mercredi 20 octobre 2021

Titane. Palme d'Or, Cannes 2021

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Julia Ducournau. 2021. France/Belgique. 1h48. Avec Vincent Lindon, Agathe Rousselle, Garance Marillier, LaĂŻs Salameh, Dominique Frot, Myriem Akheddiou, Bertrand Bonell.

Sortie salles France: 14 Juillet 2021. U.S: 1er Octobre 2021

FILMOGRAPHIE: Julia Ducournau est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste française nĂ©e le 18 novembre 1983 Ă  Paris. 2011 : Mange (tĂ©lĂ©film co-rĂ©alisĂ© avec Virgile Bramly). 2016 : Grave. 2021: Titane. 

RĂ©vĂ©lĂ© par l'oeuvre choc Grave et son Grand Prix (mĂ©ritĂ©) Ă  GĂ©rardmer, Julia Ducournau n'en finit plus de dĂ©ranger les consciences avec sa nouvelle provocation, Titane, pour le coup couronnĂ© de la Palme d'Or Ă  Cannes ! Ca-rrĂ©-ment ! Aussi improbable que cela puisse paraĂ®tre comme ont pu le souligner le public de la croisette mĂ©dusĂ© par son contenu indocile. Une hĂ©rĂ©sie diront certains, une farce de mauvais goĂ»t vocifĂ©rèrent d'autres ! A tort mais aussi Ă  raison si bien que l'on se demande ce qui a bien pu passer par la tĂŞte des membres du jury d'ovationner une oeuvre trash aussi marginale, aussi dĂ©calĂ©e, aussi viscĂ©ralement malaisante, pour ne pas dire dĂ©rangeante ad nauseam (principalement pour la sĂ©quence finale anthologique relevant de l'impensable Spoil ! en mode Tetsuo si je puis dire Fin du Spoil). Car d'une rutilante beautĂ© Ă  travers sa photo clinquante, ses effets de style baroques et sa sensualitĂ© sulfureuse jonglant avec la bisexualitĂ©, Titane ne ressemble Ă  rien de connu bien que certaines rĂ©fĂ©rences au cinĂ©ma de Cronenberg et Ă  Crash sont sciemment nĂ©cessaires par sa rĂ©alisatrice fĂ©rue de passion  amoureuse pour le maĂ®tre canadien adepte de la nouvelle chair. Parlons en de cette nouvelle chair qui semble prendre possession du corps de cette tueuse en sĂ©rie contrainte d'apprendre Ă  aimer un père de substitution afin d'Ă©chapper Ă  la police suite Ă  ces homicides sanguins (violence crue Ă  l'appui en mode Gaspard Noe).  

L'actrice Agathe Rousselle se vouant corps et âme Ă  se tailler une carrure dĂ©gingandĂ©e de monstre transgenre afin de taire sa vĂ©ritable identitĂ© souillĂ©e par le sang et la dĂ©mission parentale. Portant le film Ă  bout de bras, celle-ci parvient autant Ă  nous enivrer qu'Ă  nous dĂ©stabiliser dans sa psychopathie irrĂ©vocable Ă  la suite du traumatisme accidentel de son enfance. Sa transformation corporelle donnant lieu Ă  un climat de malaise Ă  la fois sous-jacent puis tangible au fil de son Ă©volution morale Ă  changer d'identitĂ© pour l'amour du nouveau père. Constamment inquiĂ©tant, vĂ©nĂ©neux, toujours imprĂ©visible (d'oĂą le plaisir constamment Ă©prouvĂ© au fil de l'intrigue reptilienne dont on ignore l'issue Ă©ventuelle de rĂ©demption !), dĂ©calĂ© et parfois dĂ©jantĂ©, Titane tire parti de son pouvoir attractif de par la mise en scène infiniment inspirĂ©e de Julia Ducournau dĂ©clarant sa flamme au cinĂ©ma hĂ©tĂ©rodoxe conçu pour diviser le public. Vous voilĂ  donc Ă  nouveau prĂ©venu après le controversĂ© Grave que certains ont radicalement discrĂ©ditĂ© (ce qui ne risque pas de les rĂ©concilier avec Titane). Car outre l'intensitĂ© expressive de son Ă©tonnant casting (notamment Vincent Lindon monopolisant l'Ă©cran en pompier toxico incapable d'assumer sa perte filiale - son meilleur rĂ´le Ă  l'Ă©cran -), Titane demeure aussi original que constamment inventif Ă  nous servir sur un plateau faisandĂ© une intrigue sinueuse faisant office d'expĂ©rimentation viscĂ©rale. La rĂ©alisatrice s'efforçant de troubler, dĂ©ranger par le brio de sa mise en scène parfois frontale (sa violence incisive) ainsi que par les comportements physiques des 2 anti-hĂ©ros du rĂ©cit (Alexia / Vincent s'apprivoisant mutuellement) martyrisant leurs corps par les effets laxatifs de la drogue et du sexe. 

Plaidoyer pour le droit Ă  la diffĂ©rence et Ă  la libertĂ© sexuelle (quelque soit notre orientation) dans une mise en forme sciemment marginale et burnĂ©e, Titane se dĂ©cline en authentique oeuvre culte Ă  travers sa capacitĂ© formelle et viscĂ©rale d'y transfigurer (le verbe est sciemment un peu fort !) un amour paternel dĂ©sespĂ©rĂ© oĂą la tendresse humaniste ne peut se concevoir qu'Ă  partir d'une nouvelle chair scarifiĂ©e de plaies inguĂ©rissables. Une oeuvre bâtarde au demeurant n'ayant jamais la prĂ©tention de divertir son public pour le caresser dans le sens du poil. Car comme avec l'Ă©clatant Grave et sa satire du vĂ©gĂ©tarisme, Titane ne cessera de diviser faute de sa subtile outrance aussi malaisante que fascinante. En tout Ă©tat de cause, il s'agit selon moi d'une vraie proposition de cinĂ©ma biologique sortant des sentiers battus (au risque dĂ©libĂ©rĂ© de me rĂ©itĂ©rer) si bien que l'on s'extrait de la sĂ©ance, entre soulagement, catharsis, ivresse et interrogation de ce Ă  quoi nous venons de vivre et de participer.  

P.S: Julia, si tu me lis demain (soyons un tantinet perché), je t'aime les yeux fermés 💗

RĂ©compense: People's Choice Award du Festival de Toronto. 
Palme d'Or, Cannes 2021
- (En attendant son éventuelle récompense aux Oscars)

                                  Ce qu'en a conclu l'ensemble de la critique : 






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