jeudi 9 mai 2013

ED WOOD

                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alexandrestojkovic.blogspot.com

de Tim Burton. 1994. U.S.A. 2h06. Avec Johnny Depp, Martin Landau, Patricia Arquette, Sarah Jessica Parker, Bill Murray, Jeffrey Jones, Lisa Marie.

Sortie salles France: 21 Juin 1995. U.S: 28 Septembre 1994

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie.
1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie.


Edward D. Wood Jr continua le combat Ă  Hollywood, mais le succès ne cessa de lui Ă©chapper. Après un lent naufrage dans l'alcool et des films d'horreur "dĂ©nudĂ©s", il mourut d'un crise cardiaque en 1978. Il avait 54 ans. 
Deux ans après, il fut sacrĂ© "plus mauvais rĂ©alisateur de tous les temps", ce qui lui valut la reconnaissance internationale. Depuis, des cinĂ©philes du monde entier lui vouent un culte. 

Voici mon hommage...

Eloge Ă  l'industrie du cinĂ©ma Z Ă  travers un rĂ©alisateur en herbe, Ed Wood relate la biographie d'un personnage hors normes, considĂ©rĂ© comme le cinĂ©aste le plus mauvais de tous les temps. En alternant drĂ´lerie et Ă©motion, le film dĂ©clare Ă©galement une rĂ©vĂ©rence Ă  l'un des grands acteurs du cinĂ©ma d'Ă©pouvante (Bela Lugosi, transcendĂ© ici par la prestance du vĂ©tĂ©ran Martin Landau !). Dans une superbe photo monochrome, Tim Burton nous retrace le parcours improbable d'un artiste du cinĂ©ma transi de volontĂ© pour sa passion du cinĂ©ma. Avec une Ă©quipe d'accessoiristes et d'acteurs au rabais, ce rĂ©alisateur excentrique (il se travestissait parfois en femme durant ses tournages !) n'aura de cesse d'user d'impertinence et de boniment afin de convaincre n'importe quel producteur Ă  sa portĂ©e que son futur projet sera vouĂ© Ă  la notoriĂ©tĂ©. FascinĂ© par l'oeuvre emblĂ©matique d'Orson Welles baptisĂ©e   Citizen Kane, Edward D. Wood Jr se persuada qu'il possĂ©dait le talent innĂ© pour façonner des oeuvres aussi substantielles par l'entremise du cinĂ©ma de genre. Mais surtout, l'amour sincère qu'il allouait Ă  l'acteur hongrois Bela Lugosi Ă©tait si digne qu'il rĂ©ussit Ă  convaincre ce dernier d'incarner des rĂ´les de faire-valoir dans ces oeuvrettes les plus saugrenues. C'est d'ailleurs avec Plan Nine from outer space (financĂ© par l'Ă©glise catholique !), qu'Edward D. Wood parvint Ă  accĂ©der Ă  la postĂ©ritĂ©. 


Avec une humble humanitĂ©, Tim Burton dĂ©livre notamment un poignant hommage Ă  un illustre comĂ©dien immortalisĂ© par son rĂ´le vampirique mais malencontreusement rĂ©duit Ă  l'indiffĂ©rence vers la fin de sa carrière. DĂ©pendant de la morphine et rĂ©duit Ă  la solitude depuis le dĂ©cès de son Ă©pouse, Bela Lugosi traĂ®ne ici sa silhouette sous l'apparence du comĂ©dien Martin Landau. LittĂ©ralement habitĂ© par son entitĂ©, l'acteur insuffle avec une Ă©motion Ă©lĂ©giaque le portrait dĂ©clinant d'une lĂ©gende sclĂ©rosĂ©e. Une ancienne cĂ©lĂ©britĂ© isolĂ©e du monde extĂ©rieur et rĂ©fugiĂ©e dans ses souvenirs populaires, hantĂ© Ă  jamais par son incarnation de Dracula. Sa relation amicale qu'il finit par entretenir avec Ed Wood  nous Ă©meut par leur complicitĂ© mais aussi leur tendresse commune impartie Ă  la chimère de la camĂ©ra ! Dans le rĂ´le d'Ed Wood, Johnny Depp vĂ©hicule une spontanĂ©itĂ© pleine d'extravagance pour retranscrire les Ă©tats d'âme d'un luron amateur Ă©merveillĂ© par l'omnipotence du cinĂ©ma ! Avec des moyens techniques dĂ©risoires et une Ă©quipe de seconds rĂ´les non professionnels, ce personnage facĂ©tieux usa de constance dans ces audaces, mensonges et subterfuges pour parvenir Ă  ses fins et filmer coĂ»te que coĂ»te les plus improbables divagations ! 


TranscendĂ© par la prestance de comĂ©diens fĂ©rus de naturel et d'enthousiasme, Ed Wood condense la  flamboyante biographie d'un baladin entièrement vouĂ© Ă  sa passion de cinĂ©phage. Car en dehors du portrait allouĂ© Ă  une autre lĂ©gende du cinĂ©ma de genre, ces deux tĂ©moignages engendrent un vibrant hommage Ă  tous ces artisans discrĂ©ditĂ©s de leur prĂ©caritĂ© mais pour autant transis d'amour pour leur foi au 7è art. Depuis ses travaux, Ed Wood, le personnage, est devenu l'emblème du nanar dĂ©bridĂ© Ă  la poĂ©sie nonsensique ! Cette ultime dĂ©claration d'amour aux sĂ©ries Z se clĂ´turant sur un bouleversant mĂ©morial Ă  tous ces quidams laissĂ©s dans l'ombre des projecteurs.

09.05.13. 2èx
Bruno Matéï

Récompenses: Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle pour Martin Landau
Meilleurs Maquillage pour Rick Baker, Ve Neill et Yolanda Toussieng
Golden Globes du Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Martin Landau
Saturn Awards du Meilleur Acteur pour Martin Landau, Meilleure Musique pour Howard Shore
Screen Actors Guild Award: Meilleur Acteur dans un second rĂ´le pour Martin Landau
NSFC Awards: Meilleur Acteur dans un second rĂ´le pour Martin Landau, Meilleure Photographie pour Stefan Czapsky.

mercredi 8 mai 2013

The Proposition. Grand Prix du Jury, Valenciennes, 2009

                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site forum.westernmovies.fr

de John Hilcoat. 2005. Australie/Angleterre. 1h44. Avec Richard Wilson, Noah Taylor, Guy Pearce, Jeremy Madrona, Jae Mamuyac, Mick Roughan, Shane Watt.

Sortie salles France: 16 Décembre 2009

FILMOGRAPHIE: John Hilcoat est un cinĂ©aste australien, nĂ© en 1961 au Queensland. 
1988 : Ghosts... of the Civil Dead. 1996 : To Have and to Hold. 2005 : The Proposition. 2009 : La Route (The Road). 2012 : Des hommes sans loi (Lawless).


Avant de se faire connaître du grand public avec son odyssée post-apocalyptique La Route, John Hillcoat réalisait, quatre ans plus tôt, un western crépusculaire imprégné de poésie métaphysique. Transcendé par la prestance de ses antagonistes vénaux, The Proposition retrace le cheminement funeste du gang des frères Burns, ainsi que la quête rédemptrice du capitaine Stanley, homme de loi tiraillé par une éthique vacillante.

Le pitch : Ă€ la fin du XIXe siècle, dans l’ariditĂ© australienne, les frères Charlie et Mickey Burns sont capturĂ©s par les hommes de main du capitaine Stanley. Ce dernier leur propose un marchĂ© : Charlie aura neuf jours pour retrouver et tuer leur aĂ®nĂ© Arthur, criminel insaisissable coupable de viols et de meurtres, en Ă©change de sa libertĂ© et de celle de son jeune frère.


Western laconique Ă  l’ambiance mystique et lancinante, The Proposition est un chemin de croix ; une plongĂ©e introspective dans les mĂ©andres opaques de l’âme humaine. Car Ă  travers le portrait d’anti-hĂ©ros pervertis par la haine mais Ă©branlĂ©s par les consĂ©quences, Hillcoat nous entraĂ®ne dans leur dĂ©rive putride au sein d’une sociĂ©tĂ© coloniale en dĂ©composition.
Tous les hommes de loi y pataugent dans une violence institutionnalisĂ©e, infligĂ©e aux esclaves noirs dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale. Les hors-la-loi, eux, poursuivent leurs exactions sanguinaires, mus par une arrogance vengeresse autant que par l’accoutumance au mal. Cette complaisance dans la cruautĂ© finit par se heurter Ă  une crise morale, un vertige de conscience : celle d’un peuple qui dĂ©couvre que la barbarie n’est qu’une spirale obscène ; celle de Charlie, criminel en sursis, rongĂ© par la culpabilitĂ© d’avoir conduit l’innocence de son cadet Ă  l’abattoir, tout en portant l’empreinte vĂ©nĂ©neuse d’un aĂ®nĂ© dominateur ; et celle, surtout, de Stanley, mari tendre et attentionnĂ© envers une Ă©pouse candide (qui ignore tout de sa justice expĂ©ditive), mais officier Ă©reintĂ©, de plus en plus conscient de sa dĂ©chĂ©ance intĂ©rieure — une dĂ©gringolade primitive que seule la violence semble prĂ©cipiter vers l’abĂ®me.


"Sous le Soleil, la Douleur".
Magnifiquement photographiĂ© dans une nature solaire au lyrisme spectral — une nature qui ne cesse de questionner l’Homme — et portĂ© par des comĂ©diens aux trognes fermĂ©es, burinĂ©es par l’absolu, ce western âpre dresse le constat implacable d’une humanitĂ© corrompue par une justice discriminatoire.
RĂ©flexion acide sur la gangrène de la violence, oĂą l’ĂŞtre humain qui s’y est aventurĂ© finit irrĂ©mĂ©diablement châtiĂ©, The Proposition est un Ă©lectrochoc d’une intensitĂ© telle qu’on en sort difficilement indemne.
L’un des westerns les plus rugueux jamais tournĂ©s — la sĂ©quence de flagellation est insoutenable, elle hante longtemps après la projection — mais aussi un poème existentiel sur l’Ă©thique, la honte, et les fantĂ´mes de la rĂ©demption.


08.05.13
Bruno 
 
Récompenses: Festival International de Valenciennes: Grand Prix du Jury
Australian Film Institute: Meilleure Photographie (BenoĂ®t Delhomme), Meilleurs Costumes (Margot Wilson), Meilleure Musique originale ( Nick Cave, Warren Ellis), Meilleure Production
Australia Film Critics: Meilleure Photographie (BenoĂ®t Delhomme), Meilleure Musique originale (Nick Cave, Warren Ellis).
Chlotrudis Awards: Meilleur ScĂ©nario (Nick Cave)
Inside Film Awards (IF Awards): Meilleure Photographie (BenoĂ®t Delhomme), Meilleur Film, Meilleure Musique (Nick Caven Warren Ellis), Meilleure Production
San Diego Film Critics: Meilleur Second rĂ´le (Ray Winstone)  
Festival de Venise: Prix Gucci du Meilleur scénario (Nick Cave)


mardi 7 mai 2013

Evil-Dead 3, l'Armée des Ténèbres / Evil-dead 3, Army of Darkness

                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site holypapershit.wordpress.com

de Sam Raimi. 1992. U.S.A. 1h36 (Director's cut). Avec Bruce Campbell, Embeth Davidtz, Marcus Gilbert, Ian Abercrombie, Richard Grove.

Sortie salles France: 5 Janvier 1994. U.S: 19 Février 1993

FILMOGRAPHIE: Sam Raimi est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste américain, né le 23 Octobre 1959 à Franklin, Etats-Unis. 1981: Evil-Dead. 1985: Mort sur le Grill. 1987: Evil-Dead 2. 1990: Darkman. 1993: Evil-Dead 3. 1995: Mort ou Vif. 1998: Un Plan Simple. 1999: Pour l'amour du jeu. 2000: Intuitions. 2002: Spi-derman. 2004: Spider-man 2. 2007: Spider-man 3. 2009: Jusqu'en Enfer. 2013: Le Monde fantastique d'Oz.

 
"Ash et l’ombre des dĂ©mons : la bataille funeste".
Troisième volet de la saga Evil Dead, L’ArmĂ©e des TĂ©nèbres replonge dans un dĂ©lire horrifique qui, cette fois, privilĂ©gie l’action homĂ©rique et l’aventure mythologique, saupoudrĂ©es d’un comique cartoonesque. Hommage vibrant au maĂ®tre du stop motion Ray Harryhausen — l’armĂ©e de squelettes livrant une bataille insensĂ©e —, clin d’Ĺ“il au gothisme transalpin dans ses sĂ©quences crĂ©pusculaires du moulin et du cimetière, Evil Dead 3 dĂ©borde d’Ă©nergie et d’idĂ©es retorses, soutenu par des FX calibrĂ©s, pour nous propulser au cĹ“ur d’une Ă©popĂ©e chevaleresque aussi folingue que jubilatoire, techniquement emballĂ©e avec un brio Ă©bouriffant et vertigineux.

Le pitch : Ash, catapultĂ© en l’an 1300 par une force dĂ©moniaque, est fait prisonnier par les chevaliers du roi Arthur. Pour retrouver sa libertĂ© et regagner son Ă©poque, il doit rĂ©cupĂ©rer le nĂ©cronomicon, sous la tutelle d’un illustre sorcier. Mais en rĂ©citant la mauvaise formule, Ash libère une armĂ©e de dĂ©mons, dĂ©clenchant une bataille mĂ©diĂ©vale dantesque.

Si Evil Dead 2 avait dĂ©jĂ  embrassĂ© un dĂ©lire cartoonesque en abandonnant la facture effrayante du modèle, Sam Raimi pousse ici le bouchon encore plus loin, oscillant dans un grotesque jubilatoire. Ce nouveau chapitre fait du genre aventure mĂ©diĂ©vale fantastique son terrain de jeu, oĂą le roi Arthur et ses chevaliers sont asservis aux forces dĂ©moniaques du nĂ©cronomicon. Avec l’aide de notre hĂ©ros versatile venu du futur, ils devront livrer bataille contre l’armĂ©e infernale.

