mardi 18 décembre 2018

Assassination Nation. Grand Prix du Jury, Utopiales 2018

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Sam Levinson. 2018. U.S.A. 1h48. Avec Odessa Young, Suki Waterhouse, Hari Nef, Abra, Bill SkarsgĂĄrd, Maude Apatow, Cody Christian, Joel McHale.

Sortie salles France: 5 Décembre 2018

FILMOGRAPHIE: Sam Levinson est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2018: Assassination Nation. 2011: Another Happy Day.


Dead Boys can't Fly.
Sentiments Ă  chaud après avoir subi de plein fouet l'une des claques de l'annĂ©e 2018 si bien que, Ă  l'instar de son homologue infructueux, The Purge, je redoutais pour autant le pĂ©tard mouillĂ© dans sa caractĂ©risation graphique d'une AmĂ©rique anarchique livrĂ©e Ă  la violence la plus expĂ©ditive ! Que nenni, Assassination Nation demeure une claque (c'est parfois bon de se rĂ©itĂ©rer !), un coup de boule inextinguible via sa descente aux enfers immorale, une oeuvre indĂ©pendante qu'est parvenu Ă  imprimer avec stylisme Sam Levinson (magnifique plan sĂ©quence circulaire Ă  l'appui rappelant Ă  moindre Ă©chelle le fameux TĂ©nèbres d'Argento). Et ce sans livrer Ă  une dĂ©monstration de force opportuniste ou Ă  des effets de manche complaisants, notamment pour y satisfaire les bas instincts du spectateur lambda croyant assister Ă  une sĂ©rie B univoquement ludique. Dans la mesure oĂą Sam Levinson s'avère un auteur consciencieux prenant malin plaisir Ă  triturer nos sentiments doucement mis Ă  mal de par son malstroem d'images dĂ©rangeantes parce que iconiquement si proches de notre rĂ©alitĂ© contemporaine ! C'est lĂ  oĂą l'oeuvre (dĂ©jĂ ) maudite fait très mal ! Elle est en prise direct avec notre conscience (Lily s'adressent directement Ă  nous de manière assez rĂ©currente). Car elle nous pousse Ă  rĂ©flĂ©chir sur notre situation personnelle quotidiennement soumise Ă  l'outil informatique dĂ©versant esclandres tous azimuts, et ce jusqu'au harcèlement moral pour les proies les plus vulnĂ©rables !


Ainsi, et avec une Ă©tonnante inventivitĂ©, tant auprès de ses images Ă  la fois arc-en-ciel et charnelles que du bouleversement temporel que nous subissons en live (du moins c'est l'impression que j'ai eu !), Assassination Nation se dĂ©cline comme une montĂ©e en puissance de règlements de compte sexistes bâtis sur les prĂ©jugĂ©s, le sensationnalisme, le voyeurisme, les effets diaboliquement pervers des fake news, les hackers de Facebook et Twitter, plateformes diabolisĂ©es par ces esprits mĂ©diocres ou chĂ©tifs avides de notoriĂ©tĂ© et de "lol" pour se donner un but (ici nonsensique quand on connaĂ®t le vĂ©ritable coupable de l'intrigue !). Flop commercial chez nous et aux States, Assassination Nation ne pouvait que miner le public ado sevrĂ© aux pop corn et aux pĂ©tards Ă©dulcorĂ©s genre The Purge ! Car objet subversif d'une violence psycho et corporelle ardues, Assassination Nation nous balance Ă  la gueule nos quatre vĂ©ritĂ©s depuis que les rĂ©seaux sociaux s'efforcent d'y violer notre vie privĂ©e. Et ce en asservissant notre façon de penser pour mieux nous isoler et nous soumettre Ă  leur dĂ©ontologie typiquement conservatrice. Diatribe cinglante contre le fanatisme de masse, la misogynie et le machisme Ă  travers le spectre d'idĂ©ologies maximalistes, Assassination Nation dilue au fil de son cheminement tragique une aigre mĂ©lancolie, de par ses cruelles humiliations qu'une anti-hĂ©roĂŻne endure avec un dĂ©sespoir bouleversant. L'Ă©motion contenue, dĂ©pouillĂ©e, ne s'avĂ©rant jamais dĂ©monstrative pour alpaguer le spectateur. Sam Levinson recourant avec une rare maĂ®trise Ă  la subtilitĂ© de la suggestion Ă  travers les Ă©tats d'âme de Lily en remise en question identitaire et initiation rebelle. C'est que nous offrira sa dernière partie, baroud d'honneur fĂ©ministe aux allures d'apocalypse sociĂ©tale fustigeant la rĂ©volte d'un peuple misogyne  abrutie par la rĂ©surgence de l'ultra conservatisme. Et le plus terrifiant Ă  travers cette sarabande infernale, c'est que la nouvelle chasse aux sorcières est juste devant nos portes et ne demande qu'Ă  propager sa violence primitive de par cette foule aliĂ©nante aveuglĂ©e de fiel !


