mardi 14 mars 2023

Bienvenue, Mr Chance / Being There

                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Hal Ashby. 1979. U.S.A. 2h10. Avec Peter Sellers, Shirley MacLaine, Melvyn Douglas, Jack Warden, Richard A. Dysart, David Clennon.

Sortie salles France: 13 Août 1980. U.S: 19 décembre 1979

FILMOGRAPHIEHal Ashby (né William Hal Ashby) est un réalisateur, monteur, acteur et producteur américain né le 2 septembre 1929 à Ogden, Utah (États-Unis), mort le 27 décembre 1988 à Malibu (Californie). 1970 : Le Propriétaire. 1971 : Harold et Maude. 1973 : La Dernière Corvée. 1975 : Shampoo. 1976 : En route pour la gloire. 1978 : Le Retour. 1979 : Bienvenue, Mister Chance. 1981 : Cœurs d'occasion. 1982 : Lookin' to Get Out. 1983 : Let's Spend the Night Together. 1984 : Solo Trans (vidéo). 1985 : Match à deux. 1986 : Huit millions de façons de mourir. 1988 : Jake's Journey (en) (TV). 


"Un grand moment de cinéma en apesanteur transcendé par l'interprétation transie de quiétude: Mr Peter Sellers."
Attention OFNI, à l'instar de l'hallucinante performance du génie Peter Sellers (sans doute LE rôle de sa vie !), Bienvenue Mister Chance ne ressemble à rien de connu. Tout du moins lors de l'année où il fut conçu car on peut prétendre que Robert Zemeckis s'en soit tout de même inspiré avec Forrest Gump  quelques décennies plus tard dans une version beaucoup plus commerciale, tous publics, à la tendresse autrement démonstrative (même s'il s'agit également à mon sens d'un grand divertissement vibrant d'humanité). Or, ici le réalisateur Hal Ashby ne s'embarrasse ni de fioritures ni de bons sentiments tant sa mise en scène personnelle adopte le parti-pris d'une oeuvre indépendante au service de ces personnages huppés gravitant auprès d'un énigmatique étranger apatride. Ainsi, c'est à travers le portrait improbable de Mr Chance, jardinier tout juste séparé de son défunt propriétaire, que le récit nous ait traité avec force et humour, entre légèreté et émotion somme toute contenue pour y dresser son étrange personnalité tributaire d'une nouvelle demeure que le couple Rand décide de recueillir à la suite d'un accident de voiture. Par conséquent, 2h10 durant, nous allons partagés l'exclusive intimité de Monsieur Chance dans son nouveau foyer peuplé de domestiques et d'invités notoires. Un homme solitaire féru de jardinage et de télévision car terriblement introverti, indicible mais néanmoins infiniment attachant auprès d'un entourage davantage fasciné par l'acuité de son innocence sans égale.

Et ce, même si le FBI ou la CIA finiront par enquêter sur son passé lors de soupçons d'espionnage alors que les médias y feront leur nouvelle coqueluche, tel un monstre de foire. Toute cette mise en scène au plus près des réactions perplexes des protagonistes étant subtilement traitée avec énormément de pudeur, de drôlerie (jamais gouailleuse) et de profondeur psychologique. A l'instar de son hallucinant épilogue mystique impossible à anticiper, méditation pour la sagesse d'esprit. Hal Hashby nous démontrant avec une jubilatoire dérision qu'un homme sans personnalité ni ambition peut un jour accéder sans le vouloir à la consécration et la célébrité grâce à ses improvisations philosophiques communiquées par ses valeurs humaines dénuées d'orgueil, de jalousie, de vice et encore moins de colère. Peter Sellers crevant l'écran par son omniprésence timidement décalée, entre paix interne et calme tranquille dans une posture laconique jubilatoire, notamment eu égard de son regard enfantin inscrit dans le vide permettant du coup aux autres de se remettre en question afin de se donner un nouveau sens existentiel (notamment pour notre rapport anxiogène avec la mort qui se rapproche peu à peu de nous). Quant à Shirley MacLaine renouant avec ses sentiments d'adolescente dans une fureur de vie soudainement expansive, elle crève elle aussi l'écran par sa fragilité humaine, sa beauté réconfortante, sa fascination ébaubie de contempler Mr Chance dans un désir sexuel irrépressible (la scène de masturbation est à ce titre anthologique). 


« La vie est un état d'esprit »
En dépit de 2/3 longueurs vite pardonnables durant la 1ère partie du récit (les premiers rapports  de Chance amorcés avec Mr Rand et le président), Bienvenue Mister Chance est un grand moment de cinéma où la comédie politico-sociétale s'élève ici à un niveau spirituel insoupçonnée. Et puis rien que pour la performance insensément naturelle de Peters Sellers (accompagné d'une tendre Shirley MacLaine toute en douceur de miel), cet incroyable portrait d'un homme (extra)ordinaire (certains et certaines s'y reconnaîtront) demeure profondément évocateur, discursif pour son rapport inné, candide à la vie et celle de son entourage ayant égaré leur âme d'enfant. 

*Bruno

Récompenses
Los Angeles Film Critics Association Awards 1979 : Meilleur acteur dans un second rôle pour Melvyn Douglas
Oscars 1980 : Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Melvyn Douglas
Golden Globes 1980 :
Golden Globe du meilleur acteur dans un film musical ou une comédie pour Peter Sellers
Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle pour Melvyn Douglas
BAFTA Awards 1981 : BAFTA du meilleur scénario pour Jerzy Kosinski
London Film Critics Circle 1981 : Prix spécial à Peter Sellers pour sa carrière

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire