jeudi 26 août 2021

L'Eté de la Peur

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com


"Stranger in Our House" de Wes Craven. 1978. U.S.A. 1h30. Avec Linda Blair, Lee Purcell, Jeremy Slate, Jeff McCracken, Jeff East, Carol Lawrence, Macdonald Carey.

Diffusion TV US: 31 Octobre 1978. Sortie salles France: 31 DĂ©cembre 1980

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, acteur et monteur nĂ© le 2 Aout 1939 Ă  Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La CrĂ©ature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des TĂ©nèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire Ă  brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


TĂ©lĂ©-film diffusĂ© dans certaines salles françaises et amĂ©ricaines grâce Ă  son succès sur les chaines NBC et CBS (si bien que j'ai eu l'aubaine de le dĂ©couvrir dans un cinĂ©ma de quartier en Ardèche Ă  l'aube de mon adolescence), L'EtĂ© de la peur porte la signature du maĂ®tre Wes Craven exploitant le filon de la sorcellerie avec une efficacitĂ© somme toute relative. Car nanar (ou navet) pour les uns, plaisir innocent pour d'autres, l'EtĂ© de la peur se situe entre ses deux contradictions selon mon jugement de valeur. Wes Craven usant de facilitĂ©s parfois trop triviales pour emporter l'adhĂ©sion Ă  nous convaincre de l'hostilitĂ© de cette jeune cousine que la famille Bryant accueille Ă  bras ouverts après que ses parents se soient tuĂ©s lors d'un mystĂ©rieux accident de voiture. Dès lors, une inimitiĂ© va rapidement s'installer entre les cousines Julia et Rachel que Linda Blair endosse avec une expressivitĂ© aussi attachante que naĂŻve. Cette dernière dĂ©couvrant beaucoup trop facilement les preuves et indices que Julia dissĂ©mine distraitement dans les chambres du cocon familial, sans compter ses crises colĂ©riques ou Ă©plorĂ©es un brin surjouĂ©es lors des moments les plus dramatiques. Quand bien mĂŞme on peut Ă©galement sourire de l'artifice grossier comme quoi une sorcière ne puisse apparaĂ®tre sur un clichĂ© après y avoir Ă©tĂ© photographiĂ©e, faute de son identitĂ© malĂ©fique. La rĂ©sultante de ce rebondissement prĂ©visible provoquant un non effet de surprise par son absence de crĂ©dibilitĂ©, voir par le produit de son humour involontaire. 


Pour autant, et assez curieusement, l'EtĂ© de la peur se suit sans trop d'ennui grâce aux caractères assez attachants des personnages inscrits dans l'unitĂ© familiale, Ă  son cadre bucolique solaire que l'on aimerait frĂ©quenter et Ă  quelques sĂ©quences-chocs assez rĂ©ussies. A l'instar de l'agression sauvage du cheval contre Julia recluse au bout du compte dans une voiture pour s'y protĂ©ger. Son intensitĂ© dramatique demeurant rĂ©aliste sous l'impulsion d'un habile montage assez dynamique. On peut Ă  nouveau souligner une autre sĂ©quence autrement grave lorsque Rachel trĂ©buchera de son cheval rendu erratique Ă  la suite d'une course hippique. Enfin, son final inopinĂ©ment spectaculaire s'alloue d'un parti-pris grand-guignol plutĂ´t rĂ©jouissant lorsque Julia, les yeux azur fluos soudainement mĂ©tamorphosĂ©s; dĂ©ploie ses talents destructeurs contre Rachel Ă  travers la chambre, la cuisine et la cave. Et ce avant d'amorcer une course-poursuite en voiture impeccablement menĂ©e pour tenter de sauver la mère de Rachel sillonnant une route nationale. On peut Ă©galement souligner la prĂ©sence assez crĂ©dible de Lee Purcell endossant la sorcière juvĂ©nile avec un charme insidieux sensiblement trouble et inquiĂ©tant. Ses crĂŞpages de chignon compromis avec Rachel demeurant gentiment amusants et ludiques Ă  travers leur permanent conflit d'autoritĂ© Ă  couteau tirĂ©. 


En dĂ©pit d'une intrigue prĂ©visible ultra simpliste parfois rehaussĂ©e d'une touche provocatrice (le thème de l'inceste) et de scènes chocs susnommĂ©es, l'EtĂ© de la Peur joue la carte de la sĂ©rie B tĂ©lĂ©visuelle avec une efficacitĂ© bonnard. Les interprĂ©tations enjouĂ©es de Linda Blair et de Lee Purcell permettant au fil du rĂ©cit d'entretenir un certain magnĂ©tisme moral Ă  travers leur confrontation pugnace faisant intervenir l'occulte de la sorcellerie.

Eric Binford
31.07.17
26.08.21. 4èx

mercredi 25 août 2021

The Brother from another planet

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site 

de John Sayles. 1984. U.S.A. 1h48. Avec Joe Morton, Daryl Edwards, Steve James, Leonard Jackson, Bill Cobbs, Maggie Renzi

Sortie salles France: 7 Septembre 1984

FILMOGRAPHIE: John Sayles est un rĂ©alisateur amĂ©ricain de films indĂ©pendants, nĂ© le 28 septembre 1950 Ă  Schenectady, New York (États-Unis). Il est Ă©galement scĂ©nariste, acteur, monteur et producteur. 1980 : Return of the Secaucus. 1983 : Lianna. 1983 : Baby It's You. 1984 : The Brother from Another Planet. 1987 : Matewan. 1988 : Les Coulisses de l'exploit. 1991 : City of Hope. 1992 : Passion Fish. 1994 : Le Secret de Roan Inish. 1996 : Lone Star. 1997 : Men with Guns. 1999 : Limbo. 2002 : Sunshine State. 2003 : Casa de los babys. 2004 : Silver City. 2007 : Honeydripper. 2010 : Amigo. 

Ofni oubliĂ© de tous si bien qu'il fait office d'arlĂ©sienne juste avant qu'il ne soit (très discrètement) Ă©ditĂ© chez nous en Dvd dans la collection "exploitation cinema", The Brother from another Planet est une oeuvre indĂ©pendante aussi intĂ©ressante qu'Ă©quivoque. Dans le mesure oĂą dĂ©nuĂ© d'intrigue, ce tĂ©moignage sociĂ©tal sur la communautĂ© noire du point de vue des minoritĂ©s nous dĂ©peint les dĂ©ambulations d'un extra-terrestre de couleur noir (avec des pieds aux ongles crochus !) tentant de se sociabiliser auprès des exclus, des marginaux et des tauliers dans la ville de Harlem. PortĂ© Ă  bout de bras par le jeu innĂ© de Joe Morton criant de vĂ©ritĂ© infantile par ses expressions infiniment candides, The Brother from another planet se suit comme un documentaire timidement cocasse, bizarroĂŻde (les mens in black tentant de le rapatrier sur leur planète !) et surtout singulier. Tant et si bien que l'on se demande quel est le vĂ©ritable message du film Ă  travers ce portrait fantaisiste d'un E.T black parvenant peu Ă  peu Ă  s'acclimater Ă  notre sociĂ©tĂ© contemporaine en dĂ©pit de la corruption, de la dĂ©linquance, de la prostitution et de la drogue qui empiètent son cheminement moral et initiatique. Oeuvre culte ne ressemblant Ă  nul autre mĂ©trage, The Brother from another planet a au moins le mĂ©rite de proposer au spectateur un divertissement mineur jamais conçu pour nous caresser et plaire au plus grand nombre mais plutĂ´t pensĂ© pour nous concocter une expĂ©rience humaine introspective par son vĂ©risme documentĂ©. A dĂ©couvrir Ă  condition d'y ĂŞtre bien prĂ©parĂ© et de le visionner en VOSTF...


*Eric Binford

mardi 24 août 2021

Le Voyage Fantastique de Sinbad

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"The Golden Voyage of Sinbad" de Gordon Hessler. 1973. U.S.A/Angleterre. 1h45. Avec John Phillip Law, Caroline Munro, Tom Baker, Douglas Wilmer, Martin Shaw, GrĂ©goire Aslan. 

