©riple national) pratiquant les combats clandestins avec une rĂ©putation indĂ©trĂ´nable. EpaulĂ© d'un orang-outan badin, de son acolyte Orville et d'Echo, l'amie de ce dernier rencontrĂ©e sur une aire de marchĂ©, nos hĂ©ros sans peur ni reproches sillonnent les contrĂ©es du Colorado en se confrontant notamment aux moult provocations de deux flics revanchards et d'une bande de motards Ă  la limite de la dĂ©ficience mentale. Au-delĂ  de cette galerie de francs-tireurs excentriques aussi bien provocateurs qu'entĂŞtĂ©s, on peut Ă©galement noter l'apparition survitaminĂ©e de l'illustre Ruth Gordon (Harold et Maud, Rosemary's Baby) dans celle d'une mĂ©mĂ© renfrognĂ©e plutĂ´t irascible Ă  daigner imposer son identitĂ© d'un âge avancĂ©. Bien Ă©videmment, et de manière parfaitement assumĂ©e, Doux, dur et dingue ne vole pas bien haut dans son alliage de gags et bastons d'un intĂ©rĂŞt purement rĂ©crĂ©atif quand bien mĂŞme la bonhomie de nos hĂ©ros au grand coeur et le tempĂ©rament survoltĂ© de leurs rivaux opiniâtres nous enseignent une bonne humeur expansive entre deux Ă©treintes amoureuses.


Dépaysant (magnifiques paysages ruraux du Colorado) généreux et terriblement sincère dans son florilège de péripéties saugrenues, poursuites et altercations musclées, Doux, dur et dingue enflamme la comédie populaire (en dépit de la violence aride de certains combats qu'Eastwood transcende en héros viril) avec une extrême simplicité à la fois exubérante et attendrissante. A revoir avec une vibrante nostalgie et à savourer entre potes du samedi soir affublés de packs de bières généreuses en mousse !

Bruno Dussart
2èx 

jeudi 28 septembre 2017

SEVEN SISTERS

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"What Happened to Monday" de Tommy Wirkola. 2017. Belgique/U.S.A/France/Angleterre. 2h04. Avec Noomi Rapace, Willem Dafoe, Glenn Close, Marwan Kenzari, PĂĄl Sverre Hagen, Adetomiwa Edun.

Sortie salles France: 30 Août 2017 (Int - 12 ans). U.S: 18 Août 2017

FILMOGRAPHIE: Tommy Wirkola est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de cinĂ©ma norvĂ©gien, nĂ© le 6 dĂ©cembre 1979 Ă  Alta dans le comtĂ© de Finnmark. 2007 : Kill Buljo : ze film. 2009: Dead Snow. 2010 : Kurt Josef Wagle og legenden om fjordheksa. 2013 : Hansel et Gretel : Witch Hunters. 2014 : Dead Snow 2. 2017 : Seven Sisters.


Blockbuster estival chaudement accueilli en France (1 356 119 entrĂ©es), Seven Sisters porte la signature du norvĂ©gien Tommy Wirkola, rĂ©alisateur des sympathiques dĂ©lires gores Dead Snow 1 et 2Dans un futur proche, faute d'une surpopulation, du rĂ©chauffement climatique et des pĂ©nuries alimentaires, les autoritĂ©s ont dĂ©cidĂ© de limiter le nombre de naissances Ă  un seul enfant par foyer. Mais bravant l'interdit, une mère morte en couches donne naissance en secret Ă  des septuplĂ©es. L'Ă©poux dĂ©cide alors de les cacher dans une chambre secrète de son appartement sous couvert de conditions drastiques enseignĂ©es Ă  ses filles. 30 ans plus tard, l'une des soeurs disparaĂ®t mystĂ©rieusement durant un rendez-vous professionnel. Au moment oĂą ces dernières tentent de la retrouver, les agents du CAB sont sur le point de dĂ©busquer leur tanière ! Empruntant l'anticipation dystopique hĂ©ritĂ©e du parangon Soleil Vert et consorts (thèmes similaires sur la surpopulation, la pollution et les pĂ©nuries alimentaires auprès d'une dictature sans vergogne), Seven Sisters constitue un formidable film d'action aussi intègre que gĂ©nĂ©reux en diable.