Mais avant ce choc tant attendu, Raimi s’amuse Ă  martyriser son hĂ©ros dans une multitude de dĂ©convenues burlesques confinĂ©es Ă  des lieux clos : un puits, un moulin, une colline de cimetière. ArmĂ© d’une tronçonneuse puis d’une main d’acier, Bruce Campbell s’Ă©rige en hĂ©ros des temps modernes, guerrier futuriste Ă  la fois couard et tĂ©mĂ©raire, empotĂ© et vaillant. Dans un jeu de mimĂ©tisme dĂ©mentiel, il se livre Ă  un festival de pitreries outrĂ©es, incarnant un hĂ©ros Ă©goĂŻste, parfois masochiste, pris Ă  la gorge par des dĂ©mons railleurs — les incubes du puits, les lilliputiens enfantĂ©s par Ash, les squelettes commandĂ©s par un zombie putrĂ©fiĂ©. Bref, un bonheur en roue libre, ultra fun et dĂ©complexĂ©.


Si l’horreur, ici, se fait plus discrète, L’ArmĂ©e des TĂ©nèbres s’impose en spectacle trĂ©pidant, transcendĂ© par la mise en scène foisonnante et rusĂ©e de Raimi. La prĂ©sence iconique de Bruce Campbell, flamboyant dans sa posture conquĂ©rante, doit beaucoup au caractère fantaisiste de cette odyssĂ©e mĂ©diĂ©vale, propulsĂ©e par un dĂ©lire Ă©pique. Un troisième opus Ă  marquer d’une pierre blanche.

A Ray Harryhausen (qui vient de nous quitter à l'âge de 92 ans).

*Bruno
07.05.13
13.08.24. 6èx. Vostfr

Récompenses: Corbeau d'Or au Festival du film fantastique de Bruxelles, 1993
Prix de la Critique au Festival Fantasporto, 1993
Saturn Award du meilleur film d'horreur, 1994

lundi 6 mai 2013

DICK TRACY

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movies.film-cine.com

de Warren Beatty. 1990. U.S.A. 1h45. Avec Warren Beatty, Al Pacino, Charlie Korsmo, Glenne Headly, Madonna, Dustin Hoffman, William Forsythe, Ed O'Ross, Charles Durning, Seymour Cassel, Mandy Patinkin, R.G. Armstrong, James Tolkan, Henry Silva, James Caan, Paul Sorvino, Estelle Parsons.

Récompenses: Oscar du meilleur maquillage pour John Caglione Jr et Doug Drexler
Oscar de la meilleure direction artistique pour Richard Sylbert et Rick Simpson pour les décors
Oscar de la meilleure chanson originale pour Soony or Later de Stephen Sondheim.

Sortie Salles: 15 Juin 1990

FILMOGRAPHIE: Warren Beatty est un acteur, producteur, scénariste et réalisateur américain, né le 30 Mars 1937 à Richmond, Virginie.
1978: Le Ciel peut attendre. 1981: Reds. 1990: Dick Tracy. 1998: Bulworth


Pour sa troisième réalisation, l'acteur Warren Beatty décide de rendre hommage à une célèbre bande dessinée crée par Chester Gould en 1931. Avec une distribution prestigieuse réunissant Al Pacino, Dustin Hoffman, Warren Beatty himself (très à l'aise dans ces 2 postes !), la chanteuse Madonna et un florilège de seconds-rôles rendus méconnaissables sous leur maquillage, Dick Tracy est une aventure clinquante transcendée par leur extravagance. Situé à l'époque des années 30, le film illustre les aventures du détective Dick Tracy contraint de déjouer les ambitions cupides d'un mafioso mégalo, Big Boy. Un soir, il découvre par hasard l'existence miséreuse d'un enfant maltraité et décide de lui porter secours. Ensemble, ils vont finalement s'unifier et user de stratagème pour mettre un terme aux agissements mafieux de la pègre. Mais alors que Dick est secrètement amoureux de sa fidèle amie Tess, ses sentiments vont bientôt être contrariés par le désespoir d'une chanteuse de bar, Breathless Mahoney. Asservie par l'autorité du gangster Big Boy, elle aspire à trouver une vie plus épanouie sous l'égide de notre illustre détective.


Si le scĂ©nario orthodoxe n'apporte finalement que peu de surprises (en dehors du suspense entretenu pour dĂ©masquer l'Ă©nigmatique justicier sans visage), ce divertissement rondement menĂ© se distingue notamment par l'humanitĂ© de ses personnages. En prioritĂ© pour le trio attendrissant formĂ© par Dick, Tess et le bambin, le Kid ! (dans son rĂ´le infantile, Charlie Korsmo s'avère Ă©patant de naturel !).
Sous couvert d'un film d'action visuellement cartoonesque et la présence interlope d'antagonistes au physique buriné (Al Pacino est quasi méconnaissable dans la peau de Big Boy !) ou difforme (le marmoneux, tête plâte), Dick Tracy préconise la romance candide. Le réalisateur accordant une belle importance à dépeindre avec pudeur la relation timorée du détective pour sa jeune amie solitaire. En prime, son rapport indécis avec la chanteuse Breathless et l'attitude paternelle qu'il va peu à peu engendrer avec le Kid nous illustrent bien sa quête intrinsèque du bonheur conjugal.
En dehors de séquences d'action parfois spectaculaires et fertiles en subterfuges, l'aventure s'alloue par ailleurs d'un humour espiègle dans ses situations débridées (l'interrogatoire avec le marmoneux) et dans la verve de dialogues ciselés. Le soin apporté au design des décors (naturels ou en matte painting), à la photographie flamboyante, à la musique orchestrale de Danny Elfman mais aussi aux chansons élégiaques d'une Madonna aigrie exacerbent l'élégance formelle d'une réalisation inspirée.


Sous une photographie rutilante saturĂ©e de teintes polychromes, de manière Ă  mettre en exergue son esprit BD, Dick Tracy insuffle un charme irrĂ©sistible dans ces aventures attrayantes et fait la part belle aux sentiments nobles dans son alliage d'action, d'aventures, d'humour et de romance. PĂ©tillant et plein de fraĂ®cheur !

05.05.13
Bruno Matéï

vendredi 3 mai 2013

Evil-Dead 2013

                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site aiguisemoica.blogspot.com

de Fede Alvarez. 2013. U.S.A. 1h36 (uncut version). Avec Jane Levy, Shiloh Fernandez, Jessica Lucas, Lou Taylor Pucci, Elizabeth Blackmore.

Sortie salles France: 1er Mai 2013. U.S: 5 Avril 2013

FILMOGRAPHIE: Fede Alvarez est un réalisateur uruguayen, né le 9 Février 1978 à Montevideo.
2009: Ataque de Panico (court-mĂ©trage). 2013: Evil-Dead. 


"Cabane rouge, âme noire".
Attendu comme le messie autant que redoutĂ© par les fans irrĂ©ductibles de son modèle, Evil Dead, le remake, attisa notre curiositĂ© dès ses trailers hargneux, violemment percutants. Mais n’y allons pas par quatre chemins : ce remake est un cadeau inespĂ©rĂ©.

Dès l’abord, on peut saluer l’intĂ©gritĂ© du rĂ©alisateur d’avoir conçu un film d’horreur premier degrĂ©, pĂ©tri d’une vĂ©ritable ambiance Ă  l’ancienne. Sans esbroufe gratuite, sans humour potache. Juste l’inquiĂ©tude rampante, l’apprĂ©hension sourde, ce sentiment d’insĂ©curitĂ© qui ne fait que croĂ®tre jusqu’Ă  la folie furieuse. Et surtout, un respect humble et intelligent de l’essence du film originel.

Certains lui reprochent une certaine vacuitĂ© des personnages, alors que son ancĂŞtre souffrait dĂ©jĂ  d’une interprĂ©tation superficielle — mĂŞme l’icĂ´ne Bruce Campbell y Ă©tait largement perfectible. Ici, au contraire, la prestance tranchante de Jane Levy suscite autant l’empathie que l’effroi, dans son rĂ´le de toxicomane chĂ©tive, dĂ©vorĂ©e par la paranoĂŻa et la dĂ©mence. Une jeune fille en perte de repères, contrainte de se sevrer au fond d’une cabane, aidĂ©e de ses proches — alors que le Mal, dĂ©jĂ , rĂ´de tout près, prĂŞt Ă  s’immiscer en elle.

L’idĂ©e est brillante : l’addiction sert de prĂ©texte au repli, au huis clos, et la fraternitĂ© familiale, bien que discrètement esquissĂ©e, donne de l’Ă©toffe aux rapports dysfonctionnels entre frère et sĹ“ur, Ă  peine survivants. Les crises de dĂ©lire de Mia ? Des symptĂ´mes de manque, se disent d’abord ses amis. Ils la forcent Ă  rester enfermĂ©e dans la cabane. Mais ils ignorent que Mia, Ă  l’instant mĂŞme, vient d’ĂŞtre violĂ©e dans les bois par une entitĂ© dĂ©moniaque. Le Mal est dĂ©jĂ  Ă  l’intĂ©rieur.

Le sérieux avec lequel Fede Alvarez raconte son histoire nous implique immédiatement dans le désarroi de Mia. Et la tension, palpable dès le départ, grimpe inexorablement durant sa lente dégénérescence.

Contre toute attente (et toute crainte), le film ne verse pas dans le vulgaire copiĂ©-collĂ©, refusant de repomper les sĂ©quences cultes du Raimi furibond. L’usage du grimoire en est la preuve : chaque Ă©vĂ©nement meurtrier dĂ©coule directement de ses consignes infernales, invoquĂ©es par un hĂ©ros bien mal inspirĂ©.

Evil Dead, version 2013, surprend, tĂ©tanise, impose une panique brute face Ă  ses sĂ©quences chocs d’une efficacitĂ© viscĂ©rale, presque insoutenable dans leur rĂ©alisme hardcore. JalonnĂ© de clins d’Ĺ“il respectueux Ă  l’Ĺ“uvre-mère (les bruitages, la musique ombrageuse), le film regorge aussi d’idĂ©es retorses — ces mutilations que s’infligent les possĂ©dĂ©s sont autant de cris de chair qu’on ne peut oublier.

Fede Alvarez ose, cogne, dĂ©chaĂ®ne un orage gore oĂą l’intensitĂ© monte en flèche, jusqu’Ă  la saturation. Et nous, spectateurs, ballotĂ©s dans ce cauchemar qui se dĂ©ploie comme une spirale, assistons impuissants Ă  la boucherie de ces victimes auxquelles, malgrĂ© tout, on s’Ă©tait attachĂ©s.

Ici, l’humour noir se fait plus rare, moins railleur. Mais la verve obscène des dĂ©mons Ă©voque parfois les infamies dĂ©gorgeantes de la petite Regan de L’Exorciste.

 
"Une aiguille dans l’enfer".
MenĂ© sur un rythme effrĂ©nĂ©, formellement rugueux, inventif dans ses dĂ©tails, viscĂ©ralement cruel et d’une violence sèche, Evil Dead nous cloue au siège comme une montagne russe en flammes. Hargneux, anxiogène, parfois terrifiant, le film rend hommage Ă  son modèle avec une dignitĂ© et une maĂ®trise (presque) inattendues chez un jeune rĂ©alisateur.

Et si, en 2012, le paysage horrifique semblait dĂ©cliner, Evil Dead en a redorĂ© le blason. La nouvelle gĂ©nĂ©ration, Ă  son tour, pourrait bien lui vouer un culte. Car il est rare, si rare, d’ĂŞtre confrontĂ© Ă  un “vrai” film d’horreur Ă  l’ancienne, obsĂ©dĂ© par cette acuitĂ© du malaise qu’il cultive avec un sĂ©rieux presque sacrĂ©.

*Bruno

La critique de Gilles Rollandhttp://www.onrembobine.fr/critiques/critique-evil-dead-2013

La critique d'Evil-dead, version 1981: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/05/evil-dead-evil-dead.html

04.05.13
16.01.17
24.04.23

Dark Skies

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bloody-disgusting.com

de Scott Charles Stewart. 2013. U.S.A. 1h37. Avec Keri Russell, Dakota Goyo, Josh Hamilton, Annie Thurman, Alyvia Alyn Lind, Trevor St. John.

Sortie salles France: 26 Juin 2013. U.S: 22 Février 2013

FILMOGRAPHIE: Scott Charles Stewart est un réalisateur, producteur, acteur et scénariste américain.
2009: Legion. 2011: Priest. 2013: Dark Skies



RĂ©alisateur de produits aseptiques parmi lesquels Legion et PriestScott Charles Stewart avait de quoi laisser dubitatif le cinĂ©phile averti Ă  la vue de son 3è long. Or, avec une surprenante inspiration, Dark Skies est une excellente sĂ©rie B du samedi soir qu'on aurait tort d'occulter. Oubliez donc l'affiche et son titre formatĂ© et tentez l'expĂ©rience ludique d'une efficacitĂ© perpĂ©tuelle dans son art consommĂ© de l'angoisse, du suspense et mĂŞme de la terreur (Ă  2/3 occasions franchement percutantes). Car en empruntant le schĂ©ma classique du film de hantise exploitĂ© sous un contexte d'anticipation, Scott Stewart nous emballe un film d'angoisse passionnant et plutĂ´t retors dans sa topographie. De prime abord, les protagonistes s'avèrent crĂ©dibles pour la caractĂ©risation d'une famille unie rapidement tĂ©moin d'Ă©vènements aussi troubles qu'inquiĂ©tants au sein de leur foyer. Des objets et divers ustensiles sont empilĂ©s les uns sur les autres en rangĂ©e verticale sur la table de cuisine. Les enfants sont perturbĂ©s durant leur sommeil par une Ă©trange prĂ©sence alors que leurs parents sont confrontĂ©s Ă  diverses hallucinations sous l'emprise du somnambulisme. Ainsi, sur un rythme mĂ©tronome, le rĂ©alisateur continue d'exploiter nombre d'incidents inexpliquĂ©s afin d'entretenir l'anxiĂ©tĂ© (tels ses stigmates retrouvĂ©s sur le corps des bambins) mais aussi insuffler une notion de suspense latent tout Ă  fait captivant. 


