mardi 7 juillet 2015

BOUND. Prix du Jury, Deauville, 96.

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposter.com

des frères Wachowski. 1996. 1h48. Avec Gina Gershon, Jennifer Tilly, Joe Pantoliano, John P. Ryan, Barry Kivel, Christopher Meloni, Richard C. Sarafian.

Sortie salles France: 6 Novembre 1996. U.S: 4 Octobre 1996

Récompenses: Prix du Jury, Deauville 1996.
Meilleurs réalisateurs au National of Review Awards, 1996
Prix du Meilleur Film et de la Meilleure Actrice (Jennifer Tilly), Fantasporto 1997
Meilleur Film aux GLAAD Media Awards, 1997

FILMOGRAPHIE: Lana Wachowski, née le 21 Juin 1965 à Chicago, et Andy Wachowski, né le 29 Décembre 1967 à Chicago sont des réalisateurs américains.
1996: Bound. 1999: Matrix. 2003: Matrix Reloaded. 2003: Matrix Revolutions. 2008: Speed Racer. 2012: Cloud Atlas. 2015: Jupiter: le Destin de l'Univers.


Première réalisation des Frères Wachowski célébré en grande pompe aux festivals de Deauville (Prix du Jury) et de Fantasporto (Prix du Meilleur Film), Bound exploite à merveille un scénario tarantinesque sans doute inspiré de Reservoir Dogs (pour le jeu de massacre imparti entre criminels), notamment par l'épure d'un esthétisme stylisé où les teintes du noir et blanc contrastent avec le rouge sang des victimes. Violet, maîtresse d'un truand, s'éprend d'affection pour sa voisine de palier, une locataire saphique ancienne détenue en liberté provisoire. Eprise d'un coup de foudre, elle propose à sa nouvelle amante de dérober l'argent de son concubin, une valise contenant la somme de 2 millions de dollars que le parrain Gino Marzzone doit venir empocher. Malgré l'habileté de leur plan machiavélique, rien ne se déroulera comme prévu....


Polar noir et rouge d'une rigueur affĂ»tĂ©e dans l'ossature d'un scĂ©nario perfide faisant fuiter quelques Ă©clairs de violence brute (le passage Ă  tabac d'un transfuge et sa torture du doigt coupĂ© au sĂ©cateur !), Bound fait clairement appel au suspense Hitchcockien dans la tension d'une intrigue criminelle bourrĂ©e de rebondissements et bĂ©vues impromptues. Nanti du design stylisĂ© d'un appartement classieux, les Wachowski accordent un soin mĂ©ticuleux Ă  enjoliver la scĂ©nographie de leur huis-clos oĂą chaque pièce peut occulter un cadavre pour tenir lieu de survie. VĂ©nĂ©neux, sardonique et cruel, Bound ne cesse de relancer ses ressorts dramatiques dans les Ă©changes tendus impartis entre une communautĂ© mafieuse, faute d'une stratĂ©gie cupide entamĂ©e par deux lesbiennes audacieuses. DominĂ© par le duo tĂ©nĂ©breux Gina Gershon / Jennifer Tilly, le film adopte en prĂ©lude un jeu de sĂ©duction torride entres les actrices parmi deux Ă©treintes sexuelles Ă  l'aura charnelle. Bien qu'en retrait dans la seconde partie, Gina Gershon s'efface au profit de son adjointe, la plantureuse et faussement timorĂ©e Jennifer Tilly, redoublant ici de vigilance puis de dĂ©robade pour tromper son macro mafieux (Joe Pantoliano s'avĂ©rant saisissant d'autoritĂ© mesquine dans son sang froid Ă  feindre la vĂ©ritĂ© contre ses supĂ©rieurs). Jubilatoire dans la manière documentĂ©e dont Ceasar tente de se dĂ©pĂŞtrer de la dĂ©veine (convaincre ses sbires qu'il possède toujours les 2 millions de dollars dans la mallette), l'intrigue ne cesse de le mesurer aux conditions de danger (notamment cette intervention hitchcockienne de la police !) pour l'enjeu de sa survie, quand bien mĂŞme Violet assiste impuissante Ă  sa potentielle faillite. En parallèle, le jeu de ruse et de suspicion partagĂ©s entre Caesar et Violet dĂ©cuple une tension addictive afin de savoir qui emportera la mise lors de cette impitoyable guerre des sexes, quand bien mĂŞme sa complice Corky se porte tĂ©moin auditive Ă  travers les murs de l'immeuble.


Jouissif et irrĂ©sistiblement trĂ©pidant dans son intrigue criminelle fertile en suspense, et endossĂ© par le charisme insidieux d'interprètes en roue libre, Bound est Ă©galement transcendĂ© par la virtuositĂ© d'une mise en scène aussi inventive qu'alambiquĂ©e ! Un polar sardonique Ă©tourdissant de roublardise dans son jubilatoire jeu de duperie 

Bruno Matéï
3èx

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