Sortie salles France: 25 Juin 1975. U.S: 5 Avril 1974. Angleterre: 20 DĂ©cembre 1973

FILMOGRAPHIE: Gordon Hessler est un rĂ©alisateur amĂ©ricain d'origine allemande nĂ© le 12 dĂ©cembre 1930 Ă  Berlin et mort le 19 janvier 2014 Ă  Londres. 1965 : Catacombs. 1969 : The Last Shot You Hear. 1969 : Le Cercueil vivant. 1969 : De Sade. 1970 : Lâchez les monstres. 1970 : Les Crocs de Satan (en). 1971 : Murders in the Rue Morgue. 1972 : Du rififi Ă  l'ambassade. 1973 : Medusa. 1973 : Scream, Pretty Peggy (en) (TV). 1974 : Panique dans le tĂ©lĂ©phĂ©rique (TV). 1974 : Hitchhike! (TV). 1974 : A Cry in the Wilderness (TV). 1974 : Le Voyage fantastique de Sinbad. 1974 : Betrayal (TV). 1976 : Atraco en la jungla. 1977 : The Strange Possession of Mrs. Oliver (TV). 1978 : Puzzle (TV). 1978 : Secrets of Three Hungry Wives (TV). 1978 : KISS Meets the Phantom of the Park (TV). 1979 : Tales of the Unexpected (TV). 1979 : Little Women (sĂ©rie TV). 1980 : The Secret War of Jackie's Girls (TV). 1981 : Evil Stalks This House (TV). 1984 : Escape from El Diablo. 1985 : Prière pour un tueur. 1987 : Rage of Honor. 1987 : The Misfit Brigade. 1988 : The Girl in a Swing. 1989 : Out on Bail. 1992 : Kabuto. 


2è opus de la trilogie Sinbad, le Voyage Fantastique de Sinbad demeure un bon spectacle d'aventures mythologiques grâce aux sensationnelles crĂ©atures de Ray Harryhausen efficacement exploitĂ©es durant tout le rĂ©cit. Et ce mĂŞme si certains effets cheap ternissent parfois le rĂ©alisme des confrontations hostiles entre monstres et humains, faute d'un montage pas toujours adroit et d'une volontĂ© maladroite de moderniser son contexte exotique au travers de grossiers dĂ©cors parfois mal assortis (notamment ses couleurs criardes trop fluos dans la grotte). On aurait par ailleurs optĂ© pour une intrigue plus riche et substantielle Ă  travers la simplicitĂ© du jeu de piste que s'opposent Sinbad et le sorcier Koura afin de rassembler trois amulettes pour acquĂ©rir pouvoir et richesse. Mais ne faisons pas toutefois la fine bouche puisque les monstres hĂ©tĂ©roclites qui se mĂŞlent au rĂ©cit sont efficacement exploitĂ©s en intermittence avec un pouvoir de fascination toujours aussi attractif ! Rien que pour leurs prĂ©sences Ă  la fois fĂ©eriques et cauchemardesques, le Voyage Fantastique de Sinbad vaut assurĂ©ment le dĂ©tour de par son acuitĂ© visuelle somme toute artisanale. Avec une prĂ©fĂ©rence pour la toute première crĂ©ature qui apparait dès le prologue, et fort louablement Ă  d'autres moments fructueux du rĂ©cit, le fameux "homunculus".


Petit monstre humain ailĂ© affublĂ© d'une queue de lĂ©zard et d'une tĂŞte dĂ©moniale oĂą l'on reste bluffĂ© par sa fluiditĂ© corporelle ! Niveau cast, on ne se plaindra pas de la conviction naturelle de John Phillip Law se fondant dans le corps du hĂ©ros vaillant avec une loyautĂ© honorable. Notamment de par sa noble valeur d'y respecter l'esclave fĂ©minine qu'endosse avec un Ă©rotisme timorĂ© l'inoubliable Caroline Munroe. Un personnage secondaire gentiment charmant car souvent inexpressif dans sa fonction subsidiaire de faire-valoir peu encline Ă  imposer ses opinions en dĂ©pit de la sagesse d'esprit de Sinbad. Des rapports hĂ©las mal dĂ©veloppĂ©s ou tout du moins pas assez aboutis afin de s'attacher Ă  leur liaison timidement sentimentale. Quant au rĂ´le du mĂ©chant, Tom Baker demeure assez confiant, dĂ©terminĂ© et dĂ©lĂ©tère Ă  arborer ses pouvoirs Ă  ses rivaux Ă  l'aide de sortilèges gĂ©nialement inventifs (icones de la mythologie Hindoue) sous la supervision du prodige Ray Harryhausen. Avec une prĂ©fĂ©rence pour la sĂ©quence finale binaire faisant intervenir un cyclope hybride mi-homme, mi-cheval, lors de la 1ère attaque contre l'esclave Margiana portĂ©e en sacrifice, quand bien mĂŞme une seconde crĂ©ature interviendra (furtivement) lors d'une nouvelle altercation que Sinbad s'empressera cette fois-ci de repousser Ă  l'Ă©pĂ©e.


Relativement ludique sans jamais atteindre le niveau de ses précédents classiques (Jason et les Argonautes, le 7è Voyage de Sinbad, Jack, le tueur de géants), Le Voyage Fantastique de Sinbad parvient toutefois fréquemment à fasciner (et donc à retenir l'attention) grâce au bestiaire animalier confectionné avec toujours autant d'amour et de souci du détail par Ray Harryhausen

*Eric Binford
4èx

lundi 23 août 2021

11:14

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Greg Marcks. 2003. U.S.A. 1h26. Avec Henry Thomas, Barbara Hershey, Clark Gregg, Shawn Hatosy, Hilary Swank, Patrick Swayze, Rachael Leigh Cook, Stark Sands, Colin Hanks, Ben Foster.

Sortie salles France: 1er DĂ©cembre 2004 (Int - 12 ans)

FILMOGRAPHIE: Greg Marcks est un acteur, scénariste et réalisateur américain né le 12 Août 1976 à Concord, Massachusetts, USA. 2009: Conspiration. 2003: Onze heures quatorze.

Avant-propos (wikipedia): Le terme mindfuck est un mot d'argot en langue anglaise pouvant Ă  la fois signifier, en tant que verbe, « induire quelqu'un en erreur », ou, en tant que nom commun, dĂ©signer quelque chose de dĂ©routant, qui suscite la confusion

Excellent film choral scindĂ© en 5 parties de façon dĂ©chronologique, 11:14 dĂ©bute par la virĂ©e nocturne de Jack Ă  bord de sa voiture alors qu'un cadavre s'Ă©crase soudainement sur son pare-brise après avoir Ă©tĂ© Ă©jectĂ© du haut d'un pont. Mais de manière inexpliquĂ©e, il dĂ©cide de se dĂ©barrasser du corps en le planquant dans son coffre. Or, la police Ă  proximitĂ© des lieux l'arrĂŞte pour un contrĂ´le de routine. Ainsi, 11:14 nous fera partager 1h20 durant le point de vue de divers personnages noctambules après que cet Ă©vènement dramatique s'y soit improvisĂ© de façon intempestive. Si bien qu'Ă  l'instar d'un Tarantino  rĂ©putĂ© pour sa mĂ©chancetĂ© corrosive, l'intrigue ne cesse de surprendre Ă  travers ses faux semblants après nous avoir interrogĂ© sur les tenants et aboutissants des personnages Ă©quivoques. Greg Marcks nous dressant une galerie de personnages inconsĂ©quents dans leur dĂ©marche criminelle ou dĂ©linquante qu'ils provoquent de manière irrĂ©flĂ©chie pour le compte de Cheri. 

Jeune aguicheuse du quartier que l'on abordera sous des angles plus limpides au fil des sketchs caustiques s'enchainant lors d'un concours de circonstances infortunĂ©es. 11:14 Ă©pousant la carte du divertissement sardonique au grĂ© d'une dramaturgie autrement plombante dans l'art et la manière de susciter l'empathie pour l'hĂ©roĂŻne frontalement culbutĂ©e par un van. Une intensitĂ© dramatique fructueuse instaurant une plus-value Ă  l'ensemble auprès de la caractĂ©risation psychologique des nombreux coupables. Ceux-ci, dĂ©loyaux, pleutres, sournois ou revanchards tentant de s'extirper de leur situation catastrophiste en ne comptant que sur leur indĂ©pendance chargĂ©e en risques de prĂ©judices. Les Ă©vènements abrupts et insolents se dĂ©roulant entre 10h54 et 11h14 en reconsidĂ©rant Ă  chaque fois l'action entrevue du point de vue d'un autre personnage que le cinĂ©aste aborde sous un angle plus explicatif quant Ă  ses vĂ©ritables motivations destinĂ©es Ă  contenter Cheri. Quand bien mĂŞme le père de celle-ci (incarnĂ© avec sobriĂ©tĂ© par Patrick Swayze) se la jouera dĂ©bonnaire en se chargeant de se dĂ©barrasser d'un autre cadavre pour la protĂ©ger. 