Car trouble et inquiétant, Dark Skies nous évoque essentiellement une conspiration extra-terrestre régie sous le mode de l'abduction. Mais la manière dont le réalisateur nous amène cette idée éculée s'avère à la fois efficiente et convaincante de par sa persuasion d'y provoquer la peur d'une hostilité venue d'ailleurs. Qui plus est, la sobriété des protagonistes provoque l'empathie à travers leur désarroi esseulé (ils sont suspectés de mauvais traitements sur leurs enfants), contraints par ailleurs d'ignorer l'aide infructueuse de la police. Néanmoins, ses parents démunis trouveront le soutien auprès d'un expert en affaires d'enlèvements extra-terrestres. Le récit en crescendo parvient donc par l'appui de sa compétence à nous convaincre de leur existence tout en nous interrogeant au 1er degré sur la thèse des ovnis. En l'occurrence, des aliens pernicieux installés sur notre globe depuis des décennies pour une raison bien spécifique. Sur ce point, le dernier quart d'heure particulièrement cinglant cultive une tension horrifiante pour leur apparition escomptée ainsi que la destinée précaire de cette famille. D'autant plus que le réalisateur s'est intelligemment appliqué à réfuter le "happy-end" au risque de décevoir le grand public.


MenĂ© sur un rythme sans faille, Ă©tonnamment convaincant dans sa dĂ©marche risquĂ©e de nous questionner sur l'existence des E.T, Dark Skies est une habile surprise oĂą l'inquiĂ©tude et la peur sont Ă  l'unisson. Efficacement angoissant (notamment la 1ère apparition du "gris", les postures erratiques des parents et le point d'orgue assez couillu pour sa radicalitĂ© dramatique), cette sĂ©rie B impeccablement menĂ©e possède enfin l'atout d'ĂŞtre servie par des comĂ©diens attachants (et ce jusqu'aux seconds rĂ´les infantiles, une fois n'est pas coutume) afin de renforcer l'aspect quelque peu documentĂ© de ce cas d'ovni redoutablement perfide et pernicieux. 

*Eric Binford
15.04.25. Vost
29.11.21
03.05.13

jeudi 2 mai 2013

The Lords of Salem

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Popmovies.fr

de Rob Zombie. 2012. U.S.A. 1h41. Avec Sheri Moon Zombie, Richard Lynch, Bruce Davison, Meg Foster, Lew Temple, Ernest Lee Thomas, Ken Foree.

Sortie salles U.S: 19 Avril 2013

FILMOGRAPHIE: Rob Zombie est un chanteur, musicien et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 12 Janvier 1965 Ă  Haverhill, dans le Massachusetts. 2003: House of 1000 Corpses. 2005: The Devil's Rejects. 2007: Werewolf Women of the S.S. (trailer). 2007: Halloween. 2009: Halloween 2. 2012: The Lords of Salem.


Bad trip expérimental, messe noire invoquée au culte de Satan, délire horrifique chargé de symboles lucifériens, le nouveau Rob Zombie est un ovni anti religieux qui risque sévèrement de vous ébranler les neurones ! Difficile en l'état actuel d'évoquer ses impressions à chaud tant le film déroute méchamment. Néanmoins, et de manière prégnante, il nous préserve en mémoire des séquences cauchemardesques jamais vues au préalable ! Que l'on aime ou que l'on rejette en bloc ce pamphlet anticlérical, on ne peut nier la stylisation novatrice du réalisateur ainsi que son esthétisme formel déployant de saisissantes plages d'onirisme macabre. Qui plus est, la photographie élégamment teintée de filtres verts, sépia et rouges renforce l'aspiration du réalisateur ici régi en véritable créateur d'images picturales ! Que ce soit l'architecture religieuse d'un oratoire ou du design baroque de l'appartement de Heidi, de la nature automnale d'un parc public ou de la procession mystique du concert des Lords ! L'ambiance chaude et envoûtante, l'atmosphère urbaine palpable fonctionne si bien que l'on jurerait que ce soit une prod native des années 70.


Or, tout est dans l'art de la mise en scène et la manière de narrer une histoire d'impiĂ©tĂ© hĂ©ritĂ©e des conspirations de Rosemary's Baby ou du Locataire. Si les sĂ©quences hallucinatoires (oh combien incongrues !) suggĂ©rĂ©e par l'hĂ©roĂŻne s'avèrent au dĂ©part un peu trop rĂ©currentes, son cheminement tortueux laisse place Ă  d'autres Ă©vènements plus inquiĂ©tants, telle cette rencontre pernicieuse avec ces trois voisines de palier. D'ailleurs, parmi ce trio Ă©voquĂ©, quel plaisir de retrouver les talentueuses Meg Foster et Dee Wallace Stone dans des prestances littĂ©ralement malveillantes. Vibrant hommage aux sorcières de Salem, Rob Zombie semble habitĂ© par le malin Ă  daigner nous entraĂ®ner dans une sarabande diabolique oĂą la verdeur des dialogues n'a jamais Ă©tĂ© aussi scabreuse afin d'y rĂ©pudier la divinitĂ© de Dieu ! Le clou du nihilisme funeste atteignant son paroxysme lors d'un final emphatique lardĂ© d'images psychĂ©dĂ©liques parfois couillues (on peut aussi Ă©voquer l'univers mĂ©taphysique d'Alejandro Jodorowski). Au niveau des comĂ©diens, chaque personnage possède la physionomie adĂ©quate (sclĂ©rosĂ©e ou burinĂ©e pour certains) afin de camper leur rĂ´le avec une conviction suprĂŞme. Quand Ă  l'apparence chĂ©tive de Sheri Moon Zombie, transie d'Ă©moi, elle promène sa silhouette Ă  la manière d'une fantĂ´mette errante !


Danse avec le diable
CĂ©rĂ©moniel mortifère littĂ©ralement atypique de par son imagerie fĂ©tide (voir la sĂ©quence flamboyante du martyr des sorcières condamnĂ©es Ă  rĂ´tir sur le bĂ»cher), The Lords of Salem dĂ©route et dĂ©concerte, Ă©branle nos habitudes ludiques en provoquant la fascination sĂ©pulcrale pour ceux qui sauront se laisser envoĂ»ter par son univers extrĂŞmement occulte. VĂ©ritable ovni subversif multipliant les provocations visuelles et verbales Ă  travers un esthĂ©tisme singulier, Rob Zombie dĂ©livre ici son film le plus personnel en auteur ambitieux. Un esthète prodige vouĂ© Ă  l'anticonformisme au risque de dĂ©plaire une frange de spectateurs non initiĂ©s. Une chose est sure, The Lords of Salem s'Ă©rigera en phĂ©nomène culte auprès du cercle fermĂ© des adorateurs de Satan. 
Pour public averti 

*Bruno
08.04.24. Vo
02.05.13

mercredi 1 mai 2013

Evil-dead (The Evil-Dead). Meilleure 1ère oeuvre au Rex de Paris, 1982.

