vendredi 11 avril 2014

La Mouche 2 / The Fly 2

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviegoods.com

de Chris Wallas. 1989. U.S.A. 1h45. Avec Eric Stoltz, Daphne Zuniga, Lee Richardson, John Getz, Frank C. Turner, Ann Marie Lee, Gary Chalk.

Sortie salles France: 26 Avril 1989. U.S: 10 février 1989

FILMOGRAPHIE: Chris Wallas est un réalisateur américain, né en 1955 à Chicago, Illinois, U.S.A.
1989: La Mouche 2. 1990: Les Contes de la Crypte (Série TV, épisode: Till Death). 1992: Psychose Meurtrière.


Trois ans après le succès de La Mouche, remake plus humaniste/organique/romantique/discursif que le classique de Kurt NeumannChris Wallas entreprend une sĂ©quelle afin d'exploiter le filon commercial. Pure sĂ©rie B Ă  nouveau bâtie sur les thèmes de la tĂ©lĂ©portation et de la mutation gĂ©nĂ©tique, La Mouche 2 rĂ©ussit Ă  entretenir l'intĂ©rĂŞt grâce prioritairement Ă  la bonne volontĂ© de son rĂ©alisateur nĂ©ophyte et des comĂ©diens en herbe particulièrement crĂ©dibles. Et ce en dĂ©pit d'un accueil public et critique plutĂ´t dĂ©faitiste lors de sa sortie controversĂ©e. Le pitch: Cinq ans après les Ă©vènements dramatiques qui coĂ»tèrent la vie Ă  Seth Brundle, sa compagne accouche d'un enfant physiquement ordinaire mais Ă  la croissance anormale. ElevĂ© par le docteur Bartok et sujet Ă  divers expĂ©riences pour dĂ©jouer une Ă©ventuelle mutation, Martin Brundle doit tenter dès son plus jeune âge de dĂ©chiffrer les secrets de la tĂ©lĂ©portation prĂ©alablement Ă©tudiĂ©e par son père. UtilisĂ© comme cobaye et Ă©piĂ© dans son foyer factice, il ne tarde pas Ă  dĂ©couvrir qu'il est le fruit d'une machination. Pourvu d'une certaine efficacitĂ© dans son cheminement narratif dĂ©nuĂ© de temps mort et menĂ© avec savoir-faire par son action encourue, La Mouche 2 ne s'embarrasse ni de rĂ©flexion mĂ©taphorique ni d'intensitĂ© dramatique (en dĂ©pit de la scène anthologique du chien moribond) pour tenter de concourir avec son modèle. Or, de par son intrigue futile dĂ©nuĂ©e de surprises, le film aurait pu rapidement sombrer dans la sĂ©quelle standard si les comĂ©diens n'avaient su faire preuve d'Ă©loquence.


Et bien que son scĂ©nario s'articule autour des secrets de la tĂ©lĂ©portation pour renouer avec les transformations gĂ©nĂ©tiques auquel le hĂ©ros tentera de trouver une solution Ă  sa dĂ©gĂ©nĂ©rescence, l'implication des acteurs ainsi que son savoir-faire technique pallient en partie son manque d'ambition. Si bien que dominĂ© par la prĂ©sence juvĂ©nile d'Eric Stolz, le comĂ©dien parvient Ă  insuffler une rĂ©elle fragilitĂ© dans sa condition de victime gagnĂ©e par la maladie, alors qu'un peu plus tard, sa mĂ©tamorphose le conduira en monstre vindicatif afin de rĂ©primander ses oppresseurs. Reflet de son adolescence, la pudeur et l'innocence qu'il nous vĂ©hicule de prime abord culmine d'ailleurs vers une sĂ©quence vĂ©ritablement poignante, pour ne pas dire insupportable, lorsqu'il doit faire face Ă  l'agonie de son compagnon canin rĂ©duit Ă  la difformitĂ© monstrueuse ! (une sĂ©quence Ă©prouvante d'une rigueur dramatique quasi insupportable par son rĂ©alisme escarpĂ©). EpaulĂ© de la jeune Beth Logan auquel ils finissent par amorcer une liaison amoureuse, Daphne Zuniga joue avant tout sur son charme corporel pour nous convaincre mais sait aussi se montrer sincère dans sa compassion portĂ©e Ă  Martin. Quand Ă  Lee Richardson il incarne avec hypocrisie l'autoritĂ© d'un leader mĂ©galo dĂ©nuĂ© de vergogne pour la vie humaine car trop avide de cupiditĂ© pour parfaire son entreprise professionnelle. Pour clore l'interprĂ©tation, si les rĂ´les secondaires impartis aux mĂ©chants s'avèrent parfois caricaturaux, leur exubĂ©rance renforce le caractère ludique des situations, Ă  l'instar des effets gores gratuits mais spectaculaires qui Ă©manent des agressions de la mouche ! Et mĂŞme si on aurait prĂ©fĂ©rĂ© une crĂ©ature plus mobile lors de ses dĂ©placements et exactions meurtrières elle parvient nĂ©anmoins Ă  fasciner sous l'impulsion d'FX artisanaux rigoureusement soignĂ©s, stylisĂ©s mĂŞme, mais aussi inventifs. 


DĂ©nuĂ© d'ambition, La Mouche 2 joue honnĂŞtement la carte de l'exploitation dans son format traditionnel de sĂ©rie B du samedi soir. SauvĂ© par la prestance attachante des comĂ©diens et de l'efficacitĂ© de sa rĂ©alisation d'autant plus novice, le film bĂ©nĂ©ficie en outre d'effets-spĂ©ciaux artisanaux saillants et d'une action homĂ©rique parfois dĂ©bridĂ©e (gore Ă  l'appui, particulièrement lors de sa dernière partie effrĂ©nĂ©e parfaitement menĂ©e). Une sĂ©quelle franchement sympathique donc, en toute humilitĂ©, dĂ©gageant aujourd'hui un charme rĂ©tro que les nostalgiques accueilleront avec une Ă©motion gratifiante nullement rĂ©servĂ©e. 

La Chronique de la Mouche: http://brunomatei.blogspot.fr/…/la-mouche-prix-special-du-j…

*Bruno
01.04.23. 4èx

jeudi 10 avril 2014

THE MIST

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Frank Darabont. 2007. U.S.A. 2h07. Avec Thomas Jane, Marcia Gay Harden, Laurie Holden, Andre Braugher, Toby Jones, William Sadler, Jeffrey DeMunn.