C'est toujours au mauvais moment... Que ça dérape...
Avec son Ă©patant casting Ă  la fois disparate et inattendue (Henry Thomas, Barbara Hershey, Clark Gregg, Shawn Hatosy, Hilary Swank, Patrick Swayze s'affrontant communĂ©ment dans l'apprĂ©hension et la contrariĂ©tĂ© instables), 11:14 ne nous laisse nul rĂ©pit Ă  travers cette escapade nocturne de tous les dangers oĂą l'Ă©quitĂ© et la morale mises Ă  mal y seront dĂ©dommagĂ©es par le Karma. Jouissif par son rythme endiablĂ© semĂ© de quiproquos, malentendus et bĂ©vues, 11:14 divertit sans rougir Ă  travers son insolent sarcasme en roue libre que l'intrigue amorce sans effets de manche.

*Eric Binford
2èx

vendredi 20 août 2021

Massacre Hospital

                                            
                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"X Ray / Hospital Massacre" de Boaz Davidson. 1982. U.S.A. 1h29. Avec Barbi Benton, Chip Lucia, Jon Van Ness, John Warner Williams, Den Suries.

Sortie U.S: 16 Juillet 1982

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Boaz Davidson est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur israĂ©lien nĂ© le 8 Novembre 1943. 1976: Lupo B'New York. 1978: Juke Box. 1979: La Boum AmĂ©ricaine. 1980: Graine d'Amour. 1981: Le Tombeur, le Frimeur et l'Emmerdeuse. 1981: Massacre Hospital. 1982: The Last American Virgin. 1983: Le Tombeur, le Frimeur et l'Allumeuse. 1986: Alex Holeh Ahavah. 1987: Dutch Treat. 1987: Mon Aventure Africaine. 1988: Salsa. 1988: Lool. 1990: Ochlim Lokshim. 1993: American Cyborg: Steel Warrior. 1994: Le Corps du DĂ©lit (tĂ©lĂ©-film). 1995: Lunarcop. 1997: Looking for Lola.


"Dans cet hôpital, votre prochaine visite pourrait être la dernière en camisole de force !"
Psycho-killer symptomatique des Eighties surfant sur l'unitĂ© de lieu d'Halloween 2 et de Terreur Ă  l'HĂ´pital central, successivement sortis un an au prĂ©alable, Massacre Hospital rĂ©exploite le concept du huis-clos hospitalier lorsqu'une jeune patiente s'y retrouve piĂ©gĂ©e parmi l'intrusion d'un dangereux maniaque. Et pour nous suggĂ©rer l'identitĂ© du prĂ©sumĂ© coupable, le prologue nous eut signalĂ© que 19 ans plus tĂ´t, Susan alors enfant, repoussa les avances d'un de ses camarades Harold face au tĂ©moignage de son petit ami de l'Ă©poque. Fou de jalousie, Harold assassina donc celui-ci par pendaison le jour de la saint-valentin ! (une scène-choc un tantinet audacieuse de par la finalitĂ© visuelle du meurtre infantile !). Aujourd'hui divorcĂ©e et mère d'une fille, elle part se rendre Ă  l'hĂ´pital pour y solliciter ses examens, quand bien mĂŞme un psychopathe est entrain d'empiler les exactions morbides. DĂ©munie et contrainte de rester cloĂ®trer dans sa chambre après l'inquiĂ©tant rĂ©sultat de ses analyses, elle tentera par tous les moyens de lui Ă©chapper au grand dam de la nĂ©gligence du corps mĂ©dical. Ainsi, jouant incessamment avec outrance dĂ©complexĂ©e sur le profil des faux suspects et situations d'angoisse en trompe-l'oeil, Boaz Davidson, rĂ©alisateur rĂ©putĂ© de Teen movies grivois (Juke Box, La Boum AmĂ©ricaine, le Tombeur, le frimeur et l'Emmerdeuse, le Tombeur, le frimeur et l'Allumeuse, c'Ă©tait lui !), manipule avec dĂ©rision le spectateur emportĂ© dans un vortex de situations toutes plus improbables les unes que les autres auprès de clichĂ©s dĂ©tournĂ©s en parodie. Tant et si bien que le spectacle borderline, dĂ©calĂ©, sciemment grotesque, vaut son pesant de cacahuète lorsque l'hĂ©roĂŻne (sublime topless plantureuse aux yeux verts infiniment ensorcelants !) s'efforce de convaincre soignants, mĂ©decins et malades qu'un dangereux psychopathe est entrain de dĂ©cimer un Ă  un les occupants en blouse blanche ! 


Or, l'hĂ©roĂŻne a un mal fou Ă  se faire entendre lorsque les mĂ©decins dĂ©cèlent sur ses radios une Ă©trange maladie potentiellement mortelle dont nous ne connaĂ®trons ni l'origine, ni la dĂ©nomination ! Le rĂ©alisateur s'Ă©ternisant Ă  suspecter les rĂ©sultats de ses radios d'après les tĂ©moignages de mĂ©decins aussi dubitatifs que perplexes ! D'oĂą le ressort comique qui en Ă©mane ! Quand bien mĂŞme malades et praticiens se comportement de manière Ă  la fois douteuse et suspicieuse Ă  reluquer sans complexe notre hĂ©roĂŻne ultra sexy dĂ©voilant par l'occasion son anatomie lors d'une sĂ©quence anthologique d'auscultation ! Ainsi donc, de par son rythme fertile ne laissant que peu de place aux temps morts, Massacre Hospital divertit en diable, entre sourire et rire aux lèvres de par l'extravagance des seconds-rĂ´les gĂ©nialement cabotins se raillant de la pauvre Susan avec perversitĂ© ou jalousie, et du tueur psychopathe dĂ©ployant une posture emphatique Ă  chacune de ses apparitions outrĂ©es (rehaussĂ©es d'un souffle haletant derrière son masque chirurgical). Etonnamment rĂ©alisĂ© avec un certain professionnalisme, Massacre Hospital n'est nullement la sĂ©rie Z que certains se sont empressĂ©s de cataloguer lors de sa discrète exploitation en Vhs (bien que largement dĂ©fendu dans la revue Mad Movies qui avaient tout pigĂ© Ă  son potentiel parodique). Si bien que l'on est d'autant plus surpris du jeu convaincant des acteurs, aussi ridicules ou dĂ©libĂ©rĂ©ment grotesques soient-ils dans leur fonction bĂŞta. Barbi Benton (mannequin, actrice, compositrice, personnalitĂ© de la tĂ©lĂ©vision et chanteuse amĂ©ricaine !!!) irradiant l'Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions affolĂ©es en victime dĂ©munie suppliant vainement son entourage de lui venir en aide. Une actrice franchement Ă  l'aise dans son rĂ´le de rutilante potiche exploitant Ă  merveille son physique mannequin Ă  travers un naturel aguicheur dĂ©nuĂ© de provocation. Enfin, sa photo soigneusement saturĂ©e se prĂŞte Ă©lĂ©gamment Ă  l'ambiance hospitalière Ă  la fois lugubre et dĂ©jantĂ©e, qui plus est parfois exacerbĂ© d'un inexplicable climat ouatĂ© lors de corridors enfumĂ©s laissant peu Ă  peu transparaĂ®tre notre tueur irascible incapable de contenir ses pulsions meurtrières. Ce dernier redoublant de maladresse et d'insouciance Ă  planquer ses victimes ensanglantĂ©es dans des endroits souvent alĂ©atoires.  


Doctor in Love. 
Fans de psycho-killer pour rire, Massacre Hospital risque donc de vous amuser sans peine Ă  travers son melting-pot de poncifs et persos vrillĂ©s sciemment exploitĂ©s pour les singer en dĂ©rision sardonique. Complètement oubliĂ© et plutĂ´t mĂ©sestimĂ©, cette sĂ©rie B horrifique se permet Ă©galement de ponctuer son intrigue fantasque de meurtres parfois gores assez bonnards. Et rien que pour la prĂ©sence torride de Barbi Benton (elle aurait très bien pu postuler pour Looker de Michael Crichton !) le spectacle dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© en vaut la chandelle ! 

P.S: la version Uncut est un simple rajout de scènes de dialogues.

Eric Binford
20.08.21. 4èx
25.02.15. 127 v

mercredi 18 août 2021

Siège / Self Defense. Prix du Meilleur Scénario, Prix de la Critique au Festival du Rex, Paris, 1984

                                           
                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Paul Donovan. 1983. Canada. 1h24/1h33 (extented version). Avec Tom Nardini, Brenda Bazinet, Darel Haeny, Jeff Pustil, Terry-David DesprĂ©s, Jack Blum, Keith Knight, Doug Lennox.

Sortie salles France: 8 AoĂ»t 1984

FILMOGRAPHIE: Paul Donovan est un scĂ©nariste, rĂ©alisateur et producteur canadien, nĂ© le 26 Juin 1954 au Canada. 1981: South Pacific 1942. 1983: Siege. 1985: Def-Con 4. 1988: Norman's Awesome Experience. 1988: The Squamish Fire (tĂ©lĂ©-film). 1989: l'Ă®le des pirates disparus. 1992: Buried on Sunday. 1993: Tomcat: Dangerous Desires. 1994: Paint Cans. 1994: Life with Billy (tĂ©lĂ©-film). 1997: Lexx (sĂ©rie tv).


Sorti en salles dans l'anonymat et discrètement Ă©ditĂ© en Vhs malgrĂ© ses deux rĂ©compenses estampillĂ©es sur la jaquette (Prix du Meilleur ScĂ©nario, Prix de la Critique au Festival du Rex Ă  Paris), Siege est une bande d'exploitation influencĂ©e par un modèle du survival, AssautLe pitchDans un bar gay, alors qu'une bande d'homophobes est entrain d'exĂ©cuter froidement cinq clients, l'un d'eux rĂ©ussit Ă  s'Ă©chapper. Parti se rĂ©fugier dans l'enceinte d'un appartement, les locataires acceptent de lui porter assistance quand bien mĂŞme les assassins viennent d'encercler la tour. Une trame d'une grande simplicitĂ© rĂ©gie autour de l'unitĂ© de temps et de lieu que Paul Donovan exploite avec la plus grande efficacitĂ©. Car nous illustrant avec minutie l'enjeu de survie imparti Ă  une poignĂ©e de locataires reclus dans leur appartement, Siege est une sĂ©rie B redoutablement percutante Ă  travers son florilège de stratĂ©gies guerrières afin de dĂ©jouer la menace. Ou comment de simples quidams vont jouer Ă  cache-cache et se transformer en justiciers perspicaces pour Ă©laborer en secret la fabrication d'armes customisĂ©es. Car faute d'une grève de police, ces tĂ©moins gĂŞnants n'auront donc comme alternatives de compter sur leur propre indĂ©pendance et le soutien d'un voisin fĂ©ru d'artillerie. 


Ainsi, en alternant l'intensitĂ© du suspense et celui de l'action ultra violente, Paul Donovan rĂ©alise un captivant survival d'autant plus immersif que la bonne volontĂ© des comĂ©diens mĂ©connus nous implique facilement dans leur dĂ©termination rebelle Ă  contrecarrer l'intrusion. Avec ces trognes de seconde zone que les amateurs affectionnent (Tom Nardini Cat BallouJeff pustil - Macabre PartyJack Blum - Happy BirthdayKeith Knight - Class 84Doug Lenox - Police Academy), Siege attise la sympathie d'une sĂ©rie B intègre ne sombrant jamais dans la redondance. Les multiplies tentatives des assaillants de pĂ©nĂ©trer dans l'appartement Ă©tant suffisamment rĂ©flĂ©chies et audacieuses pour exploiter chaque recoin du logement. On peut d'ailleurs en dire de mĂŞme pour la dĂ©marche des survivants Ă©laborant avec enthousiasme mais aussi apprĂ©hension leurs divers pièges afin de riposter plus habilement. Pour parachever, son ambiance nocturne hostile et le tempo lugubre du score monocorde renforcent le caractère horrifique de la situation de siège, d'autant plus que sa violence abrupte fait parfois froid dans le dos (l'exĂ©cution des otages illustrĂ©e en prĂ©lude, le sort rĂ©servĂ© Ă  deux locataires de l'immeuble).


OubliĂ© de tous et banni des Ă©crans TV, Siege fait parti de ses pĂ©pites indĂ©pendantes desservies par la dĂ©veine. Dans son genre marginal et pour le registre du cinĂ©ma d'exploitation, il fait pourtant office de vraie rĂ©ussite, tant auprès de son savoir-faire technique imparti au sens de l'efficacitĂ© que par le talent des comĂ©diens issus de l'Ă©cole Bisseuse. 

Remerciement Ă  Contrebande Vhs pour leur version HD.

*Eric Binford
08.07.24. 5èx. VOSTR
18.08.21.  
07.14 154 v

RĂ©compenses: Prix du Meilleur ScĂ©nario, Prix de la Critique au Festival du film fantastique du Rex Ă  Paris en 1984

L'avis de Mathias Chaput:
A mi chemin entre "Vigilante" et "Assaut" de Carpenter, "Siege" (aussi connu sous le titre "Self defense") est un modèle du polar survival qui tranche dans le lard dès l'entame, sans la moindre fioriture ni le moindre apitoiement...
D'une brutalité et d'une dureté incroyables, le film nous plonge dans un univers anxiogène au possible avec des protagonistes prêts à en découdre coûte que coûte, ponctué par des trouvailles scénaristiques qui lui valurent un prix au festival du film fantastique de Paris, car le postulat est habile et très malin, se démarquant des moults productions antérieures sur des thèmes similaires...
Tourné de nuit à 90 %, "Siège" bénéficie d'une crédibilité solide et ne fait pas dans la dentelle, rendant des passages inoubliables aux yeux des aficionados friands de polars d'action violents, le personnage de Cabe faisant passer les pires salopards du genre pour des enfants de choeur !
Inimical, déstabilisant et angoissant, le film se suit avec intérêt et les comédiens sont en roue libre, s'articulant avec une mise en scène très étudiée et remarquable, sans aucun temps mort et faisant la part belle aux effets chocs et aux situations périlleuses...
Old school (car il connaît, maîtrise et s'approprie les codes érigés par ses prédécesseurs) et moderne en même temps (il apporte une relecture cinglante, bonifiant et revigorant un genre jusqu'ici en perte de vitesse), "Siège" se dote d'un montage ultra serré dynamisant et dynamitant une intrigue qui aurait pu être simpliste voire famélique...
Avec un final glaçant et une application dans les thématiques qu'il aborde comme le courage, la survie, la fuite mais aussi le handicap, "Siège" reste un des archétypes du polar canadien des années 80 et il est sidérant que ce film n'ait jamais pu bénéficier d'un format DVD !
Un modèle du style auquel il s'apparente à visionner impérativement, "Siège" est une vraie bombe, un jeu de massacre parfaitement calibré et un métrage d'une violence hors normes...

Note : 9/10

vendredi 13 août 2021

Videodrome

                                                     
                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdclassik.com

de David Cronenberg. 1982. U.S.A. 1h28'52" (uncut version).Avec James Woods, Sonja Smits, Deborah Harry, Peter Dvorsky, Leslie Carlson, Jack Creley, Lynne Gorman, Julie Khaner, Reiner Schwartz, David Bolt, Lally Cadeau.

Sortie Salles France: 16 mai 1984sortie U.S.A: 28 janvier 1983

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un rĂ©alisateur canadien, nĂ© le 15 mars 1943 Ă  Toronto (Canada. 1969 : Stereo, 1970 : Crimes of the Future, 1975 : Frissons, 1977 : Rage,1979 : Fast Company, 1979 : Chromosome 3, 1981 : Scanners, 1982 : Videodrome, 1983 : Dead Zone, 1986 : La Mouche, 1988 : Faux-semblants,1991 : Le Festin Nu. 1993 : Mr Butterfly, 1996 : Crash, 1999 : eXistenZ, 2002 : Spider, 2005 : A History of Violence, 2007 : Les Promesses de l'ombre, 2011 : A Dangerous Method
 

"Mort Ă  Videodrome, longue vie Ă  la nouvelle chair !"
Un an après l’Ă©bouriffant Scanners, David Cronenberg jette un pavĂ© dans la mare avec VidĂ©odrome, diatribe hallucinĂ©e contre la manipulation mĂ©diatique — celle qui lobotomise la rĂ©tine Ă  coups de programmes vulgaires bâtis sur le sexe et la violence. Le synopsis ? Max Renn, directeur du canal 83 spĂ©cialisĂ© dans le porno underground, met la main sur une mystĂ©rieuse cassette : VidĂ©odrome. Une Ă©mission extrĂŞme, brute, Ă  base de tortures et de viols non simulĂ©s — produit d’un projet utopique et tordu visant Ă  incarner "la nouvelle chair". L’objectif ? Immuniser l’AmĂ©rique contre la menace grandissante de puissances Ă©trangères en pleine expansion.

Ovni hallucinogène ! Objet visuel dotĂ© de vie organique ! Ĺ’uvre mutante Ă  visionner sous contrĂ´le. Ce VidĂ©odrome, si discret Ă  sa sortie, s’insinue dans notre psychĂ© par une expression visuelle inĂ©dite, fascinante et malsaine. Le scĂ©nario, d’une richesse thĂ©matique abyssale, se rĂ©vèle presque irracontable tant les faits se distordent, se fragmentent, fusionnent avec une rĂ©alitĂ© virtuelle gouvernĂ©e par un organisme totalitaire.


Un groupuscule mystique, anarchiste, infiltre les foyers via le tube cathodique, instrument technologique ultime pour renforcer une AmĂ©rique paranoĂŻaque. L’image, outil de contrĂ´le absolu, hypnotise, altère la perception, façonne des cobayes hypnotisĂ©s, Ă©pris de sensations fortes, de pulsions refoulĂ©es. Max Renn, directeur avide de provocation, entame alors un labyrinthe mental Ă  travers une conscience pervertie, un corps dĂ©formĂ©. Sa chair se mĂ©tamorphose : magnĂ©toscope humain, il devient le canal de transmission de VidĂ©odrome.

Regarder cette Ă©mission pirate, c’est risquer la tumeur cĂ©rĂ©brale. C’est s’exposer Ă  une nouvelle rĂ©alitĂ©, nĂ©e du chaos visuel, oĂą les hallucinations sensorielles surpassent la rĂ©alitĂ© tangible. Le programme vise Ă  rendre notre monde plus "rĂ©el" que la perception elle-mĂŞme — une mutation de la conscience par l’image.

Avec aplomb, James Woods incarne ce cobaye rongĂ© par l’expĂ©rience. Charismatique, caustique, transgressif, il s’enfonce dans l’abĂ®me Ă  la recherche du programme ultime. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, Deborah Harry — la voix de Blondie — se mue en amante vĂ©nĂ©neuse. SensualitĂ© trouble, goĂ»t du sadomasochisme, regard alangui en quĂŞte d’extase sadienne : elle captive, fascine, dĂ©sarme. Ensemble, ils plongent dans un cauchemar Ă©veillĂ©.

Cronenberg orchestre ici un maelström d’images dĂ©rangeantes, terrifiantes, d’une force Ă©vocatrice stupĂ©fiante : la tĂŞte de Max engouffrĂ©e dans les lèvres de Nicki surgies de l’Ă©cran organique, les coups de fouet sur une esclave sexuelle, l’arme extirpĂ©e d’un orifice ventral semblable Ă  un vagin, ou cette orgie de chairs et d’entrailles jaillissant de la tĂ©lĂ©. Et cette scène dĂ©chirante, presque prophĂ©tique, oĂą des sans-abris fixent un Ă©cran comme des junkies, hypnotisĂ©s par le vide. Les effets spĂ©ciaux de Rick Baker et Michael Lennick, d’une inventivitĂ© monstrueuse, marquent durablement, Ă  l’exception peut-ĂŞtre d’un gun mutĂ© un peu cheap Ă  son extrĂ©mitĂ© cloutĂ©e.


La nouvelle chair
Visionnaire, Cronenberg livre une rĂ©flexion glaçante sur le pouvoir de l’image, l’altĂ©ration de la rĂ©alitĂ©, le dĂ©sir de transgression, la contagion de la violence. AmplifiĂ© par le score dissonant et permanent de Howard Shore, VidĂ©odrome s’impose comme un chef-d’Ĺ“uvre avant-gardiste, lucide et inquiĂ©tant. Il touche Ă  l’intime : notre rapport Ă  la chair, Ă  la douleur, Ă  l’Ă©cran. Une expĂ©rience unique, Ă©prouvante, somatique, presque mystique, qui affecte la psychĂ© — pour peu qu’on se laisse contaminer par la "nouvelle chair", mĂ©taphore troublante de l’au-delĂ .

L’un des films les plus originaux et essentiels de l’histoire du cinĂ©ma, selon mon jugement Ă©cornĂ© par ce voyage mental plus vrai que nature. Ou presque.

*Eric Binford
13.08.2021. 5èx
10.01.2011   499 v
        

jeudi 12 août 2021

L'île du Dr Moreau

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Island of Dr. Moreau" de John Frankenheimer. 1996. U.S.A. 1h41(Director's Cut). Avec Marlon Brando, Val Kilmer, David Thewlis, Fairuza Balk, Ron Perlman, Marco Hofschneider, Temuera Morrison, William Hootkins.

Sortie salles France: 8 Janvier 1997. U.S: 23 Août 1996

FILMOGRAPHIE: John Frankenheimer est un réalisateur américain né le 19 Février 1930 à New-York, décédé le 6 Juillet 2002 à Los Angeles. 1957: Mon père, cet étranger. 1961: Le Temps du châtiment. 1962: l'Ange de la Violence. Le Prisonnier d'Alcatraz. Un crime dans la tête. 1964: 7 Jours en Mai. Le Train. 1966: Grand Prix. l'Opération Diabolique. 1968: l'Homme de Kiev. 1969: Les Parachutistes arrivent. The Extraordinary Seaman. 1970: Le Pays de la Violence. Les Cavaliers. 1973: l'Impossible Objet. The Iceman Cometh. 1975: French Connection 2. 1977: Black Sunday. 1979: Prophecy le monstre. 1982: A Armes Egales. 1985: Le Pacte Holcroft. 1986: Paiement Cash. 1989: Dead Bang. 1990: The Fourth War. 1992: Les Contes de la Crypte (Saison 4, épis 10). 1992: Year of the Gun. 1996: l'Ile du Dr Moreau. 1997: George Wallace. 1996: Andersonville (téléfilm). 1998: Ronin. 2000: Piège Fatal. 2002: Sur le Chemin de la guerre.

Naufrage artistique restĂ© dans les annales avec une prĂ©production chaotique (mĂ©sentente entre la prod et Richard Stanley, cinĂ©aste et scĂ©nariste Ă  l'origine du projet, changements d'acteurs et de rĂ©alisateur, suicide de Cheyenne Brando, fille de Marlon Brando dĂ©vastĂ© par sa disparition au point de s'exiler dans l'urgence) et un tournage houleux (divergence entre Brando et Kilmer alors que John Frankenheimer est irritĂ© par le comportement de ce dernier, modification du scĂ©nario), l'Ă®le du Dr Moreau est clairement ce un film maudit Ă  travers sa formulation Ă©culĂ©e de Remake hollywoodien tentant de rajeunir le mythe. BĂ©nĂ©ficiant d'une superbe photographie au sein d'une somptueuse nature australienne, et de formidables effets spĂ©ciaux confectionnĂ©s par le maĂ®tre Stan Winston (bien que certains mouvements des crĂ©atures accourant dans la nature font tâche Ă  travers leur facture visuelle), l'ĂŻle du Dr Moreau aurait pu ĂŞtre une bande-dessinĂ©e homĂ©rique de par son alliage d'action, d'horreur, de romance et de fantastique exotique dĂ©nonçant en filigrane notre instinct Ă  la fois primitif et destructeur d'après les travaux dĂ©mesurĂ©s d'un savant dĂ©miurge conjuguant notre ADN avec celui d'animaux. Mi-hommes, mi-crĂ©atures, ceux ci Ă©tant asservis par le Dr Moreau s'efforçant de maĂ®triser leurs pulsions sauvages Ă  l'aide d'un implant Ă©lectrique transplantĂ© sous leur peau. Mais l'arrivĂ©e d'un naufragĂ© frondeur va semer le trouble et l'anarchie au sein de la communautĂ© hybride. 

