mercredi 14 mai 2014

THE LOST

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nerdalors.fr

de Chris Sivertson. 2005. U.S.A. 1h59. Avec Marc Senter, Shay Astar, Alex Frost, Megan Henning, Ed Lauter, Robin Sydney, Michael Bowen, Dee Wallace-Stone.

Sortie salles U.S: 18 Mars 2008. Sortie Dvd France: 4 Mars 2009

FILMOGRAPHIE: Chris Sivertson est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
2001: All Cheerleaders Die (co-réalisateur). 2006: The Lost. 2006: The Best of Robbers. 2007: I know who killed me. 2011: Brawler. 2013: All Cheerleaders Die.


Premier long, premier coup de maĂ®tre par l'auteur du mĂ©jugĂ© I Know who killed me ! (les Razzie Awards s'en souviennent encore !). InĂ©dit en salles chez nous, The Lost est le genre de pĂ©loche sortie de nulle part (bien que tirĂ©e d'un roman de Jack Ketchum et produit par Lucky McKee !), vous laissant en Ă©tat de collapse sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique Ă©coulĂ© ! Un concentrĂ© de violence et d'adrĂ©naline que Chris Sivertson maĂ®trise avec dynamisme dans sa mise en scène expĂ©rimentale exploitant notamment l'architecture d'appartements au design moderne (teintes rouges criardes et noir profond contrastent avec le psychĂ© nĂ©vrosĂ© du tueur). Autant dire que le rĂ©al est plutĂ´t inspirĂ© Ă  fignoler une bande d'ultra-violence mĂ©chamment sardonique dans son concept jusqu'au-boutiste Ă  dĂ©peindre le comportement d'un marginal sans vergogne. Il faut dire que ce portrait sulfureux est largement privilĂ©giĂ© par la prĂ©sence magnĂ©tique de Marc Senter. AffublĂ© de vĂŞtements tĂ©nĂ©breux et maquillĂ© de noir sous les yeux, l'acteur impose une prĂ©sence new-wave exubĂ©rante et vĂ©hicule une palette d'Ă©motions contradictoires face Ă  la gente fĂ©minine, car alternant accalmies de tendresse et accès de dĂ©mence ! Le soir d'un feu de camp, Ray Pye et un couple d'amis (des ados paumĂ©s trop influençables !) abordent près d'un Ă©tang deux jeunes inconnues. Il dĂ©cide de s'en dĂ©barrasser en les assassinant d'un coup de fusil. Quatre ans plus tard, Ray et ses complices restent en libertĂ© car n'ayant pas Ă©tĂ© incriminĂ©s, mais un inspecteur sur le qui-vive commence Ă  suspecter le comportement effrontĂ© du jeune leader.  


C'est une descente aux enfers que nous convie Chris Sivertson Ă  travers le portrait d'un sociopathe rongĂ© d'Ă©gotisme et de jalousie obsessionnelle envers les femmes. Phallocrate indĂ©crottable, junkie Ă  la petite semaine, ses seules occupations tournent autour du sexe, de la drogue et de l'alcool. Outre sa flânerie quotidienne, sa convoitise principale est d'asservir les minettes insouciantes en accumulant les conquĂŞtes jusqu'au jour oĂą l'une d'elles dĂ©cide de lui tenir tĂŞte afin de se rebeller ! La peinture rĂ©aliste que le rĂ©alisateur projette Ă  travers une paisible banlieue ricaine est notamment hĂ©tĂ©rodoxe car elle dĂ©voile une population politiquement incorrecte (Ă  l'instar de la relation non assumĂ©e qu'un sexagĂ©naire entretient avec une fille de 18 ans !) oĂą la jeunesse inculte, en quĂŞte de coqueluche, est livrĂ©e Ă  l'abandon. Dans l'art de conter son rĂ©cit et une montĂ©e progressive de la tension, Chris Sivertson distille une ambiance malsaine d'autant plus vĂ©nĂ©neuse du fait du comportement pervers de Ray Pye. Ses jeux de drague improvisĂ©s avec des potiches Ă©cervelĂ©s et surtout sa nouvelle aventure entamĂ©e avec une compagne versatile nous place dans une situation inconfortable, sachant que cette dernière voue une fascination morbide pour ce bad boy burnĂ© ! Et il aura fallu une contre-attaque fĂ©minine pour que ce dernier pète un plomb et se transforme en ange de la mort afin d'accomplir son dernier baroud d'honneur !