Les Sorcières de Salem
Hypnotique et envoĂ»tant sous l'impulsion d'une BO Ă©lectro tantĂ´t cosmique (avec en sus un clin d'oeil synergique Ă  l'Oiseau au plumage de Cristal), furieusement contestataire, terrifiant, dĂ©rangeant, malsain et perturbant, Assassination Nation emploie avec autant de diabolique maĂ®trise (cadrages alambiquĂ©s dynamitĂ©s du montage vĂ©loce !) que de dextĂ©ritĂ© la satire engagĂ©e pour dresser un tragique constat sur les nouvelles mentalitĂ©s rĂ©trogrades adeptes de la dĂ©lation, de l'auto-justice et de l'intolĂ©rance. MĂ©lancolique et finalement bouleversant, il demeure un tĂ©moignage rĂ©solument lucide sur les ravages d'une cĂ©lĂ©britĂ© pailletĂ©e via l'ère du net (et son dĂ©versoir de haine) et du tout numĂ©rique. Film culte ou chef-d'oeuvre Ă  l'âme fragile, il est pour moi cette (inopinĂ©e) mosaĂŻque grâce Ă  sa personnalitĂ© corrosive bâtie sur le pessimisme afin de mieux rĂ©veiller les consciences. 

* Bruno

Utopiales 2018 : Grand prix du jury

4 commentaires:

  1. Bonjour, excellent article, fan de montage et de mixage je viens de me rendre compte un peu par hasard (je voulais coller la musique de Ténèbres sur l'attaque de la villa...) qu'en fait ils ont tourné toute la séquence "en musique" (celle de Ténèbres donc) et l'ont enlevé ensuite pour une raison inconnue (problème de droits ?), si ça vous intéresse voilà le remixage que j'ai effectué (le tout début et la fin sont "muets" car j'ai enlevé la bande-son du film), au centième près, ça colle parfaitement c'est assez incroyable, quel dommage qu'ils ne l'aient pas conservé : https://vimeo.com/307439521

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  2. Merci. Et merci beaucoup pour le lien de la video, c'est effectivement assez bluffant l'interaction

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  3. Merci, n'hésitez pas à le voir plusieurs fois on se rend compte progressivement de plein de détails : la vitre que le type devait briser sur la musique, mais qu'il rate (et le refait donc une deuxième fois...), les mouvements de caméras et même les persos qui suivent aussi la musique (la blonde qui se retourne deux fois en rythme, quand elle tourne la poignée de la fenêtre, et quand il sort de la douche par exemple, ou les quatre types qui arrivent vers la fin...), et bien sûr la durée globale (c'est la même comme par hasard et c'est ça qui m'a fait définitivement capter, j'ai juste galéré un peu pour ajuster la musique mais j'ai trouvé le bon point de montage - un mouvement de caméra au début - qui fait qu'ensuite tout était calé...), il y a un bouton pour télécharger en 1080p (ça saccade sur Viméo la musique "bouge" un peu...), j'espère qu'ils vont révéler le truc un de ces quatre, j'en ai parlé sur le forum Mad Movies (topic du film et celui d'Argento) et ça n'a intéressé personne, dommage... Cordialement.

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