Si la première demi-heure assez prenante et convaincante nous sĂ©duit Ă  travers cette fascinante monstrueuse parade qu'Edward Douglas redoute, entre fascination et rĂ©pulsion, notamment auprès de la brutalitĂ© de Moreau martyrisant Ă  sa guise ses sujets dans sa doctrine contrairement pacifiste (avec une effrayante sĂ©quence d'accouchement !), le reste est un joyeux dĂ©lire borderline rendu quasi incontrĂ´lable. A croire que John Frankenheimer aurait quittĂ© prĂ©cipitamment le plateau pour laisser quartier libre aux casting littĂ©ralement en roue libre. Val Kilmer se ridiculisant Ă  outrance après la mort de Moreau en substituant son trĂ´ne alors que Marlon Brando occupait juste avant un poste de dictateur cabotin grimĂ© de pommade sur la tronche depuis son allergie solaire. Fort heureusement, le rythme nerveux ne laisse que peu de place Ă  l'ennui, entre 2/3 sĂ©quences involontairement cocasses ou hilarantes; si bien que la seconde partie accorde beaucoup de place Ă  l'action belliqueuse lorsque les crĂ©atures de Moreau tente d'asseoir leur autoritĂ© en dĂ©truisant tout sur leur passage. On peut Ă©galement vanter lors de quelques violences graphiques des effets gores redoutablement rĂ©alistes, Ă  l'instar du lynchage de Moreau dĂ©membrĂ© par ses monstrueuses crĂ©ations. MĂŞme David Thewlis, le hĂ©ros naufragĂ©, semble peut Ă  l'aise dans sa fonction de redresseur de tort et de tĂ©moin effarĂ© par tant de monstruositĂ©, qui plus est peu favorisĂ© par des rĂ©pliques infantiles. 


Y'a t-il un réalisateur aux commandes ?
On suit donc cette farce grotesque d'un oeil aussi curieux qu'amusĂ©, sĂ©rie B de luxe permutĂ©e en objet filmique non identifiĂ© sous couvert de Remake aseptique pimentĂ© de sauce bisseuse. 

*Eric Binford. 
2èx

Box-Office France: 249 838 entrées

mercredi 11 août 2021

Arachnophobie

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Frank Marshall. 1990. U.S.A. 1h49. Avec Jeff Daniels, Harley Jane Kozak, John Goodman, Julian Sands, Stuart Pankin, Brian McNamara, Henry Jones; 

Sortie salles France: 17 Avril 1991. U.S: 18 Juillet 1990

FILMOGRAPHIE: Frank Marshall est un producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© Ă  Los Angeles le 13 septembre 1946. 1990 : Arachnophobie. 1992 : Les Survivants. 1993 : Johnny Bago - Saison 1, Ă©pisode 3. 1995 : Congo. 1998 : De la Terre Ă  la Lune (From the Earth to the Moon) - Épisode 6. 2006 : Antartica, prisonniers du froid.

Première rĂ©alisation de Frank Marshall, un habituĂ© des divertissements hollywoodiens "grand public", bien que sa filmo demeure timorĂ©e en terme prolifique, Arachnophobie surprend Ă  la revoyure par son parti-pris rĂ©aliste. Si bien que celui-ci exploite très efficacement Ă  l'Ă©cran de vĂ©ritables araignĂ©es, bien que certaines, plus grosses, sont simulĂ©es par animatronic sans que cela n'interfère la crĂ©dibilitĂ© des Ă©vènements soigneusement dĂ©peints. Par consĂ©quent, ce qui force le respect Ă  travers cette production  lucrative (Spielberg en est l'un des mĂ©cènes) dĂ©coule de sa sobriĂ©tĂ© Ă  ne jamais cĂ©der Ă  l'esbroufe ou Ă  l'outrance en se jouant de la peur viscĂ©rale des araignĂ©es au compte-goutte. Le film efficacement structurĂ© prenant d'abord son temps Ă  dĂ©velopper la personnalitĂ© de ses personnages (un mĂ©decin arachnophobe, son Ă©pouse et ses enfants, le shĂ©rif du coin, le praticien sclĂ©rosĂ© refusant au denier moment de prendre sa retraite, l'exterminateur d'araignĂ©es que John Goodman endosse avec une ironie sardonique plaisamment cocasse) au sein d'une aimable bourgade rurale oĂą tout le monde s'y cĂ´toie dans le partage, le respect et la bonne humeur. C'est donc Ă  travers l'emmĂ©nagement du mĂ©decin et de sa famille dans leur maison campagnarde que l'intrigue tisse progressivement sa toile au grĂ© de morts suspectes en nombre grandissant. 

Frank Marshall instaurant un suspense exponentiel Ă  chaque sĂ©quence alerte lorsqu'une petite araignĂ©e (exportĂ©e du Venezuela nous dĂ©crira son magnifique prologue Ă  travers ses vastes panoramas naturels !) est sur le point d'alpaguer sa future victime par une piqure mortelle. Sa proie trĂ©passant d'un arrĂŞt cardiaque en un temps furtif ! Ainsi, en dosant efficacement l'angoisse des situations de stress typiquement Hitchcockienne, Frank Marshal parvient Ă  susciter une vĂ©ritable apprĂ©hension viscĂ©rale en la prĂ©sence fascinante de ses araignĂ©es morbides rampant sournoisement sur les sols. Celui-ci exploitant notamment la diversitĂ© de situations d'apparence tranquille (un terrain de foot et leurs joueurs, une fille sous la douche, un couple âgĂ© dans son salon, le mĂ©decin reclus dans sa grange pour combattre sa phobie puis sa confrontation avec la reine dans la cave, la chambre des bambins) auquel les victimes y feront les frais d'une araignĂ©e passĂ©e maĂ®tre dans l'art d'agripper leur proie d'une estocade mortelle. Bien que par intermittence il ne s'agissait en fait que d'une fausse alerte par le principe Ă©culĂ© de l'humour noir que le spectateur redoute instinctivement. Quand au final paroxystique, on surfe sur le mode catastrophe lorsque le mĂ©decin et sa famille sont envahis par les araignĂ©es au sein de leur cocon domestique. Un point d'orgue d'effroi dĂ©cuplant sans modĂ©ration les moments de stress et les offensives humaines par le biais de mains secourables, experts en entomologie ou en dĂ©sintĂ©gration criminelle. 

A travers ses notes fantaisistes plutĂ´t efficaces et quelques personnages extravagants Ă©gayant un peu  l'atmosphère, Frank Marshall n'en perd jamais le fil d'une angoisse palpable avant les confrontations de terreur oppressante que de simples araignĂ©es (rĂ©elles !!!) parviennent Ă  distiller Ă  l'Ă©cran avec un rĂ©alisme viscĂ©ral. C'est ce qui fait la principale rĂ©ussite de cet intelligent divertissement horrifique aussi mesurĂ© dans le jeu tranquille des acteurs que vĂ©ritablement jouissif lors de ces nombreux effets de terreur phobiques. A redĂ©couvrir sans rĂ©serve. 

*Eric Binford
3èx

Récompense: Prix du meilleur film d'horreur et du meilleur acteur pour Jeff Daniels, ainsi que nomination au prix du meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleur second rôle masculin (John Goodman), par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1991.

mardi 10 août 2021

La Créature du Cimetière / "Graveyard Shift"

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Ralph S. Singleton. 1990. U.S.A. 1h26. Avec David Andrews, Kelly Wolf, Stephen Macht, Andrew Divoff, Vic Polizos, Brad Dourif. 

Sortie salles France: 19 Juin 1991. U.S: 26 Octobre 1990

FILMOGRAPHIE: Ralph S. Singleton et un réalisateur et producteur américain né le 22 Mars 1940 dans le Massachusetts, USA. 1990: La créature du cimetière. 1985-1986 Cagney et Lacey (TV Series) (2 episodes) - The Marathon (1986) - Organized Crime (1985).


"Conspué à l'époque, faute de sa mention bankable : "d'après Stephen King", ce sympathique divertissement mineur est sauvé par son ambiance méphitique ainsi que l'apparence repoussante du monstre organique."
 
