vendredi 15 juin 2018

TIMERIDER

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

"Timerider: The Adventure of Lyle Swann" de William Dear. 1982. U.S.A. 1h36. Avec Fred Ward, Belinda Bauer, Peter Coyote, Richard Masur, Tracey Walter.

Sortie salle France: 28 Mars 1984. U.S: 11 Décembre 1982

FILMOGRAPHIE: William Dear est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste et producteur canadien nĂ© le 30 novembre 1943 Ă  Toronto (Canada).1975 : Nymph. 1976 : Northville Cemetery Massacre. 1981 : Elephant Parts (vidĂ©o). 1981 : An Evening with Sir William Martin (vidĂ©o). 1982 : Timerider. 1983 : Nick Danger in The Case of the Missing Yolk (vidĂ©o). 1984 : Garry Shandling: Alone in Vegas (TV). 1985 : Doctor Duck's Super Secret All-Purpose Sauce. 1985 : Histoires fantastiques (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e, Ă©pisode Papa, momie). 1987 : Bigfoot et les Henderson. 1991 : Espion junior. 1993 : Journey to the Center of the Earth (TV). 1994 : Une Ă©quipe aux anges. 1997 : BeautĂ©s sauvages. 1999 : La Ferme aux ballons (TV). 2000 : Le Père NoĂ«l a disparu (TV). 2005 : School of Life (TV). 2006: Evil Twins. 2008: The Perfect Game. 2013: Angel et moi.


SĂ©lectionnĂ© Ă  Avoriaz 2 ans après sa sortie, Timerider aurait bien mĂ©ritĂ© un Prix du Public tant cette sĂ©rie B rondement menĂ©e fleure bon le divertissement de samedi soir de par son charme sĂ©millant ! Et si son intrigue linĂ©aire (un champion de moto-cross se retrouve incidemment projetĂ© en 1877 dans un village mexicain oĂą se disputeront 2 bandes rivales) laisser craindre une sĂ©rie Z de pacotille, William Dear s'extirpe honorablement du ridicule et de la trivialitĂ© avec un savoir-faire constamment convaincant. Tant auprès des gunfights et poursuites en règle plutĂ´t lisibles et bien gĂ©rĂ©es d'un montage dynamique, de l'exploitation des panoramas naturels pleins d'oxygène que d'une direction d'acteur oĂą ces derniers sont Ă  la fĂŞte dans la peau de cow-boys hĂ©bĂ©tĂ©s Ă  tĂ©moigner de l'intrusion d'un motard issu du futur. Parmi cet Ă©lĂ©ment perturbateur, Fred Ward, l'interprète de l'inoubliable  RĂ©mo, sans arme et dangereux, se prĂŞte sobrement au jeu du hĂ©ros venu de nulle part avec une bonhomie bonnard dans sa dĂ©froque rutilante (il est affublĂ© d'une combinaison rouge afin de contraster avec l'environnement westernien), quand bien mĂŞme sa ravissante partenaire Belinda Bauer lui partage une tendre romance tout en jouant la rebelle vaillante Ă  s'opposer aux maraudeurs en quĂŞte de la machine sur 2 roues.


Ce qui nous vaut à travers leurs combines offensives des séquences parfois hilarantes lorsque deux hors-la-loi vont tenter de conduire l'engin avec une maladresse impayable. Bourré d'aimables seconds-rôles si familiers de la série B, Timerider est en prime rehaussé du charisme séducteur de Peter Coyote en bandit borderline si obsédé à dérober coûte que coûte la machine du futur. L'acteur se prêtant au jeu de la caricature indocile avec une dérision souvent irrésistible à courser sans relâche le motard avide de retrouver son bercail. Et si les séquences d'action ont tendance à se répéter au sein d'un schéma sans surprises (attaques, contre-attaques et vice versa), William Dear parvient miraculeusement à relancer l'action parmi le dépaysement des décors où se confondent futur et passé d'un contexte temporel (l'homme moderne des années 80 transplanté dans le cadre du western afin de côtoyer des cow-boys anachroniques !), et parmi la complicité fringante des acteurs jouant au jeu du gendarme et du voleur avec autant d'humour que de panache héroïque.


Le Chevalier des temps perdus. 
PĂ©pite de sĂ©rie B bourrĂ©e de charme et de sympathie (Ă  l'instar de son score pop-Ă©lectro irriguant toute l'intrigue), Timerider transpire la modeste sincĂ©ritĂ© Ă  immerger le spectateur dans une action dĂ©lirante (pour ne pas dire improbable) si bien que western et anticipation se chevauchent avec une homogĂ©nĂ©itĂ© inopinĂ©ment crĂ©dible. A revoir avec Ă©motion ! 

* Bruno 
3èx

jeudi 14 juin 2018

LE MASQUE DE FU-MANCHU

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"The Face of Fu Manchu" de Don Sharp. 1965. Angleterre/Allemagne. 1h32. Avec Christopher Lee, Nigel Green, Joachim Fuchsberger, Karin Dor, James Robertson Justice, Howard Marion-Crawford, Tsai Chin.

Sortie salles France: 2 Février 1966. U.S: 24 Octobre 1965

FILMOGRAPHIE: Don Sharp est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur britannique, d'origine australienne, nĂ© le 19 avril 1921 Ă  Hobart (Australie), dĂ©cĂ©dĂ© le 14 dĂ©cembre 2011.
1955 : The Stolen Airliner. 1958 : The Adventures of Hal 5. 1958 : The Golden Disc. 1959 : The Professionals. 1960 : Linda. 1962 : Two Guys Abroad. 1963 : It's All Happening. 1963 : Le Baiser du vampire. 1964 : Les Pirates du diable. 1964 : Witchcraft. 1965 : La Malédiction de la mouche. 1965 : Le Masque de Fu-Manchu. 1966 : Raspoutine, le moine fou. 1966 : Opération Marrakech. 1966 : Les Treize Fiancées de Fu Manchu. 1967 : Le Grand Départ vers la Lune. 1968 : The Violent Enemy. 1969 : Taste of Excitement. 1971 : Psychomania. 1973 : Le Manoir des fantasmes. 1974 : Callan. 1975 : Hennessy. 1978 : Les 39 Marches. 1979 : Le Secret de la banquise. 1980 : Guardian of the Abyss. 1985 : What Waits Below.


Premier opus d'une sĂ©rie de 5 films d'après un roman de Sax Rohmer, le Masque de Fu-Manchu fleure bon l'aventure exotique mâtinĂ©e d'horreur sous l'autoritĂ© de l'habile artisan Don Sharp (le Baiser du Vampire, Raspoutine, le Manoir des Fantasmes). Servi par une solide distribution que Christopher Lee monopolise avec un machiavĂ©lisme presque aussi probant que l'illustre Dr Phibes  (rĂ©alisĂ© 6 ans plus tard !), Le Masque de Fu-Manchi tire parti de son charme (rĂ©tro) grâce Ă  l'attrait palpitant de son intrigue fertile en actions, poursuites et pĂ©ripĂ©ties rocambolesques. Et ce Ă  travers la topographie Ă©clectique d'une Angleterre rurale et du Tibet soigneusement photographiĂ©s d'après une nuance sĂ©pia. Parmi l'endurance d'un jeu de cache-cache de longue haleine entre mĂ©chants et gentils doublĂ©e d'une course contre la montre pour retrouver un professeur et sa fille puis prĂ©server la vie de 10 000 habitants, l'inspecteur Smith (Nigel Greenet prĂŞtant ses traits de fin limier avec un charisme si familier que l'on pourrait le confondre avec Peter Cushing !) et ses comparses traquent sans relâche un baron du crime (accompagnĂ© de sa fille sadique !) adepte de l'hypnose, du camouflage et du subterfuge pour parfaire son dessein criminel.


Car planquĂ© sous les tunnels de la ville, Fu-Manchu est sur le point de rĂ©genter le monde grâce Ă  l'Ă©laboration d'un gaz mortel entrepris avec un otage scientifique et d'une graine de pavot qui pourrait lui apporter la vie Ă©ternelle. Bougrement inspirĂ© Ă  mettre en image son aventure singulière tantĂ´t pimentĂ©e d'humour noir dans ses gadgets dĂ©lĂ©tères et rebondissements cruels, le Masque de Fu-manchu fait preuve d'une efficacitĂ© endiablĂ©e Ă  cumuler les affrontements physiques (notamment auprès des sbires chinois de Fu-Manchu davantage nombreux pour protĂ©ger leur maĂ®tre) et poursuites en pagaille au fil d'un cheminement aventureux dĂ©paysant. Don Sharp soignant Ă©galement le cadre inquiĂ©tant de certains dĂ©cors caverneux (la nĂ©cropole gothique, le repère technologique de Fu-Manchu et tous les sous-terrains qu'il arpente pour dĂ©jouer la police) avec un savoir-faire formel (aussi limitĂ© soit son budget). D'ailleurs, sur ce point artisanal, Le Masque de Fu-Manchu tire avantage de son cĂ´tĂ© bricolĂ© avec un sens infaillible du travail soignĂ© assorti d'une grande gĂ©nĂ©rositĂ© par son rythme en roue libre. Et Christopher Lee d'y parfaire son jeu d'exubĂ©rance dans sa carrure hiĂ©ratique de docteur mĂ©galo se brocardant du corps policier avec une modestie pernicieuse.


A travers les composants hybrides de l'aventure, de l'horreur et de l'action dĂ©complexĂ©es, Le Masque de Fu-Manchu y extrait une saveur de perle culte Ă  trĂ´ner Ă  proximitĂ© de l'Abominable Dr Phibes, de Fantomas ou encore de Théâtre de sang

* Bruno
3èx

mercredi 13 juin 2018

COLD HELL

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Die Hölle" de Stefan Ruzowitzky. 2017. Allemagne/Autriche. 1h32. Avec Violetta Schurawlow, Tobias Moretti, Robert Palfrader, Sammy Sheik, Friedrich von Thun, Murathan Muslu.

Sortie salles France, Festival de Beaune: 1er Avril 2017. Allemagne/Autriche: 19 Janvier 2017

FILMOGRAPHIEStefan Ruzowitzky est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste de cinĂ©ma autrichien. Il est nĂ© le 25 dĂ©cembre 1961 Ă  Vienne. 1996 : Tempo. 1998 : Les HĂ©ritiers. 2000 : Anatomie. 2001 : Les Hommes de Sa MajestĂ©. 2003 : Anatomie 2. 2007 : Les Faussaires. 2009 : Lili la petite sorcière, le dragon et le livre magique. 2012 : Cold Blood. 2017 : Cold Hell.


Production binaire entre l'Allemagne et l'Autriche supervisĂ©e par l'auteur des efficaces Anatomie 1 et 2Cold Hell est un sympathique psycho-killer en dĂ©pit de son climat versatile ne sachant pas trop sur quel pied danser (polar, action, horreur, suspense, romance se chevauchent de façon sporadique). En prime, et de manière inopinĂ©e, les combats Ă  mains nues (l'hĂ©roĂŻne Ă©tant adepte de la boxe thaĂŻ) dĂ©samorcent le rĂ©alisme des confrontations dans leur chorĂ©graphie dĂ©gingandĂ©e.
Les points les plus positifs: l'exploitation d'une mĂ©tropole urbaine tentaculaire saturĂ©e de teintes flashy, une action parfois Ă©pique (la poursuite en voiture, l'affrontement dans le mĂ©tro) et la force de tranquille de Violetta Schurawlow en justicière impassible s'acharnant avec plus moins de crĂ©dit Ă  inverser les rĂ´les afin de venir Ă  bout d'un serial-killer rigoriste.

* Bruno

RĂ©compensePrix du Jury au Festival International du Film Policier de Beaune; 2017

mardi 12 juin 2018

LES DIABLESSES

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site arcadesdirect.fr

"La morte negli occhi del gatto" de Antonio Margheriti. 1973. Allemagne/France/Italie. 1h35. Avec
Jane Birkin, Hiram Keller, Françoise Christophe, Venantino Venantini, Serge Gainsbourg, Anton Diffring, Doris Kunstmann.

Sortie salles France: 23 Janvier 1974. Italie: 12 Avril 1973

FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi. 1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.


ExhumĂ© de l'oubli grâce Ă  l'Ă©diteur Cine2genre, Les Diablesses (titre français mercantile habilement fallacieux !) est un formidable suspense gothico-giallesque que notre illustre Antonio Margheriti imprime sur pellicule avec souci formel vertigineux. Et si l'intrigue simpliste n'est que prĂ©texte Ă  une sĂ©rie de crimes sanglants comme de coutume chez le genre codifiĂ©, sa scĂ©nographie gothique inopinĂ©ment envoĂ»tante maintient l'intĂ©rĂŞt jusqu'Ă  la rĂ©vĂ©lation finale assez surprenante (mĂŞme si on peut dĂ©celer l'identitĂ© du coupable Ă  mi parcours du mĂ©trage et que son mobile s'avère plutĂ´t conventionnel). Qui plus est, Margheriti, jamais avare d'originalitĂ© baroque, se permet d'inclure Ă  travers sa scĂ©nographie inquiĂ©tante 2 personnages animaliers (un chat, un gorille) afin de surfer sur une ambiance surnaturelle effleurant Ă  deux reprises le thème du vampirisme. Impeccablement campĂ© par une poignĂ©e de seconds-couteaux transalpins bien connus des amateurs (notamment auprès du regard azur de la sublime et troublante Doris Kunstmann), Les Diablesses bĂ©nĂ©ficie en outre de la beautĂ© anglaise de Jane Birkin assez convaincante en jeune convive timorĂ©e, tĂ©moin malgrĂ© elle d'Ă©vènements particulièrement macabres.


Tant et si bien que durant son sĂ©jour dans le château de sa gĂ©nitrice, Corringa s'Ă©gare fragilement dans les corridors, chambres Ă  coucher et passage souterrain avec une apprĂ©hension escarpĂ©e eu Ă©gard d'une vague de meurtres sanglants qu'un mystĂ©rieux tueur ne cesse de provoquer. Et ce, au moment de se rapprocher (sentimentalement parlant) auprès de James, cousin arrogant victime d'un passĂ© aussi nĂ©buleux que torturĂ©e. En dĂ©pit de la prĂ©sence subsidiaire de Serge Gainsbourg peu Ă  l'aise en inspecteur Ă  la fois apathique et peu finaud (bien que les spectateurs français s'amuseront de son cabotinage un brin extravagant, notamment auprès de sa dĂ©marche altière), la galerie de personnages interlopes Ă©voluant autour de Jane Birkin parvient Ă  distiller un charme vĂ©nĂ©neux au grĂ© de rapports familiaux dysfonctionnels. Margheriti nous interrogeant en permanence, et avec efficacitĂ©, sur leurs rĂ´les Ă©quivoques, comme les confirment aussi Ă  degrĂ© moindre le couple de domestiques et l'homme d'Ă©glise. Et d'amorcer durant sa seconde partie un rythme beaucoup plus alerte et oppressant au fil de pĂ©ripĂ©ties brutales oĂą le sentiment d'insĂ©curitĂ© gagnera du galon.


La Résidence.
Baignant dans un climat nocturne d'onirisme gothique n'ayant rien Ă  envier au travaux de Mario Bava ou de Roger Corman, Les Diablesses resplendit d'autant mieux Ă  travers sa photo sĂ©pia si bien que le spectateur magnĂ©tisĂ© par son Ă©lĂ©gance funèbre se laisse facilement embobiner par son cheminement giallesque sous le pilier d'attachants seconds-rĂ´les se prĂŞtant au jeu de la duperie avec assez de persuasion. A redĂ©couvrir avec vif intĂ©rĂŞt mĂŞme si la forme tant artisanale phagocyte le fond plaisamment convenu.

* Bruno
2èx

vendredi 8 juin 2018

SPARRING

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Samuel Jouy. 2018. France. 1h35. Avec Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye, Billie Blain, Lyes Salem, David Saracino.

Sortie salles France: 31 Janvier 2018. Suisse: 5 Août 2017

FILMOGRAPHIESamuel Jouy est un acteur et réalisateur français, né en 1975.
2018: Sparring.


Echec public lors de sa discrète sortie en salles, Sparring fait office de film maudit eu égard de l'étonnant brio de sa réalisation (j'hésite d'ailleurs à employer la locution "coup de maître" si bien qu'il s'agit du 1er essai de Samuel Jouy), d'une direction d'acteurs hors-pair (dénués de toute diction théâtrale !) et de la présence viscérale de Mathieu Kassovitz littéralement habité dans celui d'un boxer sur le déclin enchaînant les défaites sans daigner raccrocher les gants (le rôle de sa vie pour ma part, rien que ça !). Mais au moment de devenir Sparring-partner (partenaire "adroit" d'entrainement) auprès d'un champion, ce dernier lui offrira l'opportunité d'accomplir un dernier match et peut-être parvenir à la victoire en dépit de ses échecs en chute libre. Retraçant avec souci de vérité humaine et de réalisme documenté le parcours épineux de Steve Landry, père de famille s'efforçant de gagner sa vie, notamment afin d'offrir le rêve de sa fille particulièrement douée pour le piano, Samuel Jouy provoque une émotion rigoureuse à travers ce profil de loser sur le fil du rasoir, si bien que sa situation précaire influera sur sa relation conjugale pas si épanouie.


Sa fragilitĂ© rĂ©servĂ©e, sa remise en question morale tacite (que le rĂ©alisateur sonde sans lourdeur dans sa psychĂ© tourmentĂ©e), sa volontĂ© autrement pugnace d'encaisser les coups les plus brutaux et d'y rester debout (sans jamais cĂ©der aux sirènes d'une action ostentatoire), sa tendre complicitĂ© (jamais dĂ©monstrative) avec sa fille fĂ©rue d'amour et de dignitĂ© pour lui (notamment cette sĂ©quence bouleversante lorsque celle-ci assiste Ă  un spectacle d'humiliations lors d'un match d'exhibition), Mathieu Kassovitz nous les retransmet avec une noble humilitĂ©. On peut Ă©galement mettre en exergue, voir mĂŞme carrĂ©ment applaudir le naturel spontanĂ© de Billie Blain dans celle d'une ado sĂ©millante, Ă  la fois dĂ©bordante de sensibilitĂ©, de fiertĂ© et d'amour pour son père mais aussi d'amertume, de regret et d'indignation eu Ă©gard de la risible renommĂ©e de celui-ci auprès de ses camarades de classes ou d'un public sado pour les perdants. Sans jamais romantiser le sport de la boxe et encore moins le transfigurer de manière homĂ©rique pour Ă©muler Rocky, Samuel Jouy opte pour la pudeur Ă©motive, la puretĂ© de l'acte de bravoure, le rĂ©alisme percutant des combats comme si vous assistiez Ă  un vrai match en direct si bien que les professionnels du milieu seront sans doute bluffĂ©s par la symĂ©trie des chorĂ©graphies, aussi concises et fluides soient-elles. A l'instar du match de dernier ressort fertile en Ă©motions pures (notamment parmi l'appui d'un score solennel qui enrobe couramment, et sans fioritures, toute l'intrigue) dont nous ne connaĂ®trons mĂŞme pas l'heureux vainqueur !


Un pas vers la réussite.
Vibrant hommage Ă  tous ces losers incapables d'accĂ©der Ă  la notoriĂ©tĂ© mais pour autant passionnĂ©s par l'art de la boxe et d'une rĂ©silience Ă  toute Ă©preuve pour effleurer une Ă©ventuelle victoire, Sparring nous met finalement Ă  genou grâce Ă  son Ă©motion rigoureuse d'une saisissante acuitĂ© humaine. SublimĂ© par la prestance Ă©corchĂ©e de Kassovitz et de seconds-rĂ´les communĂ©ment irrĂ©prochables car d'un aplomb plus vrai que nature (notamment auprès de boxers burinĂ©s d'une force tranquille proĂ©minente), Sparring scande au final les vainqueurs infortunĂ©s avec une dignitĂ© rĂ©solument bouleversante. Comme le souligne d'ailleurs brillamment son gĂ©nĂ©rique de fin faisant dĂ©filer des boxers anonymes gagnĂ©s par l'Ă©lĂ©gie du bonheur, l'ivresse de leur bravoure, aussi bref fut leur vertigineux instant de gloire. Offrez sa chance Ă  Sparring, vous ne l'oublierez jamais !

* Bruno

mercredi 6 juin 2018

FRANKENHOOKER

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com

de Frank Henenlotter. 1990. U.S.A. 1h24. Avec James Lorinz, Joanne Ritchie, Patty Mullen, J.J. Clark, Carissa Channing, Shirl Bernheim, Judy Grafe.

Sortie salles France: 21 Août 1991. U.S: 1er Juin 1990.

FILMOGRAPHIE: Frank Henenlotter est un réalisateur américain né le 29 août 1950 à New-York. 1982: Frères de sang. 1988: Elmer, le remue-méninges. 1990: Frères de sang 2. 1990: Frankenhooker. 1992: Frères de Sang 3. 2008: Sex Addict.


DĂ©clinaison parodique de la FiancĂ©e de Frankenstein supervisĂ©e par Frank Henenlotter, un des maĂ®tres incontestĂ©s de l'horreur underground, Frankenhooker n'a rien Ă  envier Ă  ses homologues cultes, Frères de Sang / Elmer. Tant et si bien que cette sĂ©rie B au mauvais goĂ»t aussi irrĂ©sistible qu'assumĂ© se savoure tel un bonbon acidulĂ© dans son patchwork de situations Ă  la fois gĂ©nialement grotesques et improbables. A la suite de la mort accidentelle de sa fiancĂ©e dĂ©chiquetĂ©e par une tondeuse Ă  gazon inventĂ©e par ses soins, Jeffrey Franken tente de la ranimer Ă  l'aide de morceaux de cadavres provenant de prostituĂ©es. PassĂ©e l'expĂ©rience victorieuse, sa compagne revenue d'outre-tombe sillonne les quartiers malfamĂ©s Ă  la recherche de mâles lubriques. Pure bande-dessinĂ©e dĂ©jantĂ©e (photo polychrome Ă  l'appui façon RĂ©-animator !) exploitant avec une belle efficacitĂ© gore en latex et Ă©rotisme polisson (Henlotter prenant malin plaisir Ă  filmer les jeunes donzelles aux poitrines dĂ©nudĂ©es de toutes tailles !), Frankenhooker parodie le roman de Mary Shelley avec une dĂ©contraction jubilatoire.


L'auteur s'en donnant gĂ©nĂ©reusement Ă  coeur joie Ă  cumuler gags cartoonesques et blagues potaches sous l'impulsion d'un jeune Ă©lectricien dĂ©connectĂ© de son morne quotidien. Outre l'interprĂ©tation charismatique de James Lorinz en savant gentiment azimutĂ© (il faut le voir se trĂ©paner le cerveau avec une tige Ă  perceuse en guise de relâchement moral et de quĂŞte Ă©rudite !), Frankenhooker est littĂ©ralement transcendĂ© par la performance de Patty Mullen en catin aussi difforme que sexy gesticulant tel un pantin dĂ©manchĂ©. Car derrière son look violacĂ© de prostituĂ©e futuriste, ses tics, spasmes et grimaces hyperboliques, son regard dĂ©ficient et sa dĂ©marche dĂ©gingandĂ©e nous provoquent une fascination de gosse Ă©merveillĂ© Ă  chacune de ses extravagantes apparitions ! Et par le biais de ses pitreries aussi loufoques que putassières (elle offre son corps Ă  la clientèle masculine en les faisant exploser d'orgasme si j'ose dire !), Frank Henenlotter, jamais avare d'inventivitĂ© cintrĂ©e, clĂ´ture son intrigue sur une conclusion orgiaque n'ayant rien Ă  envier au bouquet final de RĂ©-animator ou encore de Society ! La fiancĂ©e inversant subitement les rĂ´les de victime soumise avec une dĂ©rision inopinĂ©ment saphique !


Jeu de massacre pour rire (et se rincer l'oeil !) au grĂ© d'une renaissance morbide titulaire d'un quotidien dĂ©pravĂ©, Frankenhooker baigne dans la stupre d'un comique horrifique galopin avec une insolence pĂ©tulante. Henenlotter gĂ©nĂ©reusement culottĂ© se renouvelant une 3è fois avec cette farce macabre oĂą le dĂ©paysement Ă©grillard relève de l'unicitĂ©. 

* Bruno
2èx

mardi 5 juin 2018

Les Expériences érotiques de Frankenstein

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdtoile.com

"La maldición de Frankenstein" de Jess Franco. 1973. France/Espagne/Portugal. 1h14. Avec Alberto Dalbés, Dennis Price, Howard Vernon, Beatriz Savón, Anne Libert, Fernando Bilbao, Britt Nichols, Luis Barboo.

Sortie salles France: 31 Mai 1973 (Int aux - de 18 ans)

FILMOGRAPHIE: Jess Franco (Jesus Franco Manera) est un rĂ©alisateur espagnol, nĂ© le 12 Mai 1930 Ă  Madrid, dĂ©cĂ©dĂ© le 2 Avril 2013. 1962: L'Horrible Dr orlof.  1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les MaĂ®tresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le TrĂ´ne de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les ExpĂ©riences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1974: La Comtesse Noire. 1974: EugĂ©nie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-rĂ©al). 1982: L'AbĂ®me des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les PrĂ©dateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.


            "Le monde sombrait dans la dĂ©mence et les humains pionçaient en toute inconscience."

Une aberration filmique hors du temps et de l'espace, un pitch capillotractĂ© Ă©crit par un Franco sous tranxène, des filles nues et velues parfois adeptes du SM, une femme oiseau dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e qui piaille, un soupçon de gore ketchup, un monstre argentĂ© que l'on croirait issue d'un illustre Ă©pisode de James Bond, des images crĂ©pusculaires oniriques, des Ă©clairages stylisĂ©s, des cadrages alambiquĂ©s, des contre-plongĂ©es Ă  n'en plus finir, la prĂ©sence Ă©baubie d'Horwan Vernon les yeux exorbitĂ©s, des figurants masquĂ©s sortis d'une fĂŞte d'Halloween, un score dissonant Ă  se claquer la tĂŞte contre le carrelage ! Bienvenue dans l'univers inĂ©narrable de Jess Franco, maĂ®tre de la sĂ©rie Z hispanique pour le meilleur et pour la consternation. Il faut le voir pour le croire, Ă  vos risques et pĂ©rils. En tout Ă©tat de cause, pour les bisseux incorrigibles, le voyage psychĂ©dĂ©lique vaut assurĂ©ment le dĂ©tour si bien que cette oeuvre marginale ne ressemblant Ă  nulle autre demeure aujourd'hui encore plus charmante et incongrue faute de son Ă©poque rĂ©tro rĂ©volue. 

P.S: Privilégiez la VF plutôt que la version Spanish (rallongée de 7 minutes), une fois n'est pas coutume.

* Bruno
08.05.21. 
03.03.25. 3èx

lundi 4 juin 2018

AMERICAN WARRIOR 2: LE CHASSEUR

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site shatpack.blogspot.com

"Avenging Force" de Sam Firstenberg. 1986. U.S.A. 1h44. avec Michael Dudikoff, Steve James, James Booth, William Wallace, John P. Ryan, Karl Johnson.

Sortie salles France: 31 DĂ©cembre 1986. U.S: 1 Mai 1987 

FILMOGRAPHIESam Firstenberg (de son vrai nom Shmulik Firstenberg) est un rĂ©alisateur israĂ©lo-amĂ©ricain nĂ© en Pologne le 13 mars 1950. 2003: The Interplanetary Surplus Male and Amazon Women of Outer Space. 2002 Quicksand. 2001: Spiders, le retour des araignĂ©es gĂ©antes. 2001: Criss, Cross. 2000: L'Alternative. 1998: Le TrĂ©sor de McCinsey. 1997: Motel Blue. 1997: OpĂ©ration Delta  Force. 1994: Cyborg Cop 2. 1993: Blood Warriors. 1993: Cyborg Cop. 1992: La Loi du samouraĂŻ. 1991: Delta Force 3. 1990: Neshika Bametzach. 1989: Riverbend. 1987: Le Ninja blanc. 1986: American Warrior II : Le Chasseur. 1985: American Warrior. 1984: Breakin' 2: Electric Boogaloo. 1984: Ninja III. 1983: Ultime Violence. 1983: One More Chance. 1979: Simpatya Bishviel Kelev.


Synopsis: Résigner à retrouver les coupables de la mort de son meilleur ami et de sa famille, Matt Hunter doit se confronter à un groupuscule fasciste adepte de la chasse à l'homme.


Film d'action d'exploitation produit par la cĂ©lèbre firme Cannon, American Warrior 2 fit les beaux jours des rayons VHS après avoir remportĂ© un certain succès en salles sur notre territoire (869 196 entrĂ©es). A la revoyure, on ne peut s'empĂŞcher de l'estampiller plaisir coupable, voir de "nanar" tant le mĂ©trage de Sam Firstenberg cumule clichĂ©s et personnages stĂ©rĂ©otypĂ©s autour d'une intrigue rachitique aussi naĂŻve que prĂ©visible. En prime, les dialogues Ă©lĂ©mentaires parfois drĂ´les et l'aspect impayable de certaines confrontations hĂ©roĂŻques oĂą les mĂ©chants grimacent en diable et oĂą le gentil ne cesse de se relever de ses blessures avec une pugnacitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e renforcent le caractère dĂ©calĂ© de l'attachant spectacle, clin d'oeil sardonique aux Chasses du comte Zaroff. La seconde partie surfant sur le survival d'une chasse Ă  l'homme que notre hĂ©ros improvisera dans les bayous tout en portant secours Ă  une fille kidnappĂ©e. D'ailleurs, Ă  travers son action en règle plutĂ´t gĂ©nĂ©reuse, on peut aujourd'hui s'Ă©tonner de la violence de certains passages homĂ©riques (notamment son prologue pĂ©taradant confinĂ© en pleine fĂŞte urbaine) et de certaines exactions meurtrières si bien que Sam Firtenberg ose mĂŞme y sacrifier l'innocence la plus candide (2 enfants sont froidement abattus dont l'un face camĂ©ra !).


Sympathique, attachant et charmant sous son format d'actionner bisseux rĂ©servĂ© aux prolos, American Warrior 2 enthousiasmera Ă  nouveau la gĂ©nĂ©ration 80 en dĂ©pit de son inĂ©vitable "coup de vieux" si bien qu'aujourd'hui il s'avère souvent (involontairement) cocasse (voir mĂŞme hilarant lors de 2/3 passages racoleurs, notamment auprès de l'affrontement final entre Matt et Elliott) et que les beaux yeux de Michael Dudikoff (gentiment expressif en redresseur de tort pour autant peu vĂ©loce !) Ă©moustilleront encore la gente fĂ©minine. 

* Bruno
2èx

jeudi 31 mai 2018

INSPECTEUR LA BAVURE

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Claude Zidi. 1980. France. 1h40. Avec Coluche, Gérard Depardieu, Dominique Lavanant, Julien Guiomar, Alain Mottet, François Perrot, Jean Bouchaud, Clément Harari.

Sortie salles France: 3 Décembre 1980

FILMOGRAPHIE: Claude Zidi est réalisateur et scénariste français né le 25 juillet 1934 à Paris.

1971 : Les Bidasses en folie. 1972 : Les Fous du stade. 1973 : Le Grand Bazar. 1974 : La moutarde me monte au nez. 1974 : Les Bidasses s'en vont en guerre. 1975 : La Course à l'échalote. 1976 : L'Aile ou la Cuisse. 1977 : L'Animal. 1978 : La Zizanie. 1979 : Bête mais discipliné. 1980 : Les Sous-doués. 1980 : Inspecteur la Bavure. 1982 : Les Sous-doués en vacances. 1983 : Banzaï. 1984 : Les Ripoux. 1985 : Les Rois du gag. 1987 : Association de malfaiteurs. 1988 : Deux. 1989 : Ripoux contre ripoux. 1991 : La Totale ! 1993 : Profil bas. 1997 : Arlette. 1999 : Astérix et Obélix contre César. 2001 : La Boîte. 2003 : Ripoux 3. 2011 : Les Ripoux anonymes, série coréalisée avec son fils Julien Zidi.


Synopsis: Roger Morzini, dangereux malfrat considĂ©rĂ© comme ennemi public N°1 se lie d'amitiĂ© avec un flic nĂ©ophyte pour mieux approcher une journaliste arrogante et ainsi faire chanter la police. 
TournĂ© la mĂŞme annĂ©e que l'immense Ă©clat de rire les Sous-douĂ©sClaude Zidi rempile avec le succès avec Inspecteur Labavure si bien qu'en 1980 il se classe 5è au box-office avec ses 3 697 576 entrĂ©es. ComĂ©die policière inĂ©gale portĂ©e Ă  bout de bras par le tandem payant Coluche / DepardieuInspecteur Labavure parvient gentiment Ă  distraire avec plus ou moins d'efficacitĂ©. Certains gags un peu lourdingues surfant avec le ridicule mĂŞme si notre frĂ©tillant Coluche parvient Ă  nous arracher les rires dans sa posture de flic empotĂ© constamment ballottĂ© par ses supĂ©rieurs et par un dangereux malfrat que Depardieu insuffle avec une Ă©loquence sournoise. Le rythme parfois dĂ©faillant ne permettant pas au spectateur de s'immerger complètement dans l'aventure rocambolesque en dĂ©pit de l'indiscutable sincĂ©ritĂ© du rĂ©alisateur (beaucoup moins inspirĂ© Ă  provoquer les rires que dans les Sous-douĂ©s).


Faisant pourtant preuve d'ambition de par son intrigue solide semĂ©e d'inventions et rebondissements mais parfois compromis par certains scories (notamment Ă  travers le comportement Ă©quivoque de la journaliste se laissant trop facilement apprĂ©hender par Morzini après avoir saisi la supercherie de sa nouvelle identitĂ©), Claude Zidi alterne idĂ©es loufoques ou dĂ©bridĂ©es au rythme des Ă©changes faussement affables de Michel et Morzini. A travers certaines sĂ©quences azimutĂ©es que l'on croirait sorties d'une sĂ©rie Z (notamment lors de la reconstitution d'un crime avec le tĂ©moignage du violeur !), Inspecteur Labavure fait presque office d'OVNI franchouillard dans son alliage de comĂ©die policière jalonnĂ©e d'actions improvisĂ©es (notamment son final hĂ©roĂŻque assez extravagant avec cette pelle mĂ©canique dĂ©truisant de fond en comble une vaste demeure). Zidi profitant notamment en intermittence d'y railler le corps policier avec gentille dĂ©rision mĂŞme si les violences policières (dĂ©noncĂ©es Ă  deux reprises) feront grincer quelques dents. En tout Ă©tat de cause, et grâce en prioritĂ© Ă  la fortuite confrontation Coluche / Depardieu (entourĂ© d'une foule de seconds-rĂ´les bonnards !), ce sympathique divertissement semi-parodique se suit sans dĂ©plaisir mĂŞme si on aurait prĂ©fĂ©rĂ© en rire aux Ă©clats.

* Bruno
3èx

mercredi 30 mai 2018

BANZAI

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site boxofficestory.com

de Claude Zidi. 1983. 1h42. Avec Coluche, Valérie Mairesse, Didier Kaminka, Marthe Villalonga, Éva Darlan, François Perrot, Jean-Marie Proslier, Zabou.

Sortie salles France: 23 Mars 1983.

FILMOGRAPHIE: Claude Zidi est réalisateur et scénariste français né le 25 juillet 1934 à Paris.
1971 : Les Bidasses en folie. 1972 : Les Fous du stade. 1973 : Le Grand Bazar. 1974 : La moutarde me monte au nez. 1974 : Les Bidasses s'en vont en guerre. 1975 : La Course à l'échalote. 1976 : L'Aile ou la Cuisse. 1977 : L'Animal. 1978 : La Zizanie. 1979 : Bête mais discipliné. 1980 : Les Sous-doués. 1980 : Inspecteur la Bavure. 1982 : Les Sous-doués en vacances. 1983 : Banzaï. 1984 : Les Ripoux. 1985 : Les Rois du gag. 1987 : Association de malfaiteurs. 1988 : Deux. 1989 : Ripoux contre ripoux. 1991 : La Totale ! 1993 : Profil bas. 1997 : Arlette. 1999 : Astérix et Obélix contre César. 2001 : La Boîte. 2003 : Ripoux 3. 2011 : Les Ripoux anonymes, série coréalisée avec son fils Julien Zidi.


RĂ©alisĂ© par Claude Zidi, un des maĂ®tres de la comĂ©die populaire, Banzai n'a pas volĂ© des 3 769 687 entrĂ©es dans l'hexagone si bien qu'Ă  la Ă©nième revoyure, cette comĂ©die d'aventures tropicales au rythme effrĂ©nĂ© parvient constamment Ă  distraire avec une bonne humeur galvanisante ! Tant auprès de son intrigue rocambolesque fertile en bĂ©vues, actions et quiproquos, que du tandem pĂ©tulant que forment Coluche et ValĂ©rie Mairesse pour le bonheur et le pour le rire. PrĂ©texte Ă  gags cocasses ou dĂ©sopilants (ah cette piqĂ»re de moustique que se coltine Coluche sur sa tronche d'"Elephant man" !), le pitch suit sans rĂ©pit les pĂ©rĂ©grinations d'un employĂ© d'assurance spĂ©cialisĂ© dans l'assistance et donc contraint de voyager aux 4 coins du monde afin de rapatrier quelques vacanciers imprudents. Alors qu'il est sur le point de se marier avec sa compagne Isabelle, cette dernière lui fait croire qu'elle dĂ©missionne de son poste d'hĂ´tesse de l'air afin de gagner du temps libre en sa compagnie.


Mais contraint par son directeur de prendre l'avion vers la Tunisie, l'Afrique, l'AmĂ©rique et l'ExtrĂŞme Orient, Michel lui feint Ă©galement ses itinĂ©raires professionnels afin de prĂ©server sa confiance auprès d'elle. Jusqu'au jour oĂą ils se font communĂ©ment piĂ©gĂ©s lors d'un concours de circonstances infortunĂ©es. ComĂ©die populaire fĂ©rue d'innocence, de gĂ©nĂ©rositĂ© et de bonne humeur expansive, BanzaĂŻ est l'antidote idĂ©al contre la morositĂ©. Et si 2/3 gags font parfois preuve de facilitĂ©, d'invraisemblance ou de lourdeur, l'abattage irrĂ©sistible de Coluche (absolument dĂ©contractĂ© en itinĂ©rant malchanceux) et de la sĂ©millante ValĂ©rie Mairesse (Ă©tonnante de naturel en godiche sexy en dĂ©pit d'une diction un brin théâtrale) parviennent Ă  transcender ses menues lacunes. Conjuguant en prime efficacement le comique des situations folingues avec des rebondissements inopinĂ©ment Ă©piques (la rĂ©volution belliqueuse en Afrique, le trafic de drogue Ă  Hong-Kong que se disputent 2 mafias), BanzaĂŻ fleure bon le dĂ©paysement cartoonesque sous l'impulsion entĂŞtante de Vladimir Cosma aussi inspirĂ© que ses interprètes Ă  nous transmettre l'espièglerie sur une mĂ©lodie nippone.


Classique sans prĂ©tention de la comĂ©die populaire, BanzaĂŻ est une mine d'or d'innocence et de bonne humeur, entre charme et panache Ă  corps perdu.  

* Bruno
4èx

mardi 29 mai 2018

THE STRANGERS: PREY AT NIGHT

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Johannes Roberts. 2017. U.S.A. 1h25. Avec Bailee Madison, Christina Hendricks, Martin Henderson, Emma Bellomy, Lewis Pullman

Sortie salles France: 18 Avril 2018. U.S: 9 Mars 2018

FILMOGRAPHIEJohannes Roberts est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste britannique nĂ© le 24 mai 1976 Ă  Cambridge. 2001 : Sanitarium. 2002: Alice. 2003 : Hellbreader. 2004 : Darkhunters. 2005 : Forest of the Damned. 2007 : When Evil Calls. 2010 : F. 2011 : Roadkill. 2012 : Storage 24. 2016 : The Door (The Other Side of the Door). 2017 : In the Deep (47 Meters Down). 2018 : The Strangers: Prey at Night.


"Vous vous êtes déjà retrouvé dans une situation où vous saviez exactement ce qui allait se passer ? Mais vous avez foncé tête baissée. Et quand ce que vous craignez le plus a fini par arriver, vous avez eu envie de vous mettre des claques tellement c'était prévisible. Mais vous êtes comme ça, vous vous faîtes du mal à chaque fois."

Johannes Roberts a beau s'inspirer de Carpenter à travers sa première partie sensiblement anxiogène (ce qui nous vaut d'ailleurs 2/3 moments assez convaincants en dépit de son inévitable impression de déjà vu) et d'une sonorité électro largement inspirée par Fog, The Strangers: prey at night est une séquelle résolument inutile si bien que sa dernière partie peu avare en situations aussi bêtas que lourdingues renforce notre prévisible sentiment de déception. Truffé de clichés et de confrontations téléphonées car empruntant les codes du psycho-killer à travers une intrigué rachitique dénuée de tension et encore moins d'ambition (même la séquence baroque de la piscine s'avère trop timorée dans son audace cruelle et son manque d'invention), le réalisateur tente d'apporter un peu de panache sous l'impulsion nostalgique de 2/3 tubes des eighties mal exploités dans la contradiction émotionnelle. Efficace, distrayant et tantôt atmosphérique chez les plus indulgents mais aussi vite vu qu'oublié si bien que le produit lucratif vieillira plus vite que son ombre selon moi.

* Bruno

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Bryan Bertino. 2008. U.S.A. 1h25. Avec Liv Tyler, Scott Speedman, Glenn Howerton, Kip Weeks, Gemma Ward.

InĂ©dit en salles en France. U.S: 30 Mai 2008

FILMOGRAPHIEBryan Bertino est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 17 Octobre 1977 Ă  Crowley, Texas. 2016: The Monster. 2014: Mockingbird. 2008: The Strangers.


Gros succès international (il rapporte 81.6 millions de $ contre un budget de 9 000 000 $) alors qu'il fut banni de nos salles chez nous, The Strangers empreinte le schĂ©ma du survival domestique (familièrement prĂ©nommĂ© "home invasion" chez les journalistes) avec une efficacitĂ© soutenue. Car prenant comme rĂ©fĂ©rences Terreur sur la Ligne (la menace interne provenant du propre foyer de la propriĂ©taire esseulĂ©e) et Halloween (la fameuse apparition du tueur masquĂ© planquĂ© derrière sa victime que seul le spectateur entrevoit en arrière plan), Bryan Bertino joue la carte de la suggestion Ă  l'aide d'une science du suspense diffus et d'une bande-son percutante. Et ce mĂŞme si parfois le cĂ´tĂ© redondant de certaines situations de panique ne produisent pas l'effet de peur escomptĂ© sachant que les assaillants ne cessent de brimer leurs victimes avec un goĂ»t prononcĂ© pour la dĂ©rision sournoise. EclairĂ© d'une superbe photo sĂ©pia aux teintes chaudes en format scope, The Strangers dĂ©veloppe un climat particulièrement feutrĂ© et inquiĂ©tant lorsque 3 intrus masquĂ©s dĂ©cident purement et simplement de flanquer la frousse Ă  un couple d'amants recroquevillĂ©s dans leur foyer.


La menace dĂ©coulant autant de l'intĂ©rieur que de l'extĂ©rieur de leur bâtisse par le biais d'apparitions fantomatiques imprimĂ©es dans le mutisme. Une manière habile de rehausser le climat anxiogène de cette situation ubuesque si bien que nous ne connaĂ®trons jamais les vĂ©ritables mobiles des 3 assaillants (ni leur vĂ©ritable identitĂ© !) jubilant Ă  terrifier leurs proies le plus souvent dĂ©munies. Prenant son temps de prime abord Ă  nous prĂ©senter le couple en remise en question sentimentale, Bryan Bertino soigne le cadre nocturne de leur cocon domestique (d'autant plus dĂ©nuĂ© de voisinage !) avec un flegme plombant. Eu Ă©gard de leur mine sentencieuse Ă  se rendre compte de leur Ă©chec mais tentant nĂ©anmoins de se rĂ©concilier en dĂ©sespoir de cause. C'est ensuite une partie de cache-cache avec la peur puis la terreur que nous dĂ©crit le rĂ©alisateur avec un rĂ©alisme assez tendu et dĂ©rangeant si bien qu'en intermittence il n'hĂ©site pas Ă  ponctuer son survival de règlements de compte hargneux et rebondissements sardoniques, Ă  l'instar de son final d'une brutalitĂ© gratuite aussi bien Ă©prouvante que dramatique.


Sans rĂ©volutionner le genre ou tenter d'Ă©muler ses rĂ©fĂ©rences susnommĂ©es, Bryan Bertino parvient avec The Strangers Ă  Ă©lever le genre horrifique avec maturitĂ© grâce Ă  sa progression dramatique escarpĂ©e dĂ©nuĂ©e d'outrance gore et Ă  l'aspect brut de dĂ©coffrage du "fait-divers" improbable (car dĂ©nuĂ© de raison chez le portrait Ă©quivoque des persĂ©cuteurs sans visage). Et ce mĂŞme si l'intrigue se laisse parfois distraire par 1 ou 2 jump scares et clichĂ©s vains (l'une des victimes trĂ©buchant bĂŞtement dans les bois). Outre l'efficacitĂ© de son suspense menĂ© avec une certaine autoritĂ© et son angoisse sous-jacente assez maĂ®trisĂ©e (surtout auprès d'une 1ère rĂ©alisation), on peut enfin compter sur la sobriĂ©tĂ© des deux interprètes constamment molestĂ©s par les hostilitĂ©s meurtrières. Particulièrement le jeu modestement viscĂ©ral de Liv Tyler en proie Ă©plorĂ©e, faute de sa nature humaine aussi douce que fragile et de son tempĂ©rament placide et rĂ©servĂ© lui Ă©vitant d'Ă©chapper au stĂ©rĂ©otype de la potiche dĂ©cervelĂ©e. Un sĂ©duisant exercice de style oĂą le non-dit prime au dĂ©triment d'Ă©clairs de violence.

* Bruno

lundi 28 mai 2018

MOI ZOMBIE, CHRONIQUE DE LA DOULEUR. Prix du meilleur film indépendant, Manchester 98.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site devildead.com

"I, Zombie: The Chronicles of Pain" de  Andrew Parkinson. 1998. Angleterre. 1h22. Avec Ellen Softley, Dean Sipling, Claire Griffin, Kate Thorougood, Mia Fothergill.

Sortie salles France: uniquement en video

FILMOGRAPHIEAndrew Parkinson est un rĂ©alisateur anglais nĂ© le 31 AoĂ»t 1959 Ă  Aldershot, Angleterre. 2011: Little Deaths (segment "Mutant Tool"). 2006: Venus Drowning. 2001: Dead Creatures (Video). 1998: Moi, zombie - Chronique de la douleur.


Film amateur tournĂ© en 4 ans et sorti discrètement chez nous en Vhs et Dvd, Moi Zombie chronique de la douleur retrace le cheminement morbide de Mark après que celui-ci fut mordu par un zombie. Relatant avec souci de rĂ©alisme glauque et malsain l'intimitĂ© quotidienne du malade moribond en voie de dĂ©liquescence corporelle, Moi Zombie... tire parti de ses moyens et dĂ©cors limitĂ©s grâce au caractère authentique des situations dĂ©soeuvrĂ©es puisque filmĂ©es Ă  la manière d'un doc (interviews  de l'entourage Ă  l'appui). Andrew Parkinson observant scrupuleusement la quotidiennetĂ© de sa victime avec une Ă©motion de plus en plus poignante eu Ă©gard de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence putrescente du corps en berne.


Soutenu d'un score élégiaque au clavecin, Moi Zombie... nous transmet une descente aux enfers morale résolument cafardeuse sous l'impulsion d'un jeu d'acteur amateur finalement convaincant si bien que le périple introspectif de Mark nous provoque un désarroi empathique, notamment à travers ses réminiscences sentimentales (juste avant avoir été mordu, il venait de se chamailler avec sa partenaire pour un motif dérisoire). Parabole sur le cancer et toutes formes de maladies incurables, Moi Zombie chronique de la douleur est la première oeuvre auteurisante d'Andrew Parkison, réalisateur anglais aux intentions ambitieuses dans son parti-pris singulier de traiter du mythe du zombie de la manière la plus prude, réaliste et intime. Souvent gore mais jamais gratuit (tant auprès du cheminement criminel de Mark que de sa dégénérescence pestilentielle), les FX cheap bricolés pour autant avec soin parviennent à rendre convaincante la transformation du zombie se disputant ses derniers jours; entre douleur viscérale et solitude irrespirable.


MĂ©connu, voir mĂŞme oubliĂ© (le film a aujourd'hui 20 ans d'âge !), Moi Zombie, chronique de la douleur est une oeuvre forte d'une grande mĂ©lancolie qui laisse des traces dans l'encĂ©phale. A condition toutefois de le dĂ©couvrir impĂ©rativement en version originale (j'insiste car la VF uniquement dispo en location Dvd ne possède pas le mĂŞme cachet d'authenticitĂ©). 

* Bruno

Récompense: Prix du meilleur film indépendant, lors du Festival du film fantastique de Manchester en 1998.

vendredi 25 mai 2018

L'Exorciste, la suite / "The Exorcist III: Legion"

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vfstreaming.co
 
de William Peter Blatty. 1990. 1h50. U.S.A. Avec Dourif Brad, Scott George C., Williamson Nicol, Miller Jason, Flanders Ed, Wilson Scott, Fish Nanc.

Sortie salles France: 9 Janvier 1991. U.S: 17 AoĂ»t 1990

FILMOGRAPHIE: William Peter Blatty est un Ă©crivain, scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain d'origine libanaise, nĂ© Ă  New York le 7 janvier 1928. On lui doit deux uniques rĂ©alisations: la Neuvième configuration (1980) et L'Exorciste, la suite (1990).


Synopsis : La contrée de Georgetown est à nouveau le théâtre de meurtres sanglants. Chargé de l'enquête, le lieutenant Kinderman se souvient qu'un psychopathe mort quinze ans plus tôt perpétrait, de manière aussi géométrique, des homicides dénués de mobile et bâtis sur la souffrance corporelle...

SĂ©quelle du chef-d'Ĺ“uvre de William Friedkin faisant l'impasse sur le second volet de John Boorman (tant boudĂ© Ă  tort selon mon jugement de valeur), L'Exorciste, la suite porte la signature du scĂ©nariste et producteur William Peter Blatty, après dix ans d’absence derrière la camĂ©ra, et ce, d’après son propre roman sorti en 1983 sous le titre Legion. La revanche du romancier ayant enfin sonnĂ© : car pour rappel, Ă  la sortie triomphante de L’Exorciste, il avait perdu la bataille qui l’opposa Ă  Friedkin pour une question de choix de montage (et ce, avant que - ironie du sort - ce dernier ne se ravise en 2000 avec le remontage initial souhaitĂ© par Blatty).

Ă€ contre-emploi de l’horreur explicite de son modèle, L’Exorciste, la suite n’est guère destinĂ©e Ă  ressasser une possession satanique sur fond d’exorcisme outrancier (mĂŞme si son dernier acte l’impose, de manière plutĂ´t concise). L’intrigue, imprĂ©gnĂ©e de mystère et d’aura malsaine, se divise en deux parties : une enquĂŞte criminelle ardue menĂ©e par le robuste George C. Scott (il porte littĂ©ralement l'intrigue sur ses Ă©paules, de par son charisme impĂ©rieux !) et un huis clos anxiogène, bâti sur la dissension psychologique entre le tueur et le lieutenant Kinderman.

Le rĂ©cit amorce d’abord une dĂ©marche investigatrice dans la lignĂ©e de Seven, avec son serial killer mĂ©thodique prĂ©nommĂ© le GĂ©meaux, que Kinderman se tue Ă  dĂ©masquer. Ce segment ombrageux, impeccablement structurĂ©, nous magnĂ©tise l’esprit par son climat inquiĂ©tant, que Blatty parvient Ă  diluer Ă  travers les dĂ©couvertes glaçantes de cadavres mutilĂ©s - dont nous ne verrons jamais la rĂ©sultante. Il prend son temps pour planter son univers (religieux et mĂ©dical), et ses personnages d’ordre confrontĂ©s Ă  l’incomprĂ©hension, la perplexitĂ©, l’irascibilitĂ© (le caractĂ©riel Kinderman ne cessant de tourmenter les tĂ©moins de l’hĂ´pital avec une fâcheuse insolence), quand bien mĂŞme la splendide photo naturelle contraste avec les Ă©vĂ©nements sombres dĂ©peints, oĂą chaque dĂ©tail religieux provoque un certain malaise.

Endossant l’insigne policier avec un sens professionnel notoire, George C. Scott prĂŞte ses traits Ă  un lieutenant avisĂ©, mine renfrognĂ©e et regard dĂ©concertĂ©, tĂ©moin d’une sĂ©rie de crimes inexplicables, exĂ©cutĂ©s avec un art consommĂ© de la perfection. L’ambiance d’insĂ©curitĂ© palpable qui en Ă©mane engendre dans l’esprit du spectateur un sentiment d’angoisse, mĂŞlĂ© d’une fascination irrĂ©pressible face aux mĂ©thodes du tueur, infaillible Ă  ne laisser aucun indice auprès de ses macabres exactions.

La seconde partie, un chouĂŻa plus vĂ©nĂ©neuse, traite du rapport de force entre Kinderman et le potentiel tueur : le GĂ©meaux, incarnation du Mal, infiltrĂ© dans le corps du prĂŞtre Damien Karras. Cette confrontation psychologique, de longue haleine, instaurĂ©e dans la cellule d’un centre psychiatrique, nous transmet une incommoditĂ© sourde, Ă  travers les rĂ©pliques cinglantes du tueur, rehaussĂ©es du jeu transi de fiel de Brad Dourif (et de Jason Miller dans un double rĂ´le aussi insidieux), galvanisĂ© par son omnipotence meurtrière. Ces moments intenses, bâtis sur la provocation du dĂ©sir de soumission et de croyance satanique, nous confinent au seuil du crĂ©puscule, au regard d’un final Ă©pique semĂ© de visions dĂ©moniaques.

ÉmaillĂ© d’incidents horrifiques conçus sur le malaise ou le vĂ©ritable effroi, L’Exorciste, la suite laisse notamment en mĂ©moire quelques anthologies indĂ©crottables dont il faut taire l'indice !


"J’ai rencontrĂ© le Diable."
RĂ©solument passionnant, magnĂ©tique, et fascinant dans sa conjugaison inusitĂ©e de thriller poisseux et d’Ă©pouvante lucifĂ©rienne, L’Exorciste, la suite parvient - avec une intensitĂ© Ă©thĂ©rĂ©e - Ă  provoquer le malaise, de par son aura vĂ©nĂ©neuse que le Mal distille lentement sur les Ă©paules des personnages. Car Ă  travers son intrigue fĂ©tide, rĂ©gentĂ©e par un dĂ©mon au visage familier, William Peter Blatty rĂ©ussit l’exploit d’honorer son modèle avec un art de suggestion Ă  la fois retors et rĂ©aliste, pour tenir lieu de la suprĂ©matie du Mal.
Son prĂ©ambule, Ă  l’atmosphère d’inquiĂ©tude opaque, provoque en deux temps trois mouvements une apprĂ©hension dĂ©moniale tacite que le spectateur apprivoise Ă  l’instinct. ExpĂ©rience Ă©purĂ©e, nourrie d’une peur mortifère, car imprĂ©gnĂ©e du Mal le plus couard et destructeur, L’Exorciste 3 est une Ĺ“uvre maudite Ă  rĂ©habiliter d’urgence.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

RĂ©compenses : Saturn Award du Meilleur scĂ©nario (William Peter Blatty) en 1991

25.10.10
25.05.18. 4èx

jeudi 24 mai 2018

Cherry 2000

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineclap.free.fr

de Steve De Jarnatt. 1987. U.S.A. 1h39. Avec David Andrews, Melanie Griffith, Tim Thomerson, Jennifer Balgobin, Marshall Bell, Harry Carey Jr., Laurence Fishburne, Pamela Gidley, Michael C. Gwynne.

Sortie salles France: 27 Avril 1988. U.S: 5 Février 1988

FILMOGRAPHIE: Steve De Jarnatt est un réalisateur et scénariste américain.
1983: Strange Brow. 1987: Cherry 2000. 1988: Appel d'Urgence.

TournĂ© Ă  la fin des annĂ©es 80, Cherry 2000 s’impose comme l’un des derniers reprĂ©sentants du post-nuke amĂ©ricain, surfant sur le succès phĂ©nomène de Mad Max 2 avec un goĂ»t prononcĂ© pour la dĂ©rision. VĂ©ritable bande dessinĂ©e menĂ©e tambour battant, entre gunfights et cascades explosives (souvent futiles mais gĂ©nĂ©reuses), Cherry 2000 brille par son univers "rose bonbon" - logements futuristes rĂ©tro, dĂ©serts stylisĂ©s, costumes bariolĂ©s dignes d’une fĂŞte de carnaval. Steve De Jarnatt en tire une mise en scène ample, oĂą chaque petite poursuite Ă  travers les Ă©tendues du Nevada respire la libertĂ© du plan large. Évasif, le film repose sur un duo de fortune aussi improbable qu’attachant : David Andrews, candide Ă©garĂ©, et Melanie Griffith, Mad Girl Ă  la douceur armĂ©e. Ensemble, ils font osciller Cherry 2000 entre sĂ©rie B et sĂ©rie Z, dans un joyeux cocktail de romantisme, d'humour, de tendresse et d'Ă©nergie.


L’intrigue, aussi simple qu’un ticket de mĂ©tro - un jeune veuf engage une chasseuse marginale pour retrouver le modèle androĂŻde de son ancienne compagne - ne brille pas par sa profondeur. PrĂ©visible, certes, notamment dans l’Ă©veil amoureux du hĂ©ros pour son guide jalouse, mais le film dĂ©ploie un plaisir rĂ©crĂ©atif Ă©vident Ă  travers son road trip mĂ©canique. Qu’ils soient suspendus dans les airs par l’aimant d’une grue (sĂ©quence homĂ©rique, cocasse et dĂ©bridĂ©e) ou filant dans le ciel en avion, leurs pĂ©ripĂ©ties respirent la fantaisie modeste. Entre deux escarmouches et rencontres plus ou moins amicales, nos cowboys du futur affrontent des clans de mercenaires aussi orgueilleux que guindĂ©s - des "patibulaires" aux airs d’humanistes burlesques. Derrière ces panoplies saturĂ©es, on savoure le retour d’une galerie de seconds couteaux familiers aux cinĂ©phages.


NaĂŻf, pittoresque, mais d’une tendresse sincère, Cherry 2000 charme par sa douce Ă©trangetĂ© et ses accalmies poĂ©tiques. Sous ses airs de divertissement anodin, le film esquisse dĂ©jĂ  une rĂ©flexion prophĂ©tique sur le sexisme et la dĂ©shumanisation par l’intelligence artificielle. Ce B movie sans prĂ©tention, Ă  la fois attendrissant, fantasque et un brin dĂ©senchantĂ©, demeure aujourd’hui un curieux OVNI : un western post-apocalyptique mâtinĂ© de romance, baignĂ© d’une mĂ©lancolie feutrĂ©e. Et Melanie Griffith, tout juste rĂ©vĂ©lĂ©e par Body Double, y porte le film sur ses Ă©paules avec une grâce dĂ©sarmante, Ă  contre-courant, dans la tendresse la plus innocente.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

14/10/2025. 3èx. Vostf.