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sam Raimi. 1981. U.S.A. 1h25. Avec Bruce Campbell, Ellen Sandweiss, Richard DeManincor, Betsy Baker, Theresa Tilly.

Sortie salles U.S: 15 Octobre 1981 (première à Détroit). 15 Avril 1983 en sortie nationale.
France: Mai 1982 au Marché du film de Cannes. Novembre 1982 au Rex de Paris. 24 Août 1983 en sortie nationale.

FILMOGRAPHIE: Sam Raimi est un rĂ©alisateur, acteur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 23 Octobre 1959 Ă  Franklin, Etats-Unis. 1981: Evil-Dead. 1985: Mort sur le Grill. 1987: Evil-Dead 2. 1990: Darkman. 1993: Evil-Dead 3. 1995: Mort ou Vif. 1998: Un Plan Simple. 1999: Pour l'amour du jeu. 2000: Intuitions. 2002: Spi-derman. 2004: Spider-man 2. 2007: Spider-man 3. 2009: Jusqu'en Enfer. 2013: Le Monde fantastique d'Oz.

L’opĂ©ra de la terreur !
Le film d’horreur le plus fĂ©rocement original, dixit un Stephen King abasourdi ! Depuis sa sortie rentable en salles et son illustre succès en VHS, Evil Dead s’est imposĂ© au panthĂ©on des films d’horreur les plus impressionnants de l’histoire. L’emblème moderne du « ouh, fais-moi peur ! », alors mĂŞme que son rĂ©cit puise dans les clichĂ©s usuels de l’Ă©pouvante traditionnelle : une forĂŞt bucolique, tĂ©nĂ©breuse, rĂ©gie par des dĂ©mons sataniques.

RĂ©alisĂ© avec des bouts de ficelle et une poignĂ©e de comĂ©diens amateurs, cette première Ĺ“uvre d’un jeune cinĂ©aste surdouĂ© est un moment de folie furieuse jamais contemplĂ© sur toile. Car conçu comme un train fantĂ´me erratique, Evil Dead est une sarabande infernale, une nuit dĂ©moniaque et irrationnelle, dans laquelle un groupe de vacanciers a la dĂ©veine de croiser les forces du mal. En empruntant le schĂ©ma classique du film de possession et le cadre du slasher champĂŞtre, Sam Raimi se rĂ©approprie les conventions avec une insolence jubilatoire.

Entre ses touches d’onirisme macabre et sa profusion de gore aux accents frĂ©nĂ©tiques, Evil Dead provoque l’euphorie par sa mise en scène virtuose. D’une efficacitĂ© redoutable, Raimi transcende son script Ă©culĂ© en jouant la carte de la provocation et de l’action cinglante dans un esprit de grand-guignol carnavalesque. Fort de son ingĂ©niositĂ© bricolĂ©e, il secoue le spectateur et joue avec ses nerfs, face Ă  ces protagonistes soumis, un Ă  un, Ă  l’emprise dĂ©moniaque.

Ă€ la bande-son tonitruante, oĂą ricanements moqueurs se disputent aux hurlements d’effroi, Evil Dead distille une panique masochiste chez son spectateur voyeur. Jamais sĂ©rie B n’aura rendu si palpable — et terrifiante — une scĂ©nographie forestière, oĂą l’entitĂ© dĂ©moniaque semble s’infiltrer jusque dans la pellicule. Ă€ ce titre, et en frĂ´lant miraculeusement l’Ă©cueil du ridicule, la scène du viol de Cheryl reste un moment d’anthologie, couillu, chargĂ© d’une verve visuelle aux connotations sexuelles — c’est d’ailleurs pour cette transgression que l’Angleterre assigna Raimi devant les tribunaux.

La tension diffuse devient de plus en plus prĂ©gnante, la fĂ©rocitĂ© cauchemardesque atteint son apogĂ©e lors d’une ultime demi-heure totalement dĂ©bridĂ©e, quand le dernier survivant, esseulĂ©, se retrouve confinĂ© dans la cabane maudite, Ă  lutter vaillamment contre les dĂ©mons ricaneurs.

 
"Le rire du démon dans la pellicule".
Furieusement gore (les armes blanches pĂ©nètrent et sectionnent les chairs avec une verdeur viscĂ©rale !), diablement jouissif, mĂ©chamment railleur, Evil Dead dĂ©ploie avec une vigueur rare un florilège de dĂ©viances horrifiques dignes d’un bad trip sarcastique. Chef-d’Ĺ“uvre subversif d’horreur hardgore, il reste d’une modernitĂ© renversante, notamment par sa capacitĂ© Ă  transgresser la peur en y injectant stupeur, choc, euphorie — on ne compte plus les estocades des jump scares ultra-efficients.

C’est ce qu’on appelle aussi : une dĂ©claration d’amour. Celle d’un artiste entièrement habitĂ© par ses innovations d’alchimiste ricaneur.

*Eric Binford
01.05.13. (23è visionnage)

La critique d'Evil-Dead, version 2013: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/05/evil-dead-2013.html

RĂ©compensesPrix du Public et le Prix de la Meilleure Première Ĺ’uvre au Festival du Rex Ă  Paris en 1982.


L'Enfance Volée / Der Verdingbub


de Markus Imboden. 2011. Suisse. 1h48. Avec Katja Riemann, Stefan Kurt, Maximilian Simonischek, Max Hubacher, Lisa Brand, Miriam Stein.

Sortie salles en 2011 en Suisse alémanique, 18 avril 2012 en Suisse romande
FILMOGRAPHIE: Markus Imboden est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste suisse, nĂ© le 17 Octobre 1955 Ă  Interlaken. L'Enfance VolĂ©e est son film le plus connu dans son pays natal.


Témoignage bouleversant sur la condition des orphelins suisses mais aussi des enfants destitués de leurs parents dans les années 50, l'Enfance Volée relate ici les destins de Max et Berteli embrigadés de force dans une famille d'accueil. Avec l'autorité castratrice de leurs nouveaux parents, des fermiers miséreux sans vergogne, les adolescents vont endurer diverses maltraitances physiques et sombrer dans l'esclavage avant de tenter la rébellion.


Drame social d'une intensité dramatique toujours plus éprouvante, l'Enfance Volée est un film choc imparable sur l'intolérance et la tyrannie parentale mais aussi le laxisme des pouvoirs publics.
Sans pathos et encore moins de misérabilisme, Markus Imboden réussit avec réalisme à nous décrire le calvaire de deux adolescents asservis par des paysans rétrogrades victimes de leur médiocrité. Si le film s'avère aussi poignant, immersif et passionnant dans sa peinture sordide allouée aux valeurs familiales, il le doit surtout à la caractérisation convaincante de ces personnages. Les antagonistes réussissant avec sobriété (en dehors du jeu outrancier du pasteur) à véhiculer une humanité déclinante dans leur désoeuvrement engendré par l'alcoolisme et la précarité financière. Enfin, les deux enfants incarnés par Maximilian Simonischek et Lisa Brand forment un duo inévitablement émouvant dans leur désarroi et rancoeur esseulées. Ils nous insufflent avec pudeur une empathie naturelle de par leur jeu dépouillé inscrit dans l'humilité fraternelle.