TirĂ© d'une nouvelle de Stephen King, la CrĂ©ature du Cimetière fut conspuĂ© par la critique et le public dès sa sortie en dĂ©pit de sa sĂ©lection au Festival d'Avoriaz (bien qu'il repartit bredouille). Probablement Ă  cause de la rĂ©putation notoire de l'Ă©crivain Ă  crĂ©er des histoires singulières au sein d'un contexte contemporain, la CrĂ©ature du Cimetière se solda inĂ©vitablement par un Ă©chec. Car il faut bien avouer que l'intrigue linĂ©aire ne nous invoque aucune surprise au fil d'un cheminement prĂ©visible que l'on connait par coeur. Quand bien mĂŞme les protagonistes au QI de moineau se brocardent Ă  n'en plus finir dans leur inlassable traque contre un rat mutant, histoire d'Ă©gayer l'aventure dĂ©nuĂ©e de rebondissements (si ce n'est le revirement criminel d'un personnage). Or, la CrĂ©ature du Cimetière possède nĂ©anmoins deux qualitĂ©s factuelles ! La première Ă©mane de son climat glauque permĂ©able que le rĂ©alisateur ne cesse de mettre en exergue durant toute l'intrigue Ă  l'aide d'une photo sĂ©pia se prĂŞtant harmonieusement Ă  l'ambiance dĂ©lĂ©tère de l'usine de textile. Un dĂ©corum sĂ©culaire insalubre soigneusement exploitĂ© sous toutes les coutures, tant au rez-de-chaussĂ©e que dans l'immense sous-sol, repère domestique de la crĂ©ature avec ces charniers de cranes et de squelettes humains. 


Quant au second point qualitatif, la crĂ©ature confectionnĂ©e Ă  l'artisanale parvient Ă  crĂ©er son effet de fascination morbide ! Notamment grâce Ă  l'habiletĂ© du rĂ©alisateur filmant au compte goutte les diverses parties de son anatomie afin de renforcer le mystère de son indicible morphologie. Un corps polymorphe que l'on peine d'identifier mais qui parvient vĂ©ritablement Ă  susciter un dĂ©goĂ»t organique Ă  l'aide d'un climat rubigineux aux relents fĂ©tides. Ainsi, en jouant sur l'attente des apparitions du monstre, le rĂ©alisateur instaure un menu suspense avant les diverses effets de surprise du monstre toujours mieux dĂ©voilĂ© au grĂ© de pĂ©ripĂ©ties plus musclĂ©es. On peut Ă©galement dĂ©noter en restant sur la mĂŞme ligne de conduite malsaine quelques effets chocs gorasses assez rĂ©pulsifs lorsque les victimes y font les frais de la crĂ©ature gloutonne de taille disproportionnĂ©e. Des membres arrachĂ©s ou broyĂ©s que le cinĂ©aste prend plaisir Ă  filmer avec une certaine efficacitĂ© formelle. Pour autant, ne comptez pas sur lui pour nous dĂ©voiler les origines de son rat mutant confinĂ© Ă  proximitĂ© d'un cimetière, tant et si bien que l'action de l'intrigue ne tourne qu'autour des affrontements, physiques et psychologiques, entre ouvriers et leur contremaĂ®tre Ă  tenter de se dĂ©barrasser quotidiennement des rats qui envahissent l'usine. 


B movie mineur du Samedi soir car Ă©tique, agrĂ©ablement maladroit, bâclĂ© et superficiel, la CrĂ©ature du Cimetière demeure malgrĂ© tout un sympathique film d'ambiance en compagnie d'attachants protagonistes jouant les dĂ©cervelĂ©s avec un charisme bisseux (mĂŞme le hĂ©ros naĂŻf parvient Ă  injecter une expression amiteuse en redresseur de tort malgrĂ© lui). Si bien qu'au fil des revoyures, cette commande horrifique imprime aujourd'hui un charme vintage Ă  travers son Ă©tonnante facture malsaine d'y vanter les exactions du rat pestilentiel "d'origine inconnue" ! (calembour Ă©videmment dĂ©libĂ©rĂ©, rĂ©servĂ© Ă  la gĂ©nĂ©ration 80 ^^).  

*Eric Binford
18.02.26. 4èx. VF

lundi 9 août 2021

La Nuée. Prix de la critique, Prix du Public, Gérardmer 2021.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Just Philippot. 2020. France. 1h42. Avec Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne, Raphael Romand, Victor Bonnel, Vincent Deniard, Christian Bouillett

Sortie salles France: 16 Juin 2021

FILMOGRAPHIEJust Philippot est un rĂ©alisateur français nĂ© le 18 FĂ©vrier 1982. 2020: La NuĂ©e. 

Une fois n'est pas coutume, un film Fantastique noble, adulte, intelligent, dĂ©pouillĂ©, sincère, sans fioriture, ne court surement pas les rues en ces temps de remakes / reboot tentant de rameuter le jeune public sevrĂ© aux produits mainstream parmi lesquels Anabelle, La Nonne, La MalĂ©diction de la dame Blanche et j'en passe. Si bien que pour une première rĂ©alisation, Just Philippot rend ses lettres de noblesse au Fantastique Ă©thĂ©rĂ© que l'on croirait extirpĂ© des annĂ©es 80, notamment auprès de sa facultĂ© Ă  rendre fascinant un contexte horrifique des plus dĂ©rangeants. C'est dire si La NuĂ©e joue dans la cour (indĂ©pendante) des grands Ă  imposer un rĂ©cit irrationnel constamment inquiĂ©tant en privilĂ©giant la psychologie tourmentĂ©e des protagonistes en proie Ă  une menace Ă©colo meurtrière. Ces derniers, une mère et ses 2 ados, tentant de survivre dans leur ferme en Ă©levant des sauterelles de bien Ă©trange manière. Mais chut, n'en dĂ©voilons pas plus, disons que La NuĂ©e prend tout son temps Ă  planter son univers rural et ses personnages familiaux tentant de se reconstruire Ă  la suite de la mort du paternel. Just Philippot nous radiographiant au compte goutte la dĂ©liquescence vĂ©reuse d'une agricultrice sujette Ă  la prĂ©caritĂ© mais dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  retrousser ses manches pour rentabiliser dans l'Ă©levage de sauterelles. 

Ainsi, Ă  travers l'unitĂ© familiale de ses protagonistes aussi vrais que dĂ©pouillĂ©s, Just Philippot les dirigent admirablement pour se familiariser auprès d'eux avec une empathie prĂ©dominante. Sa progression dramatique parfaitement planifiĂ©e nous rĂ©servant des situations frissonnantes dĂ©nuĂ©es de concession Ă  travers la menace de ces sauterelles filmĂ©es en gros plan et sous toutes les coutures. Qui plus est Ă©paulĂ© d'une bande-son dissonante auprès de la vibration de leurs mouvements lorsqu'ils sont confinĂ©s dans les serres, leur posture erratique nous provoque une apprĂ©hension malaisante. Car aussi improbable soit son pitch singulier, La NuĂ©e instaure un pouvoir de fascination de par sa vĂ©racitĂ© Ă  nous faire croire Ă  l'incongru sous l'impulsion de ses personnages se dĂ©menant avec force et fragilitĂ© contre l'incomprĂ©hension. Le rĂ©alisateur ayant recrutĂ© des comĂ©diens mĂ©connus au physique ordinaire en leur dictant des rĂ©pliques naturelles rĂ©fractaires Ă  l'Ă©locution théâtrale (rare pour ne pas le souligner). Notamment auprès des deux ados incroyablement justes dans leur spontanĂ©itĂ© Ă  chĂ©rir leur mère, telle une copine, ou au contraire Ă  s'en mĂ©fier au fil d'une dĂ©rive morale davantage opaque. Just Philippot retardant au maximum les effets chocs en privilĂ©giant leur dimension humaine dĂ©munie, une cellule familiale au bord du marasme lorsque la mère ne parvient plus vraiment Ă  distinguer le bien du mal par peur du chĂ´mage.  