Orange Mécanique
Transgressif, malsain et hystĂ©rique, The Lost provoque remous et effroi face Ă  l'autoritĂ© erratique d'un faux rebelle en pleine crise rancunière. La manière caustique dont Chris Sivertson brode son portrait est notamment privilĂ©giĂ© par la vigueur d'un montage redoutablement percutant et l'interprĂ©tation hallucinĂ©e de Marc Senter (son personnage symbolise une bombe Ă  retardement !). L'explosion de violence finale qui Ă©mane de la frustration du tueur risque sĂ©vèrement de vous Ă©branler la rĂ©tine car elle dĂ©ploie la fĂ©rocitĂ© gratuite d'un tempĂ©rament capricieux gagnĂ© par l'omnipotence. Une satire au vitriol en somme d'un rejeton criminel de nos sociĂ©tĂ©s modernes, traversĂ©e d'une BO rock endiablĂ©e !

Pour public averti !

Bruno Matéï
2èx

Le point de vue de Mathias Chaput:
Alors que l’on commençait Ă  assister Ă  une popperisation scĂ©naristique de la part des mĂ©trages sortis outre Atlantique, « The Lost » arrive Ă  point nommĂ© et tombe Ă  pic pour redorer le blason des productions « Mi underground – mi entertainment grand public ».
Ce qui frappera d’abord le spectateur, c’est la qualitĂ© de la mise en scène !
Des trouvailles incroyables tout le long du film, des comĂ©diens impliquĂ©s comme rarement dans leurs rĂ´les, une puissance Ă©motionnelle et un jeu Ă©motif dĂ©cuplĂ©s de manière glaçante, on sent bien que rien n’a Ă©tĂ© laissĂ© au hasard…
Le personnage principal de Ray surdimensionne l’aspect de dangerositĂ© du psychopathe qu’il incarne, et le rĂ©alisateur dresse un portrait sans compromis ni fioritures d’une certaine AmĂ©rique, un peu Ă  la manière de Wes Craven dans « The last house on the left » sorti trois dĂ©cades auparavant, mais en beaucoup mieux et plus pervers !
Ici toutes les conventions et les codes précédemment instaurés volent complètement en éclat !
Un flic presque pĂ©dophile d’une soixantaine d’annĂ©es qui couche avec une lycĂ©enne Ă  peine majeure, des jeunes dĂ©soeuvrĂ©s et totalement hors parcours, l’alcool, la cocaĂŻne et la dĂ©pravation sont lĂ©gions et ce, en permanence !
Des plans-sĂ©quences incroyables de maitrise technique, des travellings graciles et un dĂ©roulement scĂ©naristique crescendo confèrent sans nul doute Ă  faire se diffĂ©rencier « The Lost » des autres Ĺ“uvres…
Il ne s’apparente Ă  aucune autre mais se vit comme une expĂ©rience, non sans un certain malaise, certes, mais au final sans grandiloquence ni complaisance, et après tout ? N’est ce pas cela que l’on attend d’un film de ce genre ?
Quant aux vingt dernières minutes, je vous préviens tout de suite, ça déménage !
Pas un temps mort, pas une once de pitiĂ©, mais plutĂ´t une approche de la psychopathie et de la pathologie d’un serial killer, magnifiĂ©e par des coups d’Ă©clats abrupts dans un dĂ©chainement d’ultra violence !
LE film dont les Etats Unis avaient besoin pour « dĂ©flĂ©trir » un style qui devenait exsangue et famĂ©lique…
Une petite bombe à visionner impérativement pour tout fan aguerri en la matière !
10/10
Dédicace à Pierre et Bruno

1 commentaire:

  1. Un film très réussi ! Entièrement d'accord avec vous les gars. Le personnage principal ne fait illusion pour personne, sauf pour lui-même. Il est bancal, pathétique ringard, borderline et il se révèle terrifiant lors de sa sortie de route finale qui nous laisse sans voix. Bêtise, frustration, égocentrisme, narcissisme : le parcours d'un tyran contemporain.

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