Sortie salles France: 27 Février 2008. U.S: 21 Novembre 2007

FILMOGRAPHIE: Frank Darabont est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur de cinéma américain, d'origine hongroise, né en France le 28 Janvier 1959 à Montbéliard (Doubs).
1990: Enterré vivant (télé-film). 1994: Les Evadés. 1999: La Ligne Verte. 2001: The Majestic. 2007: The Mist.
SERIES TV: 2007: Raines (saison 1 Ă©pisode 1). 2007: The Shield (saison 6 Ă©pisode 6). 2010: The Walking Dead (saison 1 Ă©pisode 1). 2013: Mob City (4 Ă©pisodes).


Adapté d'une nouvelle de Stephen King, The Mist (la brume) relate l'épreuve de force d'un groupe d'individus pris à parti avec des insectes mutants planqués sous un épais brouillard. Calfeutrés dans un supermarché afin de se prémunir de la menace externe, une fanatique religieuse encore plus pernicieuse va semer la zizanie au sein de leur communauté ! Par le réalisateur de La Ligne Verte et des Evadés, rien ne nous laissait présager que Frank Darabont allait élever le genre horrifique à son niveau le plus abrupt, dans le sens où The Mist transcende un cauchemar ultra réaliste où sa dramaturgie est mise à rude épreuve ! Car ici, le thème éculé de l'insecte mutant venu d'une autre planète est réexploité dans un contexte contemporain afin de renforcer la véracité des évènements vécus. Avec l'aide d'effets spéciaux numériques plutôt convaincants et une horreur viscérale éprouvante, The Mist distille un vrai malaise et implique intimement le spectateur dans une situation de claustration des plus névrosées !


A travers les sentiments de peur et de panique, le rĂ©alisateur dĂ©nonce le fanatisme religieux invoquĂ© par une intĂ©griste et sa capacitĂ© Ă  endoctriner les personnes les plus influentes vers l'expiation. En s'attardant sur l'Ă©volution des personnages en constante remise en question et aux rapports de force contradictoires, il traite notamment de notre incommunicabilitĂ© et l'impossible alliance de pouvoir s'adapter Ă  une situation alerte. Ces affrontements rĂ©currents que nos protagonistes se disputent pour l'enjeu de survie et celui de la libertĂ© nous amènent donc Ă  une Ă©tude psychologique sur la peur, la lâchetĂ© qui en Ă©mane et notre folie paranoĂŻaque. Avec cette dynamique de groupe en perpĂ©tuelle divergence, il nous dĂ©montre que l'homme est asservi depuis toujours par le culte religieux et les stratĂ©gies politiques, principales engeances des conflits de nos sociĂ©tĂ©s. Alors qu'au sein de ce microcosme, les plus solidaires et les plus Ă©rudits vont devoir disserter en catimini afin de trouver une solution fructueuse pour sortir de la crise. Avec l'efficacitĂ© de sa rĂ©alisation studieuse et le jeu argumentĂ© des comĂ©diens, Frank Darabont n'oublie jamais le sens du genre horrifique en Ă©maillant son intrigue d'agressions sanglantes que les insectes perpĂ©tuent quand elles rĂ©ussissent Ă  s'infiltrer dans le supermarchĂ©. Avec son intensitĂ© exponentielle et ses mises Ă  mort inopinĂ©es, le rĂ©alisateur n'y va pas avec le dos de la cuillère pour illustrer notamment des altercations ultra violentes entre nos protagonistes en perdition. Quand bien mĂŞme son point d'orgue apocalyptique va venir nous accabler d'Ă©motion pour l'audace impartie au sens du sacrifice, notamment le cynisme nihiliste qui s'en extrait, mĂŞme si une issue de secours est finalement promulguĂ©e !


"Quoi de plus inhumain qu'un sacrifice humain ?"
Avec The Mist, Frank Darabont a signĂ© une pierre angulaire du genre horrifique et transcendĂ© par la mĂŞme occasion l'une des meilleures adaptations de Stephen King. Son ambition jusqu'au-boutiste Ă  avoir su exploiter la peur, le malaise et la terreur dans un contexte purement psychologique (les vrais monstres restent humains !) est d'autant plus bouleversante que sa conclusion nous laisse dans un Ă©tat de dĂ©prime injustifiable (il s'agit d'ailleurs Ă  mes yeux d'une des fins les plus effroyables du cinĂ©ma !).  

Bruno Matéï
2èx 

mercredi 9 avril 2014

Hitcher / The Hitcher. Grand Prix du Jury, Cognac 86.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Robert Harmon. 1986. U.S.A. 1h37. Avec C. Thomas Howell, Rutger Hauer, Jennifer Jason Leigh, Jeffrey DeMunn, John M. Jackson.

Sortie salles France: 25 Juin 1986. Sortie salles U.S: 21 Février 1986

FILMOGRAPHIE: Robert Harmon est un rĂ©alisateur amĂ©ricain. 1986: Hitcher. 1993: Cavale sans issue. 1996: Gotti (tĂ©lĂ©-film). 2000: The Grossing. 2002: Astronauts (tĂ©lĂ©-film). 2002: Le Peuple des TĂ©nèbres. 2004: Highwaymen. 2004: Ike: opĂ©ration overlord (tĂ©lĂ©-film). 2005: Stone Cold (tĂ©lĂ©-film). 2006: Jesse Stone: Night Passage (tĂ©lĂ©-film). 2006: Jesse STone: Death in paradise (tĂ©lĂ©-film). 2007: Jesse Stone: Sea Change (tĂ©lĂ©-film). 2009: Jesse Stone: Thin Ice (tĂ©lĂ©-film). 2010: Jesse Stone: sans remords (tĂ©lĂ©-film). 2010: Une lueur d'espoir (tĂ©lĂ©-film). 2012: Jesse Stone: Benefit of the Doubt (tĂ©lĂ©-film).

Échec commercial Ă  sa sortie, comparĂ© Ă  l’Ă©poque Ă  un vulgaire plagiat de Duel, Hitcher parvient nĂ©anmoins Ă  sĂ©duire les membres du jury de Cognac, qui lui dĂ©cernent trois rĂ©compenses. C’est surtout au fil des dĂ©cennies que cette sĂ©rie B, nerveusement emballĂ©e, s’est taillĂ©e une rĂ©putation de film culte auprès d’une frange de cinĂ©philes. Le redĂ©couvrir aujourd’hui prouve combien l’Ĺ“uvre modeste de Robert Harmon conserve toute son efficacitĂ©, dans cet alliage fĂ©brile de thriller anxiogène, de suspense et d’action, sur fond d’atmosphère irrĂ©elle. Car par l’attrait Ă©sotĂ©rique de son postulat, et grâce au jeu nuancĂ© de l’inquiĂ©tant Rutger Hauer, Hitcher effleure les cimes du fantastique, distillant Ă  merveille un climat doucement hantĂ©.

