vendredi 29 mai 2020

Le Chien des Baskervilles

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Hound of the Baskervilles" de Terence Fisher. 1959. Angleterre. 1h27. Peter Cushing, André Morell, Christopher Lee, Marla Landi, David Oxley, Francis De Wolff, Miles Malleson, Ewen Solon, John Le Mesurier, Helen Goss, Sam Kydd...

Sortie France: 23 dĂ©cembre 1959.  U.S.A: 03 juillet 1959. Royaume-Uni: 4 Mai 1959.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 23 fĂ©vrier 1904 Ă  Londres (Maida Vale), et dĂ©cĂ©dĂ© le 18 juin 1980 dans la mĂŞme ville. 1957 : Frankenstein s'est Ă©chappĂ©, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein , 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La MalĂ©diction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay , 1960 : Les MaĂ®tresses de Dracula , 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll , 1961 : La Nuit du loup-garou , 1962 : Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort , 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'ĂŽle de la terreur , 1966 :  Dracula, prince des tĂ©nèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein crĂ©a la femme , 1968 : Les Vierges de Satan , 1969 : Le Retour de Frankenstein , 1974 : Frankenstein et le monstre de l'enfer.


Conan Doyle chez l’Ă©curie Hammer.

En 1959, la cĂ©lèbre sociĂ©tĂ© de production anglaise Hammer Film Productions entreprend d’adapter le fameux roman d’Arthur Conan Doyle, Le Chien des Baskerville, sous la houlette du grand Terence Fisher. PubliĂ© pour la première fois dans le Strand Magazine entre 1901 et 1902, ce rĂ©cit demeure l’aventure la plus cĂ©lèbre de Sherlock Holmes.

MĂ©sestimĂ© dans les pays anglo-saxons - le film n’y rencontrant pas le succès escomptĂ© -, il devait initialement ouvrir la voie Ă  une sĂ©rie de longs-mĂ©trages. Un projet finalement abandonnĂ© par la Hammer, sans doute parce que ces rĂ©cits policiers Ă  suspense s’accordaient imparfaitement avec le virage fantastico-gothique que le studio souhaitait insuffler au bestiaire hĂ©ritĂ© de la Universal Pictures.

Le pitch :
En 1790, en Angleterre, le tyrannique Sir Hugo de Baskerville fait rĂ©gner la terreur sur les terres qu’il domine. Une nuit de beuverie, il lance ses chiens de chasse Ă  la poursuite d’une jeune paysanne qu’il retenait prisonnière. Dans les landes obscures, il finit par la rattraper… pour la poignarder de sang-froid. Mais un hurlement mystĂ©rieux, rĂ©sonnant dans l’opacitĂ© de la nuit, vient soudain troubler le silence. Quelques instants plus tard, Sir Hugo est Ă  son tour sauvagement dĂ©vorĂ© par une crĂ©ature surgie de nulle part.

                                      

Ainsi, cet illustre prologue s’impose comme un vĂ©ritable morceau de bravoure, restĂ© dans toutes les mĂ©moires. Par sa dimension irrationnelle, Ă  la fois haletante et flamboyante, et par la brutalitĂ© sèche de son dĂ©nouement, il imprime durablement la rĂ©tine. Le pire reste Ă  venir lorsque ce mĂ©crĂ©ant de Hugo de Baskerville se voit dĂ©chiquetĂ© (hors-champ) par ce monstre mythologique, tapi dans l’ombre.

Prenant le temps d’installer ses personnages avec minutie, l’intrigue bifurque ensuite vers une enquĂŞte policière menĂ©e avec Ă©lĂ©gance par un duo de gentlemen. Peter Cushing incarne un Sherlock Holmes d’une prĂ©cision presque chirurgicale : regard acĂ©rĂ©, esprit mĂ©thodique, il observe, provoque, manipule, toujours avec une finesse redoutable. Face Ă  lui, Christopher Lee paraĂ®t lĂ©gèrement en retrait dans la peau de Sir Henry Baskerville, hĂ©ritier venu d’AmĂ©rique. Mais sa prestance naturelle, son charisme sombre et distinguĂ©, finissent par imposer une prĂ©sence convaincante, notamment dans ses Ă©lans amoureux envers une paysanne taciturne, soumise Ă  l’autoritĂ© d’un père rigide.

Pour mieux Ă©picer son intrigue, la mise en scène se pare d’un esthĂ©tisme gothique absolument envoĂ»tant. Couleurs rutilantes, contrastes appuyĂ©s : tout concourt Ă  renforcer la dimension horrifico-fantastique du rĂ©cit. Du manoir aux lignes menaçantes Ă  l’immensitĂ© de la lande nappĂ©e de brume, des profondeurs d’une mine dĂ©saffectĂ©e aux ruines antiques souillĂ©es de sang, jusqu’aux sables mouvants dissimulĂ©s sous des sentiers traĂ®tres - chaque dĂ©cor devient le théâtre d’une angoisse sourde, presque primitive.

Le spectacle, onirique et inquiĂ©tant, captive sans relâche, portĂ© par une intrigue jouant habilement avec la peur du monstre tapi dans l’ombre.


Le monstre de la lande.

PortĂ© avec sobriĂ©tĂ© par les figures emblĂ©matiques de la Hammer et mis en scène avec une Ă©lĂ©gance toute britannique par Terence Fisher, Le Chien des Baskerville transcende son rĂ©cit Ă  travers une fulgurance formelle fascinante, articulĂ©e autour d’un enjeu de cupiditĂ© aussi tortueux que punitif.

Charnel, sensuel, fĂ©erique et profondĂ©ment inquiĂ©tant, le film dĂ©ploie une imagerie occulte Ă  damner un saint. Une Ă©pouvante sĂ©culaire, qui suggère bien plus qu’elle ne montre, dans un parti pris de retenue destinĂ© Ă  mieux nous frapper lors de sa rĂ©vĂ©lation finale.

Inaltérable, dès lors, dans sa puissance évocatrice.
Comme un grand cru oubliĂ©, patientant depuis des siècles dans l’ombre d’une cave.

Note: C'est le premier long métrage mettant en scène les aventures de Sherlock Holmes à être filmé en couleur.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
13.01.11. 334 v
29.05.20. 4èx

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