Superbement photographiĂ© au sein d'une nature bucolique verdoyante, l'Enfance VolĂ©e est un drame fort et cruel sur l'enfance galvaudĂ©e, intelligemment dĂ©tournĂ© de fioriture et de bons sentiments. La prestance habile des comĂ©diens permettant de nous immerger dans leur existence sordide avec une vĂ©ritĂ© humaine prĂ©dominante. Au final, il demeure difficile de sortir indemne d'un tel fardeau pour ces enfants compromis Ă  la maltraitance et l'inceste sexuelle. Un constat Ă©difiant auquel 100 000 d'entre eux furent du jour au lendemain destituĂ©s de leurs parents pour ĂŞtre placĂ©s dans des familles d'accueil misĂ©reuses après la seconde guerre. Sans compter cet hommage humble aux baladins accordĂ©onistes ayant survĂ©cu grâce Ă  leur inspiration musicale. Sur ce dernier point, ne vous fiez pas Ă  l'aspect racoleur de son affiche (ainsi que son titre conventionnel). 

30.04.13
Bruno Matéï



jeudi 25 avril 2013

FLASH GORDON

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mariolikesmovies.com

de Mike Hodges. 1980. U.S.A/Angleterre. 1h51. Avec Sam J. Jones, Melody Anderson, Ornella Muti, Max Von Sydow, Topol, Timothy Dalton, Brian Blessed.

Sortie salles France: 28 Janvier 1981. U.S: 5 Décembre 1980

FILMOGRAPHIE: Mike Hodges est un producteur, réalisateur et scénariste britannique, né le 29 Juillet 1932 à Bristol (Royaume-Uni). 1971: La Loi du Milieu. 1972: Retraite Mortelle. 1974: l'Homme Terminal. 1978: Damien, la malédiction 2 (non crédité). 1980: Flash Gordon. 1985: Les Débiles de l'espace. 1987: L'Irlandais. 1989: Black Rainbow. 1998: Croupier. 2003: Seul la mort peut m'arrêter.


Film culte chez une frange de spectateurs, estampillĂ© "nanar suprĂŞme", Flash Gordon est une improbable production de l'intarissable Dino de Laurentiis sous l'Ă©gide de Mike Hodges. Un cinĂ©aste inĂ©gal Ă  qui l'on doit tout de mĂŞme un authentique chef-d'oeuvre du polar britannique, La Loi du Milieu. D'après le comic créé par Alex raymond en 1934, Flash Gordon revient sur nos Ă©crans en ce dĂ©but des annĂ©es 80 avec cette super production influencĂ©e par le phĂ©nomène Star Wars. La distribution Ă©clectique composĂ©e d'illustres comĂ©diens parmi lesquels Max Von Sidow (hiĂ©ratique, il EST l'empereur Ming, sadique et impassible !), Ornella Muti (en nympho Ă©cervelĂ©e) et Timothy Dalton (en prince versatile accoutrĂ© d'un pyjama vert !), a de quoi dĂ©router le spectateur au vu de leur prestance excentrique. Mais la palme de l'acteur le plus incongru en revient Ă  l'inexpressif Sam J. Jones dans la peau du super hĂ©ros fĂ©ru de football amĂ©ricain (la partie sportive improvisĂ©e sur le temple de Ming est un moment d'anthologie couillu !). Il s'agit ici de son 2è rĂ´le Ă  l'Ă©cran puisqu'un an au prĂ©alable il avait partagĂ© l'affiche avec la comĂ©dienne Bo Derek pour y faire une apparition dans Elle de Blake Edwards. En l'occurrence, il faut avouer que ce piètre acteur fait bien pâle figure pour endosser le rĂ´le majeur de Flash Gordon. Hormis sa silhouette saillante, le jeune comĂ©dien au minois bien docile semble complètement dĂ©passĂ© par les Ă©vènements au fil de ces dĂ©boires avec des E.T insidieux. Par miracle, il rĂ©ussit pour autant Ă  franchement nous amuser par son jeu cabotin alliant l'esprit pugnace et la bonhomie puĂ©rile.


Pour en revenir à l'ovni risible de Mike Hodges, son grand spectacle s'avère une pantalonnade disco (chargé de teintes polychromes !) alternant désarroi, rire grinçant et plaisir coupable. Le scénario impayable est à lui seul une blague de comptoir ! A la suite du crash d'une fusée sur une planète hostile, Flash Gordon et ses comparses vont rencontrer une société d'extra-terrestres régis par un tyran totalitaire. Pour tenter de survivre, ils vont devoir s'allier avec les hommes oiseaux et le prince Barin afin de déjouer les ambitions diaboliques du leader Ming ! Entre les désirs conjugaux de ce dernier pour s'accaparer d'une princesse, les caprices insidieux de sa fille nympho et les querelles jalouses du prince Barin, une guerre se prépare entre les deux clans pour l'avenir de l'humanité ! Pour compenser la vacuité de son scénario, Mike Hodges émaille son intrigue d'un concours d'épreuves mortelles que nos héros doivent entreprendre afin de mesurer leur courage. Enfin, la dernière demi-heure laisse place à un baroud d'honneur intergalactique assez réjouissant dans ses nombreux échanges de tirs au rayon laser. L'action échevelée se résumant à une bataille spatiale auquel l'armée des hommes volants s'est déployée en masse parmi l'entraide de Flash (équipé pour le coup d'un scooter aérien !) afin de réduire en poussière l'empire de Ming.


Surveillez bien les étoiles dans le ciel, un Flash aux cheveux blonds n'est jamais bien loin !
Avec ses dialogues hilarants, ses dĂ©cors criards en matte painting, ses costumes en paillette au look disco et surtout la complicitĂ© amiteuse des comĂ©diens, Flash Gordon cĂ´toie la farce dĂ©bridĂ©e avec une bonne humeur indĂ©crottable. S'il s'agit sans doute d'un des plus ubuesques films de super-hĂ©ros, la sympathie et la fougue que l'on Ă©prouve au fil de ses aventures rocambolesques nous prĂ©serve un sourire de gosse jusqu'au mot "fin" laissĂ© en suspens ! (la suite escomptĂ©e n'ayant jamais vu le jour !). Et pour marquer le rythme, le score tonitruant orchestrĂ© par le groupe Queen est loin d'ĂŞtre Ă©tranger au plaisir coupable procurĂ© !

25.04.13. 4èx
Bruno Matéï


mercredi 24 avril 2013

Angel Heart

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site forum.nanarland.com

d'Alan Parker. 1987. U.S.A/Angleterre/Canada. 1h53. Avec Mickey Rourke, Robert De Niro, Lisa Bonet, Charlotte Rampling, Stocker Fontelieu, Brownie McGhee, Michael Higgins.