L'action rebondissant sans cesse grâce aux multiples directions que les hĂ©roĂŻnes parcourent ardemment afin de retrouver leur soeur et prĂ©server leur unitĂ© familiale. Et ce sans cĂ©der Ă  la gratuitĂ© du spectacle racoleur, de par l'efficacitĂ© d'un script structurĂ© sublimant le portrait de 7 jumelles converties contre leur grĂ© en fugitives aussi pugnaces que valeureuses. Sur ce point dĂ©tonnant, on peut vanter la prestance (hybride) de Noomi Rapace se fondant dans les corps de 7 personnages distincts sous l'impulsion d'une palette de sentiments contradictoires. L'actrice oscillant sans rougir une Ă©motion tantĂ´t poignante (pour les revirements Ă©tonnamment dramatiques que le script s'adonne sans complexe), tantĂ´t oppressante (pour les stratĂ©gies de dĂ©fense Ă  perdre haleine qu'elles doivent dĂ©cupler afin de dĂ©jouer la menace permanente des agents du CAB). Outre l'attrait effrĂ©nĂ© et la lisibilitĂ© des sĂ©quences homĂ©riques fertiles en cascades et sanglants gunfights, Seven Sisters cultive une finaude audace Ă  dĂ©tourner les codes par le biais d'une dramaturgie inopinĂ©ment insolente ! Car exploitant habilement le genre du survival pur et dur au sein d'un cadre urbain blafard (superbement contrastĂ© par la morphologie d'immeubles grisonnants dressĂ©s les uns contre les autres), Tommy Wirkola crĂ©dibilise son univers futuriste Ă©touffant oĂą pauvretĂ© et exclusion sont une fois de plus dĂ©prĂ©ciĂ©es par une dictature plus immorale et implacable qu'elle n'y parait.


En dĂ©pit de certaines facilitĂ©s et pirouettes narratives un chouilla improbables lors de sa dernière partie aussi bien palpitante qu'Ă©mouvante (mais un peu trop vite expĂ©diĂ©e Ă  mon sens par ses  rebondissements en pagaille), Seven Sisters renchĂ©rit embuscades, soubresauts et pĂ©ripĂ©ties vertigineuses au sein d'une dystopie insidieusement cynique. Sans jamais perdre de vue la dimension humaine de ses hĂ©roĂŻnes implacablement molestĂ©es (d'autant plus compromises entre trahison et  sens du sacrifice), Tommy Wirkola insuffle une poignante (et cruelle) Ă©motion pour nous impliquer dans leur Ă©preuve de survie en chute libre. Sous le pilier du Blockbuster ludique mais intelligemment exploitĂ©, Seven Sisters demeure donc une excellente surprise dans le paysage si habituellement lisse et conventionnel de l'actionner bourrin, avec en guise d'Ă©pilogue un plaidoyer pour le libĂ©ralisme et le droit Ă  la naissance multiple. 

Bruno Matéï

mardi 26 septembre 2017

COMTESSE DRACULA

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site anolis-film.de

"Countess Dracula" de Peter Sasdy. 1971. Angleterre. 1h34. Avec Ingrid Pitt, Nigel Green, Sandor Elès, Maurice Denham, Patience Collier, Peter Jeffrey

Sortie salles France: 7 DĂ©cembre 1972. Angleterre: 31 Janvier 1997. 

FILMOGRAPHIE: Peter Sasdy est un réalisateur anglais, né le 27 Mai 1935 à Budapest.
1970: Une Messe pour Dracula. 1971: La Fille de Jack l'Eventreur. 1971: Comtesse Dracula. 1972: Doomwatch. 1972: The Stone Tape (télé-film). 1973: Nothing but the Night. 1975: Evil Baby. 1975: King Arthur, the young Warlord. 1977: Welcome to blood City. 1983: The Lonely Lady. 1989: Ending up (télé-film). 1991: Sherlock Holmes and the leading lady (télé-film).