Grâce Ă  sa qualitĂ© d'Ă©criture narrative, Ă  son Ă©lĂ©gante facture formelle et Ă  ses personnages bien dessinĂ©s, La NuĂ©e Ă©lève le genre Fantastique Ă  son statut le plus intègre en suscitant lestement l'apprĂ©hension au grĂ© d'une intensitĂ© dramatique toujours plus Ă©prouvante. Le profil Ă©quivoque imparti Ă  cette agricultrice maternelle nous rĂ©servant un dĂ©rangeant portrait de femme en perte de repères moraux faute de sa crainte de l'Ă©chec. GĂ©rardmer ne s'y sera pas trompĂ©, leurs Prix de la Critique et du Public ne sont point usurpĂ©s alors qu'il s'agit d'une production 100% française ! Comme quoi nous sommes parfois capable du meilleur avec de petites oeuvres indĂ©pendantes pour qui le genre est un sacerdoce. 

*Eric Binford

Récompenses

Festival international du film de Catalogne 2020 (Sitges):
Prix spécial du jury
Meilleure actrice pour Suliane Brahim

Festival international du film fantastique de Gérardmer 2021:
Prix de la critique
Prix du public

vendredi 6 août 2021

Tremblement de Terre

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Earthquake" de Mark Robson. 1974. U.S.A. 2h02. Avec Charlton Heston, Ava Gardner, George Kennedy, Lorne Greene, Geneviève Bujold, Richard Roundtree, Marjoe Gortner, Victoria Principal,  Walter Matthau.

Sortie salles France: 12 FĂ©vrier 1975. U.S: 15 Novembre 1974

FILMOGRAPHIEMark Robson est un rĂ©alisateur et monteur canadien qui fit carrière aux États-Unis, nĂ© Ă  MontrĂ©al (Canada) le 4 dĂ©cembre 1913, mort Ă  Londres (Angleterre), le 20 juin 1978. 1943 : La Septième Victime. 1943 : Le Vaisseau fantĂ´me. 1944 : Youth Runs Wild. 1945 : L'ĂŽle des morts. 1946 : Bedlam. 1949 : Le Champion. 1949 : Roughshod. 1949 : La Demeure des braves. 1949 : TĂŞte folle. 1950 : La Marche Ă  l'enfer. 1951 : La Nouvelle Aurore. 1951 : Face Ă  l'orage. 1953 : Retour au Paradis. 1954 : Les Ponts du Toko-Ri. 1954 : L'Enfer au-dessous de zĂ©ro. 1954 : Phffft! 1955 : Le Procès. 1955 : Hold-up en plein ciel. 1956 : Plus dure sera la chute. 1957 : Les Plaisirs de l'enfer. 1957 : La Petite hutte. 1958 : L'Auberge du sixième bonheur. 1960 : Du haut de la terrasse. 1963 : Pas de lauriers pour les tueurs. 1963 : Ă€ neuf heures de Rama. 1965 : L'Express du colonel Von Ryan. 1966 : Les Centurions. 1967 : La VallĂ©e des poupĂ©es. 1969 : La BoĂ®te Ă  chat. 1971 : Happy Birthday, Wanda June. 1972 : Limbo. 1974 : Tremblement de terre. 1978 : Avalanche Express. 

Premier film catastrophe Ă  utiliser le procĂ©dĂ© Sensurround (effets de vibration que les spectateurs ressentaient sur leur siège au moment des secousses sismiques), Tremblement de Terre fut un gros succès international grâce Ă  ces effets-spĂ©ciaux particulièrement rĂ©alistes, mĂŞme encore aujourd'hui. Car si on peut relever sur certains plans quelques maquettes ici et lĂ  (autrement plus convaincantes qu'un KaijĹ«), les nombreuses sĂ©quences de destruction massive demeurent toujours impressionnantes par leur rĂ©alisme cauchemardesque. Pour autant, Tremblement de Terre ne demeure pas du niveau qualitatif de ses homologues (imputrescibles) La Tour Infernale et l'Aventure du PosĂ©idon, aussi charismatique soit-il. La faute incombant Ă  une absence flagrante de suspense lors des sĂ©quences de sauvetage, bien que sa dernière demi-heure rehausse le niveau lorsque Charlton Heston tente de sauver ses 2 maĂ®tresses conjugales dans le sous-sol d'un immeuble peu Ă  peu envahi d'eau. Tant et si bien que l'on s'Ă©tonne Ă©galement de sa conclusion dramatique imposĂ©e par Heston himself afin sans doute de rehausser l'aspect tragique de la catastrophe implantĂ©e en plein coeur de Los Angeles. Ainsi, Tremblement de Terre pâtit de plusieurs sĂ©quences de sauvetage impressionnantes ou haletantes mais dĂ©nuĂ©es d'intensitĂ© affolante (mĂŞme si certains moments de survie prĂ©caire y font leur petit effet d'apprĂ©hension). A l'instar de cette situation hĂ©roĂŻque un peu trop rapidement expĂ©diĂ©e lorsque le Sgt. Lew Slade (excellement endossĂ© par George Kennedy de par sa force tranquille et de suretĂ©) porte secours Ă  une jeune femme Ă  la suite d'une tentative de viol commise par un militaire rendu psychotique depuis le contexte cataclysmique. 

Fort heureusement, Tremblement de Terre possède nĂ©anmoins une patine symptomatique des Seventies, dans la mesure oĂą le film s'avère solidement rĂ©alisĂ© et interprĂ©tĂ© (sacrĂ©es gueules charismatiques de la grande Ă©poque !) en prime d'ĂŞtre formellement fascinant (Oscar des Effets Visuels Ă  l'Ă©poque). Mark Robson parvenant Ă  diriger ses acteurs avec savoir-faire, notamment auprès d'un habile montage scrupuleusement Ă©tabli en fonction des rĂ©actions censĂ©es de chaque personnage, jusqu'aux figurants  d'arrière plan. Charlton Heston monopolisant Ă©videmment l'Ă©cran en hĂ©ros volontaire s'Ă©vertuant Ă  sauver le plus de personnes possible en compagnie du sergent Lew Slade avec qui il rĂ©serve une franche complĂ©mentaritĂ© solidaire. On peut Ă©galement louer le jeu parfaitement convaincant de Victoria Principal (Dallas) dans un rĂ´le secondaire de plantureuse jeune femme s'attirant les avances d'un militaire pathologiquement monomane si j'ose dire (Marjoe Gortner demeurant habitĂ© par son personnage de tortionnaire criminel faute de son homosexualitĂ© refoulĂ©e). Quant Ă  la star Ava Gardner jouant l'Ă©pouse trompĂ©e avec un tempĂ©rament borderline (sa fausse tentative de suicide), elle nous provoque une attention soutenue lors de ses moult tentatives Ă  reconquĂ©rir son compagnon Ă©pris de la jeune Denise Marshall que Geneviève Bujold incarne avec un naturel quelque peu dĂ©complexĂ©e lorsqu'elle s'adresse sereinement Ă  lui pour le courtiser. On peut enfin relever Ă  travers ce spectacle grandiose de surprenante pointes d'humour pour le genre catastrophe en la prĂ©sence de Walter Matthau en ivrogne invĂ©tĂ©rĂ© incapable de se soucier de son prochain et encore moins de sa personne lors de l'Ă©vènement sismique ou lors d'une bagarre de billard. Le type accoudĂ© au bar poursuivant sa compĂ©tition Ă©thylique comme si de rien n'Ă©tait alors que le chaos s'acharne peu Ă  peu autour de lui.

Sans toutefois nous passionner pour nous immerger de plein fouet auprès du dĂ©sarroi des survivants; Tremblement de Terre reste nĂ©anmoins un bon film catastrophe sauvĂ© par ses nombreux effets spĂ©ciaux souvent convaincants, sa rĂ©alisation appliquĂ©e Ă©paulĂ©e de moyens considĂ©rables et son cast 3 Ă©toiles  irrĂ©prochable que les fans des annĂ©es 70 auront bougrement plaisir Ă  retrouver. 

*Eric Binford
4è

Anecdotes (info Wikipedia): Trois autres films : La Bataille de Midway (1976), Le Toboggan de la mort (1977) et Galactica (1978), utilisèrent également l'effet "Sensurround" ; mais les nuisances sonores qu'il provoquait dans les salles et immeubles voisins n'encouragèrent pas la poursuite de l'exploitation du système qui était en outre facturé très cher aux exploitants.

Récompenses:
Oscar du meilleur son : Ronald Pierce, Melvin Meldalfe Sr.
Oscar des meilleurs effets visuels : Frank Brendel, Glen Robinson, Albert Whitlock.