Des routes dĂ©sertes du sud californien, baignĂ©es de lumière crĂ©pusculaire, aux notes lancinantes du score mĂ©lancolique de Mark Isham, tout dans ce film respire l’Ă©trangetĂ© capiteuse. Si la filiation avec Duel est inĂ©vitable, Hitcher affirme pourtant sa propre personnalitĂ© – marginale, trouble – en rĂ©vĂ©lant frontalement la nature Ă©quivoque du lien entre le tueur et sa proie. Après avoir embarquĂ© un auto-stoppeur sur son trajet de convoyage, un Ă©tudiant s’enlise dans un piège : ce passager, silhouette Ă©nigmatique, semble rĂ©solu Ă  le harceler jusqu’Ă  la mort. Si Jim Halsey parvient d’abord Ă  le jeter hors de sa voiture, le cauchemar ne fait que commencer : l’Ă©tranger revient, toujours, traquant son ombre comme un prĂ©dateur joue avec sa proie.

LĂ  oĂą le rĂ©cit prend de l’ampleur, c’est dans l’acharnement avec lequel Jim tente de prouver son innocence Ă  une police aveugle. Non content de fuir un tueur retors, il doit aussi Ă©chapper aux forces de l’ordre qui le prennent pour cible ! Ce double enjeu offre Ă  Harmon l’occasion de dĂ©ployer de superbes cascades automobiles, filmĂ©es avec un sens aigu de la chorĂ©graphie et du tempo que n'aurait reniĂ© Peckinpah. Le rythme soutenu du rĂ©cit, fertile en rebondissements et en visions macabres (hormis un Ă©cart un peu abrupt, lorsque la serveuse dĂ©cide d’aider le fugitif), trouve aussi sa force dans la prĂ©sence insidieuse de ses interprètes.

Rutger Hauer incarne un tueur Ă©trangement placide, habitĂ© d’un cynisme glacial et de silences dĂ©rangeants. Son regard, mĂ©prisant et narquois, exerce un pouvoir d’attraction troublant. On ne saura ce qui motive vĂ©ritablement sa traque hormis d'y dĂ©voyer son partenaire en herbe: c’est lĂ  tout le vertige du film, ce sentiment d’un mal contagieux, d'un hĂ©ritage, d’une menace aussi impalpable qu'inĂ©luctable. C. Thomas Howell partage sobrement l’affiche avec une intensitĂ© douloureuse, mĂŞlant dĂ©sespoir et combativitĂ©. TourmentĂ©, il tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de briser la logique absurde de cette traque. L’acteur impose une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau, traduisant l’amertume et la colère vengeresse avec une force contenue, poignante, mais aussi dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Enfin, en tenancière compatissante, la lumineuse Jennifer Jason Leigh vient apaiser, par instants, la tension brute du rĂ©cit, offrant au jeune hĂ©ros un rare Ă©clat de tendresse – jusqu’Ă  en payer le prix.


"Le passager sans visage".
Intense, terriblement envoĂ»tant et captivant, baignĂ© d’une langueur funèbre, Hitcher dĂ©ploie avec brio ses oripeaux de sĂ©rie B sur fond de dĂ©sert urbain et d’errance mentale. Et si sa confrontation entre proie et chasseur rĂ©serve son lot de violence, elle recèle aussi d’Ă©tranges moments d’intimitĂ© suspendue, de silence face Ă  l’inconcevable. Un classique au charme noir qui ensorcelle, au goĂ»t de sable et de sang sĂ©chĂ©.

*Bruno 
6èx. 28.08.25
11.02.21

Récompenses: Grand prix du jury, Prix de la critique et Prix TF1 au Festival du film policier de Cognac, 1986.

mardi 8 avril 2014

Massacre à la Tronçonneuse (2003) / The Texas Chainsaw Massacre.

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site apercucinephilia.wordpress.com

de Marcus Nispel. 2003. U.S.A. 1h38. Avec Jessica Biel, Jonathan Tucker, Erica Leerhsen, Mike Vogel, Eric Balfour, R. Lee Ermey, David Dorfman, Lauren German.

Sortie salles France: 21 Janvier 2004.

FILMOGRAPHIE: Marcus Nispel est un rĂ©alisateur, producteur allemand, nĂ© le 15 avril 1963 Ă  Francfort-sur-le-Main en Allemagne.
2003: Massacre à la Tronçonneuse. 2004: Frankenstein. 2007: Pathfinder. 2009: Vendredi 13. 2011: Conan. 2014: Backmask.

 
"Massacre Ă  la Tronçonneuse : L’horreur rĂ©inventĂ©e dans la fureur du silence". 
Sorti un an avant la vague du torture porn initiĂ©e par Saw et Hostel, Massacre Ă  la Tronçonneuse, remake, surprend par son refus de la surenchère gore, contrairement au lĂ©gendaire chef-d’Ĺ“uvre de Tobe Hooper. Marcus Nispel Ă©vite le copier-coller et glisse quelques clins d’Ĺ“il malins — la jeune auto-stoppeuse perdue au milieu de la route, le chauffeur de camion qui refuse d’aider la survivante, Leatherface se coupant accidentellement la jambe. Louable sobriĂ©tĂ©, il privilĂ©gie la suggestion et la terreur poisseuse, rendant la première partie, axĂ©e sur l’attente, dĂ©jĂ  anxiogène grâce Ă  une atmosphère lourde et sĂ©pia, annonciatrice d’un dĂ©chaĂ®nement imminent. Le repère des tueurs, oĂą Erin et Kemper sont accueillis par un handicapĂ© en fauteuil roulant, installe cette tension sourde. La première apparition de Leatherface frappe par son effet de surprise brutal, et quand la violence explose, l’assassin rĂ©vèle son visage de cuir et brandit sa tronçonneuse avec une rage dĂ©chaĂ®nĂ©e. 
 

Les cinq adolescents traquĂ©s par la famille de meurtriers ont, eux aussi, une fragilitĂ© taillĂ©e dans la douleur. Des jeunes timorĂ©s, effrayĂ©s par un flic obtus et la dramaturgie implacable qui les broie. Jessica Biel, impeccable, offre un jeu nĂ©vrosĂ©, multipliant les risques pour sauver ses amis, dans une course haletante pour la survie. Après la mort de l’auto-stoppeuse, les victimes subissent l’humiliation sadique d’un shĂ©rif odieux — R. Lee Ermey jubile dans ce rĂ´le autoritaire, glaçant par sa perversitĂ©. ParquĂ©s dans une chaufferie, ils deviennent proies de Leatherface, oĂą la torture du crochet dans les cĂ´tes, plus cruelle encore que dans l’original, marque les esprits : la plaie cicatrisĂ©e au gros sel, une cruautĂ© glaçante. L’irruption d’antagonistes secondaires — le couple dans la caravane, l’enfant sauvage — ajoute une ironie noire, renforçant la spirale cauchemardesque. La dernière victime, traquĂ©e Ă  travers bois et entrepĂ´ts, dĂ©chaĂ®ne des courses-poursuites d’une intensitĂ© terrifiante, sublimĂ©es par la maĂ®trise rĂ©aliste de Nispel, qui fait de son tueur une prĂ©sence aussi insaisissable que menaçante.