RĂ©alisĂ© par Peter Sasdy la mĂŞme annĂ©e que (l'autrement audacieux) La Fille Jack l'Eventreur, Comtesse Dracula est l'adaptation horrifique de la cĂ©lèbre Comtesse Bathory (La Comtesse Sanglante) publiĂ©e en 1962 par Valentine Penrose. Prenant pour thèmes la jeunesse Ă©ternelle, l'inceste et le vampirisme de manière aussi bien dĂ©routante qu'originale, Comtesse Dracula relate la dĂ©liquescence morale de cette dernière avide de retrouver sa jeunesse après avoir dĂ©couvert que le sang d'une jeune domestique serait l'antidote pour lui rendre sa beautĂ©. Eprise d'amour pour le lieutenant Imre Toth, elle multiplie les sacrifices humains afin de prĂ©server leur liaison passionnelle. Mais leur relation est pour autant ternie par la jalousie du capitaine Dobi, complice meurtrier de la comtesse dĂ©libĂ©rĂ© Ă  compromettre leur futur mariage. Baignant dans une atmosphère Ă  la fois fĂ©tide et malsaine sous l'impulsion d'une galerie de personnages sans vergogne, Comtesse Dracula distille un vĂ©nĂ©neux parfum de sĂ©duction auprès d'une comtesse incestueuse (elle courtise son propre fils !) ne reculant devant aucun tabou pour parvenir Ă  ses fins.


EpaulĂ© d'une servante insidieuse et d'un capitaine fourbe et mesquin, le trio diabolique multiplie les subterfuges pour duper l'entourage et ce afin de taire l'horrible vĂ©ritĂ© sur la Comtesse. Cette dernière se faisant passer pour sa propre fille (prĂ©alablement kidnappĂ©e par un paysan russe) afin de justifier son Ă©clatante beautĂ©. Parfois dĂ©rangeant pour la posture licencieuse de la comtesse s'adonnant sans scrupule aux crimes gratuits au sein de dĂ©cors raffinĂ©s d'un château baroque (teintes grisâtres Ă  l'appui  formant un saisissant contraste Ă  son architecture gothique !), Comtesse Dracula exploite efficacement le mythe du vampire avec une audacieuse modernitĂ©. Sa grande rĂ©ussite Ă©manant de ces personnages rogues citĂ©s plus haut alors qu'un lieutenant plutĂ´t intègre va peu Ă  peu sombrer dans la complicitĂ© malgrĂ© lui, faute d'un implacable chantage. Outre cette Ă©tude de caractères des plus sulfureuses et passionnantes (d'autant mieux servi par un solide casting de seconds-rĂ´les !), l'actrice Ingrid Pitt dĂ©voile son corps plantureux avec une dimension Ă©rotique Ă©hontĂ©e. ImprĂ©gnĂ©e de vanitĂ©, d'ingratitude et de lâchetĂ©, l'actrice se pavane avec assurance face Ă  ses hĂ´tes et les manipulent Ă  sa guise parmi son emprise de sĂ©duction juvĂ©nile. Sa prĂ©sence magnĂ©tique insufflant au sombre rĂ©cit une intensitĂ© exponentielle au fil de ses exactions putassières quand bien mĂŞme son amant prĂ©alablement innocent ne pourra se rĂ©soudre Ă  s'extirper de son emprise après avoir dĂ©couvert l'horrible supercherie.


Excellente sĂ©rie B Ă©maillĂ©e d'effusions sanglantes et d'Ă©rotisme soft au sein d'une intrigue immorale baignant dans une sensualitĂ© mĂ©phitique, Comtesse Dracula adopte une fois de plus sous l'Ă©gide de la firme une dĂ©marche couillue pour innover dans l'horreur archaĂŻque, et ce grâce Ă  l'intensitĂ© d'un portrait historique scabreux rĂ©actualisĂ© dans un contexte surnaturel. 

Bruno Dussart
2èx

lundi 25 septembre 2017

L'Ange du Mal, REDEEMER / The Redeemer: son of Satan

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Constantine S.Gochis. 1978. U.S.A. 1h23. Avec Damien Knight, Jeannetta Arnette, Nick Carter, Nicki Barthen...

Sortie salles France (uniquement au Rex de Paris): Mars 1978 (Int - de 18 ans). U.S: 7 Avril 1978

FILMOGRAPHIE: Constantine S.Gochis est un réalisateur américain. 1978: L'Ange du mal.


