de Jim Sheridan. 2009. U.S.A. 1h45. Avec Natalie Portman, Tobey Maguire, Jake Gyllenhaal, Sam Shepard, Bailee Madison, Patrick Flueger, Clifton Collins JR.
Sortie en salle le 3 Février 2010.
FILMOGRAPHIE: Jim Sheridan est un réalisateur, acteur, producteur, et scénariste né le 6 Février 1948 à Dublin en Irlande. 1989: My Left Foot, 1990: The Field, 1994: Au nom du père, 1998: The Boxer, 2004: In America, 2006: Réussir ou mourir, 2009: Brothers, 2010: Dream House.

Le pitch : Tommy et Grace forment un couple idyllique, entourĂ© de leurs deux enfants. Quand Sam, le frère de Tommy, sort de prison, ce dernier s’engage pour une mission de l’ONU en Afghanistan, et lui demande de veiller sur sa famille. HĂ©las, un matin, Grace apprend la disparition de son mari par deux officiers venus frapper Ă sa porte.

Ă€ la manière du Mort-vivant de Bob Clark, le militant irlandais Jim Sheridan explore ici les consĂ©quences psychologiques abyssales infligĂ©es Ă un jeune soldat patriote, fier d’ĂŞtre le fils d’un vĂ©tĂ©ran du Vietnam. Il dĂ©couvrira pourtant l’envers de l'hĂ©roĂŻsme, lĂ oĂą la guerre n’est qu’un chaos avortĂ©.
La première partie, sobrement rĂ©alisĂ©e, sans pathos mais non exempte de quelques conventions, dĂ©roule une narration classique : une idylle naissante entre Grace et Sam, en parallèle de flashbacks chaotiques oĂą l’on assiste, en intermittence, aux dĂ©tentions brutales et aux exĂ©cutions sommaires dont Tommy, captif dans un camp afghan, sera tĂ©moin et acteur.
On se demande alors où Sheridan veut nous emmener, dans cette romance douce-amère enchâssée dans un plaidoyer antimilitariste dénonçant, en sourdine, les horreurs de la guerre.

C’est dans une seconde partie, d’une intensitĂ© dramatique radicalement imprĂ©visible, que le rĂ©cit bascule et gagne soudain en profondeur. Un revirement de situation, redoutĂ© mais inĂ©luctable, vient fissurer l’Ă©quilibre apparent.
DĂ©pouillĂ©e de toute mièvrerie, la mise en scène s’affirme. Sheridan brise les codes de son rĂ©cit pour illustrer, avec une puissance saisissante, les ravages psychiques infligĂ©s Ă un homme revenu d’entre les morts. LavĂ© du dedans, vidĂ©, brisĂ© par les humiliations et les sĂ©vices d’un lavage de cerveau orchestrĂ© par des geĂ´liers fanatiques, Tommy revient en spectre. Cet acte ultime, absurde et inhumain qu’il a dĂ» commettre pour survivre l’a dĂ©possĂ©dĂ© de son âme.
La cellule familiale Ă©clate dès les retrouvailles. Tout s’effondre sous le poids d’une culpabilitĂ© insupportable. BlĂŞme, exsangue, Tommy est devenu un zombie — lobotomisĂ© par la guerre et ses propres renoncements. Un homme qui ne se reconnaĂ®t plus.

Dans un rĂ´le Ă contre-emploi, Tobey Maguire impressionne durablement, livrant un jeu d’une intensitĂ© rare. HĂ©ros brisĂ©, incapable de recoller les morceaux de sa dignitĂ©, il porte sur lui l’abjection d’un conflit putride qui l’a dĂ©possĂ©dĂ© de toute identitĂ©.
Natalie Portman, pleine de candeur, n’a jamais Ă©tĂ© aussi juste, poignante et lumineuse : Ă©pouse esseulĂ©e, elle incarne avec pudeur une femme dĂ©vastĂ©e, suspendue au silence monolithique d’un mari devenu Ă©tranger.
Jake Gyllenhaal, en frère rĂ©voltĂ©, confrontĂ© Ă l’intransigeance d’un père patriote, bouleverse par sa gĂ©nĂ©rositĂ© dĂ©sarmĂ©e, sa tendresse discrète, son besoin d’ĂŞtre enfin utile — mĂŞme maladroitement — Ă ceux qu’il aime.
"La Patrie des FantĂ´mes".
Magnifiquement interprĂ©tĂ© par ce trio d’acteurs, soutenus par l’autoritĂ© fatiguĂ©e de Sam Shepard en ancien briscard, Brothers est une Ĺ“uvre Ă la puissance dramatique rare. Un film dur, poignant, dĂ©chirant, sur la guerre et ses survivants — ces morts qui marchent encore.
Un cri sourd contre le sacrifice absurde, contre le traumatisme incurable que la guerre imprime sur les chairs et les âmes, au nom de patries dĂ©vorĂ©es par l’illusion belliqueuse.
Ă€ quel prix ?
*Bruno
Dédicace à CAROLINE (chou) MASSON et FRANCOIS MOST.
19.05.11

Touchant, poignant, emplie d'un vérisme bouleversant. Un de mes films favoris !
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