MĂ©chant, tendu, malsain et poisseux, ce Massacre Ă  la Tronçonneuse s’impose comme un remake intelligent et respectueux, terrifiant sans jamais cĂ©der au gore facile. C’est la rigueur de la mise en scène et la force de l’ultra-violence qui dĂ©cuplent la tension, oĂą les hurlements et le rugissement strident de la tronçonneuse dĂ©chaĂ®nent une panique palpable. Une rĂ©ussite, voire un miracle, qui distille une peur vraie avec une efficacitĂ© trĂ©pidante.


La Chronique de son modèle, Massacre Ă  la Tronçonneuse (1974): http://brunomatei.blogspot.fr/…/massacre-la-tronconneuse-te…

*Bruno 
19.04.25. 4èx. Vost

lundi 7 avril 2014

CASSE TETE CHINOIS. Prix du Jury jeune Ă  Sarlat, 2013

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Cédric Klapisch. 2013. France. 1h57. Avec Romain Duris, Kely Reilly, Audrey Tautou, Cécile De France, Sandrine Holt, Flore Bonaventura.

Récompense: Prix du Jury jeune au Festival du film de Sarlat, 2013.

Sortie salles France: 4 décembre 2013

FILMOGRAPHIE:Cédric Klapisch est un réalisateur, scénariste et producteur français, né le 4 Septembre 1961 à Neuilly-sur-Seine (France).
1989: Maasaïïtis. 1991: Riens du tout. 1994: Le Péril Jeune. 1996: Chacun cherche son chat. 1996: Un air de famille. 1999: Peut-être. 2001: L'Auberge Espagnole. 2002: Ni pour ni contre. 2005: Les Poupées Russes. 2008: Paris. 2011: Ma part du Gâteau. 2013: Casse-tête chinois.


Après l'Auberge Espagnole et Les PoupĂ©es Russes, CĂ©dric Klapisch amorce une suite Ă  son diptyque avec Casse-tĂŞte chinois. Titre on ne peut mieux appropriĂ© puisque le hĂ©ros du film, Xavier, entreprend l'Ă©criture de ce roman afin d'exorciser l'Ă©chec de sa rupture amoureuse. ComĂ©die lĂ©gère entièrement bâtie sur le concept amoureux, Casse TĂŞte chinois renoue avec le vent de fraĂ®cheur et de tendresse des prĂ©cĂ©dents opus pour traiter aujourd'hui du mal-ĂŞtre de la quarantaine chez un père de famille. Xavier vient de rompre avec sa femme anglaise après 10 ans de vie commune. Alors qu'elle rentre Ă  New-York parmi ses enfants, il dĂ©cide Ă©galement de la rejoindre et cherche un appartement pour assurer la garde de ses rejetons. Après avoir renouer contact avec son amie lesbienne Isabelle, cette dernière lui trouve une location et lui propose par la mĂŞme occasion de devenir son donateur de sperme par insĂ©mination artificielle. En effet, elle aimerait devenir mère d'un enfant avec sa nouvelle compagne, Ju. Au mĂŞme moment, Martine, l'ex de Xavier, lui annonce qu'elle vient lui rendre visite Ă  New-York.


Treize ans sĂ©parent l'Auberge Espagnole de Casse-tĂŞte Chinois et le moins que l'on puisse dire c'est que c'est un rĂ©el bonheur de retrouver Xavier, Isabelle, Martine et Wendy du haut de leur quarantaine. Outre l'inventivitĂ© de sa rĂ©alisation aux touches de poĂ©sie fantaisiste, sa nouvelle rĂ©ussite est une fois encore imputĂ©e au talent spontanĂ© de ces interprètes, successivement incarnĂ©s par Romain DurisCĂ©cile De FranceAudrey Tautou et Kely Reilly. Des comĂ©diens Ă  la bonhomie pleine de fougue rĂ©ussissant Ă  nous faire partager leur vicissitudes dans une cohĂ©sion amicale. Exit donc la caricature traditionnellement imposĂ©e dans ce genre de comĂ©die lĂ©gère si bien que CĂ©dric Klapisch dessine ces personnages avec l'autoritĂ© de leur caractère et un jeu d'improvisation inscrit dans le naturel. En traitant avec simplicitĂ© des thèmes contradictoires de l'amour et de l'infidĂ©litĂ©, le rĂ©alisateur scande un hymne Ă  l'existence (et Ă  la cohĂ©sion cosmopolite) auquel le hasard des circonstances rachète toutes les incertitudes. EmaillĂ© de quiproquos irrĂ©sistibles (la visite des agents de l'immigration chez Xavier), de rencontres impromptues (le chauffeur de taxi molestĂ©, sa fille asiatique compromise au mariage blanc) et de situations amusĂ©es (l'Ă©change verbal difficilement Ă©tabli entre le nouvel ami de Wendy et Xavier, ou encore l'Ă©treinte sexuelle de ce dernier avec Martine), Casse-tĂŞte chinois rĂ©ussit Ă  combiner tendresse et humour Spoiler ! jusqu'Ă  l'harmonie d'un happy-end renouant avec le bonheur conjugal. Fin du Spoiler. Cet Ă©pilogue d'une belle intensitĂ© Ă©motionnelle boucle l'idĂ©ologie optimiste du rĂ©alisateur dans son audace prodiguĂ©e et nous suscite l'envie d'affronter la vie sentimentale avec autant de persuasion.  


LĂ©ger, frais, pĂ©tillant, dĂ©complexĂ© et pittoresque, Casse-TĂŞte Chinois renoue avec la verve de ces prĂ©cĂ©dents modèles (mĂŞme si on peut dĂ©plorer une première partie un peu laborieuse) et peut se targuer d'ĂŞtre un antidĂ©presseur Ă  tous les dĂ©sillusionnĂ©s de l'amour et ceux concevant leur destinĂ©e comme scellĂ©e d'avance. Comme le prouve la vie compliquĂ©e de Xavier, les alĂ©as de l'existence restent ouvertes et attendent de se cristalliser, quand bien mĂŞme votre meilleur(e) ami(e) pourrait bien un jour bouleverser votre perplexitĂ© ! A condition d'y croire et de pratiquer le goĂ»t du risque et de l'Ă©vasion ! 