"Dans l’ombre du RĂ©dempteur : un psycho-killer baroque".
DistribuĂ© par Scherzo Ă  l’âge sacro-saint de la VHS - les vidĂ©ophiles, hypnotisĂ©s par sa jaquette rutilante, s’y prĂ©cipitèrent pour le louer, uniquement en VOSTFR, Ă  l’orĂ©e des annĂ©es 80 - L’Ange du Mal (Redeemer) reste l’unique rĂ©alisation de l’AmĂ©ricain Constantine S. Gochis. RĂ©solument rare, oubliĂ©, presque spectral, le film ne connut chez nous qu’une projection au Festival du film Fantastique du Rex Ă  Paris. Empruntant la voie du psycho-killer avec un dĂ©tour singulier, tissant autour d’une sĂ©rie d’homicides un climat d’Ă©trangetĂ© dĂ©licieusement malsain, Redeemer est une fascinante curiositĂ© pour amateurs de reliques vĂ©nĂ©neuses.


Car si le hors-champ domine la plupart des meurtres, l’inventivitĂ© et la cruautĂ© du tueur engendrent une fascination trouble, presque nausĂ©euse - un rĂ©alisme cru, sans Ă©chappatoire. Comme cette jeune femme, noyĂ©e, la tĂŞte plongĂ©e dans un lavabo, son agonie Ă©tirĂ©e jusqu’Ă  l’insoutenable : sans doute la sĂ©quence la plus extrĂŞme, un cauchemar pour les ablutophobes. Quant au pitch, linĂ©aire et parfois Ă©quivoque, il se resserre en huis clos : six anciens camarades de lycĂ©e, rĂ©unis pour des retrouvailles, piĂ©gĂ©s dans une bâtisse par un mystĂ©rieux justicier dĂ©guisĂ©. Ici, le rĂ©alisateur ose un parti pris baroque : un tueur tour Ă  tour intĂ©griste dans ses prĂŞches, gouailleur sous ses accoutrements excentriques, et d’une vĂ©locitĂ© insaisissable quand il abat ses proies Ă  des moments arbitraires. MalgrĂ© un scĂ©nario rachitique, prĂ©visible et un prologue languissant (mais captivant), Gochis, par sa mise en scène tantĂ´t maladroite, tantĂ´t tĂ©mĂ©raire, soutient l’intĂ©rĂŞt dès que la nuit engloutit ses personnages pour une veillĂ©e infernale.


PortĂ© par un casting de visages mĂ©connus mais sincères dans la panique, une bande-son Ă©lectro diaboliquement atmosphĂ©rique, une photo dĂ©saturĂ©e Ă  l’Ă©clairage parfois soignĂ© (tout du moins en Blu-ray) et un montage chaotique - volontairement ? - Redeemer ne ressemble Ă  rien de connu. Il Ă©lève le psycho-killer vers une dimension hermĂ©tique : celle d’un puritanisme se muant en expiation sanguinaire. Ă€ redĂ©couvrir d’urgence.


Remerciement Ă  feu Lupanars Visions.

Bruno Matéï
22.06.25. 3èx

samedi 23 septembre 2017

CA

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"It" de Andrés Muschietti. 2017. U.S.A. 2h15. Avec Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis, Finn Wolfhard, Wyatt Oleff, Chosen Jacobs.

Sortie salles France: 20 Septembre 2017. U.S: 8 Septembre 2017

FILMOGRAPHIEAndrés Muschietti est un scénariste et réalisateur argentin, né le 26 août 1973
2013: Mama. 2017: Ça.