Sortie salles France: 8 Avril 1987. U.S: 6 Mars 1987

FILMOGRAPHIE: Alan Parker, né Alan William Parker le 14 Février 1944 à Islington, Londres, est un réalisateur, compositeur, scénariste et producteur anglais.
1975: The Evacuees (télé-film). 1976: Bugsy Malone. 1978: Midnight Express. 1980: Fame. 1982: l'Usure du Temps. 1982: Pink Floyd the Wall. 1984: Birdy. 1987: Angel Heart. 1988: Mississippi Burning. 1990: Bienvenue au Paradis. 1991: The Commitments. 1994: Aux bons soins du Dr Kellogg. 1996: Evita. 1999: Les Cendres d'Angela. 2003: La Vie de David Gale.


Voyage au bout de l’âme noire.

Dans les limbes du cinĂ©ma, il existe des Ĺ“uvres qui, telles des entitĂ©s envoĂ»tantes, nous attirent dans leur spirale infernale et, peu Ă  peu, nous happent sans retour. Angel Heart d'Alan Parker est l’une de ces Ĺ“uvres. Thriller occulte imbibĂ© de magie noire, le film est un voyage au bout des tĂ©nèbres oĂą le spectateur s’Ă©gare aux cĂ´tĂ©s de Mickey Rourke, dans un rĂ´le de dĂ©tective privĂ© en perdition, et oĂą chaque image semble tremper dans le poison de l’âme humaine.

Synopsis : New York, 1955. Un dĂ©tective privĂ©, Harry Angel, est contactĂ© par un mystĂ©rieux client, Louis Cyphre, pour retrouver Johnny Favorite, un ancien chanteur disparu depuis 12 ans après la guerre. Au fil de son enquĂŞte, l’enchevĂŞtrement des indices devient un piège, et les corps s’amoncellent autour de lui, dans une danse macabre dont il ne peut plus se dĂ©faire.

Pour la première fois de sa carrière, Alan Parker plonge dans l’abĂ®me du genre horrifique, tout en empruntant les codes du film noir. Ce dĂ©tour stylistique, adaptĂ© du roman de William Hjortsberg, rĂ©vèle la main habile du rĂ©alisateur, qui, en virtuose, façonne une esthĂ©tique crĂ©pusculaire d’une rare beautĂ©. La photographie, jouant sur les nuances du clair-obscur, nous immerge dans un monde oĂą la lumière et l’ombre ne sont que des frontières floues, oĂą la ville de New York devient un labyrinthe tentaculaire, prĂŞte Ă  avaler toute certitude.


Ă€ mesure que l’investigation d’Harry Angel se dĂ©ploie, Angel Heart prend une tournure de plus en plus abstraite, transformant une quĂŞte de vĂ©ritĂ© en une plongĂ©e abyssale dans la psychĂ© du dĂ©tective. Chaque rencontre, chaque tĂ©moin, chaque cadavre ajoutent une couche d’angoisse, jusqu’Ă  ce que l’horreur devienne une rĂ©alitĂ© indiscernable de la folie qui ronge l’esprit d’Angel. Le film se fait le miroir de sa propre dĂ©chĂ©ance, une lente descente aux enfers oĂą la perte de repères devient une matière organique, aussi noire que la nuit.

Ce voyage vers l’inconnu se poursuit jusqu’en Louisiane, un autre territoire oĂą le mystère se fait encore plus oppressant. LĂ , la culture du vaudou et des rituels occultes se dĂ©ploie, Ă©tendant son ombre sur l’enquĂŞte. Alan Parker ne se contente pas de raconter une histoire ; il crĂ©e un environnement sensoriel oĂą la peur et le dĂ©sir se confondent. La rĂ©alisation formelle atteint une perfection si mĂ©ticuleuse qu’une aura malĂ©fique semble s’immiscer dans chaque recoin de l’Ă©cran. L’atmosphère, feutrĂ©e mais oppressante, porte le spectateur vers un climat malsain, de plus en plus poisseux, Ă  l’image mĂŞme des rituels pratiquĂ©s sur les cadavres des victimes. La prĂ©sence du Mal est palpable, presque tangible, et son influence, omniprĂ©sente, s’intensifie Ă  mesure que la quĂŞte de vĂ©ritĂ© devient une spirale autodestructrice.

La lente dĂ©rive psychologique de Harry Angel est sublimĂ©e par l’interprĂ©tation viscĂ©rale de Mickey Rourke, qui, dans le rĂ´le du dĂ©tective en proie Ă  ses propres dĂ©mons, incarne Ă  la perfection cette fragilitĂ© intĂ©rieure, cette nĂ©vrose qui se transforme progressivement en une psychose dĂ©vorante. L’intrigue devient pour lui une toile d’araignĂ©e mentale, une prise lente mais certaine qui le condamne Ă  une rĂ©vĂ©lation d’une cruautĂ© inouĂŻe.

Dans le rĂ´le de Louis Cyphre, Robert De Niro partage la vedette avec Rourke, apportant Ă  son personnage une Ă©lĂ©gance glaciale et une menace sourde. Sa prĂ©sence, discrète mais pĂ©nĂ©trante, s’impose Ă  l'Ă©cran comme une figure aristocratique, froide et calculatrice. Ă€ l’instar d’un baron du Mal, Cyphre manipule son interlocuteur avec une finesse cruelle, ses ongles acĂ©rĂ©s devenant des instruments de torture psychique dans un jeu de duperie pervers. Ce rĂ´le de maĂ®tre des tĂ©nèbres, jouĂ© avec une subtilitĂ© inquiĂ©tante, est l’un des points forts du film, parfaitement dosĂ© pour maintenir une tension constante.


Jusqu'au bout des Ténèbres.
Angel Heart s’apparente Ă  une Ĺ“uvre de pur cauchemar. Sa beautĂ© opaque et ensorcelante, Ă  la fois fascinante et perturbante, semble avoir Ă©tĂ© façonnĂ©e par le diable lui-mĂŞme. Le film n’est pas seulement un thriller noir ; il est une entitĂ© Ă  part entière, une hallucination qui nous entraĂ®ne inexorablement vers une rĂ©vĂ©lation schizoĂŻde. L’intensitĂ© de son atmosphère lugubre, l’aura machiavĂ©lique qui Ă©mane de chaque scène et l’interprĂ©tation frĂ©missante de Mickey Rourke renforcent l’aspect dĂ©lĂ©tère du film, une vision du Mal si omniprĂ©sente qu’elle finit par envahir notre propre perception.

En effet, Angel Heart est un voyage dans l’inconnu, un pèlerinage vers la perte de soi, oĂą chaque pas, chaque ombre, chaque murmure est une invitation Ă  se perdre. L’omnipotence du Mal, incarnĂ©e avec une telle brillance visuelle et psychologique, fait de ce film un chef-d’Ĺ“uvre inclassable, une expĂ©rience sensorielle aussi bouleversante que fascinante.

Ainsi, Angel Heart s’Ă©lève, dans l’univers cinĂ©matographique, comme l’un des films les plus audacieux et perturbants des annĂ©es 80, une exploration labyrinthique de l’âme humaine, de ses tĂ©nèbres, et des dĂ©mons qu’elle cache au plus profond d’elle-mĂŞme. Une Ĺ“uvre oĂą l’horreur devient une rĂ©flexion sur la condition humaine, un miroir dĂ©formĂ© qui ne nous laisse que l’image d’un abĂ®me.

*Bruno
04.05.25. 4èx. Vost. 4K
24.04.13.