Bruno Matéï

vendredi 4 avril 2014

Délivrance / Deliverance

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dpstream.net
 
de John Boorman. 1972. U.S.A. 1h49. Avec John Voight, Burt Reynolds, Ned Beatty, Ronny Cox, Ed Ramey, Billy Redden.

Sortie salles France: 1er Octobre 1972. U.S: 30 Juillet 1972

FILMOGRAPHIE: John Boorman est un réalisateur, producteur, scénariste et acteur américain, né le 18 Janvier 1933 à Shepperton (Royaume-Uni). 1965: Sauve qui peut. 1967: Le Point de non-retour. 1968: Duel dans le pacifique. 1970: Leo the last. 1972: Délivrance. 1974: Zardoz. 1977: L'Exorciste 2. 1981: Excalibur. 1985: La Forêt d'Emeraude. 1987: Hope and Glory. 1990: Tout pour réussir. 1995: Rangoon. 1998: Le Général. 2001: Le Tailleur de Panama. 2003: In my Country. 2006: The Tiger's Tail.

 
DĂ©livrance – L’enfer en eaux troubles.
 PrĂ©curseur du survival pur et dur, DĂ©livrance est une plongĂ©e en enfer, une Ă©preuve implacable, autant pour le spectateur – lourdement Ă©prouvĂ© – que pour ces quatre hommes livrĂ©s Ă  un marathon de douleur et d’endurance. Alors qu’une rivière s’apprĂŞte Ă  rendre l’âme, sacrifiĂ©e par la main de l’homme pour la construction d’un barrage, quatre citadins dĂ©cident de lui rendre un dernier hommage, en la descendant en canoĂ«. Ce qui s’annonçait comme un week-end idyllique glisse peu Ă  peu vers un cauchemar absolu, lorsque l’un d’eux subit un viol brutal perpĂ©trĂ© par deux rednecks. En ripostant, ils tuent l’un des agresseurs. Dès lors, traquĂ©s par un ennemi invisible tapi dans l’Ă©crin menaçant de la forĂŞt, ils devront puiser dans les trĂ©fonds de leur ĂŞtre, entre patience, bravoure et terreur sourde.

Et pendant qu’ils tentent dĂ©sespĂ©rĂ©ment de rejoindre la ville, la rivière elle-mĂŞme – impitoyable – les soumet Ă  une autre forme de violence, celle d’une nature brute, indomptĂ©e, avec ses rapides assassins et ses montagnes tranchantes. DĂ©livrance, Ă  la fois survival cauchemardesque et drame psychologique au cordeau, dresse un constat glaçant : face Ă  une nature hostile, l’homme se dĂ©pouille de ses vernis sociaux et renoue avec son instinct primal.

Comme si cette rivière humiliĂ©e, bafouĂ©e par notre irrĂ©vĂ©rence, se rebellait. Comme si, dans un dernier râle, elle prenait en otage ces hommes pour les livrer Ă  leur ultime combat contre la mort. MĂŞme un autochtone dĂ©ficient viendra compliquer la donne, s’Ă©rigeant en menace supplĂ©mentaire, dans une logique d’extermination totale. D’une noirceur sans concession mais jamais complaisant, John Boorman orchestre un rĂ©cit de survie d’une rare âpretĂ©, dont la violence – frontale – n’est jamais gratuite. L’horreur y est sous-jacente, mais constante, viscĂ©rale, et finit par nous broyer la gorge.

Soutenu par un scĂ©nario tendu Ă  l’extrĂŞme et un casting sans faille, le film tire sa force d’un rĂ©alisme cru et d’une montĂ©e en tension organique, oĂą chaque personnage – distinct, complexe – se dĂ©bat avec sa propre Ă©thique. Faut-il dissimuler un cadavre, ou se livrer Ă  la justice et plaider la lĂ©gitime dĂ©fense ? IsolĂ©s, acculĂ©s, ces hommes – rĂ©duits Ă  l’Ă©tat de bĂŞtes traquĂ©es – affrontent tour Ă  tour la peur, le courage, la culpabilitĂ©. Et pour l’un d’eux, l’expiation se frayera un chemin dans les eaux noires du suicide.


"Un cauchemar écolo, au bord du néant".
DĂ©sespĂ©rĂ©, impitoyable, dĂ©rangeant, DĂ©livrance redĂ©finit le survival avec une intelligence acĂ©rĂ©e. On peut y voir, en filigrane, une mĂ©taphore sur la guerre du Vietnam, que Cimino prolongera dans Voyage au bout de l’enfer. L’intensitĂ© psychologique de ces hommes brisĂ©s – marquĂ©s Ă  jamais – culmine en un verdict terrible : l’humanitĂ©, livrĂ©e Ă  elle-mĂŞme, vacille sur le fil du gouffre. ConfrontĂ©e Ă  l’injustice et Ă  la violence, elle rĂ©vèle ses pulsions les plus inavouables. Et face au dĂ©chaĂ®nement d’une nature vengeresse, elle reste, tragiquement, sans recours.

Un cauchemar Ă©colo, poisseux, vertigineux… dont on ne revient jamais tout Ă  fait. Et dont le souvenir, Ă  jamais hantĂ©, rĂ©sonne encore dans le grincement sinistre d’un banjo devenu totem de la peur.

*Bruno
4èx

jeudi 3 avril 2014

Rencontres du 3è Type / Close Encounters of the Third Kind

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineclap.free.fr

de Steven Spielberg. 1977. U.S.A. 2h17 (director's cut). Avec Richard Dreyfuss, François Truffaut, Teri Garr, Melinda Dillon, Bob Balaban, J. Patrick McNamara.

Sortie salles France: 24 Février 1978. U.S: 15 Novembre 1977

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln.


                                         Rencontre du premier type: Observation d'un Ovni
                                         Rencontre du second type: Evidence Physique
                                         Rencontre du troisième type: Contact


Deux ans après avoir semé la panique sur les plages avec Les Dents de la mer, Steven Spielberg prend le contre-pied du film de terreur mâtiné de catastrophe pour illustrer le féerique Rencontres du troisième type. Passionné par le phénomène des ovnis, le cinéaste aborde son sujet avec sérieux tout en jouant la carte du merveilleux : celui d'une rencontre imprévue avec des visiteurs venus d'ailleurs, débarqués pacifiquement sur Terre. Sans esbroufe, Steven Spielberg ne nous ressasse donc pas une énième invasion d'E.T. hostiles dans le but de provoquer l'effroi (bien qu'il le fera plus tard avec La Guerre des mondes), mais au contraire nous fascine sans crainte à travers son hymne à l'existence extraterrestre.