« Le remake de Ça d'Andy Muschietti rĂ©ussit Ă  aller au-delĂ  de mes attentes. Relaxez. Attendez. Et apprĂ©ciez. ». Stephen King. 
Meilleur dĂ©marrage de tous les temps pour un film d'horreur (50 425 786 $ pour son premier jour d'exploitation) qui plus est renforcĂ© de critiques Ă©logieuses outre-atlantique, Ca est la 1ère adaptation cinĂ© du cĂ©lèbre roman de Stephen King après que Tommy Lee Wallace se soit prĂŞtĂ© Ă  un (sympathique) traitement tĂ©lĂ©visuel en 1990. RĂ©cit d'aventures initiatiques au sein d'une horreur cartoonesque, Ca constitue une fabuleuse pochette surprise dans son melting-pot d'action et d'Ă©pouvante en roue libre. PlongĂ©e en apnĂ©e dans le dĂ©sagrĂ©ment de la peur du point de vue d'ados Ă  la fois chĂ©tifs et dĂ©brouillards, Ca exploite les thèmes du dĂ©passement de soi, de la maturitĂ©, de la solidaritĂ©, voir aussi de l'inceste avec une efficacitĂ© permanente. Car si les sĂ©quences horrifiques scandĂ©es d'une bande-son assourdissante et d'un montage percutant ne font pas preuve de subtilitĂ©, AndrĂ©s Muschietti est suffisamment habile et talentueux pour ne pas faire sombrer le navire dans une redondance rĂ©barbative. Et ce grâce en prioritĂ© Ă  la prestance sardonique du clown habituellement conçu pour amuser et faire rire la galerie comme il est de coutume dans les festivitĂ©s du cirque.


DĂ©tournĂ© en l'occurrence au profit d'une horreur malsaine par ses exactions cannibales (le traitement impitoyable rĂ©servĂ© aux ados s'avère d'autant plus rigoureux notamment lorsqu'il s'agit de dĂ©noncer en filigrane l'inceste d'un père abusif !), ce nouvel archĂ©type railleur constitue donc un solide alibi pour cumuler les poursuites et situations horrifiques que chaque ado endure indĂ©pendamment avant de s'allier pour mieux combattre leur cause. Le clown, maĂ®tre chanteur et affabulateur, manipulant d'autant mieux leur psychĂ© au grĂ© d'hallucinations collectives que ceux-ci matĂ©rialisent par leur manque de confiance, leurs sentiments de crainte de l'inconnu et de la peur du noir. Des sĂ©quences chocs originales, inventives, Ă©piques et terrifiantes sensiblement influencĂ©es par l'imagerie dĂ©bridĂ©e de Evil-dead et de la saga Freddy. Toutes ces pĂ©ripĂ©ties savamment coordonnĂ©es et brillamment rĂ©alisĂ©es Ă©vitent donc la gratuitĂ© (chaque ado contraint d'affronter avec un courage inouĂŻ une terreur morbide Ă  moult visages !) pour persĂ©vĂ©rer ensuite dans la vigueur d'une Ă©preuve de force communautaire que ces derniers vont transcender durant un second round affolant. Outre la facture (diablement) ludique de leurs vicissitudes incessamment cauchemardesques, Ca bĂ©nĂ©ficie en prime d'une Ă©tude de caractère scrupuleuse (au sein de l'Ă©poque des annĂ©es 80 !) si bien que les ados Ă  l'esprit autonome s'avèrent censĂ©s (Bill, l'aĂ®nĂ© non dupe du stratagème de grippe-sou Ă  se fondre dans le corps de son dĂ©funt frère !), expressifs, pugnaces (au sens viscĂ©ral !) et profondĂ©ment humains dans leurs bravoures de dernier ressort ! De par leur fragilitĂ© Ă  se mesurer Ă  plus fort que soi (notamment ce trio de dĂ©linquants littĂ©ralement lâche et fielleux qu'ils doivent en prime contrecarrer), leur Ă©lan de solidaritĂ© et leur Ă©veil amoureux (l'Ă©pilogue des "au-revoir" insufflant une Ă©motion candide bouleversante auprès d'un duo en Ă©closion sentimentale).


Horror Circus
Sorte de Stand by Me au vitriol (notamment pour ses thèmes tournant autour du difficile cap de la perte de l'ĂŞtre cher et du passage Ă  l'âge adulte), Ca gĂ©nère Ă©motions fortes et poignantes quant Ă  au sort prĂ©caire de nos hĂ©ros sĂ©vèrement ballottĂ©s par un clown sans vergogne. Et Ă  cet Ă©gard, et par son regard aussi patibulaire que magnĂ©tique, la prestance charismatique de Bill SkarsgĂĄrd (nouvel icone diablotin du cinĂ©ma d'horreur !) provoque un malaise persistant lors de la plupart de ses apparitions (d'une gestuelle) outrancière(s), Ă  l'instar du prologue anthologique n'hĂ©sitant pas Ă  recourir Ă  une horreur inopinĂ©ment dĂ©monstrative lorsqu'il s'agit d'y sacrifier l'innocence. Une sĂ©quence glaçante, terriblement dĂ©rangeante, assurĂ©ment le moment le plus choc et douloureux du film. Divertissement horrifique Ă  la fois intelligent et audacieux par son climat sombre, malsain et terrifiant Ă©voluant dans un cadre enfantin, Ca traite enfin et surtout de l'handicap de la peur du point de vue transitoire d'une adolescence en quĂŞte d'affirmation et de respect de l'autre. Une excellente première partie donc, en escomptant un second segment autrement plus adulte et encore plus Ă©prouvant. 

