mercredi 15 janvier 2020

Nous sommes la Nuit

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr


"Wir sind die Nacht" de Dennis Gansel. 2010. Allemagne. 1h45. Avec Anna Fischer, Karoline Herfurth, Nina Hoss, Max Riemelt, Jennifer Ulrich.

Sortie en salles en France le 29 DĂ©cembre 2010.

FILMOGRAPHIEDennis Gansel est un rĂ©alisateur allemand nĂ© 1973.
2000: Das Phantom (tĂ©lĂ©-film), 2001: The Dawn, Madchen madchen, 2004: Napola, 2008: La Vague, 2010: Nous sommes la nuit.

                                     

Après le controversĂ© La Vague, qui exposait la fragilitĂ© de nos rĂ©gimes politiques piĂ©tinĂ©s par l’idĂ©ologie fasciste, le rĂ©alisateur allemand Dennis Gansel change radicalement de registre pour s’attaquer au vampirisme high-tech, alors en vogue Ă  l’ère Twilight. Mais - il y a un mais - au sein d’une proposition bien plus insolente, saphique, brutale et mal Ă©levĂ©e. Ouf.

Le pitch : Lena, marginale juvĂ©nile et rebelle, s’Ă©gare par inadvertance dans un club branchĂ© tenu par un trio de goules, dont la troublante Louise fait office de matriarche. SĂ©duite par cette invitĂ©e impromptue, Louise ne tarde pas Ă  la mordre pour la vampiriser. Une nouvelle vie s’ouvre alors Ă  Lena, avec pour prix Ă  payer la quĂŞte du sang humain, gage d’une Ă©ternelle jeunesse. Mais le trio chevronnĂ© n’avait pas prĂ©vu que cette nouvelle acolyte viendrait sĂ©rieusement fissurer leur longĂ©vitĂ© immuable.

Ă€ travers une facture volontairement simpliste de sĂ©rie B ludique du samedi soir, menĂ©e Ă  rythme mĂ©tronomique, Nous sommes la nuit n’a assurĂ©ment aucune prĂ©tention rĂ©volutionnaire. Il n’entend ni redĂ©finir le genre ni y laisser une empreinte durable. Loin s’en faut.  

                                                                              

Et pourtant, cette Ă©quipĂ©e de jeunes effrontĂ©es, vautrĂ©es dans la luxure et la dĂ©fonce au cĹ“ur de night-clubs branchĂ©s, se dĂ©guste comme un plaisir innocent, Ă  la fois stylisĂ© et vĂ©nĂ©neux. Le film sĂ©duit autant par son quatuor de comĂ©diennes germaniques attachantes aux visages encore mĂ©connus (du moins chez nous), que par ses dĂ©cors luxueux habilement exploitĂ©s et sa trajectoire narrative dĂ©sinhibĂ©e, portĂ©e par des virĂ©es nocturnes non exemptes d’exactions gore - du superbe prologue en haute altitude Ă  cette festivitĂ© sanguinolente au beau milieu d’une piscine. Derrière cette fantaisie clinquante de la nuit branchĂ©e se dessine aussi le portrait d’une jeunesse dĂ©boussolĂ©e, vivant dans l’instant, avide d’excès, sans se soucier d’un lendemain vouĂ© Ă  la dĂ©pression. Ces vampires modernes, esclaves de leur jouissance Ă©phĂ©mère, deviennent alors une allĂ©gorie existentielle du malaise d’une gĂ©nĂ©ration solitaire, qui substitue Ă  la romance le simulacre de la coke, du sexe jetable et des extases chimiques. Mais l’arrivĂ©e de Lena, fragile et soudainement Ă©prise d’un jeune flic, agit comme un poison lent, forçant nos libertines immortelles Ă  questionner le cynisme de leur errance sans vergogne.

                                         

TraversĂ© de sĂ©quences d’action trĂ©pidantes efficacement chorĂ©graphiĂ©es, le film bĂ©nĂ©ficie d’une mise en scène clippesque et speedĂ©e qui ne laisse aucun rĂ©pit, malgrĂ© un manque d’originalitĂ© narrative Ă©vident. Pour autant, cette sĂ©rie B d’exploitation dĂ©borde de charme, d’onirisme - entre crĂ©puscules hypnotiques et suicides intermittents - et d’une sincère sympathie pour ses marginales ivres d’insouciance et d’indĂ©pendance fĂ©ministe. On pense parfois Ă  Near Dark pour ces images lascives baignĂ©es de clair-obscur naturel, ou aux PrĂ©dateurs pour le look racĂ© de ces hipsters vampiriques ondulant sur une techno entĂŞtante. Une sĂ©rie B charnelle, plaisante et parfois mĂŞme Ă©motive donc, notamment grâce Ă  l’intensitĂ© du regard fĂ©brile d’Anna Fischer, incarnation vibrante d’un Ă©veil moral douloureux.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
15.02.26. 3èx 

15.01.20
02.05.11. 397 v

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