Message d'espoir et de pacifisme où le besoin d'entrer en communication s'avère au centre des préoccupations, réflexion spirituelle sur la foi et la quête de l'inconnu, Rencontres du troisième type accorde autant d'intérêt à l'aspect scientifique d'une découverte révolutionnaire qu'à la dimension humaine d'un père de famille obsédé par la recherche de vérité. C'est d'abord par le langage auditif que les scientifiques vont tenter d'entrer en communication avec les ovnis afin d'établir un premier contact. De son côté, après avoir été témoin du phénomène parmi d'autres citadins, Roy Neary s'évertue à reconstituer au sein de sa demeure un monolithe de terre après avoir été inconsciemment marqué par cette étrange vision. De manière erratique mais avec une détermination sans faille, il n'aura plus que cette obsession en tête afin de la comprendre et de la déchiffrer. C'est avec l'aide de Jillian Guiler, une mère esseulée dont l'enfant vient d'être enlevé par les ovnis, qu'il entreprendra une excursion vers Devils Tower. D'autres témoins de la région partageront cette même révélation, cette ambition imperturbable de démystifier cette forme énigmatique et d'atteindre le fameux point de rencontre.

Un petit mot sur l'interprĂ©tation habitĂ©e de Richard Dreyfuss, qui porte le rĂ©cit Ă  bout de bras avec une passion obsessionnelle Ă  la fois inquiĂ©tante et profondĂ©ment empathique. Car si sa quĂŞte de vĂ©ritĂ© s'avère exaltante, elle dĂ©truit progressivement son Ă©quilibre familial. Spielberg ne le condamne jamais totalement et laisse planer une ambiguĂŻtĂ© fascinante autour de son personnage. Cette tension permanente entre illumination et dĂ©sagrĂ©gation intime confère au film une profondeur inattendue, bien plus troublante et passionnante qu'un simple conte optimiste sur la rencontre extraterrestre. 

En jouant sur la suggestion et l'expectative, Steven Spielberg élabore un scénario infaillible, d'autant plus réaliste dans son approche scientifique qu'il demeure profondément humaniste dans sa réflexion sur la communication et le respect d'autrui. Spectacle de féerie visuelle aux effets spéciaux toujours aussi concluants, ballet musical que Spielberg porte à son apogée lors d'un point d'orgue édénique, Rencontres du troisième type nous achemine vers un message universel : celui de la communion avec toute forme de vie étrangère.

Spectacle de prestige lyrique, il demeure un moment de cinĂ©ma aussi culte qu'iconique.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤



mercredi 2 avril 2014

LES VIERGES DE LA PLEINE LUNE (Il Plenilunio delle Vergini)

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vampyres-online.com

de Luigi Batzella. 1973. Italie. 1h22. Avec Mark Damon, Rosalba Neri, Francesca Romana Davila, Esmeralda Barros, Xiro Papas, Sergio Pislar...

FILMOGRAPHIE: Luigi Batzella est un réalisateur italien né le 27 Mai 1924 à San Sperate, en Sardaigne, décédé le 18 Novembre 2008.
1966: Tre franchi di pietà. 1969: Les Mille et une nuits d'Istamboul. 1970: Quand explose la dernière grenade. 1971: Pour Django les salauds ont un prix. 1971: Les Ames damnées de Rio Chico. 1972: Le poulain était fils Dieu. 1972: Confessioni segrete di un convento di clausura. 1973: Les Vierges de la pleine lune. 1974: Les Nuits perverses de Nuda. 1974: Lo Strano ricatto di una ragazza par bene. 1977: Les Tigres du Désert. 1977: Holocauste Nazi. 1978: Symphonie de l'amour. 1979: La Guerre du Pétrole. 1980: l'Implacable Défi (non crédité).


CinĂ©aste mineur responsable du scandaleux et très Z Holocauste Nazi, Luigi Batzell rĂ©alise en 1973 son meilleur film avec Les Vierges de la pleine lune. On est d'autant plus surpris par la qualitĂ© du produit que sa raretĂ© nous avait portĂ© prĂ©judice au sein de l'hexagone. Chose rĂ©parĂ©e aujourd'hui puisque le film bĂ©nĂ©ficie enfin d'une sortie Dvd digne de son support sous l'Ă©gide d'Artus Film !
A la recherche d'un anneau prĂ©cieux confĂ©rant richesse et pouvoir Ă  celui qui le possède, deux frères dĂ©cident de partir en Transylvanie pour tenter de se l'approprier dans l'ancien château du comte Dracula. AttisĂ© par la cupiditĂ©, Franz arrive d'abord le premier et se voit accueilli par une Ă©trange comtesse fĂ©rue de messe noire. 


Ce qui frappe d'emblée avec cette série B bien ancrée dans l'expression "Bis", c'est le soin accordé à la poésie de ces images contrastant avec des éclairages limpides. Notamment la richesse de sa photographie transcendant une scénographie gothique pour composer des séquences picturales axées sur la sensualité féminine et le rituel de sacrifices. Le réalisateur pallie donc son budget minimaliste par le sens esthétique d'un univers funeste où le rouge, le blanc et le noir prédominent l'assemblée des suceurs de sang. Si le scénario n'est pas un modèle d'intelligence, il s'avère bien conté, assez captivant, parfois surprenant (la relation insidieuse des frères jumeaux, l'épilogue nihiliste relégué en farce macabre) et d'autant mieux rythmé par son lot de rebondissements (la dernière demi-heure multiplie actions imprévisibles et retournements de situation !). Qui plus est, la caractérisation des personnages s'avère également attachante dans le jeu de séduction alloué entre Franz et la veuve de Dracula. Ponctué de séquences érotiques vertueuses et de quelques scènes gores graphiques, les Vierges de la pleine lune est une plongée fantasmatique dans la demeure intimiste d'une femme vampire adepte de solitude. Possédant une bague conférant tous les pouvoirs, elle décide de régir sa vie sous la mainmise des ténèbres en exploitant le sang des jeunes vierges et en séduisant les mâles imprudents. A travers sa mise en scène stylisée, Luigi Batzella emprunte donc les thèmes du vampirisme, de la beauté éternelle et du satanisme en mettant en exergue les pouvoirs surnaturels d'une amulette et d'un anneau, symboles antinomiques du Bien et du Mal. Sur ce point, la confrontation finale (à la lisière du grotesque !) instaurée entre Karl et la comtesse réussit à nous y impliquer, non sans une certaine ironie dans leurs efforts surmontés.