Eric Binford

La critique de Peter Hooper
NO SPOLIER !
Note : 5 / 6
// Grime story //
Ou cas ou vous maniganceriez de m’attendre tapis dans l’ombre, grossièrement accoutrĂ© en Bozo et prĂ©s a bondir dans le but de m’effrayer : je ne souffre pas de coulrophobie! MĂŞme si vos intentions s’avĂ©raient nobles, ne mangeant pas non plus de bonbons, vous risqueriez une dĂ©charge de Taser. Vous voila a prĂ©sent au courant : ne passez pas a 5000 volts !
ImmunisĂ© contre cette phobie je pouvais donc dĂ©couvrir cette nouvelle version du roman Ă©ponyme de MaĂ®tre King, sans peur mais Ă©galement sans reproche, car je n’ai jamais cachĂ© l’attente d’une relecture modernisĂ©e de celle de Tommy Lee Wallace. Bien que (forcĂ©ment) grand fan, son fort datage du dĂ©but des 90 et son format tĂ©lĂ©filmesque ouvraient quelques belles perspectivistes, surtout lorsque l’on connaĂ®t le contenu prolixe de l’Ĺ“uvre de rĂ©fĂ©rence.
Après sa mère veilleuse fantastico/Ă©pouvantable « Mama » (2013) , sĂ©duisante mais imparfaite Bisserie, on attendait une confirmation du talent d’AndrĂ©s Muschietti, dĂ©tectĂ© a travers quelques plans. Si la scène introductive du gamin Ă  la poursuite d’un bateau en papier achevant son voyage dans l’Ă©gout, constitue l’incontournable point d’ancrage roman/tĂ©lĂ©film, un nouveau traitement s’avĂ©rait forcĂ©ment très piĂ©geur. La forme originelle, aurĂ©olĂ©e d’un statut culte, pouvait suffire Ă  dĂ©molir en cinq minutes les cent trente suivantes. Sans dĂ©voiler quoi que se soit puisqu’elle est omniprĂ©sente dans tout les trailers, je m’avancerai juste a dire qu’il y manque un « morceau » de choix, rĂ©servĂ© aux spectateurs en salle, et qui a lui seul permettra sĂ»rement de « dĂ©tacher » celle des 90’s de vos esprits…D’autant que l’on y dĂ©couvre Ă©galement le nĂ©o grippe-sou...sur lequel je reviendrai plus loin. Ce coup de maĂ®tre introduit une rĂ©ussite qui va s’avĂ©rer totale : nous sommes sans l’ombre d’un doute face a une Ĺ“uvre charnière dans l’horreur post-moderne, je pèse mes mots.
Muschietti va respecter le background de l’histoire, mais en choisissant de la situer entièrement en 1988, le point d’arrivĂ©e du film de Wallace.
C’est la que l’on dĂ©couvre le nouveau « club des ratĂ©s », un bande de jeunes dont les grossiers (et volontaires) stĂ©rĂ©otypes vont se lisser très rapidement jusqu'Ă  devenir la toile de fond absolument parfaite pour la mise en place de cette intrigue horrifique. Un excellent casting et une direction d’acteurs millimĂ©trĂ©e qui vont contribuer, avec une reconstitution pertinente des annĂ©es 80, Ă  une parfaite immersion. Toute la force de la narration va reposer sur ces jeunes dont la caractĂ©risation, entre ceux de « Stand by me » et des « Goonies », va leur donner toute lĂ©gitimitĂ© pour arriver a surmonter leur peur et terrasser le « mal ». Du « petit gros » victimaire, au frère bègue du disparu en passant par le dĂ©conneur de service, sans oublier la nana de l’Ă©quipe, tous rĂ©insufflent le parfum savoureux d’un teen movie vidĂ©o-clubien, brillamment reconditionnĂ© pour ĂŞtre respirĂ© et acceptĂ© par toutes les gĂ©nĂ©rations.
