mercredi 9 octobre 2013

Prisoners

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lyricis.fr

de Denis Villeneuve. 2013. Québec. 2h33. Avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Viola Davis, Maria Bello, Terrence Howard, Melissa Leo, Paul Dano, Dylan Minnette.

Sortie salles France: 9 Octobre 2013. U.S: 20 Septembre 2013

FILMOGRAPHIE: Denis Villeneuve est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur quĂ©bĂ©cois, nĂ© le 3 octobre 1967 Ă  Trois-Rivières. 1996: Cosmos. 1998: Un 32 AoĂ»t sur terre. 2000: Maelström. 2009: Polytechnique. 2010: Incendies. 2013: An Enemy. 2013: Prisoners.


Multi récompensé avec ses derniers métrages et considéré dans son pays comme un nouveau maître du cinéma d'auteur, le québécois Denis Villeneuve s'expatrie aux États-Unis pour le projet d'un thriller noir de triste actualité (les enlèvements infantiles). Avec l'appui des valeurs montantes Hugh Jackman (son rôle le plus dur et viscéral) et Jake Gyllenhaal, Prisoners oscille entre drame psychologique et polar à suspense autour d'un dédale machiavélique. Par le judicieux prétexte d'une énigme insoluble jonchée de maigres indices, le réalisateur brosse scrupuleusement le portrait de deux hommes entêtés, déterminés à résoudre une douloureuse histoire de disparition.

Le Pitch : Deux familles sont déchirées par la disparition soudaine de leurs enfants. Alors que l'inspecteur Loki s'évertue à rechercher les fillettes et à retrouver un potentiel coupable, l'un des pères de famille décide d'employer une justice individuelle.

                                       

Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-mĂŞme.

Thriller éprouvant d'une efficacité optimale, à tel point que ses 2h30 abolissent toute notion temporelle, Prisoners joue la carte de l'émotion ardue en privilégiant l'aspect psychologique d'un script filandreux et le ressort d'un suspense exponentiel toujours plus acéré. Ainsi, à travers son énigme dérangeante inspirée des faits-divers morbides de ces dernières années, Denis Villeneuve nous plonge dans le désarroi familial, véritable épreuve de force pour des familles accablées, entre attentes fébriles et craintes insupportables pour la survie de leurs rejetons, tandis qu'un flicard indécis et un père renfrogné mettront tout en œuvre pour retrouver les disparues et leur coupable.

Du point de vue du père irascible, délibéré à martyriser le présumé coupable, Denis Villeneuve met de prime abord en exergue une réflexion sur la vengeance et la justice individuelle. Si bien que ce lynchage interminable éprouve et émeut lorsque nous sommes contraints d'assister à l'affliction d'une sentence barbare. Partagé entre le désir de savoir s'il s'agit bien du véritable assassin ou d'un simple innocent, Prisoners met à mal nos pulsions vindicatives face à notre instinct inhumain, aveuglé par la colère de l'iniquité. Il nous dévoile avec un réalisme brut mais sans complaisance la face cachée de notre rancœur, capable d'extérioriser des exactions d'une rare cruauté, alors que les preuves de culpabilité émises contre le coupable restent infondées.

Et donc, en éprouvant autant d'empathie pour le père haineux, rongé à vif de douleur pour sa fille disparue, que pour le potentiel coupable, simplet mutique incapable de prononcer une syllabe, le drame qui se noue lentement déstabilise notre jugement, en espérant trouver refuge vers une issue plus favorable avec l'autorité d'un flic estimable. C'est lors de sa seconde partie, davantage focalisée sur la remise en question de l'inspecteur hésitant, sévèrement mis à mal par les parents et la déveine, que le film redouble d'intensité dans son suspense éprouvant, en confrontant un autre présumé coupable bien plus probant. Alternant fausses pistes, indices géographiques et rebondissements fortuits, la traque inlassable culmine vers l'inévitable résolution du meurtrier ainsi qu'une course contre la montre désespérée.

Si tu plonges longuement ton regard dans l'abîme, l'abîme finit par ancrer son regard en toi...

Dominé par les prestations pugnaces de Hugh Jackman (saisissant de hargne en justicier intolérable) et de Jake Gyllenhaal (flegmatique et boiteux en flic studieux mais toujours plus endurant), Prisoners renouvelle les codes du thriller avec brio grâce à une mise en scène au cordeau, l'intelligence de ses thématiques et sa dimension humaine poignante. La mécanique de son suspense infaillible nous éprouve les nerfs avec une intensité d'autant plus fragile qu'elle traite d'un thème d'actualité inquiétant : la disparition d'enfants et le sort qui leur est réservé. Cafardeux, hypnotique et bouleversant, Prisoners ne vous laisse pas une seconde de répit jusqu'à son ultime image elliptique.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

09.10.13


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