Sans aucune prĂ©tention que de divertir modestement, Luigi Batzell compose avec les Vierges de la peine lune une sĂ©rie B finalement originale dans son thème Ă©culĂ© du vampirisme d'oĂą plane l'ombre de la comtesse Bathory (douche de sang Ă  l'appui !), d'autant plus formelle dans le sens du cadrage hĂ©ritĂ© de l'art pictural. 

Bruno Matéï


mardi 1 avril 2014

LA VENGEANCE DE LADY MORGAN (La Vendetta di Lady Morgan)

                                                                                Photo personnelle appartenant Ă  Bruno Dussart.

de Massimo Pupillo. 1965. Italie. 1h25. Avec Barbara Nelli, Erika Blanc, Gordon Mitchell, Paul Muller, Michel Forain, Carlo Kechler.

Sortie salles Italie: 16 Décembre 1965

FILMOGRAPHIE: Massimo Pupillo est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 7 Janvier 1929 à San Severo, Italie.
1961: Teddy, l'osacchiotto vagabondo. 1965: Cinq tombes pour un médium. 1965: Vierges pour le bourreau. 1965: La Vengeance de Lady Morgan. 1967: Django, le taciturne. 1970: L'amore, questo sconosciuto. 1970: Giovane Italia, Giovane Europa. 1984: Sajana, l'audace impresa


ExhumĂ© de l'oubli grâce Ă  l'Ă©diteur français Artus Films, La Vengeance de Lady Morgan renoue avec la tradition du gothisme italien en s'inspirant de Danse Macabre de Margheriti. Joliment mis en scène dans un noir et blanc ciselĂ©, le film relate l'histoire d'amour impossible entre deux amants, tour Ă  tour victimes du complot d'Harold Morgan et de ses sbires. PersuadĂ©e que son ancien amant est mort d'une noyade accidentelle, Susan s'est donc rĂ©solue Ă  Ă©pouser le comte Morgan en dĂ©sespoir de cause. DivisĂ© en deux parties, le premier segment joue la carte de la sobriĂ©tĂ© pour dĂ©peindre les tourments psychologiques de la jeune fille, sĂ©vèrement persĂ©cutĂ©e par son mari cupide, et victime d'hypnose de la part d'une des domestiques. Sa vie conjugale vire donc rapidement au cauchemar depuis que d'Ă©tranges Ă©vènements influent sur son Ă©tat mental et depuis que son Ă©poux infidèle a manigancĂ© un complot communautaire en guise d'hĂ©ritage.


Dans un souci esthétique, Massimo Pupillo compose des images gracieuses (voires aussi baroques à certains moments) en harmonie avec le style gothique du château hanté, des couloirs inquiétants éclairés aux candélabres, du cimetière brumeux et d'une crypte à torture. Outre l'aspect envoûtant de la scénographie, le film tire également parti de la caractérisation des personnages sournois au charisme évocateur. Que ce soit le majordome au visage buriné qu'incarne avec démence le vétéran Gordon Mitchel, le compte orgueilleux Harold Morgan qu'interprète Paul Muller dans une posture longiligne, ou encore la domestique aguicheuse qu'Erika Blanc endosse avec charme pernicieux ! Enfin, compromise par l'infortune de la mort, la personnalité de Lady Morgan plane sur le récit à l'instar du fantôme en robe blanche que Barbara Nelli retranscrit avec autant de fragilité que d'empathie pour la destinée de son compagnon. La deuxième partie, beaucoup plus exubérante, emprunte le thème du vampirisme (la condition des fantômes mécréants contraints de boire du sang afin de survivre dans notre monde !) et joue avec les forces du surnaturel lorsque Susan décide d'entamer une vengeance diabolique conçue sur le subterfuge SPOILER ! puisque les responsables de sa mort finiront maladroitement par s'entretuer fin du SPOILER. Emaillé de séquences chocs éculées mais efficaces (les procédés spectaculaires de l'esprit frappeur imposent l'artillerie usuelle des portes qui claquent, des objets qui se déplacent, du vent violent et de l'embrasement du feu ), Massimo Pupillo se laisse notamment aller à l'horreur graphique lorsque l'un des antagonistes grièvement blessé est sévèrement pris à parti avec les sabots d'un cheval !


Scénario structuré, noir et blanc formel, gothique raffiné, érotisme sensuel et personnages fielleux, La Vengeance de Lady Morgan se porte en digne représentant de l'horreur italienne dans sa texture séculaire liée à l'architecture moyenâgeuse. Une belle surprise et une aubaine que les aficionados pourront découvrir pour la première fois en Dvd chez Artus Films

Bruno Matéï

lundi 31 mars 2014

Le Cirque des Vampires / Vampire Circus

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site projectdeadpost.com

de Robert Young. 1972. Angleterre. 1h27. Avec Laurence Payne, Domini Blythe, Lynne Frederick, Thorley Walters, Adrienne Corri, Robert Tayman.

Sortie salles: 23 Août 1973

FILMOGRAPHIE: Robert (William) Young est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 16 Mars 1933 à Cheltenham. 1972: Le Cirque des Vampires. 1979: Le monde est plein d'homme mariés. 1993: Grandeur et descendance. 1997: Créatures Féroces.

Etrange Ă©crin (maudit) que ce Cirque des vampires (Ă©chec public et critique Ă  sa sortie), au sein de l’illustre firme Hammer - qui plus est, façonnĂ© par un cinĂ©aste encore nĂ©ophyte : Robert Young.
En dĂ©pit de quelques effets spĂ©ciaux perfectibles et du cabotinage parfois appuyĂ© de Robert Tayman - il force le trait dans sa posture vampirique, mais se rattrape par un charisme dĂ©lĂ©tère, irradiĂ© d’un regard viciĂ© - cette sĂ©rie B quasi expĂ©rimentale impose sa singularitĂ©, son pouvoir de fascination autre, grâce au dĂ©cor forain et Ă  la subversion assumĂ©e qui circule sous le chapiteau.

Synopsis: En 1810, le comte Mitterhouse est assassinĂ© par les villageois après avoir tentĂ© d’enlever une mère et sa fille. Avant d’expirer, il promet de revenir hanter leurs descendants. Quinze ans plus tard, un cirque s’installe dans la rĂ©gion, dirigĂ© par son cousin. Des meurtres sanglants s’enchaĂ®nent ; la suspicion enfle ; l’Ă©trange confrĂ©rie est dĂ©signĂ©e.