On sait que le roman de king, dans la première partie exploitĂ©e ici, portait sur le message du passage Ă  l’age adulte. Muschietti va faire briller la mĂ©taphore. A ce titre le personnage de Beverly est le plus intĂ©ressant. La jolie Sophia Lillis, portrait crachĂ© de la Molly de « Breakfast club »(ce que ne manque pas de lui rappeler Richie -Finn Wolfhard- celui qui a « avalĂ© un clown »…), est victime d’un père « très entreprenant », l’occasion de la scène la plus choquante du film ou dans une explosion d’hĂ©moglobine très shining-ienne(…) se confondent le trouble des premières règles et la violence d’un possible viol : aussi puissamment graphique qu’incroyablement suggestif !
Et le clown dans tout « ça » ? Zut, J’allais oublier….
Exit la tenue iconique du personnage, idĂ©ale pour abuser de la confiance des enfants avec ses couleurs gaies et son air faussement amuseur. Le boogeyman malĂ©fique est ici vĂŞtu d’un costume dĂ©fraĂ®chi et usĂ© lui confĂ©rant une allure théâtralisĂ©e le renvoyant au pittoresque clown blanc, sorte de Pierrot plus lunatique que lunaire. Chacune des scènes ou Grippe-sou ramène sa « fraise » on retient son souffle, surtout dans les gros plans sur son visage, sorte de mixe entre le faciès Joker-ien de Nicholson, et le regard de D'Onofrio pĂ©tant les plombs dans « Full metal jacket ». Une coquetterie dans l’Ĺ“il lui confère un air dĂ©finitivement effrayant. Si ce personnage est parfaitement rĂ©ussit on le doit Ă  la mise en scène de Muschietti, qui le renvoie volontiers Ă  son statut originel de bouffon (sidĂ©rante scène ou on le voit gesticuler dans une roulotte en feu !), l’humour et les attitudes jamais très loin des putasseries d’un Freddy Krueger (clin d’Ĺ“il fortement appuyĂ© par cette affiche de « Nightmare on elm street » a l’entrĂ©e d’un cinĂ©…). On pouvait rĂŞver de le voir un peu plus souvent, mais le rĂ©cit est si tellement intelligemment articulĂ© autour de ces « ratĂ©s » que cela aurait probablement Ă©tĂ© nĂ©faste pour le liant de l’histoire, et l’ensemble aurait perdu l’oxygène nĂ©cessaire pour rĂ©ussir a affronter le monstre dans les Ă©gouts de la ville. Bill SkarsgĂĄrd accomplit l’exploit (lui aussi…) de faire oublier Tim Curry. Son antre ou le rĂ©alisateur nous livre un bouquet final très Lovecraftien est esthĂ©tiquement Ă©poustouflante, comme pas mal d'autres plans !
AndrĂ©s Muschietti nous livre la meilleure car la plus sĂ©rieuse bobine horrifique vue depuis (très) longtemps. En rĂ©orchestrant habilement les nouveaux codes du genre a base de Jump scares ( assez rares pour fonctionner ), sans (trop) forcer sur le volume d’un sound design devenu au fil des annĂ©es une simple agression auditive, sa mise en scène inspirant le respect a la fois des amoureux des fantasmes littĂ©raires de Stephen King, des nostalgique du film de Wallace, ceux des 80’s (celle de mes annĂ©es lycĂ©es) et des fĂ©tichistes de la VHS, et plus globalement celui des cinĂ©philes exigeants.
Avec ce Teen-horror-movie, respectueux de l’esprit originel, il Ă©chappe aux peaux de bananes de la classification PG-13 – pour une Ĺ“uvre qui rĂ©ussit Ă  ĂŞtre aussi effrayante sur le fond qu’hypnotique sur la forme. A en devenir coulorphile : Magistral !