"Suor Omicidi / Killer Nun" de Giulio Berruti. 1978. Italie. 1h29. Avec Joe Dallensendro, Anita Ekberg, Alida Valli.
Sortie salles Italie: 10 Mai 1979. France: ?.
FILMOGRAPHIE: Giulio Berruti est un réalisateur et scénariste Italien né le 28 Avril 1937. 1976: Noi siam come le lucciole. 1979: La Petite soeur du Diable.
Voici un nunsploitation bougrement attachant, portĂ© par un cocktail vitriolĂ© de saphisme, de nĂ©crophilie, de luxure et d’homicides parfois incongrus. Ă€ l’instar de ces aiguilles filmĂ©es en gros plan, transperçant le visage d’une victime sclĂ©rosĂ©e avec une complaisance glaçante. L’Angleterre rigoriste s’en offusqua d’ailleurs au point d’inscrire le film sur la tristement cĂ©lèbre liste des Video Nasties. Mais au-delĂ de son concept d’exploitation dosant habilement fesses et gore au cĹ“ur d’un institut psychiatrique en rut, La Petite sĹ“ur du Diable se rĂ©vèle bien plus intĂ©ressant qu’il n’y paraĂ®t, grâce Ă une intrigue sinueuse distillant un suspense poisseux jusqu’Ă un Ă©pilogue aussi fortuit que dĂ©rangeant. ÉmaillĂ© de situations tordues, le rĂ©cit s’abandonne au thriller horrifique autour d’une Ă©nigme centrale : dĂ©masquer le vĂ©ritable assassin. Et ce, malgrĂ© l’avertissement liminaire du cinĂ©aste - responsable de seulement deux longs-mĂ©trages, quel dommage au vu de son sens du malaise - prĂ©tendant s’inspirer d’une histoire vraie. Étonnamment bien interprĂ©tĂ© pour une production indĂ©pendante aussi fauchĂ©e, tant dans ses rĂ´les majeurs que secondaires (notamment cette figuration inquiĂ©tante de patients revanchards que n’aurait pas reniĂ©e Francis Leroy), le film se voit aussi transcendĂ© par le charisme dĂ©monial d’Anita Ekberg, dont le regard azur, Ă la fois perçant et souffreteux, imprime durablement la rĂ©tine.
Car celle-ci parvient Ă susciter une forme d’empathie dans sa fonction misĂ©rable de nonne nĂ©vrosĂ©e et dĂ©pressive, dĂ©pendante Ă la morphine depuis une opĂ©ration du cerveau. En proie Ă une perte identitaire et Ă une solitude oppressante, sĹ“ur Gertrude glisse alors vers une Ă©mancipation sexuelle trouble : entre la proposition saphique d’une nouvelle sĹ“ur et la tentation charnelle d’un quidam aguichĂ© par ses formes plantureuses gainĂ©es de jarretelles. Les scènes d’Ă©treinte et de dĂ©shabillage, souvent gĂ©nĂ©reuses, Ă©vitent pourtant la gratuitĂ© grâce au portrait torturĂ© d’une carmĂ©lite sexuellement refoulĂ©e, dĂ©sormais encline Ă substituer le fantasme Ă son dĂ©sarroi moral. D’autant que tout l’institut - patients comme mĂ©decins - la scrute d’un Ĺ“il soupçonneux depuis une sĂ©rie de meurtres inexpliquĂ©s. Au-delĂ de cette atmosphère malsaine nichĂ©e au sein d’une hiĂ©rarchie religieuse gangrenĂ©e par le manque affectif et sexuel, La Petite sĹ“ur du Diable fascine irrĂ©mĂ©diablement par son esthĂ©tisme nacrĂ©, oĂą le macabre s’entrelace Ă un Ă©rotisme aussi scabreux qu’effrontĂ©.
Une vĂ©ritable perle horrifique typiquement latine, Ă dĂ©couvrir d’urgence pour les amateurs de curiositĂ©s dĂ©viantes Ă la psychologie Ă©tonnamment Ă©toffĂ©e, tant La Petite sĹ“ur du Diable parvient Ă s’affranchir sans rougir du simple produit (faussement) alimentaire.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤



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