Ă€ partir d’un postulat classique - la vengeance d’un vampire venu parachever sa malĂ©diction - Robert Young dĂ©joue l’impression de dĂ©jĂ -vu par l’Ă©clat de scènes singulières et l’onirisme des tours de prestidigitation. Le premier spectacle de la femme-tigre. L’Ă©preuve du miroir de la vie, oĂą certains villageois se voient projetĂ©s, malgrĂ© eux, vers une autre dimension. Le saut crĂ©pusculaire des funambules mĂ©tamorphosĂ©s en chauves-souris, sous l’Ĺ“il mĂ©dusĂ© du public.
Cette communautĂ© gitane, soumise Ă  l’autoritĂ© du mal, rassemble des figures extravagantes - l’Hercule, l’homme panthère, les jumeaux vampires, le nain - chacune vouĂ©e Ă  un stratagème sacrificiel. La confrontation surnaturelle des villageois Ă  ces pièges relance sans cesse une action sanglante, comme un sursaut contre la mort.
Et puis, fidèle Ă  la dĂ©ontologie Hammer : dĂ©cors flamboyants tout juste nuancĂ©s - le cirque nocturne tapi dans les bois, la chapelle, la crypte -, horreur graphique flirtant avec un gore rutilant, jeunes filles aux poitrines charnelles irradiant d’une sensualitĂ© naturelle.


D’une beautĂ© indicible, dĂ©concertant au premier abord - il faut le revoir, disait Alain Schlockoff, pour en saisir la richesse et palier ses lacunes narratives, dans les Bonus du Blu-ray-, Le Cirque des vampires doit sa fascination macabre Ă  ce chapiteau gouvernĂ© par une alliance aussi ombrageuse que sournoise.
Il en Ă©mane une Ĺ“uvre exigeante, traversĂ©e d’audaces thĂ©matiques (saphisme, inceste, pĂ©dophilie tacite, infanticides) et de fulgurances poĂ©tiques, au point que certaines images s’impriment en nous, presque malgrĂ© nous.

À revoir, encore et encore, pour en éprouver toute la substance.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

4èx. Vostfr

vendredi 28 mars 2014

HIDDEN (The Hidden). Grand Prix Avoriaz 1988.

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

de Jack Sholder. 1987. U.S.A. 1h36. Avec Kyle MacLachlan, Michael Nouri, Claudia Christian, Clarence Felder, Clu Gulager, Ed O'Ross, William Boyett.

Sortie salles France: 23 Mars 1988. U.S: 20 Octobre 1987

FILMOGRAPHIE (source wikipedia): Jack Sholder est un réalisateur américain, né le 8 juin 1945 à Philadelphia. 1973: The Garden Party (court-métrage). 1982: Alone in the dark. 1985: Le Revanche de Freddy. 1987: Hidden. 1988: Vietnam War Story 2. 1989: Flic et Rebelle. 1990: By Dawn's Early Light (télé-film). 1993: 12H01: prisonnier du temps (télé-film). 1994: Sélection naturelle (télé-film). 1994: The Omen (télé-film). 1996: Generation X (télé-film). 1997: Panique sur l'autoroute (télé-film). 1999: Wishmaster 2. 2001: Arachnid. 2002: Beeper. 2004: 12 Days of terror.


Déjà auteur de l'excellent Alone in the Dark (psycho-killer sardonique où des fous s'évadaient d'un asile pour semer la panique dans une banlieue !) et du sympathique second opus de Freddy, La Revanche de Freddy, Jack Sholder réalise en 1987 son meilleur film avec Hidden, auréolé du Grand Prix d'Avoriaz. Si l'on peut néanmoins contester l'attribution de cette prestigieuse récompense, on ne peut nier l'incroyable efficacité d'un récit alternant action explosive et science-fiction horrifique, quand bien même la vigueur de sa réalisation et la précision de son montage nous laissent sur les rotules.

Partant d'un pitch complètement délirant - un parasite féru de gros flingues, de rock'n'roll et de vitesse en Ferrari investissant le corps de citadins pour foutre le zouc dans une bourgade de Los Angeles -, le réalisateur exploite une pure série B ludique conçue autour du fun des situations. Inspiré de classiques notoires parmi lesquels Alien et The Thing, il reprend le thème éculé de l'extraterrestre inhospitalier en dédiant ses confrontations belliqueuses aux forces de police, où l'action et les cascades n'auront de cesse de rebondir d'une séquence à l'autre.


Mené sur un rythme sans faille, le scénario tire notamment son efficacité des stratégies récurrentes que le parasite est contraint d'adopter afin de se glisser dans la peau d'une victime, puis d'en dégoter rapidement une autre dès que le corps qu'il occupe a été trop abîmé. L'idée retorse consistant à éradiquer la créature à l'aide d'une arme futuriste est également bien exploitée puisque son adversaire doit attendre qu'elle s'extirpe de l'enveloppe corporelle de sa victime, le pistolet ne produisant aucun dommage sur la chair humaine.

Au même moment, deux inspecteurs sont dépêchés sur le terrain afin d'enquêter sur cette vague de crimes inexpliqués tandis que de modestes quidams sont subitement atteints de démence. Pour ajouter un peu de consistance à l'intrigue, l'un des deux policiers s'avère être un agent du FBI investi d'une mission secrète que son supérieur tente vainement de percer, jusqu'au moment où ce premier décide d'avouer sa fonction de sauveur de l'humanité.

D'ailleurs, on peut saluer le jeu diaphane de Kyle MacLachlan, qui incarne à merveille un humanoïde flegmatique au regard étrangement angélique. Son comparse, interprété par Michael Nouri, s'avère tout aussi persuasif dans la peau d'un flic expéditif tentant de démystifier les tenants et aboutissants d'une improbable enquête. Outre la violence incisive de ses scènes spectaculaires et son humour noir décomplexé, Hidden bénéficie également d'effets spéciaux modestes mais tout à fait impressionnants (la grosse limace s'extirpant en temps réel de la bouche d'une victime pour en infiltrer une autre !).


Fun et jouissif de par son lot ininterrompu d'action explosive où les gunfights confinent au carnage - la dernière demi-heure pétaradante se rapprochant des excès destroy de Terminator -, Hidden s'érige en véritable leçon de mise en scène pour son sens de l'efficacité, où les altercations n'auront de cesse de redoubler d'intensité. Enfin, la complicité formée par le duo de flics ajoute une certaine densité psychologique, voire une dimension humaine dédiée au sens du sacrifice, à leurs rapports d'abord marqués par la divergence, avant que la confiance mutuelle ne finisse par porter ses fruits.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

3è

RĂ©compensesGrand Prix au Festival d'Avoriaz, 1988
Prix du Jury de la critique internationale et prix du meilleur acteur pour Michael Nouri, lors du Festival du film de Catalogne en 1987.
Prix du meilleur rĂ©alisateur et nomination au prix du meilleur film au festival Fantasporto en 1988.