(Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives).
"L'innocence en flammes".
Produit entre les Pays-Bas, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et le Luxembourg, Les Proies est un vĂ©ritable OFNI, une sorte de Nuit du Chasseur en mode vitriolĂ© - toutes proportions gardĂ©es. L’histoire : une fillette de douze ans croise par hasard un ado passeur de drogue, grièvement blessĂ© d’une balle Ă l’estomac, qu’elle dĂ©cide de soigner en secret dans une cabane, loin de la vigilance de ses parents huppĂ©s.
J’ignore quelles Ă©taient les vĂ©ritables ambitions de Paula van der Oest, ni ce qu’elle a voulu nous transmettre, mais en abordant les thèmes de la perte de l’innocence et de l'absence parentale, Les Proies nous entraĂ®ne dans un trip onirico-macabre, aussi bizarroĂŻde que dĂ©concertant. Ă€ tel point qu’on se demande souvent quel sens donner Ă ce que l’on voit, tant la rĂ©alisatrice, dĂ©complexĂ©e, en roue libre, orchestre les 400 coups de ce duo d’ados en initiation dĂ©linquante avec une fantaisie irresponsable.
De ses audaces narratives - insolentes, malaisantes, dĂ©lĂ©tères - naĂ®t un sentiment d’Ă©trangetĂ© prĂ©gnant qui irrigue tout le rĂ©cit, sans jamais cĂ©der Ă une Ă©chappatoire salvatrice. Bien au contraire : jusqu’au-boutiste dans son parti pris rĂ©aliste, oĂą l’insouciance demeure le maĂ®tre mot, Les Proies malmène notre raison en refusant toute rĂ©demption, jusqu’Ă une conclusion aussi hallucinĂ©e que vertigineuse. On en sort dĂ©boussolĂ©, sans avoir jamais vraiment saisi les intentions de cette autrice franc-tireur, dĂ©terminĂ©e Ă pulvĂ©riser nos repères dans une narration anarchique et sciemment provocatrice.
Un dernier mot sur le tempérament brut de la jeune Laurien Van den Broeck, qui incarne Claire avec une maturité troublante, ambiguë, parfois désarçonnante. La réalisatrice ose la filmer en sous-vêtements, puis dénudée, avec une audace sans détour - peut-être discutable, surtout lors de cette étreinte sexuelle qui ne manquera pas de heurter les plus prudes - mais pleinement assumée.
Une œuvre indépendante, atypique donc, qui fait voler en éclats les codes avec une innocence perverse et avilissante car elle signe la fin des songes dans une mise en scène tendre et caustique difficilement conciliable.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire