Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb
de Valerio Zurlini. Italie/France. 2h12 (version intégrale). Avec Alain Delon, Lea Massari, Monica Dominici, Sonia Petrovna, Giancarlo Giannini, Renato Salvatori, Alida Valli, Adalberto Maria Merli, Salvo Randone, Liana Del Balzo.
Sortie salles France: 18 Octobre 1972 (1er Novembre 1972 selon d'autres sources). Italie: 27 Octobre 1972
FILMOGRAPHIE: Valerio Zurlini est un réalisateur et scénariste italien, né le 19 mars 1926 à Bologne, décédé le 27 octobre 1982 à Vérone. 1955 : Les Jeunes Filles de San Frediano. 1959 : Été violent. 1961 : La Fille à la valise. 1962 : Journal intime. 1965 : Des filles pour l'armée. 1968 : Assis à sa droite. 1969 : Quand, comment et avec qui ? 1972 : Le Professeur. 1976 : Le Désert des Tartares.
"L’amour, cet impossible lointain."
Romance Ă©corchĂ©e vive entre un professeur trentenaire et une Ă©tudiante de dix-neuf ans foudroyĂ©s par une passion dĂ©vorante, Le Professeur dĂ©sarçonne par son atmosphère sinistrĂ©e, traversĂ©e d’une mĂ©lancolie permĂ©able aux cicatrices morales de deux ĂŞtres hantĂ©s par le poids de l’Ă©chec et de l’insatisfaction sentimentale. Succès retentissant en Italie mais Ă©chec en France (allez comprendre), le film transfigure le genre mal-aimĂ© du mĂ©lodrame grâce au talent singulier de Valerio Zurlini, qui y imprime sa personnalitĂ© transalpine.
Son ambiance glauque, baignĂ©e d’une photographie blafarde, et les postures vulgaires de protagonistes peu recommandables - qu’il s’agisse de l’entourage avinĂ© de Daniel ou de celui de Vanina - nous enferment dans un drame conjugal aux faibles lueurs d’espoir.
La grande force de cette Ĺ“uvre fragile rĂ©side dans sa rĂ©interprĂ©tation du genre Ă travers les thèmes Ă©culĂ©s mais ravivĂ©s de la trahison, de l’infidĂ©litĂ©, de la possessivitĂ© (notamment les rapports masochistes entre Daniel et son Ă©pouse, coexistant dans leur demeure opaque comme dans un tombeau en guise de routine dĂ©sespĂ©rĂ©e), de la jalousie et de l’amour insoluble.
Dans un rĂ´le d’amant torturĂ© et taciturne,
Alain Delon Ă©lectrise tranquillement en promenant sa dĂ©gaine de chien battu, tel un fantĂ´me infortunĂ©, quasi suicidaire - jusqu’Ă ce final expĂ©ditif oĂą il s’Ă©lance dans sa quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de la muse perdue qu'il doit rejoindre pour toujours.
Face Ă lui, l’Ă©lectrisante
Sonia Petrovna magnĂ©tise l’Ă©cran Ă chacune de ses apparitions sensuelles. Comme Daniel, le spectateur succombe Ă son charme noir, redoutant pourtant l’aigreur insurmontable d’une relation prĂ©caire, noyĂ©e d’amertume, de malaise, de remords et de dĂ©sillusion.
Le Professeur aborde, tantĂ´t par la suggestion des regards et des silences (l'incroyable sĂ©quence du night club alternant les Ă©changes de regards en plan serrĂ©), tantĂ´t par la brutalitĂ© des corps et des Ă©treintes sauvages, la cruautĂ© de l’Ă©moi amoureux Ă travers des esprits rebelles, victimes de leur propre marginalitĂ© et de leur isolement moral.
Vanina, marquĂ©e par l’ombre d’une mère catin et des conquĂŞtes phallocrates qui l’ont façonnĂ©e, croise Daniel, lui-mĂŞme hantĂ© par la disparition du père et surtout par le suicide de sa sĹ“ur : deux âmes en ruine, cherchant dans l’autre une impossible rĂ©paration.
Ĺ’uvre atypique, irriguĂ©e de spleen et de pessimisme sous la lumière vacillante d’un climat vaporeux, Le Professeur explore la passion amoureuse comme l’ultime sursaut de losers nĂ©vrotiques, tentant de s’accrocher au fil tĂ©nu de la rĂ©demption sentimentale.
Un drame d’une noirceur somptueuse, audacieuse, lucide - oĂą chaque geste, chaque regard, semble s’Ă©teindre dans le dĂ©sespoir des cĹ“urs trop usĂ©s pour aimer encore au coeur d'un no man's land feutrĂ©.
Un film personnel et intime qui s’infiltre sous la peau et hante longtemps après la dernière image pudique.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. VOSTF