Photo empruntée sur Google, appartenant au site movieposter.com
des frères Wachowski. 1996. 1h48. Avec Gina Gershon, Jennifer Tilly, Joe Pantoliano, John P. Ryan, Barry Kivel, Christopher Meloni, Richard C. Sarafian.
Sortie salles France: 6 Novembre 1996. U.S: 4 Octobre 1996
Récompenses: Prix du Jury, Deauville 1996.
Meilleurs réalisateurs au National of Review Awards, 1996
Prix du Meilleur Film et de la Meilleure Actrice (Jennifer Tilly), Fantasporto 1997
Meilleur Film aux GLAAD Media Awards, 1997
FILMOGRAPHIE: Lana Wachowski, née le 21 Juin 1965 à Chicago, et Andy Wachowski, né le 29 Décembre 1967 à Chicago sont des réalisateurs américains.
1996: Bound. 1999: Matrix. 2003: Matrix Reloaded. 2003: Matrix Revolutions. 2008: Speed Racer. 2012: Cloud Atlas. 2015: Jupiter: le Destin de l'Univers.
Première réalisation des Wachowski, célébrée en grande pompe aux festivals de Deauville (Prix du Jury) et de Fantasporto (Prix du Meilleur Film), Bound exploite à merveille un scénario tarantinesque, sans doute inspiré de Reservoir Dogs pour son jeu de massacre imparti entre criminels, notamment par l'épure d'un esthétisme stylisé où les teintes du noir et blanc contrastent avec le rouge sang des victimes.
Violet, maîtresse d'un truand, s'éprend de sa voisine de palier, une locataire saphique, ancienne détenue en liberté conditionnelle. Éprise d'un coup de foudre, elle propose à sa nouvelle amante de dérober l'argent de son concubin : une valise contenant la somme de 2 millions de dollars que le parrain Gino Marzzone doit venir empocher. Malgré l'habileté de leur plan machiavélique, rien ne se déroulera comme prévu…
Polar rouge et noir d'une rigueur affûtée dans l'ossature d'un scénario perfide faisant fuiter quelques éclairs de violence brute (le passage à tabac d'un transfuge et la torture de son doigt sectionné au sécateur !), Bound fait clairement appel au suspense hitchcockien dans la tension d'une intrigue criminelle truffée de rebondissements et de bévues impromptues. Nantis du design stylisé d'un appartement classieux, les Wachowski accordent un soin méticuleux à enjoliver la scénographie de leur huis clos, où chaque pièce peut occulter un cadavre pour tenir lieu de survie. Vénéneux, sardonique et cruel, Bound ne cesse de relancer ses ressorts dramatiques dans les échanges tendus entre une communauté mafieuse et deux lesbiennes audacieuses engagées dans une stratégie cupide.
Dominé par le duo ténébreux Gina Gershon / Jennifer Tilly, le film adopte en prélude un jeu de séduction torride entre les actrices, ponctué de deux étreintes sexuelles à l'aura charnelle. Bien qu'en retrait dans la seconde partie, Gina Gershon s'efface progressivement au profit de sa partenaire, la plantureuse et faussement timorée Jennifer Tilly, redoublant ici de vigilance puis de dérobade pour tromper son macho mafieux (Joe Pantoliano demeure saisissant d'autorité mesquine dans son sang-froid à feindre la vérité contre ses supérieurs, il bouffe littéralement l'écran).
Jubilatoire dans la manière documentée dont Caesar tente de se dépêtrer de la poisse - convaincre ses sbires qu'il possède toujours les 2 millions de dollars dans la mallette -, l'intrigue ne cesse de le mesurer aux conditions du danger, notamment avec cette intervention hitchcockienne de la police, pour l'enjeu de sa survie, quand bien même Violet assiste impuissante à sa potentielle faillite. En parallèle, le jeu de ruse et de suspicion partagé entre Caesar et Violet décuple une tension addictive afin de savoir qui emportera la mise lors de cette impitoyable guerre des sexes, quand bien même sa complice Corky se fait témoin auditif à travers les murs de l'immeuble.
Jubilatoire, hypnotique et irrésistiblement trépidant à travers son intrigue criminelle riche en suspense, et endossé par le charisme insidieux d'un trio vénéneux en roue libre, Bound est également transcendé par la virtuosité d'une mise en scène aussi inventive qu'alambiquée. Un polar sardonique étourdissant de roublardise dans son jubilatoire jeu de duperie. Un chef-d'oeuvre, ni plus, ni moins.
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